Introduction: « Nous autres civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles ». Cette phrase cĂ©lĂšbre, rĂ©digĂ©e par Paul ValĂ©ry en 1919 figure dans un essai, publiĂ© Ă  la NFR, Ă©tant intitulĂ© La crise de L’Esprit, qui par ailleurs sert de dĂ©but de phrase Ă  son texte philosophique VariĂ©tĂ© l.

Ennemi, tout ce qui dans notre vie nous nuit, joue contre nous en nous mettant en Ă©chec. Nous n’aimons pas nos ennemis et nous nous efforçons d’échapper Ă  leur pouvoir. Au contraire l’alliĂ© est accueilli avec reconnaissance. Il nous apporte son aide, concourt Ă  nos projets et Ă  nos actions. Ces deux fonctions sont antinomiques et il nous semble naĂŻvement qu’une mĂȘme chose ne peut pas ĂȘtre les deux Ă  la fois. C’est que d’ordinaire l’ambiguĂŻtĂ© nous Ă©chappe or ce qui est en jeu dans cet Ă©noncĂ© c’est prĂ©cisĂ©ment l’ambiguĂŻtĂ© de notre expĂ©rience du temps. Que le temps passe vite ! » Avec le temps va tout s’en va, [
] avec le temps tout fout le camp » se lamente-t-on comme si le temps Ă©tait vĂ©cu comme une malĂ©diction, un adversaire nous confrontant Ă  notre impuissance et suscitant rĂ©volte, dĂ©sespoir voire ressentiment. Mais d’autres expressions attestent du contraire. Fais confiance au temps, il guĂ©rit tout » dit-on parfois. Quel est donc le statut du temps dans l’existence humaine ? Un ennemi seulement ThĂšse ou aussi une chance, la condition de notre libertĂ© et l’occasion de dĂ©ployer les ressources sublimes de notre humanitĂ© AntithĂšse ? Et d’oĂč vient cette ambiguĂŻtĂ© ? DĂ©pend-elle de la nature du temps ou de notre maniĂšre de nous projeter vers lui ? DĂ©passement. Avertissement La problĂ©matique n’exige pas d’affronter la question de la nature du temps. De simples dĂ©finitions opĂ©ratoires suffisent. Il s’agit d’interroger l’expĂ©rience humaine du temps c’est-Ă -dire notre condition dans la mesure oĂč la temporalitĂ© en constitue l’étoffe. Il est donc pertinent de faire rebondir la rĂ©flexion en isolant un aspect du temps et en examinant les diffĂ©rentes maniĂšres de se situer par rapport Ă  lui. Plan et idĂ©es essentielles. I L’écoulement temporel. On dit que le temps passe ou s’écoule. Notre expĂ©rience du temps est celle du changement des ĂȘtres et des choses. Nous nous reprĂ©sentons le temps comme un fleuve emportant tout sur son passage. Un aphorisme d’HĂ©raclite dit Tu ne te baigneras pas deux fois dans le mĂȘme fleuve ». a La fuite du temps est expĂ©rience de la finitude. Le temps nous est comptĂ©, non par un caissier mais par un bourreau. Nous sommes tous des condamnĂ©s Ă  mort en sursis et chaque moment qui passe rapproche de l’échĂ©ance ultime. D’oĂč l’angoisse, compagne fidĂšle de l’existant. b Mais c’est parce que la vie est limitĂ©e, fragile qu’elle a une infinie valeur. Sa puissance d’émotion, son caractĂšre sacrĂ© procĂšde de sa briĂšvetĂ©. Une vie sans fin s’oublierait comme don prĂ©cieux et exposerait Ă  l’ennui. C’est aussi parce que la vie est menacĂ©e qu’il y a une urgence de vivre c’est-Ă -dire de cueillir le jour et d’agir pendant qu’il est temps. Enfin le sablier qui s’écoule est l’aiguillon de la crĂ©ation. HantĂ© par la caractĂšre destructeur du temps l’homme produit des Ɠuvres par lesquelles il cherche Ă  se survivre. Le monument de la culture est un dĂ©fi au temps et Ă  la mort. Il est selon la belle formule de Malraux un antidestin ». a La fuite du temps, c’est le vieillissement, l’essoufflement de la vitalitĂ© juvĂ©nile, les offenses diverses de l’ñge, la perte des illusions. Elle nous confronte Ă  l’inexorable travail d’anĂ©antissement effectuant en nous son Ɠuvre dĂ©lĂ©tĂšre. Or il y a en l’homme une horreur de ce qui dĂ©truit. b Certes mais pour ceux qui ne se contentent pas d’ĂȘtre le terrain oĂč s’effectue la geste destructrice du temps, vieillir est l’occasion d’acquĂ©rir de l’expĂ©rience, de mĂ»rir et de devenir plus sage. De construire aussi, en inscrivant son effort dans une durĂ©e nous liant Ă  ceux qui nous ont prĂ©cĂ©dĂ©s et Ă  ceux qui nous suivront. Le temps est ici le mouvement de l’histoire par lequel l’humanitĂ© qui commence par n’ĂȘtre rien dĂ©ploie progressivement les dispositions de sa nature. On peut donc rendre grĂące au temps d’ĂȘtre la condition du perfectionnement de notre nature ThĂšse kantienne, ou de ce qui est nĂ©cessaire Ă  la raison universelle pour s’incarner dans le rĂ©el ThĂšse hĂ©gĂ©lienne. II L’irrĂ©versibilitĂ© temporelle. Si l’espace peut se parcourir de A en B et de B en A, le temps a une direction. On ne peut jamais revenir en arriĂšre. Il ne se parcourt que dans un seul sens. a Ce qui a Ă©tĂ© n’est plus, d’oĂč la nostalgie des jours heureux. Ce qui est fait ne peut ĂȘtre dĂ©fait. Tous les onguents d’Arabie n’effaceront pas la tĂąche de sang qui souille la main de Lady Macbeth. D’oĂč le regret et le remords. Temps marque de mon impuissance » remarque Jules Lagneau et Nietzsche pointe dans le temps, l’adversaire qui, en enchaĂźnant l’homme Ă  un passĂ© dĂ©finitivement fixĂ©, condamne la volontĂ© Ă  ne pas pouvoir tout vouloir. D’oĂč le poison du ressentiment. Ceci, oui, seul ceci est la vengeance mĂȘme le ressentiment de la volontĂ© contre le temps et son ce fut ». De La rĂ©demption. Ainsi parlait Zarathoustra. b Mais l’expĂ©rience de cette impuissance existentielle peut conduire les hommes Ă  libĂ©rer les ressources les plus sublimes de leur nature. Le pardon, par exemple, comme rĂ©demption possible de la situation d’irrĂ©versibilitĂ© » Hannah Arendt. Condition de l’homme moderne, Pocket, p. 302. La justice comme souci de la rĂ©paration, fĂ»t-elle purement symbolique et surtout le sentiment de responsabilitĂ©. Puisqu’on ne peut pas dĂ©faire ce qui a Ă©tĂ© fait, il importe de bien mesurer les consĂ©quences de ses actes et d’éviter de commettre l’irrĂ©parable. a L’irrĂ©versibilitĂ©, c’est aussi la fatalitĂ© de l’oubli. On est des machines Ă  oublier » vitupĂšre Barbusse dans son roman Le Feu et Proust, ce grand poĂšte de l’oubli, s’obstine Ă  retrouver le temps perdu. C’est que l’oubli abĂźme dans le nĂ©ant ce qui fut ; il expose Ă  recommencer les erreurs passĂ©es ou Ă  perdre le capital des richesses conquises par le travail des hommes, ces richesses que seules la transmission et la mĂ©moire peuvent faire fructifier. b Certes il y a une nĂ©gativitĂ© de l’oubli mais il y a aussi une positivitĂ©. La mĂ©moire est, en effet, dangereuse lorsqu’elle emprisonne l’esprit dans des cadres figĂ©s, rend indisponible au prĂ©sent et Ă  son imprĂ©visible nouveautĂ©, rĂ©active en permanence les blessures passĂ©es et cultive le ressentiment. Le souvenir peut ĂȘtre une plaie purulente dont le bienheureux oubli libĂšre utilement. Il est possible de vivre presque sans souvenir et de vivre heureux, comme le dĂ©montre l’animal, mais il est impossible de vivre sans oublier. Ou plus simplement encore, il y a un degrĂ© d’insomnie, de rumination, de sens historique qui nuit au vivant et qui finit par le dĂ©truire, qu’il s’agisse d’un homme, d’une nation ou d’une civilisation » Nietzsche, ConsidĂ©rations intempestives II, Aubier Montaigne, p. 207. ValĂ©ry de mĂȘme souligne la nocivitĂ© d’une certaine culture de la mĂ©moire et de l’histoire L’Histoire est le produit le plus dangereux que la chimie de l’intellect ait Ă©laborĂ©. Ses propriĂ©tĂ©s sont bien connues. Il fait rĂȘver, il enivre les peuples, leur engendre de faux souvenirs, exagĂšre leurs rĂ©flexes, entretient leurs vieilles plaies, les tourmente dans leur repos, les conduit au dĂ©lire des grandeurs ou Ă , celui de la persĂ©cution, et rend les nations amĂšres, superbes, insupportables et vaines » Regards sur le monde actuel, 1945. Ainsi le temps qui passe apaise les douleurs, Ă©teint les regrets et les remords. Il guĂ©rit les plaies dit la sagesse des nations. III Le temps est ce qui fait que rien ne demeure identique Ă  soi. Tout devient. a Le temps est en ce sens l’ennemi intime de l’homme car celui-ci est habitĂ© par un dĂ©sir d’ĂȘtre ou d’éternitĂ©. F. AlquiĂ© a montrĂ© que ce dĂ©sir prend la forme d’un refus affectif du temps, Ă  l’Ɠuvre dans la passion Je jure de t’aimer Ă©ternellement » s’écrie Juliette, ou d’un refus intellectuel du temps qui est peut-ĂȘtre la vĂ©ritĂ© de la philosophie. Le penseur platonicien fuit les ombres mouvantes de la caverne pour viser l’horizon stable des essences Ă©ternelles. La pensĂ©e grecque oppose ainsi le monde de l’Etre au monde du devenir et enseigne que philosopher consiste Ă  mourir Ă  cette mort de tous les instants qu’est la vie selon le principe matĂ©riel. Par la pensĂ©e, l’homme se sent participer Ă  une dimension d’éternitĂ© l’arrachant au monde du pĂ©rissable, de la finitude et de la contingence, la vie spirituelle s'expĂ©rimentant comme une victoire de tous les instants sur la mort. Spinoza se fait l'Ă©cho de ce vĂ©cu L’esprit humain ne peut ĂȘtre absolument dĂ©truit avec les corps, mais il en subsiste quelque chose qui est Ă©ternel » Ethique, V, Prop. XXIII. Nous sentons et faisons l’épreuve que nous sommes Ă©ternels » Ibid, scolie. Parce que la vĂ©ritĂ© est Ă©trangĂšre au temps, la facultĂ© permettant de la penser s'Ă©prouve elle aussi hors du temps. b Pourtant si tout demeurait identique Ă  soi, l’Etre serait figĂ©. La diversitĂ©, le mouvement, la nouveautĂ©, en un mot la vie, serait immobilisĂ©e dans l’identitĂ© de la mort. Le temps est le cadre dans lequel se dĂ©ploie la richesse crĂ©atrice de la vie et surtout il est la condition de la libertĂ©. L’homme n’a pas d’ĂȘtre, il n’a pas la consistance ou la permanence d’une essence. Il se construit dans le temps. Le devenir est une durĂ©e concrĂšte oĂč s’interpĂ©nĂštrent le passĂ© et l’avenir et oĂč s’invente une personne en charge de son possible et toujours en situation de se faire autre que ce qu’elle a Ă©tĂ©. IV Victoire ultime de la mort. Le temps dĂ©truit tout. Le sage meurt aussi bien que le fou » se lamente l’EcclĂ©siaste et s’il est vrai que l’homme peut conquĂ©rir une immortalitĂ© relative en survivant dans la mĂ©moire des autres, nous autres civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles »ValĂ©ry, La Crise de l’esprit. a Cette conscience de l’éternelle caducitĂ© des choses peut ĂȘtre un principe de dĂ©couragement et de dĂ©sespoir. A quoi bon monter jusqu’au soir, poser sa pierre, construire puisqu’au bout du compte tous nos efforts seront rĂ©duits Ă  nĂ©ant ? Kierkegaard remarquait que L’idĂ©e de la mort amĂšne peut-ĂȘtre l’esprit plus profond Ă  un sentiment d’impuissance oĂč il succombe sans ressort » Sur une tombe, in L’existence, PUF, p. 213. C’est le sentiment de l’absurde et son effet dĂ©vastateur souvent. b Mais Ă  l’homme animĂ© de sĂ©rieux, la pensĂ©e de la mort donne l’exacte vitesse Ă  observer dans la vie, et elle lui indique le but oĂč diriger sa course. Et nul arc ne saurait ĂȘtre tendu ni communiquer Ă  la flĂšche sa vitesse comme la pensĂ©e de la mort stimule le vivant dont le sĂ©rieux tend l’énergie. Alors le sĂ©rieux s’empare de l’actuel aujourd’hui mĂȘme, il ne dĂ©daigne aucune tĂąche comme insignifiante ; il n’écarte aucun moment comme trop court ; il travaille de toutes ses forces Ă  plein rendement, prĂȘt cependant Ă  sourire de lui-mĂȘme si son effort se prĂ©tend mĂ©ritoire devant Dieu, et prĂȘt Ă  comprendre en son impuissance qu’un homme n’est rien et qu’en travaillant avec la derniĂšre Ă©nergie, l’on ne fait qu’obtenir la vĂ©ritable occasion de s’étonner de Dieu » Ibid. Peut-on dire de maniĂšre plus sublime que la mort est le stimulant de la vie et qu’il est possible de dĂ©finir une grandeur de l’homme absurde ? Si ce n’est pas celle que professe Kierkegaard, c’est Ă  coup sĂ»r celle de Camus pour qui la vie est un exercice de dĂ©tachement et de passion qui consomme la splendeur et l’inutilitĂ© d’une vie d’homme » Le mythe de Sisyphe 1942. Camus demande d’imaginer Sisyphe heureux. Je laisse Sisyphe au bas de la montagne ! On retrouve toujours son fardeau. Mais Sisyphe enseigne la fidĂ©litĂ© supĂ©rieure qui nie les dieux et soulĂšve les rochers. Lui aussi juge que tout est bien. Cet univers dĂ©sormais sans maĂźtre ne lui paraĂźt ni stĂ©rile, ni futile. Chacun des grains de cette pierre, chaque Ă©clat minĂ©ral de cette montagne pleine de nuit, Ă  lui seul forme un monde. La lutte vers les sommets suffit Ă  remplir un cƓur d’homme. Il faut imaginer Sisyphe heureux ». V DĂ©passement. Le temps, dont la nature est d’ailleurs pour nous une Ă©nigme, n’est en soi ni un alliĂ© ni un ennemi. Il est l’étoffe de notre existence dans la mesure oĂč la maniĂšre d’ĂȘtre fondamentale de l’existant est de se projeter vers ce qui n’est pas encore en se souvenant de ce qui fut. C’est que notre Ăąme est capable de distension, disait St Augustin, de rĂ©tention du passĂ©, de protention vers l’avenir et d’attention au prĂ©sent. Dans cette capacitĂ© se joue ce que le temps a de pire et de meilleur pour nous. Mais ce qui en dĂ©cide, c’est en dĂ©finitive notre maniĂšre d’ĂȘtre en situation par rapport Ă  lui. L’impatience du dĂ©sir voudrait le rĂ©trĂ©cir et pourtant il faut bien attendre que le sucre fonde. La nostalgie voudrait le retenir et pourtant inĂ©luctablement il nous Ă©loigne de ce qui fut. Son coefficient d’adversitĂ© ou de positivitĂ© n’est donc pas en lui, il est en nous car il dĂ©pend de notre folie ou de notre sagesse. Folie du dĂ©sir qui s’illimite, aspire Ă  l’éternitĂ©, refuse la loi du rĂ©el car en refusant le devenir, l’irrĂ©versibilitĂ©, la finitude, on se condamne Ă  consacrer son impuissance. La sagesse consiste Ă  comprendre qu’il n’y a d’ĂȘtre que de ce qui devient, que l’éternitĂ© dont nous faisons l’expĂ©rience en tant qu’ĂȘtres pensants est moins la preuve de notre appartenance Ă  l’intemporel qu’une production propre Ă  la temporalitĂ© elle-mĂȘme, qui serait capable, en l’ĂȘtre humain, de projeter l’horizon de son propre dĂ©passement » F Dastur, La mort, Essai sur la finitude, Hatier, p. 4. Il dĂ©pend donc de nous de faire de ce devenir le cadre de notre libertĂ©, de la crĂ©ation individuelle et collective, du courage d’affirmer, mĂȘme si c’est absurde, notre dignitĂ© d’homme et l’infinie reconnaissance d’avoir Ă©tĂ© jetĂ© dans le temps, un temps hors duquel nous ne serions sans doute rien. Conclusion La question Ă©tait de savoir si le temps est notre alliĂ© ou notre ennemi. Au terme de cette rĂ©flexion, on peut dire qu’il n’est par nature ni l’un ni l’autre. Il est ce que l’homme dĂ©cide qu’il soit. Partager Marqueursdevenir, Ă©ternitĂ©, ĂȘtre, existence, finitude, irrĂ©versibilitĂ©, justice, mort, pardon, regret, remords, responsabilitĂ©, ressentiment, temporalitĂ©, temps

Cesdeux fĂȘtes sauvages mirent le monde en harmonie avec Paul ValĂ©ry au XXĂšme siĂšcle : « Nous autres, civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles. » Mourir pour ressusciter ĂĄ quoi ? En tout cas les civilisations reprirent du poil de la bĂȘte. Le philosophe Jean-Luc Nancy est dĂ©cĂ©dĂ©, Ă  81 ans. C’est Ă©videmment une Ă©poque qui tourne sa page, sous le soleil de Strasbourg oĂč Derrida Ă©galement aimait Ă  baigner l’atmosphĂšre de sa prĂ©sence », a rĂ©agi le philosophe et ami Jean-Clet Martin, via Facebook. Il y avait chez Jean-Luc Nancy un sens profond des relations. »Le philosophe a publiĂ© plus d’une centaine d’ouvrages, parmi lesquels. Il a publiĂ© L’Intrus GalilĂ©e, en 2000 oĂč il revient sur sa greffe du cƓur en 1991. Le Sens du monde GalilĂ©e, 2001, La DĂ©closion GalilĂ©e, 2005, L’Adoration GalilĂ©e, 2010, DĂ©mocratie hic et nunc ! avec Jean-François Bouthors, François Bourin Éditions, 2018 et, en 2020, Un trop humain virus Bayard.[ARCHIVE] Article paru le 20 octobre 2020La Croix L’Hebdo Dans votre livre Un trop humain virus, qui vient de paraĂźtre 1, vous Ă©crivez que la crise sanitaire actuelle agit comme un miroir grossissant de ce qui dysfonctionne dans nos sociĂ©tĂ©s. Que reflĂšte ce miroir ?Jean-Luc Nancy Cette loupe virale » grossit les traits de nos contradictions et de nos limites. Le Covid-19 en tant que pandĂ©mie est bien Ă  tous Ă©gards un produit de la mondialisation techno-capitaliste. Il en prĂ©cise les traits et les tendances. Il est un libre-Ă©changiste actif, pugnace et efficace. Il prend part au grand processus par lequel une culture se dĂ©fait tandis que s’affirme ce qui est moins une culture qu’une mĂ©canique de forces inextricablement techniques, Ă©conomiques, dominatrices
En mĂȘme temps, le virus nous communise ». Un ami indien m’a d’ailleurs appris que chez lui on parle de communovirus ». Comment ne pas y avoir dĂ©jĂ  pensĂ© ? C’est l’évidence mĂȘme ! Ce virus nous met sur un pied d’égalitĂ© pour le dire vite et nous rassemble dans la nĂ©cessitĂ© de faire front ensemble. Que cela doive passer par l’isolement de chacun n’est qu’une façon paradoxale de nous donner Ă  Ă©prouver notre communautĂ©. Il nous rappelle qu’on ne peut ĂȘtre unique qu’entre tous. C’est ce qui fait notre plus intime communautĂ© le sens partagĂ© de nos rĂ©agissez-vous Ă  la place prise par le souci pour la santĂ© ? N. Nous sommes dĂ©sormais dans une sociĂ©tĂ© pour laquelle la santĂ© est devenue un bien essentiel, mais aussi un droit. Tout le monde peut la revendiquer. Pourtant, la santĂ© n’est pas la vĂ©ritĂ© de l’existence. Certes, l’adage dit Quand la santĂ© va, tout va. » Mais cette vieille signification s’entendait au bon sens immĂ©diat et le plus robuste il faut effectivement ĂȘtre suffisamment en bonne santĂ© pour pouvoir dĂ©ployer son existence. On s’est toujours souhaitĂ© une bonne santĂ©. Vale ! » porte-toi bien » se disaient les Romains, et notre Salut ! » contient lui aussi l’idĂ©e de santĂ©, de guĂ©rison. Aujourd’hui, contrairement au dicton et Ă  ces expressions, la santĂ© devient une fin en soi. Mais pourquoi ĂȘtre en bonne santĂ© ? Pour quelles fins vivre ? VoilĂ  ce qui n’est plus clair
En quoi le moment que nous vivons marque-t-il une rupture ? N. Ce qui m’intĂ©resse dans la situation actuelle, c’est qu’elle rĂ©vĂšle une crise depuis longtemps annoncĂ©e. Depuis un siĂšcle environ, quantitĂ© de personnalitĂ©s de la pensĂ©e et de la littĂ©rature ont pointĂ© la fin de notre civilisation, la crise du progrĂšs et les ambivalences de la technique. Je pense notamment aux avertissements de Freud, de Paul ValĂ©ry, de Bergson, de Heidegger, de GĂŒnther Anders, de Jacques Ellul
Ce qui nous arrive ressemble au dĂ©veloppement d’une maladie. Au dĂ©but, il y a de petits signaux qu’on ne sait pas bien interprĂ©ter. On cherche Ă  comprendre, on tĂątonne, on hĂ©site, on se dit Ne nous inquiĂ©tons pas »  Et puis, tout d’un coup, la maladie se dĂ©clare. Elle devient Ă©vidente. C’est ce qui arrive aujourd’hui. LĂ , on peut dĂ©cider et nommer la maladie. Le mot grec krisis contient d’ailleurs l’idĂ©e de jugement. C’est le moment oĂč le mĂ©decin peut nommer le mal. Aujourd’hui, le virus contribue Ă  quel mal souffrons-nous ? N. Je pense qu’il s’agit, comme disait Paul ValĂ©ry, d’une maladie de l’esprit. J’emploie volontairement ce mot, tout en sachant qu’il ouvre la porte Ă  tous les malentendus. C’est un mot dangereux, mais je n’en vois pas d’autre pour parler de ce qui donne souffle Ă  une civilisation, Ă  une sociĂ©tĂ©. L’esprit pour moi ne dĂ©signe pas une substance Ă©thĂ©rĂ©e, Ă  caractĂšre plus ou moins divin. Il dĂ©signe la possibilitĂ© de se rapporter Ă  une rĂ©alitĂ© qui Ă©chappe. On est dans l’esprit quand on reconnaĂźt, pas seulement intellectuellement mais aussi existentiellement et affectivement, qu’on est dĂ©passĂ© par quelque chose qui ne demande pas simplement Ă  ĂȘtre maĂźtrisĂ©. Une culture ne peut ĂȘtre vivante que si elle est prise dans une vie de l’ l’annonce de la mort de Dieu par Nietzsche, nous sommes entrĂ©s dans une pĂ©riode d’incertitude. Je pense souvent Ă  la phrase de Jean-Christophe Bailly, qui Ă©crit dans Adieu L’athĂ©isme n’a pas Ă©tĂ© capable d’irriguer son propre dĂ©sert. » Il le constate en athĂ©e convaincu, en se posant la question de l’invention d’un autre sacrĂ©, d’un autre divin, rĂ©solument athĂ©e. Je pense que son diagnostic est parfaitement exact. La civilisation moderne n’a rien proposĂ© en remplacement de la figure de Dieu qui s’est effacĂ©e. J’ai la certitude qu’il va se produire une nouvelle rĂ©volution spirituelle, que le temps est arrivĂ© pour cela. Mais cela prendra peut-ĂȘtre trois siĂšcles
Qu’est-ce qui vous conduit Ă  penser cela ? N. Toutes les grandes civilisations ont connu leur effondrement. Comme l’écrivait ValĂ©ry dans La Crise de l’esprit 1919 Nous autres, civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles. » Je suis de plus en plus habitĂ© par l’idĂ©e qu’une civilisation, qui est un ensemble structurĂ© de puissances politique, Ă©conomique, technique et religieuse, a une certaine durĂ©e. Or, je constate que, depuis maintenant deux bons siĂšcles, l’Europe s’inquiĂšte d’ peut faire remonter cette inquiĂ©tude Ă  Rousseau. C’est le malaise social qui lui fait projeter un Ă©tat de nature » – qui n’a peut-ĂȘtre jamais existĂ© – pour l’opposer Ă  l’ Ă©tat de la sociĂ©tĂ© » – qu’il considĂšre comme dangereux – oĂč le luxe » et la compĂ©tition » ont dĂ©jĂ  commencĂ© Ă  abĂźmer ce que l’homme pourrait ĂȘtre
 On peut parler d’une crise de l’esprit quand le sentiment que l’on a de vivre pour quelque chose entre en se tenir dans ce temps qui vacille ? N. Aujourd’hui, je ne peux rien proposer pour l’avenir et rien revendiquer du passĂ©. Je suis dans le noir. Peut-ĂȘtre est-ce liĂ© Ă  mon Ăąge, mais pas seulement
 Pourtant, quand on est dans le noir, on n’est jamais tout Ă  fait dans l’obscuritĂ©. Dans le noir, on voit aussi diffĂ©remment. Pas par la sensibilitĂ© oculaire, mais par d’autres sensibilitĂ©s auditive, tactile
 Plus d’un a fait l’expĂ©rience d’un rĂȘve oĂč il est plongĂ© dans une piĂšce noire et oĂč, peu Ă  peu, il apprend quelque chose sur ce lieu oĂč on l’a mis. Il peut alors attraper » certains repĂšres pour se conduire. VoilĂ  ce qui peut ĂȘtre invitez notamment Ă  reprendre la question de la libertĂ©, qui est au cƓur de la modernitĂ©. Ce n’est pas rien
 N. Il y a une Ă©norme illusion de la modernitĂ© dont nous avons en fait commencĂ© Ă  prendre conscience la libertĂ© comprise comme la libĂ©ration d’une humanitĂ© qui aurait surmontĂ© toutes ses dĂ©pendances. À beaucoup de signes, nous savons dĂ©sormais combien nous perdons de libertĂ© d’agir dans les destructions et transformations profondes des conditions de vie sur la planĂšte. L’image de l’autodĂ©termination continue Ă  nous fasciner, alors mĂȘme que c’est en elle que se trouve le peut-elle fournir une nouvelle façon de penser notre vie en commun ? N. Oui, je le pense. Mais je trouve que jusqu’ici l’écologie a surtout dĂ©signĂ© quelque chose de rĂ©actif il s’agissait de protĂ©ger une nature » dont on ne sait exactement ce qu’elle recouvre. Aujourd’hui, il ne s’agit plus seulement de protĂ©ger la nature, il est davantage question de se protĂ©ger de nous-mĂȘme, tant nous voyons que nous sommes emportĂ©s avec la nature et le mauvais traitement que nous lui rĂ©servons. On le voit Ă  la multiplication interminable des maladies qui, comme les cancers, ont des racines dans le mauvais traitement rĂ©servĂ© Ă  notre environnement. SĂ»rement dans la jeune gĂ©nĂ©ration, certains ont-ils des idĂ©es plus claires que moi sur ce qu’il convient de faire, mais il m’apparaĂźt que beaucoup de sujets Ă©cologiques deviennent trĂšs dont il faut se garder toutefois, ce serait de considĂ©rer l’écologie comme un Dieu qui viendrait rĂ©pondre au techno-capitalisme, qui serait lui le diable
 On oublie que ce diable est trĂšs vieux et qu’il a fourni le moteur de toute l’histoire du monde moderne. Il a au moins sept siĂšcles d’existence, sinon plus. La production illimitĂ©e de la valeur marchande est devenue le moteur de la sociĂ©tĂ© et, en un sens, sa raison d’ĂȘtre. Les effets ont Ă©tĂ© grandioses, un monde nouveau a surgi. Il se peut que ce monde et sa raison d’ĂȘtre soient en train de se dĂ©composer, mais sans rien nous fournir pour les remplacer. On serait mĂȘme tentĂ© de dire au est un thĂšme que vous vous efforcez de repenser. Pourquoi ? N. Pourquoi sommes-nous Ă©gaux ? Qu’est-ce qui lĂ©gitime en derniĂšre instance l’égalitĂ© ? Il faut reconnaĂźtre que nous n’en savons rien. Au cours de notre histoire, le christianisme a Ă©tĂ© trĂšs important, car il a donnĂ© Ă  l’égalitĂ© un contenu effectif. Dire que l’on est enfant de Dieu », ça lĂ©gitime l’égalitĂ© ! Mais en dehors de la religion, comment penser l’égalitĂ© ?Je crois que l’on peut essayer d’élaborer philosophiquement un essai de rĂ©ponse en disant que ce qui nous fait vraiment Ă©gaux, c’est justement la mort, que le virus nous remet sous les yeux. Le virus Ă©galise les existences. Il rappelle ainsi un droit souverain de la mort qui s’exerce sur la vie parce qu’elle fait partie de la vie. C’est peut-ĂȘtre en effet d’ĂȘtre mortels qui nous fait Ă©gaux, dĂšs lors qu’il n’y a plus de diffĂ©rences surnaturelles, ni naturelles. La mort, non comme un accident, mais comme ce qui appartient Ă  la vie. Cela passe par la reconnaissance de notre finitude. Mais aujourd’hui, c’est le mot maudit. Celui qu’on n’aime pas entendre
Finitude, ce mot n’est pourtant pas si vilain
 N. Peut-ĂȘtre, quand on est capable de le recevoir
 Mais aujourd’hui, je constate que beaucoup de gens ne comprennent pas ce qu’il veut dire. C’est vrai Ă  l’extĂ©rieur du monde intellectuel, mais Ă©galement Ă  l’intĂ©rieur. On voit bien aujourd’hui que l’infinitĂ© du progrĂšs est un mauvais infini. Il devient Ă©vident que la technique produit autant de mal que de bien. C’est manifeste dans les dĂ©bats autour de la 5G. La finitude est ce qui peut nous relier Ă  un bon infini. Dans la finitude, on rĂ©alise une possibilitĂ© de l’infini. Comme ce qui se passe dans l’art, dans l’amour
 Le vĂ©ritable infini est ce moment oĂč on a le sentiment de sa propre existence comme rĂ©ellement avez Ă©tĂ© trĂšs proche du christianisme dans votre jeunesse. Comment vous ĂȘtes vous dĂ©tachĂ© du christianisme ou comment le christianisme s’est-il dĂ©tachĂ© de vous ? N. J’ai Ă©tĂ© chrĂ©tien, oui tout Ă  fait. Et j’aime bien votre formulation, car je peux dire que c’est le christianisme qui s’est d’abord dĂ©tachĂ© de moi, comme de toute une gĂ©nĂ©ration. Étudiant, j’étais engagĂ© Ă  la Jeunesse Ă©tudiante chrĂ©tienne JEC. L’appartenance au christianisme Ă©tait pour moi absolument indissociable d’une vision politique et sociale. À la JEC, nous Ă©tions trĂšs engagĂ©s en faveur de la dĂ©mocratisation de l’enseignement. En 1957, l’épiscopat français a sĂ©vĂšrement critiquĂ© le progressisme de la JEC. Cela a Ă©tĂ© un coup de tonnerre pour moi et m’a dĂ©tachĂ© de l’Église. En 1965, la JEC a Ă©tĂ© formellement la condamnation des Ă©vĂȘques, l’Église m’est apparue comme une figure de la conservation et du pouvoir. Je ne discernais pas pour quelles raisons dogmatiques on nous condamnait. Je n’y voyais que des raisons politiques. Je me suis senti comme un protestant, rĂ©voltĂ© contre l’ doute, d’un point de vue religieux, tout cet engagement Ă©tait-il dĂ©jĂ  bien dĂ©tachĂ© pour moi de l’observance religieuse. Mais je n’en Ă©tais pas encore lĂ . Il y avait tout un aspect esthĂ©tique et Ă©motionnel de la cĂ©rĂ©monie religieuse qui me touchait et me reliait Ă  l’Église. Pas l’esthĂ©tique des cĂ©rĂ©monies de premiĂšre communion, plutĂŽt celle des cĂ©rĂ©monies pascales et du chant grĂ©gorien
AprĂšs cette grande crise politique est venu le moment oĂč j’ai dĂ©couvert que je ne pouvais plus prier, parce qu’il n’y avait personne qui rĂ©pondait. Cela finissait par devenir grotesque. Comme dans la chanson Le TĂ©lĂ©fon, de Nino Ferrer Y a le tĂ©lĂ©fon qui son et y a jamais person qui y rĂ©pond. » Sourire.Ce dĂ©tachement Ă©tait peut-ĂȘtre possible parce qu’au mĂȘme moment quelque chose » Ă©tait en train de me rĂ©pondre, plusieurs voix Ă  la fois celles de Hegel, de Heidegger, de Derrida
 Des voix qui ne me disaient pas Je t’apporte le salut », mais qui me faisaient vivre. Au fond, ce qu’on demande, ce n’est peut-ĂȘtre pas l’assurance du salut. C’est de pouvoir se sentir exister sans que ce soit une absurditĂ© ou une existence coupable sous la menace d’une vous reste-t-il du christianisme ? N. J’aurais envie de rĂ©pondre tout. À travers la thĂ©ologie, j’ai dĂ©couvert l’interprĂ©tation de l’Écriture. Cela a Ă©tĂ© le dĂ©clenchement de ma vocation philosophique. Je dĂ©couvrais qu’on pouvait indĂ©finiment dĂ©couvrir du sens dans un texte. Qu’est-ce qu’il me reste du christianisme ? Pause. Presque l’essentiel, qui tient pour moi dans cette phrase de MaĂźtre Eckhart Prions Dieu de nous tenir libre et quitte de Dieu. » Je l’avais inscrite en Ă©pigraphe de mon mĂ©moire de maĂźtrise de philosophie, rĂ©alisĂ© sous la direction de Paul RicƓur. Je n’avais certainement pas trouvĂ© cette phrase tout seul. Elle a dĂ» m’ĂȘtre transmise par un jĂ©suite ou un des aumĂŽniers de la JEC. À travers eux, je n’avais jamais perçu l’Église comme un vous avez plongĂ© dans la philosophie, sans retour ? N. À partir de la dĂ©couverte de l’interprĂ©tation des textes et de cette phrase d’Eckhart, je suis allĂ© tout droit dans la philosophie. J’ai trouvĂ© dans la philosophie de Hegel comme la vĂ©ritĂ© du christianisme. En dĂ©pit des critiques faites Ă  Hegel, il m’est toujours restĂ© quelque chose de sa philosophie. Hegel est quelqu’un qui reste dans un vrai mouvement de l’esprit, l’esprit comme ce qui excĂšde. Ce n’est pas du tout une pensĂ©e qui boucle tout, qui dirait tout est accompli », comme on le lui a aussi dans ces annĂ©es que j’ai dĂ©couvert la lecture de Derrida, qui a Ă©tĂ© une autre rĂ©vĂ©lation. LĂ , il s’agissait d’une pensĂ©e absolument contemporaine, proche, vivante, qui rĂ©sonnait forcĂ©ment autrement que n’importe quelle philosophie du pour vous une possibilitĂ©, dans la pĂ©riode que nous traversons, de se ressourcer dans le christianisme ? N. Peut-ĂȘtre, mais pas au sens de se baigner dans ses eaux. PlutĂŽt au sens de remonter en arriĂšre de cette source. Avant la source, cela veut dire lĂ  oĂč il n’y avait pas encore de source, lĂ  oĂč il y a la possibilitĂ© d’une source. Je cherche ce qu’il y a au trĂ©fonds de l’Occident, ce quelque chose » dont le christianisme aura Ă©tĂ© le dĂ©veloppement civilisationnel le plus large – avec le judaĂŻsme qui l’a engendrĂ©, et l’islam pour une autre partie de notre monde mĂ©diterranĂ©en – mais qui demande maintenant Ă  ĂȘtre remis en les Ă©crits des mystiques chrĂ©tiens, que l’on rencontre frĂ©quemment dans vos livres, n’aident-ils Ă  rester du cĂŽtĂ© du bon infini » ? N. Sans doute, mais je ne peux que constater l’épuisement de cette veine. J’ai passĂ© ma vie Ă  me rĂ©fĂ©rer Ă  la phrase d’Eckhart comme Ă  la meilleure phrase qu’on puisse prononcer sur le christianisme et sur la religion en gĂ©nĂ©ral, mais aujourd’hui les grands discours de la mystique sont soigneusement recouverts par toute une pacotille bondieusarde. Une trĂšs grande partie de l’humanitĂ© a besoin de religion, mais elle se laisse satisfaire de la maniĂšre la plus grossiĂšre qui soit. C’est presque insupportable d’écouter ou de lire les sermons des Ă©vangĂ©listes. On a envie de dire Mon Dieu, mais les Évangiles, c’est mille fois mieux ! »Pourquoi y a-t-il forcĂ©ment un hiatus entre les pensĂ©es des mystiques et les attentes de quantitĂ© de gens ? Cela reste pour moi une Ă©nigme. Peut-ĂȘtre est-ce liĂ© Ă  un besoin de sĂ©curitĂ©. Cela m’interroge aussi. Avec tout ce que j’ai reçu, ce que j’ai pensĂ© et Ă©crit, moi aussi je me suis donnĂ© un formidable systĂšme d’assurance. Sourire. C’est peut-ĂȘtre bien gentil de dire je me passe de religion », dans la mesure oĂč le discours que j’ai dĂ©veloppĂ© a suffisamment de consistance et de force affective pour me donner un vĂ©ritable sentiment d’ peut ĂȘtre la tĂąche des chrĂ©tiens dans la pĂ©riode que nous traversons ? N. Si les chrĂ©tiens pouvaient creuser l’idĂ©e ou plutĂŽt le motif de l’amour, central dans le christianisme, alors je crois que cela permettrait d’avancer. On a trop considĂ©rĂ© l’amour chrĂ©tien comme une affaire entendue en tant que commandement impossible. C’est ce qu’affirme Freud dans Malaise dans la civilisation. Il y Ă©crit que la seule rĂ©ponse Ă  la violence moderne est l’amour chrĂ©tien, mais il ajoute aussitĂŽt ce n’est pas praticable, cela ne marche pas. Pourtant, Freud termine ce texte en disant que la psychanalyse ne peut rien Ă  la civilisation, que l’on peut craindre que le monde aille de mal en pis, mais que l’on peut espĂ©rer que l’Eros triomphera. Je me suis toujours dit que Freud Ă©tait gonflĂ© ! Rires. D’un cĂŽtĂ©, il Ă©carte l’amour chrĂ©tien. De l’autre, il en appelle Ă  l’Eros, en faisant mine d’ignorer son ambivalence
Pourquoi reprendre cette question aujourd’hui ? N. Parce que cela rĂ©sonne avec ce qui nous prĂ©occupe depuis deux siĂšcles la question du commun. Nous ne cessons de nous demander comment ĂȘtre en commun, comment vivre ensemble. Sans doute la sociĂ©tĂ© s’éprouve-t-elle comme en train de se communisme s’est inscrit dans cette inquiĂ©tude. Aujourd’hui, la rĂ©fĂ©rence au communisme a quasiment disparu, mais la rĂ©flexion sur les communs, les biens communs, le partage, reste centrale. Il est d’ailleurs amusant de voir comment ces mots ont Ă©tĂ© pris en charge tantĂŽt plutĂŽt par le communisme, tantĂŽt plutĂŽt par le christianisme, mais ils ont partout circulĂ© avec un indice positif, en mĂȘme temps que l’on constatait qu’ils Ă©taient mĂ©prisĂ©s, nĂ©gligĂ©s, incompris et Ă  quel point le capitalisme n’offrait pas la possibilitĂ© d’un bien commun pour tous. Nous cherchons Ă  faire du commun, mais comment le faire sans un minimum d’affects, d’amour ?Votre diagnostic sur la situation actuelle est grave, mais votre philosophie est traversĂ©e par la prĂ©sence de la joie. OĂč se fonde pour vous cette joie ? N. La joie n’est pas le contentement. On pourrait dire que c’est l’affect de l’esprit, c’est-Ă -dire de se savoir emportĂ© au-delĂ  de toute finalitĂ© et de toute maĂźtrise. Mais ce savoir » n’est pas intellectuel. Il est joie, je ne peux vraiment pas dire ce qui la fonde
 C’est une disposition, un Ă©tat ou une pulsion sans aucune raison autre qu’elle-mĂȘme. En tout cas, elle vient toujours d’ailleurs. Des autres, pas de moi des grandes pensĂ©es des philosophes, des paroles des poĂštes, de la chaleur des personnes, de la beautĂ© des Ɠuvres ou des corps. Bien sĂ»r, ce n’est pas toujours lĂ , mais lorsque ça arrive, ça touche, ça dates1940. Naissance Ă  CaudĂ©ran Gironde.1968. Professeur de philosophie Ă  l’universitĂ© de Rencontre avec Jacques Il fonde, avec ce dernier, Sarah Kofman et Philippe Lacoue-Labarthe, la collection La philosophie en effet » aux Éditions Il subit une greffe du cƓur, expĂ©rience sur laquelle il reviendra dans L’Intrus GalilĂ©e,en Professeur coups de cƓurL’ensemble Graindelavoix et DalidaQuand j’étais jeune, j’ai fait partie d’un groupe de chant. J’ai Ă©normĂ©ment aimĂ© chanter. Cette sensation du chant qui vous sort de la bouche a quelque chose de magique c’est comme si le corps tout entier partait lĂ -dedans
 Je viens de dĂ©couvrir l’album Tenebrae de Gesualdo par l’ensemble Graindelavoix. J’aime le caractĂšre sĂ©vĂšre, mais sans sĂ©cheresse, de leur chant a cappella. Dans un tout autre style, j’aime aussi Dalida. Il y a une certaine vulgaritĂ© dans son personnage, tout y est outrĂ©, mais elle donnait de la grĂące Ă  une prĂ©sence qui aurait pu ĂȘtre lourde et impĂ©rialiste ».Conrad AikenJe travaille en ce moment sur l’un de ses poĂšmes. C’est vraiment quelqu’un de tout Ă  fait exceptionnel. J’aime sa simplicitĂ© et sa puissance. Dans tous ses Ă©crits, il est trĂšs vif, trĂšs pĂ©nĂ©trant et, en mĂȘme temps, c’est mystĂ©rieux, RothkoJ’aime ses grands formats. Ses couleurs sont pleines de relief. Je suis touchĂ© par la façon dont il est passĂ© de la peinture figurative de sa jeunesse Ă  l’abstraction, tout en continuant Ă  raconter quelque chose

Lauteur se penche sur l’esthĂ©tisation du dĂ©clin de l’Occident, en partant du postulat de l’invention d’un genre proche mais distinct de la dystopie : la contre-utopie, qui est analysĂ©e comme le memento mori de la civilisation. Nombre de pages: 206; Parution: 07/04/2021; Collection: Études de littĂ©rature des xx e et xxi e
Sujets d'ordre bibliographique regroupĂ©s ici Livre sur la dynastie des Lagides Citer SalmanasarConnaissez-vous un livre qui traite de la dynastie des Lagides ? Citer ClioDELLA MONICA , Madeleine Les derniers pharaons Maisonneuve & Larose vous le conseille le plus prĂ©cis en français Ă  ma connaissance. -Qui et/ou que lire sur l'Egypte ancienne ?Citer Louis-AugusteDĂ©sireux d'Ă©toffer mes biens maigres connaissances sur la civilisation de l'Egypte ancienne, je fais appel Ă  vous pour me donner les "auteurs-rĂ©fĂ©rence", les historiens de la pĂ©riode, reconnus pour leur sĂ©rieux, leur connaissance profonde de cette civilisation, leur finesse d'analyse...etc. Alors, qui faut-il absolument lire sur l'Egypte ? Citer KittenJe ne saurais pas vous donner de rĂ©fĂ©rences prĂ©cises car je ne possĂšde aucun ouvrage relatif Ă  la Civilisation Ă©gyptienne en gĂ©nĂ©ral. Comme d'habitude, mes livres concernent les souveraines, et si jamais vous ĂȘtes amenĂ© Ă  vous y intĂ©resser on ne sait jamais je vous recommande les Ă©tudes suivantes, trĂšs sĂ©rieuses et trĂšs complĂštes, Ă©crites par les plus grands auteurs Nefertari, l'aimĂ©e de Mout de Christian Leblanc biographies trĂšs recherchĂ©es sur les Ă©pouses, filles et fils de RamsĂšs II La reine mystĂ©rieuse de Christiane Desroches-Noblecourt retrace la vie passionnante de la reine-pharaon. III de AgnĂšs Cabrol contient non seulement la biographie de ce pharaon, mais aussi celles de son pĂšre, sa mĂšre, ses frĂšres, ses soeurs, sa Grande Epouse, ses concubines, ses fils, ses filles. et Akhenaton de Christian Leblanc toute l'histoire de ce couple plus que cĂ©lĂšbre. A ne pas ce, si vous ne vous intĂ©ressez pas vraiment aux reines, laissez tomber. Mais il n'en demeure pas moins que ces ouvrages sont tout se qu'il y a de plus complet, et s'appuient sur des recherches historiques et archĂ©ologiques. Aucun rĂ©cit romancĂ©, au contraire, tout est constatations, Ă©tudes et hypothĂšses.[/u] Citer IzarraLes ouvrages de Christiane Desroches-Noblecourt sont en gĂ©nĂ©ral bien faits et complets. Sinon, pour une vue plus gĂ©nĂ©rale, je vous conseille l'histoire de l'Egypte de Nicolas Grimal. Citer SalmanasarEn effet,cher Louis-Auguste,comme izarra,je vous conseillerais "Histoire de l'Égypte ancienne" de Nicolas Grimal,qui couvre tout les pĂ©riodes allant de la prĂ©histoire jusqu'Ă  la conquĂȘte grecque,et qui est aussi trĂšs bien documentĂ© et offre aussi une trĂšs bonne analyse. De plus,en plus de l'histoire proprement dit,ce livre donne des renseignements sur l'Ă©volution de l'art Ă©gyptien sculptures,Ă©critures,architectures,ainsi que les moeurs cultes mortuaires etc,,Ă  travers les Ăąges. Il y a aussi les livres de BĂ©atrix Midant-Reynes,si vous vous intĂ©resser Ă  la prĂ©histoire de l'Égypte. Quoi qu'il en soit, j’ai bien apprĂ©ciĂ© ces deux livres,c'est d'ailleurs pour cela que je les ait achetĂ© . Il y a encore d'autres bon livres que j'ai lu sur l'Égypte ancienne,ainsi que de bonnes biographies sur certains pharaons et reines d'Egypte, mais ces lectures remontant Ă  quelques annĂ©es, je ne me souviens plus des auteurs,et mĂȘme parfois des titres. Citer HamorYoyotte est un bon spĂ©cialiste de l'Egypte ancienne. Sinon il faut retourner aux sources HĂ©rodote et Plutarque semblent s'imposer, aprĂšs il y a tous les autres, ils sont innombrables et mĂȘme s'il y a du romancĂ©, il est important de connaĂźtre la vision qu'avaient les contemporains de cette grande Egypte. Citer Louis-AugusteNicolas Grimal semble faire l'unanimitĂ©. Je commencerai donc par lui. Jean Yoyotte, oui, maintenant que vous me donnez son nom, cela me dit quelque chose. Un ami m'a conseillĂ© les ouvrages de Claire Lalouette. Qu'en pensez-vous ? Citer ClioNicolas Grimal est une excellente rĂ©fĂ©rence mais attention Ă  ne pas ĂȘtre dĂ©couragĂ©, son Histoire de l'Egypte ancienne chez Fayard est un pavĂ©... Personnellement je trouve Desroches-Noblecourt meilleure quand elle parle que quand elle Ă©crit. SacrĂ©e bonne femme quand bouquins de Claire Lalouette chez Champs Flammarion sont trĂšs bien vous commencez, pourquoi ne pas tenter une approche par les oeuvres avec Oeuvres choisies, l'art Ă©gyptien au Louvre de Florence MaruĂ©jol chez Scala le commentaire d'une oeuvre est alors l'occasion d'Ă©tudier diffĂ©rents aspects de la civilisation complĂ©ment un petit tour du cĂŽtĂ© d'HĂ©rodote ou de Strabon n'est pas dĂ©nuĂ© de si vous avez l'occasion de passer par le MusĂ©e du Louvre n'oubliez pas la librairie trĂšs bien achalandĂ©e sur le sujet cĂŽtĂ© textes comme illustrations. Citer KeikozEn effet, comme on l'a dit Nicolas Grimal est Ă  la fois trĂšs complet et savant, mais de taille Ă  dĂ©courager le total nĂ©ophyte... Ca reste une trĂšs bonne rĂ©fĂ©rence, peut-ĂȘtre plus lisible chez Fayard qu'en poche... Je crois que comme source intĂ©ressante il existe un recueil de papyri et textes Ă©gyptiens trĂšs plaisants Ă  la lecture HĂ©rodote Ă©tant une source tout de mĂȘme pĂ©riphĂ©rique..., traduits. Mais je n'en retrouve plus le titre... -Documentation sur peinture et sculpture Ă©gyptiennesCiter GrenouilleJ’aimerais trouver de la documentation sur l'Ă©volution de la peinture et de la sculpture Ă©gyptienne, savez vous ou je pourrais en trouver? Ou alors si quelqu'un sait m'aider, merci. Citer The irishIl existe un livre traitant de ce sujet et que je possĂšde moi mĂȘme, il est trĂšs bien illustrĂ© et les commentaires sont tout Ă  fait intĂ©ressants L'Egypte de Dietrich WILDUNG aux Ă©ditions CITADELLES. Je vous le conseille. -Pharaons des XVIII-XIXĂšmes dynastiesCiter DeckJe fais des recherches concernant les XVIIIe et XIXe dynasties. Pourriez- vous me donner des noms d'ouvrages ou des liens vers sites Internet pour pouvoir pousser mes recherches ?J’ai rĂ©cemment lu un ouvrage sur AkhĂ©naton "AkhĂ©naton" de Gilbert SinouĂ©. En auriez vous d'autres Ă  me proposer ? Ou bien y a t-il dĂ©jĂ  des liens que je n'ai pas vus sur le forum ? Citer ZunkirPour des biographies de souverains et souveraines de la pĂ©riode C. Desroches-noblecourt, La reine mystĂ©rieuse Hatchepsout, J'ai Lu Poche, 2003id., Toutankhamon, Pygmalion, 2004id., Ramses II, LGF, Ramses II, Souverain des souverains, DĂ©couvertes Gallimard, Nefertari, Le Rocher, 1999 cet ouvrage concerne en fait les femmes et les enfants de Ramses II ThĂšbes 1250 av. RamsĂšs II et le RĂȘve du pouvoir absolu, Autrement, Ramses III, Histoire d'un rĂšgne, Pygmalion, 1997 XXĂš Dynastie, mais toujours intĂ©ressantUn ouvrage sur la pĂ©riode qui vous intĂ©resse vient tout juste de sortir, mais je n'ai pas notĂ© la rĂ©fĂ©rence ... Quoiqu'il en soit, vous avez toujours la possibilitĂ© de vous rĂ©fĂ©rer aux ouvrages gĂ©nĂ©raux de et sur l'histoire de l'Egypte Ancienne. Citer DeckConnaissez vous un recueil relatant les principaux Ă©vĂšnements de ces dynasties ? Citer ZunkirIl n'y a pas d'ouvrages traitant spĂ©cifiquement de l'histoire de cette pĂ©riode Ă  part Le monde des Ramses pour la fin du Nouvel Empire. Il faut donc voir du cĂŽtĂ© des ouvrages gĂ©nĂ©raux, comme Histoire de l'Egypte ancienne existe en format poche ; ou bien De l'Afrique Ă  l'Orient, l'Egypte des pharaons et son rĂŽle historique, 1800-330 avant notre Ăšre, Ellipses, 2005. Sinon en plus fouillĂ© il y a le trĂšs bon L'Egypte et la vallĂ©e du Nil, tome 2 De la fin de l'Ancien Empire Ă  la fin du Nouvel Empire, Clio, L'Empire des Ramses, Flammarion, Champs, 1987. Il a prĂšs de 20 ans, mais c'est un livre de grande qualitĂ©. Citer Deshays Yves-MarieQuelques rĂ©fĂ©rences - Akhenaten and Nefertiti en anglais de Cyril ALDRED - Thames and Hudson, London 1973. TrĂšs belles NĂ©fertiti une reine de lĂ©gende, une biographie magistrale de Philipp VANDENBERG, Ă©ditions Pierre Belfond, format de poche un registre plus poĂ©tique NĂ©fertiti et le rĂȘve d'Akhnaton, les mĂ©moires d'un scribe, d'AndrĂ©e CHEDID Roman/Flammarion, 1974. Citer CaidLa famille du pharaon Ahmose I egalement connu comme Amosis I.Il crea la 18e dynastie aux environ de 1550 BC-1525 BC, apres avoir vaincu et chasse les I epousa Ahmose-Nefertari, qui etait egalement sa aura plusieurs enfants- Merytamun – l'ainee des enfants d'Ahmose-Nefertari, mourra jeune- Tair – fille de Satamun – 2e fille d'Ahmose-Nefertari, mourra jeune Ahmose-Sipair – l'aine des garcon avec Ahmose-Nefertari mourra enfant - Ahmose-Meritamon – 3e fille avec Ahmose-Nefertari deviendra reine Amenhotep I – 3e fils avec Ahmose-Nefertari , deviendra pharaon en succedant a son pereSatkames – 4e fille avec Ahmose-Nefertari mourra a l'age de 30ans Henttameh – fille de ThenthapiQuelques momies, consultables ici ... Epouse et soeur d'Ahmose I, NefertariCiter Son association Ă  certaines rĂ©alisations de son Ă©poux est trĂšs Ă©troite, elle fut la premiĂšre reine Ă  assumer la fonction sacerdotale de Divine Adoratrice d'Amon ; en tant qu' Ă©pouse du dieu », elle rĂ©organisa le culte, y gagnant en prestige au point de devenir une sainte patronne de la nĂ©cropole thĂ©baine, avec une barque qui Ă©tait sortie lors des processions liĂ©es aux grandes Leur fille Merytamun -Ouvrage de rĂ©fĂ©rence sur le Moyen Sargon d'AkkadConnaissez-vous un ouvrage qui prĂ©sente en dĂ©tail le moyen empire faits, pharaons, complexes funĂ©raires, statuaire ? Citer DeckSur les Pharaons, vous pouvez toujours vous reporter au Dictionnaire des Pharaons de Pascal Vernus et Jean Yoyotte, dont vous avez la rĂ©fĂ©rence dans la BibliothĂšque ! Citer EthelbertLe problĂšme de cette pĂ©riode est qu'il y a peu de sources archĂ©ologiques sauf pour les complexes funĂ©raires construits en dur, et donc peu d'ouvrages qui y sont relatifs. À dĂ©faut d'un ouvrage consacrĂ© Ă  la pĂ©riode, il faut aller farfouiller dans diffĂ©rents ouvrages, gĂ©nĂ©ralistes ou plus pointus - Egypte - Le Temps des pyramides, coll. Univers des Formes - Kemp Egypt, a social history - Kemp Egypt - Anatomy of a civilization - Grimal N., L'Egypte ancienne - Vandier, Manuel d'archĂ©ologie Ă©gyptienne, tome 2 Et j'en oublie plein, mais tu devrais trouver une liste beaucoup plus complĂšte dans la partie "BibliothĂšque" de ce forum. Si tu parles allemand, tu peux essayer de chercher des ouvrages de D. Wildung, qui est d'aprĂšs ce que m'en disaient mes profs de l'Ecole du Louvre le spĂ©cialiste mondial de cette pĂ©riode. Je ne sais pas si certains de ses ouvrages ont Ă©tĂ© traduits en français, en revanche. Citer SophranesDans l'excellente collection Nouvelle Clio du PUF il y a un De la fin de l'AE Ă  la fin du NE, de Vandersleyen. Mais je ne sais pas si ça correspond Ă  ce que tu recherches. C'est dense mais passionnant car problĂ©matisĂ© et gĂ©nĂ©ralement, il y a peu de choses sur l'archi dans cette collection. C'est pas trop histoire de l'art. Citer Sargon d'AkkadMerci, je vais dĂ©jĂ  me dĂ©brouiller avec tout ça. L'Ancien et le Moyen Empire sont les pĂ©riodes que je trouve les plus passionnantes dans l'histoire de Égypte car leur pĂ©riode est assez mal connue. Cela ne fait pas partie du sujet mais est-il vrai que la chambre funĂ©raire de la pyramide d'Amenemhat Ier n'a jamais Ă©tĂ© fouillĂ©e Ă  cause de la prĂ©sence d'eau dans la tombe ? Citer PascalDe Wildung "l'Age d'Or de l'Egypte" est la seule synthĂšse grand public Ă  ma connaissance qui porte exclusivement sur le Moyen Empire avec les deux premiĂšres PĂ©riodes IntermĂ©diaires. Bien qu'un peu ancien, le livre est illustrĂ© de nombreuses photographies N&B; et peut se trouver assez facilement en bibliothĂšque. RĂ©ponse Ă  Ethelbert l'ouvrage de Wildung que je mentionnais est entiĂšrement traduit. Il est Ă©ditĂ© chez l'Office du Livre. _________________Tous les dĂ©sespoirs sont permis
Commenous vivons nous-mĂȘmes dans un monde en proie Ă  toutes les menaces et que, comme le disait si bien ValĂ©ry, "nous autres civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles
RĂ©servĂ© aux abonnĂ©s PubliĂ© le 25/05/2021 Ă  1923, Mis Ă  jour le 26/05/2021 Ă  1248 Boualem Sansal. Clairefond TRIBUNE - On sait que l’Ɠuvre de l’écrivain algĂ©rien, rĂ©putĂ© pour son indĂ©pendance d’esprit, qui vit en AlgĂ©rie envers et contre tout, rencontre un trĂšs vif succĂšs dans plusieurs pays europĂ©ens, en particulier en France et en Allemagne. Selon lui, notre pays souffre de ne plus se reconnaĂźtre. Pour faire face Ă  nos maux, Boualem Sansal nous invite Ă  redĂ©couvrir la pensĂ©e d’Ibn Khaldoun, historien arabe qui a mĂ©ditĂ© sur la naissance et sur la mort des empires. Auteur de plusieurs dizaines d’ouvrages, Boualem Sansal a notamment publiĂ© Le Serment des barbares» Gallimard, 1999, Le Village de l’Allemand ou Le Journal des frĂšres Schiller» Gallimard, 2008, couronnĂ© par quatre prix, 2084. La Fin du monde» Gallimard, 2015, grand prix du roman de l’AcadĂ©mie française, et Le Train d’Erligen ou La MĂ©tamorphose de Dieu» Gallimard, 2019. Dernier roman paru Abraham ou La CinquiĂšme alliance» Gallimard, coll. Blanche», 2020, 288 p., 21 €.La rĂ©ponse est en grande partie dans la question. Si on se demande ce qu’on va devenir c’est qu’on se sait malade, condamnĂ©, perdu, et de plus, implicitement dit, incapable de nous en sortir par nous-mĂȘme. Il y a aussi, sous-jacent, comme un appel au secours. On espĂšre, on attend, on gĂ©mit pour inspirer la pitiĂ©, sachant bien cependant que nos amis et nos ennemis de par le monde ont leur propre vision des y a toujours beaucoup de rĂ©ponses dans les questions. Il faut juste les trouver. Ce que, en l’occurrence
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Nousautres, civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles. Nous avions entendu parler de mondes disparus tout entiers, d’empires coulĂ©s Ă  pic avec tous leurs hommes et tous leurs engins ; descendus au fond inexplorable des siĂšcles avec leurs dieux et leurs lois, leurs acadĂ©mies et leurs sciences pures et appliquĂ©es ; avec leurs grammaires, leurs
Nous autres, civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles. Nous avions entendu parler de mondes disparus tout entiers, d’empires coulĂ©s Ă  pic avec tous leurs hommes et tous leurs engins ; descendus au fond inexplorable des siĂšcles avec leurs dieux et leurs lois, leurs acadĂ©mies et leurs sciences pures et appliquĂ©es, avec leurs grammaires, leurs dictionnaires, leurs classiques, leurs romantiques et leurs symbolistes, leurs critiques et les critiques de leurs critiques. Nous savions bien que toute la terre apparente est faite de cendres, que la cendre signifie quelque chose. Nous apercevions Ă  travers l’épaisseur de l’histoire, les fantĂŽmes d’immenses navires qui furent chargĂ©s de richesse et d’esprit. Nous ne pouvions pas les compter. Mais ces naufrages, aprĂšs tout, n’étaient pas notre affaire. Élam, Ninive, Babylone Ă©taient de beaux noms vagues, et la ruine totale de ces mondes avait aussi peu de signification pour nous que leur existence mĂȘme. Mais France, Angleterre, Russie. .. ce seraient aussi de beaux noms. Lusitania aussi est un beau nom. Et nous voyons maintenant que l’abĂźme de l’histoire est assez grand pour tout le monde. Nous sentons qu’une civilisation a la mĂȘme fragilitĂ© qu’une vie. Les circonstances qui enverraient les Ɠuvres de Keats et celles de Baudelaire rejoindre les Ɠuvres de MĂ©nandre ne sont plus du tout inconcevables elles sont dans les journaux. Paul ValĂ©ryLe Dico des citations
Nous autres, civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles. Ă©crivait Paul ValĂ©ry. En Ă©cho, derniĂšrement, Amin Maalouf sort un livre dont le titre est : Le naufrage des civilisations. Bienheureux le temps oĂč on pouvait encore Ă©crirecivilisationau pluriel. La disparition de l’une n’était pas la disparition des autres.
Nous autres, civilisations, savons maintenant que nous sommes mortelles. » L’équivocitĂ© de la rĂ©flexion de Paul ValĂ©ry, dans la Crise de l’esprit 1919, met Ă  la fois en perspective le caractĂšre vulnĂ©rable de cette civilisation qui se sait dĂ©sormais aussi fragile qu’une vie », comme l’écrit l’auteur quelques lignes plus loin ; et sa force lĂ©tale capable de porter la vie a des sommets de grandeur, la civilisation est Ă©galement aurĂ©olĂ©e d’une puissance de destruction insoupçonnable jusqu’alors. Si cette sentence a pu marquer le XXe siĂšcle et permettre d’interroger les totalitarismes qu’il a vu prospĂ©rer, elle semble s’appliquer avec plus de force encore Ă  l’aube de ce troisiĂšme millĂ©naire, qui voit, avec l’apparition du transhumanisme, se redessiner Ă  une vitesse vertigineuse les contours de l’humanitĂ© Ă  venir. De l’homme augmentĂ© au posthumain, le transhumanisme revĂȘt des visages multiples qui semblent cependant tous annoncer un bouleversement radical de la nature mĂȘme de l’humanitĂ© et l’on oscille entre la fascination et l’effroi devant les scĂ©narios de science-fiction qui nous sont prĂ©sentĂ©s. Ce mouvement culturel et intellectuel affirme qu’il est possible et dĂ©sirable d’amĂ©liorer fondamentalement la condition humaine en dĂ©veloppant et diffusant largement les techniques visant Ă  Ă©liminer le vieillissement et Ă  amĂ©liorer de maniĂšre significative les capacitĂ©s intellectuelles, physiques et psychologies de l’ĂȘtre humain » 1. La transformation de l’homme, envisagĂ©e au niveau individuel, ou par la crĂ©ation d’un humain augmentĂ© », qui constituerait une nouvelle espĂšce, une humanitĂ© + symbolisĂ© H+ dans l’hybridation qui est faite de l’homme et de la machine, peut affecter diffĂ©rentes facultĂ©s de l’ĂȘtre humain capacitĂ©s physiques ou cognitives, longĂ©vitĂ© ou immortalitĂ©. Si aucun irĂ©nisme ou aveuglement n’est permis face Ă  de tels enjeux, tant dans les politiques de dĂ©fense et de sĂ©curitĂ© internationale que dans le recours aux techniques bio-mĂ©dicales en vue de neuro-amĂ©lioration de la personne non malade », on peine cependant Ă  dĂ©mĂȘler les faits des oracles de certaines pythies contemporaines. C’est la caractĂ©ristique premiĂšre de la technologie, Ă©crit Don DeLillo, d’un cĂŽtĂ© elle suscite un appĂ©tit d’immortalitĂ©, de l’autre elle provoque la peur de l’extinction universelle » 2. À la fragilitĂ© de la vie, Ă  la vulnĂ©rabilitĂ© de l’existence qui apparaĂźt avec tant de force aprĂšs les ravages du XXe siĂšcle ou en des temps de crise Ă©cologique que l’on nous prĂ©sente comme sans prĂ©cĂ©dent, le transhumanisme rĂ©pond avec de mirifiques promesses de vie Ă©ternelle
 mais il semble dans le mĂȘme temps annoncer une aliĂ©nation radicale aux diffĂ©rentes technologies. La dĂ©couverte de ce Nouveau Monde nous rĂ©servera-t-elle le mĂȘme traitement qu’aux derniers natifs des terres conquises ? Pourtant dĂ©fenseurs de la recherche et du progrĂšs, Bill Gates ou Stephen Hawking s’inquiĂštent de l’avĂšnement d’une superintelligence artificielle capable de pulvĂ©riser notre espĂšce. Si nous ne voulons pas ĂȘtre obsolĂštes dĂšs la naissance, si nous voulons rester les ĂȘtres les plus Ă©voluĂ©s, nous faut-il devenir des robots nous aussi ? PĂ©riode de rupture fondamentale, comment notre dĂ©but de troisiĂšme millĂ©naire sera-t-il jugĂ© par la postĂ©ritĂ© ? Quelle forme prendra cette postĂ©ritĂ© et surtout, de quel jugement sera-t-elle capable ? Accro aux nouvelles technologies Il importe de distinguer au sein du discours profĂ©rĂ© sur l’intelligence artificielle IA et sur l’évolution des nano et biotechnologies, les progrĂšs scientifiques rĂ©els, de la prophĂ©tie que certains prĂȘtres du techno-progressisme font passer pour imminente. De fait, l’irruption de l’intelligence artificielle dans nos vies n’est plus une option que l’on pourrait dĂ©cocher, un interrupteur que l’on aurait encore le loisir d’éteindre
elle est devenue indispensable, nĂ©cessaire, elle prend forme de dĂ©terminisme. Tout le monde est accro aux nouvelles technologies sans forcĂ©ment s’en rendre compte on regarde en moyenne 150 fois par jour son tĂ©lĂ©phone portable. Il existe d’ailleurs un droit Ă©lĂ©mentaire Ă  la connexion comme il existe un droit Ă  l’électricitĂ©. Les opĂ©rateurs ne peuvent arrĂȘter brutalement la connexion d’un client insolvable, mais seulement rĂ©duire son dĂ©bit, comme un fournisseur d’électricitĂ© doit en assurer une fourniture minimale. Chacun de nous informe et nourrit la pieuvre tentaculaire des GAFA Google, Apple, Facebook, Amazon et des BATX chinois Baidu, Alibaba, Tencent et Xiaomi, par l’ensemble des donnĂ©es que nous leur fournissons. Cependant on ne peut accorder un crĂ©dit absolu aux chantres de ce que l’on appelle l’ Ăšre de la singularitĂ© » prise au sens large, cette expression dĂ©signe un avenir dans lequel l’intelligence des machines dĂ©passera allĂšgrement celle des humains qui les ont créées, actant dĂ©finitivement la fusion entre la vie technologique et la vie biologique avec comme promesse ultime la rĂ©solution des problĂšmes humains les plus complexes ; cette dĂ©claration radicale de techno-progressisme exerce une influence patente sur la culture de la Silicon Valley et ainsi sur l’imaginaire liĂ© aux nouvelles technologies. Si ces scientifiques disposent de moyens humains et financiers exorbitants leur permettant de travailler activement au monde qu’ils appellent de leurs vƓux, il semble cependant nĂ©cessaire de s’attacher Ă  la chronologie afin de dĂ©mĂȘler le prophĂ©tique du scientifique. On peut, schĂ©matiquement, retenir quatre formes d’intelligence artificielle. C’est la partition que propose le Dr Laurent Alexandre dans La guerre des intelligences, intelligence artificielle versus intelligence humaine 3. De 1960 Ă  2010 apparaĂźt une premiĂšre forme d’IA lorsque les algorithmes sont programmĂ©s manuellement. C’est ce systĂšme que l’on trouve lorsqu’il s’agit par exemple de coder un site internet. À partir de 2012 apparaĂźt le deep learning qui commence Ă  dĂ©passer l’homme sur des taches bien spĂ©cifiques, par exemple en reconnaissance visuelle. Il s’éduque plus qu’il ne se programme ce qui donne une force terrible aux GAFA et aux BATX. Selon Laurent Alexandre, il peut concurrencer un radiologue mais pas un gĂ©nĂ©raliste. Il lui manque pour cela la mĂ©moire et la transversalitĂ©, troisiĂšme forme d’intelligence qui Ă©merge doucement mais ne sera opĂ©rationnelle que vers 2030. Celle-ci pourrait se faire passer pour un homme, ce qui pose de redoutables problĂšmes de sĂ©curitĂ©. La quatriĂšme forme de l’intelligence artificielle n’est en revanche pas encore apparue elle est celle de tous les scĂ©narios de science-fiction. Elle serait l’apparition d’une conscience artificielle, IA dite forte, c’est-Ă -dire capable de conscience de soi et de sentiments. La date de son Ă©mergence est l’objet de querelles irrationnelles et messianiques chez les spĂ©cialistes. Aujourd’hui, Ă©crit Laurent Alexandre, l’IA ressemble encore Ă  un autiste atteint d’une forme grave d’Asperger qui peut apprendre le bottin tĂ©lĂ©phonique par cƓur ou faire des calculs prodigieux de tĂȘte mais est incapable de prĂ©parer un cafĂ©. » On peut donc s’interroger sur la performativitĂ© de telles prophĂ©ties les ordinateurs deviendront-ils un jour des ĂȘtres conscients ou ne seront-ils jamais que des calculateurs sophistiquĂ©s incapables de toute Ă©motion ? L’incohĂ©rence fondamentale et pourtant Ă©lĂ©mentaire qui semble cantonner ce scĂ©nario Ă  un horizon dont on s’approche sans jamais l’atteindre est l’idĂ©e selon laquelle le vivant pourrait ĂȘtre compris Ă  l’aide d’un modĂšle mĂ©canique. C’est un paradigme technicien qui prĂ©side Ă  la rĂ©flexion transhumaniste. Pour que l’esprit puisse ĂȘtre tĂ©lĂ©chargeable dans une machine, encore faudrait-il qu’il soit matĂ©riel. Cette idĂ©ologie prĂ©suppose que l’on puisse rĂ©duire l’homme Ă  ses donnĂ©es biologiques et que l’on puisse rĂ©duire le vivant Ă  l’information qui le structure puisqu’un code gĂ©nĂ©tique est Ă  l’origine du vivant, il doit ĂȘtre possible d’en Ă©tablir un codage informatique. De l’ADN aux donnĂ©es informatiques il n’y a donc qu’un pas. Ainsi, Ray Kurzweil, fervent zĂ©lateur du transhumanisme, Ă©crit que nos corps biologiques version sont fragiles et sujets Ă  quantitĂ© de dysfonctionnements, sans mentionner les laborieux rituels de maintenance qu’ils requiĂšrent ». L’ordinateur n’est pas compris par anthropomorphisme mais c’est l’homme auquel on applique un vocabulaire informatique. Cette conception mĂ©caniciste du systĂšme se fonde sur une permanente quĂȘte d’amĂ©lioration du processus et procĂšde donc d’une logique de l’artefact qui ignore que nous serons toujours devant le vivant comme devant un mystĂšre, condamnĂ©s Ă  nous rĂ©pandre en hypothĂšses sur sa constitution sans maĂźtriser les complexitĂ©s d’une totalitĂ© qui ne peut se rĂ©duire Ă  la somme de ses parties. Mieux masquer nos asservissements Si les idĂ©es de crĂ©er une conscience artificielle ou d’abolir la mort sont bien lointaines, sans doute participent-elles de cette sidĂ©ration mĂ©dusĂ©e devant les pythies du transhumanisme qui nous fait oublier l’aliĂ©nation quotidienne qui est la nĂŽtre. Le transhumanisme nous promet des lendemains qui chantent pour mieux masquer nos rĂ©veils entre smartphone et ordinateur. De fait, c’est un vĂ©ritable asservissement Ă  la machine qui s’orchestre sous prĂ©texte de permettre notre libĂ©ration des lois de la nature. Nous sommes dĂ©sorientĂ©s dans un monde oĂč le GPS pense Ă  notre place, incapables d’écrire français pour avoir trop usĂ© de la correction orthographique et les femmes congĂšlent leurs ovocytes pour ĂȘtre rentables plus longtemps
 Le transhumanisme ne cesse d’en appeler Ă  l’imaginaire de la souverainetĂ© individuelle mais ne laisse prĂ©sager qu’une radicalisation de l’aliĂ©nation », Ă©crit Olivier Rey dans Leurre et Malheurs du transhumanisme 4. Pire, sans doute le transhumanisme n’est-il pas un progrĂšs mais la solution d’un problĂšme dĂ» Ă  la technique demain des robots de Calico, complexe de biotechnologies appartenant Ă  Google, permettront de lutter contre les formes autistiques dues Ă  l’usage abusif des NTIC 5 des jeunes japonais en leur tenant compagnie. C’est le sens des cyborgs cybernĂ©tic organism qui ont pour but de modifier les fonctions corporelles de l’homme pour rĂ©pondre aux exigences des environnements extraterrestres ». L’homme augmentĂ© n’est que le produit d’un monde ravagĂ© c’est la situation diminuĂ©e de l’homme contemporain qui rend allĂ©chantes les perspectives transhumanistes. Heidegger le prĂ©disait, on ne guĂ©rit de la technique que par la technique. Olivier Rey met en exergue les trois stratĂ©gies employĂ©es afin d’imposer le transhumanisme on commence par faire danser devant vos yeux les promesses d’un transhumanisme messianique demain, la mort sera abolie et votre corps invulnĂ©rable. La deuxiĂšme stratĂ©gie est la banalisation si vous refusez le transhumanisme, alors ne portez plus de lunettes, d’oreillettes ni de prothĂšses, n’utilisez plus rien qui transforme votre rapport au monde par l’artifice. Enfin on vous impose la fatalitĂ© Vous ĂȘtes embarquĂ©s », on ne peut refuser l’inĂ©luctable marche du progrĂšs. Olivier Rey montre nĂ©anmoins que plus le monde va mal, plus il faut abreuver les populations de promesses Ă©poustouflantes Les promesses transhumanistes ne sont pas destinĂ©es Ă  se rĂ©aliser. Mieux vaut donc ne pas perdre son temps Ă  s’émerveiller ou s’épouvanter du futur qu’elles dessinent. Leur vĂ©ritable nocivitĂ© est ailleurs elle rĂ©side dans leur facultĂ© Ă  captiver l’esprit, Ă  le divertir de ce dont il devrait se soucier. Pour faire face Ă  ce qui nous attend, l’urgence serait de diminuer notre dĂ©pendance Ă  la technologie » 6. PrĂ©sentĂ© comme le choix par lequel on surpasserait une nature limitĂ©e pour se faire crĂ©ateur affranchi des servitudes biologiques, le transhumanisme prĂ©tend cependant ĂȘtre une fatalitĂ©. C’est du moins sur cet apparent dĂ©terminisme que se fonde l’aspect messianique de cette idĂ©ologie. À bien des Ă©gards le transhumanisme s’inscrit dans la droite ligne des matĂ©rialismes historiques et biologiques qui ont prĂ©sidĂ© aux idĂ©ologies du XXe siĂšcle. Ainsi la rĂ©duction matĂ©rialiste s’accomplit par cette double rĂ©duction de toute spiritualitĂ© Ă  de la matiĂšre et de toute matiĂšre Ă  de l’information. Tout n’est que Data et ce Data nous gouverne. VoilĂ  sur quel paradigme mĂ©caniciste elle se fonde chez Marvin Minsky, pour qui le cerveau se rĂ©sume Ă  une machine de viande ». Si l’on envisage la machine comme un dispositif conçu pour accomplir une tĂąche de maniĂšre optimale, alors le but notre cerveau en tant que machine de viande » est d’accroĂźtre au maximum nos capacitĂ©s cognitives. AmĂ©liorer notre potentiel computationnel serait notre devoir, ou du moins notre raison d’ĂȘtre, impliquant de tout mettre en Ɠuvre pour fonctionner le plus longtemps et le plus efficacement possible. L’ex-Union soviĂ©tique voit donc ses fantasmagories prolongĂ©es par le geste transhumain. Il ne s’agit plus de prendre un corps blessĂ© et de le guĂ©rir mais d’en faire un surhomme. Cet homme futur, que les savants produiront, nous disent-ils, en un siĂšcle, pas davantage, paraĂźt en proie Ă  la rĂ©volte contre l’existence humaine telle qu’elle est donnĂ©e, cadeau venu de nulle part laĂŻquement parlant et qu’il veut pour ainsi dire Ă©changer contre un ouvrage de ses propres mains. » Ainsi s’exprime Hannah Arendt dans la Condition de l’homme moderne 1958. Le transhumanisme dĂ©coule en effet d’une rĂ©bellion contre la nature humaine, finie, limitĂ©e, pulsionnelle. Il procĂšde ainsi du mĂȘme mouvement que le collectif LGBTQI ou la logique antispĂ©ciste. RedĂ©finissant les limites de l’humain, il dessine le visage d’une post-humanitĂ© qui s’avĂšre plutĂŽt ĂȘtre une inhumanitĂ©. ImmergĂ©s dans le Styx afin d’ĂȘtre rendus invulnĂ©rables, c’est sans doute dans ce refus de la vulnĂ©rabilitĂ© que rĂ©side le talon d’Achille des transhumanistes. Lorsque l’on sait combien l’intelligence Ă©motionnelle des enfants ayant grandi en prĂ©sence d’une personne handicapĂ©e peut se dĂ©velopper, il semble fondamental de prĂ©server ce qui fait le propre de notre humanitĂ©. La vulnĂ©rabilitĂ© de notre incarnation est la condition du prix de l’existence. Face Ă  cette idĂ©ologie de la virtualisation apparaĂźt urgente la contemplation de la PrĂ©sence RĂ©elle
 qui seule triomphe de la mort. Maylis de BonniĂšres 1 The Transhumanist Declaration. 2 Bruit de fond, Stock, 1986 rééd. Actes Sud, 2001. 3 JC LattĂšs, 2017. 4 DesclĂ©e de Brouwer, 2018. 5 Nouvelles technologies de l’information et de la communication. 6 Ibid. © LA NEF n°312 Mars 2019
Le« choc des civilisations » « Le choc des civilisations » : voilà une formule que, depuis le 11 septembre 2001, nous avons lue dans tous les journaux, entendue ou proférée dans tous les cafés du commerce. Une formule à la fois puissante
1La journĂ©e d’étude Ă  l’origine de cette publication Ă©tait consacrĂ©e Ă  une critique de la civilisation grĂ©co-romaine, comme modĂšle, implicite ou non, de toute civilisation. Ce qui impliquait en mĂȘme temps de rĂ©examiner cette notion de civilisation, utilisĂ©e aussi bien par les enseignants et chercheurs en sciences humaines et sociales – le fameux intitulĂ© langue et civilisation » des cursus – que par les mĂ©dias d’opinion, dont le fameux Nous autres, civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles » de Paul ValĂ©ry, dans la Crise de l’esprit 1919, fut le prĂ©lude Ă©lĂ©gant Ă  The Clash of Civilizations and the Remaking of World Order de Samuel P. Huntington paru en 1996. 2Il n’échappe Ă  personne qu’aujourd’hui employer le mot de civilisation dans l’espace mĂ©diatique est devenu problĂ©matique. On se souvient de Claude GuĂ©ant, alors ministre de l’IntĂ©rieur du gouvernement Fillon, le dimanche 5 fĂ©vrier 2012 dĂ©clarant que toutes les civilisations ne se valent pas », lors d’un Ă©niĂšme dĂ©bat mĂ©diatique sur le port du voile. Le Figaro avait alors demandĂ© Ă  quelques anthropologues pourquoi ce terme Ă©tait controversĂ© au point qu’ils Ă©vitaient soigneusement de l’utiliser depuis 50 ans et prĂ©fĂ©raient parler de cultures. François Flahault rĂ©pondit que ce terme [de culture] Ă©tait le plus appropriĂ© » pour dĂ©signer tout ce que les gĂ©nĂ©rations humaines se transmettent les unes aux autres de maniĂšre non biologique ». Pour Marc CrĂ©pon, le terme de civilisation Ă©tait difficilement dissociable des idĂ©ologies les plus meurtriĂšres du xxe siĂšcle qui avaient une idĂ©e trĂšs prĂ©cise de la hiĂ©rarchie des civilisations et de leur diffĂ©rence de valeur. » Alfred Grosser rĂ©pliquait Ă  Claude GuĂ©ant que son jugement de valeur qui laissait supposer des hiĂ©rarchies entre civilisations sous-entendait que la civilisation islamique est infĂ©rieure Ă  la civilisation française. Claude GuĂ©ant s’attaquait implicitement aux musulmans de France, mais la dĂ©fense de Grosser est dĂ©sastreuse il est impossible de comparer la civilisation française, nationale, Ă  une civilisation islamique, religieuse, en supposant que l’une et l’autre expressions recouvrent la moindre rĂ©alitĂ©. Maurice Godelier distinguait, Ă  son tour, culture et civilisation de la façon suivante Contrairement Ă  la culture », la civilisation » ne peut ĂȘtre pensĂ©e seule, car elle comporte toujours implicitement un jugement de valeur en opposition Ă  un autre, plus barbare ; par exemple, dans civilisation » il y a civis, c’est-Ă -dire citoyen. Il y a l’idĂ©e grecque et romaine que les civilisĂ©s sont ceux qui vivent dans les citĂ©s ou les États, par opposition aux barbares qui sont nomades ou paysans. 3Nous voici arrivĂ©s au cƓur de notre sujet. Civilisation, mot rĂ©cent en français il date du xviiie s., serait Ă  expliquer par son Ă©tymologie latine et donc par l’idĂ©ologie grĂ©co-romaine qui opposait la civilisation des cives urbains Ă  la barbarie des nomades. On ne reprochera pas Ă  Maurice Godelier harcelĂ© par un journaliste, ses approximations historiques ; on peut, au contraire, lui savoir grĂ© d’avoir rappelĂ© la place que la civilisation grĂ©co-romaine tient dans l’idĂ©ologie contemporaine. La notion de civilisation nous viendrait de l’AntiquitĂ©. Donc, pour certains, la civilisation grĂ©co-romaine serait au dĂ©but et Ă  l’origine de l’humanitĂ© civilisĂ©e, et pour d’autres, c’est d’elle que viendrait le narcissisme mĂ©prisant de la civilisation europĂ©enne. Les dĂ©buts de l’anthropologie moderne au xixe s. sont marquĂ©s par de tels jugements de valeur. Dans Ancient Society 1877, Lewis Morgan affirme que l’humanitĂ© Ă©volue en passant par trois stades successifs la sauvagerie, la barbarie et la civilisation. Les plus civilisĂ©s Ă©taient, selon lui, les AmĂ©ricains. Les EuropĂ©ens l’étaient moins car ils conservaient encore des vestiges fĂ©odaux. 4Ces commentaires autour de l’affaire GuĂ©ant » montrent que la notion de civilisation est aussi floue qu’explosive. Notion qui de loin semble Ă©vidente, la civilisation s’éparpille en sens divers quand on utilise le mot. Seul repĂšre solide, la rĂ©fĂ©rence Ă  l’AntiquitĂ©. Miracle grec ou pĂ©chĂ© originel, la civilisation grĂ©co-romaine surgit dĂšs qu’il est question de civilisation. 5Peut-on trouver Ă  la notion de civilisation un statut Ă©pistĂ©mologique ? N’est-elle pas dĂ©finitivement Ă©crasĂ©e sous ses origines grĂ©co-romaines ? La notion anthropologique de culture, prééminente depuis quelques dĂ©cennies, ne serait-elle pas d’un meilleur usage ? 1 F. A. Wolf, Darstellung der Althertumswissenschaft nach Begriff, Umfang, Zweck und Werth, Museum d ... 2 J. Assmann, Religion und Kulturelles GedĂ€chtnis. Zehn Studien, Munich, 2000 ; trad. anglaise Sta ... 3 C. Calame, Qu’est-ce que la Mythologie grecque ?, Paris, 2015. 4 Édition originale S. Freud, Das Unbehagen in der Kultur, Vienne, 1930. 6L’étude liminaire de Claude Calame, Civilisation et Kultur de Friedrich August Wolf Ă  Sigmund Freud », propose des rĂ©ponses Ă  ces questions. Chez Wolf, historien de la littĂ©rature antique initiateur de ce qui deviendra la Klassische Philologie, les Grecs se distinguent comme un peuple disposant d’une culture de l’esprit »1. Cette Kultur permet de diffĂ©rencier les Grecs, les Romains et leurs successeurs allemands des autres civilisations ». La culture grĂ©co-latine lui permet donc de classer les civilisations. De telles conceptions se retrouvent dans ce que Calame appelle de nouveaux avatars du “Grand partage” », chez un historien des religions contemporain comme J. Assman par exemple, qui produit une opposition entre civilisation religieuse de l’écrit et autres cultures religieuses orales2. Or, Calame montre que la religion des Grecs ne se laisse pas comprendre dans ce partage3. Des notions de Kultur/ civilisation » plus critiques pourraient guider la rĂ©flexion des anthropologues de l’antiquitĂ©, dans le sillage de celle que Freud a dĂ©veloppĂ©e dans son Malaise dans la civilisation, Ɠuvre sur laquelle revient Claude Calame4. On peut sans doute interroger la formation de l’individu dans la civilisation, c’est-Ă -dire Ă  travers des rĂ©seaux de sociabilitĂ© et de normes. Cela revient en fait Ă  penser des civilisations en leur donnant, au cas par cas, un statut Ă©pistĂ©mologique dans l’analyse des processus de fabrication de l’individu dans une collectivitĂ©. La civilisation, dont on prĂ©tend trouver la source dans l’antiquitĂ©, fausse donc profondĂ©ment la comprĂ©hension qu’on peut avoir de ces mĂȘmes mondes anciens. La notion, si l’on tient Ă  la conserver, ne pourrait ĂȘtre utile que dĂ©faite, vidĂ©e de son sens Ă©volutionniste, et resĂ©mantisĂ©e dans une perspective anthropologique. 5 Voir l’étymologie de civilisation » sur le site du CNRTL Centre National de Ressources Textuell ... 7Il fallait donc reprendre la question au dĂ©but et faire l’archĂ©ologie de la notion. Rappeler d’abord que la notion et le terme sont modernes, comme le dĂ©veloppe et le prĂ©cise Jan Blanc au dĂ©but de son article. Ce mot apparaĂźt pour la premiĂšre fois sous la plume du Marquis de Mirabeau, le pĂšre, en 17565. Il remplace civilitĂ©. Émile Benveniste Ă©crit 6 Émile Benveniste, ProblĂšmes de linguistique gĂ©nĂ©rale, I, Paris, 1966, p. 336-345. Pour Mirabeau, la civilisation est un procĂšs que l’on dĂ©nommait jusqu’alors police », un acte tendant Ă  rendre l’homme et la sociĂ©tĂ© plus policĂ©s », l’effort pour amener l’individu Ă  observer spontanĂ©ment les rĂšgles de la biensĂ©ance et pour transformer dans le sens d’une plus grande urbanitĂ© les mƓurs de la sociĂ©tĂ©6. 8L’EncyclopĂ©die offre un bon exemple de ce lien primordial de la notion de civilisation Ă  l’antiquitĂ©. Il n’y a encore que trĂšs peu d’occurrences du mot civilisation dans l’EncyclopĂ©die de Diderot et d’Alembert. Deux usages, au sens moderne, viennent Ă  l’occasion d’une rĂ©flexion sur les Vies de Plutarque, art. Vies » et Zones tempĂ©rĂ©es » rĂ©digĂ©s par Louis de Jaucourt. L’auteur Ă©grĂšne les hĂ©ros civilisateurs de la GrĂšce ancienne, Socrate, Solon, Lycurgue, etc. Il [Plutarque] me fait converser dĂ©licieusement dans ma retraite gaie, saine et solitaire, avec ces morts illustres, ces sages de l’antiquitĂ© rĂ©vĂ©rĂ©s comme des dieux, bienfaisans comme eux, hĂ©ros donnĂ©s Ă  l’humanitĂ© pour le bonheur des arts, des armes et de la civilisation. 9Benveniste prend acte que l’on passe d’une notion d’état, la police des mƓurs, Ă  une notion d’action la civilisation va avec l’idĂ©e de progrĂšs moral, technique ou autre. Il n’est pas Ă©tonnant que cette mutation ait eu lieu au xviiie s. et que la notion de civilisation s’installe largement au xixe et dĂ©but du xxe siĂšcle, en mĂȘme temps que la colonisation qui apportait aux sauvages » les bienfaits de la civilisation ». Les Grecs et les Romains n’ont rien Ă  voir avec ce mot qui ne correspond ni Ă  philanthropia, ni Ă  humanitas, ni Ă  cultus, et pas plus Ă  civilis. 10C’est pourquoi dans un premier temps nous avons demandĂ© Ă  plusieurs chercheurs de faire l’archĂ©ologie de la civilisation grĂ©co-romaine », telle que nous la connaissons aujourd’hui dans les ouvrages savants comme dans les jeux vidĂ©o. 11Blaise Dufal propose une enquĂȘte sur les usages historiographiques de la notion dans un article intitulĂ© Le fantasme de la perfection originelle. La GrĂšce antique comme matrice du modĂšle civilisationnel. » Dans les manuels d’histoire et ouvrages de vulgarisation et chez des classiques de l’historiographie française du xxe s., on voit que la civilisation », faute de dĂ©finition rigoureuse, n’est pas un concept scientifique. Elle produit une vision idĂ©ologique de la culture et de l’histoire, fondĂ©e sur un fantasme de la GrĂšce antique, idĂ©alisĂ©e depuis le xviiie s. Les Grecs de l’AntiquitĂ©, dont la modernitĂ© europĂ©enne se veut l’hĂ©ritiĂšre, seraient ainsi l’origine gĂ©niale et les exemples parfaits de la science, des arts et de la politique. 12Jan Blanc dĂ©place la question sur le terrain de l’histoire de l’art Ă  la pĂ©riode moderne. Il interroge le problĂšme de la civilisation grecque » chez Winckelman. Johann Joachim Winckelmann 1717-1768 est Ă  l’origine du miracle grec », cette vision de la civilisation grecque comme un Ăąge d’or politique, moral et artistique. Il parle certes d’AntiquitĂ© grecque et non de civilisation, le mot n’existe pas encore au sens moderne, mais les deux livres, qu’il a consacrĂ©s Ă  l’AntiquitĂ© grecque, l’étudient comme un monde dont il s’agit de rendre compte des grands principes Ă  travers l’étude de ses Ɠuvres d’art. C’est ainsi qu’il dĂ©crit la GrĂšce en faisant de sa supĂ©rioritĂ© artistique un a priori. Winckelmann commence Ă  Ă©crire sur l’art antique sans avoir vu la moindre statue. Ses Ă©crits sont et resteront des constructions imaginaires, dĂ©duites de cet a priori. La GrĂšce est pour lui un mythe. La GrĂšce est, pour Winckelmann, la seule civilisation qui, dans l’histoire, soit parvenue Ă  s’arracher Ă  la barbarie de la simple nature sans ĂȘtre touchĂ©e par la corruption des mƓurs, processus inhĂ©rent Ă  la culture. Mais ce miracle fut Ă©phĂ©mĂšre et a disparu Ă  jamais. AprĂšs la perfection de l’art classique au ve s., la GrĂšce a Ă©tĂ© entraĂźnĂ©e dans une dĂ©cadence irrĂ©versible. L’histoire de Winckelmann est donc tĂ©lĂ©ologique, parce qu’elle pose a priori la grandeur suprĂȘme de l’art grec. Mais elle est Ă©galement eschatologique, dans la mesure oĂč le grand style » est irrĂ©mĂ©diablement perdu. La civilisation grecque » n’est pas, pour lui, une pĂ©riode » de l’histoire mais, plutĂŽt, une utopie servant aux Modernes Ă  se raconter, en construisant, dans le temps et le passĂ©, l’origine d’une grandeur perdue dont ils ne peuvent nullement ĂȘtre considĂ©rĂ©s comme les enfants ou les hĂ©ritiers, mais qu’ils doivent apprendre Ă  regretter. La civilisation grecque telle qu’elle est inventĂ©e par Winckelmann tient donc des deux acceptions modernes de cette notion. Celle d’un progrĂšs, mais qui n’est observable que dans les restes et les ruines du passĂ© et celle d’une dĂ©cadence inĂ©luctable. 13La culture ludique contemporaine permet aussi de voir le lien Ă©troit de l’antiquitĂ© Ă  la notion de civilisation. Dans Alexandre et Octavien contre Bismarck et Gengis Khan. Les usages problĂ©matiques de l’AntiquitĂ© grĂ©co-romaine dans l’univers ludique de Civilization », Emmanuelle Valette s’intĂ©resse au jeu vidĂ©o Ă  succĂšs Civilization, rééditĂ© et amĂ©liorĂ© plusieurs fois depuis 1991 jusqu’à son ultime version de 2016. La durĂ©e de son succĂšs international en fait un bon tĂ©moin de certaines idĂ©es populaires contemporaines sur la notion de civilisation. Le joueur peut choisir de dĂ©velopper une civilisation, dont les critĂšres de dĂ©finition sont d’ailleurs problĂ©matiques, parmi plusieurs, sans hiĂ©rarchie a priori entre elles. Au centre du jeu, il y a l’habiletĂ© du joueur et sa capacitĂ© Ă  faire Ă©voluer sa civilisation. La victoire viendra de l’inventivitĂ© technique qu’il aura su insuffler Ă  celle qu’il aura prise en main. Le cours du jeu suit un Ă©volutionnisme et un ethnocentrisme dĂ©complexĂ©s » puisqu’une civilisation avance vers la domination mondiale Ă  coup d’inventions technologiques successives, en construisant aussi de fortes et grandes citĂ©s. Si toutes les civilisations sont ainsi calquĂ©es sur un modĂšle occidental, les mondes anciens ont toutefois un lien encore plus Ă©troit Ă  La civilisation. Les civilisations antiques apparaissent comme originelles » et sont permanentes dans l’offre du jeu, comme incontournables, alors que d’autres Iroquois, Zoulous
 sont des options qui disparaissent ou reparaissent au fil des versions. La GrĂšce et Rome disposent aussi d’un certain nombre de traits spĂ©cifiques et d’atouts technologiques discrets qui en font des civilisations d’élection pour les habituĂ©s. Par ailleurs la culture antique irrigue l’ensemble du processus d’évolution inventive les atouts culturels les merveilles » du monde par exemple et les innovations que peut dĂ©velopper telle ou telle civilisation choisie par le gamer » sont souvent pensĂ©s en rĂ©fĂ©rence aux langues ou cultures grecques et romaines. L’antiquitĂ© proposĂ©e n’est donc pas un monde ludique comme un autre ou un simple facteur d’exotisme elle est essentielle Ă  l’imaginaire de la civilisation elle-mĂȘme. 14La civilisation grĂ©co-romaine aurait le privilĂšge d’ĂȘtre la civilisation par excellence parce quelle aurait civilisĂ© l’humanitĂ©, en ayant inventĂ© des formes culturelles devenues le patrimoine de l’humanitĂ©, parce qu’elle aurait anticipĂ© sur la modernitĂ©. Ces inventions » jusqu’à celle de la notion mĂȘme d’ invention », sont en fait des inventions de notre modernitĂ©, comme le montrent les cinq analyses suivantes. 15Certains termes grecs prĂ©sents dans les langues modernes sont des catalyseurs d’imaginaire ; tel est le cas de l’enthousiasme », comme le montre Michel Briand, dans son article L’invention de l’enthousiasme poĂ©tique ». L’enthousiasme poĂ©tique est une invention moderne, crĂ©ant une illusion rĂ©trospective. Les modernes, qui opposent improvisation inspirĂ©e et technique d’écriture, attribuent aux poĂštes grecs archaĂŻques et classiques un rapport privilĂ©giĂ© avec le divin, l’inspiration ; ils auraient chantĂ©, possĂ©dĂ©s par une fureur mystique le dieu Ă©tait en eux ». Or pour les Grecs les aĂšdes Ă©taient Ă  la fois aimĂ©s des Muses et artisans de vers. Une archĂ©ologie des mots enthĂ©os, enthousiasmos, s’imposait. L’enquĂȘte philologique montre que le sens d’enthĂ©os n’est pas celui qu’une tradition Ă©tymologique lui donne, par une interprĂ©tation possessive – locative de l’adjectif enthĂ©os. L’adjectif enthĂ©os peut ĂȘtre l’équivalent emphatique de theios, et signifier trĂšs divin ». L’inspiration poĂ©tique sous l’effet de l’intĂ©riorisation d’un souffle transcendant, par laquelle le poĂšte-prophĂšte a un dieu en lui », vient relu par l’antiquitĂ© tardive et certains modernes directement de Platon, qui a comme souvent jouĂ© avec les mots et rapprochĂ© mantis la divination de mania la folie et inventĂ© une figure du poĂ©te-prophĂšte inspirĂ©. Cette inspiration prophĂ©tique rĂ©interprĂ©tĂ©e par les nĂ©o-platoniciens se retrouve chez certains mystiques chrĂ©tiens ou au contraire chez certains critiques du paganisme. La reconstruction moderne de l’inspiration grecque oppose Ă©criture et oralitĂ© comme une alternative radicale, projetant sur l’histoire de la poĂ©sie grecque le grand partage constitutif de la modernitĂ© depuis l’ñge romantique. 16La notion de personne charrie avec elle tout un imaginaire occidental philosophique, juridique et religieux du progrĂšs de la conscience. Florence Dupont en critique la prĂ©tendue invention par les Romains. Cette idĂ©e souvent reprise a notamment Ă©tĂ© soutenue par M. Mauss dans Une catĂ©gorie de l’esprit humain la notion de personne ». Or, le raisonnement de Mauss n’est pas une dĂ©monstration scientifique et repose sur une pensĂ©e a priori de la place dominante de Rome dans la civilisation occidentale. Sous l’apparence d’une enquĂȘte portant sur des faits sociaux, juridiques, et religieux, c’est en fait principalement l’hypothĂšse d’une Ă©volution sĂ©mantique du mot persona qui sous-tend l’exposĂ© de Mauss le masque rituel » archaĂŻque des ancĂȘtres deviendrait la personne juridique » du droit romain, dĂ©finitivement inventĂ©e Ă  la pĂ©riode classique. Le savant superpose en fait, dans un coup de force sĂ©mantique », les sens d’imago et de persona il n’y a aucune raison probante de penser que la persona Ă©tait un masque rituel d’ancĂȘtre au mĂȘme titre que l’imago. Quant Ă  la notion juridique de persona, elle ne renvoie pas non plus Ă  un ensemble de droits liĂ©s Ă  la personne », mais plutĂŽt Ă  un rĂŽle temporaire pris dans un procĂšs. La personne » ne se trouve donc pas dĂ©jĂ  dans la persona, et la dynamique historique d’une invention romaine de la personne voulue par Mauss disparaĂźt du mĂȘme coup. D’autres stratĂ©gies pour sauver l’invention de la personne se laissent voir l’essentialisation de la notion avant toute enquĂȘte philologique prĂ©alable ou encore l’utilisation de catĂ©gories modernes prĂ©construites. Elles ne laissent pas de surprendre chez un savant de cette ampleur. Quelles sont les causes possibles de ce discours fictionnel sur l’ invention » antique, dans le contexte de travail qui a Ă©tĂ© celui de l’ethnologue ? En posant cette question Florence Dupont ouvre la voie Ă  une critique pragmatique du recours Ă  la notion d’invention chez les antiquisants. 17L’histoire de la mĂ©decine n’est pas avare non plus d’ inventions », et les Grecs, avec leur lĂ©gendaire figure d’Hippocrate, ont une large part dans ce grand rĂ©cit, comme cherche Ă  le montrer Vivien Longhi dans un article intitulĂ© Hippocrate a-t-il inventĂ© la mĂ©decine d’observation ? ». Les traitĂ©s de la mĂ©decine hippocratique », par exemple ÉpidĂ©mies I-III et Pronostic, prĂ©sentent des relevĂ©s de signes pathologiques apparemment scrupuleux, oĂč le corps malade serait dotĂ© de sens par un mĂ©decin expert du pronostic. Au xviiie s., mĂ©decins et professeurs y voient les fondements de leur mĂ©decine d’observation, fille de la clinique, alors qu’il s’agit de textes largement spĂ©culatifs. Une approche pragmatique du regard mĂ©dical ancien dĂ©gagerait pourtant la mĂ©decine grecque mĂȘme, travestie par la notion moderne d’observation. 18Dans le domaine de l’histoire littĂ©raire s’érigent et pĂšsent encore sur les Grecs d’autres inventions ». Marie Saint-Martin, dans son article intitulĂ© L’invention de la tragĂ©die selon Pierre Brumoy de quelques piĂšges du relativisme » s’intĂ©resse aux rĂ©flexions modernes de P. Brumoy sur la tragĂ©die 1730. La recherche des inventeurs » du théùtre classique conduit l’auteur Ă  un certain nombre d’apories ou de thĂšses paradoxales. Eschyle et HomĂšre sont aussi bien l’un que l’autre considĂ©rĂ©s comme ses inventeurs. Les auteurs Ă©piques et tragiques grecs semblent avoir toujours Ă©tĂ© aristotĂ©liciens. Si les Grecs ainsi compris sont Ă  l’origine du théùtre classique, comment expliquer alors que leurs piĂšces ne soient plus apprĂ©ciĂ©es sur la scĂšne française ? La force originelle crĂ©atrice des anciens doit ĂȘtre reprise, cultivĂ©e et amendĂ©e par les modernes. Conserver les beautĂ©s universelles des anciens, mais en gommant et lissant leur barbarie et leur brutalitĂ©. Il faut une civilisation de la civilisation premiĂšre, pourrait-on dire en jouant sur les mots. AprĂšs ce travail de polissage le lien doit se rĂ©tablir entre la civilisation grecque et les nations policĂ©es, au premier chef desquelles la nation française. L’histoire de l’invention » de la tragĂ©die par les Anciens sert donc Ă  unir entre elles des nations culturellement supĂ©rieures. 19La notion mĂȘme d’invention finit par poser problĂšme, d’autant qu’elle reste utilisĂ©e chez ceux-lĂ  mĂȘmes qui sembleraient devoir la contester, comme le montre Anne-Gabrielle Wersinger dans L’invention de l’invention archĂ©ologie ou idĂ©ologie ? ». 20En sciences humaines, on constate l’inflation des titres mentionnant le mot ambigu d’invention. Et mĂȘme si l’anthropologie prĂ©tend en avoir fini avec les inventeurs grecs » et l’archĂ©ologie du Miracle grec », Gernet et Vernant ne se sont pas entiĂšrement dĂ©faits d’une interprĂ©tation dĂ©miurgique et progressiste de l’histoire. Et malgrĂ© l’autorĂ©fĂ©rentialitĂ© de l’anthropologie de Loraux ou Detienne, la critique des idĂ©ologies » rĂ©siste mal au paradigme promĂ©thĂ©en de l’innovation, qui s’impose dans l’institution de la recherche contemporaine. 21Cette derniĂšre Ă©tude notamment, en Ă©pilogue provisoire des prĂ©cĂ©dentes, montre qu’il reste Ă  repĂ©rer explicitement d’autres inventions », qui seraient Ă  soumettre Ă  une gĂ©nĂ©alogie philologique, Ă©pistĂ©mologique, historiographique, critique, en mĂȘme temps qu’à l’étude prĂ©cise de leurs usages idĂ©ologiques les plus contemporains. C’est Ă  une rĂ©flexion gĂ©nĂ©rale qu’on invite ici, sur le rĂŽle accordĂ©, voire imposĂ©, aux rĂ©fĂ©rences antiques, en particulier aux notions et catĂ©gories, comme celles de civilisation et d’invention, dans les sciences humaines et sociales, et d’autre part sur la valeur de critique radicale que peut avoir l’étude mĂȘme de l’AntiquitĂ©, pour nos catĂ©gories contemporaines les plus Ă©videntes. Citations maximes, sentences, axiomes, proverbes /; Nous autres, civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles. Nous avions entendu parler de mondes disparus tout entiers, d’empires coulĂ©s Ă  pic avec tous leurs hommes et tous leurs engins ; descendus au fond inexplorable des siĂšcles avec leurs dieux et leurs lois, leurs acadĂ©mies et leurs sciences pures DĂ©finition, traduction, prononciation, anagramme et synonyme sur le dictionnaire libre Wiktionnaire. Français[modifier le wikicode] Étymologie[modifier le wikicode] ComposĂ© de nous et de autres. Pronom personnel [modifier le wikicode] nous autres \ masculin et fĂ©minin identiques, pluriel Nous, par opposition Ă  vous. — Note Pronom de la premiĂšre personne du pluriel exclusif. Ah ! si nous avions Ă©tĂ© lĂ , nous autres, de tous ces Allemands qui sont entrĂ©s en France pas un ne serait sorti vivant. Nos draks, nos feux follets les auraient conduits dans des fondriĂšres. — Alphonse Daudet, Les fĂ©es de France, dans Contes du lundi, 1873, Fasquelle, collection Le Livre de Poche, 1974, page 150 Vois-tu, mon cher confident
 pour nous autres pauvres gentilshommes qui ne voulons pas Ă©migrer, on vit trop mal chez l’étranger
 nous n’avons qu’un parti Ă  prendre, c’est de nous dĂ©blasonner et de donner des gages Ă  la RĂ©volution
 — La France dramatique au dix-neuviĂšme siĂšcle ; Renaissance, Carte blanche, comĂ©die en un acte, 1839, page 62 Nous autres, civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles. — Paul ValĂ©ry, La Crise de l’esprit », dans VariĂ©tĂ© I et II, Folio Essais, page 13 Louisiane Canada Familier Nous inclusif ou exclusif. La petite est venue avec nous autres. C’est nous autres que Paul a saluĂ©s de la main. Nous autres, on part tout de suite. Notes[modifier le wikicode] En français louisianais il a totalement supplantĂ© nous. Variantes orthographiques[modifier le wikicode] nous-autres Vocabulaire apparentĂ© par le sens[modifier le wikicode] eux autres vous autres Traductions[modifier le wikicode] Locution nominale [modifier le wikicode] nous autres \ masculin et fĂ©minin identiques, pluriel Nouvelle-CalĂ©donie Familier Nous inclusif ou exclusif. Les nous autres du Caillou — Christine Pauleau, Le français de Nouvelle-CalĂ©donie, EDICEF, 1995, ISBN 9782841290239, page 97. RĂ©fĂ©rences[modifier le wikicode] Denis Dumas, Nos façons de parler Les prononciations en français quĂ©bĂ©cois, 1987, ISBN 9782760504455. Julie Auger, Pronominal Clitics in QuĂ©bec Colloquial French A Morphological Analysis, dissertation, University of Pennsylvania, 1994.
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PaulVALÉRY avril 1919. Nous autres, civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles. Cette belle phrase, et si juste, fut inspirĂ©e Ă  Paul ValĂ©ry (1871-1945) par les horreurs de la guerre de 1914-1918. La longue, l’inĂ©puisable durĂ©e des civilisations Un texte classique de Fernand Braudel Fernand Braudel
 Ce texte est extrait de l’article de Fernand Braudel Histoire des Civilisations le passĂ© explique le prĂ©sent » publiĂ© en 1959 dans L’encyclopĂ©die française et repris en 1997 dans Les Ambitions de l’Histoire Paris, Éditions de Fallois, 1997. Ce que l’historien des civilisations peut affirmer, mieux qu’aucun autre, c’est que les civilisations sont des rĂ©alitĂ©s de trĂšs longue durĂ©e. Elles ne sont pas mortelles , Ă  l’échelle de notre vie individuelle surtout, malgrĂ© la phrase trop cĂ©lĂšbre de Paul ValĂ©ry. Je veux dire que les accidents mortels, s’ils existent et ils existent, bien entendu, et peuvent disloquer leurs constellations fondamentales les frappent infiniment moins souvent qu’on ne le pense. Dans bien des cas, il ne s’agit que de mises en sommeil. D’ordinaire, ne sont pĂ©rissables que leurs fleurs les plus exquises, leurs rĂ©ussites les plus rares, mais les racines profondes subsistent au-delĂ  de bien des ruptures, de bien des hivers. RĂ©alitĂ©s de longue, d’inĂ©puisable durĂ©e, les civilisations, sans fin rĂ©adaptĂ©es Ă  leur destin, dĂ©passent donc en longĂ©vitĂ© toutes les autres rĂ©alitĂ©s collectives; elles leur survivent. De mĂȘme que, dans l’espace, elles transgressent les limites des sociĂ©tĂ©s prĂ©cises qui baignent ainsi dans un monde rĂ©guliĂšrement plus vaste qu’elles-mĂȘmes et en reçoivent, sans toujours en ĂȘtre conscientes, une impulsion, des impulsions particuliĂšres, de mĂȘme s’affirme dans le temps, Ă  leur bĂ©nĂ©fice, un dĂ©passement que Toynbee a bien notĂ© et qui leur transmet d’étranges hĂ©ritages, incomprĂ©hensibles pour qui se contente d’observer, de connaĂźtre le prĂ©sent » au sens le plus Ă©troit. Autrement dit, les civilisations survivent aux bouleversements politiques, sociaux, Ă©conomiques, mĂȘme idĂ©ologiques que, d’ailleurs, elles commandent insidieusement, puissamment parfois. La RĂ©volution française n’est pas une coupure totale dans le destin de la civilisation française, ni la RĂ©volution de 1917 dans celui de la civilisation russe, que certains intitulent, pour l’élargir encore, la civilisation orthodoxe orientale. Je ne crois pas davantage, pour les civilisations s’entend, Ă  des ruptures ou Ă  des catastrophes sociales qui seraient irrĂ©mĂ©diables. Donc, ne disons pas trop vite, ou trop catĂ©goriquement, comme Charles Seignobos le soutenait un jour 1938 dans une discussion amicale avec l’auteur de ces lignes, qu’il n’y a pas de civilisation française sans une bourgeoisie, ce que Jean Cocteau traduit Ă  sa façon La bourgeoisie est la plus grande souche de France
 Il y a une maison, une lampe, une soupe, du feu, du vin, des pipes, derriĂšre toute oeuvre importante de chez nous. » Et cependant, comme les autres, la civilisation française peut, Ă  la rigueur, changer de support social, ou s’en crĂ©er un nouveau. En perdant telle bourgeoisie, elle peut mĂȘme en voir pousser une autre. Tout au plus changerait-elle, Ă  cette Ă©preuve, de couleur par rapport Ă  elle-mĂȘme, mais elle conserverait presque toutes ses nuances ou originalitĂ©s par rapport Ă  d’autres civilisations; elle persisterait, en somme, dans la plupart de ses vertus » et de ses erreurs ». Du moins, je l’imagine
 Aussi bien, pour qui prĂ©tend Ă  l’intelligence du monde actuel, Ă  plus forte raison pour qui prĂ©tend y insĂ©rer une action, c’est une tĂąche payante » que de savoir discerner, sur la carte du monde, les civilisations aujourd’hui en place, en fixer les limites, en dĂ©terminer les centres et pĂ©riphĂ©ries, les provinces et l’air qu’on y respire, les formes » particuliĂšres et gĂ©nĂ©rales qui y vivent et s’y associent. Sinon, que de dĂ©sastres ou de bĂ©vues en perspective! Dans cinquante, dans cent ans, voire dans deux ou trois siĂšcles, ces civilisations seront encore, selon toute vraisemblance, Ă  peu prĂšs Ă  la mĂȘme place sur la carte du monde, que les hasards de l’Histoire les aient, ou non, favorisĂ©es, toutes choses Ă©gales d’ailleurs, comme dit la sagesse des Ă©conomistes, et sauf Ă©videmment si l’humanitĂ©, entre-temps, ne s’est pas suicidĂ©e, comme malheureusement elle en a, dĂšs aujourd’hui, les moyens. Ainsi notre premier geste est de croire Ă  l’hĂ©tĂ©rogĂ©nĂ©itĂ©, Ă  la diversitĂ© des civilisations du monde, Ă  la permanence, Ă  la survie de leurs personnages, ce qui revient Ă  placer au premier rang de l’actuel cette Ă©tude de rĂ©flexes acquis, d’attitudes sans grande souplesse, d’habitudes fermes, de goĂ»ts profonds qu’explique seule une histoire lente, ancienne, peu consciente tels ces antĂ©cĂ©dents que la psychanalyse place au plus profond des comportements de l’adulte. Il faudrait qu’on nous y intĂ©resse dĂšs l’école, mais chaque peuple prend trop de plaisir Ă  se considĂ©rer dans son propre miroir, Ă  l’exclusion des autres. En vĂ©ritĂ©, cette connaissance prĂ©cieuse reste assez peu commune. Elle obligerait Ă  considĂ©rer en dehors de la propagande, valable seulement, et encore, Ă  court terme tous les graves problĂšmes des relations culturelles, cette nĂ©cessitĂ© de trouver, de civilisation Ă  civilisation, des langages acceptables qui respectent et favorisent des positions diffĂ©rentes, peu rĂ©ductibles les unes aux autres. Et pourtant, tous les observateurs, tous les voyageurs, enthousiastes ou maussades, nous disent l’uniformisation grandissante du monde. DĂ©pĂȘchons-nous de voyager avant que la terre n’ait partout le mĂȘme visage! En apparence, il n’y a rien Ă  rĂ©pondre Ă  ces arguments. Hier, le monde abondait en pittoresque, en nuances; aujourd’hui toutes les villes, tous les peuples se ressemblent d’une certaine maniĂšre Rio de Janeiro est envahi depuis plus de vingt ans par les gratte-ciel; Moscou fait penser Ă  Chicago; partout des avions, des camions, des autos, des voies ferrĂ©es, des usines; les costumes locaux disparaissent, les uns aprĂšs les autres
 Cependant, n’est-ce pas commettre, au-delĂ  d’évidentes constatations, une sĂ©rie d’erreurs assez graves? Le monde d’hier avait dĂ©jĂ  ses uniformitĂ©s; la technique et c’est elle dont on voit partout le visage et la marque n’est assurĂ©ment qu’un Ă©lĂ©ment de la vie des hommes, et surtout, ne risquons-nous pas, une fois de plus, de confondre la et les civilisations ? La terre ne cesse de se rĂ©trĂ©cir et, plus que jamais, voilĂ  les hommes sous un mĂȘme toit » Toynbee, obligĂ©s de vivre ensemble, les uns sur les autres. A ces rapprochements, ils doivent de partager des biens, des outils, peut-ĂȘtre mĂȘme certains prĂ©jugĂ©s communs. Le progrĂšs technique a multipliĂ© les moyens au service des hommes. Partout la civilisation offre ses services, ses stocks, ses marchandises diverses. Elle les offre sans toujours les donner. Si nous avions sous les yeux une carte des rĂ©partitions des grosses usines, des hauts fourneaux, des centrales Ă©lectriques, demain des usines atomiques, ou encore une carte de la consommation dans le monde des produits modernes essentiels, nous n’aurions pas de peine Ă  constater que ces richesses et que ces outils sont trĂšs inĂ©galement rĂ©partis entre les diffĂ©rentes rĂ©gions de la terre. Il y a, ici, les pays industrialisĂ©s, et lĂ , les sous-dĂ©veloppĂ©s qui essaient de changer leur sort avec plus ou moins d’efficacitĂ©. La civilisation ne se distribue pas Ă©galement. Elle a rĂ©pandu des possibilitĂ©s, des promesses, elle suscite des convoitises, des ambitions. En vĂ©ritĂ©, une course s’est instaurĂ©e, elle aura ses vainqueurs, ses Ă©lĂšves moyens, ses perdants. En ouvrant l’éventail des possibilitĂ©s humaines, le progrĂšs a ainsi Ă©largi la gamme des diffĂ©rences. Tout le peloton se regrouperait si le progrĂšs faisait halte ce n’est pas l’impression qu’il donne. Seules, en fait, les civilisations et les Ă©conomies compĂ©titives sont dans la course. Bref, s’il y a, effectivement, une inflation de la civilisation, il serait puĂ©ril de la voir, au-delĂ  de son triomphe, Ă©liminant les civilisations diverses, ces vrais personnages, toujours en place et douĂ©s de longue vie. Ce sont eux qui, Ă  propos de progrĂšs, engagent la course, portent sur leurs Ă©paules l’effort Ă  accomplir, lui donnent, ou ne lui donnent pas un sens. Aucune civilisation ne dit non Ă  l’ensemble de ces biens nouveaux, mais chacune lui donne une signification particuliĂšre. Les gratte-ciel de Moscou ne sont pas les buildings de Chicago. Les fourneaux de fortune et les hauts fourneaux de la Chine populaire ne sont pas, malgrĂ© des ressemblances, les hauts fourneaux de notre Lorraine ou ceux du BrĂ©sil de Minas Gerais ou de Volta Redonda. Il y a le contexte humain, social, politique, voire mystique. L’outil, c’est beaucoup, mais l’ouvrier, c’est beaucoup aussi, et l’ouvrage, et le coeur que l’on y met, ou que l’on n’y met pas. Il faudrait ĂȘtre aveugle pour ne pas sentir le poids de cette transformation massive du monde, mais ce n’est pas une transformation omniprĂ©sente et, lĂ  oĂč elle s’accomplit, c’est sous des formes, avec une ampleur et une rĂ©sonance humaine rarement semblables. Autant dire que la technique n’est pas tout, ce qu’un vieux pays comme la France sait, trop bien sans doute. Le triomphe de la civilisation au singulier, ce n’est pas le dĂ©sastre des pluriels. Pluriels et singulier dialoguent, s’ajoutent et aussi se distinguent, parfois Ă  l’oeil nu, presque sans qu’il soit besoin d’ĂȘtre attentif. Sur les routes interminables et vides du Sud algĂ©rien, entre Laghouat et GhardaĂŻa, j’ai gardĂ© le souvenir de ce chauffeur arabe qui, aux heures prescrites, bloquant son autocar, abandonnait ses passagers Ă  leurs pensĂ©es et accomplissait, Ă  quelques mĂštres d’eux, ses priĂšres rituelles
 Ces images, et d’autres, ne valent pas comme une dĂ©monstration. Mais la vie est volontiers contradictoire le monde est violemment poussĂ© vers l’unitĂ©; en mĂȘme temps, il reste fondamentalement divisĂ©. Ainsi en Ă©tait-il hier dĂ©jĂ  unitĂ© et hĂ©tĂ©rogĂ©nĂ©itĂ© cohabitaient vaille que vaille. Pour renverser le problĂšme un instant, signalons cette unitĂ© de jadis que tant d’observateurs nient aussi catĂ©goriquement qu’ils affirment l’unitĂ© d’aujourd’hui. Ils pensent qu’hier le monde Ă©tait divisĂ© contre lui-mĂȘme par l’immensitĂ© et la difficultĂ© des distances montagnes, dĂ©serts, Ă©tendues ocĂ©aniques, Ă©charpes forestiĂšres constituaient autant de barriĂšres rĂ©elles. Dans cet univers cloisonnĂ©, la civilisation Ă©tait forcĂ©ment diversitĂ©. Sans doute. Mais l’historien qui se retourne vers ces Ăąges rĂ©volus, s’il Ă©tend ses regards au monde entier, n’en perçoit pas moins des ressemblances Ă©tonnantes, des rythmes trĂšs analogues Ă  des milliers de lieues de distance. La Chine des Ming, si cruellement ouverte aux guerres d’Asie, est plus proche de la France des Valois, assurĂ©ment, que la Chine de Mao TsĂ©toung ne l’est de la France de la Ve RĂ©publique. N’oublions pas d’ailleurs que mĂȘme Ă  cette Ă©poque, les techniques voyagent. Les exemples seraient innombrables. Mais lĂ  n’est pas le grand ouvrier de l’uniformitĂ©. L’homme, en vĂ©ritĂ©, reste toujours prisonnier d’une limite, dont il ne s’évade guĂšre. Cette limite, variable dans le temps, elle est sensiblement la mĂȘme, d’un bout Ă  l’autre de la terre, et c’est elle qui marque de son sceau uniforme toutes les expĂ©riences humaines, quelle que soit l’époque considĂ©rĂ©e. Au Moyen Age, au XVIe siĂšcle encore, la mĂ©diocritĂ© des techniques, des outils, des machines, la raretĂ© des animaux domestiques ramĂšnent toute activitĂ© Ă  l’homme lui-mĂȘme, Ă  ses forces, Ă  son travail; or, l’homme, lui aussi, partout, est rare, fragile, de vie chĂ©tive et courte. Toutes les activitĂ©s, toutes les civilisations s’éploient ainsi dans un domaine Ă©troit de possibilitĂ©s. Ces contraintes enveloppent toute aventure, la restreignent Ă  l’avance, lui donnent, en profondeur, un air de parentĂ© Ă  travers espace et temps, car le temps fut lent Ă  dĂ©placer ces bornes. Justement, la rĂ©volution, le bouleversement essentiel du temps prĂ©sent, c’est l’éclatement de ces enveloppes » anciennes, de ces contraintes multiples. A ce bouleversement, rien n’échappe. C’est la nouvelle civilisation, et elle met Ă  l’épreuve toutes les civilisations. Mais entendons-nous sur cette expression le temps prĂ©sent. Ne le jugeons pas, ce prĂ©sent, Ă  l’échelle de nos vies individuelles, comme ces tranches journaliĂšres, si minces, insignifiantes, translucides, que reprĂ©sentent nos existences personnelles. A l’échelle des civilisations et mĂȘme de toutes les constructions collectives, c’est d’autres mesures qu’il faut se servir, pour les comprendre ou les saisir. Le prĂ©sent de la civilisation d’aujourd’hui est cette Ă©norme masse de temps dont l’aube se marquerait avec le XVIIIe siĂšcle et dont la nuit n’est pas encore proche. Vers 1750, le monde, avec ses multiples civilisations, s’est engagĂ© dans une sĂ©rie de bouleversements, de catastrophes en chaĂźne elles ne sont pas l’apanage de la seule civilisation occidentale. Nous y sommes encore, aujourd’hui. Cette rĂ©volution, ces troubles rĂ©pĂ©tĂ©s, repris, ce n’est pas seulement la rĂ©volution industrielle, c’est aussi une rĂ©volution scientifique mais qui ne touche qu’aux sciences objectives, d’oĂč un monde boiteux tant que les sciences de l’homme n’auront pas trouvĂ© leur vrai chemin d’efficacitĂ©, une rĂ©volution biologique enfin, aux causes multiples, mais au rĂ©sultat Ă©vident, toujours le mĂȘme une inondation humaine comme la planĂšte n’en a jamais vue. BientĂŽt trois milliards d’humains ils Ă©taient Ă  peine 300 millions en 1400. Si l’on ose parler de mouvement de l’Histoire, ce sera, ou jamais, Ă  propos de ces marĂ©es conjuguĂ©es, omniprĂ©sentes. La puissance matĂ©rielle de l’homme soulĂšve le monde, soulĂšve l’homme, l’arrache Ă  lui- mĂȘme, le pousse vers une vie inĂ©dite. Un historien habituĂ© Ă  une Ă©poque relativement proche le XVIe siĂšcle par exemple a le sentiment, dĂšs le XVIIIe, d’aborder une planĂšte nouvelle. Justement, les voyages aĂ©riens de l’actualitĂ© nous ont habituĂ©s Ă  l’idĂ©e fausse de limites infranchissables que l’on franchit un beau jour la limite de la vitesse du son, la limite d’un magnĂ©tisme terrestre qui envelopperait la Terre Ă  8 000 km de distance. De telles limites, peuplĂ©es de monstres, coupĂšrent hier, Ă  la fin du XVe siĂšcle, l’espace Ă  conquĂ©rir de l’Atlantique
 Or, tout se passe comme si l’humanitĂ©, sans s’en rendre compte toujours, avait franchi du XVIIIe siĂšcle Ă  nos jours une de ces zones difficiles, une de ces barriĂšres qui d’ailleurs se dressent encore devant elle, dans telle ou telle partie du monde. Ceylan vient seulement de connaĂźtre, avec les merveilles de la mĂ©decine, la rĂ©volution biologique qui bouleverse le monde, en somme la prolongation miraculeuse de la vie. Mais la chute du taux de natalitĂ©, qui accompagne gĂ©nĂ©ralement cette rĂ©volution, n’a pas encore touchĂ© l’üle, oĂč ce taux reste trĂšs haut, naturel, Ă  son maximum
 Ce phĂ©nomĂšne se retrouve dans maints pays, telle l’AlgĂ©rie. Aujourd’hui seulement, la Chine connaĂźt sa vĂ©ritable entrĂ©e, massive, dans la vie industrielle. La France s’y enfonce Ă  corps perdu. Est-il besoin de dire que ce temps nouveau rompt avec les vieux cycles et les traditionnelles habitudes de l’homme? Si je m’élĂšve si fortement contre les idĂ©es de Spengler ou de Toynbee, c’est qu’elles ramĂšnent obstinĂ©ment l’humanitĂ© Ă  ses heures anciennes, pĂ©rimĂ©es, au dĂ©jĂ  vu. Pour accepter que les civilisations d’aujourd’hui rĂ©pĂštent le cycle de celle des Incas, ou de telle autre, il faut avoir admis, au prĂ©alable, que ni la technique, ni l’économie, ni la dĂ©mographie n’ont grand-chose Ă  voir avec les civilisations. En fait, l’homme change d’allure. La civilisation, les civilisations, toutes nos activitĂ©s, les matĂ©rielles, les spirituelles, les intellectuelles, en sont affectĂ©es. Qui peut prĂ©voir ce que seront demain le travail de l’homme et son Ă©trange compagnon, le loisir de l’homme? Ce que sera sa religion, prise entre la tradition, l’idĂ©ologie, la raison ? Qui peut prĂ©voir ce que deviendront, au-delĂ  des formules actuelles, les explications de la science objective de demain, ou le visage que prendront les sciences humaines, dans l’enfance encore, aujourd’hui ? Dans le large prĂ©sent encore en devenir, une Ă©norme diffusion » est donc Ă  l’oeuvre. Elle ne brouille pas seulement le jeu ancien et calme des civilisations les unes par rapport aux autres; elle brouille le jeu de chacune par rapport Ă  elle-mĂȘme. Cette diffusion, nous l’appelons encore, dans notre orgueil d’Occidentaux, le rayonnement de notre civilisation sur le reste du monde. A peine peut-on excepter de ce rayonnement, Ă  dire d’expert, les indigĂšnes du centre de la Nouvelle-GuinĂ©e, ou ceux de l’Est himalayen. Mais cette diffusion en chaĂźne, si l’Occident en a Ă©tĂ© l’animateur, lui Ă©chappe dĂ©sormais, de toute Ă©vidence. Ces rĂ©volutions existent maintenant en dehors de nous. Elles sont la vague qui grossit dĂ©mesurĂ©ment la civilisation de base du monde. Le temps prĂ©sent, c’est avant tout cette inflation de la civilisation et, semble-t-il, la revanche, dont le terme ne s’aperçoit pas, du singulier sur le pluriel. Semble-t-il. Car je l’ai dĂ©jĂ  dit cette nouvelle contrainte ou cette nouvelle libĂ©ration, en tout cas cette nouvelle source de conflits et cette nĂ©cessitĂ© d’adaptations, si elles frappent le monde tout entier, y provoquent des mouvements trĂšs divers. On imagine sans peine les bouleversements que la brusque irruption de la technique et de toutes les accĂ©lĂ©rations qu’elle entraĂźne peut faire naĂźtre dans le jeu interne de chaque civilisation, Ă  l’intĂ©rieur de ses propres limites, matĂ©rielles ou spirituelles. Mais ce jeu n’est pas clair, il varie avec chaque civilisation, et chacune, vis-Ă -vis de lui, sans le vouloir, du fait de rĂ©alitĂ©s trĂšs anciennes et rĂ©sistantes parce qu’elles sont sa structure mĂȘme, chacune se trouve placĂ©e dans une position particuliĂšre. C’est du conflit ou de l’accord entre attitudes anciennes et nĂ©cessitĂ©s nouvelles, que chaque peuple fait journellement son destin, son actualitĂ© ». Quelles civilisations apprivoiseront, domestiqueront, humaniseront la machine et aussi ces techniques sociales dont parlait Karl Mannheim dans le pronostic lucide et sage, un peu triste, qu’il risquait en 1943, ces techniques sociales que nĂ©cessite et provoque le gouvernement des masses mais qui, dangereusement, augmentent le pouvoir de l’homme sur l’homme? Ces techniques seront-elles au service de minoritĂ©s, de technocrates, ou au service de tous et donc de la libertĂ©? Une lutte fĂ©roce, aveugle, est engagĂ©e sous divers noms, selon divers fronts, entre les civilisations et la civilisation. Il s’agit de dompter, de canaliser celle-ci, de lui imposer un humanisme neuf. Dans cette lutte d’une ampleur nouvelle il ne s’agit plus de remplacer d’un coup de pouce une aristocratie par une bourgeoisie, ou une bourgeoisie ancienne par une presque neuve, ou bien des peuples insupportables par un Empire sage et morose, ou bien une religion qui se dĂ©fendra toujours par une idĂ©ologie universelle , dans cette lutte sans prĂ©cĂ©dent, bien des structures culturelles peuvent craquer, et toutes Ă  la fois. Le trouble a gagnĂ© les grandes profondeurs et toutes les civilisations, les trĂšs vieilles ou plutĂŽt les trĂšs glorieuses, avec pignon sur les grandes avenues de l’Histoire, les plus modestes Ă©galement. De ce point de vue, le spectacle actuel le plus excitant pour l’esprit est sans doute celui des cultures en transit » de l’immense Afrique noire, entre le nouvel ocĂ©an Atlantique, le vieil ocĂ©an Indien, le trĂšs vieux Sahara et, vers le Sud, les masses primitives de la forĂȘt Ă©quatoriale. Cette Afrique noire a sans doute, pour tout ramener une fois de plus Ă  la diffusion, ratĂ© ses rapports anciens avec l’Égypte et avec la MĂ©diterranĂ©e. Vers l’ocĂ©an Indien se dressent de hautes montagnes. Quant Ă  l’Atlantique, il a Ă©tĂ© longtemps vide et il a fallu, aprĂšs le XVe siĂšcle, que l’immense Afrique basculĂąt vers lui pour accueillir ses dons et ses mĂ©faits. Mais aujourd’hui, il y a quelque chose de changĂ© dans l’Afrique noire c’est, tout Ă  la fois, l’intrusion des machines, la mise en place d’enseignements, la poussĂ©e de vraies villes, une moisson d’efforts passĂ©s et prĂ©sents, une occidentalisation qui a fait largement brĂšche, bien qu’elle n’ait certes pas pĂ©nĂ©trĂ© jusqu’aux moelles les ethnographes amoureux de l’Afrique noire, comme Marcel Griaule, le savent bien. Mais l’Afrique noire est devenue consciente d’elle-mĂȘme, de sa conduite, de ses possibilitĂ©s. Dans quelles conditions ce passage s’opĂšre-t-il, au prix de quelles souffrances, avec quelles joies aussi, vous le sauriez en vous y rendant. Au fait, si j’avais Ă  chercher une meilleure comprĂ©hension de ces difficiles Ă©volutions culturelles, au lieu de prendre comme champ de bataille les derniers jours de Byzance, je partirais vers l’Afrique noire. Avec enthousiasme. E n vĂ©ritĂ©, aurions-nous aujourd’hui besoin d’un nouveau, d’un troisiĂšme mot, en dehors de culture et de civilisation dont, les uns ou les autres, nous ne voulons plus faire une Ă©chelle des valeurs? En ce milieu du XXe siĂšcle, nous avons insidieusement besoin, comme le XVIIIe siĂšcle Ă  sa mi-course, d’un mot nouveau pour conjurer pĂ©rils et catastrophes possibles, dire nos espoirs tenaces. Georges Friedmann, et il n’est pas le seul, nous propose celui d’humanisme moderne. L’homme, la civilisation, doivent surmonter la sommation de la machine, mĂȘme de la machinerie l’automation qui risque de condamner l’homme aux loisirs forcĂ©s. Un humanisme, c’est une façon d’espĂ©rer, de vouloir que les hommes soient fraternels les uns Ă  l’égard des autres et que les civilisations, chacune pour son compte, et toutes ensemble, se sauvent et nous sauvent. C’est accepter, c’est souhaiter que les portes du prĂ©sent s’ouvrent largement sur l’avenir, au-delĂ  des faillites, des dĂ©clins, des catastrophes que prĂ©disent d’étranges prophĂštes les prophĂštes relĂšvent tous de la littĂ©rature noire. Le prĂ©sent ne saurait ĂȘtre cette ligne d’arrĂȘt que tous les siĂšcles, lourds d’éternelles tragĂ©dies, voient devant eux comme un obstacle, mais que l’espĂ©rance des hommes ne cesse, depuis qu’il y a des hommes, de franchir. © Le Temps stratĂ©gique, No 82, GenĂšve, juillet-aoĂ»t 1998 ADDENDA Sur Braudel Son premier mĂ©rite, c’est qu’il a vraiment compris qu’au vingtiĂšme siĂšcle, il fallait faire une histoire au-delĂ  de l’hexagone, au-delĂ  des problĂšmes français, qu’il fallait absolument percevoir les problĂšmes europĂ©ens et, pour reprendre une expression qui n’existait pas encore quand il a Ă©crit La MĂ©diterranĂ©e, les problĂšmes du tiers monde, et mĂȘme avoir une vision planĂ©taire. Sa vision mondiale de l’Histoire Je crois que son grand mĂ©rite a Ă©tĂ© de comprendre qu’il y avait une Ă©volution irrĂ©pressible, que personne ne pouvait contenir, pour sortir de cette espĂšce d’europĂ©o-centrisme qui avait fonctionnĂ© Ă  plein au XIXe siĂšcle et Ă  l’époque coloniale, et encore pendant la premiĂšre moitiĂ© du XXe siĂšcle, et qu’il fallait dĂ©sormais avoir vraiment une vision mondiale de l’histoire. Son histoire Ă  plusieurs temps Son second mĂ©rite 
 a Ă©tĂ© de mettre en relation les Ă©vĂ©nements historiques et les Ă©vĂ©nements Ă  plus longue durĂ©e, disons les Ă©vĂ©nements anthropologiques, et ainsi de concevoir qu’il y a plusieurs temps dans l’histoire. Il y a un temps court, celui des Ă©vĂ©nements; cela ne correspond d’ailleurs pas du tout Ă  sa pensĂ©e de dire qu’il a rejetĂ© l’évĂ©nement, mais il a toujours considĂ©rĂ© qu’il fallait ĂȘtre capable d’aller plus loin que les Ă©vĂ©nements, de comprendre ce qui les provoquait, mĂȘme quand il s’agissait d’évĂ©nements aussi dramatiques que la RĂ©volution française par exemple. Et puis il y a ce qu’il a appelĂ© la longue durĂ©e et cela a Ă©tĂ© une idĂ©e trĂšs importante 
 Sa mise en scĂšne du social D’une façon plus gĂ©nĂ©rale, il a introduit non seulement l’histoire sociale mais le rĂŽle des sociĂ©tĂ©s dans l’histoire Ă©conomique. On avait tendance Ă  compartimenter les choses, avec, disons, une histoire des Ă©vĂ©nements, des gouvernements et des chancelleries; une histoire plus sociale et une histoire Ă©conomique, celle-ci tendant Ă  ĂȘtre en quelque sorte autonome par rapport aux autres, mĂȘme si on essayait d’en tirer des enseignements pour les deux autres. Je crois que Braudel a beaucoup veillĂ© Ă  introduire les changements sociaux, les modifications des sociĂ©tĂ©s, dans l’histoire Ă©conomique. » Pierre Daix, in Regards », Paris, No 7, novembre 1995, Ă  propos du livre qu’il venait d’écrire Braudel Paris, Flammarion, 1995. Ibn Khaldoun, prĂ©curseur mĂ©diĂ©val de l’histoire des civilisations Ibn Khaldoun 1331-1406, historien maghrĂ©bin, a Ă©tĂ© l’un des premiers thĂ©oriciens de l’histoire des civilisations. Arnold Toynbee dit de lui qu’il a conçu et formulĂ© une philosophie de l’Histoire qui est sans doute le plus grand travail qui ait jamais Ă©tĂ© créé par aucun esprit dans aucun temps et dans aucun pays. » VĂ©rifier les faits investiguer les causes » Dans la Muqadimma, introduction en trois volumes de son Kitab al-Ibar Histoire des Arabes, des Persans et des BerbĂšres, Ibn Khaldoun Ă©crit J’ai suivi un plan original pour Ă©crire l’Histoire et choisi une voie qui surprendra le lecteur, une marche et un systĂšme tout Ă  fait Ă  moi 
 en traitant de ce qui est relatif aux civilisations et Ă  l’établissement des villes ». Il est conscient que sa dĂ©marche novatrice qui rompt avec l’interprĂ©tation religieuse de l’histoire Les discours dans lesquels nous allons traiter de cette matiĂšre formeront une science nouvelle 
 C’est une science sui generis car elle a d’abord un objet spĂ©cial la civilisation et la sociĂ©tĂ© humaine, puis elle traite de plusieurs questions qui servent Ă  expliquer successivement les faits qui se rattachent Ă  l’essence mĂȘme de la sociĂ©tĂ©. Tel est le caractĂšre de toutes les sciences, tant celles qui s’appuient sur l’autoritĂ© que celles qui sont fondĂ©es sur la raison. » Tout au long de son oeuvre, il souligne la discipline Ă  laquelle doivent s’astreindre ceux qui exercent le mĂ©tier d’historien l’examen et la vĂ©rification des faits, l’investigation attentive des causes qui les ont produits, la connaissance profonde de la maniĂšre dont les Ă©vĂ©nements se sont passĂ©s et dont ils ont pris naissance. » Les empires durent environ 120 ans » Ibn Khaldoun n’a le loisir d’étudier que le monde arabo-musulman l’Andalousie, le Maghreb, le Machreq. C’est donc dans ce cadre limitĂ© qu’il Ă©labore sa thĂ©orie cyclique des civilisations rurales ou bĂ©douines umran badawi et urbaines umran hadari. Pour lui, les civilisations sont portĂ©es par des tribus qui fondent dynasties et empires. » Les empires ainsi que les hommes ont leur vie propre 
 Ils grandissent, ils arrivent Ă  l’ñge de maturitĂ©, puis ils commencent Ă  dĂ©cliner 
 En gĂ©nĂ©ral, la durĂ©e de vie [des empires] 
 ne dĂ©passe pas trois gĂ©nĂ©rations 120 ans environ. » Ibn Khaldoun, conseiller auprĂšs de deux sultans maghrĂ©bins, grand juge cadi au Caire, put observer de l’intĂ©rieur l’émergence du pouvoir politique et sa confrontation Ă  la durĂ©e historique. Ibn Khaldoun est considĂ©rĂ© comme l’un des fondateurs de la sociologie politique. Sources Discours sur l’histoire universelle Al Muqadimma, par Ibn Khaldoun, traduit de l’arabe par Vincent Monteil Paris/Arles, Sindbad/Actes Sud, 3e Ă©dition, 1997 et Ibn Khaldoun naissance de l’histoire, passĂ© du tiers monde, par Yves Lacoste Paris, François Maspero, 1978, rééditĂ© chez La DĂ©couverte, 1998. De quelques noms citĂ©s Georges Friedmann 1902-1977, philosophe français, est surtout connu pour ses travaux de sociologue du travail. ConsidĂ©rĂ© comme un des plus importants rĂ©novateurs français des sciences sociales de l’aprĂšs-guerre, il eut recours aux outils d’analyse marxistes pour observer les grands bouleversements Ă  l’oeuvre dans la sociĂ©tĂ© industrielle. Il est l’auteur de nombreux ouvrages dont TraitĂ© de sociologie du travail coauteur avec Pierre Naville, Paris, A. Colin, 1961-1962, Humanisme du travail et humanitĂ©s Paris, A. Colin, 1950, OĂč va le travail humain? Paris, Gallimard, 1970. Le bon vieux temps du Dakar-Djibouti Marcel Griaule 1898-1956, ethnologue français, fut engagĂ© dans de nombreuses recherches de terrain couvrant notamment l’Abyssinie, le Soudan français et le Tchad. Il fut Ă©galement Ă  la tĂȘte de la mission ethnographique Dakar-Djibouti 1931-1933 et titulaire en 1942 de la premiĂšre chaire d’ethnologie Ă  la Sorbonne. Auteur de nombreux ouvrages sur la mĂ©thode ethnographique, il s’est particuliĂšrement intĂ©ressĂ© Ă  l’ethnie Dogon Mali. Charles Seignobos 1854-1942 historien français, auteur en particulier d’une Histoire politique de l’Europe contemporaine 1897. ConsidĂ©rant que tout ce qui n’est pas prouvĂ© doit rester provisoirement douteux », Seignobos fut partisan d’une histoire superficielle et Ă©vĂ©nementielle. Cette vision positiviste » rencontra de vives contestations auprĂšs d’une nouvelle gĂ©nĂ©ration d’historiens pour qui la nĂ©cessitĂ© d’approfondir les phĂ©nomĂšnes devait permettre une comprĂ©hension plus globale de l’histoire. Une culture naĂźt au moment oĂč une grande Ăąme se rĂ©veille » Oswald Spengler, 1880-1936, philosophe allemand, est l’auteur du cĂ©lĂšbre DĂ©clin de l’Occident 1916-1920, ouvrage qui eut un Ă©cho Ă  la mesure de l’effondrement de l’empire allemand. Spengler expose dans son ouvrage une philosophie pessimiste de l’histoire, en opposition Ă  l’idĂ©ologie de progrĂšs dominant Ă  l’époque. Selon lui, l’Occident serait entrĂ© dĂšs les dĂ©buts du XXe siĂšcle dans sa phase de dĂ©clin. Au-delĂ , Spengler propose une thĂ©orie gĂ©nĂ©rale et cyclique des huit principales civilisations et des innombrables cultures du monde. Pour lui, il n’existe pas de sens gĂ©nĂ©ral de l’histoire juste des successions de cycles similaires au cycle biologique. Pour lui, les unitĂ©s de base de l’histoire sont les cultures dont il dit qu’elles sont de vĂ©ritables organismes vivants Une culture naĂźt au moment oĂč une grande Ăąme se rĂ©veille, se dĂ©tache de l’état psychique primaire d’éternelle enfance humaine, forme issue de l’informe, limite et caducitĂ© sorties de l’infini et de la durĂ©e. Elle croĂźt sur le sol d’un paysage exactement dĂ©limitable, auquel elle reste liĂ©e comme la plante. Une culture meurt quand l’ñme a rĂ©alisĂ© la somme entiĂšre de ses possibilitĂ©s, sous la forme de peuples, de langues, de doctrines religieuses, d’arts, d’États, de sciences, et qu’elle retourne ainsi Ă  l’état psychique primaire. » Le nazisme tenta de rĂ©cupĂ©rer les conceptions philosophiques de Spengler, puis finit par les critiquer. De l’action civilisatrice des minoritĂ©s crĂ©atrices » Arnold Toynbee 1889-1975, historien britannique, est l’auteur d’une somme monumentale, Study of History Étude de l’histoire, publiĂ©e en douze volumes entre 1934 et 1961. DĂ©nombrant 26 civilisations, il dĂ©veloppe une conception cyclique de leur Ă©volution. Pour lui, les civilisations naissent de l’action de minoritĂ©s crĂ©atrices » et passent toutes par des Ă©tapes de croissance, de rupture breakdown puis de dĂ©sintĂ©gration. Son oeuvre tĂ©moigne d’une vision non-europĂ©ocentrique de l’histoire. Paul ValĂ©ry 1871-1945, Ă©crivain français proche du poĂšte MallarmĂ©, entrĂ© en 1925 Ă  l’AcadĂ©mie française, est l’auteur d’une phrase cĂ©lĂšbre sur le destin des civilisations Nous autres civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles » VariĂ©tĂ© I, La crise de l’esprit, p. 1. Paris, Gallimard, 1978. Pour une histoire des civilisations Grammaire des civilisations, par Fernand Braudel. Paris, Arthaud, 1987. L’Histoire, un essai d’interprĂ©tation, par Arnold Toynbee version abrĂ©gĂ©e de A Study of History traduit de l’anglais par Elisabeth Julia. Paris, Gallimard, 1951. Le DĂ©clin de l’Occident, par Oswald Spengler traduit de l’allemand par M. Tazerout. Paris, 2 volumes, Gallimard, 1931-1933. Culture and History, prolegomena to the comparative study of civilizations, par Philip Bagby. Westport, Conn., Greenwood Press, 1976. Grandeur et dĂ©cadence des civilisations, par Shepard Bancroft Clough. Paris, Payot, 1954.

Quisommes-nous ? LA REVUE . Culture Nous autres, civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles. Nous avions entendu parler de mondes disparus La Gourmandise Natale, par Charles Maurras. Culture & Civilisations vgauredijon-14 août 2022. La cuisine provençale selon Maurras ! Préface à l'ouvrage de M. Maurice BrunGroumandugi,

Nous autres, civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles, ValĂ©ry. Commentez. ‱ Cette phrase est tirĂ©e de La crise de l'esprit », un texte figurant dans les Essais quasi politiques » publiĂ©s dansVariĂ©tĂ© Tome I, page 988 des ƒuvres en PlĂ©iade. La crise de l'esprit » est constituĂ©e par deux lettres » originellement parues en anglais dans une revuelondonienne en 1919. La version française paraĂźtra la mĂȘme annĂ©e dans la Nouvelle Revue Française. La phrase citĂ©eest la premiĂšre phrase de la premiĂšre de ces deux lettres.‱ La crise de l'esprit » paraĂźt au lendemain de la PremiĂšre Guerre mondiale, guerre qui — outre le fait qu'elleoccasionna plus de huit millions de morts — provoqua une profonde crise de la conscience ValĂ©ry, cette guerre a montrĂ© que la civilisation europĂ©enne pourrait sombrer comme l'ont fait dans le passĂ©des civilisations parmi les plus brillantes Elam, Ninive, Babylone Ă©taient de beaux noms vagues, et la ruine totale de ces mondes avait aussi peu designification pour nous que leur existence mĂȘme. Mais France, Angleterre, Russie... ce seraient aussi de beaux aussi est un beau nom. Et nous voyons maintenant que l'abĂźme de l'histoire est assez grand pour tout lemonde. Nous sentons qu'une civilisation a la mĂȘme fragilitĂ© qu'une vie. Les circonstances qui enverraient les oeuvresde Keats et celles de Baudelaire rejoindre les oeuvres de MĂ©nandre ne sont plus du tout inconcevables elles sontdans les journaux. »Mais ValĂ©ry ne s'arrĂȘte pas Ă  cette constatation somme toute banale. Il s'arrĂȘte sur le fait que ce qui vient de sepasser nous conduit Ă  remettre en cause un certain nombre de valeurs Les grandes vertus du peuple allemand ont engendrĂ© plus de maux que l'oisivetĂ© n'a créé de vices. Nous avons vu,de nos yeux vu, le travail consciencieux, l'instruction la plus solide, la discipline et l'application les plus sĂ©rieusesadaptĂ©s Ă  d'Ă©pouvantables desseins. Tant d'horreurs n'auraient pas Ă©tĂ© possibles sans tant de vertus. Il a fallu,sans doute, beaucoup de science pour tuer tant d'hommes, dissiper tant de biens, anĂ©antir tant de villes en si peude temps; mais il a fallu non moins de qualitĂ©s morales. Savoir et Devoir, vous ĂȘtes donc suspects?»Un nouvel ordre est Ă  instaurer; tĂąche difficile car deux dangers ne cessent de menacer le monde l'ordre et ledĂ©sordre.»La seconde lettre et la longue note ajoutĂ©e Ă  La crise de l'esprit » s'interrogent sur le devenir de l'Europe Or, l'heure actuelle comporte cette question capitale l'Europe va-t-elle garder sa prééminence dans tous lesgenres ? L'Europe deviendra-t-elle ce qu'elle est en rĂ©alitĂ©, c'est-Ă -dire un petit cap du continent asiatique? Oubien l'Europe restera-t-elle ce qu'elle paraĂźt, c'est-Ă -dire la partie la plus prĂ©cieuse de l'univers terrestre, la perle dela sphĂšre, le cerveau d'un vaste corps?» L'histoire, d'une certaine façon, a dĂ©jĂ  partiellement rĂ©pondu Ă  cette question.. » Disertation vagues rĂ©volutionnaires (1917-1922) L’étude a Ă©tĂ© rĂ©alisĂ©e dans la sĂ©ance consacrĂ©e au bilan de la guerre (Des sociĂ©tĂ©s bouleversĂ©es par la guerre). 2/ la problĂ©matique retenue et le plan de la sĂ©ance : « Nous autres, civilisations nous savons maintenant que nous sommes mortelles ». Paul ValĂ©ry Ă©voque une Home/citation/Nous autres, civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles. ValĂ©ry Paul Nous autres, civilisations, nous savons maintenant que nous sommes de Paul ValĂ©ryPaul ValĂ©ry Autres citations Nous autres civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles. ValĂ©ry Paul Nous autres civilisations, nous savons maintenant que nous sommes ICitations de Paul ValĂ©ryPaul ValĂ©ry Autres citations
Nous autres, civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles. » ""Les mots de Paul Valéry aprÚs le désastre de la Grande Guerre, devraient inquiéter les
ï»żNous autres, civilisations, nous savons maintenant que nous sommes avions entendu parler de mondes disparus tout entiers, d’empires coulĂ©s Ă  pic avec tous leurs hommes et tous leurs engins ; descendus au fond inexplorable des siĂšcles avec leurs dieux et leurs lois, leurs acadĂ©mies et leurs sciences pures et appliquĂ©es, avec leurs grammaires, leurs dictionnaires, leurs classiques, leurs romantiques et leurs symbolistes, leurs critiques et les critiques de leurs critiques. Nous savions bien que toute la terre apparente est faite de cendres, que la cendre signifie quelque chose. Nous apercevions Ă  travers l’épaisseur de l’histoire, les fantĂŽmes d’immenses navires qui furent chargĂ©s de richesse et d’esprit. Nous ne pouvions pas les compter. Mais ces naufrages, aprĂšs tout, n’étaient pas notre Ninive, Babylone Ă©taient de beaux noms vagues, et la ruine totale de ces mondes avait aussi peu de signification pour nous que leur existence mĂȘme. Mais France, Angleterre, Russie... ce seraient aussi de beaux noms. Lusitania aussi est un beau nom. Et nous voyons maintenant que l’abĂźme de l’histoire est assez grand pour tout le monde. Nous sentons qu’une civilisation a la mĂȘme fragilitĂ© qu’une vie. Les circonstances qui enverraient les Ɠuvres de Keats et celles de Baudelaire rejoindre les oeuvres de MĂ©nandre ne sont plus du tout inconcevables elles sont dans les n’est pas tout. La brĂ»lante leçon est plus complĂšte encore. Il n’a pas suffi Ă  notre gĂ©nĂ©ration d’apprendre par sa propre expĂ©rience comment les plus belles choses et les plus antiques, et les plus formidables et les mieux ordonnĂ©es sont pĂ©rissables par accident ; elle a vu, dans l’ordre de la pensĂ©e, du sens commun, et du sentiment, se produire des phĂ©nomĂšnes extraordinaires, des rĂ©alisations brusques de paradoxes, des dĂ©ceptions brutales de l’ n’en citerai qu’un exemple les grandes vertus des peuples allemands ont engendrĂ© plus de maux que l’oisivetĂ© jamais n’a créé de vices. Nous avons vu, de nos yeux vu, le travail consciencieux, l’instruction la plus solide, la discipline et l’application les plus sĂ©rieuses, adaptĂ©s Ă  d’épouvantables d’horreurs n’auraient pas Ă©tĂ© possibles sans tant de vertus. Il a fallu, sans doute, beaucoup de science pour tuer tant d’hommes, dissiper tant de biens, anĂ©antir tant de villes en si peu de temps ; mais il a fallu non moins de qualitĂ©s morales. Savoir et Devoir, vous ĂȘtes donc suspects ?Ainsi la PersĂ©polis spirituelle n’est pas moins ravagĂ©e que la Suse matĂ©rielle. Tout ne s’est pas perdu, mais tout s’est senti frisson extraordinaire a couru la moelle de l’Europe. Elle a senti, par tous ses noyaux pensants, qu’elle ne se reconnaissait plus, qu’elle cessait de se ressembler, qu’elle allait perdre conscience — une conscience acquise par des siĂšcles de malheurs supportables, par des milliers d’hommes du premier ordre, par des chances gĂ©ographiques, ethniques, historiques — comme pour une dĂ©fense dĂ©sespĂ©rĂ©e de son ĂȘtre et de son avoir physiologiques, toute sa mĂ©moire lui est revenue confusĂ©ment. Ses grands hommes et ses grands livres lui sont remontĂ©s pĂȘle-mĂȘle. Jamais on n’a tant lu, ni si passionnĂ©ment que pendant la guerre demandez aux libraires. Jamais on n’a tant priĂ©, ni si profondĂ©ment demandez aux prĂȘtres. On a Ă©voque tous les sauveurs, les fondateurs, les protecteurs, les martyrs, les hĂ©ros, les pĂšres des patries, les saintes hĂ©roĂŻnes, les poĂštes nationaux...Et dans le mĂȘme dĂ©sordre mental, Ă  l’appel de la mĂȘme angoisse, l’Europe cultivĂ©e a subi la reviviscence rapide de ses innombrables pensĂ©es dogmes, philosophies, idĂ©aux hĂ©tĂ©rogĂšnes ; les trois cents maniĂšres d’expliquer le Monde, les mille et une nuances du christianisme, les deux douzaines de positivismes tout le spectre de la lumiĂšre intellectuelle a Ă©talĂ© ses couleurs incompatibles, Ă©clairant d’une Ă©trange lueur contradictoire l’agonie de l’ñme europĂ©enne. Tandis que les inventeurs cherchaient fiĂ©vreusement dans leurs images, dans les annales des guerres d’autrefois, les moyens de se dĂ©faire des fils de fer barbelĂ©s, de dĂ©jouer les sous-marins ou de paralyser les vols d’avions, l’ñme invoquait Ă  la fois toutes les incantations qu’elle savait, considĂ©rait sĂ©rieusement les plus bizarres prophĂ©ties ; elle se cherchait des refuges, des indices, des consolations dans le registre entier des souvenirs, des actes antĂ©rieurs, des attitudes ancestrales. Et ce sont lĂ  les produits connus de l’anxiĂ©tĂ©, les entreprises dĂ©sordonnĂ©es du cerveau qui court du rĂ©el au cauchemar et retourne du cauchemar au rĂ©el, affolĂ© comme le rat tombĂ© dans la trappe...La crise militaire est peut-ĂȘtre finie. La crise Ă©conomique est visible dans toute sa force ; mais la crise intellectuelle, plus subtile, et qui, par sa nature mĂȘme, prend les apparences les plus trompeuses puisqu’elle se passe dans le royaume mĂȘme de la dissimulation, cette crise laisse difficilement saisir son vĂ©ritable point, sa ne peut dire ce qui demain sera mort ou vivant en littĂ©rature, en philosophie, en esthĂ©tique. Nul ne sait encore quelles idĂ©es et quels modes d’expression seront inscrits sur la liste des pertes, quelles nouveautĂ©s seront certes, demeure et chante Ă  demi-voix Mais l’espoir n’est que la mĂ©fiance de l’ĂȘtre Ă  l’égard des prĂ©visions prĂ©cises de son esprit. Il suggĂšre que toute conclusion dĂ©favorable Ă  l’ĂȘtre doit ĂȘtre une erreur de son esprit. Les faits, pourtant, sont clairs et impitoyables. Il y a des milliers de jeunes Ă©crivains et de jeunes artistes qui sont morts. Il y a l’illusion perdue d’une culture europĂ©enne et la dĂ©monstration de l’impuissance de la connaissance Ă  sauver quoi que ce soit ; il y a la science, atteinte mortellement dans ses ambitions morales, et comme dĂ©shonorĂ©e par la cruautĂ© de ses applications ; il y a l’idĂ©alisme, difficilement vainqueur, profondĂ©ment meurtri, responsable de ses rĂȘves ; le rĂ©alisme déçu, battu, accablĂ© de crimes et de fautes ; la convoitise et le renoncement Ă©galement bafouĂ©s ; les croyances confondues dans les camps, croix contre croix, croissant contre croissant ; il y a les sceptiques eux-mĂȘmes dĂ©sarçonnĂ©s par des Ă©vĂ©nements si soudains, si violents, si Ă©mouvants, et qui jouent avec nos pensĂ©es comme le chat avec la souris, — les sceptiques perdent leurs doutes, les retrouvent, les reperdent, et ne savent plus se servir des mouvements de leur du navire a Ă©tĂ© si forte que les lampes les mieux suspendues se sont Ă  la fin qui donne Ă  la crise de l’esprit sa profondeur et sa gravitĂ©, c’est l’état dans lequel elle a trouvĂ© le n’ai ni le temps ni la puissance de dĂ©finir l’état intellectuel de l’Europe en 1914. Et qui oserait tracer un tableau de cet Ă©tat ? Le sujet est immense ; il demande des connaissances de tous les ordres, une information infinie. Lorsqu’il s’agit, d’ailleurs, d’un ensemble aussi complexe, la difficultĂ© de reconstituer le passĂ©, mĂȘme le plus rĂ©cent, est toute comparable Ă  la difficultĂ© de construire l’avenir, mĂȘme le plus proche ; ou plutĂŽt, c’est la mĂȘme difficultĂ©. Le prophĂšte est dans le mĂȘme sac que l’historien. je n’ai besoin maintenant que du souvenir vague et gĂ©nĂ©ral de ce qui se pensait Ă  la veille de la guerre, des recherches qui se poursuivaient, des Ɠuvres qui se donc je fais abstraction de tout dĂ©tail et si je me borne Ă  l’impression rapide, et Ă  ce total naturel que donne une perception instantanĂ©e, je ne vois — rien ! — Rien, quoique ce fĂ»t un rien infiniment physiciens nous enseignent que dans un four portĂ© Ă  l’incandescence, si notre Ɠil pouvait subsister, il ne verrait — rien. Aucune inĂ©galitĂ© lumineuse ne demeure et ne distingue les points de l’espace. Cette formidable Ă©nergie enfermĂ©e aboutit Ă  l’invisibilitĂ©, Ă  l’égalitĂ© insensible. Or, une Ă©galitĂ© de cette espĂšce n’est autre chose que le dĂ©sordre Ă  l’état de quoi Ă©tait fait ce dĂ©sordre de notre Europe mentale ? — De la libre coexistence dans tous les esprits cultivĂ©s des idĂ©es les plus dissemblables, des principes de vie et de connaissance les plus opposĂ©s. C’est lĂ  ce qui caractĂ©rise une Ă©poque ne dĂ©teste pas de gĂ©nĂ©raliser la notion de moderne et de donner ce nom Ă  certain mode d’existence, au lieu d’en faire un pur synonyme de contemporain. Il y a dans l’histoire des moments et des lieux oĂč nous pourrions nous introduire, nous modernes, sans troubler excessivement l’harmonie de ces temps-lĂ , et sans y paraĂźtre des objets infiniment curieux, infiniment visibles, des ĂȘtres choquants, dissonants, inassimilables. OĂč notre entrĂ©e ferait le moins de sensation, lĂ  nous sommes presque chez nous. Il est clair que la Rome de Trajan, et que l’Alexandrie des PtolĂ©mĂ©es nous absorberaient plus facilement que bien des localitĂ©s moins reculĂ©es dans le temps, mais plus spĂ©cialisĂ©es dans un seul type de mƓurs et entiĂšrement consacrĂ©es Ă  une seule race, Ă  une seule culture et Ă  un seul systĂšme de bien! l’Europe de 1914 Ă©tait peut-ĂȘtre arrivĂ©e Ă  la limite de ce modernisme. Chaque cerveau d’un certain rang Ă©tait un carrefour pour toutes les races de l’opinion ; tout penseur, une exposition universelle de pensĂ©es. Il y avait des Ɠuvres de l’esprit dont la richesse en contrastes et en impulsions contradictoires faisait penser aux effets d’éclairage insensĂ© des capitales de ce temps-lĂ  les yeux brĂ»lent et s’ennuient... Combien de matĂ©riaux, combien de travaux, de calculs, de siĂšcles spoliĂ©s, combien de vies hĂ©tĂ©rogĂšnes additionnĂ©es a-t-il fallu pour que ce carnaval fĂ»t possible et fĂ»t intronisĂ© comme forme de la suprĂȘme sagesse et triomphe de l’humanitĂ© ?Dans tel livre de cette Ă©poque — et non des plus mĂ©diocres — on trouve, sans aucun effort — une influence des ballets russes, — un peu du style sombre de Pascal, — beaucoup d’impressions du type Goncourt, quelque chose de Nietzsche, — quelque chose de Rimbaud, — certains effets dus Ă  la frĂ©quentation des peintres, et parfois le ton des publications scientifiques, — le tout parfumĂ© d’un je ne sais quoi de britannique difficile Ă  doser !... Observons, en passant, que dans chacun des composants de cette mixture, on trouverait bien d’autres corps. Inutile de les rechercher ce serait rĂ©pĂ©ter ce que je viens de dire sur le modernisme, et faire toute l’histoire mentale de l’ sur une immense terrasse d’Elsinore, qui va de BĂąle Ă  Cologne, qui touche aux sables de Nieuport, aux marais de la Somme, aux craies de Champagne, aux granits d’Alsace, — l’Hamlet europĂ©en regarde des millions de il est un Hamlet intellectuel. Il mĂ©dite sur la vie et la mort des vĂ©ritĂ©s. Il a pour fantĂŽmes tous les objets de nos controverses ; il a pour remords tous les titres de notre gloire ; il est accablĂ© sous le poids des dĂ©couvertes, des connaissances, incapable de se reprendre Ă  cette activitĂ© illimitĂ©e. Il songe Ă  l’ennui de recommencer le passĂ©, Ă  la folie de vouloir innover toujours. Il chancelle entre les deux abĂźmes, car deux dangers ne cessent de menacer le monde l’ordre et le saisit un crĂąne, c’est un crĂąne illustre. — Whose was it ? — Celui-ci fut Lionardo. Il inventa l’homme volant, mais l’homme volant n’a pas prĂ©cisĂ©ment servi les intentions de l’inventeur nous savons que l’homme volant montĂ© sur son grand cygne il grande uccello sopra del dosso del suo magnio cecero a, de nos jours, d’autres emplois que d’aller prendre de la neige Ă  la cime des monts pour la jeter, pendant les jours de chaleur, sur le pavĂ© des villes... Et cet autre crĂąne est celui de Leibniz qui rĂȘva de la paix universelle. Et celui-ci fut Kant, Kant qui genuit Hegel qui genuit Marx qui genuit...Hamlet ne sait trop que faire de tous ces crĂąnes. Mais s’il les abandonne!... Va-t-il cesser d’ĂȘtre lui-mĂȘme ? Son esprit affreusement clairvoyant contemple le passage de la guerre Ă  la paix. Ce passage est plus obscur, plus dangereux que le passage de la paix Ă  la guerre ; tous les peuples en sont troublĂ©s. Et moi, se dit-il, moi, l’intellect europĂ©en, que vais-je devenir ?... Et qu’est-ce que la paix ? La paix est peut-ĂȘtre, l’état de choses dans lequel l’hostilitĂ© naturelle des hommes entre eux se manifeste par de crĂ©ations, au lieu de se traduire par des destructions comme fait la guerre. C’est le temps d’une concurrence crĂ©atrice, et de la lutte des productions. Mais Moi, ne suis-je pas fatiguĂ© de produire ? N’ai-je pas Ă©puisĂ© le dĂ©sir des tentatives extrĂȘmes et n’ai-je pas abusĂ© des savants mĂ©langes ? Faut-il laisser de cĂŽtĂ© mes devoirs difficiles et mes ambitions transcendantes ? Dois-je suivre le mouvement et faire comme Polonius, qui dirige maintenant un grand journal ? comme Laertes, qui est quelque part dans l’aviation ? comme Rosencrantz, qui fait je ne sais quoi sous un nom russe ?— Adieu, fantĂŽmes ! Le monde n’a plus besoin de vous. Ni de moi. Le monde, qui baptise du nom de progrĂšs sa tendance Ă  une prĂ©cision fatale, cherche Ă  unir aux bienfaits de la vie les avantages de la mort. Une certaine confusion rĂšgne encore, mais encore un peu de temps et tout s’éclaircira ; nous verrons enfin apparaĂźtre le miracle d’une sociĂ©tĂ© animale, une parfaite et dĂ©finitive fourmiliĂšre. »1919
Nous autres, civilisations, lançait Paul Valery au dĂ©but du XXe siĂšcle, nous savons maintenant que nous sommes mortelles. » Le coup fut douloureux pour la pensĂ©e occidentale, dĂ©jĂ  Ă©branlĂ©e, Ă  la fin du XIXe siĂšcle, par l’annonce nietzschĂ©enne de la mort consommĂ©e de Dieu. Ainsi, ceux qui ne croyaient plus aux arriĂšre-mondes religieux Ă©ternels devaient s’habituer Ă  Cette citation de Paul ValĂ©ry Nous autres, civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles. , fait partie des plus belles citations et pensĂ©es que nous vous proposons de Paul ValĂ©ry. Partager cette citation Vous trouverez ci-dessous des illustrations de cette citation de Paul ValĂ©ry que vous pouvez facilement tĂ©lĂ©charger ou publier directement sur vos rĂ©seaux sociaux prĂ©fĂ©rĂ©s tels que Facebook, Twitter, Instagram ou Pinterest. Citations similaires Dans les citations ci-dessous vous trouverez des citations similaires Ă  la citation de Paul ValĂ©ry Nous autres, civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles. , contenant les termes autres, civilisations et savons. Voir d'autres citations d'auteurs DĂ©couvrez des centaines d'auteurs cĂ©lĂšbres et toutes leurs citations cĂ©lĂšbres. Baruch Spinoza Francis PICABIA Georges DUHAMEL Jean D'Ormesson Jean GuĂ©henno Jean Rochefort Jean-Paul II Joseph DE MAISTRE Julien GREEN Laure d'AbrantĂšs LĂ©onard de Vinci Serge Gainsbourg Rechercher une citation Nousautres, civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles. Nous sentons qu' une civilisation a la mĂȘme fragilitĂ© qu' une vie . La Crise de l'esprit (1919) de CHRISTELLE ENAULT SĂ©ries d'Ă©tĂ© Les religions ne meurent jamais vraiment PubliĂ© le 22 aoĂ»t 2021 Ă  01h54 - Mis Ă  jour le 24 aoĂ»t 2021 Ă  15h41 RĂ©servĂ© Ă  nos abonnĂ©s RĂ©cit Les religions ne meurent jamais vraiment » 1/6. A l’instar des civilisations, l’histoire regorge d’exemples de cultes autrefois tout puissants puis rĂ©duits Ă  nĂ©ant. Mais le phĂ©nomĂšne religieux semble, lui, toujours bien vivant. Egypte, Egypte, il ne restera de tes pratiques religieuses que des histoires et, pour tes descendants, elles seront sans crĂ©dibilitĂ©. » Cette prophĂ©tie consignĂ©e dans l’AsclĂ©pius latin – un manuscrit rĂ©digĂ© aux alentours du IVe siĂšcle, Ă  l’époque oĂč l’Egypte se trouvait sous la domination de Rome – annonce en rĂ©alitĂ©, avec une implacable luciditĂ©, le devenir tragique de la plupart des religions. Alors qu’elles se prĂ©sentent comme dĂ©positaires de l’éternitĂ© des mondes, elles ne sont pourtant pas Ă©ternelles. Paul ValĂ©ry l’écrivait au sortir de la premiĂšre guerre mondiale Nous autres, civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles. Nous sentons qu’une civilisation a la mĂȘme fragilitĂ© qu’une vie. » Telle est la leçon de l’histoire mĂȘme les empires les plus puissants – celui des Perses, celui des Romains – n’ont su rĂ©sister aux assauts ou Ă  l’usure du temps. Lire le reportage En Iran, sur les traces de l’Empire perse Ce constat peut bien sĂ»r s’appliquer aux religions. A ce titre, exhumer la mĂ©moire des croyances tombĂ©es dans les oubliettes de l’humanitĂ© rĂ©sonne comme une invitation Ă  questionner nos propres certitudes. A l’époque de Babylone la superbe, joyau du dieu Mardouk, qui aurait devinĂ© que cette merveille du monde deviendrait la grande prostituĂ©e » de l’Apocalypse de Jean ? Et, Ă  l’époque oĂč le paganisme Ă©tait la religion officielle d’un Empire romain triomphant, qui aurait pariĂ© sur son interdiction prochaine, au profit du christianisme jadis assimilĂ© Ă  une subversive superstition ? Lire aussi Paul Veyne Constantin, l'inventeur de la chrĂ©tientĂ© De fait, chaque croyant pense que sa religion ne va jamais mourir, qu’elle va durer pour toujours, que ce sont les religions des autres qui vont disparaĂźtre », relĂšve l’historienne Anne Morelli, qui a codirigĂ©, avec Jeffrey Tyssens, un ouvrage sur ce thĂšme Quand une religion se termine
 Facteurs politiques et sociaux de la disparition des religions, EME Editions, 312 pages, 31 euros. Or, poursuit la professeure honoraire Ă  l’UniversitĂ© libre de Bruxelles, la religion est un phĂ©nomĂšne vivant. A ce titre, elle a naturellement une naissance, une phase d’épanouissement et une fin. Lorsque le dĂ©clin se manifeste, des mĂ©canismes communs sont gĂ©nĂ©ralement Ă  l’Ɠuvre ». DiscrĂšte rĂ©sistance Parmi eux, le politique joue un rĂŽle prĂ©pondĂ©rant. Il est bien Ă©vident que lorsqu’il dĂ©cide de faire du christianisme sa religion personnelle, en 312, l’empereur Constantin change drastiquement le cours de l’histoire. Un des principes pouvant expliquer la disparition d’une religion, processus complexe et multifactoriel, rĂ©side dans l’installation d’un nouveau mouvement qui tient progressivement lieu de pĂŽle religieux de rĂ©fĂ©rence », analyse Vincent Mahieu, docteur en histoire des religions, dans le mĂȘme livre. Les hommes se convertissent, les bĂątiments Ă©galement. C’est ainsi que le PanthĂ©on de Rome, dĂ©diĂ© autrefois Ă  toutes les divinitĂ©s paĂŻennes, devient chrĂ©tien. Il vous reste de cet article Ă  lire. La suite est rĂ©servĂ©e aux abonnĂ©s. Nousautres, civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles. Sam 11 Nov - 11:38 par Morgan Kane: De Paul Valery, aprĂšs la premiĂšre guerre mondiale : Nous autres, civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles. Nous avions entendu parler de mondes disparus tout entiers, d’empires coulĂ©s Ă  pic avec tous leurs hommes et tous leurs 30 janvier 2013 3 30 /01 /janvier /2013 0907 Civilisations, nous sommes mortelles ! Reste Ă  le » savoir comme le prĂ©cisait Paul ValĂ©ry dans VariĂ©tĂ©s Nous autres, civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles. » Et j'ose ajouter reste Ă  savoir si nous ne sommes pas dans la derniĂšre phase. Il n'est pas d’Ɠuvre humaine qui ne soit condamnĂ©e Ă  pĂ©rir. Cela va du moindre Ă©crit comme celui-ci Ă  la civilisation dans laquelle il s'insĂšre. Et les exemples ne manquent pas dans le monde. Celui qui aurait prĂ©dit au soir du 15 novembre 1532 que l'empire inca disparaĂźtrait sous les coups de douze Espagnols aurait risquĂ© sa vie. Le 16 au soir... On pourrait multiplier les exemples. Byzance, son empire et sa civilisation tombĂšrent en 1453 au milieu de querelles byzantines ». Vraie ou arrangĂ©e, nous est restĂ©e celle portant sur le sexe des anges ». Alors, la France de 2013 ? Comment ne pas ĂȘtre frappĂ© des similitudes internes avec les derniĂšres Ă©lucubrations de cette minoritĂ© de minoritĂ© et de ce gouvernement, dont on ne sait plus qui supporte l'autre, qui est la corde, qui est le pendu ? Comment ne pas ĂȘtre frappĂ© des similitudes externes au moment oĂč aujourd'hui, le mĂȘme gouvernement relance la question du droit de vote des Ă©trangers, alors qu'il subit et abandonne les zones de non-droit Ă  une nouvelle fĂ©odalitĂ© barbare ? Oui, les civilisations meurent. Elles meurent par la concomitance de fĂȘlures internes et externes qui en atteignent les Ɠuvres vives, maquillĂ©es par un hideux replĂątrage. Elles meurent Ă  cause des mannequins tonitruants aux pieds d'argile. Elles laissent des traces, et d'autres les remplacent. Elles meurent, soit parce qu'elles ont fait leur temps, soit parce qu'on n'a pas voulu traiter quand cela Ă©tait encore possible. Une civilisation Ă  visage humain Elisabeth KĂŒbler-Ross, dont les travaux font autoritĂ©, dĂ©gage cinq stades successifs lorsqu'un diagnostic fatal est annoncĂ© aux humains que nous sommes le dĂ©ni, la colĂšre, le marchandage, la dĂ©pression, l'acceptation. Reste Ă  savoir comment une sociĂ©tĂ© se comporte en la matiĂšre. Reste Ă  rĂ©flĂ©chir, peut-ĂȘtre Ă  agir. Agir, c'est avoir acceptĂ© d'entendre, c'est faire le bilan des possibles sans se masquer les impossibles, c'est, prendre l'une des voies ouvertes aprĂšs le stade d'acceptation laisser-aller, s'y diriger bravement, lĂ©guer pour que le tĂ©moignage perdure. Ici encore, les exemples historiques ne manquent pas, mais mieux vaut y rĂ©flĂ©chir que d'alourdir ce texte. Mieux vaut faire le bilan... sans nĂ©gliger l'espoir, mais sans s'y accrocher aveuglĂ©ment. Une conclusion provisoire C'est en ce sens qu'il faut comprendre les dĂ©parts, les envies de dĂ©part, ou au contraire les envies de rĂ©sistance, d'enracinement, les affirmations, parfois pĂ©tries de courage, parfois pures rodomontades. C'est en ce sens qu'il faut revoir les raisons que lancent haut et fort un Depardieu, les alibis financiers d'un Arnault et de tant d'autres intouchables. C'est en ce sens que nous continuerons. Published by Pierre-François GHISONI - dans LES PLONGEES DE L'ABSURDE
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StephanA. Brunel Administrateur civil, Ă©crivain L’ùre des grandes migrations et les criminels qui ont ouvert nos frontiĂšresL’oligarchie des ectoplasmes et des crĂ©tins : la fin de la culture gĂ©nĂ©raleIls prendront nos Ă©glises car nous ne savons pas les dĂ©fendre « Nous autres civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles. » Quand Paul ValĂ©ry Ă©crit Agonie ou renaissance de la civilisation europĂ©enne » L’Europe deviendra-t-elle ce qu’elle est en rĂ©alitĂ©, c’est-Ă -dire . un petit cap du continent asiatique Paul valĂ©ry, variĂ©tĂ© 1 -1924 Nous autres, civllisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles ». Cette phrase, oh combien cĂ©lĂšbre, dĂ©bute le texte VariĂ©tĂ© l », dans lequel, quelques pages plus loin, ValĂ©ry se demande s org mondiale dans tous I do Sni* to gĂ©ographie lui assign La barbarie de la pre fauchĂ© des millions d a prééminence a la place que la inent asiatique ». pas seulement pris ceux qui par leur talent participaient au prestige universel de l’Europe, mais a remis fondamentalement en cause les valeurs humanistes qui Ă©clairaient jusqu’alors tous ceux qui dans le monde souhaitaient, par la raison et le respect de l’individu, s’engager dans l’aventure du progrĂšs humain. Pour ValĂ©ry, il ne faut ni dĂ©sespĂ©rer, ni espĂ©rer, mais comprendre. Cette interrogation se veut bien davantage un rĂ©veil de l’esprit europĂ©en qu’une prĂ©vision pessimiste. Comprendre ce qui a fait que ce continent exigu a Ă©nĂ©rĂ© une civilisation servant de rĂ©fĂ©rence universelle et ce qui peut faire craindre qu’elle ne finisse plus par n’ĂȘtre qu’un petit territoire regroupant une population ne se distinguant du reste du monde que par sa faiblesse numĂ©rique. La mĂȘme question est posĂ©e aujourd’hui, et, ironie d de l’Histoire, au moment oĂč tous les regards, inquiets ou fascinĂ©s, se tournent vers l’Asie. Nous nous la poserons donc de la mĂȘme façon, d’abord en tentant de comprendre ce qui a donnĂ© ce lustre universel Ă  la civilisation europĂ©enne et ensuite ce qui peut faire raindre sinon sa dĂ©cadence du moins sa banalisation. L’Europe, moteur de l’histoire mondiale. Une telle formule pourrait ĂȘtre prise Ă  la fois comme une Ăąnerie -toutes les civilisations ont une histoire propre, entre autres avant que l’Europe ne les influence- et comme la marque d’une arrogance ethnocentrique, occultant que l’Europe s’est largement alimentĂ©e des autres cultures. Cependant, si l’on entend Histoire dans le sens du changement continuel des structures fondamentales d’une civilisation, non seulement l’Europe se singularise nettement des autres, dont l’évolution trĂšs lente ut souvent proche de la stagnation, mais ces civilisations sont entrĂ©es dans le changement au contact de l’Europe et de plus, en l’imitant, s’en inspirant ou la combattant, bref en la prenant comme modĂšle attractif ou rĂ©pulsif. Que les EuropĂ©ens aient pendant longtemps considĂ©rĂ© qu’ils civilisaient les autres peuples Ă©tait bien sĂ»r la manifestation de leur ethnocentrisme et de leur ignorance. Il reste que l’acculturation rĂ©ciproque entre [Europe et le reste du monde s’est traduite par l’europĂ©anisation progressive de la planĂšte. MalgrĂ© l’or ou les patates, l’Europe n’est pas indienne, mais l’AmĂ©rique du sud est latine, chrĂ©tienne et ne cesse de se battre pour plus de dĂ©mocratie, voire de socialisme. MĂȘme en Ă©vita latine, chrĂ©tienne et ne cesse de se battre pour plus de dĂ©mocratie, voire de socialisme. MĂȘme en Ă©vitant la colonisation, des cultures aussi puissantes que celle d’Asie justement, comme le Japon et la Chine, sortirent de leur torpeur traditionnelle pour copier, avec plus ou moins de bonheur le modĂšle europĂ©en. La dĂ©mocratie et le socialisme, la science et les techniques et mĂȘme a culture d’origine europĂ©enne sont ou plaquĂ©es ou intĂ©grĂ©es selon les domaines. Des orchestres symphoniques chinois ou japonais jouent les ƒuvres de Mozart ou de Beethoven, les jeunes Ă©coutent la musique anglaise ou amĂ©ricaine, alors que l’opĂ©ra No est un exotisme qui risque peu de remplir le Zenith et n’est plus qu’un exotisme archaĂŻque pour les Japonais eux- memes. On pourrait bien sĂ»r Ă©numĂ©rer les emprunts de l’Europe – la poudre, la boussole, les techniques d’irrigation, la soie, le thĂ© etc
 -, mais lĂ  est peut-ĂȘtre le cƓUr de la distinction. D’un cĂŽtĂ©, emprunts matĂ©riels, de l’autre diffusion de valeurs et de principes. Ceux-ci permettant d’ailleurs Ă  l’Europe de progresser aussi dans le domaine matĂ©riel et de devenir lĂ  aussi dominante, en particulier Ă  partir de la rĂ©volution industrielle. Cette hĂ©gĂ©monie matĂ©rielle participe dĂ©sormais Ă  la diffusion du modĂšle culturel, et mĂȘme l’accĂ©lĂšre tout au long du XXĂšme siĂšcle, mais en modifiant, voire pervertissant, cette diffusion, nous y reviendrons dans la deuxiĂšme partie. Une Ă©nergie plus qu’une force de frappe. Le constat fait par ValĂ©ry de l’étroitesse territoriale de FEurope, ? quoi il faudrait joindre sa faiblesse dĂ©mo ValĂ©ry de l’étroitesse territoriale de l’Europe, Ă  quoi il faudrait joindre sa faiblesse dĂ©mographique relative, n’est pas nouveau. Il serait donc sans pertinence d’attribuer cette hĂ©gĂ©monie universelle Ă  une expansion physique de l’Europe, sinon en fin de pĂ©riode, oĂč justement son influence spirituelle » s’affaiblit ou est contestĂ©e. On peut mĂȘme avancer que chaque fois qu’il y a eu vellĂ©itĂ© d’expansion physique, il y a eu Ă©chec La GrĂšce prĂšs Alexandre, l’Espagne aprĂšs Philippe Il, le rĂȘve impĂ©rial de NapolĂ©on, pour ne prendre que quelques exemples. Mais ces Ă©checs permettent, en creux, de voir que Pinfluence est d’une autre nature. Ainsi, pour reprendre les exemples, l’impact de la pensĂ©e grecque, du christianisme et des idĂ©es de la RĂ©volution française est IndiffĂ©rent Ă  ces Ă©checs et dĂ©clins. Jailleurs la domination physique, qui n’a rien de singulier Ă  l’Europe, aurait davantage fait hair et rejeter que fasciner et imiter. Ce n’est donc pas la puissance matĂ©rielle, au demeurant bien faible, mais Ă©nergie crĂ©atrice d’idĂ©es neuves qui explique cette hĂ©gĂ©monie europĂ©enne. Mais cette Ă©nergie ne doit Ă©videmment rien Ă  une quelconque spĂ©cificitĂ© gĂ©nĂ©tique des EuropĂ©ens. En outre ce moteur crĂ©atif ne concerne jamais l’Europe dans son ensemble, mais au contraire est le fait d’une infime minoritĂ© dans un territoire trĂšs limitĂ© AthĂšnes du VĂšme siĂšcle avant JC, Rome, les villes italiennes et flamandes de la Renaissance, la France des LumiĂšres et de la RĂ©volution, l’Angleterre de la rĂ©volution capitaliste etc. En fait, ces Ă©tincelles » intelle PAGF Nicette jeunesse, ni ses juges n'accordaient plus le moindre crĂ©dit au dire de Paul ValĂ©ry, quand la premiĂšre guerre mondiale avait dĂ©jĂ  paru secouer notre monde sur ses bases : « nous autres civilisations, nous savons maintenant que nous somme mortelles ». Cette formule trop frappĂ©e est' devenue une vieille scie. Le goĂ»t aujourd'hui n'est plus de l'invoquer bouch» bĂ©e, c'est de la Nous autres, civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles ». Cette citation du poĂšte Paul Valery illustre parfaitement la pĂ©riode actuelle puisque l’humanitĂ© est confrontĂ©e Ă  une crise affectant tous les domaines de son existence, crise financiĂšre, Ă©conomique, sociale, politique, Ă©nergĂ©tique, technique, Ă©cologique, anthropologique...Cette crise n’est d’ailleurs pas seulement globale mais systĂ©mique, au sens oĂč quelque chose fait lien entre ses multiples facettes. Ce qui fait lien ce n’est pas tant que la sociĂ©tĂ© a sombrĂ© dans la dĂ©mesure, mais le fait que le paradigme fondateur de la civilisation marchande soit entrĂ© lui-mĂȘme en dissonance. Nous crevons tout autant de la victoire du processus de marchandisation, qui a conduit, depuis deux siĂšcles, Ă  rendre marchand tout ce qui pouvait l’ĂȘtre, qu’à l’impossibilitĂ© structurelle de ce mĂȘme processus de se poursuivre crise systĂ©mique n’est donc pas seulement une crise des mĂ©faits, bien rĂ©els, de la marchandisation mais un blocage structurel liĂ© Ă  la logique de marchandisation sommes donc face Ă  un grand mouvement de dĂ©marchandisation, malgrĂ© les efforts constants pour remarchandiser ce qui l’était moins grĂące aux conquĂȘtes sociales. La marchandisation appartient donc probablement au passĂ©, mĂȘme si nous n’en avons pas encore pleinement conscience, mĂȘme si nous ne sommes pas prĂȘts d’en finir avec le capitalisme, surtout qu’il pourrait trĂšs bien parvenir Ă  ouvrir de nouveaux champs Ă  la marchandise avec l’anthropocĂšne transhumaniste. La marchandisation est donc un passĂ© qui n’en a peut ĂȘtre pas fini, mais dont les dommages ne pourront que croĂźtre s’il s’obstine encore Ă  obstruer l’horizon historique et Ă  noyer nos vies dans les eaux glacĂ©es du calcul Ă©goĂŻste selon l’heureuse formule de Marx. Ce moment prĂ©sent est pourtant celui d’une relĂšve possible de ce principe qui se meurt en tant que paradigme dominant par un nouveau principe que le systĂšme voudrait refouler de sa vision. Albert Einstein disait que tant qu’on a la tĂȘte sous forme d’un marteau on perçoit tous les problĂšmes sous forme de clou. Tant que nous aurons la tĂȘte formatĂ©e par les globalivernes qui prĂ©sident Ă  la vision dominante du monde nous resterons dans l’incapacitĂ© de saisir ce qui se dĂ©veloppe. Nous devons donc redevenir des voyants comme nous y incitait Arthur nouvel Ăąge qui sonne Ă  la porte de l’humanitĂ© porte le joli nom de gratuitĂ©, ou, pour le dire de façon plus savante, de dĂ©fense et d’extension de la sphĂšre de la gratuitĂ©, car cette gratuitĂ© n’a jamais totalement disparu, mĂȘme au sein du versus marchandisation, deux gĂ©ants aux prises depuis des siĂšcles et dont nous retracerons sommairement l’histoire. GratuitĂ© versus marchandisation, deux plaques tectoniques dont les mouvements dĂ©gagent sous nos yeux de nouveaux continents. Nous partirons donc Ă  la dĂ©couverte des Ăźlots de gratuitĂ©. Nous nous demanderons quel rapport cette marche vers la sociĂ©tĂ© de la gratuitĂ© entretient avec l’idĂ©e galopante d’un revenu gratuitĂ©, dont je parle, est, bien sĂ»r, une gratuitĂ© construite, Ă©conomiquement construite, socialement construite, culturellement construite, politiquement, construite, Ă©cologiquement construite, juridiquement construite, anthropologiquement construite, etc. Il ne s’agit donc pas simplement de ces gratuitĂ©s naturelles » comme le soleil ni mĂȘme de ces gratuitĂ©s premiĂšres comme l’amour, l’amitiĂ©, la gentillesse, la solidaritĂ© qui donnent pourtant du prix Ă  la gratuitĂ©s, que j’évoque, se dĂ©veloppent avec le retour des communs, dont la forme peut ĂȘtre celle des services publics Ă  la française, ou, des nouveaux espaces de gratuitĂ© qui embellissent nos villes, boites Ă  livres, jardins partagĂ©s, dĂ©coration florale
Cette gratuitĂ© n’est pas la poursuite du vieux rĂȘve mensonger Demain, on rase gratis » ; elle ne croit plus aux lendemains qui chantent » car elle veut justement chanter au prĂ©sent ; elle ne promet pas une libertĂ© sauvage d’accĂšs aux biens et services, mais relĂšve d’une grammaire, avec ses grandes rĂšgles et ses exceptions. PremiĂšre rĂšgle la gratuitĂ© ne couvre pas seulement les biens et services qui permettent Ă  chacun de survivre comme l’eau vitale et le minimum alimentaire, elle sĂ©tend, potentiellement, Ă  tous les domaines de l’existence, y compris le droit au beau, le droit Ă  la nuit, le droit Ă  prendre part Ă  la culture et Ă  la politique. DeuxiĂšme rĂšgle si tous les domaines de l’existence ont vocation Ă  ĂȘtre gratuits, tout ne peut ĂȘtre gratuit dans chacun des domaines, et, pas seulement pour des raisons de rĂ©alisme comptable, mais parce que la gratuitĂ© est le chemin qui conduit Ă  la sobriĂ©tĂ©. TroisiĂšme rĂšgle le passage Ă  la gratuitĂ© suppose de transformer les produits et service prĂ©existants dans le but d’augmenter leur valeur ajoutĂ©e sociale, Ă©cologique et trois rĂšgles se rejoignent au sein d’un nouveau paradigme gratuitĂ© du bon usage face au renchĂ©rissement du mĂ©susage. Ces trois rĂšgles n’épuisent, bien sĂ»r, pas tous les dĂ©bats. Est-il possible de dĂ©montrer que la gratuitĂ©, loin de provoquer l’irresponsabilitĂ© dont on l’accuse, fait partie des solutions anti-gaspillage ? Comment s’opposer Ă  ceux qui clament que la gratuitĂ© aboutira au renforcement de Big-Brother et de Big-Mother, au contrĂŽle soupçonneux d’un cĂŽtĂ© et Ă  l’assistanat liberticide d’un autre ? Pourquoi la gratuitĂ© serait-elle plus efficace que les tarifs sociaux ? Cet ouvrage rĂ©pondra, sans faux fuyants, Ă  toutes les questions que se posent lĂ©gitimement les citoyens et les contribuables, car il faut bien lever les peurs, savamment entretenues, pour rouvrir le champ des possibles et avancer vers la voyage nous conduira Ă  la dĂ©couverte gourmande des mille et une expĂ©riences de gratuitĂ© qui fleurissent aujourd’hui gratuitĂ© de l’eau, de l’énergie, de la restauration scolaire, des services culturels, bibliothĂšques comme musĂ©es, des Ă©quipements sportifs, des services funĂ©raires, de la santĂ©, de l’enseignement, du logement, des transports en commun scolaires et urbains, de l’accĂšs aux services juridiques et aux donnĂ©es publiques, de la participation politique, des parcs et jardins publics, des espaces de jeux, de l’embellissement des villes, du numĂ©rique
Ce voyage fraye aussi des chemins plus escarpĂ©s pour passer de ces Ăźlots de la gratuitĂ© Ă  des archipels puis, demain, Ă  un continent. J’ai l’espoir que tous ces petits bouts de gratuitĂ© finiront par cristalliser, donnant naissance Ă  une nouvelle civilisation, laquelle cohabitera longtemps avec un secteur marchand de la mĂȘme façon qu’existent encore, aujourd’hui, des formes de vie prĂ©capitalistes. J’ai envie de croire, et j’ai de bonnes et de belles raisons pour cela, que cette sphĂšre de la marchandise dĂ©clinera jusqu’à disparaitre. Mais la gratuitĂ© ne fera sociĂ©tĂ© que si elle terrasse les quatre cavaliers de l’Apocalypse qui menacent l’humanitĂ© et la planĂšte, que si elle permet de commencer Ă  sortir de la marchandisation de la monĂ©tarisation, de l’utilitarisme, de l’économisme, que si elle nous conduit au-delĂ  de la logique des besoins et de la proposition paraĂźtra iconoclaste Ă  l’heure oĂč les tenanciers du capitalisme rĂ©pĂštent en boucle que ce qui serait sans valeur marchande perdrait humainement toute valeur, comme si l’amour et l’amitiĂ© n’existaient dĂ©jĂ  pas pour eux ; Ă  l’heure aussi oĂč la crise Ă©cologique leur sert de prĂ©texte pour Ă©tendre la sphĂšre de la marchandisation, selon les principes du pollueur-payeur » et de l’utilisateur payeur » en attendant que l’anthropocĂšne transhumaniste ne clore dĂ©finitivement ce dĂ©bat. Je sais bien qu’il reste des Bastille Ă  prendre mais nous n’y parviendrons qu’en brisant les images qui claquemurent nos vies. Ce voyage est un hymne au plus Ă  jouir » qu’offrira la gratuitĂ©, il dĂ©bouchera sur la sociĂ©tĂ© des usagers maĂźtres de leurs usages. Nous n’assistons pas seulement Ă  l’accouchement d’un nouveau monde car nous en sommes collectivement les vĂ©ritables acteurs. Le paradoxe veut que nous n’en soyons pas conscients car nous manquons d’outils intellectuels et de la sensibilitĂ© permettant de percevoir et de comprendre ce qui Ă©merge comme le signe annonciateur, une Ă©piphanie prometteuse, d’un autre futur. L’époque nous rend victimes d’un double tropisme aveuglant. Nous ne parvenons plus Ă  croire ce que nous savons car le dĂ©ni s’avĂšre ĂȘtre le principe structurant de nos existences collectives. Chacun sent bien que le capitalisme nous conduit dans le mur et pourtant nous continuons Ă  avancer comme si nous Ă©tions indiffĂ©rents au devenir du monde et Ă  celui de nos enfants. Le philosophe Pascal Ă©voquait la façon dont les multiples activitĂ©s nous distraient du sentiment de notre propre finitude. Ce refoulement s’est Ă©tendu aux menaces qui pĂšsent sur le devenir mĂȘme du genre humain compte tenu du risque d’effondrement. L’appel Ă  la responsabilitĂ© s’avĂšre d’une piĂštre utilitĂ© face au pĂ©ril. Ce constat pessimiste oblige Ă  refermer l’illusion des lumiĂšres l’accĂšs au savoir est bien une condition prĂ©alable Ă  l’émancipation mais il n’en est pas la condition. Comme l’écrit Gilles Deleuze, seul le dĂ©sir est rĂ©volutionnaire et la gratuitĂ© fonctionne au second blocage est tout aussi terrifiant puisque nous constatons que croire ce que l’on sait ne suffit pas toujours Ă  agir. Je ne parle mĂȘme pas ici d’une action rĂ©flĂ©chie et efficace. Le rĂ©quisitoire est Ă©tabli depuis si longtemps qu’il en est devenu assommant, au point de susciter la paralysie et le cynisme. Le sentiment d’impuissance Ă©teint les lumiĂšres dans nos tĂȘtes. La gratuitĂ© bouscule ce schĂ©ma mortifĂšre en introduisant d’autres formes d’intelligence. L’intelligence rationnelle conserve toute sa part et cet ouvrage apportera les informations, les analyses, les concepts qui sont autant de joyaux pour penser la transition. L’intelligence du cƓur est sollicitĂ©e car nous avons tous/toutes la gratuitĂ© chevillĂ©e au cƓur en raison de sa charge Ă©motionnelle liĂ©es Ă  nos relations amoureuses, amicales, affectives, bĂ©nĂ©voles. L’intelligence pratique s’avĂšre Ă©galement de l’ouvrage car la gratuitĂ© est d’abord du domaine du faire et d’un faire collectif. Ces intelligences de la raison, du cƓur et de la main s’épanouissent mieux en sociĂ©tĂ©, car la gratuitĂ© ne s’expĂ©rimente jamais seul. La gratuitĂ© s’oppose Ă  toute robinsonnade puisqu’elle fait sociĂ©tĂ©.

Nous autres civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles ». La phrase de Paul ValĂ©ry figure-t-elle au menu du jour ? À nouveau mal, mots nouveaux. Hier le rouge et le noir, aujourd’hui le rouge et le vert, deux couleurs primaires et complĂ©mentaires. Rouge danger et interdiction. Mais Ă©galement rouge Ă©nergie et rĂ©volte. Vert pharmacie, espĂ©rance et

Ne nous laissons pas prendre par le discours culpabilisant de gouvernements dont les discours martiaux du style "nous sommes en guerre" cachent de plus en plus mal qu'ils ont failli Ă  leur tĂąche. Car cette image mĂȘme fait penser Ă  nos brillants stratĂšges des deux conflits mondiaux qui menaient une guerre selon les principes de la prĂ©cĂ©dente les causes des Ă©vĂšnements actuels, ce sont les rĂ©ductions budgĂ©taires qui, en Italie comme en France, ont conduit Ă  la faillite de systĂšmes hospitaliers qui Ă©taient parmi les meilleurs du monde, au nom du sacro-saint pacte de stabilitĂ© ; ce sont des pratiques d'Ă©vasion fiscale tolĂ©rĂ©es par les Gouvernements et par l'Union EuropĂ©enne qui ont englouti des hĂŽpitaux et des Ă©coles ; c'est la prioritĂ© aux profits des entreprises qui a conduit Ă  des dĂ©localisations sous des cieux bĂ©nis oĂč le coĂ»t du travail est dĂ©risoire ; c'est la dĂ©pendance qui en rĂ©sulte qui a causĂ© une pĂ©nurie des moyens de protection Ă©lĂ©mentaires, mĂȘme pour le personnel soignant ; c'est la soumission servile de nos soi-disant reprĂ©sentants, qui ne savent mĂȘme plus comment s'Ă©crivent les mots "intĂ©rĂȘt commun", aux lobbies industriels et commerciaux ; c'est l'Ă©goĂŻsme europĂ©en dĂ©jĂ  rĂ©vĂ©lĂ© Ă  l'occasion de la crise de la dette publique, qui va aujourd'hui jusqu'Ă  faire voler par un pays le matĂ©riel sanitaire destinĂ© Ă  un autre. Si cette crise ne conduit pas Ă  une remise en cause de nos fondamentaux Ă©conomiques et financiers, nous pourrons Ă©crire sur le fronton de nos mairies, en lieu et place de la devise de la RĂ©publique, cette phrase de Paul ValĂ©ry "Nous autres, civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles". Car ce qui provoque l'effondrement des civilisations, c'est la sclĂ©rose d'institutions qui ne peuvent plus rĂ©pondre Ă  de nouveaux dĂ©fis. Et Paul ValĂ©ry ajoute "les circonstances qui enverraient les Ɠuvres de Keats et celles de Baudelaire rejoindre les Ɠuvres de MĂ©nandre ne sont plus du tout inconcevables. Elles sont dans les journaux".Et maintenant, l'article d'Attac ItalieUne des stratĂ©gies les plus efficaces mises en Ɠuvre dans toute situation d'urgence par les pouvoirs forts consiste Ă  culpabiliser les individus pour obtenir d'eux qu'ils intĂ©riorisent la narration dominante sur les Ă©vĂ©nements en cours, afin d'Ă©viter toute forme de rĂ©bellion envers l'ordre stratĂ©gie a Ă©tĂ© largement mise en Ɠuvre dans la derniĂšre dĂ©cennie avec le choc de la dette publique, prĂ©sentĂ© comme la consĂ©quence de modes de vie dĂ©raisonnables, oĂč l'on vivait au-dessus de ses moyens sans faire preuve de responsabilitĂ© envers les gĂ©nĂ©rations Ă©tait d'Ă©viter que la frustration due Ă  la dĂ©gradation des conditions de vie de larges couches de la population ne se transforme en rage contre un modĂšle qui avait donnĂ© la prioritĂ© aux intĂ©rĂȘts des lobbies financiers et des banques sur les droits des bien cette stratĂ©gie qu'on est est en train de dĂ©ployer dans la phase la plus critique de l'Ă©pidĂ©mie de a mis le roi Ă  nu et fait ressortir toutes les impostures de la doctrine systĂšme sanitaire comme celui de l'Italie, qui jusqu'il y a dix ans Ă©tait l'un des meilleurs du monde, a Ă©tĂ© sacrifiĂ© sur l'autel du pacte de stabilitĂ© des coupes budgĂ©taires d'un montant global de 37 milliards et une rĂ©duction drastique du personnel moins personnes, entre mĂ©decins et infirmiĂšres, avec pour brillant rĂ©sultat la disparition de plus de lits d'hĂŽpital – ce qui veut dire, s'agissant de la thĂ©rapie intensive de dramatique actualitĂ©, qu'on est passĂ© de 922 lits pour habitants en 1980 Ă  275 en cela dans le cadre d'un systĂšme sanitaire progressivement privatisĂ©, et soumis, lorsqu'il est encore public, Ă  une torsion entrepreneuriale obsĂ©dĂ©e par l'Ă©quilibre la mise Ă  nu du roi soit partie de la Lombardie est on ne peut plus illustratif cette rĂ©gion considĂ©rĂ©e comme le lieu de l'excellence sanitaire italienne est aujourd'hui renvoyĂ©e dans les cordes par une Ă©pidĂ©mie qui, au cours du drame de ces derniĂšres semaines, a prouvĂ© la fragilitĂ© intrinsĂšque d'un modĂšle Ă©conomico-social entiĂšrement fondĂ© sur la prioritĂ© aux profits d'entreprise et sur la prééminence de l'initiative remettre en question ce modĂšle, et courir ainsi le risque que ce soit tout le chĂąteau de cartes de la doctrine libĂ©rale qui s'Ă©croule en cascade ? Du point de vue des pouvoirs forts, c'est ainsi dĂ©marre la phase de culpabilisation des n'est pas le systĂšme sanitaire, dĂ©-financĂ© et privatisĂ© qui ne fonctionne pas ; ce ne sont pas les dĂ©crets insensĂ©s qui d'un cĂŽtĂ© laissent les usines ouvertes et encouragent mĂȘme la prĂ©sence au travail par des primes et de l'autre rĂ©duisent les transports, transformant les unes et les autres en lieux de propagation du virus ; ce sont les citoyens irresponsables qui se comportent mal, en sortant se promener ou courir au parc, qui mettent en pĂ©ril la rĂ©sistance d'un systĂšme efficace par chasse moderne, mais trĂšs ancienne, au semeur de peste est particuliĂšrement puissante, car elle interfĂšre avec le besoin individuel de donner un nom Ă  l'angoisse de devoir combattre un ennemi invisible ; voilĂ  pourquoi dĂ©signer un coupable les irresponsables », en construisant autour une campagne mĂ©diatique qui ne rĂ©pond Ă  aucune rĂ©alitĂ© Ă©vidente, permet de dĂ©tourner une colĂšre destinĂ©e Ă  grandir avec le prolongement des mesures de restriction, en Ă©vitant qu'elle ne se transforme en rĂ©volte politique contre un modĂšle qui nous a contraints Ă  la compĂ©tition jusqu'Ă  Ă©puisement sans garantir de protection Ă  aucun de Ă  nous comporter de façon responsable et faisons-le avec la dĂ©termination de qui a toujours Ă  l'esprit et dans le cƓur une sociĂ©tĂ© commençons Ă  Ă©crire sur tous les balcons Nous ne reviendrons pas Ă  la normalitĂ©, car la normalitĂ©, c'Ă©tait le problĂšme. »Pour ceux qui lisent l'Italien, le lien avec le texte original

La crise de l’esprit », Paul ValĂ©ry « Nous autres, civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles », c’est ce qu’affirme ValĂ©ry dans sa premiĂšre lettre de La Crise de l’esprit. Avec cette citation, nous pouvons rendre compte de l’état d’esprit de l’auteur, qui se veut rassurant, sans ĂȘtre rassurĂ©. 6qxq.