Ilrejoint ensuite la direction générale du Printemps Haussmann et crée le nouvel espace Luxe et accessoires. En 2010, il ouvre avec Hugues Pouget la première boutique Hugo & Victor à Paris. Stéphane de Bourgiesdémarre son activité de photographe à 16 ans, en couvrant la plupart des défilés parisiens. Après avoir travaillé avec de
La direction d'Orange vient d'annoncer, en Comité d'établissement réuni jeudi 20 février dernier à Orléans, un nouveau plan de réduction de sa voilure fermeture de 3 boutique en Normandie celle de Gonfreville-l’Orcher, celle de Cherbourg, et la boutique historique du Centre ville de Dieppe. Ainsi après avoir supprimé sa boutique itinérante sur les marchés, il y a 10 ans, fermé ses boutique à Gournay-en-Bray puis à Neufchatel-en-Bray, il y a quelques années, puis celle de la Ville-d'Eu l'an dernier, elle s'attaque à l'une de des deux boutiques de Dieppe. Il ne resterait donc bientôt plus que celle du Belvédère. Arguments économiques "de choc" de la direction => Votre boutique est rentable ? Alors fermeture ! => Votre boutique manque d’effectif ? Alors Fermeture ! La direction veut fermer la boutique rue Victor-Hugo, qui ne serait "pas bien placée", pour pousser un "partenaire", sans doute une "franchise", à en ouvrir une autre Grand'rue ou rue de la Barre. En fait, la direction de l'entreprise continue sa politique de "Grève patronale de l'embauche"; c'est à dire qu'elle refuse de remplacer des départs en retraite qui sont massifs dans l'entreprise aujourd'hui. On sait que le PDG d'Orange, Stéphane Richard => Est un proche de Gattaz, le dirigeant du Medef, le patron des patrons. => Est un ancien proche de Dominique Strauss-Kahn, dont il a été chef de cabinet, => A été placé à la direction d'Orange par Sarkozy. => A été maintenu par le gouvernement Ayrault-Hollande à la direction d'Orange, => Continue les destructions massives d'emplois, engagée depuis 15 ans. Aujourd'hui, la moitié du personnel d'Orange a plus de 54 ans et demi en Normandie ! Depuis la privatisation de France Telecom en 1997, c'est 70 000 emplois qui y ont été supprimés, au point que l'entreprise qui comptait plus de 160 000 salariés en France en 1997, en comptait moins de 90 000 en 2013 ! Il y avait 250 salariés dans la région dieppoise; il en reste à peine une centaine aujourd'hui. Aujourd'hui, la modernisation du réseau patine ! Le débit Internet est très faible dans de nombreux secteurs de la région dieppoise sauf si les mairies, donc les impôts locaux, se substituent à l'opérateur, pour moderniser le réseau en achetant des équipements ADSL. La direction préfère "franchiser" les boutiques rentables, c'est à dire transférer la gestion à un petit commerçant, dans un souci prétendument stratégique, mais surtout d'ultra-rentabilité. La CGT rappelle que le coût du capital est exorbitant chez Orange . => Le bénéfice net par action est de 1€, => alors que le dividende versé par action est de 0,8€; => c’est dire si le Coût du capital » est lourd et pesant chez Orange ! L'argent existe donc pour embaucher ! Mais embaucher le mot est tabou chez les patrons ! Or l’État schizophrène qui prétend pourtant, main sur le coeur et droit dans les yeux, que la lutte contre le chômage serait sa priorité, est l'actionnaire principal d'Orange. En parfait accord avec les gros actionnaires bancaires, il préfère pomper la substance de l’entreprise, plutôt que remplacer les départs en retraite avec des embauches de jeunes. Il parait que Matignon est "pour" embaucher, mais Bercy est "contre" ! Allez comprendre ! "Excusez du peu", mais prélever 0,38€ d’euros de dividende par action, permettrait de créer 15000 emplois en France !... Et donc de satisfaire les besoins en Internet et en débit mobile des clients, de les dépanner dans les 24 heures, etc... Avec la "Franchise", le consommateur lésé Le problème avec une "boutique franchisée" Orange, c'est qu'elle ne fait pas tout ce que fait une "boutique intégrée" Orange. Car le commerçant franchisé n'a pas de temps à perdre avec les problèmes techniques, et le service après vente, même si dans les boutiques intégrées la direction fait la "chasse aux temps morts", la "chasse aux clients ventouse" et fait pression sur les salariés pour réduire le temps consacré au client ! Mais l'objectif unique et vital du commerçant franchisé c'est la vente, et cela se comprend, car il a besoin de survivre ! Il n'y a que "dans tes rêves" que le client est roi ! Avec la fermeture d'une fermeture de boutique intégrée, c'est donc moins de service en perspective. "Mais non !", prétend la direction d'Orange "On peut tout faire sur Internet" ! Mais encore faut-il avoir Internet, ce qui n'est pas le cas de nombreux habitants du secteur allez voir à Hautot-sur-mer, par exemple, où l'on en est encore au Modem 56kbits, celui qui "buibuise" !. Ou alors — prétend-elle — il y a les "plateformes d'appel "tapez-un" tapez-deux" !!! Est-ce la solutions ? Car les consommateurs en ont marre ! Urgent Embaucher des jeunes ! Les élus CGT du CE ont exigé l’ouverture de réelles négociations sur l’emploi, les salaires et les conditions de travail à l’Agence Distribution, unité d'Orange dont dépendent les boutiques, plutôt qu’un énième "Plan schéma directeur" de destruction de boutiques, qui ne fait que boucher l'emploi pérenne aux jeunes, dégrader les conditions de travail et engendrer de la souffrance au travail chez les anciens. A l'opposé de ce qu'on prétend dans la presse et les médias, les élus du personnel et les syndicalistes n'ont pas le pouvoir ! C'est le patron qui est le roi ! Ceux qui ont le pouvoir, c'est le gouvernement, et plus précisément Bercy qui est l'actionnaire principal. Tous ensemble agissons pour maintenir une boutique intégrée Orange, ex-France Telecom, en centre-ville de Dieppe, pour offrir un véritable services aux clients, et un véritable avenir aux jeunes, avec => une vraie convention collective, => un vrai salaire, => des horaires humains, => ... bref un véritable avenir.
Nosboutiques. Trouver une boutique. Rechercher. Paris 6ème - Sèvres - S'y rendre 45 rue de Sèvres 75006 - Paris +33 1 45 54 76 57. Plus d'informations. Lundi : 11h00 - 19h00 Mardi : 10h00 - 19h00 Mercredi : 10h00 - 19h00 Jeudi : 10h00 - 19h00 Vendredi : 10h00 - 19h00 Samedi : 10h00 - 19h00 Dimanche : Fermé. Paris 9ème - Vignon - S'y rendre 40 rue Vignon 75009 - Paris +33 Reminder of your requestDownloading format TextView 1 to 900 on 900Number of pages 900Full noticeTitle La Revue de ParisPublisher La Revue de Paris ParisPublication date 1918-09Relationship textType printed serialLanguage frenchFormat Nombre total de vues 232240Description septembre 1918Description 1918/09 A25,T5-1918/ Collection numérique Arts de la marionnetteDescription Collection numérique Bibliothèque Diplomatique NumériqueDescription Collection numérique Histoire diplomatique généralitésRights Consultable en ligneRights Public domainIdentifier ark/12148/bpt6k17561fSource Bibliothèque nationale de FranceProvenance Bibliothèque nationale de FranceOnline date 15/10/2007The text displayed may contain some errors. The text of this document has been generated automatically by an optical character recognition OCR program. The estimated recognition rate for this document is 96%.LA REVUE DE PARIS REVUE DE PARIS BUREAUX DE LA REVUE DE PARIS LA VINGT-CINQUIÈME ANNÉE TOME CINQUIÈME Septembre-Octobife 1818 PARIS 85 bis, FAUBOURG SAINT-HONORÉ, 85 bis 1918 SOUVENIRS 1 IV LES AILES DE PAPILLON Chaque fois que je passe dans le parc de Neuilly, il me souvient de Clément Sibille comme de l'âme la plus douce que j'aie jamais vue effleurer cette terre. Il achevait, je crois, sa dixième année quand je le connus. Plus vieux d'un an, l'âge me donnait sur lui une supériorité que mes fautes me firent perdre. Le sort ne me le laissa voir qu'un moment et, après tant d'années écoulées, je crois le voir encore dans le feuillage, à travers une grille, quand je traverse le parc de Neuilly. Monsieur et madame Sibille y avaient une demeure où, dans .la belle saison, j'allais avec mes parents passer quelquefois l'après-midi du dimanche. Madame Sibille, qui se nommait Hermance, blanche, menue, souple, les yeux verts, les pommettes larges, le menton pointu, représentait assez bien la chatte métamorphosée en femme et gardant quelques traits de sa première nature. Isidore Sibille, son mari, long et triste, tenait de l'échassier. C'est ainsi que ce couple apparaissait à mon père qui cherchait volontiers, à l'exemple de Lavater, sur les figures humaines une ressemblance animale et en tirait des indices de caractère et de tempérament, mais d'une 1. Voir la Revue de P Weare there in the heart of Paris for you: Space lovers – compared to the size of the Parisian rooms, our rooms overlooking the rue du Rocher (20m²) are relatively spacious.; Lovers of absolute calm: book our rooms on the courtyard side!; Lovers of outdoor space in the city: book our unique terrace room, so you can enjoy an outdoor space of nearly 20m² to relax in the
Accueil > Général > Orange > Paris 16 > Avenue Victor Hugo 163 Orlane Horaires d’ouverture Carte et itinéraire Orange 163 Avenue Victor Hugo, 75116, Paris 16 01 47 04 65 00 Informations Horaires d’ouverture 15 août - 21 août Nocturne Ouverture du dimanche Aucune ouverture du dimanche renseignée Horaires d’ouverture Orange Avenue Victor Hugo 163 à Paris 16. Consultez également les champs réservés aux nocturnes et aux ouvertures du dimanche pour plus d'informations. Utilisez l'onglet Carte et itinéraire » pour planifier l'itinéraire le plus rapide vers Avenue Victor Hugo à Paris 16.
noussommes ravis de vous annoncer que nos boutiques sont dÉsormais toutes ouvertes. elles fonctionnent avec des horaires amenagÉs. nous vous invitons À vous rendre sur plus d’informations sur le fonctionnement des boutiques et leurs horaires d’ouverture. the geolocation service failed. your browser does not support
Boutique Orange Visio - RDV uniquement en visio 1 AVENUE President Nelson Mandela Orange Village Batiment B 94110 ARCUEIL Prendre rendez-vous en tant que S'y rendre Boutique Orange Gdt Châteaufarine - Besançon CENTRE COMMERCIAL GEANT CASINO CHATEAUFARINE RUE LOUIS ARAGON 25000 BESANCON Prendre rendez-vous en tant que S'y rendre Boutique Orange Gdt - Hirson 22 RUE DU GENERAL DE GAULLE GALERIE CHARLEMAGNE 02500 HIRSON Prendre rendez-vous en tant que S'y rendre Boutique Orange Gdt - Chaumont 13 RUE VICTOIRE DE LA MARNE 52000 CHAUMONT Prendre rendez-vous en tant que S'y rendre Boutique Orange Gdt - Aubenas 4 BOULEVARD DE VERNON 07200 AUBENAS Prendre rendez-vous en tant que S'y rendre Boutique Orange Gdt - Arès ROUTE DE BORDEAUX CCIAL LECLERC PORTES DU BASSIN 33740 ARES Prendre rendez-vous en tant que S'y rendre La Petite Boutique Orange - Belley 19 RUE SAINT MARTIN 01300 BELLEY Prendre rendez-vous en tant que S'y rendre Boutique Orange Gdt Centre Co - Bourges CENTRE COMMERCIAL CARREFOUR CHAUSSEE DE CHAPPE 18000 BOURGES Prendre rendez-vous en tant que S'y rendre La Petite Boutique Orange - Thann 45 RUE DE LA PREMIERE ARMEE 68800 THANN Prendre rendez-vous en tant que S'y rendre La Petite Boutique Orange - Forbach 52 RUE NATIONALE 57600 FORBACH Prendre rendez-vous en tant que S'y rendre Boutique Orange Gdt - Montreuil 15 RUE DES LUMIERES CENTRE COMMERCIAL GRAND ANGLE 93100 MONTREUIL Prendre rendez-vous en tant que S'y rendre Boutique Orange Gdt - Fontainebleau 32 RUE DES SABLONS 77300 FONTAINEBLEAU Prendre rendez-vous en tant que S'y rendre Boutique Orange Gdt - Etampes 16 RUE DE LA JUIVERIE 91150 ETAMPES Prendre rendez-vous en tant que S'y rendre Boutique Orange Gdt - St Germain en Laye 12 RUE DE LA SALLE 78100 ST GERMAIN EN LAYE Prendre rendez-vous en tant que S'y rendre Boutique Orange Gdt - Enghien les Bains 63 RUE DU GENERAL DE GAULLE 95880 ENGHIEN LES BAINS Prendre rendez-vous en tant que S'y rendre Boutique Orange Gdt Centre Co - Villefranche de Rouergue CENTRE COMMERCIAL LECLERC ROUTE DE MONTAUBAN 12200 VILLEFRANCHE DE ROUERGUE Prendre rendez-vous en tant que S'y rendre Boutique Orange Gdt - Fougères 39 BOULEVARD DE GROSLAY CENTRE COMMERCIAL CARREFOUR 35300 FOUGERES Prendre rendez-vous en tant que S'y rendre Boutique Orange Gdt - Bagnols sur Cèze 41 RUE LEON ALEGRE 30200 BAGNOLS SUR CEZE Prendre rendez-vous en tant que S'y rendre Boutique Orange Gdt Coupole - Nîmes 22 BOULEVARD GAMBETTA LA COUPOLE DES HALLES 30000 NIMES Prendre rendez-vous en tant que S'y rendre Boutique Orange Gdt Polygone - Béziers 3 CARREFOUR DE L'HOURS CENTRE COMMERCIAL POLYGONE 34500 BEZIERS Prendre rendez-vous en tant que S'y rendre
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SFR à Paris 16e Adresse du point de vente : 111 AVENUE VICTOR HUGO - 75016 Paris 16e Numéro de téléphone : Tags bern, histoire, stéphane, stéphane berne, france, français, la france, secret, télé, animateur, baguette, punaise, camembert, château, célébrité, fromage, journaliste, chien, même, féminisme, féministe, pé, patrimoine, historien, cheval, icône, juil, konbini, marseille, musique, oklm, om, punchline, radio, rap, rappeur, saucisse, secret de lhistoire, stephane bern nourriture cuisine française emblème français nourriture française équitation, télévision, on peut le faire, du vin, droits des femmes 39, les droits des femmes t-shirt stephane bern T-shirt essentielPar AgnusYatesTags orel, orelsan, rap français, 93, 94, booba, sch, hamza, niska, seth gueko, nekfeu, rimk, iam, ntm, rappeur, la haine, grinhe, casseurs flowters, punchline, rap fr, kery james, lino, vald, mc solaar, oxmo puccino, rohff, damso, youssoupha, pnl, tsr, davodka, soprano, lomepal, alkapote, roméo elvis, fabe, gradur Orelsan, basique, simple, 2 T-shirt classiquePar opngooTags cest incroyable mec, incroyable mec, cest incroyable, sch, citation, victor hugo, humour, julius, jvlivs, rap, rappeur, rap français, bande organisée, oui ma gâtée, jul, soso maness, marseille, marché noir, a7, jvlivs 2, sch album, punchline, pnl, ninho, musique, marseillais, vald, nekfeu, damso, booba C'est incroyable mec SCH T-shirt classiquePar FrenchFactoryTags mauvais, décision, avenir, voyage dans le temps, comédien, paradoxe, blague, jeu de mots, idiots, téméraire, yolo, slogan, citation, comédie, punchline, négligent, drôles, humour, blagues, yolos, citations, à terme, comédiens, paradoxes, slogans, calembours, voyageur, voyageurs, les décisions, négligemment, imprudemment, pauvre, on ne vit qu 39 une fois À quel point une décision peut-elle être mauvaise? T-shirt essentielPar TheShirtYurtTags nekfeu, cyborg, feu, rap, punchline, rap contenders, rc, 1995, s crew, lentourage Punchline Nekfeu Sweat à capuche épaisPar PufflayTags punchline, punchlines, punchine, punchline prof, punchline eleve, jimmy punchline, rap punchlines, punchline de prof, punchline comedian, pires punchlines, punchlines in rap, write a rap punchline, accepteer de punchline, les pires punchlines, cómo hacer un punchline, how to make punchlines, punchline comedy channel, punchlines historicos, mejores punchlines fms, how to write a rap punchline, how to write a punchline rap punchline T-shirt classiquePar AllEyesOnTeeTags punchline, meshonek, engrener, georges brassens, brassens Punchline 3 T-shirt essentielPar MeshOneKTags rap, rap français, rap de france, hip hop, punchline, punchline rap français, punchline sur, punchlines sur, qlf, qlf, que la famille, dope, streetwear, sport wear, paris, panam, rap de panam, musique, musique rap, hiphop, 92, 93, 94, banlieue, sevran, textes de rappeurs, lyrics de rappeurs, textes, awa, arab with attitude, arabes avec attitudes, classique, booba, b2oba, 92i, punchlines de booba, punchline de booba, benash, punchline de benash Jus de bagarre pour garder la pèche T-shirt classiquePar redbubblejoTags paris, france, lamour, couple, conception de la france, francophile, français, à la française, thème français, jaime paris, humeur damour, citations inspirantes sur lamour, jour de la saint valentin lesbienne, faites lamour pas la guerre, art de paris, beauté, bâtiments, classique, disco, dj, dope, dubai, leurope, rap français, punchline rap français, marrant, galaxie, hip hop, amour de paris, lamour à paris, madame, branché Pas de Paris madame. 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T-shirt classiquePar MDHAMZ8Tags orelsan, orel, jimmy punchline, rap, punch, punchline, rap français, rappeur, caen, citation, concert, parole, phrase, hip hop, gringe, terre est ronde, civilisation, fête est finie, chant des sirènes, essence, basique Punchline Orelsan T-shirt classiquePar DesignBangerTags orelsan, orel, jimmy punchline, rap, punch, punchline, rap français, rappeur, caen, citation, concert, parole, phrase, hip hop, gringe, terre est ronde, civilisation, fête est finie, chant des sirènes, essence, basique Punchline Orelsan Sweat à capuche légerPar DesignBangerTags freeze corleone, punchline, mms, ldo, nrm, 667, ekip Freeze Corleone punchline T-shirt classiquePar EKIP667Tags punchline, rap, kaaris t-shirt punchline "C’est pas parce que tu ne joues plus que le jeu s’arrête" kaaris T-shirt classiquePar ilpqs12Tags freeze corleone, punchline, mms, ldo, nrm, 667, ekip Freeze Corleone punchline T-shirt classiquePar EKIP667Tags chargement de punchline, blague, slogan, 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textes, awa, arab with attitude, arabes avec attitudes, classique, vald, desacordé, punchline de vald, punchlines de vald Un simple bonjour sauve des mères T-shirt classiquePar redbubblejoTags pnl, rap, rap français, rap de france, hip hop, punchline, punchline rap français, punchline sur, punchlines sur, qlf, qlf, que la famille, dope, streetwear, sport wear, paris, panam, rap de panam, musique, musique rap, hiphop, 92, 93, 94, banlieue, sevran, textes de rappeurs, lyrics de rappeurs, textes, awa, arab with attitude, arabes avec attitudes, classique, sch, sch mathafack, mathafack C'est la faute à la télé - Sch T-shirt classiquePar redbubblejoTags calembour, drôle, coup de poing, punchline, ligne, blague, fête, fruit, pomme, mangue, fraise, orange, banane, ananas, melon Coup de poing T-shirt classiquePar StAmzTags punchline, équipage, logo, noir, blanc, jaune Badge avec logo Punchline Crew T-shirt classiquePar Tristin BriggsTags addict, punchline, rap, hip hop "Addict de la Sape" Punchline Sweat à capuche légerPar addictdelasapeTags rap, rap français, rap de france, hip hop, punchline, punchline rap français, punchline sur, punchlines sur, qlf, qlf, que la famille, dope, streetwear, sport wear, paris, panam, rap de panam, musique, musique rap, hiphop, 92, 93, 94, banlieue, sevran, textes de rappeurs, lyrics de rappeurs, textes, awa, arab with attitude, arabes avec attitudes, classique, booba, b2oba, 92i, punchlines de booba, punchline de booba Que Dieu me punisse d'étre comme les autres - Booba T-shirt classiquePar redbubblejoTags rap, rouge, blanc, drôle, humour, idée, punchline, phrase, rigole, froid, chaud, feu, classique punchline - sweatshirt T-shirt classiquePar lukas58Tags nek, feu, rap, rappeur, français, paris, france, musique, chanteur, chanson, punchline, artiste, damso, 1995, vald, seine zoo, parole, son, célèbre, original, groupe, communauté, clan, label Nekfeu l'entourage T-shirt classiquePar MisterfreaksTags gardelapunch, punch, punchline, 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Pierre d'Hozier et le IV^ registre de V Armo- riai général. — Soixante-quatre quartiers de noblesse. Cha- noinesses et couturières. — Les chevaliers Hugo de Rouvrois, les barons Hugo de Spitzemberg et le menuisier Hugo de Nancy.— M, Victor Hugo et M. Jourdain.— Une lettre du pro- cureur-général Bellart. — • Le commandant Muscar, l'adjudant Bvutus Hugo et les massacres du château dAux.— Meiie Sophie Trébuchet. — La vraie noblesse de M. Victor Hugo. I M. Victor Hugo publie en ce moment l'édition définitive de ses Œuvres complètes, — édition ne varietiir d'après les manuscrits originaux *. L'illustre *\S poète, et on ne peut que l'en louer, tient à mettre fV ordre lui-même à ses affaires littéraires. Ainsi avait 1 Œuvres complètes, jmrues ou à paraître, de Victor Hugo, environ 40 vol, in-S». — Paris. J. Hetzel et C. A. Quantin et C, éditeurs. 6 VICTOR HUGO AVANT 1830 fait Chateaubriand dans les dernières années de la Restauration, et les nombreuses éditions de ses œu- vres qui se sont succédé depuis n'ont point fait oublier ces beaux volumes, publiés chez le libraire Ladvocat, et dont chacun a pour frontispice une vignette, où le palmier d'Orient s'unit au chêne d'Amérique pour couronner la pierre sur laquelle est inscrit le nom de Chateaubriand. Sortis des presses de M. Quantin, les volumes de l'auteur des Odes et Ballades n'ont rien à envier, pour la perfection typographique, à ceux de l'auteur des Martyrs ; mais peut-être doit-on regretter que M. Victor Hugo n'ait point suivi l'exemple de Chateaubriand, qui a fait précéder chacun de ses ouvrages d'une préface nouvelle, pleine de renseigne- ments inédits et curieux, de considérations élevées, de fermes et judicieuses critiques. Sur un autre point encore, nous aurions aimé à voir le grand poète imi- ter le grand prosateur. En 1797, Chateaubriand avait fait paraître, à Londres, sans nom d'auteur, un gros volume de 681 pages in-8^, intitulé Essai historique y politique et moral sur les révolutions anciennes et mo- dernes, considérées dans leurs rapports avec la révolu- tion française i. Disciple de Jean-Jacques Rousseau, le jeune écrivain avait méconnu le caractère divin de la religion chrétienne, et il était tombé dans les décla- mations et les sophismes. Son livre pouvait donc fournir à ses adversaires les moyens de le mettre en 1 A Londres, chez J. Deboffe, Gerrard-Street ; J. Debrett, Piccadilly ; M"» Lowes, Pall-Mall ; A. Dulau et Ce, Wardour-Street ; Boosey, Broad-Street ; et Fauche, à Hambourg. VICTOR HUGO AVANT 1830 7 contradiction avec lui-même ; malheureusement pour eux, les rares exemplaires qui avaient franchi le dé- troit étaient devenus à peu près introuvables. Cha- teaubriand se chargea de venir en aide à ses ennemis ; il réédita VFssai su?' les i^évolutionsy sans y changer un seul mot. Gomme Chateaubriand, M. Yictor Hugo a publié dans sa jeunesse des écrits, — en vers et en prose, — dans lesquels il professe des opinions diamétralement opposées à celles qui sont aujourd'hui les siennes. Pourquoi ne les a-t-il pas fait figurer dans ses Œuvres complètes ? Il y a là une lacune que je voudrais essayer de combler. Je le ferai, non certes pour montrer que M. Yictor Hugo, aujourd'hui ardent républicain, a commencé par être un ardent royaliste, mais parce que ces écrits de la jeunesse du poète sont pleins de talent et méritent d'être arrachés à l'oubli auquel il les voudrait condamner. J'y trouverai texte d'ailleurs à étudier de près ses premières années et ses pre- mières œuvres. Je m'efforcerai d'apporter dans ce tra- vail ce souci d'exactitude et de précision dont la cri- tique contemporaine se fait une loi lorsqu'elle aborde les grands écrivains du dix-septième siècle, Corneille ou Racine, La Fontaine ou MoUère. Je traiterai M. Victor Hugo comme un classique. Aussi bien, je suis de ceux qui n'ont jamais fait difficulté de reconnaître et de saluer son génie, et il ne m'étonnerait pas d'être traité d'hugolâtre par quelques-uns de mes lecteurs. Pendant ce temps , j'en ai peur , le MAITRE , si ces pages 8 VICTOR HUGO AVANT 183U tombent par hasard sous ses yeux, trouvera sans doute mes éloges bien pâles et bien tièdes. Ce n'est pas d'aujourd'hui que l'extrême louange a seule le don de plaire aux poètes; et le sage Ulysse le savait bien, lui qui abordait le chantre Démodocus par ces paroles a Démodocus, je te mets sans contre- dit au-dessus de tous les mortels ensemble ; car c'est la Muse elle-même qui t'a enseigné, la Muse, fille de Jupiter, ou plutôt Apollon i. » Eh bien ! non, M. Victor Hugo n'est pas au-dessus de tous les mortels ensemble ; mais il n'en demeure pas moins un puissant poète et un prosateur admi- rable. Il est avec Chateaubriand et avec Lamartine l'une des trois plus grandes figures littéraires du dix- neuvième siècle, et sa gloire, eût-elle, comme celle de l'auteur du Génie du Christianisme et celle de l'auteur des Méditations, des retours à subir, sa gloire ne périra pas. Il ne saurait dès lors être sans intérêt de bien connaître les origines et les premières manifes- tations de son génie. Le poète lui-même, il est vrai, semble avoir fourni d'avance sur ce point tous les éclaircissements désirables, dans les deux volumes de Mémoires écrits sous son toit et à peu près sous sa dictée et publiés en 1863 sous ce titre Victor Hugo raconté par un témoin de sa vie ^. Malheureu- 1 Odyssée, 1. vin. 2 Deux volumes in-8*. — Ces deux volumes, qui prennent le poète à sa naissance, le conduisent jusqu'à sa nomination à l'Académie française en 1841. M. Victor Hugo, en lui donnant place dans Yédition défunt'we de ses Œuvres, a reconnu par là même que cet ouvrage était son œuvre person- nelle. Nous sommes donc autorisé à y voir de véritables Mémoires, écrits à la troisième personne, — comme lés Commentaires de César. VICTOR IIL'GO AVANT 1830 9 semont co livre, à côté de renseignements précieux et dont l'histoire littéraire de notre temps devra faire son profit, renferme en grand nombre des inexactitudes qu'il est essentiel de redresser et des lacunes plus ou moins involontaires qu'il est utile de faire disparaître. Je m'y suis appliqué de mon mieux et le soin que j'ai mis à relever les erreurs du témoin de M. Victor Hugo ou à rechercher les écrits de sa jeunesse témoigne peut-être d'une admiration plus sincère à son endroit que celle des bons amis de cour qui vont célébrant bien haut ses dernières œuvres, et qui, entre eux, 50/^0 voce, le gratifient, en dépit de son anticléricalisme, d'un ample canonicat dans le diocèse de l'archevêque de Grenade. II Si j'avais écrit ces mémoires avant la Révolution, j'aurais peut-être évité de parler longtemps de mon origine né avec un sentiment absolu d'indépendance, je n'estimais peut-être pas assez autrefois l'avantage d'être sorti d'une ancienne maison ; mais depuis qu'on a voulu prouver que la noblesse n'était rien, j'ai senti qu'elle valait quelque chose et j'aime à présent à retrouver le gentilhomme sous la plume de Montes- quieu comme à sentir la chevalerie sous la lance de Bayard. Je descends d'une des plus anciennes familles de la Bretagne et de la monarchie française. » Ainsi 1. 10 VICTOR HUGO AVANT 1830 s'exprimait Chateaubriand en tête des Mémoires de sa vie, commencés en 1809 i. M. Victor Hugo, qui écrivait sur son journal de collège, à la date du 10 juillet 1816 il avait alors quatorze ans Je veux être Chateaubriand ou rien; » — M. Yictor Hugo n'a pas voulu qu'il fût dit que, l'égal de Chateaubriand par le génie et par la gloire, il n'était pas son égal par la naissance. Fils d'un soldat qui avait conquis sur les champs de bataille le titre de comte, il a tenu à nous apprendre que sa no- blesse remontait bien au delà du premier Empire, et que lui aussi possédait ravantage cVêtre sorti cVune ancienne rnaison. Au mois de juillet 1831, k la veille de la publication des Feuilles cVautomne, M. Sainte-Beuve, alors son ami, faisait paraître, dans la Biographie des Contem- jjorains, une notice dont le poète lui-même lui avait fourni les éléments. Je n'ai point écrit mon article, dit M. Sainte-Beuve, sans m'informer et sans puiser à la meilleure source. » Or voici l'information que M. Yictor Hugo avait fournie à son biographe, relati- vement à l'ancienneté de sa maison Sa famille paternelle, anoblie, dès 1531, en la personne de Georges Hugo, capitaine des gardes du duc de Lor- raine, avait donné, au dix-septième siècle, un savant théologien de ce nom, évêque de Ptolémaïs ^. » Cet évoque de Ptolémaïs reparaîtra trente ans plus 1 Mémoires de ma vie, manuscrit des trois premiers livres des Mémoires d'Outre- Tombe, publié, en 1874, par M™ Charles Lenormant. 2 Biographie des Contemporains, publiée sous la direction de MM. Rabbe et Yieilhe de Boisjolin, t. IV, 2 partie, p. 331. VICTOR HUGO AVANT 1830 11 tard dans les Misérables Dans une autre disserta- tion, dit M. Hugo, l'évêque de D. examine les œuvres théologiques de Hugo, évêque de Ptolémaïs, arrière- grand-oncle de celui qui écpit ce livre *. » Dans Wil- liam Shakespeare, l'auteur nous présente Françoise d'Issembourg de Happoncourt, femme de François Hugo, chambellan de Lorraine, et fort célèbre sous le nom de M^^e de Grafigny ^ ». Enfin, dans Victor Hugo raconté par un témoin de sa vie, voici ce que nous trouvons dès la première page Le premier Hugo qui ait laissé trace, parce que les docu- ments antérieurs ont disparu dans lé pillage de Nancy par les troupes du maréchal de Gréqui, en 1670, est un Pierre-Antoine Hugo, né en 1532, conseiller privé du grand-duc de Lorraine, et qui épousa la filie du seigneur de Bioncourt. Parmi les descendants de Pierre-Antoine, je remarque au seizième siècle, Amie-Marie, chanoinesse de Remiremont ; au dix-sep- tième siècle, Gharles-Louis, abbé d'Etival, évêque de Ptolémaïde, auteur d'un recueil estimé, Sacrx antiquitatis monumenta ; au dix-huitième siècle, Joseph-Antoine, officier près du maréchal de Montesquiou, tué à la bataille de Denain ; Michel- Pierre, lieutenant-colonel au service de Toscane ; et Louis- Antoine, que M. Abel Hugo disait être le conventionnel Hugo, exécuté pour modérantisme 3. Le père de M. Victor 4 Les Misérables, I'" partie, 1. I»', c, v. — On lit encore, dans la seconde partie des Misérables, au livre I', consacré à la bataille de Waterloo Hougomont, pour l'antiquaire, c'est Hug ornons. Ce manoir fut bâti par Hugo, sire de Somerel, le même qui dota la sixième chàtellenie de l'abbaye de Vil- liers. » — Au 1. IV, c. v, de Notre-Dame-de-Paris, M. Victor Hugo parle de l'évêque Hugo de Besançon, IJugo II di Disuncio, 1326-1332 ; » et dans ses Lettres sur le Rhin, t. I, p. 101, il n'omet point de rappeler qu'au moyen âge la ville de Mézières a été anoblie par le comte Hugo ». 2 'William Shakespeare, par Victor Hugo, p. 338. 3 Je puis rassurer M. Victor Hugo sur le sort de ce conventionnel. Envoyé à la Convention parle département des Vosges, il y joua un rôle si effacé, 12 VICTOR HUGO AVA^'T 1830 Hugo, Joseph-Léopold-Sigisbert, s'engagea comme cadet en 1788, à l'âge de quatorze ans. Sept frères qu'il avait, sans compter les sœurs, partirent presqu'en même temps que lui. Cinq furent tués dès le commencement de la guerre, aux lignes de Wissembourg. Deux survécurent, Francis-Juste, qui devint major d'infanterie, et Louis-Joseph, mort il y a dix ans général de Ijrigade *. Chateaubriand avait dit, au début de ses Mé- moires Lorsque Chérin vit nos titres pour ma pré- sentation à Louis XVI, et pour faire les preuves de ma sœur Lucile au chapitre de Largentière et ensuite à celui de Remiremonty il déclara qu'il n'avait jamais eu entre les mains une plus belle et plus complète généalogie. » Puisque les portes du chapitre de Re- miremont, en Lorraine^ s'ouvraient toutes grandes devant les Chateaubriand , il ne se pouvait pas qu'elles restassent fermées devant les Hugo, et c'est pour cela que nous voyons figurer dans la généalo- gie du poète, Anne-Marie, chanoinesse de Remiremont. Or sait-on combien il fallait prouver de quartiers de noblesse pour être reçue chanoinesse du chapitre de Remiremont ? Pour entrer dans ce chapitre, dit M. le comte d'Haussonville, il fallait prouver trente- deux quartiers de noblesse dans les lignes pater- nelles, et autant dans les lignes maternelles, en tout soixante-quatre quartiers =^. » que ni les Tables, pourtant si complètes, du Moniteur de la Révolution, ni les diverses biographies des Membres de la Convention nationale ne font men- tion de lui. Dans les Appels nominaux lors du procès de Louis XVI, il est por- té absent par maladie. Il n'a point eu l'honneur d'être guillotiné, et il est mort tranquillement dans son lit le 15 septembre 1825. 1 Yictor Huçio raconté par un témoin de sa vie, t. I, p. 1. 2 Sowyenirs et Mélanfjes, par le comte d'Haussonville, p. 3. VICTOR HUGO AYANT 1830 13 Soixante-quatre quartiers ! On voit que M. Victor Hugo laisse bien loin derrière lui ce gentilhomme, si fier de ses parchemins, à qui Boileau disait Votre race est connue, Depuis quand? répondez. Depuis mille ans entiers. Et vous pouvez fournir deux ibis seize quartiers C'est beaucoup*. C'est peu, pourrait répondre M. Hugo, qui possède une collection ï ancêtres presque aussi riche que celle de don Ruy Gomez de Silva Voilà don Vasquez, dit le sage ; Don Jayme, dit le fort. Un jour sur son passage, Il arrêta Zamet et cent Maures, tout seul. — J'en passe, et des meilleurs 2. Lui aussi, M. Hugo, a été forcé d'en passer, et des meilleurs, parce que les documents antérieurs à J ont disparu dans le pillar/e de Nancy, en 1670. Sans ce déplorable événement, sans le maréchal de Créqui et ses troupes, nul doute que l'auteur des Misérables n'eût été en mesure d'établir que sa famille marchait de pair avec les petits chevaux de Lorraine^, comme celle de l'auteur du Génie du Christianisme rivalisait 1 Boileau, satire V. 2 Hernani, acte III, scène v-i. 3 Les familles appelées grands chevaux de Lorraine étaient au nombre de quatre les Ligneville, les du Chatelet, les Lenoncourt et les Haraucourt... On n'est point parfaitement d'accord sur le nombre et sur les noms des fa- milles qualifiées de petits chevaux de Lorraine. Les auteurs qui en parlent varient à ce sujet. Ils citent tantôt huit, tantôt douze et quelquefois seize fa- milles comme portant ce titre honorifique. » Comte d'Haussonville, Souve- nirs et Mélanges, p. 5, et Hist. de la réunion de la Lorraine à la France, t. I, p, 20. 14 VICTOR HUGO AVANT 1830 de grandeur et d'ancienneté avec celle des Rohan et des Montmorency-Laval ^ Je ne me serais point étendu aussi longuement sur les prétentions aristocratiques de M. Victor Hugo, si elles n'avaient quelque chose de singulier chex un écrivain qui se pique d'être démocrate ; si elles n'a- vaient pas, en second lieu, droit de nous étonner en- core davantage, venant d'un homme assez illustre par lui-même pour pouvoir se passer d'aïeux ; si enfin elles n'offraient pas ce caractère particulièrement étrange d'être dénuées de tout fondement. Le père de M. Victor Hugo, qui a écrit, lui aussi, ses Mémowes, nous apprend qu'il doit le jour à d'honnêtes gens dont rien n'égala mieux les vertus que l'excellente réputation qu'elles leur méritèrent^». Ces honnêtes gens, à qui leurs vertus avaient valu une excellente réputation, demeuraient à Nancy ; c'est donc là que nous devons nous adresser si nous vou- lons être renseignés exactement. J'ouvre en consé- quence l'Histoire de Nancy, par M. Jean Gayon, et, à la page 353, consacrée au récit de la fête des époux, dans le département de la Meurthe, je lis ce qui suit Parmi les citoyens couronnés dans ces fêtes pa- triarcales, nous remarquons, le 10 floréal an V 29 avril 1797, Joseph Hugo, menuisier, très excellent républicain » et père de neuf enfants dont plusieurs 1 Chateaubriand, Mémoires, p. 5. 2 Mémoires du général Hugo, t. I, p. 1. VICTOR HUGO AVANT 1830 15 étaient à la frontière. Il est raïcul de notre célèbre Victor Hugo, pair de France *.» III Ce n'est pas sans raison que Joseph Hugo avait été couronné le jour de la fête des époux. Il s'était marié deux fois sa première femme, demoiselle Dieudonnée Béchet, était fille de Dominique Béchet, maître cordonnier; sa seconde femme, demoiselle Jeanne- Marguerite Michaud, était gouvernante d'enfants chez le comte Rosières d'Euvezin *. De ses deux mariages il avait eu douze enfants, sept filles et cinq garçons Jean-François, né le 27 janvier 1757, François-Bal- thazar, né le 5 janvier 1762, Joseph-Léopold-Sigisbert, né le 15 novembre 1773, Louis- Joseph, né le 14 février 1777 et François-Juste, né le 3 août 1780. Que les deux premiers aient été tués aux lignes de Wis- sembourg, comme l'affirme M. Victor Hugo, je le veux bien croire, mais je fais mes réserves pour les trois autres, pour Joseph-Léopold-Sigisbert, père du poète, mort en 1828, pour Louis-Joseph, mort en 1854, et pour François-Juste, qui vivait encore en 1823, ainsi que l'établit une lettre de Louis-Joseph Hugo à sa sœur madame Martin Ghopine, en date du 10 août 1823, que j'ai en ce moment sous les yeux. Après 1 Histoire de Nanc>/, par M. Jean Cayon. Nancy, 1846. 2 Les Archives de Nancy ou Documents relatifs à l'histoire de cette ville, publiés sous le patronage de l'administration municipale, par M. Lepage, ar- chiviste de la Meurthe, 18G5, t. IV, 16 VICTOR HUGO AVANT 1830 tout, il est fort heureux pour M. Victor Hugo que Joseph Hugo n'ait pas eu cinq fils tués ensemble à Wissembourg , car alors Joseph-Léopold-Sigisbert aurait été compris dans cette hécatombe, — et M. Victor Hugo ne serait pas né ! La victoire des lignes de Wissembourg eût été, pour la France, désastreuse à l'envi d'une défaite ! Deux mots maintenant sur les sept filles du menuisier Joseph Hugo. H résulte du recensement officiel des habitants de Nancy, fait en l'an IV 1796, que trois d'entré elles, Victoire, Anne-Julie et Marie-Françoise, étaient couturières et demeuraient avec leur père dans une maison de la rue des Maréchaux. Trois étaient mariées, l'une à Joseph Pettingcr, boulanger, puis livreur de blé S une autre à Joseph George, perruquier ; la troisième, qui habitait Paris, à René- François-Martin Ghopine. Peu après ce recensement. Victoire quitta à son tour la maison paternelle pour épouser Jean-Baptiste-x\ndré Werquin, magistrat de sûreté à Neufchâteau, département des Forêts Luxembourg^. L'aînée, Catherine, née le 12 mars 1755, est restée célibataire, ainsi qu'Anne-Julie et Marie-Françoise. 1 Ces renseignements et la plupart de ceux qui, dans ce chapitre, concernent la famille paternelle de M, Victoi- Hugo, nous ont été fournis, avec une obligeance dont nous ne saurions lui être trop reconnaissant, par M. Charles Courbe, un érudit qui connaît son Nancy comme pas un, qui en sait toutes les pierres et tous les hommes, auteur des Promenades historiques à travers les rues de Nanci/ au XVIIl^ sciècle, à l'époque réoolutionnaire et de nos jours. 2 On lit dans les annonces de V Espérance, courrier de Nancy, du 11 mars 1843 A céder amiablement une statue gothique de la Vierge, en iiierre colo- VICTOR HUGO AVANT 1830 17 Dans le tableau généalogique que l'auteur de Victor Hugo raconté par un témoin de sa vie a placé en tête de son livre, tous ces braves gens brillent par leur absence. M. Hugo parle bien de ses oncles Francis-Juste, qui devint major d'infanterie, et Louis-Joseph, qui devint général de brigade » ; mais les oncles perruquiers et boulangers n'ont pas obtenu la moindre mention, non plus que les tantes couturières. Que ne se faisaient-elles admettre, comme chanoinesses, au chapitre de Remiremont? De la grand'mère gouvernante d'enfants, il n'est pas soufflé un traître mot passe encore, si elle eût été, comme la grand'mère de Lamartine, sous-gouver- nante des enfants de M. le duc d'Orléans * ! Quant au grand'père, M. Victor Hugo n'a pas hésité à le biffer de son tableau. Le moyen, je vous le demande, de faire figurer, dans un si bel arbre généalogique, un maître menuisier ! Mais cette façon commode de se débarrasser des gens ne réussit pas toujours, paraît-il, et on assure que le spectre du menuisier de l'an V apparaît parfois, à l'heure de minuit, à son petit-fils, qui frissonne en entendant la Bouche d'Ombre lui adresser ces vers de Destouches, — des vers clas- siques riée, de moyenne grandeur et d'une parfaite conservation. Cette statue, qui provient de la succession d'une tante de M. Victor Hugo, ornait autrefois réglise des Cordeliers. — S'adresser pour la voir à M, George, coiffeur, grande rue Ville-Vieille, 121.» La tante dont il s'agit ici était Anne Hugo, veuve du boulanger Joseph Pettingex'. — M. George, coiffeur , était le cousin-germain de M. Victor Hugo. 1 Les Confidences, par A. de Lamartine, livre I. 18 VICTOR HUGO AVANT 1830 J'entends la vanité me déclare à genoux Qu'un aïeul menuisier n'est pas digne de vous ^ ! Gomment faire pour conjurer ces fâcheuses appa- ritions et pour clouer à tout jamais ce trouble-fête dans un de ces cercueils qu'il fabriquait lui-même autrefois? Le dernier biographe du poète, M. Barbou, s'y est appliqué de son mieux, et M. Victor Hugo l'a eu, certes, pour agréable, car l'honnête M. Barbou nous apprend qu'il n'a écrit son ouvrage qu'après en avoir soigneusement recueilli les éléments dans ses conver- sations avec le MAITRE-. Son livre est un livre de bio- graphie domestique et qui entend M. Barbou entend M. Victor Hugo lui-même. Comprenant que le silence avait ici ses dangers, l'auteur de Victor Hugo et son temps s'est décidé, non pas à nommer Joseph Hugo, — son nom n'attristera jamais des pages consacrées à la gloire de M. Victor Hugo, — mais à y faire une allu- sion discrète. Certains généalogistes, dit-il, ont contesté cette descendance celle qui rattacherait directement M. Victor Hugo à une famille de vieille noblesse. Hs ont prétendu que legrand'père du géné- ral Hugo avait exercé un métier manueL » Pourquoi ce tour classique et cette périphrase ? Le mot de menuisier est-il donc si terrible à prononcer et à écrire? Cela est possible, continue mélancoli- quement M. Barbou, les plus illustres familles ayant eu des revers à subir ; mais il n'en est pas moins exact que Victor Hugo, qui n'en tire point vanité, qui 1 Le Glorieux, de Destouches, acte IV, scène vu. a Victor Hugo et son temps, par M. A. Barbou, 1882, p. 11. VICTOR UUGO AVANT 1830 19 ne rougirait pas, bien au contraire, de la plus humble extraction, qui estime qu'un homme ne vaut que par ce qu'il fait, que Victor Hugo, disons-nous, appartient aune famille de vieille noblesse, de cette noblesse vé- nérable devant ses titres aux services rendus au pays.» — Ses pères, ajoute le bon biographe Barbou, Avaient donjon sur roche et fief dans la campagne*. » Et à l'appui de son dire, l'auteur de Victor Hugo et son temps invoque Pierre d'Hozier, juge d'armes de France, et le quatrième registre de son Armoriai géné- ral, publié en 1752. D'Hozier a dressé, en effet, sous ce titre Hugo en Lorraine, l'arbre généalogique des descendants de Georges Hugo, capitaine dans les troupes de René II, duc de Lorraine, et anobli par lettres du 14 avril 1535 Premier degré Georges Hugo. Deuxième degré Claude Hugo, écuyer, gendarme dans la compagnie du prince Nicolas de Lorraine. Troisième degré François Hugo, avocat au parle- ment de Saint-Mihiel. Quatrième degré Nicolas Hugo, écuyer, syndic de la noblesse du bailliage de Saint-Mihiel. Cinquième degré Nicolas-Ignace Hugo, écuyer, conseiller d'Etat et privé du duc Léopold de Lor- raine. Sixième degré Charles-Hyacinthe Hugo, chevalier, né le 16 décembre 1699, conseiller-maître en la chambre des Comptes de Lorraine, lequel épousa, le 9 mars * Victor Huqo et son temps, p. 20 VICTOR HUGO AVANT 1830 1734, Anne Lhuillier de Spitzemberg, fille de Léopold Lhuillier, seigneur de la capitainerie de Spitzemberg et capitaine d'infanterie au service de France. Fran- çois, duc de Lorraine, accorda à Charles-Hyacinthe, le 20 novembre 1736, des lettres par lesquelles lui, ses enfants et sa postérité, née et à naître en légitime mariage, furent créés chevaliers \ L'Armoriai général de France ayant paru en 1752, l'arbre généalogique dressé par d'Hozier s'arrête for- cément à cette date. M. Barbou profite de ce silence obligé pour continuer à sa façon la généalogie inter- rompue, et il écrit bravement Charles-Hyacinthe Hugo, issu de Georges au cinquième degré, obtint d'autres lettres patentes, et son petit-fils, Sigisbert Hugo, entra au service en 1788. » Ce n'est pas plus difficile que cela et le tour est joué. Du moment que le général Sigisbert Hugo, père de M. Victor Hugo, est le 75e? /^/?/5 de Charles-Hyacin- the^ conseiller-maître on la chambre des Comptes de Lorraine et époux d'Anne de Spitzemberg, M. Victor Hugo est bien le descendant direct de Georges Hugo, capitaine dans les troupes du duc René II ce qu'il fallait démontrer. Tout cela serait à merveille s'il n'y avait dans cette démonstration une lacune fâcheuse, une omission regrettable. M. Barbou affirme bien que le général Hugo était le petit-fils de Charles-Hyacinthe ; mais c'est là une assertion abso- 1 Armoriai général ou registre de la noblesse de France. Registre iv. MDCCLII. VICTOR HUGO AVANT 1830 2l Inment fantaisiste nous allons l'établir, à l'aide d'une double série de preuves. Pierre d'Hozier termine ainsi son article sur les Hugo en Lorraine Charles-Hyacinthe mourut à Estival, le 24 janvier 1738, laissant sa femme veuve, — Deiie Anne Lhuillier de Spitzem- berg, — et trois enfants nés de son mariage, savoir lo Nicolas-Dieudonné Hugo, chevalier, né le 12 juin 1735 ; 2o Louis-Charles-Toussaint Hugo, chevalier, né le 29 mai 1736; 3o Joséphine-Mectilde Hugo, née le 6 juillet 1737 i. Nicolas-Dieudonné Hugo devint lieutenant au régiment de Garaman et mourut sans enfants. Louis-Charles-Toussaint j chevalier Hugo de Spitzem- berg, épousa le 25 septembre 1770 Marie-Catherine de Bazelaire de Neuvillers, et sadescendancedirecte s'est continuée jusqu'à nos jours. Massacré par la populace à Saînt-Dié, au mois de septembre 1793, et scié entre deux planches, il laissait quatre enfants, une fille et trois fils, qui émigrèrent et s'établirent à Stuttgart. Deux de ses fils sont morts sans postérité ; le troi- sième, Ijouis-François-Xavier, baron Hugo de Spitzem- berg, né à Saint-Dié le 21 juillet 1781, et marié à Elisabeth-Juliane-Garoline-Gharlotte baronne de Mas- sembach, est mort à Stuttgart le 25 avril 1844, laissant quatre fils, dont les deux plus jeunes décédèrent sans enfants. Des deux autres, l'aîné, Guillaume, baron Hugo de Spitzemberg^ né à Stuttgart le 19 janvier 1825, géné- * Armoriai général, registre iv. 22 VICTOR HUGO AVANT 1830 rai au service du Wurtemberg, grand chancelier, premier aide de camp du roi, a eu de son mariage avec Marie, baronne de Hermoux 1. Maximilien-Xavier-Guillaume, baron Hugo de Spitzemberg, né à Stuttgart le 18 mars 1858, lieutenant de dragons au service du Wurtemberg, mort à Ulm le 2 décembre 1881 ; 2. Elisabeth Hugo de Spitzemberg, née à Stuttgart, le 8 mars 1881 ; 3. Olga Hugo de Spitzemberg, née à Stuttgart le 18 janvier 1863 ; 4. Amélie Hugo de Spitzemberg, née à Stuttgart le 25 mai 1869. Le second fils de Louis-François-Xavier, Frédérk- Henri-CharleSj barbon Hugo de Spitzemberg, né à Stuttgart le 19 septembre 1826, a été conseiller d'Etat, chambellan du roi de Wurtemberg, ministre plénipo- tentiaire à Berlin, où il est mort le 13 décembre 1880. Il avait épousé Hildegarde, baronne de Warnbûlerde Nemmingen. Sont issus de ce mariage 1. Constantin- Henry -Conrad -Lothard Hugo de S'piizemberg, né à Berlin le 16 octobre 1868; 2. Anne - Francisca - Vilma - Garoline-Johanna de Spitzemberg, née à Berlin le 21 juin 1877 '. Pendant la guerre de 1870, le baron Guillaume Hugo de Spitzemberg et son frère demandèrent — ce qui leur fut accordé — à ne point prendre part à la campagne contre la France. 1 Généalogie des Hugo de Sp tzemberg. — Bibliothèque pudlique be Nancy. VICTOR HUGO AVANT 1830 23 Nous avons donc, d"une façon complète et sans so- lution de continuité, de 1535 à 1882, le tableau généa- logique de la famille qui a pour chef Georges Hugo, capitaine dans les troupes de René II, duc de Lor- raine. Et sur ce tableau, pas la moindre lacune, pas le plus léger vide où il soit possible, avec la meilleure volonté du monde, d'introduire Joseph-Léopold-Si- gisbert, père de M. Yictor Hugo. IV Après avoir démontré que M. Victor Hugo est étranger à ia famille de vieille noblesse dont il pré- tend descendre, il nous reste à faire connaître sa gé- néalogie véritable. Son père, Joseph-Léopold-Sigisbert Hugo, mort en 1828, lieutenant-général des armées du roi, est né à Nancy, le 15 novembre 1773. Voici l'extrait de son acte de naissance, relevé sur les registres de la pa- roisse Saint-Epvre 15 novembre 1773. Joseph-Léopold-Sigisbert, fils de Joseph Hugo, maître menuisier, et de Jeanne-Marguerite Michaud. Parrain, le sieur Joseph Béchet, avocat à la Cour ; marraine, demoiselle Marthe-Élisabeth Bécheti. De qui était fils Joseph Hugo, le maître menuisier? i 0n Ht dans la dédicace des Voix intérieures A JOSEPH-LÉOPOLD- SIGISBERT comte HUGO, lieutenant-général des armées du roi, né en 1774... — C'est une erreur que le poète n'aurait pas commise s'il avait consulté l'acte de naissance de son père, né en 1773 ; mais on pense bien qu'une telle pièce, où il est parlé de Josrph Hugo, maître menuisier, n'est pas poui être admise jamais dans le chartrier de M. Victor Hugoi 24 VICTOR nuGO av^ant 1830 C'est ce que vont nous apprendre avec certitude ses deux actes de mariage publiés, d'après les registres de l'état civil de Nancy, par M. Lepage, archiviste de la Meurthe. 1755. 1er juillet. Acte de mariage de Joseph Hugo, maître menuisier, fils de Jean-Philippe Hugo et de feu Catherine Grandmaire, avec Dieudonnée, fille de Dominique Béchet, maître cordonnier. 1770. 22 janvier. Acte de mariage de Joseph Hugo, maître menuisier, veuf de Dieudonnée Béchet, avec Marguerite Mi- chaud, gouvernante d'enfants chez M. le comte Rosières d'Euvezin*. Nous avons voulu remonter plus haut et nous y sommes arrivé, grâce à d'obligeantes communica- tions. Jean-Philippe Hugo, père de Joseph, n'habitait point Nancy. Il était cultivateur à Baudricourt, près Mirecourt département des Vosges. Nous reprodui- sons ici son acte de mariage avec Catherine Grand- maire Ce premier janvier de l'an mil sept cent sept, Jean-Philippe, fils de Jean Hugo, paroissien de Domvalher, et de Catherine Mansuy, et Catherine Grandmaire, fille de défunt Didier Grand- maire et de Marguerite Voizy, paroissiens de Baudricourt, se sont volontairement promis en présence du curé soussigné et des témoins, et ont signé Jean-Phihppe Hugo, Catherine Grandmaire, Jean Hugo, P. Grandmaire, Grandmaire, Pierre Voizy, N. Meunier et Claude Durand 2. De ce mariage sont nés, à Baudricourt 1 Les Archives de Nancy, par Auguste Lepage, tome iv, p. 17 et 18. 2 Extrait des actes de rétat civil de la commune de Baudricourt ci-devant Saint-Menge, arrondissement de Mirecourt, département des Vosges. VICTOR HUGO AVANT 1830 ^o 1. Pierre Hugo, le 7 juin 1708. 2. Claude-Joseph Hugo, le 19 mars 1713. 3. Jeanne Hugo, le 4 mars 1716. 4. Laurent Hugo, le 29 avril 1719. 5. Jean Hugo, le 30 mars 1722. 6. Joseph Hugo, le 17 février 1726. 7. Joseph Hugo, le 24 octobre 1727. Le premier Joseph Hugo, né en 1726, paraît élre mort peu de temps après sa naissance. Il est d'usage en Lorraine, si l'on perd un enfant, de donner à celui qui vient après lui les prénoms de l'enfant défunt. C'est ce qui eut lieu pour le fils qui naquit de Jean- Philippe Hugo et de Catherine Grandmaire le 24 octo- bre 1727 et qui fut appelé Joseph comme son frère. Comme il est devenu le menuisier Joseph Hugo, père du général et aïeul du poète, il convient que nous reproduisions son acte de naissance, extrait du registre des actes de l'état civil de la commune de Baudri- court Joseph, fils légitime de Jean-Philippe Hugo et de Catherine Grandmaire sa femme, est né le vingt-quatrième jour d'octobre de l'an mil sept cent vingt-sept et a été baptisé le même jour. Il a eu pour parrain Joseph L'Huillier, laboureur à Offroicourt, et pour marraine Marguerite Christophe , femme de Claude Mansuy, de ce lieu, qui ont signé et marqué. Ont signé Claude Mansuy, L. Pillement, Rollin, curé de Saint- Menge. Marque \ de Marguerite Christoplie. Appuyé sur les pièces qui précèdent, nous pou- vons dresser, avec une certitude absolue, l'arbre gé- néalogique de Mi Victor Hugo. 26 VICïOH HUGO AYANT 1830 I. Jean Hugo, cultivateur à Domvaîlier. II. Jean-Philippe Hugo, cultivateur àBaudricourt. III. Joseph Hugo, menuisier à Nancy. IV. Joseph-Léopold-Sigisbert Hugo, lieutenant- général. V. VICTOR HUGO. Nous nous sommes adressé à Domvaîlier pour avoir les actes de l'état civil concernant Jean Hugo et ses ascendants. Il nous a été répondu que les plus anciens registres existant dans la mairie de cette commune ne remontaient pas au delà de l'année 1690. Il faut croire que cet affreux maréchal de Gréqui, que M. Victor Hugo, à la première page de ses Mémoires, accuse d'avoir détruit, à Nancy, ses papiers de famille et ses titres de noblesse antérieurs à i 532, a fait aussi des siennes à Domvaîlier ! Nous arrêterons là cette démonstration, à l'appui de laquelle il nous serait facile d'apporter d'autres preuves, s'il en était besoin ; mais celles qui précèdent nous paraissent suffire et au delà. Que M. Victor Hugo renonce donc à falsifier d'Hozier pour se forger une généalogie menteuse ; qu'il ne rougisse plus d'avoir pour aïeul un honnête ouvrier, et un honnête cultiva- teur pour bisaïeul ; qu'il cesse de prêter à rire aux gens en se faisant — lui, qui est presque l'égal des Corneille et des Molière — l'émule de M. Jourdain ! Et encore M. Jourdain était-il moins ridicule ! Lui, du moins, n'était pas républicain ! J'ajoute que si cet honnête M. Jourdain est sottement entiché de noblesse, s'il prête complaisamment l'oreille à cet intrigant de VICTOR HUGO AVANT 1830 27 Goviclle, lui disant que son père, lequel se connais- sit fort bien en étoffes, allait en choisir de tous les côtés, les faisait apporter chez lui et en donnait à ses amis pour de l'argent », il ne pousse cependant point la faiblesse jusqu'à renier ses parents pour se parer des titres d'une famille étrangère ! M. Jourdain prête à rire et c'est tout ; et c'est à d'autres qu'il convient de faire Tapplication de ces belles paroles que Molière a mises dans la bouche de Gléonte Je trouve que toute Imposture est indigne Vun honnête hommCy et qu'il y a de la lâcheté à déguiser ce que le ciel nous a fait naître, à se parer aux yeux du monde cVun titre dérobé, à se vouloir donner pour ce qu'ion n'est pas *. » Un homme dont M. Victor Hugo s'est moqué dans un de ses livres ^, le procureur général Bellart, écrivait, le 23 juin 1823, à certain biographe qui lui avait demandé des renseignements sur ses ancêtres Hélas ! monsieur, vous faites trop d'honneur à ma famille. Elle n'a pas d'armoiries ! Je suis le premier des miens à qui le roi ait daigné en accorder, et j'ai supplié Sa Majesté de permettre qu'à côté de la fleur de lis dont elle m'honorait, je plaçasse la cognée de mon père, qui était charron. Il n'y a pas en France, ni peut-être au monde, de famille plus ro- turière que la mienne. Je ne connais, dans aucune de mes deux lignes, mes bisaïeuls. Mes aïeuls, dans chacune des deux, étaient de bons et honnêtes fermiers, au delà desquels je ne trouve plus rien Je ne vous en remercie pas moins de votre obligeance, monsieur, et de tout ce que vous voulez bien me dire de flatteur. Je révère certainement la noblesse acquise au prix des services rendus à son roi, à son pays. Je * Le Bourgeois gentïlliomme, acte III, scène xii. 2 Les Misérables, I""" partie, 1. m. 2H VICTOR HUGO AVANT 1830 serais très fier d'être un Montmorency, un Grillon, un Dugues- clin ; mais puisque la fortune ne m'avait pas réservé cette gloire, je ne veux pas usurper ni celle-là ni aucune autre ana- logue. Je me tiens à mon lot, content d'avoir été du moins un homme d'honneur, un homme de bien, et peut-être quelquefois un citoyen utile K L'auteur de ce drame a toujours mieux aimé des armes que des armoiries. » Telles sont les fières paroles par lesquelles M. Victor Hugo terminait, en 1827, la fameuse préface de Cromioell. Ce noble dédain pour les armoiries ne l'a point empêché d'en prendre il porte d'azur au chef d'argent, chargé de deux merlettes de sable. L'écu est sommé d'un vol banncret d'azur chargé d'une fasce d'argent. S'il lui plait de conserver ces armoiries, — qui sont celles des barons Hugo de Spitzemberg, — je n'y vois, pour mon compte, aucun inconvénient, et je me borne à exprimer timidement le vœu qu'à côté des deux merlettes il place le rabot de son grand-père, le me- nuisier, comme Bellart plaçait la cognée de son père, le charron, à coté de la fleur de lis. Qu'il ne veuille pas mettre les chevilles de maître Adam dans son écu, je le comprends ; mais que du moins le rabot y figure, accompagné de ces vers écrits par Boileau à l'adresse des poètes... et des menuisiers Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage ; Polissez-le sans cesse, et le repolissez. 1 Œuvres de Bellart, t. VI, p. 164. VICTOR HUGO AVANT 1830 29 Du moment que M. Victor Hugo s'était accordé, du côté paternel, une si belle généalogie, il lui en coûtait peu de nous apprendre que, du côté maternel, il était de souche bourgeoise. Aussi ne fait-il aucune difficulté de dire que le père de sa mère était un honnête bourgeois, un armateur de Nantes, appelé Trébuchet *. Ici encore cependant il s'est arrangé de façon à ne pas être tout à fait exact. On lit dans la préface des Feuilles d'automne La mère de l'au- teur, pauvre fille de quinze ans, en fuite à travers le Bocage, a été une hrigande, comme My^^ de Bonchamps et M"^*^ de la Rochejaquelein. » Avoir été une brigande en 93, avoir suivi, à travers le Bocage de la Vendée, la veuve de Bonchamps et la veuve de Lescure, savez- vous bien, monsieur Hugo, que cela n'est pas une moindre gloire que d'avoir été aux croisades ? Certes, vous le savez, et c'est pour cela que vous faites de votre mère une byngande elle aurait pu l'être, elle ne l'a pas été. Ce Trébuchet, dit le témoin de M. Victor Hugo, était un de ces honnêtes bourgeois qui ne sortent jamais de leur ville et de leur opinion. » Pendant toute la guerre de la Vendée, il ne s'éloigna pas de Nantes, et sa fille resta auprès de lui. C'est dans cette ville que le capitaine Hugo eut occasion de voir, chez son père, M'ie Sophie Trébuchet. Entre 1 Victor Htifjo raconté, etc., t. I, p. 16. 30 VICTOR HUGO AVANT 1830 la famille de l'armateur royaliste et l'ofûcier républi- cain des relations s'établirent, que les divisions de la politique ne parvinrent pas à rompre. Le républi- canisme du jeune capitaine était pourtant, à cette époque, singulièrement ardent ; il avait même dé- pouillé son prénom de Léopold, pour prendre celui de Bnitus. J'ai sous les yeux l'original d'une adresse des officiers, sous-officiers et soldats du bataillon de l'Union, en date du 10 juillet 1793. Dans cette adresse, datée du camp sous Angers, près de la Vendée, les républicains, composant le bataillon de l'Union », félicitent la Convention d'avoir expulsé de son sein les membres de la Gironde et d'avoir donné à la nation la Constitution de 93 Législateurs, nous sanctionnons cette sublime Constitution , et nous jurons d'en défendre les principes et de répandre jusqu'à la dernière goutte de notre sang pour écraser les tyrans, les fanatiques, les royalistes et les fédé- ralistes. » — Parmi les signatures, à côté de celle de Muscar, premier chef du bataillon de l'Union, je relève celle de Brutus Hugo, adjudant-major K Une étroite amitié unissait le chef de bataillon et son adjudant, si bien qu'il leur arriva de refuser de 'avancement pour ne pas se séparer. Au mois d'avril 1794, nous les retrouvons tous les deux au château d'Aux ou d'O, nommé aussi la Hibaudière, près de Nantes. Muscar commande le poste, Hugo signe plus 1 Nous devons la communication de cette pièce à M. Gustave Bord, dont a collection d'autographes et de documents inédits sur la Révolution est une des plus précieuses qui soient en France. VICTOR ]IUGO AVANT 1830 31 que jamais Bniius. Les 2 et 3 avril 13 et 14 germi- nal an II, des paysans du bourg de Bouguenais ^ arrêtés dans leurs maisons ou dans leurs champs, alors qu'ils se livraient à leurs travaux, sont traduits, au nombre de plusieurs centaines, devant une com- mission militaire révolutionnaire, séante au château d'Aux, condamnés à mort et fusillés par les soldats de Muscar. Dans ses Mémoires, le capitaine Hugo a célébré, à cette occasion, les sentiments d'humanité de son ami, et il s'est mis lui-même en scène dans des conditions qui lui feraient grand honneur, mais dont il nous est malheureusement impossible de lui laisser le bénéfice. Voici son récit, écrit longtemps après les événe- ments et publié en 1823, à une époque où le général comte Hugo oubliait volontiers qu'il s'était placé au- trefois sous le patronage de Brutus Je vis, après quelques courtes questions de pure forme, condamner ces deux cent soixante-dix infortunés à la peine terrible à laquelle ils s'attendaient on les conduisit à la mort par petites troupes, ils la reçurent avec calme, à côté des fosses ouvertes pour les recevoir. J'ai beaucoup fait la guerre, j'ai parcouru de vastes champs de bataille, jamais rien ne m'a tant frappé que le massacre de ces victimes de l'opinion et du fanatisme. A peine ces malheureux furent-ils condamnés , que le tribunal reçut ordre de revenir à Nantes. Le président pria Muscar de faire juger les jeunes filles par une commission militaire ; et cet officier, désirant les sauver, me nomma, quoique bien jeune encore, pour présider à ce tribunal, certain 1 EinonBouquenay, comme récrivent le général Hugo dans ses Mémoires, et après lui Victor Hugo raconté par un témoin de sa vie. 32 VICTOR HUGO avant 1830 que je ne démentirais pas les sentiments d'humanité qu'il me connaissait. 11 n'osa point influencer la nomination des autres membres, mais il me pria de tout faire pour les apitoyer sur les infortunées dont le sort était remis entre nos mains. Un vieux sous-lieutenant du 13e de Seine-et-Oise, nommé Fleury, s'il m'en souvient bien, homme sombre et taciturne, devant opiner le premier, je craignais que sa voix n'influençât défavorablement les autres juges, et je crus, avant de lui demander son opinion, devoir, après la rentrée des prévenues dans la chapelle, représenter au tribunal qu'il était bien pé- nible, pour des militaires, d'être appelés à prononcer sur le sort de malheureuses victimes de la guerre ; qu'il l'était plus encore quand les jugements devaient tomber sur des jeunes filles qui ne pouvaient avoir pris aucune part aux hostilités ; sur des infortunées qui toutes versaient déjà des larmes de sang par suite des événements affreux dont nous venions d'être témoins, et dont elles ne pouvaient douter, puisque tous les feux avaient retenti jusqu'à elles. J'engageai les juges à bien se recueillir, à ne chercher aucun modèle de conduite et à prononcer d'après leur cœur. Alors ce vieil officier, que je craignais tant, dit à haute voix et sans sortir de son caractère Je me suis fait militaire pour combattre des hommes et non pour assassiner des femmes. Je vote la mise en liberté des vingt-deux préve- u nues et leur renvoi immédiat chez elles. » Cette opinion, qui m'aurait précipité dans les bras du brave homme, si j'avais osé le faire, fut appuyée de suite par un lieutenant de la légion nantaise qui le suivait, et bientôt une heureuse unanimité ouvrit les portes de la chapelle à ces enfants tous à genoux. Muscar vint alors remercier le tribunal de sa généreuse conduite, et nous exprimer ses regrets que les deux cent soixante-dix prisonniers qui venaient de périr n'eussent pas été soumis à un arrêt aussi doux que le nôtre ^. Je regrette d'être obligé de dire que ce récit, en ce 1 Mémoires du général Hiif/o, t. I'. VICTOR HUGO AVANT 1830 33 qiiicoQcorno le rôle du commandant Muscar et celui du capitaine Hugo, est absolument imaginaire. Un certain nombre de pièces officielles nous édifieront tout d'abord sur l'humanité du commandant du châ- teau d'Aux. En frimaire an II, le citoj^en Lenoir, président d'une commission révolutionnaire instituée par Car- rier, écrivait à Muscar, commandant temporaire de la Hibaudière ci-devant château d'Aux Nous avons reçu ta lettre du 18 frimaire 8 décembre 1793. Les quatre brigands sur lesquels elle contenait des renseigne- ments ont été jugés de suite; ils subiront ce jour la peine due à leurs crimes. Quand tu nous enverras les renseigne- ments sur les cinq derniers, prompte justice sera faite... Sois tranquille, la tête des coupables tombera ; nous en avons bien condamné sept. Vive la République * ! Le 8 nivôse 28 décembre 1793, Muscar écrivait à son tour Encore sept brigands de fusillés hier. Tous les jours ce jeu yatriotiquc va se reproduire. Bien décidé à donner la chasse à mort à tous ceux qui infectent encore ces environs, j'espère qu'aucun n'échappera à mon activité et à ma haine implacable contre tout ce qui ose fouler aux pieds les lois saintes de la République 2. Il écrit encore, le 22 avril 1794 3 floréal an II, au citoyen David Vaugeois, accusateur public près la commission militaire révolutionnaire qui, vingt jours auparavant, avait fait fusiller au château d'Aux les malheureux habitants de Bouguenais 1 Cahier de correspondance delà commission Lenoir. — Greffe du tribunal de Nantes. 2 Papiers de la commission Bignon, — Greffe du trilnmal de Nantes. 34 VICTOR HUGO AVANT 1830 Je vous envoie une petite collection de brigands, au nombre de quarante-cinq, que j'ai fait prendre hier au Pont-Saint- Martin. Vous en nourrirez la guillotine. Le citoyen Beilvert, ce fléau des brigands, vous donnera des renseignements plus cir- constanciés sur ces coquins. Que ne puis-je vous envoyer toute l'armée de Charette ^ ! Et quelques jours plus tard, le 27 avril, il confir- mait sa lettre du 22 en ces termes Je t'envoie Beilvert, pour vous donner des renseignements sur les brigands que vous allez juger. Il porte une pièce de conviction trouvée chez eux, un habit de volontaire percé de balles et coupé de coups de sabre. D'ailleurs, il ne faut pas de grands renseignements sur le compte des gens qu'on est mora- lement sûr d'avoir été avec des brigands ; le tact révolution- naire doit plus faire dans ces procès que les formes ^. La cruauté implacable de Muscar ne s'arrêtait pas aux brigands elle s'étendait aussi aux femmes. Le 8 germinal an II 28 mars 1794, il écrivait aux mem- bres de la Commission militaire, à Nantes Je viens de faire fusiller dix hrigandes une onzième, nom- mée Jeanne Bonneau, tout aussi coupable que les autres, étant femme de brigand et complice de son mari, est enceinte de cinq mois. Le conseil militaire assemblé pour la juger, crai- gnant d'offenser la nature en suivant le cours rigoureux de la justice, a cru devoir la renvoyer à votre tribunal ; votre sagesse saura concilier les égards qu'on doit à son état avec l'inflexible sévérité de la loi 3. Manifestement contraire à la vérité en ce qui re- garde le commandant Muscar et ses prétendus senti- ments d'humanité, le récit du général Hugo est-il 1 Gi'effe du tribunal de Nantes. 2 Ibid. 3 Ibid. VICTOR UUGO AVANT 1830 35 plus exact en ce qui touche la commission militaire dont il aurait été le président ? Un écrivain que recommandent ses patientes et consciencieuses études sur l'histoire de la Révolution en province, M. Alfred Lallié *, a retrouvé, au greffe du tribunal de Nantes, et a bien voulu nous commu- niquer quelques-unes des pièces concernant cette commission militaire. L'adjudant-major Hugo n'en était point le président. Le vieux sous-lieutenant du 1 3^ de Sehie-et-Oise, nommé Fleury, n'en faisait pas partie. Voici quelle en était la composition Simon^ second chef du bataillon de l'Union^ président; Boudar, Bourette, Jubert, Rothan, Kraust, Brutus Hugo, ce dernier faisant fonctions de greffier. Du moment que le capitaine Hugo^ au lieu d'être le président de la commission, n'en était que le greffier, il est évident que son récit manque de base et croule de toutes parts. Ce qui achève de le démontrer, c'est que, d'après ce récit, les jeunes filles et les femmes traduites devant le conseil militaire auraient été immédiatement re- ynises en liberté et renvoyées chez elles ; il est, au con- traire, établi, par les documents officiels, que les femmes furent condamnées, et que les jeunes filles elles-mêmes, bien loin d'être mises en liberté, furen renvoyées devant le tribunal révolutionnaire. Le greffe du tribunal de Nantes ne possède plus que deux 1 Auteur du District de Machecoul, des Notes conceimant l'histoire du Bouffay de Nantes, de la Grande Armée vendéenyieet les prisonniers deSaint- Florent-le-Vieil, d'Une Commission d'enquête et de propagande en l'an II de la République, des Noyades de Nantes, etc., eto. 36 VICTOR HUGO avant 1830 des jugements rendus par le conseil militaire du château d'Aux et signés tous les deux par Brutus Hugo. Le premier condamne à la peine de mort Marie Brossot, femme Joseph Gautier, âgée de trente-quatre ans, coupable cVavoir fait du pain pour alimenter son mari, brigand. Le second a trait à une jeune fille âgée de quinze ans, Jeanne Onillon, accusée d'avoir porté le fusil d'un brigand son oncle, qu'elle a dit être saoul. » En voici le texte Le Conseil, considérant que cette fille n'étant âgée que de quinze ans a été sous la dépendance de ses parents, dont son âge lui a fait suivre Timpulsion, n'est pas moins coupable que sa mère déjà condamnée à mort, décide qu'elle sera renvoyée devant le tribunal révolutionnaire, pour qu'il prononce sur les peines que la loi inflige aux personnes trop jeunes pour êti^ punies de mort*. On le voit, bien en a pris à la mère de M. Victor Hugo de ne point être une brigande, en fuite à travers le Bocage ; car si elle avait été prise et traduite devant leconseilmilitaire où siégeait le capitaine Brutus Hugo, elle eût été condamnée à mort, ou tout au moins, en raison de son âge, renvoyée devant le tribunal révolu- tionnaire de Nantes. VI Deux ans après les sinistres exécutions du château d'Aux, en 1796, le mariage de Mne Sophie Trébuchet et du capitaine Hugo était célébré à Paris, où le jeune 1 La Commune de Boufjuenais et la garnison du château d'Aux, par Alfred Lallié. VlGTUJl HUGO AVANT 1830 37 ot'licier avait été appelé pour remplir les fonctions do rapporteur du premier conseil de guerre. Le futur, lisons-nous dans le livre de biographie domestique que nous avons déjà cité, ne pouvant aller à Nantes, la future vint à Paris avec son père et son frère, mais sans ses sœurs qui, à force do dévotion, venaient de se faire Ursulines * . » Meiie Sophie Trébuchet avait trois sœurs, — et non deux, comme le dit Victor Hugo raconté. De ces trois sœurs, Madeleine, Marguerite et Renée, une seule, xMadeleine, se fit Ursuline, et cela dès 1787, et non en 1796, époque à laquelle il n'y avait plus de maisons religieuses en France. Elle était à la veille de pronon- cer ses vœux, en 1789, quand l'évoque de Nantes, Mer de la Laurencie, crut devoir le lui défendre en raison de la tournure inquiétante que prenaient les événe- ments. Elle resta alors dans la communauté comme novice agréée, et ne quitta le couvent que lorsqu'il fut formé, le l^"" octobre 1792. Pendant toute la durée de la crise révolutionnaire, elle vécut avec sa demi- tante maternelle, Rose Lenormand-Dubuisson, reli- gieuse ursuline, et se consacra, comme elle, lorsque les plus mauvais jours furent passés, à l'instruction des enfants. La communauté ayant été rétablie en 180G, elle prononça solennellement ses vœux le 16 novembre de cette même année lelle avait alors trente- six ans. xMère Trébuchet est morte à l'âge de près de quatre-vingt-dix ans, laissant un nom béni et vénéré. Très nombreux, du reste, sont les membres de la 1 Victor Hugo raconté, etc., t. I, p. 16. 38 VICTOR HUGO avant 1830 famille maternelle de M. Victor Hugo qui ont em- brassé la vie religieuse. Deux de ses cousines, suivant l'exemple de leur tante Madeleine et de leur grand'tante Lenormand, sont entrées aux Ursulines M"^ Fanny Bellet, sœur Sainte-Ursule, morte à la communauté de Nantes, le 10 février 1881 ; M'^e Joséphine Allor^', sœur Saint- Stanislas, qui fait encore aujourd'hui partie de la même communauté. Deux autres de ses parentes appartiennent à l'ordre des religieuses de Nazareth M^'^ Anaïs Trébuchet, maîtresse des novices, à Oullins, et M^'e Léonide Tré- buchet, religieuse à Reims. Un cousin germain de M^^^ Victor Hugo mère, M. Lenormand, est mort, il y a peu d'années, curé de la Boissière, dans le diocèse de Nantes. Dans la famille paternelle de M. Victor Hugo, les vocations religieuses n'ont point fait défaut non plus. Il a une cousine germaine, de son nom, carmélite à Tulle. L'un des fils de son frère Abel, Jules Hugo, qui se destinait à la prêtrise, est mort à Rome, tout jeune encore et ayant déjà reçu plusieurs des ordres ecclé- siastiques. C'était un des plus chers amis de Ms^ de Ségur. D'une lettre que j'ai sous les yeux et qui lui est consacrée, je détache ces lignes J'ai eu la con- solation de voir Jules Hugo deux fois ; il avait alors dix-huit ans. Je ne me rappelle pas avoir jamais ren- contré personne qui m'ait fait autant d'impression, VICTOR uuctO avant 1830 ^9 tant la sainteté brillait sur ses traits et respirait dans toutes ses paroles. Il me semblait voir saint Louis de Gonzague ou saint Stanislas de Kotska. » Vraiment, on serait tenté de dire de la famille de M. Victor Hugo ce que disait un jour Grégoire XVI de la famille du marquis de la Ferronnays Sono tutti santif Encore bien qu'il se soit fait l'ennemi de cette religion à laquelle un si grand nombre des siens ont demandé la consolation et la force, il est permis de croire que leurs vertus et leurs prières viennent par- fois rafraîchir son âme à son insu. S'il a peint, avec tant de suavité et de grâce, l'aimable et touchante figure de sœur Simplice, c'est parce que le modèle était là, non loin de lui. C'est parce qu'il ne peut dé- fendre à sa pensée de se tourner quelquefois vers ces humbles et admirables femmes, — la vraie noblesse de sa famille, — qu'il a écrit sur le cloître ces pages que l'on est étonné de rencontrer dans les Misérables^ et qui sont en contradiction si formelle avec les idées, les passions et les haines du parti dont il a accepté si docilement sur tous les autres points le déplorable mot d'ordre Il n'y a pas d'œuvre plus sublime peut-être, — c'est M. Victor Hugo qui s'exprime ainsi, — que celles que font ces âmes. Et nous ajoutons il n'y a peut-être pas de travail plus utile. Il faut bien ceux qui prient toujours pour ceux qui ne prient jamais... Quant à nous, qui ne croyons pas ce que c^s femmes croient, mais qui vivons comme elles par la foi, nous n'avons jamais pu considérer, sans une espèce de terreur religieuse et tendre^ iU VICTOR IILGO AVANT 1830 sans une sorte de pitié pleine rrenvie, ces créatures dévouées, tremblantes et confiantes, ces âmes humbles et augustes qui osent vivre au bord même du mystère, attendant, entre le monde qui est fermé et le ciel qui n'est pas ouvert, tournées vers la clarté qu'on ne voit pas, ayant seulement le bonheur de penser qu'elles savent où elle est, c'est-à-dire soulevées à de certaines heures par les souffles profonds de l'éternité *. Et plus loin, après une admirable peinture du couvent, ce lieu de captivité, où l'on est enchaîné par la foi », — d'où sortent la bénédiction et l'amour > , — qui renferme une seule chose , l'innocence, — l'innocence parfaite, presque enlevée dans une mystérieuse assomption, tenant encore à la terre par la vertu, tenant déjà au ciel par la sainteté ; — M. Yictor Hugo poursuit en ces termes Jean Valjean comprenait bien l'expiation personnelle, l'ex- piation pour soi-même. Mais il ne comprenait pas celle de ces créatures sans reproche et sans souillure, et il se deman- dait avec un tremblement Expiation de quoi ? quelle expiation ? Une voix répondait dans sa conscience la plus divine des générosités humaines, l'expiation pour autrui. Il avait sous les yeux le sommet sublime de l'abnégation, la plus haute cime de la vertu possible, l'innocence qui par- donne aux hommes leurs fautes et qui les expie à leur place ; la servitude subie, la torture acceptée, le supplice réclamé par les âmes qui n'ont pas péché pour en dispenser les âmes qui ont failli ; l'amour de l'humanité s'abîmant dans l'amour de Dieu, mais y demeurant distinct et suppliant ; de doux êtres faibles ayant la misère de ceux qui sont punis et le sourire de ceux qui sont récompensés 2. * Les Misérables, 2 partie, 1. VII, c. viii. 2 Ibîd., 1. VIII, c. IX. * VICTOR HUGO AVANT 1830 ïi Mais ces citations nous ont entraîné bien loin de la mère du poète, qui ne partageait pas les sentiments religieux de sa sœur Madeleine et de sa tante Mère Lenormand-Dubuisson. C'est du moins ce qu'affirme l'auteur de Victor Hugo raconté par un téînoin de sa vie. Après avoir dit que le capitaine Joseph-Léopold- Sigisbert Hugo et M^e Sophie Trébuchet se marièrent civilement à l'Hôtel de Ville, et qu'il n'y eut pas do mariage religieux, il ajoute Les églises étaient fermées dans ce moment, les prêtres enfuis ou cachés, les jeunes gens ne se donnèrent pas la peine d'en trouver un. La mariée tenait médiocrement à la béné- diction du cin^é, et le marié n'y tenait pas du tout V» 1 Yldor Hiujo raconté, olr., I, p. 17. CHAPITRE II L'Enfance du poète Le haptême d'Abel. — La Corse, l'île d'Elbe et l'Italie. — Napo- léon 1er et Victor Hugo. — Les Feuillantines. — Madrid et le collège des Nobles. — Retour à Paris. — La légende de l'édu- calion cléricale de M. Victor Hugo. Le père et la mère Lari- vière. Mme Hugo et M^e Phlipon. L'entresol du bonhomme Royol. — La mère de M. Victor Hugo et la mère de Lamar- tine. La mère de Chateaubriand et celle de Béranger, — Le parrain de M. Victor Hugo et le dix-huit brumaire. — La brigande de la Vendée et le brigand de la Loire. Un érudit, poète à ses heures, M. Edouard Fournier, dans sa notice sur le chef de l'école romantique, dit qu'il était le second des trois fils de Joseph-Léopold- Sigisbert Hugo ^ Il y a là une légère inexactitude. M. Edouard Fournier avait-il donc oublié la pièce des Contemplations qui commence ainsi Mes deux frères et moi, nous étions tout enfants Notre mère disait Jouez, mais je défends Qu'on marche dans les fleurs et qu'on monte aux échelles.» Abel était l'aîné, j'étais le plus petit. 1 Soiivenirs poétiques de l'Ecole romantique, par Edouard Fournier. p. 100. — 1880. VICTOR HUGO AVANT 1830 43 N6 à Paris le 15 novembre 1798, Abel fut baptisé à Nancy dix-neuf mois plus tard. A défaut de son acte de naissance, qui a péri, lors des incendies de la Commune, avec tous les registres de l'état civil anté- rieurs à 1860, nous pouvons donc donner son acte de baptême, copié sur les registres de la paroisse Saint- Epvre. Il porte la date du i^r thermidor an YIII 20 juillet 1800 Jean-François, fils de Joseph-Léopold-Sigisbert Hugo, chef de bataillon, et de Sophie-FrançoiseTrébuchet, a été baptisé le 1er thermidor an VIII, âgé d'environ dix-neuf mois ; a eu pour parrain François-Juste Hugo, fils majeur de feu Joseph Hugo, oncle paternel de l'enfant, et pour marraine Jeanne- Marguerite Michaud, veuve de Joseph Hugo, ayeule mater- nelle, qui ont signé. Pagnant. — Hugo Jeune. — Michaud, veuve Hugo. Pagnant était le curé constitutionnel de la paroisse Saint-Epvre. Le second des trois frères, Eugène, naquit à Nancy le 29 fructidor an VIII 16 septembre 1800. Son acte de naissance fut dressé le lendemain par Bouteiller, adjoint au maire, en présence d'André-Urbain Decom- ble, caissier de la recette d'arrondissement, et de Julie Hugo, âgée de vingt-neuf ans. Le chef de bataillon Hugo, appelé, dans les premiers mois de 1801, à commander le quatrième bataillon de la 20e demi-brigade, en garnison à Besançon, y avait fait venir sa femme et ses deux enfants. C'est dans cette ville que Victor Hugo est né, le 26 février 1802 7 ventôse an X. 44 VICTOR JJL'GO AVANT 1830 Voici l'extrait de naissance Du huitième du mois de ventôse l'an dix de la République. Acte de naissance de Victor-Marie Hugo, né le jour d'hier à dix heures et demie du soir, fils de Joseph-Léopold-Sigis- bert Hugo, natif de Nancy Meurthe, et de Sophie-Françoise Trébuchet, native de Nantes Loire-Inférieure ; — profession de chef de bataillon de la 20e demi-brigade, demeurant à Besançon — mariés ; — présenté par Joseph-Léopold-Sigis- bert Hugo. — Le sexe de l'enfant a été reconnu être mrde. Premier témoin, Jacques Delelée, chef de brigade, aide-de- camp du général Moreau, âgé de quarante ans, domicilié audit Besançon. Second témoin, Marie-Anne Dessirier, épouse du citoyen Delelée, âgée de vingt-cinq ans, domiciliée à la dite ville. Sur la réquisition à nous faite par le citoyen Joseph-Léopold- Sigisbert Hugo, père de l'enfant. Et ont signé Hugo, Dessirier, épouse Delelée, Delelée. Constaté suivant la loi par Charles-Antoine Séguin, adjoint au maire de cette commune, faisant les fonctions d'of- ficier public de l'Etat civil. En 1798, le capitaine Hugo et sa femme n'avaient pas fait baptiser leur fils aîné, Abel ; mais on vient de voir qu'en 1800, ils avaient réparé cette omission. Gomment supposer qu'en 1802, après le rétablisse- ment de la religion en France, ils auraient négligé de faire conférer le baptême à leur nouvel enfanl? Nous trouvons d'ailleurs, au chapitre IV de Victor Hugo raconté par un témoin de sa vie, une lettre écrite par Madame Hugo au général Victor Lahorie et dans , laquelle elle lui disait A la veille d'être mère d'un troisième enfant, il me serait très agréable que vous fussiez le parrain de l'enfant qui va venir. ^> Lahorie VICTOR HUGO AVANT 1830 lo accepta. Il n'est donc pas douteux pour nous que M. Victor Hugo ait été baptisé ; nous devons dire cependant que nous avons fait compulser les registres de toutes les paroisses de Besançon pendant l'année 1802, et que l'ami qui avait bien voulu se charger pour nous de ces recherches n'a pas trouvé trace de l'acte do baptême de Marie-Victor Hugo. H Avec nos camps vainqueurs, dans l'Europe asservie, J'errai, je parcourus la terre avant la vie. Rien n'est plus exact que ces deux vers du poète, empruntés à la pièce des Odes et Ballades qui a pour titre Mon enfance. A peine âgé de six semaines, il faisait son premier voyage et allait de Besançon à Marseille. De Marseille, le quatrième bataillon de la 20e demi-brigade fut envoyé en Corse et à l'île d'Elbe. Les trois fils du commandant Hugo le suivirent et, pendant trois ans, ils allèrent d'une île à l'autre, tantôt à Porto-Ferrajo, tantôt à Baslia. La première langue que balbutia le jeune Victor fut donc Fitalien des îles, c'est-à-dire la même langue qu'avait, aux mêmes lieux, parlée l'enfant qui devait être Napoléon. Jean-Jacques Rousseau disait de la Corse, en 1762, dans un chapitre du Contrat social J'ai quelque pressentiment que cette petite île étonnera l'Europe \ » 1 Contrat social, 1. II, ch. x. 3. 4 VICTOR HUGO AVANT 1830 Nul doute que, dans ropinion de M. Victor Hugo, cette petite île n'ait doublement justifié le pressenti- ment de Jean-Jacques^ puisqu'elle a été la nourrice de deux hommes également grands, — à ses yeux du moins, — l'homme d'Austerlitz et l'homme diHernam, le captif de Sainte-Hélène et le proscrit de Guernesey, le poète et l'empereur, géants tous deux, occupant, dans l'ordre de l'action et dans l'ordre de la pensée, les deux sommets du dix-neuvième siècle... et de tous les siècles, — Napoléon Bonaparte et. . . Victor Hugo ! Le monde au-dessous d'eux s'échelonne et se groupe. Ils font et défont. L'un déli et l'autre coupe. L'un est la vérité, l'autre est la force. Ils ont Leur raison en eux-mêmes, et sont parce qu'ils sont * ! Sur la fin de l'an XIII septembre 1805, Mme Hugo, dont le mari avait reçu l'ordre d'embarquer son ba- taillon pour Gênes et de gagner à marches forcées 1 TIernani, arte IV, srène ii. — Se faire accepter comme l'héritier véritable, comme le successeur et Tégal de Napoléon le Grand, telle a été, pendant plus de vingt ans, la préoccupation prinf'ipaie de l'auteur de Napoléon le Petit. II lui plaît que l'on voie en lui l'homme prédestiné qui devait, en se combinant avec Napoléon, selon la mystérieuse algèbre de la Providence, donner complète à l'avenir la formule générale du dix-neuvième siècle ». — . Jusqu'ici, écrivait-il encore en 1833, vous n'avez qu'un profil de ce siècle, Napoléon ; laissez se dessiner l'autre. La physionomie de cette époque ne sera fixée que lorsque la révolution française, qui s'est faite homme dans la société sous la forme de Bonaparte, se sera faite homme dans l'art. Et cela sera. Notre siède tout entier s'encadrera et se mettra de lui-même en pers- pective entre ces deux grandes vies parallèles, l'une du soldat, rautre de l'écrivain, l'une toute d'action, l'autre toute de pensée, qui s'expliqueront et se commenteront sans cesse l'une par l'autre. Marengo, les Pyramides, Austerlitz, la Moskowa, Montereau, Waterloo, quelles épopées ! Napoléon a %es poèmes, le poète aura ses batailles, » {Littératui^e et Philosophie mê- lées, p. 341. VICTOR nUGO AVANT 1830 47 l'Adige et l'armée d'Italie \ quitta la Corse avec ses trois fils et vint à Paris, où elle se logea au numéro 24 de la rue de Glichy, dans une maison aujourd'hui dé- molie et qui se trouvait sur l'emplacement occupé par le square de l'église de la Trinité. Pendant que Victor allait à l'école rue du Mont- Blanc^, Napoléon entrait à Vienne, gagnait la bataille d'Austerlitz, signait le traité de Presbourg, donnait à son frère Louis le trône de Hollande et le trône de Naples à son frère Joseph. Le chef de bataillon Hugo, qui avait connu le prince Joseph à Lunéville, passait à son service, s'emparait de Michel Pezza, dit Fra- Diavolo, partisan habile et redouté, dont les coups de main, presque toujours couronnés de succès, inquié- taient vivement la royauté nouvelle, et se voyait ré- compensé de ses services par le brevet de colonel de Royal-Corse et par le titre de gouverneur de la pro- vince d'Avellino^ Son premier soin fut d'écnre à sa femme de venir le rejoindre ; et, à la fm d'octobre 1807, M^e Hugo se mit en route avec ses enfants. Les voyageurs traver- sèrent le mont Cenis, virent Turin, Florence, Rome, et arrivèrent à Naples Naple aux bords embaumés, où le printemps s'arrête Et que Vésuve en feu couvre d'un dais brûlant, Comme un guerrier jaloux qui, témoin d'une fête, Jette au milieu des fleurs son panache sanglant^. 1 Mémoires du f/énéral Hugo, t. I, p. 112. 2 Aujourd'hui la rue de la Chaussée-d'Antin. 3 Mémoires du général Hugo, t. I, p. 170, 4 Mon enfance Odes et Ballades. 48 VICTOR HUGO 1830 De Naples on se rendit à Avellino, ville pittoresque, pays abrupt et sauvage, semé de défilés, de gorges, de montagnes, fait à souhait pour emplir d'images inoubliables les yeux et l'esprit de l'enfant que la fée de la poésie semblait prendre plaisir à promener ainsi du berceau de Napoléon à la tombe de Virgile. Pendant son séjour à Avellino, son père le fit ins- crire sur les contrôles du régiment de Royal-Corse. M. Victor Hugo a donc été enfant de troupe, ce qui lui a permis de dire plus tard Moi qui fus un soldat quand j'étais un enfant ! Et ailleurs J'aime les gens d'épée, en étant moi-même un. Seulement lorsqu'il a rappelé ce souvenir dans sa lettre et Charles Hugo^, il l'a fait avec son inexactiude accoutumée A ma naissance, j'ai été inscrit par mon père sur les contrôles du Royal-Corse. Oui, Corse. Ce n'est pas ma faute. » A la naissance du poète, en 1802, le régiment de Royal-Corse n'existait pas. Il fut créé seulement en 1806, dans le royaume de Naples, pour aider le roi Joseph à combattre les par- tisans de la Fouille et des Calabres ^. Au mois de juin 1808, Joseph passa roi d'Espagne. Dès son arrivée à Madrid, il adressa au gouverneur d'Avellino, par un courrier extraordinaire, une lettre dans laquelle il lui proposait de venir le rejoindre ^. 1 18 décembre 1869. Pendant l'Exil, par Victor Hugo, p. 382 2 Mémoires du général Hugo, t. I, ch. xxvi. 3 Ibid.. t. I, p. 187. VICTOR HUGO AYANT 1830 49 Le colonel Hugo accepta Toffre qui lui était faite et se dirigea immédiatement vers l'Espagne, tandis que sa famille revenait à Paris. M»^ Hugo se logea d'abord dans une maison voisine de réglise Saint-Jacques- du-Haut-Pas , puis, au bout de peu de temps , s'installa, tout près du Val-do-Grâce, au rez-de- chaussée d'une vaste maison qui avait été, avant la révolution, le couvent des Feuillantines. M. Victor Hugo a immortalisé, dans ses poésies, le souvenir de la maison et du jardin des Feuillan- tines, n y a passé les trois années écoulées depuis la fin de 1808 jusqu'à son départ pour l'Espagne, au printemps de 1811. Lorsqu'il revint de Madrid, au commencement de 1812, il rentra aux Feuillantines pour y demeurer jusqu'au 31 décembre 1813. Qui n'a présente à la mémoire la pièce des Rayons et des Ombres Ce qui se passait aux Feuillantines vers 1813? Le jardin était grand, profond, mystérieux, Fermé par de hauts murs aux regards curieux... Et tout ce beau jardin, radieux paradis, Tous ces vieux murs croulants, toutes ces jeunes roses, Tous CS objets pensifs, toutes ces douces clioses, Parlèrent à ma mère avec l'onde et le vent, ¥A lui dirent tout bas Laisse-nous cet enfant !... ^ ^ Il est revenu ailleurs, — non plus en vers cette fois, — sur ces radieux souvenirs, colorés des premiers feux du matin et trempés des larmes de l'aurore 1 Voy. aiissi^ dans les Contemplations, la pièce intitulée Aux Feuil- lantines. oO VICTOR HUGO AVANT 1830 Je me revois enfant, écolier rieur et frais, jouant, courant, criant avec mes frères dans la grande allée verte de ce jardin sauvage où ont coulé mes premières années, ancien enclos de religieuses que domine de sa tête de plomb le sombre dôme du Val-de-Gràce. Et puis, quatre ans plus tard, m'y voilà encore, toujours enfant, mais déjà rêveur et passionné. Il y a une jeune fille dans le solitaire jardin. La petite Espagnole, avec ses grands yeux et ses grands cheveux, sa peau brune et dorée, ses lèvres rouges et ses joues roses, l'Andalouse de quatorze ans, Pepa. Nos mères ont dit d'aller courir ensemble i... La charmante Pepa, c'est M'^^ Foucher, celle qui sera quelques années plus tard la femme du poète et sur laquelle il a écrit là, dans le Dernier jour d'un condarrmé, livre étrange où Ton ne s'attendait guère à les rencontrer, des pages vraiment délicieuses. III Cependant, à l'heure même où le vieil enclos des Feuillantines est témoin de ces fraîches idylles, là-bas, en Espagne, les bataillons s'cntre-choquent, le canon tonne avec fureur, le sang coule dans les ravins comme l'eau des torrents, et le vieux soldat, le père, songeant, le soir de la bataille, aux trois enfants dont il est séparé depuis tant de mois, sent une larme humecter sa paupière, pendant que, suivi de son hussard fidèle, il parcourt à cheval Le champ couvert de sur qui tombe la nuit 2. 1 Le Dernier jour d'un condamné, ch. XXXIII. 2 Après la bataille. {La Légende des siècles, XIII. VICTOR HUGO AVANT 1830 o1 La situalion de l'ancien colonel du Royal-Corse a d'ailleurs singulièrement grandi. Il a été nommé successivement aide de camp du roi, général, premier majordome du palais, comte de Gisuentes, inspecteur général de tous les corps formés et à former dans la péninsule, gouverneur des trois provinces d'Avila, de Ségovie et de Soria. Le siège de son gouvernement était établi à Ségovie. Au printemps de 1811, il appela auprès de lui M™e Hugo et ses fils, qui partirent avec un convoi composé de quinze cents fantassins, de cinq cents che- vaux et de quatre canons. On traversa successivement Irun, Ernani, Tolosa, Burgos, Valladolid et Ségovie L'Espagne me montrait ses couvents, ses bastilles ; Burgos, sa cathédrale aux gothiques aiguilles ; Irun, ses toits de bois, Vittoria ses tours; Et toi, Valladolid, tes palais de familles, Fiers de laisser rouiller des chaînes dans leurs cours ^... Le général n'était plus à Ségovie, oii il avait été remplacé par le comte de Tilly, et M^^ Hugo en repartit, au bout de quelques jours, pour conduire ses enfants à Madrid. La famille du majordome du palais s'installa au palais Masserano, dont Victor et son frère Eugène sortirent bientôt pour être pensionnaires au collège des Nobles. Abel resta pour être page du roi Joseph. Victor, que l'on destinait, lui aussi, à entrer dans les pages, vécut un an entre les quatre grands murs du collège, où il eut pour ami le fils 1 Mon enfance. {Odes et Ballades. 52 VICTOR HUGO AVANT 1830 aîné du duc de Benavente, qu'il devait retrouver à Paris, en 1825. C'est à lui qu'est adressée l'ode vingt et unième des Odes et Ballades A RAMONy duc de Ben av. Hélas ! j'ai compris ton sourire, Semblable au ris du condamné, Quand le mot qui doit le proscrire A son oreille a résonné ! En pressant ta main convulsive, J'ai compris ta douleur pensive Et ton regard mome et profond. Qui, pareil à l'éclair des nues, Brille sur des mers inconnues. Mais ne peut en montrer le fond. Le collège des Nobles était fréquemment témoin de ces combats d^ enfants pour le grand empereur, dont l'auteur des Orientales fait quelque part mention S et oi^i les fils du premier majordome du palais rencon- traient surtout pour adversaires deux Espagnols l'un, appelé Frasco, comte de Belverana, qui, un jour, se jeta sur Eugène et le blessa à la joue, ce qui lui a valu de donner son nom à l'un des personnages les moins sympathiques des drames de M. Victor Hugo, à ce Gubetta, comte de Belverana, gentilhomme castil- lan, l'âme damnée de Lucrèce Borgia, Gubetta-polson, Gubeita-poignard , Gubetta-gibet ^ ; — l'autre un affreux grand gaillard, à cheveux crépus, à mains griffues, mal bâti, mal peigné, mal lavé, hargneux et risible ^ », qui s'appelait Elespuru, et dont le nom 1 Les Orientales, XLI. 2 Lucrèce Borgia, acte I*', l'^ partie, 3 Victor Hugo raconté, etc., t. I, p. 200. VICTOR lU'GO AVANT 1830 o3 s'est retrouvé plus tard sous la plume du poète, qui, sans doute en souvenir de quelques taioches reçues, en a fait l'un des quatre fous de Cromwell, celui qui chante, au troisième acte du drame Oyez ceci, bonnes âmes ! J'ai voyagé dans l'enfer. Moloch, Sadoch, Lucifer Allaient me jeter aux flammes. Avec leurs fourches de fer. Déjà prenait feu mon linge ; Mon pourpoint était roussi ; Mais par bonheur, Dieu merci ! Satan me prit pour un singe, Et me lâcha — Me voici. IV Au commencement de 1812, en présence de la tour- nure fâcheuse que prenaient les affaires des Français en Espagne, le général Hugo jugea prudent de ren- voyer à Paris sa femme et ses deux plus jeunes enfants. L'aîné, déjà sous-lieutenant, demeura avec son père. W^^ Hugo reprit son logement des Feuillantines, et c'est là qu'Eugène et Victor achevèrent leur éduca- tion classique sous le vieux maître, M. Larivière, qui, de 1808 à 1811, leur avait enseigné les premiers éléments du latin. Depuis qu'il est devenu républi- cain, M. Victor Hugo a trouvé bon de faire de son vieux maître un émule du P. Loriquet, afin de bien montrer que, s'il avait été, sous la Restauration, catholique et royaliste, il en fallait rendre respon- 54 VICTOR HUGO avant 1830 sable Véducation cléricale dont son enfance avait été victime, ïétroite éducation de caste et de clergé qui avait déformé son intelligence. Au commencement de ce siècle, dit-il, un enfant habitait, dans le quartier le plus désert de Paris, une grande maison qu'entourait et qu'isolait un grand jardin. Cet enfant vivait là, seul, avec sa mère et ses deux frères et un vieux prêtre, ancien Oratorien, encore tout tremblant de 93, digne vieillard persécuté jadis et indulgent maintenant, qui était leur clément précepteur, et qui leur enseignait baucoup de latin, un peu de grec et pas du tout d'histoire Le digne prêtre-précep- teur s'appelait l'abbé de la Rivière. Avoir été enseigné dans sa première enfance par un prêtre est un fait dont on ne doit parler qu'avec calme et douceur ; ce n'est ni la faute du prêtre ni la vôtre. C'est, dans des con- ditions que ni l'enfant ni le prêtre n'ont choisies, une ren- contre malsaine de deux intelligences, Tune petite, l'autre rapetissée, l'une qui grandit, l'autre qui vieillit. La séniiïté se gagne. Une âme d'eafant peut se rider de toutes les erreurs d'un vieillard Le prêtre a été lui-même anciennement le patient de cet enseignement dont il est aujourd'hui l'opérateur ; devenu maître, il est resté esclave. De là ses leçons redoutables. Quoid^ plus terrible que le mensonge sincère ? Le prêtre enseigne le faux, ignorant le vrai ; il croit bien faire. Cet enseignement a cela de lugubre que tout ce qu'il fait pour l'enfant estfait contre l'enfant ; il donne lentement on ne sait quelle courbure à l'esprit; c'est de l'orthopédie en sens inverse ; il fait tors ce que la nature a fait droit ; il lui arrive, affreux chefs-d'œuvre, de fabriquer des âmes difformes, ainsi Torquemada ; il produit des intelHgences inintelligentes, ainsi Joseph de Maistre ; ainsi tant d'autres, qui ont été les victimes de cet enseignement avant d'en être les bourreaux. Étroite et obscure éducation de caste et de clergé qui a pesé sur nos pères et qui menace encore nos fils ! VICTOR HUGO AVANT 1830 55 Cet enseignement inocule aux jeunes intelligences la vieil- lesse des préjugés; il ôte à l'enfant Taube et lui donne la nuit, et il aboutit à une telle plénitude du passé, que l'àme y est comme noyée, y devient on ne sait quelle éponge de ténèbres et ne peut plus admettre l'avenir... Les trois écoliers des Feuillantines étaient soumis à ce périlleux enseignement *. Il est fâcheux, pour ce plaidoyer du poète, que les bases sur lesquelles il repose aient été détruites d'avonce par le témoin de sa vie, c'est-à-dire par lui- même. On lit, en effet, au tome premier de ses Mémoires, une page singulièrement curieuse sur le digne prêtre-précepteur, M. Larivière. Voici cette page La mère s'inquiéta bientôt de commencer leur éducation. Ils n'avaient pas, surtout Victor, l'âge du collège; elle les envoya d'abord à une école de la rue Saint-Jacques, où un brave homme et une brave femme enseignaient aux fils d'ouvriers la lecture, l'écriture et un peu d'arithmétique. Le père et la mère Larivière, comme les appelaient les écoliers, méritaient cette appellation par la paternité et la maternité de leur enseigne- ment. Ça se passait en famille. La femme ne se gênait pas, la classe commencée, pour apporter au mari sa tasse de café au lait, pour lui prendre des mains le devoir qu'il était en train de dicter, et pour dicter à sa place pendant qu'il déjeunait. Ce Larivière, du reste, était un homme instruit et qui eût pu être mieux que maître d'école. Il sut très bien, quand il le fallut, enseigner aux deux frères le latin et le grec. C'était un ancien prêtre de l'Oratoire. La révolution l'avait épouvanté, et il s'était vu guillotiné s'il ne se mariait pas ; il avait mieux aimé donner sa main que sa tète. Dans sa précipitation, il * Actes et paroles, par V. Hugo. t. I, Introduction , IS7". 56 VICTOR lU'GO AVANT 1830 n'était pas allé chercher sa femme bien loin ; il avait pris la première qu'il avait trouvée auprès de lui, sa servaate K Allons ! avouez-le, avec ce prêtre jureiir qui a épousé sa servante, nous voilà loin, bien loin de Jo- seph de Maistre et du P. Loriquet ! Est-ce tout? Non. Le poète a ou un autre maître que le digne abbé-précepteur, il a eu sa mère. J'eus dans ma blonde enfance, hélas ! trop éphémère, Trois maîtres un jardin, un vieux prêtre et ma mère -. Or le système d'éducation de M^^ Hugo était en- core moins clérical que celui du père et de la mère Larivière ». M^^ Roland raconte, dans ses Mémoires, qu'un jour, toute jeune encore, elle lisait Candide, lorsqu'elle fut surprise par une voisine, M"^^ Ghar- bonné, qui dénonça le fait à sa mère et lui en té- moigna son étonnement. Ma mère sans lui répondre, continue M^e Roland, me dit purement et simple- ment de reporter le livre où je l'avais pris. Je regar- dai de bien mauvais œil cette femme à ligure re- vôche, grosse à pleine ceinture, grimaçant avec im- portance, et depuis onques je n'ai souri à M'"^ Ghar- bonné. Mais ma bonne mère ne changea rien à son allure fort singulière, et me laissa lire ce que je trou- vais, sans avoir l'air d'y regarder, quoiqu'en sachant fort bien ce que c'était ^. » ]\jrae Hugo faisait mieux encore que cette excellenle M»^e Phlipon. Aimant beaucoup à lire, et ne voulant 1 Victor Hugo raconté, et'"., t. I, p. 57. 2 Les Rayons cl les Ombres. 3 Mémoires de Mme Roland, édition Danban, p. 17. VICTOR UUGO AVANT 1830 57 pas s'exposer à entamer une lecture ennuyeuse, elle faisait essayer ses livres par ses enfants. Ici en- core, il faut citer les propres paroles de l'auteur de Victor Hugo raconté par un témoin de sa vie Mme Hugo était pour l'éducation en liberté. On a déjà vu qu'en fait de culte elle n'avait pas voulu violenter rame de ses fils et leur faire leur religion ; elle ne gênait pas plus leur intelligence que leur conscience. Elle lisait beaucoup et avait un abonnement à l'année chez un loueur de livres. Quand on aime lire, quelque livre qu'on ait commencé, on va jusqu'au bout ; afin de ne pas s'engager dans une lecture trop en- nuyeuse, Mme Hugo faisait essayer ses livres par ses enfants. Elle les envoyait chez son loueur, un nommé Royol, qui était un bonhomme très particulier... Les deux frères Eugène et Victor allaient chez ce bonhomme, fourrageaient dans sa bi- bhothèque, et emportaient ce qu'ils voulaient. Avec ces deux pourvoyeurs qui ne manquaient jamais à sa faim de livres, Mme Hugo en consomma effroyablement et eut bientôt épuisé le rez-de-chaussée du bonhomme Royol ; il avait bien encore un entresol, mais il ne se souciait guère d'y introduire des en- fants ; c'était là qu'il reléguait les ouvrages d'une philosophie trop hardie ou d'une moraUté trop libre pour être exposés à tous les yeux. Il fit l'objection à la mère, qui lui répondit que les hvres n'avaient jamais fait de mal, et les deux frères eu- rent la clef de l'entresol. L'entresol était un pêle-mêle. Les rayons n'avaient pas suffi aux livres et le plancher était couvert. Pour n'avoir pas la peine de se baisser et de se relever à tout moment, les enfants se courbaient à plat ventre et dégustaient ce qui leur tombait sous la main. Quand l'intérêt les empoignait, ils restaient quel- quefois là des heures entières. Tout était bon à ces jeunes ap- pétits, prose, vers, mémoires, voyages, sciences. Ils lurent ainsi Rousseau , Voltaire, ^Diderot ; ils lurent Faublas et d'autres romans de même nature K 1 Victor Ilurjo raconté, etc., t. I, p. 213-21o. S8 VICTOR HUGO AVANT 1830 Le voilà donc connu ce secret plein d'horreur ! Cette étroite et obscure éducation de caste et de clergé qui a pesé sur l'enfance du poète ; cet ensei- gnement lugubre qui a cloîtré sa jeunesse dans Lori- quet *, les voilà ! Nous savons maintenant quelle réa- lité se cache sous cette légende de V éducation cléri- cale de M. Hugo. La réalité, la voici une éducation en liberté ; pour maître, un prêtre apostat, qui se fait à l'occasion remplacer dans sa classe par sa cuisinière, devenue sa femme; pour guide, une mère voltai- rienne, dont l'un des principes est que les livres, — même les livres obscènes, — n'ont jamais fait de mal ; — pour salle d'études, l'entresol d'un bon- homme très particulier, qui avait entassé là, pêle- mêle, les ouvrages de Voltaire et de Louvet, de Dide- rot et de Restif de la Bretonne ^ ! 11 était essentiel de rétablir la vérité sur ce point, et ce n'est pas ma faute, si je n'ai pu le faire sans montrer la mère du poète telle que lui-même nous l'a peinte. En reproduisant ces pages sur Mi"tl ij >, die - tées par son fils, écrites par sa belle-fille, je ne pou- vais me défendre de reporter ma pensée sur cette ad - mirable et noble femme qui a été la mère de Lamar - 1 Les Contemplations, t. II, p. 8b. 2 Sainte-Beuve, Biographie des Contempo- rains. 1831. VICTOR HUGO AVANT 1830 50 tine, et dont il nous a laissé, dans les Confidences, un si vivant portrait Ma pensée, dit-il, toujours en communication avec celle de ma mère, se développait, pour ainsi dire, dans la sienne... Le goût de la lecture m'avait pris de bonne lieure... Je regardais avec envie les volumes rangés sur quelques planches dans un petit cabinet du salon. Mais ma mère modérait chez moi cette impatience de connaître ; elle ne me hvrait que peu à peu les livres et avec intelligence On peut dire que ma mère vivait en Dieu, autant qu'il est permis à une créature d'y vivre. Il n'y a pas une face de son âme qui n'y fût sans cesse tournée, qui ne fût transparente, lumineuse, réchaufïee par ce rayonnement d'en haut, décou- lant directement de Dieu sur nos pensées. Il en résultait pour elle une piété qui ne s'assombrissait jamais. Elle croyait hum- blement, elle aimait ardemment, elle espérait fermement... Elle était née pieuse, comme on naît poète ; la piété, c'était sa nature ; l'amour de Dieu, c'était sa passion ! mais cette pas- sion, par l'immensité de son objet et par la sécurité même de sa jouissance, était sereine, heureuse et tendre comme toutes ses autres passions. Cette piété était la part d'elle-même qu'elle désirait le plus nous communiquer. Faire de nous des créatures de Dieu en esprit et en vérité, c'était sa pensée la plus maternelle... Sa piété, qui découlait de chacune de ses inspirations, de chacun de ses actes, de chacun de ses gestes, nous enveloppait, pour ainsi dire, d'une atmosphère du ciel ici-bas. Nous croyions que Dieu était derrière elle, et que nous allions l'entendre et le voir, comme elle semblait elle-même l'entendre et le voir, et converser avec lui à chaque impression du jour. Dieu était pour nous comme l'un d'entre nous. Il était né en nous avec nos premières et nos plus indéfinissables impressions. Nous ne nous souvenions pas de ne pas l'avoir connu ; il n'y avait pas un premier jour où on nous avait parlé de lui. Nous l'avions toujours vu en tiers entre notre mère et nous. GU VlCTOll HUGO AVANT 18^0 Son nom avait été sur nos lèvres avec le lait maternel, nous avions appris à parler en le balbutiant. A mesure que nous avions grandi, les actes qui le rendent présent et même sensible à Tàme s'étaient accomplis vingt fois par jour sous nos yeux. Le matin, le soir, avant, après nos repas, on nous avait fait faire de courtes prières. Les genoux de notre mère avaient été longtemps notre autel familier. Sa figure rayonnante était toujours voilée à ce moment d'un recueillement respectueux et un peu solennel, qui nous avait imprimé à nous-mêmes le sen- timent de la gravité de Tacte qu'elle nous inspirait. Quand elle avait prié avec nous et sur nous, son beau visage devenait plus doux et plus attendri encore. Nous sentions qu'elle avait communiqué avec sa force et avec sa joie pour nous en inon- der davantage 1. Et maintenant viennent la jeunesse et ses passions, la vieillesse et ses douleurs, les révolutions et leurs orages, le fils d'une telle mère pourra voir s'obscurcir et se voiler les rayons de la foi qu'elle a déposée au fond de son âme ; comme la lampe qui veille au fond du sanctuaire, elle ne s'éteindra jamaistout à fait. Il ne descendra jamais à d'indignes blasphèmes ; même au plus profond de sa chute, il balbutiera encore avec respect et avec amour le nom du Dieu qui a béni son enfance, et lorsque approchera l'heure suprême, il pressera sur ses lèvres mourantes le crucifix qui a reçu le dernier soupir de sa mère ! Il ne m'appartient pas d'insister plus longuement sur le rapprochement auquel j'ai été conduit presque ^ Les Confidences, par A. de Lamartiac, 1. IV. — Le Manuscrit de ma mère, publié par A. de Lamartine. — Chateaubriand a dit de sa mère, dans ses Mémoires d' Outre-tombe Pour la piété, manière était un ange. '> — Béranger a dit de la sienne qu'elle servait dans les troupes légères du beau sexe, qu'elle aimait la toilette au-dessus de tout. VICTOR HIGO AVANT 1830 01 malgré moi; j'estime d'ailleurs que ce serait manquer à l'admiration mémo et au respect que je professe pour la mère de Lamartine que d'opposer sa mémoire à celle de la mère do M. Victor Hugo. Mais je tiens en mémo temps que la critique littéraire ne serait plus qu'un jeu puéril, si elle se refusait à proclamer les enseignements qui se dégagent de la vie et des œuvres des écrivains qu'elle étudie. Or, ici, comment ne pas faire remarquer que les leçons reçues au foyer de la famille par l'enfant qui sera, un jour, un poète, un orateur ou un historien, sont les plus puissantes de toutes; qu'à cet enfant, à ce jeune homme, des- tiné à répandre un jour autour de lui la poésie ou l'éloquence, elles impriment une direction favorable ou funeste, qui sera le salut ou la perte de Lien des âmes ? Mères, dont le fils porte au front le signe du génie, n'oubliez jamais la grandeur de la mission que Dieu vous a donnée ; n'oubliez pas que vous avez charge d'âmes, non seulement de l'âme de cet enfant que vous avez nourri de votre lait, mais encore de toutes ces âmes à qui votre fils versera le lait et le vin de sa parole. Yl Par une contradiction singulière, en même temps qu'il nous peint son enfance courbée sous le joug d'une étroite et obscure éducation de caste et de clergé, 32 VICTOR UUGO AVA>T 1830 et cet enseignement lugubre inoculant àsajeime intel- ligence la vieillesse des préjugés \ M. Victor Hugo s'attache à nous persuader qu'il est non seulement un républicain de la veille, mais encore un républicain de naissance. Dans l'introduction de son livre Actes et Paroles, il se réclame de son parrain, le général Lahorie, qui lui aurait donné, aux Feuillantines, à l'heure où l'Empire était à son apogée, des leçons de républicanisme. Lahorie, qui avait été impliqué dans la conspiration de Georges Gadoudal, de Pichegru et de Moreau, en 1804, — et non en 1801, — comme le dit M. Victor Hugo, par distraction ^, — et qui devait être fusillé dans la plaine de Grenelle, le 23 octobre 1812, pour la part qu'il avait prise à la conspiration du général Malet, — était venu demander à M^e Hugo, qui le lui avait généreusement accordé, un asile aux Feuillantines. C'est là que se serait passée, en 1809, la scène dont l'auteur AWctes et Paroles nous a tracé un si dramatique récit. Trois généraux, les comtes Drouet, Lucotte et de Tilly, sont venus visiter M^e Hugo. C'est le soir, le grand jardin est dans l'ombre, tandis qu'au dehors resplendit la clarté d'une fête en l'honneur de l'empereur et de la grande armée. La cou- pole du Panthéon est entourée d'un cercle d'étoiles, le dôme du Val-de-Grâce dresse une flamme à son sommet ; le canon des Invalides tire de quart d'heure en quart d'heure. Les trois généraux se pro- mènent dans les herbes du vieux jardin ; ils causent, 1 Actes et paroles, par Victor Hugo. Inlroductioa. 2 Avant VExiL p. 10. VICTOn HUGO AVANT 1830 63 et le jeune Victor, marchant à leurs côtés, grave au fond de sa mémoire chacune de leurs paroles. Sou- dain, dans le clair-obscur des arbres, apparaît Lahorie. — Quelqu'un est plus grand que Napoléon, dit Lahorie au général Lucotte. — Qui ? — Bonaparte. Il y eut un silence. Lucotte le rompit. — Après Marengo ? Lahorie répondit. — Avant Brumaire Brumaire, c'est la chute. — De la République, oui. — Non, de Bonaparte. Les trois hommes écoutaient, stupéfaits et sérieux. Lucotte s'écria — Tu as raison. Pour effacer Brumaire, je ferais tous les sacrifices. La B'rance grande, c'est bien ; la France libre, c'est mieux. — La France n'est pas grande si elle n'est pas libre. — C'est encore vrai. Pour revoir la France libre, je donnerais ma fortune. Et toi ? — Ma vie, dit Lahorie. Il y eut encore un silence. On entendait le grand bruit de Paris joyeux ; les arbres, étaient roses ; le reflet de la fête éclai- rait les visages de ces hommes ; les constellations s'eflaçaient au-dessus de nos têtes dans le flamboiement de Paris illuminé; la lueur de Napoléon semblait remplir le ciel. Tout à coup l'homme si brusquement apparu se tourna vers moi qui avais peur et me cachais un peu, me regarda fixeiiiont et me dit — Enfant, souviens-toi de ceci avant tout, la liberté. Et il posa sa main sur ma petite épaule, tressaillement que je garde encore. Puis il répéta 64 VICTOR HUGO AYANT 1830 — A vaut tout, la liberté. Et il reatra sous les arbres d'où il venait de sortir ^ La scène est belle ; est-elle vraie ? Suivant M. Tictor Hugo, sa mère assistait à l'entre- tien de Lahorie avec le général Lu cotte, et c'était à elle que ce dernier était venu faire visite. Gomment alors expliquer ce passage de Victor Hugo raconté par 171 témoin de sa vie Victor Huijo raconté, etr.. t. I. VICTOR I[[IGO ANANT 1830 65 1809, employé clans leTyrol, sous les ordres du maré- chal Lefebvre K Les trois interlocuteurs de Lahorie lui font donc défaut. Ses antithèses sur Bonaparte et Napoléon, sur Brumaire etMareng'o, sur Brumaire qui est la chute, — non de la république, — mais de Bonaparte il paraît que l'on cultivait l'antithèse, sous le premier empire, entre généraux, avec autant d'ardeur et de succès que, sous le gouvernement de Juillet, entre romxantiques, toutes ces belles paroles se heurtent, du reste, à une autre impossibilité Lahorie avait coopéré au 18 Bru- maire et il en tirait gloire. V Histoire de la conspira- tion du général Malet, par l'abbé Lafon, l'un des con- jurés, ne laisse à cet égard aucun doute. Devant la commission militaire chargée de juger le général Malet et ses coaccusés, Lahorie fit la déclaration suivante Je n'ai pas cru concourir à une conspira- tion ; j'ai cru concourir à la formation d' un nouveau gouvernement, c^ovumQ f ai concouru au 18 Brumaire. C'était dans Paris un môme état de tranquillité. Trompé par ce souvenir, j'ai pu, plus qu'un autre, être dans l'erreur ; et j'y ai été, j'en conviens ; je dirais fran- chement si jj avais eu un tort ^.» Tout le monde a lu, dans les Châtiments, la belle pièce intitulée l'Expiation. Dans une suite de tableaux d'un dessin vigoureux et d'un coloris superbe, le poète fait passer sous nos yeux la retraite de Moscou, 1 Biographie moderne, t. I. 2 Histoire de la complration du f/énéral Malet, par M. Tabbé Lafon, p. l2o. 6 VICTOR Ur. AVANT 1830 la déroute de Waterloo, l'agonie de Sainte-Hélène. A chaque nouveau coup qui le frappe, pst-ce le châtiment, Seigneur? demande Napoléon, etiuie voix lui répond dans l'ombre Non ! L'empereur a été ramené sur les rives de la Seine , il dort dans son tombeau des Invalides, confiant et tranquille, sacré par l'exil et par la mort. Une nuit, il s'éveille. Une vision, oii l'horrible le dispute au grotesque, emplit sa paupière son nom sert d'en- seigne à une baraque de la foire On quête des liards dans le petit chapeau. La redingote grise, couverte de taches sordides, s'étale sur le dos de Cartouche; et, à la porte de la baraque, des pitres essouflés se démènent en criant Nous sommes les neveux du grand Napoléon. L'horrible vision s'évanouit. L'empereur, désespéré, pousse un cri Les victoires de marbre à la porte sculptées, Fantômes blancs debout hors du sépulcre obscur, Se faisaient du doigt signe et, s'appuyant au mur. Écoutaient le Titan pleurant dans les ténèbres. Et lui cria — Démon aux visions funèbres, Toi qui me suis partout, que jamais je ne vois, Qui donc es-tu ? — Je suis ton crime, dit la voix. La tombe alors s'emplit d'une lumière étrange, Semblable à la clarté de Dieu quand il se venge ; Pareils aux mots que vil resplendir Balthazar, Deux mots dans l'ombre écrits flamboyaient sur César ; Bonaparte, tremblant comme un enfant sans mère, Leva sa face pale et lut — DIX-HUIT BRUMAIRE ! Quand M. Yictor Hugo écrivait ces vers, se VICTOR HUGO AVANT 1830 7 doutait-il que son parrain avait été l'un des auteurs du Dix-huit Brumaire, de ce crime, le plus grand de l'histoire, à ses yeux... après le Deux Décembre ? Lahorie effaça-t il du moins sa faute le jour où il prit part à la conspiration du général Malet? Aucu- nement. Cette conspiration, en effet, n'était rien moins qu'une entreprise républicaine. Duruy a très-bien démontré qu'elle avait pour but le réta- blissement de la Monarchie légitime \ Parmi les membres du gouvernement provisoire appelé à remplacer le gouvervement impérial, figuraient le général Moreau, le duc Mathieu de Montmorency et le comte Alexis de Noailles. Un des articles du sénatus-consulte, préparé par Malet et par l'abbé Lafon, son principal complice, portait que tous les émigrés seraient rappelés; un autre, qu'une dépu- tation Victor Hiujo raconté 2^0-1' un témoin de sa vie. 3 Victor Hugo raconté, etc., t. I"»-,, p. 309. — Palmarès des concours /é- néraux. Bibliothèque de la Sorbonno. 78 VICTOR HUGO AVANT 1830 rexactilude la plus minutieuse, de mettre la main à la fois aux choses sublimes et aux petites choses, comme Ghaiiemagne qui déployait dans la guerre, dans la politique et dans l'administration le génie le plus vaste, et qui s'occupait en même temps des lé- gumes de ses jardins et des œufs de ses basses-cours de minimis curai Victor. La distribution solennelle des prix du concours gé- néral entre les quatre collèges royaux de Paris, — Bourbon, Louis-le-Grand, Henri IV et Gharlemagne S — eut lieu, le 17 août 1818, dans la salle des séances publiques de l'Institut, sous la présidence de M. Royer- Gollard, ayant à sa droite M, Guvier et à sa gauche M. Sylvestre de Sacy l'Université reverra-t-elle jamais pareille fête ? Le discours latin, prononcé par M. Andrieux, pro- fesseur au collège Bourbon, avait pour texte Non metuenclum esse ne juvenes, in tractandis veterum scriptisy concipiant insanum status popularis amorem, aut regni odium legibus temperati ^. 1 Ce n"ost pas Louis XVIII qui a proscrit les noms de Lycée Impérial, Lycéf! Napoléon et Lycée Bonaparte, et les a remplacés par ceux de Louis- le-Grand, Henri IV et Bourbon, C'est le conseil imjiérial de l'instruction publique, présidé par le sénateur, comte de Fontanes. grand-maître de l'Uni- versité, qui, dès les premiers jours d'avril 1814, prit l'initiative de cette mesure et la réalisa sans même attendre l'arrivée du comte d'Artois 12 avril. 2 Un ancien élève de M. Andrieux, M. Albert du Boys, le savant auteur \e Y Histoire du droit criminel, de Catherine d'Aragon, etc., m'a fait l'hon- neur, après avoir lu ce passage dans le Correspondant, de m'écrire une lettre d'où j'extrais les lignes suivantes D'une piété égale à son talent, M. Andrieux faisait tous les samedis, de trois à quatre heures, à sa classe de rhétorique, un cours de religion ou de haut catéchisme. Michelet, alors élève de l'Ecole normale, venait le voir souvent et lui témoignait une grande déférence. » VICTOR HUGO AVANT 1830 79 Un incident signala la coromonie. En rhétorique, le premier et le second prix de discours latin furent remportés par les jeunes Demersan et Gibon, tous les deux élèves de Henri IV. Les camarades des lauréats célébrèrent la victoire de leur collège en demandant à grands cris l'air de Vive Henri IV f Les vaincus, de leur côté, acceptèrent galamment leur défaite, et l'on vit Bourbon et Louis-le-Grand répé- ter avec Gharlemagne Vive Henri IV f Parmi les lauréats de ce concours, il en est jus- qu'à sept qui auraient pu marquer d'avance leur place sur les bancs de l'Institut Eugène Burnouf, Sylvestre de Sacy,Éliede Beaumont, Littré, Duchâtel, Guvillier- Fleury et Victor Hugo. D'autres noms retentirent, le 17 août 1818, sous la coupole du palais Mazarin, qui devaient marquer plus tard dans la philosophie et dans les lettres, au théâtre et au barreau, à la Chambre des Pairs et à l'Ecole de droit Georges Farcy, Paravcy, Léon Halévy, Gustave et Léon de Wailly, Baroche, Léon Duval, de Kergorlay, Oudot et cet incomparable professeur de droit, mort à trente ans, au seuil même de la gloire, Joseph-Edouard Boitard. Le nom de Victor Hugo fit moins de bruit ce jour-là que celui de Paravey, qui remporta le premier prix de dissertation française, et je soupçonne que son cinquième accessit de physique passa inaperçu. A propos de cet accessit, le Témoin de sa vie fait cette remarque Contrairement à la philosophie, la phj^- sique l'avait vivement intéressé *. » N'y avait-il pas là 1 Vicioj^ Hiif/o rnrnnt^ par 11V témoin df sa rir. t. l»'', p. •SOfl. 80 VICTOR HUGO AYANT 1 S30 un symptôme significatif ? Tel enfant, tel homme ; tel était l'écolier, tel est resté le poète, plus sensible à la forme qu'au fond, plus préoccupé de la physique, c'est-à-dire de la nature et des objets matériels, que de la philosophie, c'est-à-dire des principes et de l'âme même des choses. Encore bien que Victor Hugo n'ait point été reçu à l'École polytechnique, — où d'ailleurs il ne se présenta pas, — les études spéciales auxquelles il se livra, pendant trois ans, à la pension Gordier, n'ont pas été perdues pour lui, et l'on en retrouve la trace en plus d'un endroit de ses oeuvres. Nous lisons, par exemple, au premier chapitre de Notre-Dame de Paris Maître Andry, reprit Jehan, toujours pendu à son chapi- teau, tais-toi, ou je te tombe sur la tète ! Maître Andry leva les yeux, parut mesurer un instant la hauteur du pilier, la pesanteur du drôle, multiplia mentale- ment cette pesanteur par le carré de la vitesse, et se tut. Dans Littérature et philosophie mêlées, à la fin d'un article sur un jeune poète suisse, Ymbert G;dlois, M. Victor Hugo écrit Toute grande ère a deux faces; tout siècle est un binôme, a -\' h, Thomme d'action , plus l'homme de pensée, qui se multiplient l'un par l'autre et expriment la valeur de leur temps. Mais c'est surtout dans les Misérables que sa passion pour le chiffre et sa prétention à l'exactitude et à la précision mathématique se donnent libre carrière. Il se complaît dans des calculs comme celui-ci VICTOR HUGO AVA?^T 1830 81 On a calculé qu'en salves, politesses royales et militaires, échanges de tapages courtois, signaux d'étiquettes, formalités de rades et de citadelles, levers et couchers du soleil salués tous les jours par toutes les forteresses et tous les navires de guerre, ouverture et fermeture des portes, etc., etc., le monde civilisé tirait à poudre par toute la terre, toutes les vingt- quatre heures, 150 000 coups de canon inutiles. A 6 francs le coup de canon, cela fait 900 000 francs par jour, 300 mil- hons par an qui s'en vont en fumée K L'application des mathématiques à la littérature ne saurait sans doute être proscrite d'une manière absolue ; mais du moins convient-il de ne point s'en servir pour jeter de la poudre aux yeux du lecteur, et d'en user sobrement, sans affectation et sans pé- dantisme, comme Ta su faire, dans une page de ses Mémoires y M^e de Staal Je fus reçue dans mon couvent, écrit-elle, avec une extrême joie. J'y vécus comme à mon ordinaire, avec mes amis, M. Brunel, Miles d'Epinay et M. de Rey, qui me témoignait toujours beaucoup d'attachement. Je découvris cependant, sur de légers indices, quelque diminution de ses sentiments. J'allais souvent voir Mlles d'Epinay, chez qui il était presque toujours. Comme elles demeuraient fort près de mon couvent, je m'en retournais ordinairement à pied, et il ne manquait pas de me donner la main pour me conduire jusque chez moi. Il y avait une grande place à passer, et dans les commencements de notre connaissance, il prenait son chemin par les côtés de cette place je vis alors qu'il la traversait par, le milieu ; d'où je jugeai que son ainour était au moins diirtinué de 'la diffé- rence de la diagonale aux deux côtés du carré ^. ^^"^ p Glissez, mortels, n^ appuyez pas. En ^ qiialité d'im 1 Les Misérables. 2 Mémoires de M°»e de Staal M'ie de Lauuay, [. .i",. 82 VICTOR HUGO AVANT 1830 mortel, M. Hugo a refusé de prendre pour lui ce con- seil, peut-être parce qu'il ne vient pas de Voltaire, à qui on l'attribue généralement, mais du poète Roy, lauréat de l'Académie française, en 1715, et dont Fontenelle disait C'est l'homme d'esprit le plus bête que j'aie connu. » L'auteur des Travailleurs de la mer appuie de toutes ses forces, il entasse chiffres sur chiffres^ il met de l'arithmétique partout. Le plus fécondant des engrais, dit-il dans la cinquième partie des Misérables, c'est l'engrais humain.... Tout l'en- grais humain et animal que le monde perd, rendu à la terre au lieu d'être jeté à l'eau, suffirait à nourrir le monde. La statis- tique a calculé que la France à elle seule fait tous les ans à l'Atlantique, par la bouche de ses rivières, un versement d'un demi-milhard Or, Paris contenant le vingt-cinquième de la population française, et le giumo parisien étant le plus riche de tous, on reste au-dessous de la vérité en évaluant à 25 mil- lions la part de perte de Paris dans le demi-milliard que la France refuse annuellement ^ Et plus bas De 1806 à 1831, on avait bâti annuellement, en moyenne, 750 mètres d'égouts ; depuis, on a construit tous les ans 8 et même 10 000 mètres de galeries, en maçonnerie de petits ma- tériaux à bain de chaux hydraulique sur fondation de béton. A 200 francs le mètre, les 60 lieues d'égouts du Paris actuel représentent 48 millions 2. Décidément, je préfère la géométrie de M"»e de Staal à l'arithmétique de M. Hugo. 1 Les Misérables, p. 687. 2 JbiiJ., p. 606, VICTOR iïUGO AVANT 1830 83 II Nascuntur poetœ ; mathematici fiunt. — Victor Hugo aurait pu devenir mathématicien ; mais certes il était né poète. A l'âge où les autres enfants sont à peine en état de distinguer la prose des vers, il sen- tait déjà s'éveiller en lui et chanter sur ses lèvres de vagues et fraîches mélodies. Mes souvenirs germaient dans mon âme échauffée ; J'allais chantant des vers d'une voix étouffée, Et ma mère, en secret, observant tous mes pas, Pleurant et souriant, disait C'est une fée Qui lui parle et qu'on ne voit pas i. On sait quels spectacles magiques avaient frappé ses premiers regards, de quels récits merveilleux avaient été bercées ses premières années les Alpes et les Apennins, Florence et Rome, le golfe de Naples et les gorges de la Galabre, ces incomparables décors se déroulant devant les yeux d'un enfant de cinq ans ; le palais de marbre d'Avellino, tout creusé par le temps et par les tremblements de terre ^, » et le soir, dans la grande salle, le colonel Hugo racontant la capture de Fra Diavolo ; Naples quittée pour Paris, le vieux puisard et Vescarpolette sous les marronniers dans le jardin des Feuillantines, profond, mystérieux. Plein de bourdonnements et de confuses voix ; et, un jour, au Panthéon, la vision du grand empe- 1 Odes et Ballades. 2 Yictor Thujo raconté, t. I. \\. 51. 84 VICTOR HUGO AVANT 183U reiir, apparaissant dans un flot de poussière dorée, muet et grave, pendant que devant lui passent les régiments, les drapeaux, les musiques, et que la foule emplit les airs de cris enthousiastes ; — puis le voyage de Paris à Madrid, Ernani, ce nom inconnu, frappant les oreilles de cet enfant qui passe et qui s'en souviendra un jour, Burgos, où les pas des sol- dats de Napoléon retentissent sans réveiller dans sa tombe le Gid Gampéador, les cathédrales gothiques, les palais mauresques, les rues mystérieuses ; partout le bruit des combats, et, le soir encore, dans le palais Masserano, le général racontant ses chasses contre les guérillas ; — le retour de Madrid à Paris, les dé- sastres qui se succèdent comme hier encore se succé- daient les victoires, la France envahie, l'empereur qui prend le chemin de l'île d'Elbe pendant que le frère de Louis XYI rentre aux Tuileries ; et bientôt, comme sur un théâtre se produisent en un instant les changements de décors. Napoléon qui reparait, Louis XVIII qui s'éloigne à son tour, le Ghamp de Mai, Waterloo, la seconde Restauration Victor Hugo avait vu tout cela, et il n'avait pas quatorze ans ! Dans ces tableaux et ces souvenirs, que de germes d'inspirations pour cette âme de poète ! Et comment nous étonner maintenant qu'en 1815 — à treize ans — il eût déjà composé des pièces de vers sans nom- bre ? Pendant les trois années qu'il passa à la pension Gordier, de 1813 à 1818, il mena de front les mathé- matiques et la poésie. D'ordinaire, les écoliers-poètes VICTOR HUGO AYANT 1830 85 quittent le collège avec une tragédie en portefeuille. A la fin de ses études, Victor Hugo, outre la tragédie de rigueur, emportait avec lui force cahiers, sur les- quels il avait mis au net, de sa plus belle main, un mélodrame en trois actes avec deux intermèdes Inez de Castro, un opéra comique A quelque chose hasard est bon, un poème sur le déluge, des odes, des satires, des épitres, des élégies, des idylles, des imi- tations d'Ossian, des traductions de Virgile, d'Horace, de Lucain, d'Ausone et de Martial, des romances, des fables, des contes, des épigrammes, des madrigaux, des logogriphes, des acrostiches, des charades, dos énigmes et des impromptus *. n avait quatorze ans, lorsqu'il fit sa tragédie. Elle était intitulée Artamène, et célébrait, sous des noms égyptiens, le retour de Louis XVIII et la chute de Napoléon. L'usurpateur s'appelait Actor, et le roi légitime Zobéir. Le dernier vers, qui renfermait la morale de la pièce, était celui-ci Quand on hait les tyrans, on doit aimer les rois. L'année suivante, en 1817, il commença une autre tragédie, Athélie ou les Scandinaves, mais, cette fois, il n'alla que jusqu'à la fin du second acte. Les deux actes &' Athélie et les cinq actes d'Irt amène n'ont jamais vu le jour ; il n'en est pas de même des fragments de V Enéide et des Géorgiques, traduits par le jeune écolier ils ont été publiés en 1820, dans le 1 Victor Hugo raconté, etc., t. I, p. 277. 86 VICTOR HUGO AVANT 1830 Conservateur littéraire. Ces fragments sont au nombre de quatre le Vieillard du Galèse Géorgiques, 1. IV ; l'épisode à'Achéménide Enéide, 1. III ; celui de Cacus 1. VIII, et V Antre des Cyclopes 1. VÏII. Ces essais de Victor Hugo enfant témoignent déjà d'un rare talent de versificateur. Dans sa traduction de l'épisode des Géorgiques, tout en restant bien loin de l'inimitable perfection du poète latin, sans attein- dre même à la souplesse et à la dextérité de l'abbé Delille, il a des vers d'une facture excellente. Voici cette pièce, que le lecteur nous saura peut- être gré de placer sous ses yeux, M. Victor Hugo ne l'ayant recueillie dans aucune édition de ses œuvres. LE VIEILLARD DU GALÈSE Si mon vaisseau, déjà prêt à toucher les bords, Vers le but désiré ne tournait sans efforts, Poète des jardins, je chanterais peut-être La culture des fleurs et la rose champêtre. Je décrirais l'acanthe arrondie en berceaux. L'endive, se gonflant du suc des clairs ruisseaux. Le myrte, amant des eaux qu'il couvre de son ombre, Les contours tortueux de l'énorme concombre. Le narcisse tardif, le persil frais et vert, Et le herre rampant dont le chêne est couvert. Aux plaines du Galèse, où, noire et sablonneuse, Roule en des champs dorés son onde limoneuse. Sous les tours d'OEbalie, il fut, je m'en souviens, ' Un paisible vieillard, riche de peu de biens. C'était un lieu désert, aride pâturage. Funeste aux jeunes ceps, rebelle au labourage. Le vieux sage semait, dans ces prés buissonneux. Des légumes, parmi les chardons épineux. VICTOR HUGO AVANT 1830 87 Et croyait, cultivant le lis et la verveine, Être l'ég-al des rois dans son humble domaine. Le soir, à son retour, il goûtait sans ennui Des mets simples et purs, qu'il ne devait qu'à lui. Le premier au printemps, le premier en automne, Il recueillait les dons de Flore et de Pomone ; Et quand le triste hiver, brisant les rocs durcis. Mettait un frein de glace aux ruisseaux épaissis, Déjà taillant le front de l'acanthe encor tendre, Il hâtait les zéphirs, qu'il se lassait d'attendre. Aussi, sur mille essaims il étendait ses droits, Des rayons pleins de miel écumaient sous ses doigts ; Dans l'automne, cliez lui, chaque arbre se colore D'autant de fruits nouveaux qu'il voit de fleurs éclore. Il plantait le tilleul près du pin résineux. Et greffait le prunier sur l'arbuste épineux ; Chez lui, se soumettant au cordeau qui l'ahgne. Le platane ombrageait les sarments de la vigne ; Et seul il sut toujours transplanter, sans efforts, Des poiriers déjà vieux, des ormeaux déjà forts. Mais à d'autres sujets il faut que je me livre. Je laisse un vaste champ à qui voudra me suivre i. La traduction de l'épisode d'Achéménide et de Poly- phème a été reproduite au tome premier de Victor Hugo raconté par un témoin de sa vie ^. Elle peut soutenir, sans désavantage, la comparaison avec celle de l'abbé Delille et celle de Barthélémy. Les trois fragments de V Enéide, auxquels s'est atta- ché le jeune traducteur, présentent tous les trois un caractère ils sont consacrés à peindre des 1 Géorfjiques, 1. IV. — Le Conservateur littéraire, t. II, p. 32!. 2 Yictor Hugo raconté, etc.. t. I. p. 293. 8H VICTOR HUGO AVANT 1830 monstres, ici Gacus, là Polyphème, ailleurs les Gy- clopes, Brontesque, Steropesque et nudus membra Pyracmon. N'y avait-il pas là comme un présage de l'étrange sympathie qui, plus tard, poussera le poète à choisir ses héros parmi les êtres difformes faits pour exciter l'horreur ou le dégoût, nains comme Habibrah, bor- gnes comme Quasimodo, bossus comme Triboulet, aux mains crochues, aux genoux noueux, aux rugis- sements féroces comme Han d'Islande ? Quoi qu'il en soit, ces traductions de V Enéide et des Géorgiques témoignent, chez celui qui sera bientôt le chef de l'école romantique, d'une prédilection toute particulière pour Virgile. A la même époque, dans une pièce qu'il présentait à l'Académie française et sur laquelle nous aurons à revenir tout à l'heure, il disait Mon Virgile à la main, bocages verts et sombres, Que j'aime à m'égarer sous vos paisibles ombres !... Là, mon âme tranquille et sans inquiétude S'ouvre avec plus d'ivresse aux charmes de l'étude ; Là... mon cœur est plus tendre et sait mieux compatir A des maux... que peut-être il doit un jour sentir. M. Victor Hugo — et ceci étonnera peut-être plus d'un de nos lecteurs, — est resté fidèle au culte de Virgile. On en trouve la preuve en plus d'un endroit, et en particulier dans les Voix intérieures et les Rayons et les Ombres. 0 Virgile ! ô poète ! ô mon maître divin, s'écrie-t-il dans le premier de ces ouvrages. — Et dans VICTOR HUGO AYANT 1830 81 le second, s'adressant à J/. le duc de.. .y le poète lui dit Prenez ce vieux Virgile où tant de fois j'ai lu ! Cherchez l'ombre, et tandis que dans la g-alerie Jase et rit au hasard la folle causerie, Vous, éclairant votre âme aux antiques clartés, Lisez mon doux Virgile, ô Jule, et méditez ! A^ous connaissez, écrivait-il, en 1838, à M. Louis Boulanger, mon goût pour les grands voyages à petites journées, sans fatigue, sans bagage, en cabriolet, seul avec mes vieux amis d'enfance, Virgile et Tacite ^ n Plus tard, et alors que, devenu pair de France, il semblait vouloir donner le pas à la politique sur la littérature, il écrivait à M. le baron Gaston de Flotte, en réponse à l'envoi de son poème sur la Vendée Ne croyez pas. Monsieur, que je renonce jamais à la place que les Poètes comme vous veulent bien me garder au milieu d'eux. Je me tourne, en ce moment, vers ce que les hommes appellent l'Utile, mais je n'en reste pas moins le contemplateur religieux de l'Idéal et du Beau. Vingt vers de Virgile tiennent plus de place dans le génie humain, et j'ajoute dans le progrès même de la civiUsation, que tous les discours de tribune faits ou à faire. Je sais cela, Monsieur, et c'est mon Credo de Pen- seur. Je ne l'oublierai jamais, je ne m'oublierai jamais 2. » Sans doute Victor Hugo n'a ni le goût exquis, ni le 1 Le Rhin, lettre première. 2 Lettre du 31 mars 1846. M, le baron Gaston de Flotte, à qui nous devons la communication de cette lettre, est mort au mois d'août 1882, à Saint- Jean-du-désert Bouches-du-Rliône, où il était né le 2G février 1803. Catholique et royaliste ardent, poète distingué, érudit aimable, il a publié plusieurs vo- lumes àQ^'Qvs, Jésus-Christ, la Vendée, Souvenirs poétiques. Sainte Cécile, et deux volumes de prose, singulièrement piquants, sous ce titre les Bévues parisiennes. 90 A'ICTOR HUGO AVANT 1830 sentiment profond qui respirent dans le chantre de y Enéide. Racine avait depuis longtemps recueilli cette partie de l'héritage. Mais peut-être le poète des Feuilles cV automne est-il parvenu, dans plusieurs de ses pièces, à donner à son vers un caractère de perfection qui prouve que, comme artiste et au point de vue de la forme, il a plus d'une fois merveilleusement profité des leçons de Virgile. En ces mêmes années où, dans sa petite chambre de la pension Cordier, au fond de la vieille rue Sainte- Marguerite, entre la prison de l'Abbaye et le passage du Dragon, enserré et martelé par ses forgerons*, » il demandait des inspirations au chantre de VEnéide, il en puisait d'autres dans un écrivain qui a eu, sur la direction de ses idées à cette époque, la plus heu- reuse et la plus puissante influence. Tous ceux, a dit Augustin Thierry dans une page ineffaçable, où il raconte comment, au fond d'un collège do province, à Blois, il a senti s'éveiller en lui, à la lecture du Yle livre des Martyrs, sa vocation d'historien, tous ceux qui, en sens divers, marchent dans la voie de ce siècle, ont rencontré, de même, à la source de leurs études, à leur première inspiration, l'écrivain de génie qui a ouvert et qui domine le nouveau siècle littéraire. Il n'en est pas un qui ne doive lui dire, comme Dante à Virgile Tu duca, tu signore e tumaestro ^. » Plus encore que d'Augustin Thierry, l'auteur des Martyrs a droit de réclamer de Victor Hugo cet hom- 1 Victor Huçin racnnU, etc., I, 2b8. 2 F'réfaop des Récits des temps mémrinf/iens. VICTOR HUGO AVANT 1830 91 mage. Le lecteur se rappelle peut-être cette note, signalée déjà dans notre premier chapitre et jetée par l'élève de la pension Gordier sur l'un de ses cahiers, à la date du 10 juillet 1816 Je veux être Chateaubriand ou rie7i. C'est que pourlui, en effet, la vérité politique, religieuse et littéraire se personnifiait tout entière en Chateaubriand. L'auteur de la Monarchie selon la Charte est ultra ; son jeune disciple l'est également. L'auteur des Martyrs est catholique ; en dépit de l'éducation qu'il a reçue, en dépit de sa mère voltai- rienne, en dépit même de l'entresol du bonhomme Royol % le poète des Odes et Ballades sera catholique^. L'auteur du Génie du Christianisme a remis en hon- neur la Bible et Homère, en même temps que Vir- gile ^ ; Virgile, Homère et la Bible seront les lectures favorites du poète des Rayons et des Ombres et des Voix intérieures Dans ma retraite obscure où, sous un rideau vert, Luit comme un œil ami maint vieux livre entr'ouvert, Où ma Bible sourit dans l'ombre à mon Virgile ^ Et dans la pièce A des oiseaux envolés i Voy. ci-dossus, chap. II. 2 La lecture de Chateaubriand modifia sensiblement les idées de Victor sur un point. Le Génie du Christianisme, en démontrant la poésie de la reli- gion catholique, avait pris le bon moyen de la persuader aux poètes. Victor passa du royalisme voltairien de sa mère an royalisme chrétien de Chateau- briand. ' Victor Hugo raconté, etc., t. II, p. 4. 3 Voir dans le Génie du Christianisme la seconde 2iartie, consacrée à la Poétique du CfuHstianisme, et en particulier le livre cinquième la Bible et Homère. 4 Les Rayons et les Ombres. Dans la préface de ce recueil mai 1840, M. Victor Hugo déclare que la Bible est son livre », 92 VICTOR HUGO AVANT 1830 Je VOUS laisserai même, et gaîment et sans crainte, 0 prodige ! en vos mains tenir ma Bible peinte, Que vous n'avez touchée encor qu'avec terreur, Où l'on voit Dieu le père en habit d'Empereur i ! Après Virgile et la Bible, Homère Elle parlait, charmante et fière, et tendre encor. Laissant sur le dossier de velours à clous d'or Déborder sa manche traînante. Et toi, tu croyais voir à ce beau front si doux Sourire ton vieux livre ouvert sur tes genoux, Ton Iliade rayonnante 2 ! Chateaubriand ne s'était pas borné, dans le Génie du Christianisme, à donner le signal du retour à la vérité littéraire, en même temps qu'à la vérité reli- gieuse ; il avait encore déposé, dans cette œuvre féconde, le germe de la réaction qui devait s'opérer quelques années plus tard en faveur de l'architecture gothique, couverte depuis plusieurs siècles d'un in- juste mépris. C'est là que M. Victor Hugo a puisé cet amour passionné pour nos vieux monuments qui lui dictera de si beaux vers et de si belles pages contre la Bande noire et qui lui inspirera un jour^ dans le plus célèbre de ses romans, cet admirable chapitre qui a pour titre Notre-Dame ^. Mais le futur auteur de Notre-Dame de Paris n'est encore que l'élève de la pension Cordier, et, en même temps qu'il traduit quelques-uns des plus beaux épisodes de Virgile, il met en vers quelques- 1 Les Yoix intérieures. 2 Ibid. 3 Notre-Dame de Paris, 1. III. cli. i. VICTOR HUGO AVANT 1830 93 uns des plus beaux morceaux de Chateaubriand. Millevoye, dans son poème sur PAmour matomel, Alexandre Soumet, au deuxième chant de son poème sur Vlncrédulité, avaient imité cette page charmante diAtala, qui nous montre une jeune mère suspendant aux branches d'un arbre, selon la coutume indienne, le tombeau de son enfant mort et plaçant sa dépouille innocente dans la demeure des petits oiseaux*. Séduit par les couleurs douces et pures de cet adorable tableau, Victor Hugo le reproduisit à son tour, dans une pièce très supérieure à celle de ses deux devan- ciers et publiée, en 1849, dans le Lycée français ^, sous ce titre la Canadienne suspendant au palmier le tombeau de son nouveau-né. Ces vers, qui n'auraient certes pas déparé les pre- mières Odes, ne figurent dans aucun des recueils du poète, qui les a seulement insérés, en 1863, au tome l^"^ de Victor Hugo raconté par un témoin de sa vie ^. L'enfant qui écrivait à seize ans cette élégie, fraîche comme une rose trempée de rosée *, était déjà un vrai poète. Il maniait, du reste, non moins heureusement le vers de l'épitre. Je trouve encore, dans l'ouvrage que je viens de ciler ^, des fragments d'une Epître à 1 Atalu, épilogue. 2 Lycée français ou mélanges de littérature et de critique. Ce recueil, à la rédaction duquel concoururent Casimir et Germain Delavigne, Eugène Scribe, Brifaut, Patin, Victor Le Clerc, Bruguière de Sorsum, Viollet-Le-Duc père, Théry, Avcnel. Charles de Rémusat, Delécluze, fut fondé, en 1819, par Charles Loysou. Il a\ait pour épigrapiie Dulccs ante omnia Mitsâe. 3 P. 292-294. 4 Millon, VAllegro. s Victor Hugo raconté, Hc, t. I*', p. 308. 94 VICTOR HUGO avant 1830 M. Ourry, d'une facture excellente. M. Ourry, membre du Caveau moderney auteur de jolies chansons et de médiocres poèmes, venait de publier un volume dont les vers sont loin de valoir ceux de son jeune corres- pondant *. Celui-ci lui écrivait Peut-être tu me crois de ces vieux cacochymes, Nobles et grands prêcheurs des anciennes maximes ; Ourry, détrompe-toi j'ai seize ans et mes jours Dans une humble roture ont commencé leur cours... Il paraît qu'à cette époque, Victor Hugo ne s'était pas encore avisé qu'il sortait d'une ancienne et illustre maison. Royaliste, il ne se piquait pas d'être noble. C'est surtout depuis qu'il est devenu républicain qu'il a senti le besoin de se forger une généalogie et de nous apprendre qu'il sortait d'une souche aristocratique. J'ai seize ans, disait-il à M. Ourry ; cette épître est donc de 1818, l'année où il quitta les bancs du col- lège. L'année précédente, il avait concouru pour le prix de poésie à l'Académie française. C'est l'épisode le plus marquant de sa jeunesse, et il convient de s'y arrêter quelques instants, d'autant qu'il a été rap- porté inexactement par tous ses biographes . m En 1817, dit Sainte-Beuve, Victor avait envoyé de sa pension, au concours de l'Académie française, une 1 Poèmes, poésies fugitives, romances, chansons, etc., par M. Ourry, mem- bre du Caveau moderue, 1817. VICTOR iiUGO AVAiNT 1830 lo pièce de vers sur les Avantages de Vétude, qui obtint une mention. La pièce du jeune poète de quinze ans se terminait par ces vers Moi qui, toujours fuyant les cités et les cours, De trois lustres à peine ai vu finir le cours. Elle parut si remarquable aux juges qu'ils ne pu- rent croire à ces trois lustres, à ces quinze ans de Tauteur, et, pensant qu'il avait voulu surprendre la religion du respectable corps, ils ne lui accordèrent qu'une mention au lieu d'un prix. Tout ceci fut ex- posé dans le rapport prononcé en séance publique par M. Raynouard. Un des amis de Victor, qui assistait à la séance, courut à la pension Cordier avertir le quasi-lauréat, qui était en train d'une partie de barres et ne songeait plus à sa pièce. Victor prit son extrait de naissance et l'alla porter à M. Raynouard, qui fut tout stupéfait comme d'une merveille ; mais il était trop tard pour réparer la méprise *. » L'anecdote, ainsi mise en circulation par Sainte- Beuve et reproduite par lui dans la Revue des Deux Mondes- et dans ses Portraits littéraires, a été répétée depuis par les autres biographes de Victor Hugo, et en particulier par M. de Loménie, dans sa Galerie des Contemporains illustres Le ton grave et sérieux du morceau, dit M. de Loménie, annonçait au moins cinq lustres. L'Académie s'offensa de ces prétendus quinze ans de l'auteur comme d'une mystification irrespectueuse, et elle jugea à propos de l'en punir en le pri- 1 Biographie des contemporains, t. IV, deiuièiiie iai'tie. 2 T. III, 1831. 96 VlCTOll IILGO AVANT 1830 vaut du prix. Vainement le jeune Victor, averti par un ami, s'empressa de venir porter lui-même son extrait de naissance au rapporteur, M. Raynouard. Il était trop tard la palme avait été adjugée. Cette anecdote, maintenant passée à l'état de légende, est si inoffensive, que je me reproche vrai- ment de venir en démontrer la fausseté ; mais n'est- ce pas Sainte-Beuve lui-même qui a dit L'histoire littéraire veut des détails exacts ? » Dans un livre que nous avons déjà cité et dont il nous faut hien tenir compte, puisque l'auteur dit tenir ses informations de M. Victor Hugo lui-même, nous lisons ce qui suit, au sujet du concours de 1817 On était en 1817, en pleine Restauration. Sujet imposé le Bonheur que procure V étude dans toutes les situations de la vie. Le bonheur que procure l'étude dans toutes les situations de la vie, cela était une excuse pour la Restauration, et les gens de lettres se consolèrent. Par bonheur, le peuple ne fut pas longtemps de l'avis des gens de lettres i. Encore un crime à ajouter à tous ceux de la Res- tauration ! Par une inspiration machiavélique, le gouvernement de Louis XVIII a imposé ce sujet de concours les Avantages de Vétude, afin d'endormir les esprits et d'étouffer les souvenirs importuns des victoires impériales ! Malheureusement, cette belle invention a contre elle une date, et rien n'est brutal comme une date. C'est dans la séance publique du o avril 1815, — pondant les Cent-Jours, — que la seconde classe de l'Institut impérial fit connaître 1 Victor Hugo et son temps, par A. Barbou, p. 55. VICTOIl lUJGO AVANT 1830 97 qu'elle mellait au concours, comme sujet du prix de poésie, le Bonheur que procure l'élude dans toutes les situations de la vie \ Suivant l'usage, le prix ne fut décerné que deux ans plus tard, le 25 août 1817. Ce concours fut très brillant et offrit ce résultat qui ne s'est encore produit qu'une fois depuis deux siècles ^ sur quarante-six pièces soumises à l'exa- men de l'Académie, il y en eut jusqu'à dix qui paru- rent dignes d'être distinguées. Le prix fut partagé entre MM. P. Lebrun et Sain- tine. Gè dernier, qui débutait alors et que le Journal des Débats, dans le compte rendu de la séance, appe- lait M. de Saint-Cricq, gros comme le bras, avait pris pour épigraphe un des vers de son poème Je voudrais d'un laurier faire hommage à ma mère. Cette mère que je ne connaissais pas, écrivait le lendemain M. Tissot, dans le Constitutionnel, était à ma droite ; ses larmes et sa joie l'ont trahie au mi- lieu du triomphe de son fils. » L'ouvrage qui obtint Yaccessit et qui portait pour épigraphe Me vero primum dulces ante omnia Musée, était, d'après le secrétaire perpétuel, celui oi^i l'on trouvait le plus de verve, et M. llaynouard exprimait, au nom de ses collègues, le regret que l'auteur eût consumé les forces de son talent à dépasser le but. 1 Journal de l'Empire, 0 avril 1815. 2 Le prix de poésie a été décerné par i'Acudéni'c Irauoai&c pour la pre- mière fuis le 25 août 1071. U8 VICTOR IIL'GO 1830 L'écrivain, dont le Rapport parlait en ces termes, était Charles Loj^son, maître de conférences à l'Ecole normale, et chef de bureau au ministère de la Justice. Publiciste et poète distingué, ami de Yictor Cousin et de M. Guizot, consulté par MM. de Serre et Royer- Collard, Charles Loyson était une des espérances les plus brillantes de la Restauration. Il mourut de la poitrine, à peine âgé de vingt-neuf ans, le i27 juin 1820. Vingt ans plus tard, dans la discussion de l'Adresse de 1841, M. Guizot, qui avait pris plusieurs fois la parole, descendait de la tribune, tout prêt à y remonter encore. Son collègue, M. Yillemain, lui re- présenta qu'il semblait bien fatigué ; pour toute réponse, M. Guizot lui dit avec un sourire mélanco- lique C'est pour périr bientôt que le flambeau s'allume, Mais il brille un instant sur les autels des dieux ! Ce sont deux vers de Charles Loyson, dans sa pièce sur le Bonheur de l'étude \ Au-dessus de cette dernière pièce, l'Académie en plaçait une autre qui ne recevait cependant aucune récompense, l'auteur, M. Casimir Delayigne, s'étant mis lui-même hors du concours. Au lieu d'accepter le sujet comme une vérité reconnue, il l'avait envi- sagé comme une question à résoudre, et il était arrivé à cette conclusion que Vétude ne fait pas le bonheur dans toutes les situations de la vie. C'est dans cette Epitre de Casimir Delavigne à MM, de VAcadé- 1 Saiute-BeuNt;. Portraits contemporains, II, 2-lb, VICTOR ITIJGO AVANT 1830 99 7nie française que se trouve ce vers, devenu proverbe, dès son apparition Les sots, depuis Adam, sont en majorité. Voilà donc quatre pièces, — celles de MM. P. Le- brun, Saintine, Casimir Delavigne et Charles Loyson, — dont la supériorité avait paru incontestable aux juges du concours. Ils accordèrent de simples men- tions aux six autres pièces distinguées par l'Acadé- mie, mais placées par elle à une longue distance des quatre premières. Elles furent classées dans l'or- dre ci-après o° le n° 36, qui parait être, disait M. Raynouard, d'un auteur exercé dans l'art d'écrire et qui sait employer sagement les ressources de la versification ; » 6^ une pièce de la princesse de Salm- Dyck ; 7° et 8° deux discours en vers, dont l'un était du chevalier do Langeac, traducteur des Bucoli- ques de Virgile et lauréat de 1768 ; 9'' la pièce ins- crite sous le n° 15, avec cette épigraphe empruntée à Ovide At mihi jam puero cœlestia sacra placebant. C'était la pièce de Victor Hugo ; 10° une autre pièce, portant pour épigraphe ce vers de Racine Du chagrin le plus noir elle écarte les ombres. En présence de ce résultat, ofticiellement constaté par le rapport du secrétaire perpétuel, force nous est bien d'écarter le récit de Sainte-Beuve. Bien loin que M. Raynouard ait exposé dans son rapport prononcé en séance publique que l'Académie, au moment de 'JOO VICTOR HUGO AVANT 1830 décerner le prix à Victor Hugo, s'était ravisée et avait pris le parti de lui accorder une simple men- tion, pour le punir d'avoir voulu mystifier ses juges avec ses trois lustres, on trouve, au contraire, dans ce document, la preuve que l'Académie avait consi- déré les quinze ans du poète comme un titre à sa sympathie. Si véritablement il n'a que cet âge, — • ainsi s'exprimait le rapporteur, — l'Académie a dû un encouragement au jeune poète *. » Un encourage- ment, voilà donc ce qui fut accordé à Victor Hugo on ne le lit pas descendre du premier au second rang; on lui assigna d'emblée le neuvième rang, parce que huit autres pièces avaient paru à ses juges l'emporter sur la sienne. J'ai déjà eu occasion, il y a quelques années ^, de rectifier cette petite erreur de Sainte-Beuve, dans les œuvres duquel les erreurs de faits sont si rares. L'il- lustre auteur des Causeries du lundi me fit l'honneur de m'écrire à ce sujet ce qui suit, sous la date du 29 novembre 1864 En ce qui est de la pièce de Victor Hugo qui a concouru, mon récit, qui peut bien être inexact, est pourtant authentique, car le passage a été écrit d'après une communication directe de Victor Hugo lui-même. » Nul doute, en effet, que M. Victor Hugo ne soit le premier et véritable auteur de cette anecdote ; mais à quoi servirait d'être poète, 1 Recueil des discours, rapports et pièces diverses lues dans les séances publiques et particulières' de l'Académie française, 1803-1819, deuxième partie, p. 847, 2 Dans les Poètes lauréats de l'Académie française, par Edmond Biré et Emile 2 vol. in-iS, Bray et Retaux, éditeurs. T. I*"", p. 224 et suiv. VICTOR HUGO AA^ANT 1830 101 et grand poète, si l'on n'avait pas le droit d'embellir les faits et de les inventer au besoin ? M. Victor Hugo, ou le Témoin de sa vie ce qui est tout uni, reconnaît d'ailleurs que l'Académie fut pleine de sourires pour l'adolescent. François de Neufchâteau le complimenta en vers Ce n'est pas seulement votre âge Qui de l'Académie a fixé les regards, Lorsque jusqu'à deux fois elle a lu votre ouvrage ; Dans ce concours heureux brillaient de toutes parts Le sentiment, le charme et l'amour des beaux-arts ; Sur quarante rivaux qui briguaient son suffrage, Est-ce peu qu'aux traits séduisants De votre muse de quinze ans L'Académie ait dit Jeune homme, allons, courage i ? Ces vers de François de Neufchâteau confirme- raient, s'il en était besoin, le rapport de M. Ray- nouard ; comme le rapport, ils montrent que les quinze ans du poète, au lieu de le desservir auprès de ses juges, avaient au contraire augmenté ses chances. Un autre académicien, le successeur de Delille, M. Gampenon, lui écrivait de son côté L'esprit et le bon goût nous ont rassasiés ; J'ai rencontré des cœurs de glace Pour des vers pleins d'âme et de grâce Que Malfilâtre eût enviés. Je soupçonne M. Gampenon, quoique bon royaliste, de s'être inspiré, pour composer ce quatrain, de la lec- ture du Constitutionnel qui, au sortir de la séance acadé- 1 Victor Hiif/o raconté, etc.. t. I, p. 300. 6. J2 VICTOR HUGO AYANT 1830 mique, écrivait, avec un lyrisme auquel il n'avait point habitué ses lecteurs Parents auxquels appartient ce disciple de Virgile, lisez la Poétique de Vida et voyez avec quels soins, avec quelle tendresse il faut élever cette innocente et douce créature, écarter d'elle les peines qui usent le cœur avant le temps, les rigueurs qui flétrissent le talent avant qu'il ait poussé toutes ses fleurs; nous vous devrons peut-être un suc- cesseur de Malfilâti^e. » Il faut avouer que M. Victor Hugo a fait mentir la prédiction, toute bienveillante, d'ailleurs, du Cons- titutionnel, et que, s'il est vrai que la faim ait mis au tombeau Malfilâtre ignoré^, son successeur n'est menacé ni de finir à l'hôpital, ni de mourir ignoré ! IV Sa pièce sur le Bonheur de r étude n'a jamais été imprimée. J'en possède une copie, avec cette épi- graphe Œgri somnia et ce titre Essais poétiques. Elle est précédée d'une dédicace à M. D. L. R. M. de la Rivière 1 Gilbert, le Dix-huitième siècle. — Il n' 1830 reproduisons, d'après M. Paul Lacroix, le récit d'un des incidents de cette soirée Victor Hugo allait parler, tout le monde faisait silence et je n'étais pas le moins attentif. Il se recueillit un moment et commença son récit — Vous avez pu entendre dire que M. le vicomte de Chateaubriand, qui avait publié aussi, presque en même temps que moi, un Conservateur non littéraire, mais politique, daigna me citer dans une note de ce journal éloquent et passionné, en me qualifiant d'enfant sublime »^ Dans le cours de l'hiver de l'année 1818, je fus très surpris et très intrigué, en recevant une lettre de M. le comte François de Neufchâteau, ancien ministre, membre de l'Académie française, qui' m'invitait à venir le voir un matin pour une affaire pres- sante Je me hâtai de me rendre à l'invitation de François de Neufchâteau, qui avait joué un rôle considérable comme ministre de l'intérieur sous l'Empire. Asseyez-vous, mon enfant, me dit-il d'un air très avenant. C'est M. le comte de Chateaubriand qui m'a parlé de vous. M. le comte fait le plus grand cas de vos talents de littérateur. Il m'a dit que vous étiez plus capable que personne de me rendre le petit service littéraire que j'avais à vous demander .Vous savez l'espagnol? » Je m'excusai de savoir très imparfaitement cette langue, et je répondis qu'on m'avait sans doute confondu avec mon frère Abel, qui la savait à fond... François de Neufchâteau répliqua que c'était bien moi, VEnfant sublime ">, que le comte de Chateaubriand lui avait désigné et recommandé. Je ne pou- vais pas m'en dédire et je me mis aux ordres de cet entêté, en le priant de me renseigner à l'égard du petit service qu'il attendait de moi. — u C'est bien simple, me dit-il de l'air le plus confiant. M. Pierre Didot l'aîné veut réimprimer le Gil Blas de Le Sage ; mais il désire que j'examine la question de savoir si Le Sage est bien l'auteur de Gil Blas ou s'il l'a pris de l'espagnol Je vous prie de me donner quelques notes très précises et très détaillées sur la question^ et j'en ferai mon affaire... » VICTOR HUGO AVANT 1830 101 Je lui promis de faire de mon mieux pour répondre à la trop bomie opinion que M. de Chateaubriand avait de moi. — A bientôt, jeune homme, me criait François de Neufcliàteau en me reconduisant ; le plus tôt possible, car je me suis engagé à lire cette notice à l'Académie, dans la séance extraordinaire du 7 juillet prochain. Vous avez donc deux grands mois pour vos recherches. Soignez-moi cela, mon ami. » Je soignai donc ce travail, qui devait, me semblait-il, être honorable- ment payé... Je me fis aider par mon frère Abel qui avait étudié la question, et, dans l'espace de quinze ou vingt jours, j'eus achevé ma besogne... It y avait un gros manuscrit tout entier de mon écriture. Je le portai, un matin, chez François de Neufchàteau. — \^ous êtes un homme de parole, Mon- sieur, » me dit-il solennellement. Il me fit asseoir pendant qu'il dépliait mon manuscrit et en Usait les premières pages. — a Tout cela me parait très bien pensé et très bien dit, mur- murait-il, en lisant. Voilà bien ce que demande M. Pierre Didot l'ainé. C'est très bien, mon enfant, ajouta-t-il en se levant avec un sourire qui témoignait de sa satisfaction. Je lirai la suiti à tête reposée. Mais je veux vous donner un petit souvenir qui vous rappellera que j'ai toujours aimé la poésie et les poètes. > Et il me remit deux petits volumes de Fables et Contes en vers.... Ce fut là tout ce que me rapporta mon travail d'érudition critique sur le chef-d'œuvre de Le Sage. — Et votre travail vous a-t-il été restitué ? m'écriai -je, sans donner le temps à Victor Hugo d'achever son récit. Existe-t-il encore ? Est-il à jamais perdu pour vos admirateurs? — Il existe, répondit Hugo, il existe puisqu'il a été im- primé. — Imprimé ! repartis-je, déjà curieux et impatient de con- naître, de découvrir cette notice que je n'avais vu citer nulle part. Elle n'a pas été imprimée avec votre nom ? Autrement, elle serait connu a. = , — Ecoutez la fin, reprit Victor Hugo» François de Xeufchâ- teau eut l'aimable attention de m'envoyer un billet pour la 110 VICTOR IIUGO AYANT 1830 séance de l'Académie française, dans laquelle il devait lire sa notice sur M Blas. Il la lut fort bien, en homme accoutumé à parler et à lire dans les Assemblées, et j'eus lieu d'en être satis- fait. Sa notice n'était autre que la mienne ; il n'y avait pas changé dix phrases. Je suis heureux de pouvoir ajouter que la lecture avait complètement réussi. C'était la première fois que j'entendais applaudir un de mes ouvrages. — Et vous êtes certain que cette notice est imprimée ? repartis-je, avec la ténacité d'un bibliophile qui s'enquiert d'un livre à trouver... — Vous la trouverez tout au long, répliqua Victor Hugo, dans l'édition de Gil Blas, qui fait partie de la collection des meilleurs ouvrages de la langue française... — Edition formant trois volumes in-8o, imprimée en 1819 par Pierre Didot Famé et dédiée aux amateurs de l'art typo- graphique. Je la vois d'ici, quoique je ne l'aie jamais feuil- letée. Et la notice sur Gil Blas s'y trouve ? et cette notice est signée...? — Par le comte François de Neufchàteau, comme j'ai eu l'honneur de vous le dire. — C'est un peu trop fort ! s'écria Mme Bouclier, dont l'in- dignation était au comble. Vous voler ainsi un de vos chefs- d'œuvre ! Et vous vous êtes laissé dépouiller ainsi ? Et vous n'avez pas même réclamé ? — Non, Madame, dit Victor Hugo avec indifférence. J'ai oubhé ma notice, et je n'ai jamais revu depuis François de Neufchàteau... Si fait, c'était un vieillard très poli, qui m'a rendu ma visite deux ans après. J'étais alors rédacteur en chef et principal rédacteur du Conservateur littéraire. François de Neufchàteau l'apprit, peut-être de la bouche de M. le comte de Chateaubriand ; il m'écrivit une lettre très cordiale, de poète à poète, en me priant de vouloir bien parler, dans mon Conservateur, du recueil de ses Fables et Contes, qu'il avait eu le plaisir de m'offrir, deux ans auparavant... — Et vous avez daigné, mon digne et bon maître, dis-je à mon tour en ajoutant cette apostille au récit de Victor Hugo, VICTOR HUGO AVANT 1830 111 vous avez daigné consacrer un très bienveillant article du Conservateur littéraire aux poésies de votre effronté pla- giaire * . Gomment lexcellent bibliophile Jacob n a-t-il pas vu que le récit de son digne et bon maître était inexact d'un bout à l'autre ? M. le vicomte de Chateaubriand, — et c'est par cette affirmation que débute le récit de Victor Hugo, — M. do Chateaubriand daigna me citer dans une note du Cotiservateur, en me qualifiant cVenfant sublime, » Cette note n'existe pas ^. Suivant M. Hugo, lors de sa visite à François de Neufçhâteau, celui-ci lui aurait rappelé la note du Conservateur. Or la visite est antérieure au 7 juillet 1818, et à cette date le Conservateur n'était pas encore né. Le premier numéro a paru seulement au mois d'octobre 1818. Lorsque M. Victor Hugo, toujours d'après son récit, s'est rendu, au cours de l'année 1818, chez le comte François de Neufçhâteau, il le voyait pour la première fois et n'avait jamais eu avec lui aucune relation. Troisième erreur. Nous voyons, en effet, au tome I de Victor Hugo raconté, {\\en 1817, à l'occasion du concours sur le Bonheur de VEtude, François de Neufçhâteau avait exprimé devant un ami d'Abcl le désir de voir le jeune lauréat, que celui-ci y avait coiiru et qu'ils avaient échangé ensemble force rimes. 1 L'Artiste, septembre 1882, p. 185 et suivantes. 2 Sur la légende de l'Enfant subWne, voyez ci-dessous notre chapitre Vl. i\2 VICTOR UUGO AVANT 183 Tendre ami des neuf Sœurs, disait au rhétoricien de la pension Gordier le doyen de l'Académie, Tendre ami des neuf Sœurs, mes bras vous sont ouverts, Venez, j'aime toujours les vers ! Je ne vous rendrai point louange pour louange, Laissons ces encensoirs l'un à l'autre pareils ; Dans un ordre meilleur ma vieillesse me range, Et je puis acquitter, par un plus noble échange, Vos éloges par mes conseils *. Et pour mieux assaisonner ses conseils, M. Fran- çois de Neufchâteau invita Yictor à dîner ^. » Depuis le 7 juillet 1818, M. Yictor Hugo n'aurait jamais revu François de Neufchâteau, sinon une fois, deux ans plus tard, un jour que le vieux poète lui vint rendre visite pour le prier de vouloir bien parler, dans le Conservateur littéraire, du recueil de ses Fables et Contes. Eh quoi ! M. Yictor Hugo n'a revu François de Neufchâteau que ce jour-là ! Il n'a pas couru chez lui, le 25 mars 1820, en recevant les vers par lesquels ce dernier lui annonçait que, sur sa recommandation, le Roi venait de lui accorder une gratification de 500 francs ^ ! M. Yictor Hugo, — nous suivons toujours son récit, — a daigné consacrer un très bienveillant article du Conservateur littéraire aux Fables et Contes en vers de François de Neufchâteau. — J'ai sous les yeux la col- lection complète du Conservateur littéraire, où ce j brille par son absence. 1 Victo' Hurjo raconté etc., t. I, p. 391, 2 Jbid., p. 394. 3 Le COmcroatcur littéraire, t. I, p. 361. Voj. ci-dessus chapitre V. VICTOR HUGO AVANT 1830 113 Si nous sommes obligés d'écarter comme inexacts tous les détails accessoires du récit de M. Victor Hugo, que devons-nous penser du fait principal, du fond même du récit ? Est-il possible d'admettre qu'un membre de l'Académie française, qui avait été pré- sident de l'Assemblée législative, membre du Direc- toire exécutif, ministre de l'intérieur, — avant le 18 Brumaire et non sous l'Empire, comme le dit à tort M. Victor Hugo, — président du Sénat, auteur de nombreux écrits en prose et en vers qui lui avaient acquis une légitime célébrité, ait poussé rimpudenco et la folie jusqu'à s'approprier le travail d'un enfant, le lire dans une séance publique de l'Académie et le faire imprimer sous son nom, livrant ainsi sa réputation et son honneur à la discrétion d'un collégien ? Que M. Victor Hugo s'amuse à conter de telles choses, je le veux bien ; mais comment l'érudit et judicieux biblio- phile Jacob se laisse-t-il aller à les croire ? Pour moi, j'y suis d'autant moins porté que je trouve au tome III du Conservateur littéraire, un long article do M. Victor Hugo lui-même sur l'étude consacrée à Gil Blas par François de Neufchâteau, et que j'y remarque ce pas- sage Cette notice, qui a été appréciée de tous les gens de lettres, et louée encore si justement dans le dernier ouvrage de M. Barbier, avait été imprimée en tête de la superbe édition do Gil Blas par Didot l'ainé ; elle est réimprimée en tête de celle-ci par Grapolet. Les nombreuses erreurs historiques et géographiques que M. F. de Neufchâteau relève avec tant d'exacti- tude dans Gil Blas prouvent de reste que ce livre H4 VICTOR HUGO AYANT 1830 n'est pas originaire de la Yieille-Gastillc ; et l'on en sera encore plus convaincu, si l'on songe que la plu- part des personnages de ce roman ont eu en France des originaux réels que Le Sage avait nommés au comte de Tressan. Les recherches de M. F. de Neuf- château sur ces originaux sont extrêmement piquan- tes *. » A qui M. Victor Hugo fera-t-il croire qu'il aurait ainsi couvert d'éloges l'écrivain qui l'avait volé ? Depuis quand, en Franco, répond-on par des compli- ments et des révérences au malhonnête homme qui vous dépouille ? VI Après le concours de 1817, d'oii \di Notice sur GUBlas et le comte François de Neufchâteau nous ont un peu éloignés, Victor Hugo reprit, à la fin des vacances, le chemin de la pension Gordier, oi^i il devait passer une année encore, en compagnie de son frère Eugène. C'était le tour de ce dernier de voir couronner ses vers ; il envoya aux Jeux-Floraux, de Tou- louse, une Ode sur la mort du duc d'Enghieiiy qui obtint, dans la séance du 3 mai 1818, non un beau lis d'argent, comme il est dit au tome I»" de Victor Hugo raconté par un témoin de sa vie, mais un souci réservé -. Décidément les deux frères prenaient le plus long pour aller à l'École polytechnique, ou plutôt ils n'en prenaient pas du 1 Le Conserratcur littéraire, t. III, p. 23. 2 Recueil de l'Académie des Jeux-Floraux, année 1818. VICTOR HUGO AVANT 1830 145 tout le chemin, et ils obtinrent de leur père qu'ils ne se pnisenteraient pas aux examens. Au mois d'août 1818, ils quittèrent définitivement la pension et revinrent habiter avec leur mère. Mïiie Hugo ne demeurait plus rue du Cherche-Midi. Elle était installée, depuis quelque, temps au nu- méro 18 de la rue des Vieux-Augustins, dans une maison contiguo au musée des Petits-Augustins, sur l'emplacement occupé aujourd'hui par la cour du palais des Beaux-Arts. Des fenêtres de l'appartement, situé au troisième étage, on avait vue d'un côté sur l'ancien jardin La Rochefoucauld et de l'autre sur la cour du musée, tout encombrée de sculptures et de fragments d'architecture *. Victor prit ses inscriptions de droit. Suivit-il les cours de la Faculté? il est permis d'en douter. Sa vocation poétique était trop prononcée, elle se révélait avec trop d'éclat pour que sa mère elle-même essayât de la combattre. Les trois frères embrassèrent du reste la carrière littéraire. En 1817, avait paru un Traité du mélo- drame, par A ! A ! A ! Les auteurs étaient Annancl Malitourne, Acier, et Abel Hugo ^ Abel faisait aussi des vers, et il fut couronné, en 1822, par la Société d'émulation de Cambrai, pour une Ode sur la bataille de Denain ^. * Yictor Hugo raconté, etc., I, 409. 2 On trouve dans VHermite de Bellemlle ou choix d'ojniscules politiques, littéraires et satiriques, de Charles Coluet, t. II, p. 3G9, un piquant article sur cet opuscule d'Abel Hugo. Le Traité du mélodrame, dit Colnet, est une plaisanterie ingénieuse. » ^ Moniteur dn 11 décembre 1822. H 6 VICTOR HUGO AA^ANT 1830 Encouragé par son succès de 1818, Eugène con- courut encore l'année suivante aux Jeux-Floraux ; mais cette fois il fut moins heureux. Son Ode sur la mort de S. A. S. Louis-Joseph de Bourbon, prince de Condé, n'obtint qu'une mention ; cette pièce, assez faible, figure dans le Recueil de l'Académie. Quant à Victor, il brûlait de prendre sa revanche à l'Académie française, et il n'entendait pas rester sur un simple encouragement. L'occasion justement était des plus propices, l'Académie ayant à décerner, en 1819, deux prix de poésie au lieu d'un. Outre le prix traditionnel, dont le sujet était V histitution du jury en France, il y avait, cette année-là, un prix extraor- dinaire. Un anonyme c'était M. Lemontey, qui ne faisait pas encore partie de l'Académie, lui avait remis une somme destinée à récompenser le meilleur discours en vers sur les Avantages de V enseignement mutuel, et le ministre de l'intérieur, M. Decazes, avait ajouté à la valeur du prix. Victor Hugo venait de quitter les bancs du collège, il avait seize ans ! Il se sentait donc de taille à courir les deux prix à la fois et à faire coup double il envoya deux pièces à l'Aca- démie. M. Raynouard fit son rapport dans la séance du 2o août 1819 et s'occupa d'abord du concours sur Vlns- titution du jury. Cinquante pièces avaient été en- voyées ; cinq furent distinguées, mais aucune ne parut digne du prix ; il ne fut même pas accordé de mentions. Le rapporteur parla seulement avec quel- ques détails de l'un des ouvrages qui avaient été VICTOR HUGO AYANT 1830 117 soumis à l'Académie, u II en esl un, dil-il, où l'Aca- démie a reconnu l'instinct do la vraie poésie, le germe d'un beau talent, un style parfois brillant et éner- gique, et une sorte d'originalité qui permet de beaucoup espérer mais elle ne doit pas dissimuler que le défaut de composition, l'incohérence des idées et des images, l'ignorance ou le mépris de l'art des transitions, feraient craindre pour le succès de l'au- teur s'il ne se hâtait, en s'imposant des études sévères et en invoquant d'utiles conseils, de se placer dans la bonne route dont il parait écarté \ » Le Témoin de la vie de Victor Hugo nous appre- nant que ce dernier a pris part, en 1819, au concours sur VInstitution du jury en France, il est permis de supposer que sa pièce est justement celle dont parle M. Raynouard dans les lignes que l'on vient de lire, et, si cette conjecture est fondée, on peut voir que le secrétaire perpétuel de l'Académie caractérisait assez bien, dès cette époque, quelques-unes des prin- cipales qualités et quelques-uns des plus grands défauts qui devaient éclater plus tard dans les œuvres du poète. Il avait donné à sa pièce la forme d'un dialogue entre Malesherbes et A^oltaire, le premier tenant pour les Parlements, le second accoidanl la préférence au jury ^. Dans la seconde partie de son rapport, consacrée au concours sur les Avantages de renseignement i Recueil des Discours, Rapports, etc., lus dans les séances publiques et particulières de l'Académie française, 1803-18 J9; deuxième partie, p. 868. 2 Victor Hvijo raconté, etc. \. I. M^. 118 VICTOR UUGO AVANT 1830 mutuel, M. Raynouard fit connaître qu'aucune des dix-neuf pièces adressées à l'Académie n'avait paru mériter le prix ; des mentions honorables étaient cependant décernées aux ouvrages inscrits sous les numéros 5, 9, 10, 13, 15 et 16. Le numéro 16, c'était Victor Hugo. Le Témoin de sa vie, dans le chapitre intitulé Premières relations avec VAcadéynie, a com- plètement passé sous silence la part prise par Victor Hugo à ce concours ; elle n'en est pas moins certaine, puisque le poète lui-même a publié sa pièce, au mois d'août 1820, dans le Conservateur littéraire, où elle est précédée de cette note L'auteur de cette pièce avait vu dans renseignement mutuel une méthode utile, mais non admirable, comme le prétend la l'action libérale. Considérant sa pièce sous le rapport littéraire, nous l'admettons dans ce recueil, sans partager tout à fait son opinion. L'enseignement mutuel y est, à la vérité, loué très modérément l'auteur le regarde seulement comme susceptible de rendre les premiers travaux élémentaires moins tristes et plus courts ; l'auteur a même su faire percer dans plusieurs endroits son opinion royaliste et ses sentiments religieux, et nous devons lui en savoir gré dans un pareil sujet ; cepen- dant nous pensons que la nouvelle méthode, sans même l'en- visager sous le point de vue moral, présente le grand inconvé- nient de laisser vite oubUer ce qu'elle a promptement enseigné, ce qui compense de reste l'avantage d'abréger et d'égayer les études. L'auteur de cette pièce nous autorise à la faire précéder de cette note ; de mûres réflexions et une observa- tion mieux entendue de la méthode mutuelle l'ont déjà fait presque revenir à notre avis. Son discours fut envoyé en 1819 à l'Académie, qui lui décerna une mention honorable sous le no 16, et décida qu'elle ne donnerait pas le prix. On l'insère ici tel qu'il fut soumis à l'Académie ; on croit devoir ajouter VICTOR HUGO AVANT 1830 119 que Tauteiir ne l'a point représenté au concours de cette année K » M. Yiclor Hugo a inséré, dans le livre publié par lui, en 1834, sous ce titre Littérature et philosophie mêléeSy deux passages de son Discours sur les avanta- ges de renseignement mutuel, — le début Je ris quand chaque soir de l'école voisine... et un très court fragment A des petits enfants en classe Vous qui, les yeux fixés sur un gros caractère.... Il a donné à ces deux morceaux la date de juin 1820, ce qui n'est pas exact, puisque sa pièce a figuré au concours de 1819. Encore bien que l'Aca- démie n'ait pas cru devoir lui décerner le prix, elle n'en est pas moins très remarquable et renferme plus d'un vers heureux, plus d'un tableau piquant. Le poète de dix-sept ans, qui avait, deux ans auparavant^ avoué ingénument ses trois lustres, s'est vieilli cette fois et déguisé en vieux maître d'école. Il trace de sa classe cette jolie peinture Là, j'ai mis de Jésus le sublime symbole, J'ai rempli ses désirs, car sa touchante loi Dit u Laissez les enfants approcher jusqu'à moi. » Au-dessous est ma table, et plus loin sont placées De mes jeunes sujets les banquettes pressées ; Ces cartes, ces tableaux, dont les murs sont couverts, Portent des premiers mots les mélanges divers, 1 Le Conservateur littéraire, t. III. p. T. 120 VICTOR HUGO AVANT 1830 Et l'enfant, qui les voit, aisément s'initie Aux arts que nous légua l'antique Phénicie. Mais l'instant est venu tu vas voir sous tes yeux Au temple de l'étude entrer l'essaim joyeux. Leur chef marche à leur tête en marquant la cadence, Et chacun sur son banc vient s'asseoir en silence. Tout se tait mais bientôt leur voix s'élève en chœur, Leur douce voix demande à ce Dieu protecteur Qui, parmi les vertus, compte l'humble espérance. De longs jours pour le roi, de beaux jours pour la France. La prière a cessé ; chacun avec ardeur Recommence un travail qu'il quitta sans tiédeur ; D'abord le maître dicte et leur main exercée Sur l'ardoise fragile a traduit sa pensée. Le plus faible au combat provoque les plus forts. Souvent son jeune chef, couronnant ses efforts. Compare les essais, sourit, et lui désigne Le rang plus glorieux dont il s'est rendu digne. Mon tour vient je dispense, en mon dernier coup d'œil, Le blâme avec regret, l'éloge avec orgueil. En 1820, l'Académie française avait à donner un prix extraordinaire de poésie, dont le sujet éiaiile Dé- vouement de Malesherbes. Trente-cinq poètes se dispu- tèrent le prix. M. A^ictor Hugo était-il du nombre ? Il ne fait aucune mention, dans son autobiographie, de ce concours et de la part qu'il y aurait prise. Elle pa- raît cependant certaine. Le comte Gaspard de Pons, l'un des trente-cinq, qui ne devait jamais être l'un des Quarante, raconte en effet, dans ses Adieux poéti- ques *, qu'il envoya une pièce à ce concours de 1820 et que M. Victor Hugo en fit autant de son côté. Il 1 Adieux poétiques, par le comte Gaspard de Pons, t. III, p. 10. VICTOR HUGO AVANT 1830 121 est difficile d'admetlre que ses souvenirs l'aient trom- pé sur ce point, car il était alors lié de la plus étroite amitié avec le futur auteur des Odes et Ballades *. Le prix ne fut décerné qu'en 1821, à la suite d'un nouveau concours pour lequel l'Académie ne reçut pas moins de quarante-six pièces. L'ode couronnée avait pour auteur M. Antony Gaulmier, professeur de rhétorique au collège de Nevers -. 1 Voy. ci-dessous, chapitre X. 2 Voy. les Poètes lauréats de l'Académie française, par Edmond Biré et Emile Grimaud. t. I, p. 277. CHAPITRE IV L'Académie des Jeux-Floraux. — Le Télégraphe. Les Vierges de Verdun. — Le Rétablissement de la statue de Henri IV. Alphonse de Lamartine et l'abbé Gerbet. — Moïse sur le Nil. — M. Victor Hugo maître es jeux- floraux. — Jules de Rességuier, Joseph Rocher et M. Durangel. — L'ode sur les Destins de la Vendée et la satire sur le Télégraphe. M. Ya- Rius. — Une lettre d'Alexandre Soumet. M. Victor Hugo et la Pairie. I Pendant qu'il soumettait ainsi plusieurs pièces à l'Académie française, M. Victor Hugo en adressait trois autres à une académie de province, mais à une aca- démie de province qui faisait alors beaucoup parler d'elle, — celle des Jeux-Floraux. Gomme elle avait le bon esprit de laisser aux concurrents le choix des su- jets, il lui était arrivé plus d'une fois de couronner des ouvrages très supérieurs aux meilleures composi- tions des lauréats de TAcadémie française. N'est-ce pas à elle que Millevoye avait envoyé V Aniiiv ers aire et la Chute des Feuilles, deux tendres et pénétrantes élégies, dont Tune au moins est assurée de ne pas pé- rir ? On pouvait donc se consoler de ne pas être vain- queur au palais Mazarin, pour peu que Ton triomphât au Gapitole. Les concours de Toulouse offraient de VICTOR HUGO AVANT 1830 1^3 plus col avantage que les prix y étaient très nom- breux. Les Jeux-Floraux, dit l'auteur de Vlcto?' Hugo raconté, n'étaient pas de ces académies avares qui n'ont pour la poésie qu'un seul prix ils en avaient sept \ » En 1819, l'Académie toulousaine avait bien plus de sept prix à donner aux poètes. Et d'abord, elle avait à distribuer, comme prix de l'année, l'ama- rante d'or, la violette d'argent, le souci d'argent et le lis d'argent. Outre ces quatre prix annuels ^, l'Acadé- mie avait décidé de décerner, comme prix extraor- dinaire, un lis Vor à l'auteur de la meilleure ode sur le Bétablissernent de la statue de Henri IV. Enfin, elle avait de plus à sa disposition, comme prix réservés des concours précédents, quatre amarantes d'or, deux lis d'argent, deux violettes d'argent et un souci d'argent. L'Académie, au concours de 1819, n'avait donc pas moins de quatorze prix à distribuer ! Les trois pièces envoyées aux Jeux-Floraux par Vic- tor Hugo étaient les Derniers bardes, les Vierges de Verdun et le Rétablissement de la statue de Henri IV. Les Derniers bardes, poème dans le goût d'Ossian, n'obtinrent qu'une simple mention ; mais les deux autres pièces furent couronnées. Le 3 mai 1820, un nouveau succès viendra confirmer cet éclatant début ; une troisième fleur viendra s'ajouter aux deux pre- mières, 1 Victor ffiifjo raconté, etc., t. I, 413. 2 Les Jeux-FlorauK disposent chaque année d'une cinquième fleur, réglan- tine d'or, réservée au meilleur discours en prose sur un sujet donné par rAcadémio. 12 i VICTOR nuGO avant 1830 Et les fruits passeront la promesse des fleurs ^ ! Les Vierges de Verdun, lisons-nous dans Victor Hugo raconté, eurent l'amarante d'or -. » C'est une petite erreur. Elles eurent seulement ce qu'on appelle, dans le langage des Jeux-Floraux, une amarante ré- servée, c'est-à-dire un prix inférieur d'un degré à l'a- marante d'or pure et simple, qui est le vrai prix de l'Ode ^. Il faut reconnaître que les juges toulousains étaient étrangement difficiles, et l'on a peine à com- prendre qu'ils aient refusé le prix de l'année à cette pièce dans laquelle le poète a trouvé des accents dignes de ces vierges innocentes, Martyres dont l'encens plaît au martyr divin ! Encore bien que le sujet du Rétablissernent de la sta- tue de Henri IV eût été proposé par l'Académie, Victor Hugo, en le traitant, avait bien moins rempli un pro- gramme de commande qu'il n'avait obéi à sa propre inspiration. Le 13 août 1818, le jour où la statue était sortie de la fonderie royale du faubourg du Roule, et, traînée par quarante jeunes bœufs, avait été dirigée vers le Pont-Neuf, par l'allée de Marigny et les quais, à un certain moment l'énorme bronze avait refusé d'avancer. Dételant alors les bœufs, la foule s'était jetée aux roues, au timon, à l'arrière, et avait elle-même porté 1 Malherbe. 2 Victor Hugo raconté, etc., t. I, p. 414. 3 Rectifil lie l'Académie des année 1810. VICTOR HUGO AVANT 1830 125 triomphalement jusqu'à la hauteur du Louvre la statue du bon Henri Accingunt omnes operi, pedibusque rotarum Subjiciunt lapsus, et stuppea vincula collo Intendant Pueri circum innuptœque puelUe Sacra canunt, funemque manu contingere gaudent K Au premier rang tigurait le jeune Victor Hugo qui a rappelé ce souvenir dans l'une des strophes de son ode Par mille bras traîné, le lourd colosse roule. Ah ! volons, joignons-nous à ces efforts pieux. Qu'importe si mon bras est perdu dans ta foule ? Henri ma voit du haut des cieux. Gomment s'étonner qu'après avoir été acteur dans cette belle journée, il l'ait célébrée avec un sincère enthousiasme, et que ses vers, écrits de verve, aient été composés en une nuit ? Voici les détails que je trouve, à ce sujet, dans la notice de Sainte-Beuve Mme Hugo était malade d'une fluxion de poitrine, et chacun de ses fils la veillait à son tour. La nuit du 5 au 6 février 1819, c'était le tour de Victor. Sa mère qui tenait beaucoup car elle y croyait déjà à la gloire future de son fils, regretta qu'il eût laissé passer un concours sans s'y essayer les pièces, en effet, devaient être envoyées à Toulouse avant le 15, et il aurait fallu que Victor eût expédié la sienne dès le lendemain matin pour qu'elle pût arriver à temps. La malade s'endormit sur ce regret, et le lendemain, au réveil, elle trouva pour bonjour l'ode pieuse composée à son chevet, et le papier, mouillé de ses larmes de mère, partit dans la journée même 2. 1 Virgile, .-En.. 1. II. 2 Borne ries Deux Mondes. 1831, t. III, p. 247. 126 VICTOR nUGO AVANT 1830 II Parmi les rivaux que A'ictor Hugo allait rencontrer en face de lui dans ce concours, il en était un qui, certes, était digne de lui disputer le lis d'or. Alphonse de Lamartine, encore inconnu, mais déjà âgé do vingt-huit ans, avait répondu, lui aussi, à l'appel de l'Académie de Toulouse. Il écrivait de Milly, à son ami Aymon de Virieu, le 10 août 1818 Pendant ma courte paralysie, j'ai composé rapidement, par circonstance, une ode sur le rétablissement de la statue d'Henri IV au Pont-Neuf, que j'enverrai aux Jeux-Floraux qui ont proposé ce prix-là après l'Académie de Mâcon. Comme j'avais entendu tant de ces odes ici, où personne ne faisait parler Henri IV en roi, cela m'a fait penser à essayer de le faire; je ne sais pas encore si mon ode vaut guère mieux que les leurs. Je m'en vais t'en envoyer quelques strophes pour que tu m'en fasses passer ton avis ; car il n'y a personne dans ce pays qu'on puisse entretenir de vers, ou qui les sente le moins du monde. ..... Cela commence par une longue comparaison à la ma- nière homérique Quand la lance d'Achille, après tant de batailles, De la ville d'Hector eût forcé les murailles Et ravi des Troyens le saint palladium. Le nautonier, voguant sur les flots du Bosphore, Des yeux cherchait encore Le palais de Priam et les tours d'ilium Surpris, il approchait, et la rive déserte. De silence et de deuil, hélas ! partout couverte, VICTOR HUGO AVANT 1830 127 Ne résonnait au loin que du seul bruit des flots ; Mais au moins ces débris, dans leur triste étendue, Découvraient à la vue, Près du tombeau d'Hector, les urnes des héros ! Mais nous ! — Quand le vieillard sur les bords delà Seine S'assied en soupirant, et tristement promène Ses yeux accoutumés aux splendeurs de nos rois, Il voit sortir de l'onde une cité superbe, Et cherche en vain sous l'herbe Une tombe, un débris, une ombre d'autrefois ! Quoi ! ce peuple, dit-il, nouveau fils de la gloire, N'a-t-il donc point d'aïeux au temple de Mémoire ? Dans les fastes du monde est-il né d'aujourd'hui ? A-t-il répudié, dans sa fierté sauvage, L'immortel héritage Que vingt siècles de gloire ont amassé pour lui? Le vieillard se plaint ainsi, et Henri IV lui apparaît à la même place où était son bronze. De son coursier de feu l'ondoyante crinière, Secouant la lumière. Frappe de mille éclairs les yeux du vieux Français. Henri IV lui promet son retour avec le retour de ses fils, etc. Penses-tu que ma gloire ait ressenti l'atteinte Des coups qu'ils ont portés à cette image sainte Que leur volage amour adorait autrefois ? Non, leur lâche courroux, dans la demeure sombre, A réjoui mon ombre ! La liaine des pervers est l'éloge des rois ! 128 VICTOR HUGO AVANT 1830 Qu'ils tremblent cependant ! Tel que m'ont vu leurs pères Dans mes mains tour à tour clémentes ou sévères Serrant le fer vainqueur, arbitre de leur sort, Tel, à la place même où ta douleur m'implore. Ils me verront encore Présenter à leur choix le pardon ou la mort ! Dans son bonheur d'un jour l'iniquité sommeille. Mais, la foudre à la main, la vengeance l'éveille; Le néant engloutit tous ces crimes perdus, Et, comme un astre fixe allumé par Dieu même, La justice suprême Se lève sur le monde et ne se couche plus ! Il dit la Seine au loin frémit ; le Louvre antique, Reconnaissant les sons de la voix prophétique, Incline en tressaillant ses superbes créneaux ; Et le temps se hâta d'enfanter la journée Où de la destinée L'arrêt avait marqué le retour du héros * î Dans son livre sur Mgr Gerbet, M. l'abbé de Ladoue nous apprend que le futur auteur de VEsqidsse de Rome chi^étienne, — l'un de nos meilleurs écrivains, au jugement de Sainte-Beuve . lequel ajoute sans y prétendre, l'abbé Gerbet e;^ t poète ^, » — a com- posé, lui aussi, en 1818, une pièce de vers sur le Rétablissement de la statue de Henri IV. De cette même inspiration, dit M. l'abbé de Ladoue, sortit la pièce qu'il adressa à l'Académie française qui avait fait appel à tous les sentiments poétiques des Fran- 1 Correspondance de Lamartine, t. II, p. 213. 2 Causeries du lundi, t. VI, p. 317. VJCTOU IILGO AVANT 1830 129 çais pour célébrer le rétablissement de la statue du plus populaire de nos rois. » L'Académie française n'ayant jamais mis ce sujet au concours, c'est sans doute à l'Académie des Jeux-Floraux que le jeune Gerbet avait envoyé sa pièce. Elle n'a pas été im- primée ; mais les amis de l'auteur en avaient retenu plus d'un fragment, la première strophe, entre autres, qui ne manque ni de mouvement ni de grandeur Dans mon essor perçant la nue, J'affronte le flambeau du jour ; Porté sur une aile inconnue, Je vole au céleste séjour. La terre a fui, les cieux s'entr'ouvreul, Mes regards étonnés découvrent, Dans un jour pur et radieux, Le monde, aux mortels invisible, Où, sur un trône inaccessible, Repose le maître des dieux K Ni Lamartine ni l'abbé Gerbet ne furent couronnés. Le lis .Vor fut décerné d'une voix unanime à Victor Hugo. Son ode souleva parmi les maint eneurs un enthousiasme dont nous retrouvons l'écho dans la lettre suivante qu'Alexandre Soumet adressa de Toulouse au jeune lauréat Toulouse. Depuis que nous avons vos odes, Monsieur, je n'entends parler autour de moi que de votre beau talent et des prodi- gieuses espérances que vous donnez à notre littérature. Si l'Académie partage mes sentiments, Isaure n^aura pas assez i Mgr Gerbet» sa viOi sea œuc/es et l'ccoîe MeiuzisiennCi pai' M. Tabbé de Ladoue, t. I, p. î^. 130 VICTOR UUGO AYANT 1830 de couronnes pour les deux frères. Vos dix-sept ans ne trou- vent ici que des admirateurs, presque des incrédules. Vous êtes pour nous une énigme dont les Muses ont le secret. Au mois de février 1820, Victor Hugo célébra ses dix-huit ans en écrivant Moïse sur le Nil ; il l'envoya aux juges de Toulouse, qui accordèrent à la pièce une amarante d'or réservée, et qui, par lettre du 28 avril, nommèrent l'auteur maître es jeux-floraux. 11 fut proclamé sous ce titre, dans la séance du 3 mai ^ III Toulouse la Romaine où, dans des jours meilleurs. J'ai cueilli tout enfant la poésie en fleurs Ainsi s'exprimait Victor Hugo, dix ans plus tard^, dans les Feuilles cV automne. Nous aussi, nous nous complaisons au souvenir de ces jours meilleurs, et nous allons compléter ici l'histoire de ses relations avec l'Académie des Jeux-Floraux. f]n 1820, il lui avait adressé, en même temps que l'ode de Moïse sur le Nil, une héroïde intitulée le Jeune banni Raymond à Emma, et une idylle, les Deux âges. Ces deux pièces furent mentionnées. En 1821, reçu maître es jeux, il n'avait plus le droit de concourir, mais il paya son tribut à l'Académie avec son ode sur Quiberon, slii sujet de laquelle il * Le Consercateur littéraire, t. II, p. 118. VICTOR HUJO AVANT 1830 131 écrivait à son aini Jules de Rességuier, le 21 Je serai éternellement reconnaissant à l'Académie de son indulgence. J'ai tâché de le lui prouver en lui faisant, pour Tune de ses séances publiques, une ode sur Quiberon, que j'aurai incessamment l'honneur d'envoyer à cet excellent M. Pinaud, qui aura aussi toujours une bien grande place dans mes affections. Je l'ai faite de mon mieux je regrette d'être de ces hommes dont le mieux est encore si loin d'être bien ; mais j'espère qu'elle aura quelque prix aux yeux de l'Académie, sinon par le talent, du moins par les efforts de l'auteur. Cet excellent M. Pinaud, dont le nom revient dans toutes les lettres de Victor Hugo à Jules de Ressé- guier, était le secrétaire perpétuel de l'Académie dos Jeux-Floraux. Incarcéré pendant la Terreur, lié, au sortir de prison, avec Bernardin de Saint-Pierre, il menait de front l'étude des lettres et celle du droit. Sous la Restauration, successivement avocat général et conseiller à la cour royale de Toulouse, puis pro- cureur général à Metz, c'est à ce dernier poste que le trouva la révolution de Juillet. 11 donna sa démission au mois d'août 1830. En 1822, je trouve deux autres envois du poète aux Jeux-Floraux. J'enverrai peut-être cette année, à l'Académie, écrit-il le 17 janvier 1822, une ode sur 1 ;M. le comte Albert de Rességuior a inid à notre disposltiou, avco une bonne grâce dont nous ne saurions trop lui témoigner notre gratitude, les nombreuses lettres de Victor Hugo écrites à son père, le comte Jules' de Rességuier, l'un des poètes les plus distingués de la période romantique. '13i V1CT0]Î IIL'GO AVANT 1830 le Déoouemoil dans la peste. Au moins ne renfermera- t-elle aucun sentiment politique *. » Le 3 avril, il adresse sa pièce à Jules de Rességuier. Maintenant, lui dit-il , elle vous appartient ; donnez-lui le titre qu'il vous plaira. Je l'ai intitulée Barcelone, afin de la rattacher aux événements récents, quoique le sujet soit réellement ce type moral, et par consé- quent lyrique, le Dévouement dans la peste ^. » Et le 19 avril ecazes, et l'un des secrétaires de la Cliambre des députés à la sessioQ de 1819. VICTOR HUGO AVANT 1830 149 Ou Bar**te S éludant un orateur chagrin, Vivre en prince, aux dépens de vingt commis sans pain ; a J'admirais avec vous tous ces nobles courages, Par qui le trône enfin survit à tant d'orages ; Et lorsqu'un pair voulut, pour la France alarmée -, Voir le Sénat du peuple aux factieux fermé, u Je blâmais cette loi qu'osait flétrir son zèle, u Et je parlais pour lui, tout en votant pour elle. » On se quitte, et notre homme, en l'ardeur qui l'enivre. Contre les libéraux déjà rêve un gros livre. Télégraphe ! ô quel coup pour son cœur affligé ! Hélas ! le lendemain ton langage est changé Que fera Varius ? pensez-vous qu'il balance ? Varius haletant court chez Son Excellence, Il sort tout radieux, et sans perdre^ un instant, Va courtiser Etienne, et saluer Constant. Il fuit ces émigrés, à face féodale ; Leur ombre est un fléau, leur luxe est un scandale. La PiCnommée ^, enfant qui languit nouveau-né. Doit à sa jeune ardeur un centième abonné ; 1 Le baron de Barante, conseiller d'Etat, avait été nommé pair de France, par ordonnance du 5 mars 1819. M, de Barante était un des défenseurs les plus ardents et en même temps les plus habiles du ministère Decazes. 2 Le 20 février 1819, le marquis de Barthélémy, pair de France, avait demandé à ses collègues de prendre une résolution en vertu de laquelle le roi serait humblement supplié de présenter aux Chambi'cs un projet de loi tendant à faire éprouver à l'organisation des collèges électoraux les modifi- cations dont la nécessité paraîtrait indispensable. Adoptée à la Chambre des pairs, le 2 mars 1819, par 98 voix contre 55, la proposition Barthélémy fut combattue, à la Chambre des députés, par M. Royer-Collard et par M. de Serre et repoussée dans la séance du 23 mars, par 123 voix contre 94. 3 La Renommée, feuille libérab, fondée le lo juin 1819, et réunie au Courrier français, le 15 juin 1820. Elle comptait parmi ses rédacteurs Benja- min Constant. 150 VICTOR HUGO AVANT 1830 11 lit jusqu'à Tissot *, souscrit pour Sainneville ^, Et pare son salon d'un plan du champ d'asile. Villèle est, à l'entendre, un fanatique ardent, De Pradt sait le français, Fiévée est un pédant 3 ; Les nobles, le clergé sont faits pour nos insultes. Il faut un protestant pour ministre des cultes En un mot, Monseigneur, qu'il vit liier au bain, Veut qu'on soit libéral il s'est fait jacobin. Rien ne l'arrête ; il ose, et sans art et sans honte, Flatter l'abbé-barou, excuser l'abbé-comte ^ ; Devant leurs valets même il met bas son chapeau ; Car enfin un boucher peut devenir bourreau s. Et le jeune poète, — se doutait-il alors qu'il chan- gerait aussi souvent d'opinions que cet excellent M. A^vRius ? — terminait par ces vers Moi qui dans tout excès cherche un juste équilibre, Loin des Indépendants je prétends vivre libre ; 1 Tissot, rédactoup du ConstUutionnel et du Mercure, terroriste sous lu république, écrivain officieux sous l'empire, habile homme du reste qui, sans autre titre qu'une médiocre traduction en vers des Bucoliques de Vir- gile, trouva moyen de se faire nommer professeur de poésie latine au Col- lège de France et membre do rAcadémie française. 2 JI. de Sainneville, commissaire général de police à Lyon, lors des évé- nements qui avaient eu lieu dans cette ville et dans le département du Rhône en 1817, et auteur de plusieurs écrits dans lesquels il attaquait vio- lemment le général Canuel et les, autres autorités royalistes de Lyon. 3 Fiévée, publiciste, moraliste, observateur, écrivain froid, aiguisé et mordant, très distingué. » Ainsi l'a défini Sainte-Be^^e. Il était en 1810 Tun des rédacteurs principaux du Consermiteur. 4 L'abbé baron Louis et l'abbé comte Grégoire. 5 Témoin cet habitant de Versailles, d'abord boucher, puis député à la Convention et régicide. Les crimes de cet homme furent grands ; mais nous croyons devoir ajouter que son repentir les a sinon effacés, du moins rendus pardonnables. » Note de M. Victor Hugo. Legendre, 1 oucher, conventionnel et régicide, n'était point un habitant de Versailles; il était député de Paris et vdenipurait rue des Roucheries-Saint-Oermain. vicTon HUGO avant 1830 151 Heureux si, par relï'roi de raes hardis pinceaux, Je fais rugir le crime et grimacer les sots. Je veux, eu flétrissant leur audace impunie, Adorer la vertu, rendre hommage au génie ; Car le temps d'Azaïs a vu naître Bonald, Et s'il fut plus d'un Brune, il est un Macdonald. ^'engeur des Vendéens S je t'admire et je t'aime ; Mais le talent m'est cher dans un Hbéral même^ Etienne ^ me fait rire, et parfois j'applaudis, Dans l'Ermite déchu, l'esprit qu'il eut jadis 3. Aussi, gaiement je siffle, atîi"ontant leur colère, Rover à la tribune et Bavoux dans sa chaire ^ ; Au cou de Rodilard j'attache le grelot, Et du Joonnet d'Hébert je coiffe Montar *** 5. Quand Grégoire au Sénat vient remphr un banc vide s. Je le hais libéral, je le plains régicide. Et s'il pleurait son crime, au lieu de s'estimer. S'il s'exécrait lui-même, oui, je pourrais l'aimer. 1 Chateaubriand, 2 Etienne, auteur de la comédie des Deux Gendres, publiait dans la Mi- nerve française des Lettres sur Paris qui étaient très remarquées. 3 M, de Jouy qui, après avoir brillamment réussi avec YHermite de la Chaussée-d'Antin 1812-1814, faisait alors paraître, avecun succès médiocre, VHermite en province. 4 Nicolas Bavoux, juge suppléant au tribunal civil de la Seine, et profes- seur suppléant à la Faculté de droit, avait été suspendu de ses fonctions de professeur, le l"' juillet 1819, par la commission de l'instruction publique, à la suite de désordres graves dont l'Ecole de droit avait été le théâtre. ^ Cugnot de Montarlot, ancien sous-officier et l'un des adversaires les plus implacables du gouvernement de la Restauration. Impliqué en 1817 dans le procès de la Société du Lion dormant, poursuivi en 1819 comme gérant du Nouvel homme gris, en 1820 comme auteur d'une brochure publiée quelques jours après l'assassinat du duc do Berry, et, en 1821, comme affilié à la Conspiration de l'Est, il passa à cette époque en Espagne, oi'i, sous le nom de don Carlos de Malsot, il conspira contre Ferdinand comme il l'avait fait contre Louis XVIII. Il fut condamné à mort par une commission mil taire et fusillé à Alméria en Andalousie, le 24 avril 1824, 6 L'abbé Grégoire, élu député de l'Isère au mois de septembre 1819. 152 VICTOR HUGO AYANT 1830 Ainsi, jeune et brûlant d'un courroux qui m'honore, Je fronde un siècle impur, censeur sans tache encore, Qui ne saura jamais, peu fait pour parvenir, Dans l'esclave en faveur voir le maître à venir. Toi cependant, aux lois de ta langue inconnue Courbe ton front bizarre, élancé dans la nue. Poursuis, cher Télégraphe, agite tes grands bras Semblable à ce baron, fameux par son fatras, Qui, grattant son cerveau, l'œil en pleurs, le teint blême, Annonce un grand secret, qu'il ne sait pas lui-même ^ Le jeune homme qui débutait dans la satire parles vers que l'on vient de lire, en même temps qu'il composait des Odes comme les Vierges de Verdun, \esDesti7is de la Vendée^ le Rétablissement de la statue de Henri IV et Moïse sur le Nil, était de ceux qui pour leurs coups d'essai veulent des coups de maître, et Alexandre Soumet n'exagérait rien lorsqu'il par- lait, dans la lettre que nous citions tout à l'heure, des prodigieuses espérances que le poète de dix-sept ans donnait à notre littérature. Au commencement de 1820, Soumet vint à Paris, et l'une de ses premières visites fut pour Victor Hugo. Voici en quels termes il en rend compte à son ami Jules de Rességuier, qui était resté à Toulouse i baron Bignon, membre de la Chambre des députés, ancien ministre des affaires étrangères du gouvernement provisoire juin-juillet 1815. se van- tait de posséder un secret de nature à porter un coup accablant au gouver- nement royal. Sommé de le produire, p ir MM. Decazes et de Serre, il s'y refusa. Séance du 19 juin 1819. On fil grand bruit, sous la Restauration, du Sicret de M. Bignon beaucoup de bruit pour rien. — Voyez Alfred Nette- ment, Histoire de la Restauration , t. III, p. 64, 400 et 660 ; t. V, p. 114 et suivantes. VICTOR HUGO AVAiXT 1830 lo3 Paris, samedi. Vous aurez peut-être appris, mon ami, la cause de mon voyage à Paris ; elle était bien triste puisqu'elle m'a forcé de quitter Toulouse sans chercher à dire adieu à mes amis ; mais j'ai retrouvé ici votre souvenir. — Vous faites presque partie de notre cercle poétique. L'éloge de Clémence Isaure a révélé partout le troubadour, et vous avez gardé pour vous plus d'une fleur de sa corbeille. — J'ai entendu des vers ravissants d'un jeune homme nommé Alfred de Vigny. C'est une élégie intitulée le Somnambule et inspirée par la muse d'André Chénier i. Je la demanderai pour vous, afin que mes admirations soient aussi les vôtres. — On a osé me dire beaucoup de mal de Lamartine, et je l'ai défendu avec votre suffrage autant qu'avec le mien. On l'appelle le poète des pj'osateurs, et l'on ne se doute pas de l'éloge que renferme ce jugement. Le jeune Hugo vous adresse mille expressions de sa recon- naissance. Je lui ai promis de vous les faire parvenir. Cet enfant a une tête bien remarquable, une véritable étude de Lavater. Je lui ai demandé à quoi il se destinait, et si son intention était de suivre uniquement la carrière des lettres. 11 m'a répondu qu'il espérait devenir un jour pair de France... et il le sera ! Avant de quitter Toulouse, mon ami, j'ai laissé pour vous quelques brouillons de poésie. Si vous voulez les demander vous-même à mon père, il vous les remettra, et vous me direz votre pensée ; mais ne les montrez à personne. ... Votre château s'élève-t-il toujours aussi rapidement ? Comme vous y serez bien !... Xe faites pas le voyage d'Itahe, n'allez pas aux rives lointaines, restez sous vos orangers et renfermez comme Horace de longues espéranees dans un eercle * Voy, cette pièce dans les Poèmes coifiques et nindernes. d'Alfred Ai Vignv, 151 VIOTOU IllCid AVANT I HIÎO étroit. Horace offrait des sacrifices au gniie du lieu; vous avez aussi votre bon génie à adorer. Adieu, embrassez pour moi vos enfants... A. Soumet. Si vous pouvez m'envoyer une lettre de recommandation de M. de Villèle pour M. de Serre, ministre de la justice, vous me ferez plaisir. Je chercherai, peut-être, à rentrer au conseil d'Etat ou dans quelque administration... Guiraud est de moitié dans tous mes souvenirs. Rue Saint-Honoré, ??» 341, Hôtel de la Grande -Bretaçine ^. Ainsi Victor Hugo est encore un enfant, et déjà il aspire à la pairie. Ses premiers regards se tournent, non vers le palais Mazarin, mais vers le palais du Luxembourg. S'il est entré dans la carrière des let- tres, c'est avec le dessein d'en sortir. Pour lui, poète, la poésie ne vient qu'au second rang ; d'abord et avant tout, la politique. Et voilà pourquoi les prodi- gieuses espércoices que ses débuts avaient fait conce- voir, ne se réaliseront pas tout entières. 1 Nous devons l,i conimiinicatlon lio rctto lettre à M. lo comte Albert d\\v le Télégraphe. VICTOR IICGO AVANT 1830 157 Il y a, dans celle honorable entreprise, quelque chose de plus intéressant, de plus touchant encore, c'est son motif, dont MM. Hugo, que nous n'avons point l'avantage de connaître, nous pardonneront de révéler ici le secret. L'éducation de ces intéressants jeunes gens a été dirigée par une mère distinguée, qui a pensé de bonne heure que de bons principes et des talents formaient la seule fortune qui pût être à l'abri des révolutions, la seule arme avec laquelle on put, non pas se défendre de l'envie, de la calomnie, mais les braver. Maintenant, fils reconnaissants, ils essayent d'acquit- ter une dette aussi sacrée que douce. Ils doivent à leur mère une seconde vie ; ils veulent soutenir, embellir la sienne ; et, pour y parvenir, ils unissent la fraternité du talent à la frater- nité du sang. Heureux jeunes gens d'avoir une mère qui ait senti le prix de l'éducation ! Heureuse mère de voir ainsi cou- ronner ses soins ! Outre l'utilité et la bonne rédaction du Conservateur litté- raire, c'est donc la piété filiale et fraternelle qui le recommande à tous les gens de bien. Il est difficile qu'une entreprise de cette nature paraisse sous de plus heureux et de plus touchants auspices... Nous aimons à le répéter, disait en terminant Fauteur de l'article, M. F. Agier, il est consolant, il est rassurant pour l'avenir de voir cette foule de jeunes gens qui aiment les let- tres pour elles-mêmes, et non pour flétrir, en les vendant au pouvoir, les premières faveurs qu'ils en reçoivent. Lorsque le culte qu'on leur adresse est pur, elles se montrent généreuses ; car alors c'est dans leur sein que se forment les grands talents et que se préparent les grands caractères *. Le Conservateur littéraire, dont le premier numéro est du mois de décembre 1819 et le dernier du mois de mars 1821, paraissait deux fois par mois, en une i Le Corner oateur, t. VI. p. 401. iriS VICTOI? Illi0 AVANT \HHi^^ livraison do 40 pages in-8°, qui portait cotte épi- graphe, empruntée à VArl poéf'irpm d'Horace FuDgar vicecotis, acutum Reddere qua? ferrum valet, exsors ipsa secandi. Chaque livraison commence par une ou plusieurs pièces de vers viennent ensuite des articles de cri- tique littéraire, un article sur les spectacles et des Variétés et nouvelles littéraires V Sainte-Beuve, — après M. Agier, — a commis une erreur lorsqu'il a dit Eugène et Victor étaient les rédacteurs assidus de ce journal... Les nombreux ar- ticles de critique dans lesquels Eugène juge les ou- vrages et les drames nouveaux respirent une cons- cience profonde et accusent un retour pénétrant sur lui-même, un souci comme effaré de l'avenir ^. » L'erreur de Sainte-Beuve vient de ce qu'il a cru pou- voir attribuer à Eugène Hugo les nombreux articles du Conservateur littéraire signés E. Ces articles sont de Victor, ainsi que nous l'établirons tout à l'heure ; Eugène n'écrivait pas dans le recueil fondé par ses frères. Nous trouvons, on effet, dans la huitième li- vraison, la note suivante Les rédacteurs du Conservateur littéraire avaient déclaré, dans la 7e livraison, qu'ils continueraient à garder Tanonyme, comme ils l'ont cru devoir faire jusqu'ici. Cependant, un ar- 1 Les exemplaires complets du Cnnst^rvateur littéraire sont devenus ex- trêmement rares. Celui dont je me suis servi pour le travail que l'on va lire m'a été oommuniqué par M. de la Sicotière, sénateur de l'Orne, dont la bibliothèque est si riche, rérudition si sure, l'obligeance si parfaite. 2 Pnrf raif s contemporains, t. I. p. 402. VICTUll lilliO 1830 L'^ii» iiclc que M. Agier a bien voulu consacrer à leur recueil, dans la 75e livraison du Conservateur, article, du reste, plein d'in- dulgence et de sentiments bienveillants, pourrait faire croire que MM. Hugo frères sont les seuls auteurs du Conservateur littéraire. MM. Hugo il n'est pas inutile d'observer que ileux le ees messieurs seulement, rainé et le plus jeune S eomptent parmi les rédacteurs, uniquement dons Tintérêt de la vérité, nous prient de rectifier cette erreur involontaire. Ils nous in- vitent à faire connaître qu'ils comptent plusieurs collabora- teurs dont les articles ne sont soumis, comme les leurs, qu'à la censure du conseil de rédaction, composé de la réunion de tous les rédacteurs. C'est avec regret que les rédacteurs du Conservateur littéraire se voient encore forcés d'entretenir d'eux leurs lecteurs, mais c'est avec un bien vrai plaisir qu'ils saisissent cette occasion de remercier publiquement M. Agier de ses éloges et de ses honorables encouragements -. Cette note était exacte. Le Conservateur littéraire a seulement inséré deux pièces de vers d'Eugène Hugo ÏOde sio- la mort du duc cVEiighien, couron- née aux Jeux-Floraux, en 1818, et une traduction de l'ode d'Horace A Thaliarque ^. J'y remarque ce vers Le présent est à toi ; l'avenir est aux dieux î Victor Hugo se souvenait-il de ce vers de son frère, lorsqu'il a dit Non l'avenir n'est à personne ! Sire ! l'avenir est à Dieu '* ! Abel Hugo, au contraire, ne laissait guère passer 1 L'aîné, Abel, et le plus jeune, Victor. 2 Le Conservateur littéraire, t. I,p. 320. 3 Horaec, Odes, 1. 1", ode vni. 4 Les Chants fin Napoléon 11. 160 VICTOR HUGO AVANT 1830 de livraison sans y écrire. Ssearticles étaient signés A. et quelquefois A. H. Plusieurs sont consacrés aux littératures étrangères;, et plus particulièrement cà la littérature espagnole. Le Conservateur littéraire ren- dait compte de toutes les poésies qui paraissaient, et il en paraissait tous les jours de nouvelles. Abel et Victor suffisaient à cette lourde charge les odes, les épitres, les dithyrambes, les satires, relevaient de Victor. Les poèmes on en faisait encore en ce temps- là ressortissaient au tribunal d'Abel, qui a eu à juger tour à jour la Panhypocrisiade, de Népomucène Lemercier, comédie épique en seize chants ; la Mas- siliade, de S. Marin, poème épique en douze chants ; VOrléanide, de Le Brun des Gharmettes, poème national en vingt-quatre chants, etc., etc. Ces longs poèmes n'étaient point pour effrayer Abel Hugo, qui avait entrepris lui-même une publication en trente volumes ! Il est vrai que, de ces trente volumes, il n'a paru que le prospectus. On lit dans la vingt- septième livraison du Conservateur littéraire Le prospectus d'un ouvrage en trente volumes in-8o, inti- tulé le Géîiie du théâtre espagnol, par A. Hugo, se distribue en ce moment, et paraît devoir fixer l'attention du monde littéraire. Cette entreprise, dont l'importance et l'utilité sem- blent incontestables, a déjà mérité à son auteur une foule de suffrages honorables. Nous voudrions qu'il nous fût permis d'y joindre le nôtre, motivé sur ce que nous connaissons de ce grand travail ; mais nous nous interdisons cette satisfaction. M. Abel Hugo est notre ami et, de plus, notre collabo- rateur *. 1 Le Conservateur littéraire, t. HT. p. 2ft7, VICTOR IllGO AVANT 1830 161 Abel Hugo faisait ainsi volontiers de vastes projets que, malgré un réel talent et une remarquable facilité de travail, il ne lui était pas toujours donné de réaliser. Il a inséré dans le Conservateur littéraire quatre nouvelles El Viejo, la Naissance de HenrilV, le Combat de taureaux, le Carnaval de Venise, et il annonçait, en této de ce dernier récit, qu'il était extrait d'une suite de compositions, dans lesquelles l'auteur s'est proposé de retracer, d'une manière dramatique, les coutumes do quelques peuples * ». Encore un projet qui ne devait pas recevoir d'exé- cution ^. Ce que Chateaubriand a fait pour sa sœur Lucile, pourquoi M. Victor Hugo ne le ferait-il pas pour ses frères ? Pourquoi ne recueillerait-il pas dans l'édition définitive de ses œuvres les vers d'Eugène et les nou- velles d'Abel ? La gloire alors serait bien tenue de laisser tomber devant eux ses barrières il leur suffi- rait de dire, comme Hernani De sa suite! J^en suis ; et ils passeraient. Les autres rédacteurs du Conservateur littéraire étaient Alexandre Soumet, Alfred de Vigny, Ader, Saint-Valry, Adolphe Trébuchet, cousin ger- main des Hugo, J. Sainte-Marie, Gaspard de Pons, etc.; mais aucun d'eux ne donnait au journal une collaboration active et régulière ; de loin en loin seulement, ils apportaient, qui une ode ou une élégie, qui un article de prose. C'est ainsi qu'Alfred de 1 Le Conservateur littéraire, t. lU, p. 303. 2 Abel Hueo est mort au mois de février 18oo, 162 VICTOR mGO avant 1830 Vigny n'a fourni que deux morceaux son joli poème intitulé le Bal ^y et une étude sur lord Byron, que Sainte-Beuve attribue à tort à Victor Hugo ^. Le poids de la rédaction retombait donc à peu près tout entier sur Abel et sur Victor, sur ce dernier principalement, qui était, dès cette époque, un travailleur infatigable, et qui, des trois volumes dont se compose la collec- tion du recueil, en a écrit au moins deux à lui seul. Pendant près de deux ans, il s'est dépensé là tout entier. Une part de son âme, de sa jeunesse et de son talent est enfermée sous la couverture bleue de cette revue oubliée, comme Vâme du licencié Pierre Qarcias, sous la pierre que rencontrèrent, en allant de Penafiel à Salamanque, les deux écoliers de Gil Blas. Je ne voudrais pas ressembler au plus jeune de ces écoliers, qui passa outre étourdiment. J'imiterai, au contraire, son compagnon qui, ayant creusé tout autour de la pierre et l'ayant soulevée, fut bien récompensé de la peine qu'il avait prise. Peut-être me sera-t-il donné, comme à lui, de trouver Vâme du licencié. Je sais bien qu'à m'arréter, comme je le fais, à chaque détour de la route, je m'expose à m'entendre dire par le lecteiu^ Si nous allons ainsi, nous n'arriverons pas. Je ne saurais pourtant lui promettre de marcher 1 Poèmes, par A. de V^'gny, 1 822. 2 Portraits contemporains, t. I. p. 401. VICTOR JIUGO AVANT 1830 133 beaucoup plus vile. Ceci n'est point une œuvre didactique, allant directement au but par une route tracée d'avance ; c'est une causerie, un peu longue, je l'avoue; une sorte de promenade, à travers champs, dans le passé. Nul plus que moi ne respecte et n'ad- mire, — de loin, — le grand chemin battu où passe l'histoire en son carrosse, ce grand chemin qui s'al- longe toujours en ligne droite et d'où sont bannis le buisson d'aubépine, le liseron et l'églantier ; mais j'ai un faible pour les sentiers de traverse où l'herbe ' pousse, où fleurit l'anecdote, et où se rencontrent à . chaque pas les petits détails inconnus, pareils à ces petites fleurs qui ne révèlent leurs couleurs et leurs parfums qu'à l'humble piéton, voyageant à petites journées, le bâton à la main. N'est-il pas, d'ailleurs, plus d'un motif qui nous commande de nous arrêter quelques instants à cet épisode de la jeunesse de Victor liugo, et de parler, avec quelques détails, de la part considérable prise par lui à la rédaction du journal qu'il avait fondé avec son frère Abel ? Rien de ce qui so rattache aux débuts de l'auteur des Odes et Ballades ne doit être perdu pour l'histoire littéraire. Nulle part, cependant, on ne trouve de renseignements exacts sur le Conservateur littéraire et sur les nombreux articles que Victor Hugo y a insérés. Sainte-Beuve en a bien parlé, en 1831, dans Xdi Biographie des contemporains et dans hi Revue des Deux Mondes ; mais, outre qu'il l'a fait très briève- ment, on ne retrouve pas dans ces deux ou trois 164 VICTOR HUGO AVANT 1830 pages son exactitude et sa précision habituelles *. En 1834, M. Victor Hugo a publié, sous le titre de Littérature et Philosophie mêlées, un livre qui ren- ferme, s'il faut l'en croire, la collection de tous ses articles de jeunesse ; la vérité est qu'il n'en a pas reproduit la dixième partie, et comme s'il craignait que le lecteur ne remontât à la source et ne rouvrit le Conservateur littéraire, il a soigneusement évité, dans sa préface, de nommer ce recueil. Le Témoin de sa vie est presque aussi discret. Abel, dit-il, eut l'idée d'une revue qui paraîtrait deux fois par mois. Il fonda, avec ses deux frères et quelques amis, le Con- servateur littéraire. Victor y collabora assidûment. Il y publia Bag-Jargal ; il y lit des vers et de la prose. Tout cela fort royaliste^. » Quatre lignes sur le journal oii Victor Hugo lit ses premières armes, où il publia ses premières odes et son premier roman, quatre lignes seulement, alors que l'auteur consacre de lon- gues pages à raconter les jeux de Victor Hugo enfant, à décrire les combats des veaux et des chiens dans la cour de la pension Gordier ! Il semble qu'autour de Tillustre écrivain on se soucie peu de voir remuer les cendres du Conservateur littéraire. Nous le ferons néanmoins, non pour y chercher des sujets de querelle, mais afin, au contraire, de découvrir les étincelles de génie enfouies sous ces cendres éteintes, afin d'y rallumer la flamme de ces croyances, qui furent celles 1 Portraits contemjiorains, t. I, p. 400-403. 2 Yictor Hugo raconté par un témoin de sa vie, t, II, p. 1. VICTOR HUGO AVANT 1830 165 de M. Victor Hugo et qui sont les nôtres, heureux de nous réchauffer un instant avec lui au même foyer. II Victor Hugo, nous l'avons dit, travaillait à lui seul plus que tous ses collaborateurs réunis. Il est telle livraison de son journal dont tous les articles sont de lui, depuis Tode qui brille à la première page jus- qu'aux variétés et nouvelles littéraires qui se cachent modestement à la dernière ; d'où la nécessité pour lui de varier ses signatures, de recoudra des initiales diverses et à des noms empruntés, ahn que le lecteur ne s'aperçût pas qu'il avait presque toujours devant lui le même rédacteur. J'ai relevé, au bas d'articles qui lui appartiennent sans conteste, jusqu'à dix signatures différentes, sans compter celle de son vrai nom. Les voici cVAuvernmj ^,— Aristide, — Publicola Petissot, — B, — E, — H, — M, — M***% — V, - U. Les pièces de vers qu'il a insérées dans le Conser- 1 Aiweniey, petit bourg- de la Loire-Inférieure, situé ù trois lieues de la ville de Châtcaubriant, était le pays d'origine de la mère du poète. Voyez, au tome III du Conservateur littéraire, le récit d'un voyagea Auverneij, signé J. A. dont quelques détails semblent pris sur le vil", dont les autres sont tout à fait de fantaisie, et dans lequel on lit > l7o l^ui', une ct'iilaiiios darlicles qui témoignent d'une rare flexibilité d'esprit ei d'un talent de prosateur déjà singulièrement remarquable. La phrase est élé- gante et correcte, précise et vigoureuse. Plus tard, sans doute, dans la préface de Cromivell et dans Nolre-Damc rïr Paris, la prose du grand poète sera plus haute en couleur, elle acquerra plus de puissance et plus d'éclat ; mais peut-être y a-t il, dans les arti- cles du Coïiservctteiir liftraire, des qualités qu'il im- jorte d'autant plus de saluer au passage qu'on ne les reverra plus dans les œuvres de M. Victor Hugo. Bien- tôt, en effet, il ne faudra plus lui demander ce qui brille à chaque page dans ces écrits de sa jeunesse, le naturel et la gaieté, la sincérité de l'émotion, la franchise de l'accent. De ces cent articles, dont la moitié au moins méri- teraient d'être tirés de l'oubli et de ligurer dans l'édi- tion déhnitive des Œuvres cojnplètes de l'auteur, quelques fragments seulement ont été insérés par lui dans les deux volumes de Littéral ure et Philosophie mêlées. Il les a fait précéder d'une préface intitulée Bat de cette pablieation, et dans laquelle il s'exiiilme ainsi Ces deux volumes ne sont autre cliose que la collection complète de toutes les notes que l'auteur, dans la route litté- raire et politique qu'il a déjà parcourue, a écrites çà et là, che- min faisant, depuis quinze ans qu'il marche... En consultant les dates qu'on a eu soin de placer en tête de tous les fragments, ceux des lecteurs qui se plaisent à ces sortes de comparaison, même lorsqu'il s'agit d'ouvrages aussi peu importants que 176 VICTOR HUGO AVANT 1830 celui-ci, pourront voir aisément à quelle œuvre de l'auteur, à quel moment de sa manière, à quelle phase de sa pensée sur la société et sur l'art se rattache chacune des divisions de ce livre... On y retrouve, de 1819 à 1834, tous les changements successifs de style et de pensée, toutes les modifications d'opi- nion et de l'orme, tous les élargissements d'horizon politique et littéraire que les personnes qui veulent bien suivre le déve- loppement de son esprit ont pu remarquer en gravissant la série totale de ses œuvres... Il livre ce recueil au public en toute franchise et en toute confiance. Le premier de ces deux volumes ne contient que deux divi- sions ; l'une a pour titre Journal des idées, des opinions et des lectures d'un jeune jacobite de 1819 ; l'autre .• Journal des idées et des opinions d'un révolutionnaire de 1830. Le plus ancien de ces deux journaux, surtout, a besoin d'être lu avec une extrême indulgence, et sans que le lecteur en perde un seul instant la date de vue, 1819. L'auteur l'offre ici, non comme une œuvre littéraire, mais comme sujet d'étude et d'observation... Aussi, pour que cette partie du livre ait, du moins, le mérite de présenter une base sincère aux études de ce genre, a-t-on eu soin de l'imprimer .sans y rien changer, absolume7ît telle qu'on Va recueillie, soit dans les publications du temps, aujourd'hui oubliées, soit dans des dossiers de notes restées manuscrites. Ce recueil représente durant deux années, de l'âge de seize ans à l'âge de dix-huit ans, l'état de l'esprit de l'auteur... il y a des plans de tragédie faits au collège *... Eh bien ! rien de tout cela n'est vrai, pas mènie les plans de tragédie faits au collège ! Et d'abord, M. Victor Hugo insiste tout particuliè- rement sur la date de 1819 ; il l'inscrit en tête de son journal, il la répète en tète de plusieurs des articles * LltttTfititrr l't P/iilosop/lifi iiii'Ji'Ps. Introdurtioii. VICTOR HUGO AVANT 1830 177 qu'il renferme. Or tous ces articles sont extraits du Conservateur littéraire, dont deux livraisons seulement ont paru au mois de décembre 1810 ; toutes les autres appartiennent à Tannée 18^20 et à l'année 1821. Il date, par exemple, de février 1819, le fragment qui commence ainsi Ce que je veux, c'est ce que tout le monde veut, ce que tout le monde demande, c'est-à-dire du pouvoir pour le roi, et des garanties pour le peuple \ » Ce passage est tiré d'un article sur les Avantages de la monarchie, inséré dans la ¥ livrai- son du Conservateur littéraire, qui a paru au mois de janvier 1820 ^. 11 donne également la date de février 1819 à des pages très piquantes sur les orateurs du barreau et de la tribune. Elles ont paru, eu janvier 1820, à l'occasion d'un livre de M. Laurentie, intitulé de V Éloquence po- litique et de son influence dans les gouvernernents popu- laires et représentatifs ^. Le morceau sur Le Sage et ]Valter Scott, dat'' d'avril 1819, est du mois iV octobre 1820. Il se trouve dans un article sur l'Etude consacré par le comte François de Neufcliàteau à WHistoire de Gil Blas de Santillane '\ Ailleurs, M. Victor Hugo ne se borne pas à l'indi- cation de l'année et du mois, il précise le joiu^ E. nous avons vu que c'était une des nombreuses signa- tures dont il se servait dans le Conservateur litté- 1 Littérature et Philosophie mêlées, p. 87. Edition Fiinio i' '.••. I8il. 2 Le Conservateur littéraire, t. I. p. I ii. 3 md., t. I,p. 104. 4 Ibid., t. [II. p. 478 VICTOR HUGO AYANT 1830 raire, E. vient d'écrire ceci aujourd'hui 27 avril 1819... » Suit un fragment de son article sur la pre- mière représentation de la tragédie de Mario. Sluart, par M. Pierre Lebrun. Cette représentation ayant eu lieu le 6 mars 1820, la date du 27 avril 1819 est évi- demment erronée. L'article est de man^ 1820 \ Ces inexactitudes ont, à coup sûr, peu d'impor- tance. Il convient pourtant de les relever, parce que, de la part de M. Victor Hugo, elles sont volontaires et systématiques. En antidatant ses écrits royalistes, il espère en atténuer la portée que voulez-vous ? il était si jeune ! Il affirme n'avoir absolument rien changé à ses ar- ticles d'autrefois ; il n'a touché, dit-il, ni à la forme ni au fond, voulant fournir une base sincère aux lec- teurs désireux d^étudier les changernents sftrcessifs do son style et de sa pensée. J'ai regret à le dire, cette déclaration n'est rien moins que conforme à la vérité. En reproduisant ses anciens articles, M. Victor Hugo a fait subir à son style et à sa pensée des changements nombreux et parfois importants. Tantôt il retranche et tantôt il ajoute. Passionné pour les antithèses, — en 183 i, — il les sème à pleines mains sur ses articles de 1820, comme on jette de la poudre d'or sur la page que l'on vient d'écrire. Toutes les fois que le mot de la fin ne, lui semble pas assez bien venu, il le remplace par un autre il est devenu homme de théâtre, et il sait combien il est important de soigner ses sorties. 1 f,p Cnnafir-.'ntevr Jiffrrniri\ t. I. p. S50. VICTOR IILGO AVANT 1830 HU Je citerai quelques-unes de ces antithèses, quel- ques-uns de ces mots de la fin, ajoutés après coup. Dans un article sur la tragédie de Clovis, par M. Népomucène Lemercier, dont il devait être, vinj^t ans plus tard, le successeur à T Académie française, il avait établi un très ingénieux parallèle entre le dé- nouement du Mahomet de Voltaire et celui du Britan- nicus de Racine. Il reproduit ce parallèle dans Litté- rature et philosophie mêlées, avec cette addition Le sujet de Racine est mieux choisi que celui de Voltaire. Pour le poète tragique, il y a une profonde et radicale différence entre Tempereur romain et le chamelier prophète. Néron peut être amoureux, Mahomet, non. Néron *...» Mais ici, continuer la cita- tion devient impossible. L'antithèse devant laquelle ne recule pas M. Victor Hugo — le Victor Hugo de 1834 — brave l'honnêteté, et elle n'a pas môme l'ex- cuse d'être mise en latin. Rendons à chacun ce qui lui appartient cette an- tithèse dont la reproduction nous est interdite, c'est le révolutionnaire de 1830 qui Va commise ; le jeune jacobite de 4819 aurait rougi de l'écrire. Son article sur Ivanhoé, publié dans la 12 livraison du Conservateur littéraire, renfermait de curieux dé- tails sur la condition des juifs au moyen âge. Hugo les reproduit, mais il éprouve le besoin de les compléter par une triple antithèse ce Aujourd'hui, il y a fort peu de juifs qui soient juifs, fort peu de chrétiens qui soient chrétiens. On 1 Littérature et PhÛosophie mêlées, p. ti. 480 VICTOR HUGO AVANT 1830 ne méprise plus, on ne hait plus, parce qu'on ne croit plus. Immense malheur! Jérusalem et Salomon, choses mortes. Rome et Grégoire YII, choses mortes. Il y a Paris et Voltaire \ » Dans un article sur VHistolre générale de France depuis le règne de Charles IX jusquà la paix générale en 1815, Victor Hugo parle de Voltaire comme histo- rien^. Son jugement est plein de justesse et d'éléva- tion. Mais le mot de la fin manque ; le voici, — écrit en 1834 Voltaire a toujours l'ironie à sa gauche, sous sa main, comme les marquis de son temps ont toujours l'épée au côté. C'est fin, brillant, luisant, poli, joli, c'est monté en or, c'est garni de diamants, mais cela tue ^ » M. Victor Hugo ne se borne pas à ajouter des phrases ou à refaire et à polir celles qu'il conserve, il modifie quelquefois sa pensée et la change du tout au tout. 11 avait écrit, par exemple, en 1821 Pour moi, je n''aime point, je l'avouerai, qu'un historien soit cosmopolite, et je trouve quelque chose de lier qui me plaît dans ce mot d'un Arabe à Haygage Je ne sais que des histoires de mon pays'*'. » Le mot de cet Arabe est heureux, en effet, et M. Victor Hugo tient à s'en parer ; il le reproduira donc en 1834, mais non sans avoir pris la précaution de déclarer qu^il aime qu'un 1 LUtéra ture et Philosophie mêlées, p. 30. 2 Le Conservateur littéraire, t. III. p. 306. 3 Littérature et Philosophie mdées, p. 40. 4 Ze CoiTSPrt'ateiir littéraire, t. III, p. 311. VICTUU IILGO AVAAT 1830 181 historien soit cosmopolite, — c'est-à-dire tout le con- traire de ce qu'il a dit dans cet article qu'il est censé réimprimer sans y faire aucun changement. Il est devenu humanitaire, et il entend bien faire croire qu'il l'a toujours été. Il refait ainsi le passage que je viens de citer Pour moi, bien que l'historien cosmo- polite soit plus grand et plus à mon gré, je ne hais pas l'historien patriote. Le premier est plus selon l'hu- manité, le second est plus selon la cité. Le conteur domestique d'une nation me charme souvent, même dans sa particularité étroite, et je trouve quelque chose de fier qui me plaît dans ce mot d'un Arabe à Haygage Je ne sais que des histoires de mon pays *. » A un traducteur d'Homère sous ce titre, je trouve, au tome I^^^ de Littérature et Philosophie 7nêleés, un fragment dans lequel l'auteur s'élève avec force contre les pygmées qui essayent de soulever la massue d'Hercule, contre les versificateurs qui ne craignent pas de toucher à la poésie d'Homère. S'adressant à l'infortuné traducteur, il lui dit Croyez-moi, ne vous mêlez pas à ces nains. Votre traduction est encore en portefeuille ; vous êtes bien heureux d'être à temps pour la brûler. Une traduction d'Homère en vers français ! C'est mons- trueux et insoutenable, monsieur. Je vous affirme, en toute conscience, que je suis indigné de votre traduction. Je ne la lirai, certes, pas. Je veux en être quitte pour la peur. Je déclare qu'une traduction en vers de n'importe qui, par n'importe qui, me semble chose absurde, impossible et * Littérature et Philosophie mêlées, p. 40. M 182 VICTOR HUGO AVANT 1830 chimérique. Et j'en sais quelque chose, moi qui ai rimé en français ce que j'ai caché soigneusement jusqu'à ce jour quatre ou cinq mille vers d'Horace, de Lacain et de Virgile ; moi, qui sais tout ce qui se perd d'un hexamètre qu'on trans- vase dans un alexandrin ; Mais Homère ! monsieur ! traduire Homère i ! J'ouvre maintenant le Conservateur littéraire . Victor Hugo y a rendu compte, au tome le^, pages 255 et suivantes, de la traduction de trois chants de riliade, par M. A. Bignan, et c'est de cet article que sont extraits le début et la conclusion du fragment, cité dans Littérature et Philosophie mêlées. Quant aux lignes que l'on vient de lire, elles ne sont pas dans l'article de 1821, et pour cause. Votre traduction est encore en portefeuille, dit le fragment. — H nous reste, dit l'article, à féliciter M. Bignan du mode de publication partielle qu'il a choisi pour donner aux gens de lettres un avant-goût de sa nouvelle traduction. » Vous êtes bien heureux d'être à temps pour la brûler, continue le fragment. — Espérons, dit l'article, que M. Bignan, qui ne doit point se décourager, fera dis- paraître, dans sa traduction complète de VJliade, ces faux ornements que réprouvent également le goût français et la gravité sévère de la muse grecque. » Je vous affirme, en toute conscience, que je suis in- digné de votre traduction. Je ne la lirai, certes, pas ! A la bonnne heure ! Et voilà qui est bravement dit. * Littérature et Philosophie mêlées, p. 112. VICTOR ilUiiO AVANT 1830 183 Mais, en 1820, Victor Hugo ne disait pas cela. Non content de lire la traduction de M. Bignan, d'en dis- cuter le fort et le faible et d'en reproduire de longs passages, il lisait encore celles de ses devanciers ; il comparait, c'est lui-même qui nous l'apprend, l'essai de M. Bignan avec plusieurs autres traductions de V Iliade, et notamment avec celle de M. Aignan. » On voit que l'auteur de Littérature et Philosophie mêlées en a pris fort à son aise avec ses articles du Conservateur littéraiy^e. C'était son droit, à une condi- tion pourtant, celle de ne pas venir nous dire qu'il les publiait absolument tels quils avaient été écrits dans leur temps. Mais voici qui est mieux encore. Il nous annonce, dans sa préface de 1834, qu'il y a de tout dans son journal de 1819, même un plan de tragédie fait au collège, et un peu plus loin, en effet, il en donne l'analyse. Nous assistons, acte par acte, au dévelop- pement de la pièce qui a pour héros Phocion, chef du sénat, accusé de trahison, traduit devant le peuple et condamné, dans le temps même où, insensible à tout autre intérêt qu'à celui de ses concitoyens, il ne songe qu'au salut de la république. Avec une impar- tialité louable, M. Victor Hugo signale les côtés faibles de son plan et il en fait ressortir les qualités avec une satisfaction légitime. C'est le tableau, dit-il, des agitations populaires et de la vertu malheureuse, c'est-à-dire le plus grand exemple qu'on puisse mettre sous les yeux des hommes et le spectacle digne des dieux... L'action se déroule par une suite de révolu- iHi VICTOR JIUGU AVANT 183U tions inattendues ; les moyens d attaque et de résis- tance ont entre eux des proportions qui rendent l'anxiété possible. » Il termine son analyse en disant, non sans modestie Cette tragédie pourrait être belle ; cependant elle n'obtiendrait qu'un succès d'es- time. Gela tient à ce qu'elle serait froide ; au théâtre, un conte d'amour vaut mieux que toute l'histoire*. » Pourquoi M. Victor Hugo ne parle-t-il ici qu'au con- ditionnel ? Pourquoi ne dit-il pas que sa pièce n'a ob- tenu qu'un succès d'estime, lorsqu'elle a été jouée au Théâtre-Français par les comédiens ordinaires du roi^ le 16 juillet 1817? Son plan de tragédie fait au col- lège n'est pas autre chose, en effet, que l'analyse faite par lui, dans la cinquième livraison du Conservateur littéraire^, de la tragédie de Phocion, par Royou, frère de l'abbé Royou, rédacteur de VAini du roi, et beau-frère de Fréron, l'ennemi de Voltaire. L'auteur d'Hernani et de Ruy-Blas, se parant des plumes de Gorentin Royou et démarquant une de ses tragédies pour se l'attribuer, voilà, certes, un des plagiats les plus extraordinaires dont l'histoire des lettres fasse mention ! Que penseriez-vous, monsieur Hugo, de M. de Rothschild, s'il lui prenait un jour fantaisie de dérober le mouchoir de quelque pauvre diable et de le ma rquer à son chiffre ? 1 Littérature et Philosophie mêlées, p. 145. a Le Conservateur littéraire, t. I, p. 189. VICTOR HUGO AVANT 1880 185 IV On pense bien que M. Victor Hugo, qui a si étran- gement remanié ses articles littéraires, n'en a pas usé moins librement avec ses articles politiques. Au lieu de les reproduire tous ou de nous donner tout au moins le dessus du panier, il n'en a réim- primé qu'un seul, consacré à la mort du duc de Berri. Après ce grand effort, éprouvant sans doute le besoin de montrer au lecteur que, môme en 1820, il n'était pas si royaliste que cela, il publie, en les da- tant d'avril 1820, des pages où l'on trouve ce qui suit Que dire de la littérature de 1820, encore plus plate que celle de 1810, et plus impardonnable, puisqu'il n'y a plus là de Napoléon pour résorber tous les génies et en faire des généraux ! Qui sait ! Ney, Murât et Davoust auraient peut- être été de grands poètes. Ils se battaient comme on voudrait écrire *. En 1820^ M. Victor Hugo ne disait point Napoléon, il disait Buonaparte. Il ne faisait point l'éloge de Mural; il insérait dans son journal l'ode de son frère Eugène sur la mort du duc d^Enghien, dans laquelle on lit cette stropbe Du moins que la parole sainte Pour la dernière fois descende sur d'Enghien ! 11 parle... et ce Murât, qui vit l'homme avec crainte. Avec mépris voit le chrétien. i Littérature et Philosophie mêlées, p. 03. 186 VICTOR HUGO AVANT 1830 Retiens, lâche, retiens ton insultant blasphème 1 Tu ne crois pas en un juge suprême Témoin de tes longs attentats... Mais tremble ! la Calabre et ses rochers t'attendent ; Ses vautours naissants te demandent ! Il est un Dieu vainqueur et tu le connaîtras * ! L'année littéraire, continue M. Yictor Hugo, s'an- nonce médiocrement. Aucun livre important... Il se- rait temps, cependant, que quelqu'un sortit de la foule et dit Me voilà. Il serait temps qu'il parût un livre ou une doctrine, un Homère ou un Aris- to4e... Pauvre temps que le nôtre ! Force vers, point de poésie... Le fait politique de l'année 1820, c'est l'assassinat de M. le duc de Berri ; le fait littéraire, c'est je ne sais quel vaudeville. Il y a trop de disproportion ^. » Eh ! non, monsieur, le fait littéraire de l'année 1820, ce n'est pas un vaude- ville, c'est un livre, — un livre admirable, les Médita- tions poétiques d'Alphonse de Lamartine. Elles ont paru au mois de mars 1820 ^ ; vous n'avez donc pas pu écrire, au mois cV avril Aucun livre important. Force vers, point de poésie !... » Tout ce morceau a été écrit, arrangé après coup. En veut-on une nouvelle preuve ? il se termine ainsi M. le duc de Berri, c'est la tragédie. Voici la parodie main- tenant. Une grande querelle politique vient de s'émouvoir ces jours-ci, à propos de M. Decazes. M. Donnadieu contre M. Decazes. M. d'Argout contre M. Donnadieu. M. Clausel 1 Le Conservateur littéraire, 9» livraison avril 1820. 2 Littérature et Philosophie mêlées, p. 92. 3 Journal de la librairie, année 1820. n» 882. VICTOR HUGO AVANT 1830 187 de Coussergues contre M. d'Argout. — M. Decazes s'en mêlera- t-il enfin lui-même ? Toutes ces batailles nous rappellent les anciens temps où les preux chevaliers allaient provoquer dans son fort quelque géant félon. Au bruit du cor un nain parais- sait. Nous avons déjà vu plusieurs nains apparaître ; nous n'attendons plus que le géant *. Gomment, au mois d'avril 1820, M. Hugo aurait-il parlé de ces grandes querelles, si elles n'étaient pas nées ? Le Projet de la proposition d'accusation contre M, le duc Decazes, par M. Glausel de Coussergues ^, est du mois d'août 1820, ainsi que les Observatimis de M. d'Argout sur récrit publié par M. Clausel de Cous- sergues ^. Le Mémoire pour le vicomte Donnadieu n'a été publié qu'au mois de septembre *, et la Réponse de M. de Sainte-Aulaire, au mois d'octobre. Le pas- sage de M. Victor Hugo sur la grande querelle poli- tique de 1820 n'a donc pas été écrit au mois d'avril ; il n'a même été écrit que longtemps après l'événe- ment, car s'il l'eût été au moment oii il se produisit, M. Hugo n'aurait pas dit M. Donnadieu contre M. Decazes. M. d'Argout contre M. Donnadieu. M. Glausel de Goussergues contre M. d'Argout. » Il eût dit M. Clausel de Coussergues et M. Donnadieu contre M. Decazes. M. d'Argout contre M. Clausel de Cous- sergues. M., de Sainte-Aulaire contre M. Donnadieu. Tous les doutes sont, d'ailleurs, levés par ce fait que la sommation à M. Decazes et l'air de bravoure sur 1 Littémture et Philosophie mêlées, p. 93. 2 Journal de la librairie, année 1820, n» 2990. 3/6irf., n» 3061. ^ Ce Mémoire iivait pour .inteur M. Berryor. fils. 188 VICTOR HUGO AVANT 1830 les 7iains et le géant, qui terminent le prétendu article dî' avril 1820, se trouvent dans la 24 livraison du Conservateur littéraire, publiée au mois de novembre 1820 *, aprh et non avant les brochures de MM. Clausel de Goussergues et d'Argout, Donnadieu et de Sainte-Aulaire. Dans ce morceau, faussement daté de 1820, et qui est en réalité, sauf quelques lignes, de 1834, M. Victor Hugo a eu évidemnant pour objet de faire croire au lecteur qu'à l'époque même où il composait son Ode sur la mort de S. A. R. C harles-Ferdinand d'Artois, duc de Berri, fils de France, il commençait déjà à professer le culte de Napoléon, ce qui était, à ses yeux, en 1834, un comble de libéralisme. Il ne s'en est pas tenu là, et il termine son Journal des idées d'un jeune jacobite de 1819 par un autre morceau, daté, celui-là, de décembre 1820 et dont voici le texte Le tout jeune homme qui s'éveille de nos jours aux idées politiques est dans une perplexité étrange. En général, nos pères sont bonapartistes, nos mères sont royalistes. JNos pères ne voient dans Napoléon que l'homme qui leur donnait des épaulettes, nos mères ne voient dans Bonaparte que l'homme qui leur prenait leurs fils. Pour nos pères, la révolution, c'est la plus grande chose qu'ait pu faire le génie d'une assemblée ; l'empiré, c'est la plus grande chose qu'ait pu faire le génie d'un homme. Pour nos mères, la révolution, c'est une guillotine ; l'empire, c'est un sabre. Nous autres enfants nés sous le consulat, nous avons grandi * Le Conservateur littérnirp. t. III. p. 142. VICTOR HUGO AVANT 1830 189 sur les genoux de nos mères, nos pères étant au camp ; et, bien souvent privées, par la fantaisie conquérante d'un homme, de leurs maris, de leurs frères, elles ont fixé sur nous, frais écoliers de huit ou dix ans, leurs doux yeux maternels remplis de larmes, en songeant que nous aurions dix-huit ans en 1820, et qu'en 1825 nous serions colonels ou morts... En général, il est peu d'adolescents de notre génération qui n'aient sucé avec le lait de leurs mères la haine des deux époques violentes qui ont précédé la Restauration. Le Croque- mitaine des enfants de 1802, c'était Robespierre ; le Croque- mitaine des enfants de 1815, c'était Bonaparte. Dernièrement, je venais de soutenir ardemment, en présence de mon père, mes opinions vendéennes. Mon père m'a écouté parler en silence, puis il s'est tourné vers le général L*** % qui était là, et il lui a dit Laissons faire le temps ; l'enfant est de l'opinion de sa mère, Vhomme sera de Vopinimi de son père. Cette prédiction m'a laissé tout pensif. Quoi qu'il arrive, et en admettant même jusqu'à un certain point que l'expérience puisse modifier l'impression que nous fait le premier aspect des choses à notre entrée dans la vie, l'honnête homme est sur de ne point errer en soumettant toutes ces modifications à la sévère critique de sa conscience -. Ainsi, le lecteur est averti si M. Victor Hugo a été royaliste sous la Restauration, ce n'est pas la faute à Voltaire et à Rousseau^ cest la faute à sa mère. Nous le voulons bien ; mais qu'en 1820, à l'heure où ses opinions monarchiques étaient le plus ardentes, alors que^ suivant ses propres expressions, il poussait la passion politique jusqu'à la folie et jusqu'à la rage, quand Bonaparte » n'était pour lui qu'un Corse 1 Le général Lurotte. 2 Littéi'atvre et Philosophip mêlées, p. 11 190 VICTOR HUGO AVANT 1830 gardé par un mameluck * », il ait écrit la page que nous venons de reproduire, dans laquelle l'idée, le principe royaliste, sont réduits à n'être plus qu'un conte de nourrice où l'on fait peur aux petits enfants de Groquemitaine et de l'ogre... de Corse; qu'il ait prévu à ce moment que ses convictions se modifie- raient sans doute à mesure qu'il avancerait en âge et que bientôt il dépouillerait ses opinions vendéennes, comme le jeune homme dépouille les vêtements deve- nus trop étroits pour lui, voilà ce que nous ne saurions admettre. Qu'on le remarque d'ailleurs, le morceau que l'on vient de lire forme une longue suite d'anti- thèses. Or, en 1820, M. Victor Hugo partageait l'avis de Pascal, qui a dit Ceux qui font des antithèses en forçant les mots sont comme ceux qui font de fausses fenêtres pour la symétrie ^. » — Les jeunes gens, a dit, de son côté, la Bruyère, sont éblouis de l'éclat de l'antithèse et s'en servent ^. » Chose éton- nante, M. Victor Hugo, en sa prime jeunesse, n'a pas été ébloui de l'éclat de cette figure ; il n'en a fait au- cun emploi dans les trois volumes du Conservateur littéraire, où il ne cache pas, au contraire, l'éloigne- ment qu'il professe pour elle. Vous trouverez, dit-il dans son article sur les poésies d'André Chénier, vous trouverez dans Chénier la manière franche et large des anciens, rarement de vaines antithèses ^. » Et ail- 1 Le Conservateur littéraire, t. I, p. 275. 2 Pensées, édition de M. Havet, p. 110. 3 Des ouvrages de l'esprit. '* Le Conservateur littéraire, t. I. p. 23f>. VICTOR HUGO AVANT 1830 191 leurs, dans un article sur l'abbé Delille On pour- rait critiquer dans ce morceau une recherche d'ex- pressions antithétiques c'est là le défaut de Delille, ou plutôt du genre qu'il avait adopté '. » La page que M. A^ictor Hugo a datée do décembre 1820 ne peut donc être de cette époque si elle avait été écrite à ce moment, elle ne renfermerait pas les nombreuses antithèses que l'on y trouve presque à chaque ligne. Le morceau, du reste, n'a été fait que pour amener le mot du général Hugo Laissons faire le temps ; Venfant est de l'opinion de sa mère, l'homme sera de r opinion de son père . L'auteur tient tellement à ce mot-là, que, dans son autobiographie, il lui a con- sacré un chapitre entier, sous ce titre Un mot du général Hugo^. Ce mot a-t-il été prononcé? H n'a pu l'être que si le général Hugo était, en 1820, un adversaire de la Restauration. Or ses Mémoires^ publiés en 1823, attestent qu'il n'en était rien. H n'y dissimule pas, en effet, son peu de sym- pathie pour Napoléon ; il y rappelle que c'est à Louis XVIII qu'il doit d'avoir été confirmé dans le grade de général qu'il tenait du roi Joseph et que le gouvernement impérial s'était refusé à recon- naître ; il y donne place à un écrit de son fils Abel, où respire le plus ardent royalisme. Arienne le règne de Charles X, et l'un des premiers actes du nouveau roi sera de le nommer lieutenant général de ses ar- mées, ce qui ne fait pas supposer que le comte Hugo 1 Le Conservateur littéraire, t. II, p. 18. 2 Victor Hugo raconté, p\c.. t. II. p. I . 192 VICTOR HUGO AVANT 1830 fût un ennemi bien prononcé du gouvernement royal *. Aussi bien, puisque M. Victor Hugo attache une si grande importance au mot qui nous occupe, puisque ses biographes le répètent à l'envi, achevons de prouver qu'il n'a point été prononcé. C'est au général Lucotte qu'il aurait été adressé ^. Le général Lucotte n'était donc pas royaliste ; car s'il eût partagé les opinions du fils, le père n'aurait pas pu avoir l'idée de dire à son vieux camarade Laissons faire le temps; l'enfant est de l'opinion de sa mère, l'homme sera de l'opinion de son père. » Or il se trouve que le général comte Lucotte était, en 1820, un fervent royaliste, voire même un clérical. Marié à la fille du marquis de Gorberon, qui avait péri sur l'échafaud révolutionnaire, il avait servi dans le royaume de Naples et en Espagne, sous le roi Joseph, et pas plus que le général Hugo, il n'avait eu à se louer de l'em- pereur. En 1814, il avait été des plus empressés à se rallier à la Restauration. H était allé à Saint-Ouen ofTrir ses services à Louis XVIII, qu'il avait accom- pagné aux Tuileries, et qui le récompensa en le nommant lieutenant général. En 1815, pendant les Cent-jours, il s'opposa à ce que les soldats sous ses ordres prissent la cocarde tricolore, et il fut compris, en 1818, dans le corps royal d'état-major. Lorsqu'il mourut, le 21 septembre 1825, il était un des admi- nistrateurs de la confrérie du Saint-Sépulcre, asso- * Voy. ci-dessus, chapitre II, p. 70 et suiv. 2 Victor Hugo raconté, etc., t. II. p. 3. VTCTOR HUGO AVANT i83 193 dation qui ne comptait dans ses rangs que des roya- listes ultras \ Adressé au baron Lucotte, le mot du général Hugo n'aurait pas eu de sens. Que les deux morceaux datés à' avril 1820 et de décembre 1820 aient été écrits beaucoup plus tard, après 1830 ; que M. Victor Hugo, après avoir an- noncé, dans la préface de Littérature et Philo- sophie mêlées, qu'il allait réimprimer, sans y rien changer, ses articles du Conservateur littéraire, leur ait fait subir des altérations qui en dénaturent complètement le sens et la portée, nous croyons l'avoir démontré ; et ce n'est pas notre faute si, après avoir été forcé de contester, sur plusieurs points, la véracité de ses affirmations, nous sommes amené à établir, par un nouvel exemple, que l'illustre écrivain est coutumier du fait. En 1875, il a publié sous ce titre Actes et Paroles avant VexiU les discours politiques que, de 1846 à 1851, il a prononcés à la tribune de la Gbambre des pairs, de l'Assemblée constituante et de l'Assemblée législative. S'il s'était borné, là où le Moniteur dit Marques cV approbation, à mettre Explosion cV ap- plaudissements, et là où le Moniteur ne dit rien, à suppléer à son silence par une série de formules ad- 1 Biographie unîoérselle. supplément, t. LXXIL 194 VICTOR HUGO AVAMT 1830 miratives Vive émotion, — Explosion de bravoSy — lîires d'approbation, — Frémissement sur tous les bancs, — il y aurait simplement lieu de sourire. Mais il ne s'en est point tenu là il a modifié le texte même de ses discours, dans le dessein évident de tromper le lecteur d'aujourd'hui sur ses opinions d'autrefois. Dans son discours du 14 juin 1847, en faveur de la rentrée en France des membres de la famille Bona- parte, il avait dit Je leur imposerais une condition, une seule ce serait de demander leur rentrée. — De la demander à qui ? Au roi, qui représente rmiité inviolable et perpétuelle de la nation, et aux Chambres, qui en représentent le mouvement, la pensée et la vie *. » Supprimé en 1875. Le 17 juillet 1851, dans son discours sur la révision de la constitution, voici dans quels termes il parlait du roi Charles X ; intérieures, xxx et Tristesse d'Olympio {les Rayons et les Ombres, xxxiv. 2 William Shakespeare, pur Victor Hugo. Parmi ces quatorze grands génies de rhumanité », M. Victor Hugo a trouvé piquant de ne pas faire figurer Bossuet ; il ne l'a même pas jugé digne d'un accessit ! H est vrai qu'il n'en accorde pas non plus à Pascal ni à Racine. Les Quatorze qui ont trouvé grâce devant lui le doivent à cela seulement qu'ils ont été ses précurseurs. C'est ainsi que Juvénal et saint Jean ont été admis dans le groupe immortel le premier, parce que ses Satires annoncent les Châtiments ; le second, parce que son Apocalypse est la préface de Ce que dit la bouche d'ombre les Con- templations, 1. Vie. — Voyez aussi, dans ce recueil, la pièce qui commence par ce vers Ecoutez. Je suis Jean. J'ai vu des choses sombres. 3 Les Orientales, xi.. 208 VICTOR iiroo avant 1830 damné à no réfléchir jamais qu'une seule image, celle de Victor Hugo. Il n'en allait pas de même en 1820 et en 1821. Le poète alors était véritablement un critique, s'oubliant lui-même pour ne voir que ceux qu'il avait à juger, les appréciant avec une curiosité intelligente et tou- jours en éveil, avec une originalité qui n'excluait pas la justesse. Il est temps, écrivait un jour l'auteur du Gé7iie du Christianisme, de quitter la critique mes- quine des défauts pour la critique féconde des beau- tés. Ce noble conseil de Chateaubriand, le jeune rédacteur du Conservateur littéraire s'applique géné- reusement à le suivre. Sans arrière-pen-ûe person- nelle, avec une naïveté dont il se corrigera plus tard, il glisse sur les défauts, il insiste sur les beautés. Il salue, avec une joie fraternelle, les glorieux débuts de Lamartine ; le génie de Walter Scott trouve en lui un panégyriste enthousiaste ; personne n'a mieux parlé de l'auteur ïlvanhoé que celui qui devait être un jour l'auteur de Notre-Dame de Paris. De la lecture des nombreux articles du Conserva- teur littéraire ressort la démonstration qu'à cette époque 1819-1821, Victor Hugo n'était pas encore romantique. S'il admirait Lamartine et André Ghénier, il ne laissait pas de goûter fort l'abbé Delille. Dans une étude consacrée aux Œuvres posthumes du chantre de la Pitié, il célèbre l'élégance et l'har- monie de son style » ; il fait l'éloge du joli poème que le traducteur du Paradis perdu a laissé sur le Départ d'Eden ». Il le loue d'avoir changé le sau- VICTOR HUGO AVANT 1830 209 vage mécontentement qu'Adam témoigne à Eve, dans Milton, en une tendre commisération », et il ajoute Cette idée heureuse prouve que Delille connaissait parfaitement les délicatesses de la muse française *.» Il proclame la supériorité des tragédies de Corneille et do Racine sur les drames de Shakespeare et de Schiller, et il appuie sa thèse de considérations à la fois neuves et ingénieuses Nous n'avons jamais compris, dit-il, cette distinction entre le genre classique et le genre romantique. -Les pièces de Shakespeare et de Schiller ne diffèrent des pièces de Cor- neille et de Racine qu'en ce qu'elles sont plus défectueuses. C'est pour cela qu'on est obligé d'y employer plus de pompe scénique. La tragédie française méprise ces accessoires, parce qu'elle marche droit au cœur, et que le cœur hait les distrac- tions ; la tragédie allemande les recherche, parce qu'elle s'adresse souvent à l'esprit et plus souvent encore à tous les sens. L'une présente un spectacle attachant, l'autre un tableau singulier. Dans l'une, tout concourt au même but ; dans l'autre, il n'y a point d'ensemble. Les Français veulent que l'intérêt se concentre sur quelques personnages ; les Anglais regardent la variété comme une qualité tragique. Chez nous, l'intérêt va toujours croissant ; chez eux, chaque scène en est réduite à son propre intérêt ; et veut-on voir quelle différence il en résulte dans les effets ? Prenez le cinquième acte d'une de nos tragédies, et lisez-le séparément, souvent vous le trou- verez faible et languissant ; hsez-le en le faisant précéder de tous les autres, vous n'aurez rien remarqué, seulement vous aurez fondu en larmes. Mais les Allemands se contentent de leurs tragédies... Cela prouve que les Allemands ont moins de goût que nous, c'est- à-dire qu'ils raisonnent moins leurs sensations. 11 suffit de la 1 Le Conservateur littéraire, t. H, p. lf>. 12. 210 VICTOR UUGO AVANT 1830 simple narration des faits les plus bizarres et les plus invrai- semblables pour émouvoir les enfants, parce que les enfants n'ont pas la force de comparer leurs idées *... On le voit, nous sommes encore loin de la préface de CromwelL Classique par le fond des idées, Yictor Hugo l'est également au point de vue de la forme. C'est ainsi qu'il n'hésite pas à condamner, dans les vers, l'emploi de l'enj ambement , qui sera cependant bientôt, dans les recueils romantiques, comme le signe parti- culier'èwv les passeports. Rendant compte d'un poème sur la mort du duc d''Enghien, par M. E. Michèle t La manière de l'auteur, dit-il, n'apparlient à aucune école, ses vers ne sont pas d'un versificateur ; un ver- sificateur aurait évité ces fréquents enjambements qui détruisent souvent toute l'harmonie d'une période, d'ailleurs poétique ^. » Dans ce même article, Yictor Hugo indique les rai- sons pour lesquelles il est partisan de la rime riche, et l'on sait que sur ce point, du moins, il n a jamais varié. Il faut à présent, continue-t-il, que M. Michelet tâche d'ap- prendre à faire difficilement les vers faciles, qu'il cherche à resserrer sa pensée dans un petit nombre de vers, et surtout qu'il s'attache soigneusement à la richesse des rimes. Car et cette réflexion n'est pas pour M. Michelet seulement, dont les rimes sont généralement suffisantes depuis que la prose est venue empiéter sur le domaine de la poésie, depuis qu'elle s'est emparée des tours poétiques et des épithètes sonores, la * Le Conservateur littéraire, t. I, p. 335. ^Ibid., t. II. p. 384. VICTOR HUGO AVANT 1830 !2ll poésie, qui n'a pas la ressource d'employer les tournures pro- saïques, doit chercher, dans les attributs qui lui sont parti- culiers, celui qui peut servir à la faire distinguer de sa sœur ambitieuse ; et comme, pour la poésie française, le plus dis- tinctif de tous, c'est la rime, un poète français doit travailler avec soin cette partie de la versification *. III En même temps qu'il parlait des livres que voyait naître chaque quinzaine, Yicto;i^ Hugo faisait aussi, dans le Conservateur littéraire, le feuilleton drama- tique, et il n'est que juste de reconnaître qu'il s'en acquittait à merveille. Il n'estime point que cette besogne soit au-dessous de lui, et parce qu'il a charge de garder un troupeau de vaudevilles et d'en rendre compte, il ne croit point poar cela devoir se com- parer à Apollon , réduit à garder les troupeaux d'Admète. Il paraît, au contraire, porté d'un naturel et vif attrait vers les choses de théâtre. Qu'il ait à juger une tragédie du Théâtre-Français ou une comédie du théâtre du Vaudeville, un opéra de l'Académie royale de musique, ou une parodie du théâtre de la Porte- Saint-Martin, il y apporte un soin égal. Il est tout à son affaire, et c'est le plus consciencieusement du monde qu'il analyse les pièces de Casimir Delavigne et d'Ancelot, d'Eugène Scribe et de Pierre Lebrun, de Brifaut et de Viennet, de Royou et de Delrieu, de Liadières et de Népomuccne Lemercier, de Désau- 1 Lp Conserva ffir liffprnirc t. II. p. •'^84. 212 MCTOR HUGO AVANT 1830 giers et de Delaville de Miremonl, de Wafflard et de Fulgence, de Dupin et de Garmouche. L'un de ses premiers feuilletons est consacré aux Vêpres Sici- liennes, de Casimir Delavigne, et au Louis IX, d'Ancelot, et ce qui frappe tout d'abord dans le travail du jeune écrivain , — l'article est du mois de dé- cembre 1819, et l'auteur n'avait pas encore dix-huit ans, — c'est une impartialité d'autant plus méritoire que la vivacité de ses passions politiques était plus grande. Ancelot est royaliste; Casimir Delavigne est libéral Victor Hugo n'hésite pas à donner le pas au libéral sur le royaliste. C'est une chose étrange, écrit-il, et digne de notre siècle vraiment unique, que de voir l'esprit de parti s'emparer des banquettes d'un théâtre, comme il assiège les tribunes des Chambres. La scène littéraire a acquis presque autant d'im- portance que la scène politique. Le public aveugle ou mali-n prête aux paroles des acteurs tout le poids qu'elles devraient avoir si elles sortaient de la bouche de ceux qu'ils repré- sentent ; il semble ne voir dans nos comédiens que de grands personnages, de même qu'il ne voit dans plusieurs de nos grands personnages que des comédiens. Le petit marchand électeur s'en va siffler Louis IX, non parce que Lafon manque de majesté ou la pièce de chaleur ; mais son Constitutionnel lui a révélé que Louis IX s'appelle sami Lowe's, et le mar- chand-électeur est philosophe. Les gazettes libérales exaltent les Vêpres siciliennes, non parce que cette tragédie renferme des beautés, mais en raison des mouvements d'éloquence qu'elle peut leur fournir contre les fanatiques, les prêtres et les massacres au son des cloches ; les siècles féodaux offrent seuls de pareilles horreurs ; car on sait que, durant les beaux jours de 93, toutes les cloches étaient changées en gros sous.,. Le déchaînement des indépendants contre M. Ancelot et HUGO AVANT 1830 il 3 pour M. G. Delavigne a dû naturellement influer en sens contraire sur l'opinion des royalistes à l'égard des deux au- teurs. Cependant nous conviendrons que, cette fois, leur esprit de parti a mieux servi les libéraux que ne l'auraient peut-être fait leurs lumières. A l'exagération près, leur juge- ment, qui place Louis IX au-dessous des Vêpî^es siciliennes, nous semble juste ; ceux des journaux royalistes qui ont ma- nifesté l'opinion contraire reviendront sans doute sur leur décision, après avoir lu les deux tragédies dans cette affaire, les indépendants ont mieux vu qu'eux ; ce qui rappelle cet âne de l'Ecriture, qui eut une fois la vue plus prompte et plus perçante que son maître. S'il y a quelque courage à casser les arrêts de la faction, il y en a peut-être plus encore à les défendre, quand le hasard les fait justes. Dans le premier cas, on ne s'expose qu'aux in- jures de quelques sophistes et aux menaces de quelques furieux ; dans le second, on provoque la défiance des honnêtes gens ; pour dissiper une telle impression, nous ferons tous nos efforts ; car nous sentons que, plaidant momentanément la même cause que le parti novateur par excellence, nous avons besoin de preuves magnifiques et plus claires que le soleil Bossuet ». Suivent les preuves qui sont en effet concluantes ; c'est un excellent morceau de critique. Victor Hugo rend pleine justice au talent de Casimir Delavigne, sans pourtant le surfaire. A quelque temps de là, il avait à rendre compte de la seconde pièce de l'auteur des Vêpres Siciliennes, les Comédieyis. Ce nouveau feuilleton est vif, alerte, écrit de verve; c'est du Janin de derrière les fagots. Le mot de la fin est des plus heureux et renferme, sous une forme piquante, un jugement que l'avenir a pleinement confirmé. * Le Cnnservatojr littéraire, t. I. p, tVi. 214 VICTOR HUGO AVANT 4830 Nous terminerons, écrivait Victor Hugo, par une observation que ses deux ouvrages nous ont mis à même de faire ; nous craignons que M. Delavigne ne soit dépourvu des deux qua- lités les plus essentielles au théâtre. Comme auteur tragique, il a du mouvement et manque de sensibilité ; comme auteur comique, il a de l'esprit et point de gaieté. // semble, ainsi que le disait cet infortuné Scarron, il semble que cet homme-là n'ait ni entrailles ni rate i. Son appréciation du talent de Scribe n'est pas moins remarquable. Voici le début de son feuillelon sur la Somnambule, représentée le 6 décembre 1819 Une chaise de poste qui verse, un domestique poltron, un revenant, un capitaine étourdi, un mariage fait et rompu, etc.; voilà des choses bien rebattues. Cependant, allez voir la Scm- 7iambule, et dites-nous si le premier mérite de cette charmante pièce ne vous paraît pas la nouveauté. Ce joli vaudeville res- semble à ces décorations fraîches et brillantes que le machi- niste monte sur de vieux ressorts, ou plutôt à ces physiono- mies originales qui n'ont pourtant d'autres éléments que ceux de toutes les figures humaines. Que nos vaudevillistes par métier n'aillent pas demander à MM. Scribe et Germain Dela- vigne leur secret ce secret-là ne peut se communiquer, c'est le talent. Depuis longtemps aucun théâtre n'avait vu les genres mis à part un succès aussi éclatant, et, ce qui est plus encore, aussi mérité. Nous n'analyserons pas le vaudeville nouveau ; l'ennui qu'inspire une analyse est presque toujours en raison directe du plaisir que cause un ouvrage, et, dans ce cas, nous risquerions d'être mortellement ennuyeux. La Somnambule est un petit chef-d'œuvre où nous aurions honte de relever quel- ques invraisemblances et peut-être quelques incorrections. Ces défauts sont si légers que nous ne savons si les auteurs doivent 1 Le Conservateur littéraire, t. I. p. irî8. VICTOR HUGO AVANT 1830 215 chercher à les ejftacer souvent quand le tissu est délicat, en voulant enlever une tache on le déchire. Parmi la foule de scènes vives et animées que présente cet ouvrage, il serait aussi difficile de trouver une situation froide qu'il est malaisé de trouver une idée dramatique dans la plu- part des pièces qui se succèdent journellement sur nos théâtres. Le style rappelle quelquefois la manière de Beaumarchais ; et pour la liaison des scènes et le naturel du dialogue, les au- teurs ne nous semblent pas inférieurs à Sedaine. L'intérêt ne languit jamais, et l'attention est constamment éveillée, sans être fatiguée. Les plaintes de Cécile vous attendrissent, et le moment d'après vous riez aux éclats des plaisanteries de Fré- déric. Voilà Fart tant vanté par Boileau*. Scribe jugé par Hugo, l'auteur de la Demoiselle à marier célébré par l'auteur d'JIsrnani, n'y a-t-il pas là un curieux chapitre d'histoire littéraire, et ne vous semble-t-il pas que M. Villemain, lorsqu'il reçut Eugène Scribe à l'Académie française, aurait pu tirer un charmant parti de ce feuilleton du Conservateur littéraire ? IV Que d'heureuses rencontres, que de trouvailles ne pourrions-nous pas faire encore dans ce recueil ? Obligé de nous borner, nous ne voulons pourtant pas finir sans une dernière citation, empruntée au feuil- leton sur la Marie Stuart de M. Lebrun. Après avoir analysé la pièce, qui venait de réussir brillamment * Le Conservateur littéraire, t. I, p. 72. ait VICTOR HUGO AVANT 1830 au Théâtre-Français, avec Talma, dans le rôle de Leicester, et M^^ Duchesnois, dans celui de Marie, M. Victor Hugo esquisse, à son tour, le plan d'une tragédie sur le même sujet, telle qu'il la conçoit Tout roule, dit-il, sur ce caractère de Leicester qui veut une chose au premier acte, et qui fait le contraire au cinquième ; il le fait par faiblesse ; il y aurait tragédie s'il le faisait par violence ; il faudrait donc qu'il fût trompé ; or, quel moyen plus naturel pouviez-vous désirer que l'amour et les illusions de la jalousie ? Je suppose donc que vous nous eussiez montré la belle et repentante Marie, enfermée dans une prison, sans autre espé- rance que la mort ; elle a fait vœu de se consacrer au ciel et de se retirer dans un monastère pour pleurer les fautes de sa vie, si jamais elle se voyait délivrée. Depuis elle a connu Leicester, elle l'aime, mais d'un amour pur et céleste, tel qu'elle n'en avait jamais ressenti ; elle combat cette passion, elle la cache à son amant de peur de lui donner des armes contre elle-même. A ce caractère angélique, il fallait opposer le carac- tère de Leicester. C'est ici, monsieur Lebrun, que le sang devait vous bouillonner dans les veines ; il ne fallait pas nous montrer le lâche, le courtisan Leicester, mais un homme hardi, énergique, impétueux, un de ces êtres nés pour le mal- heur d'eux-mêmes et des autres, ayant les bras d'un géant et les entrailles d'un lion, un de ces êtres qui ont tout prévu dans leurs desseins, sauf un coup de tonnerre. Il aime Marie, mais il l'aime avec tout l'égoïsme d'une âme dégradée ; il veut, il peut la sauver ; mais, comme Roxane, il aime mieux la voir périr que de la sauver pour un autre. Après avoir tracé ces caractères, il fallait élever la jalousie entre eux ; c'est à quoi pouvai 'nt vous servir les froideurs étudiées de Marie, l'âme soupçonneuse de Leicester, et surtout le personnage de Mortimer, ou tout autre moyen que vous auriez facilement imaginé; ce n'était là qu'affaire de patience; j'arrive au dé- VICTOR HUGO AYANT 1830 217 nouement. Je suppose que vous nous ayez montré, au qua- trième acte, le jaloux Leicester, se croyant trompé par Marie, croyant avoir des preuves de sa trahison, persuadé qu'il ne la sauve que pour Mortimer ; il se jette à ses genoux, il lui de- mande de lui promettre de l'épouser, d'une main il lui montre le trône et de l'autre l'échafaud. En vain Marie lui objecte son vœu ; il n'y croit point, il veut qu'elle le rompe, et il le lui propose avec toute la liberté d'esprit d'un anglican. Marie hésite, combattue entre son amour, la crainte de la mort et la voix de la religion ; enfin son devoir l'emporte ; désespérée, elle se résout à boire le caHce ; elle refuse, et soudain elle voit le barbare Leicester passer de ses genoux à ceux d'Elisabeth, découvrir à son ennemie cette conspiration qui fait sa seule espérance, et ne demander d'autre grâce que de la conduire elle-même à la mort. Je pense que ces situations étaient tra- giques. Je suppose donc qu'au cinquième acte vous nous montriez le coupable et malheureux Leicester ; il se croit sûr de son courage, il a été trahi, il vient jouir de sa vengeance. Il est là, debout, dans le fond de la scène ; sur le devant paraît Marie, vêtue de blanc, prête à monter au ciel, entourée de ses femmes ; elle les console, elle leur fait ses adieux, ses derniers regards se reportent vers sa patrie ; enfin elle tombe aux ge- noux de son sujet, et elle reçoit la bénédiction du vieillard. Cette situation est belle dans Schiller ; mais alors elle eût été terrible, parce que le spectateur l'eût sentie avec l'âme de Leicester. Cependant l'heure sonne, les portes s'ouvrent ; Leicester, dont l'âme est brisée, rappelle son courage, il s'avance, il présente la main à Marie, il la conduit silencieusement vers l'échafaud. Tout'à coup, prête à entrer dans le lieu fatal, Marie s'arrête, elle se retourne, elle lui dit, comme dans Schiller Comte de Leicester, je vous aimais ; elle se jette dans ses bras ; soudain elle s'élance dans la salle, et les portes se re- ferment. Leicester pousse un cri, tire son épée, et veut la sauver ; les gardes d'Ehsabeth paraissent, il est désarmé, 13 218 VICTOR UUGO AVANT 1830 chargé de chaînes ; immobile au milieu de la scèpe, il entend le bruit des bourreaux dans la salle d'exécution ; il entend les sanglots de l'assemblée, la voix de Marie qui prie, le dernier silence, et enfin une tête qui tombe. Ah ! c'est alors qu'il n'y eût point eu assez de cris, assez de pleurs, c'est alors, Talma, que vous auriez été sublime. Enfin, pour terminer cette scène, Mortimer, cet ami qu'il avait voulu faire périr, parvient jusqu'à lui, et lui rend le der- nier service de lui prêter un poignard. J'ai dit que cette tra- gédie aurait été sublime, et qu'était-ce en effet ? rien que quelques pages d'Atala, deux scènes d'Àndromaque et le dé- nouement de Zaïre et d'Othello *. Feuilletoniste dramatique, Victor Hugo était égale- ment critique d'art ; il a des pages sur le musée de peinture et sur l'exposition des prix de Rome. C'est encore lui qui rend compte des séances publiques de l'Institut et des leçons du Collège de France. Tout lui est sujet d'article, tout, même le Manuel du Recrutement, ou recueil des ordonnances ^ ins- tructions approuvées par le Roi, circulaires et déci- sions ministérielles, auxquelles Inexécution de la loi du j 0 mars 1 81 8 a donné lieu ; et comme, en ces heu- reuses années, tout ce qu'il touchait se convertissait en or, il se trouve que cet article sur le Manuel du recrutement est le plus charmant du monde. En voici la fin Le débit de cet ouvrage sera prompt, grâce aux fonction- naires publics, dont le nombre est immense, quoique beaucoup de ces messieurs, convenons-en tout bas, soient à peu près aussi utiles à l'Etat que l'Arlequin de Regnard, qui recevait * Le Conservateur littéraire, t. I, p. 357. VICTOR UUGO AVAAT 1830 â'l9 une pension de la ville pour faire tous les quinze jours le crin au cheval de bronze *. M. Hugo se rappelait-il ce vieil article du Conserva- teur littéraire, lorsque trente-deux ans plus tard, à Bruxelles, il écrivait dans Napoléon le Petit Que faites-vous dans ce pays ? demande-t-on au Sénat. — Nous sommes chaT^gés de garder les libertés publiques. — Qu'est-ce que tu fais dans cette ville? demande Pierrot à Arlequin. — ,]e suis chargé, dit Arlequin, de peigner le cheval de bronze'^. En 1818, a dit quelque part M. Victor Hugo, l'au- teur avait seize ans ; il paria qu'il écrirait un volume en quinze jours. Il fit Bug-Jargal. » Bug-Jargal a paru dans le Conservateur littéraire, avec cette indi- cation Extrait d\in ouvrage intitulé les contes sous LA TENTE. Cet ouvrage ayant été remanié et récrit en grande partie sept ans plus tard, en 1825, nous aurons à y revenir. Le Conservateur littéraire cessa de paraître au mois de mars 1821. Le Conservateur s'est réuni aux Annalesy écrivait Victor Hugo à Jules de Rességuier. Cette réunion des deux recueils m'a fait plaisir en me débarrassant d'un travail permanent qui me fatiguait depuis longtemps ; d'un autre côté, je n'aurai plus un journal à la disposition de mes amis, comme l'était le Conservateur, et cette privation compense, de reste, le plaisir '. » ^ Le Conservateur littéraire, i. II, p. 305. 2 Napoléon le Petit, 1, II. S Lettre du 17 avril 1821. 220 VICTOR nuGO avant 1830 Les Annales de la littérature et des aiHs, qui re- cueillirent la succession du Conservateur littéraire^ avaient pour rédacteurs quelques-uns des écrivains les plus distingués du parti royaliste Charles Nodier, Alexandre Guiraud, Quatremère de Quinc}^ Abel Rémusat, Edouard Mennechet, Vanderbourg, l'auteur des Poésies de Clotilde de Surville, Raoul Rochette, Brifaut, Malitourne,Chênedollé, le baron d'Eckstein, etc. Yictor Hugo n'avait que dix-neuf ans, et déjà il était entré dans la gloire. En môme temps que deux satires remarquables, le Télégraphe et VEnrôleur politique, il avait écrit des odes qui lui assuraient le premier rang parmi nos poètes lyriques, les Vierges de Verdun, le Rétablissement de la statue de Henri IV, les Destins de la Vendée, la Mort du duc de Berri, Moïse sur le Nil, le Génie, la Naissance du duc de Bordeaux, la Fille d'0-Taïti, Quiberon,]di Vision sur le dix-huitième siècle et le Poète dans les Révolutions. Lauréat de l'Académie française, il avait été couronné trois fois aux Jeux-Floraux. Prosateur, il avait, pendant près de deux ans, soutenu presque seul tout le poids d'un journal, semant sans compter les articles politiques, les analyses de livres ou de pièces de théâtre, les pages de critique, d'imagination et de pensée. Si doux que soient les premiers rayons de la gloire, le bonheur est plus doux encore, et le bonheur était assis au foyer du poète. Sa mère était là, près de lui, VICTOR HUGO AVANT 1830 221 lisant par-dessus son épaule l'ode commencée ou la page interrompue. Un noble et chaste amour ajoutait ses ivresses à celles de la gloire et du bonheur, et le jour n'était pas éloigné oi^i celle qui avait été la com- pagne de son enfance allait unir sa destinée à la sienne et devenir le tétnoin de sa vie. Par delà l'amour, le bonheur et la gloire, dans une sphère plus haute, s'élève la foi le chantre de Moïse sur le Nil et de la Naissance du duc de Bordeaux avait, en religion comme en politique, de sincères et ardentes convic- tions. Oh! la radieuse aurore î et combien l'avenir s'ouvrait, éclatant et superbe, plein d'immenses pro- messes et de merveilleuses perspectives, devant cet enfant que la gloire avait déjà touché de son aile, devant ce jeune homme qui demandait à la foi le secret du génie et au travail le secret du bonheur ! CHAPITRE YII L'Enfant sublime. — Odes et Poésies diverses. La légende de l'enfant sublime. Sainte-Beuve et le Conservateur. La Quotidienne. Le Drapeau blanc. Le salon de l'Abbaye-aux- Bois. M. de Salvaudy. — Henri Heine, Chateaubriand et M. Victor Hugo en déshabillé. — Mort de madame Hugo. Second mariage du général. Une lettre de faire part. — La Société royale des Bonnes-Lettres. L'Académicien Roger. — Odes et Poésies diverses. Variantes. Raymond d'Ascoli. — Les Méditations et les Messéniennes de Casimir Delavigne. — Un vers d'Horace traduit par le roi Louis XVIIL La duchesse de Berri et la pre- mière pension de M. Victor Hugo. Le Conservateur littéraire s'étant fait, en toute rencontre, le champion de Chateaubriand, le panégy- riste de son caractère et de ses écrits, des relations s'étaient naturellement établies entre l'illustre écri- vain et son jeune et enthousiaste disciple. Victor Hugo lisait quelquefois ses vers à l'auteur du Génie du Christianisme, qui lui donnait des conseils et lui indi- quait les corrections à faire. En adressant, le 20 oc- tobre 1820, à son ami Saint-Valry, son ode sur la Naissance du duc de Bordeaux, il lui écrivait L'ode que je vous envoie était terminée deux jours après l'accouchement. M. de Chateaubriand, à qui je la fis VICTOR HUGO AVANT 1830 223 voir sur-le-champ, m'indiqua cinq ou six taches à faire disparaître. Ce travail minutieux me coûta huit grands jours. Vous voyez qu'en vous invitant à cor- riger, je prêche d'exemple. » Qu'après la lecture de cette ode ou de celle inspirée à Victor Hugo, quelques mois auparavant, par la mort du lac de Berri, Chateaubriand eût appelé leur auteur l'enfant sublime, cela, certes, n'aurait rien eu que de très naturel et n'aurait étonné personne. Est-il vrai, cependant, que ce mot, aujourd'hui légendaire, ait été prononcé, ou ne doit-il pas, au contraire, être rangé parmi ces mots célèbres qui, pour être repro- duits partout, n'en sont pas pour cela plus authen- tiques ? Suivant Sainte-Beuve, qui en parle dans la Biogra- phie des contemporains * et dans la Bévue des Deux Mondes ^, dans les Portraits littéraires ^ et dans les Portraits contemporains *, ce serait dans une note du Conservateur que Chateaubriand aurait qualifié Victor Hugo à' enfant sublime . J'ai parcouru avec soin les six volumes de ce journal dont les rédacteurs s'appelaient Chateaubriand, La Mennais, Bonald, Fiévée, Genoude, Berryer fils la note à laquelle renvoie l'auteur des Portraits littéraires n'existe pas. L'année même de la mort de Sainte-Beuve, ayant eu occasion de signaler la petite erreur qu'il avait * Biographie des Contemporains, publiée sous la direction de Boisjolin, Supplément. 2 Vol. IlI-IV. — 1831. 3 T. I, p. 321.— 1839. 4 T. T, p. 402. — 1869. 224 VICTOR HUGO AYANT 1830 commise à ce sujet, je reçus de lui une lettre, en date du 19 avril 1869, de laquelle j'extrais ce passage Je réimprime en ce moment mes Portraits contemporains. Deux premiers volumes de cette réimpression paraîtront à la fois. Dans le premier, où j'ai placé tout ce que j'avais écrit sur Victor Hugo, vous verrez une note sur le mot di' enfant sublime. Je suis persuadé et convaincu que le mot a été dit par Chateaubriand ; après m'être assuré, comme vous, qu'il ne se trouvait point dans une note du Conservateur, j'en suis venu à penser que c'était en causant avec M. Agier que Chateaubriand l'avait dit, et M. Agier l'aura répété et l'aura même imprimé dans quelque article de la Quotidienne ou de quelque autre journal royaliste. La grimace que faisait Chateaubriand et sa dénégation ne prouvent rien que sa variation de sentiment à l'égard de Hugo. Je pris la liberté de faire observer à l'éminent cri- tique qui voulait bien me faire l'honneur de discuter avec moi ce petit point d'histoire littéraire, que le mot de Chateaubriand ne se trouvait pas plus dans la Quotidienne que dans le Conservateur, Il ne voulut pas en avoir le démenti, et il inséra dans la réim- pression de ses Portraits contemporains la note sui- vante Ce n'est point dans une note du Conservateur, comme je l'avais dit d'abord, que M. de Chateaubriand lui décerna cet éloge, c'était dans une conversation avec M. Agier, lequel, au sortir de là, n'eut rien de plus pressé que de le répéter à l'auteur, et le consigna même publiquement dans un article de journal *. On remarquera qu'ici Sainte-Beuve n'indique plus * Portraits contemporains, édition do 1860, t. I, p, 402. VICTOR HUGO AVANT 1830 225 le journal qui aurait publié, sous la signature de M. Agier, le mot de Chateaubriand. La précaution était sage. Le Témoin de Yictor Hugo a été moins prudent. Voici sa version La mort du duc de Berry inspira à Victor une ode qui réussit beaucoup dans le monde royaliste. Louis XVIII en récita plusieurs fois, devant ses intimes, la strophe qui com- mence par Monarque en cheveux blancs, M. de Chateaubriand, causant avec un député de la droite, M. Agier, lui parla de l'ode en termes enthousiastes, et lui dit que l'auteur était un enfant sublime. M. Agier fit, dans le Drapeau blane, mi article sur l'ode, et cita le mot de M. de Chateaubriand. Cette parole fat répétée partout, et Victor entra dans la vraie célébrité ^ Le Drapeau blanc ne contient point l'article dont parle le Témoin. M. Agier, qui ne faisait pas partie, en 1820, de la Chambre des députés, où il ne fut envoyé qu'en 1824 par les électeurs du département des Deux-Sèvres, publia bien quelques lignes sur l'ode de Victor Hugo, mais elles parurent dans le Conser- vateur ; les voici in extenso Une affreuse catastrophe, dont tous les cœurs français ne se remettront de longtemps, est venue, soudainement autant que violemment, arracher des mains de M. Victor Hugo le fouet de la satire et demander à sa lyre de douloureux sons. Ceux qu'elle a rendus vont jusqu'à l'âme et la déchirent de nouveau. L'ode sur la mort de Mgr le duc de Berri rend en beaux vers, à chacun, l'expression du sentiment qu'il éprouve. C'est 1 Yictor Hugo raconté par un témoin de sa vie, t. U, p. 5. , 13. ^20 VICTOR HUGO AVANT 1830 bien rinspiration du désespoir commun, de l'indignation géné- rale ; c'est bien l'enthousiasme de la douleur *. De Venfant sublime^ on le voit, il n'est fait aucune mention, et le Témoin de sa vie se trompe, comme s'était trompé Sainte-Beuve. Mais si le mot n'a pas été écrit, peut-être a-t-il été prononcé ? Pas davantage ; et à cet égard je puis invoquer un témoignage formel, celui d'un habitué du salon de M™^ Récamier, M. de Loménie J'ai entendu de mes propres oreilles, dit-il au tome V"^ de la Galerie des Contemporains illustres, j'ai entendu M. de Chateaubriand lui-même déclarer positivement que, de sa vie, il n'imagina cet heureux accouplement du substantif enfant et de l'adjectif sublime. C'était quelques jours avant la réception de M. Hugo à l'Académie. M. de Salvandy, chargé de répondre au récipiendaire et assez peu hugolâtre, comme chacun sait, se lamentait en présence de M. de Chateaubriand sur la difficulté de sa tâche Après tout, ajouta-t-il en s'adressant au grand écrivain, je me tirerai toujours bien d'affaire en brodant votre fameux mot. — Allons, vous aussi ! s'écria vivement M. de Chateaubriand ; mais sachez donc, une fois pour toutes, que je n'ai jamais dit cette... j'atténue l'expression ,p/aisa/z^me. — Gomment, répliqua M. de Salvandy, Venfant su- blime n'est pas de vous ? — Eh ! non, vraiment ! — Pas possible ! Ah ! ma foi, tant pis, le mot est con- sacré, il fait bien et je m'en servirai tout de même. » 1 Le Conservateur, t. VI, p. 468. VICTOR HUGO AVANT 1830 227 Et en effet, le spirituel académicien n'a pas manqué d'orner son discours du mot consacre ; seulement, par un scrupule de conscience dont l'histoire doit lui tenir compte, il a laissé en blanc le nom de l'auteur*.» Eh bien ! j'en suis fâché ; le mot ne laissait point d'être d'une justesse rare sublime^ M. Hugo l'a été quelquefois ; e/?//i^^ ill'est toujours. Ne se montre-t-il pas, dans ses derniers livres, léger, oublieux, ingrat, brisant ses hochets de la veille, battant le sein qui l'a nourri, prodigue, envers cette Restauration qui l'a élevé, de ces gamineries ^ et aussi, il faut bien le dire, de ces méchancetés souvent cruelles, qui ont fait dire à La Fontaine Cet âge est sans pitié ? II Tout en se parant du mot de Chateaubriand, au- quel il a consacré tout un chapitre de son autobio- graphie ^, M. Victor Hugo croit devoir nous apprendre que, s'il est allé plusieurs fois, en 1820, chez le grand écrivain royaliste, c'a été uniquement pour obéir aux ordres de sa mère. Sans elle, sans son 1 M. de Salvandy tourna fort habilement la difficulté. Nous vous avons vu, dit-il, homme de lettres avant l'âge dhomme, poursuivre et obtenir à quinze ans des palmes dans cette enceinte ; composer coup sur coup, i cet âge où Voltaire ne méditait pas encore Œdipe, vos premiers poèmes qui vous valurent ce nom d'enfant sublime où le mot d'enfant était de trop. » Académie française, séance du 3 juin 1841. 2 Voy. dans les Misérables, le chapitre intitulé V Année / à l'unanimité. 3 Le Conservateur littéraire, t. III, p. 363. 4 Lettres champenoises, t. VII^ p. 188. VICTOR HUGO AVANT 1830 241 La séance du 13 mars, ouverte par M. Raoul Ro- chette, qui présenta des Considérations su?' les jwinci- pales époques de rhistoh^e moderne, se termina par la lecture de l'une des plus belles odes de Victor Hugo, celle qui a pour titre Vision \ Le 10 décembre 1822, Victor Hugo souleva des transports d'enthousiasme en lisant son ode sur Louis XVII. Au début de cette séance, qui inaugurait la seconde année de la Société des Bonnes-Lettres, l'académicien Roger avait prononcé un discours qui se terminait par cet appel aux poètes royalistes Venez, enfants des muses royalistes, ajouter à l'éclat de nos séances par les heureux tributs de votre veine poétique. Préparons, messieurs, de nouvelles couronnes à ces jeunes fronts déjà ceints des lauriers académiques ou des palmes du théâtre! Je vois d'ici, et le peintre noble et touchant de Saint Louis 2, et le pathétique auteur des Machabées 3, et le poète ^ qui, dans un même jour, ravissait nos âmes par des accents dignes du roi-prophète et nous faisait retrouver des pleurs pour ces lamentables Atrides, dont les malheurs semblaient avoir épuisé les ressources du génie, de l'intérêt et de la terreur ! Je vois enfm, ou plutôt, messieurs, vous allez entendre tout à l'heure ce jeune lyrique, dont les premiers accords respirent une si heureuse audace, et qui a peint la chute des plus célèbres tyrans du monde en traits aussi profonds, aussi ter- ribles que la catastrophe elle-même. 1 Odes et Ballades, liv. I, ode x. 2 Ancelot. 3 Alexandre Guiraud. 4 Alexandre Soumet, auteur des tragédies de Clytemnestre et de Saiil, représentées à deux jours de distance, sur le Théâtre-Français et sur le théâtre de l'Odéon, les 7 et 9 novembre 1822. 14 M"! VICTOR JlUGO AVANT 1830 Quelle génération de poètes s'élève autour de votre berceau, comme pour attendre les jours de votre gloire, jeune prince, vous, l'enfant de la douleur, mais qui êtes aussi l'enfant de l'espérance ! vous, à qui un auguste père n'a jamais pu sou- rire, mais que les muses qu'il aima vont servir à leur tour de toute h. puissance de leurs vœux et de leurs voix reconnais- santes ! Dernier rejeton d'une tige adorée, croissez, nouvel Henri, sous l'aile maternelle, sous les regards des rois et des saints, vos aïeux, environné de la protection du ciel et de l'amour de la terre ! Consolez-nous,. .s'il se peut, de nos pertes com- munes ; rendez-nous les vertus et l'image du héros que nous pleurons, et que notre chère France, un jour illustrée par vous, ne cesse jamais d'être la terre de la gloire, du courage et de la fidéhté i. IV Je travaille beaucoup en ce moment, écrivait Victor Hugo à Jules de Rességuier, le 19 avril 1822. Tous ces perfides amis se sont mis dans la tête qu'il fallait que je publiasse un volume d'Odes, et je leur obéis cruellement. Je corrige, et, quand j'ai fini, il n'y a plus à corriger que les corrections. Je ne sais rien d'insipide comme ce genre de travail. » Le volume que Victor Hugo annonçait ainsi à son ami, parut au mois de juin 1822, avec ce titre Odes et Poésies diverses. Sorties des presses de Guiraudet, impriineury rue Saint-Honoré, n"" 315, vis-à-vis S aint-Roch^ les Odes 1 Œuvres diverses de M. Roger, de l'Académie française, publiées par M. Charles Nodier, t. II, p. 337. VICTOR HUGO AVANT 1830 243 et Poésies diverses étaient éditées par Pélicier, libraire, place du Palais-Royal, n" 243. Ce fut également Pélicier, — Victor Hugo l'appelle quelque part un éditeur naïf ^, — qui fît paraître, en cette même année 1822, le premier recueil d'Alfred de Yigny, publié, sans nom d'auteur, sous ce titre Poèmes. Quelle merveilleuse succession de cbefs-d'œuvre en 1819_, les Poésies d'André Ghénier ; en 1820, les Méditations de Lamartine ^ ; en 1822, les Poèmes d'Alfred de Vigny et les Odes de Victor Hugo ! Une courte préface ouvrait le livre. Il y a, disait Victor Hugo, deux intentions dans la publi- cation de ce livre, l'intention politique et l'intention littéraire ; mais, dans la pensée de l'auteur, la première est la consé- quence de la dernière, car Vhistoire des horrimes ne iwésente de poésie que jugée du haut des idées monarchiques et des croyances religieuses. On pourra voir dans l'arrangement de ces odes une division qui, néanmoins, n'est pas méthodiquement tracée. Il a semblé à l'auteur que les émotions d'une âme n'étaient pas moins fécondes pour la poésie que les révolutions d'un empire. * Le libraire Pélicier publiait une édition de Voltaire sous ce titre Œuvres de Voltaire, de l'Académie française. Cela fait venir les acheteurs,» disait cet éditeur naïf. » {Les Misérables, I'» partie, liv. III, chap. i. 2 Les Méditations poétiques, éditées par un brave homme dont la postérité devra retenir le modeste nom, le libraire NicoUe, firent leur apparition dans les premiers jours du mois de mars 1820, sans nom d'auteur. Voy. Journal de la librairie, année 1820, n» 882 ; Quérard, France littéraire, t. IV, p. 479; Correspondance de Lamartine, t. II. C'est donc par erreur que Sainte- Beuve parle, en plusieurs endroiis et notamment dans ses Nouveaux lundis, t. XIII, p. 189, de cette mémorable année 1819, où Lamartine se révélait par ses premières Méditations. » Comme les Méditations de Lamartine et comme les Poèmes d'Alfred de Vigny, un autre chef-d'œuvre de la poésie au dix-neuvième siècle, Marie, de Brizeux, a été publié également sans nom d'auteur. 244 AICTOR HUGO AVANT 1830 Au reste, le domaine de la poésie est illimité. Sous le monde réel, il existe un monde idéal qui se montre resplen- dissant à l'œil de ceux que des méditations graves ont accou- tumés à voir dans les choses plus que les choses. Les beaux ouvrages de poésie en tout genre, soit en vers, soit en prose, qui ont honoré ce siècle, ont révélé cette vérité, à peine soupçonnée auparavant, que la iwésie n'est pas dans la forme des idées, mais dans les idées elles-mêmes. La poésie, c'est tout ce qu'il y a d'intime dans tout. Dans ces quelques lignes, il y a beaucoup de choses et peu de mots depuis, Victor Hugo a changé tout cela. Ses dernières œuvres pourraient avoir pour épigraphe ce passage d'Hamlet Des mots ! des mots ! des mots ! Les Odes étaient au nombre de vingt-quatre. Comme elles ont été, dans l'édition définitive de 1828, mêlées et confondues avec celles du second volume, publié en 1824, et celles du troisième, publié en 1826, nous croyons utile, pour que le lecteur puisse suivre la marche des idées et du talent de l'auteur, relever les dates de sa pensée et apprécier les modifications de sa manière à trois âges différents, de donner ici la liste des pièces que renfermait le volume de 1822. Nous les avons classées dans l'ordre même de leur composition. Année 1818 les Vierges de Verdun. Année 1819 le. Rétablissement de la statue de Henri IV ; la Vendée. Année 1820 Moïse sur le Nil ; la mort du duc de Berri ; le Génie ; la Naissance du duc de Bordeaux. Année 1821 la fille d'0-Taïti; le Regret; Quiberon ; VICTOR HUGO AYxVNT 1830 245 le Poète dans les Révolutions ; le Baptême du duc de Bordeaux; Vision; Au vallon de Chérizy ; le Dévoue- ment; A toi. Année 1822 V Homme- heureux ; Buonaparte ; la Chauve-Souris ; le Nuage ; le Cauchemar ; le Matin ; la Lyre et la Harpe; A V Académie des Jeux-Floraux. On a vu, tout à l'heure, clans la lettre du poète à son ami Jules de Rességuier, qu'il avait revu avec le plus grand soin chacune de ces pièces. Il devait les corriger encore dans les éditions suivantes, et dans la préface de l'édition définitive des Odes août 1828, il a dit Quelque puérile que paraisse à l'auteur l'ha- bitude de faire des corrections érigée en système, il est très loin d'avoir fui, ce qui serait aussi un système non moins fàcheuX;, les corrections qui lui ont paru importantes... Ainsi, bon nombre de vers se sont trouvés refaits, bon nombre de strophes remaniées, remplacées ou ajoutées. » Ces vers refaits », ces strophes remaniées », nous nous attendions à les retrouver, à titre de va- riantes, dans l'édition nouvelle des Œuvres complètes, faite diaprés les inanuscrits originaux. Il n'en est rien. Une Note, placée à la fin du premier volume, nous apprend que les éditeurs de 1880 n'ont pas jugé qu'il fût intéressant de reproduire ces variantes ». Il y aurait eu là cependant, pour tous ceux qui aiment les vers, un curieux sujet de comparaison et d'étude. Il n'est rien de tel que ces retouches successives pour faire pénétrer le lecteur dans les secrets mêmes du travail du poète. 14. 246 VICTOR nuGO avant 1830 Voici, par^exemple, une strophe remaniée ». Dans le texte, publié au mois de juin 1820 par le Conser- vateur littéraire, de l'ode sur le Génie, dédiée à M. le vicomte de Chateaubynand, la strophe dixième se lisait ainsi A l'ombre de la pyramide, Tente immobile de la mort, Le camp voyageur du Numide T'accueillit, errant sur ce bord. Tu vis encor le mont auguste Où, maudit par son peuple injuste. Mourut le Sauveur des humains ; Sur le tombeau qui nous rachète, La muse sainte du prophète T'enseigna ses secrets divins, Victor Hugo, dans son recueil de 1822, fit subir aux quatre premiers vers la modification suivante Le camp voyageur du Numide T'accueihit, errant sur ce bord, Où s'élève la pyramide. Tente immobile de la mort. Dans l'édition de 1828, l'auteur n'a conservé de son premier texte qu'un seul vers Mais si la Grèce est sans prestiges, Tu savais des lieux solennels Où sont de plus sacrés vestiges, Des monuments plus éternels, Une tombe pleine de vie. Et Jérusalem asservie VICTOR HUGO AVANT 1830 447 Qu'un pacha foule sans remord, Et le Bédouin, fils du Numide, Et Carthage, et la Pyramide, Tente immobile de la mort ! Strophes ajoutées. » — Une strophe entière a été ajoutée, dans l'édition de 1828, à l'ode qui a pour titre r Homme heureux. C'est la strophe septième. Je m'ennuie au Forum, je m'ennuie aux Arènes, Je demande à tous Que fait-on ? Je fais jeter par jour un esclave aux murènes, Et je m'amuse à peine à ce jeu de Caton. Yers refaits. » — Leur nombre est considérable ; si nous en reproduisions, même une faible partie, il faudrait indiquer le vers primitif, en regard de celui qui a prévalu; un pareil travail, on le comprend, ne serait point ici à sa place. Nous nous bornerons à un seul exemple. Dans le Cauchemar^ édition de 1822, on lisait ce vers Tantôt dans une eau morte il traîne son corps bleu. Ce corps hleuy qui dut faire frissonner d'aise Eug ène Delacroix alors à ses débuts, — la Barque de Dante est contemporaine de la première édition des Odes % — provoqua chez tous les tenants de la littérature impériale un rire inextinguible. M. Hoffman, le spi- rituel critique du Journal des Débats , s'écriait Gorbleu î ce n'est pas là du classique 1 » Yictor Hugo 1 SaloH de 1822, par A. Thiers. Paris, 1822. 248 VICTOR HUGO AVANT 1830 eut la faiblesse de rougir de son vers, et il le remplaça par celui-ci Tantôt d'une eau dormante il lève son front bleu. Le volume des Odes et poésies diverses se terminait par trois pièces^ dont la publication justifiait la se- conde partie du titre Raymond d'Ascoli, élégie, les Deux âges, \^y\\Q ; les Derniers bardes, poème. En- voyées par l'auteur au concours des Jeux-Floraux, en 1819 et 1820, elles n'avaient point été couronnées ; l'Académie leur avait accordé une simple men- tion *. Si la première de ces pièces, l'élégie, n'offre rien de très remarquable au point de vue littéraire, elle a en revanche une réelle valeur comme pièce auto- biographique. En voici le sujet Raymond d'Ascoli, jeune poète, disciple de Pétrarque, est amoureux d'Emma-Giovanna Stravaggi. Son père, ayant découvert cette passion par des mots entrecoupés qu'il lui a entendu proférer dans son sommeil, le chasse de sa présence. Raymond, désespéré, écrit à sa maîtresse une lettre, — en vers, naturellement, — dans laquelle il donne un libre cours à son désespoir. Mais sous ce sujet apparent il y en avait un autre plus intime et plus vivant ; derrière cette fiction, il y avait une réalité. La passion de Victor pour la jeune fille qu'il aimait, a dit Sainte-Beuve qui avait 4 Voy. oi-dcsïus, chapitre IV, pp. 123 et 130. VICTOR nUGO AVANT 1830 249 reçu les confidences du poète lui-môme, avait fini par devenir trop claire aux deux familles, qui, ré- pugnant à unir un couple de cet âge et sans fortune, s'entendirent pour ne plus se voir momentanément. Il a consacré cette douleur de l'absence, dans une pièce intitulée Prernler soupir * ; une tristesse douce etfière y est empreinte. Mais ce qu'il n'a pas dit et ce que je n'ai le droit ici que d'indiquer, c'est la fièvre de son cœur durant ces années continentes et fécondes, ce sont les ruses, les plans, les intelligences de cet amour merveilleux, qui est tout un roman ^. » L'élégie de Raymond cFAscoli fut l'une de ces ruses. La lettre de Baymond à, Emma n'est pas autre chose qu'un message d'amour adressé par le poète à celle qu'il aimait depuis l'âge de neuf ans, — l'âge auquel Dante était tombé amoureux de Béatrice Portinari. A ce titre, il n'est pas sans intérêt de relire aujour- d'hui ces vers où, sous une forme imparfaite^ éclate une passion ardente et sincère. Victor Hugo est si vivement ému, il écrit si bien avec son cœur et son cœur seul que, pour la première et la dernière fois de sa vie, il oublie de rimer richement ! Cette élégie a paru d'abord dans le Conservateur littéraire , en 1820. Lorsqu'il l'a réimprimée, en 1822, dans les Odes et poésies diverses, l'auteur lui a fait subir de nombreux retranchements. Il a supprimé notamment tout un passage;, dans lequel étaient retracées ses promenades solitaires sous les arbres de l'hôtel Tou- 1 Odes et ballades, liv. V, ode i. 2 Portraits contemporains, t. I, p. 309, 250 VICTOR nuGO avant 1830 louse *, et aussi ces heureuses soirées où M^'" Hugo, ]^jme Foucher et sa fille travaillaient à l'aiguille autour d'un guéridon, tandis que Victor Foucher, son frère Eugène et lui, formaient le cercle Hier... te souvient-il, fille aimable et modeste, De cet hier, déjà si loin de moi ?... Le soir, aidant ton père en sa marche pesante, Auprès de toi je suis entré Dessins, tissus, travaux de ta main diligente, J'ai tout vu, j'ai tout admiré, J'ai cultivé les fleurs que mon Emma cultive ; Ton frère, encore enfant, jouait sur mes genoux 2... Le frère encore enfant, c'était Paul Foucher. De tous ceux qui s'asseyaient alors, le soir, autour de la table de travail, Victor Hugo reste seul au- jourd'hui Toutes ces choses sont passées Comme Fonde et comme le vent ! Les Deux âges, idylle antique, dans le goût d'André Ghénier, sont une pièce agréable, mais où l'on cher- cherait en vain les qualités principales du genre, la légèreté, la grâce naïve et simple. Le spiritus Graiae tenuis camœnœ faisait défaut dès lors à Victor Hugo. 1 L'hôtel Toulouse, où siégeaient alors les conseils de guerre, était situé au n» 39 de la rue du Cherche-Midi. M. Foucher, chef de bureau au minis- tère de la guerre, après avoir été longtemps greffier des conseils de guerre, avait conservé à l'hôtel Toulouse l'appartement qu'il y avait occupé en qualité de greffier, et qu'il partageait avec son beau-frère, M. Asseline, à qui il avait cédé son greffe. 2 Consercateur littéraire, t. Il, p. 200, VICTOR UUGO AVANT 1830 251 Il y a dans son génie quelque chose de la puissance, mais aussi de la dureté du génie romain; il n'a pas la fraîcheur et la fleur du génie grec on ne reconnaît jamais chez lui le parfum exquis de l'Hymette. Les Derniers bardes nous transportent bien loin du ciel bleu de la Grèce, dans les brouillards de l'Ecosse. L'auteur a fait précéder son poème de cet argument, destiné à éclairer les obscurités du sujet qu'il avait choisi Edouard, roi d'Angleterre, ne put pénétrer en Ecosse qu'a près avoir taillé en pièces les guerriers calédoniens. Les bardes, alors, se réunirent sur des rochers que l'auteur sup- pose être ceux de Trenmor, aïeul de Fingal, père des vents, des tourbillons, etc., et là, ils maudirent solennellement l'armée et le roi à leur passage, puis se précipitèrent dans l'abîme où marchaient les bataillons anglais. Victor Hugo attachait sans doute une certaine im- portance à ce poème, puisqu'ill'a publié trois fois, — dans le Conservateur littéraire *, dans les Odes etpoésies diverses^ et enfin au tome 1er ^e Victor Hugo raconté par un témoin de sa vie *. Des trois versions, qui dif- fèrent considérablement entre elles, la plus complète est celle du Conservateur, qui n'a pas moins de deux cent quatre-vingt-dix-huit vers. Dans les Odes et poésies diverses, la pièce a cent quatre-vingt-seize vers seulement ; elle n'en a plus que cent cinq dans Victor Hugo raconté. Lorsqu'on recueillera ses œuvres de jeunesse, c'est donc la version du Con- 1 T. I, p. 281. a Yictor Hugo raconté, etc., t. I, p. 284 et suiv. 252 VICTOR HUGO AVANT 1830 servateur Httéraire qu'il importera de donner. Chateaubriand, avant d'écrire le Génie du christia- nisme, avait traduit quelques productions ossianiques de John Smith, les poèmes de Dargo, de Duthona et de Gaul. Il leur a donné place dans ses OEuvres complètes *. Pourquoi Victor Hugo ne publierait-il pas, dans les siennes, les Derniers bardes ? Les débris des tours de Morven, frappés des rayons de l'astre de la nuit, ont leur charme ". » Je t'enverrais les Méditations, écrivait Lamartine à son ami Aymon de Yirieu, le 23 mars 1820, si je savais comment et où. Elles ont un succès inouï et universel pour des vers en ce temps-ci. Le roi en a fait des compliments superbes ; tous les plus anti- poètes, MM. de Talleyrand, Mole, Mounier, Pasquier, les lisent, les récitent, enfin on en parle au milieu de ce brouhaha révolutionnaire du moment. Je te dis tout cela pour te tranquilliser et te rendre la justice que tu as été bon prophète ^ ... » Dans cette lettre, Lamartine n'exagérait rien. Le succès soudain qu'obtinrent les 3Iéditations, a dit Sainte-Beuve, fut le plus éclatant du siècle depuis le Génie du chrîs- 1 Œuvres complètes de Chateaubriand, édition Ladvocat, t. XXII. 2 Chateaubriand. 3 Correspondance de Lamartine, t. II, p. 450. VICTOR HUGO AVANT 1830 253 ùanisjne; il n'y eut qu'une voix pour s'écrier et ap- plaudir *. i Le succès des Odes et poésies diverses fut loin d'égaler celui des Méditatioiis. Victor Hugo écrivait à Jules de Rességuier, le 20 juillet 1822 Nos journa- listes n'ont point encore honoré d'un article mon pauvre recueil. Ils attendent, m'a-t-on dit, des visites, des sollicitations, des louanges. Je ne puis croire qu'ils fassent cet affront à moi et à eux-mêmes. » Les journalistes ne tardèrent pas à rompre le silence dont se plaignait le jeune poète, et la plupart ne lui refu- sèrent pas les éloges qui lui étaient dus ; ils n'eurent garde cependant de mettre sur la même ligne l'œuvre de A^ictor Hugo et celle de Lamartine, en quoi, il faut le reconnaître, ils eurent pleinement raison. Les premières Odes, faites de main d'ouvrier, étonnent, surtout lorsqu'on songe à l'âge de l'auteur, elles n'émeuvent pas. Les Méditations, au contraire, aujourd'hui comme il y a 'soixante ans, font battre nos cœurs et mouillent nos yeux de larmes. H y a une âme dans le livre de Lamartine, et l'âme est immortelle. Mais où les journalistes et le public de 1822 ces- saient do voir juste, c'est lorsqu'ils préféraient aux Odes et poésies diverses les Ti^ois Messéniennes que venait de faire paraître Casimir Delavigne le jeune Diacre ou la Grèce chrétienne, Parthénope ou V Etran- gère, Aux ruines de la Grèce païenne. Pour étrange i Portraits contemporains, t. I, p. 20î. 15 234 VICTOR HUGO avant 1830 que nous semble cette préférence accordée aux vers de Delavigne, elle n'en est pas moins incontestable, et j'en trouve la preuve dans une publication du temps, VAiinuaire historique de Lesur, qui, à égale distance des libéraux et des ultras, représentait assez exactement l'opinion de la moyenne des lecteurs. Entre quatre à cinq autres publications en vers, écrivait Lesur, on a remarqué un poème didactique en quatre chants, VArt historique^ d'un anonyme dont les vers sont faciles, pleins de sens, de raison et d'une élégante simplicité, et un recueil à^Odes et poésies diverses, de M. Victor Hugo, d'un style chaud, vigoureux, mais surtout trois nouvelles Messé- niennes de M. Casimir Delavigne ^. Cependant, le livre de Victor Hugo faisait son cbe- min, et l'auteur écrivait, à la fin de juillet 1822 En attendant, le volume se vend bien au delà de mes espérances, et j'espère songer, avant peu, à une seconde édition^. » Dans tous les salons royalistes, on célébrait ses vers et on chauffait son succès. C'est ce que nous apprend Stendhal dans sa Correspoii- dance. V E dinburgh-Revieic, lisons-nous dans une de ses lettres, s'est complètement trompée en faisant de M. de Lamartine le poète du parti ultra. Ce parti, si habilement dirigé par MM. de Yitrolles et Frays- sinous, cherche à adopter toutes les gloires. Il a pro- curé à M. de Lamartine neuf éditions de ses poésies ; * Annuaire historique et universel pour iS23, par Lesur, p. 853. — Cette préférence accordée à Casimir Delavigne sur Victor Hugo subsistait encore à la fin de la Restauration. Voyez, à ce sujet, ce que dit M. de Pont • raartin, au tome I*' de ses Mémoires, p. 106-110. 2 Lettre de Victor Hugo à Jules de Rességuier VICTOR UUGO AVANT 1830 25o mais le véritable poète du parii, c'est M. Hugo. Ce M. Hugo a un talent clans le genre de celui de Young, l'auteur des Niglit Thoughts; il est toujours exagéré à froid ; son parti lui procure un fort grand succès. L'on ne peut nier, au surplus, qu'il ne sache fort bien faire des vers français ; malheureusement il est somni- fère \ » Si l'auteur des Odes et poésies diverses avait eu con- naissance de ce jugement échappé à la plume d'un bonapartiste, il en eût été bien vite consolé par la pensée que son livre avait obtenu le plus auguste des suffrages, celui du roi lui-même. Edouard Mennechet, confrère de Victor Hugo à la Société des Bonnes- Lettres et presque son compatriote, puisqu'il était de Nantes comme la mère du poète, était lecteur duroi^ Il porta les Odes aux Tuileries. Non content de se les faire lire, Louis XVHI les relut et les annota de sa main. H salua au passage, avec un sourire d'approba- tion, les épigraphes que l'auteur avait empruntées à Horace, celle-ci entre autres qu'il rencontrait dès la première page Dictus ob hoc lenire tigres, rabidosque leones* Peut-être ne put-il se défendre de blâmer çà et ià quelques vers trop hardis et d'inscrire en marge de quelques strophes trop audacieuses cette maxime de son auteur favori, qui renfermait la condamnation de tous les ultras, en littérature comme en politique 1 Correspondance inélite de Stendhal., t. I, p. 221. 2 Edouard Menneo6 , VICTOR IILGO AYANT 183U Est modus in rébus, sunt certi denique fines Quûs ultra citraque nequit consistere rectum *. Mais il se dit en même temps, toujours avec Horace, qu'il ne faut pas s'ofïenser de quelques taches là où les beautés abondent ... Ubi plura nitent in carminé, non ego paucis Offendar maculis -... Heureux de l'avènement d'un astre nouveau dans le ciel de la Restauration et de l'éclat fraternel des Méditations et des Odes, de Lamartine et de Victor Hugo, — fratres Helenx lucida sidéra, — entraîné par l'amour des citations, il n'hésita pas à en faire une de plus ; hedera nascentem ornate poetain, et à la traduire ainsi pour l'intendant de sa liste civile A compter de ce jour, vous aurez à payer à M. Tictor Hugo, auteur des Odes et poésies diverses, une pension annuelle de 1000 francs sur ma cassette particulière. » n a plu à M. Victor Hugo de donner une autre ori- gine à la pension qu'il a reçue du roi. Il aime à raconter, et tous ses biographes racontent d'après lui, qu'en 1822, son ancien camarade d'enfance, Edouard Delon, ayant été condamné à mort par contumace pour sa participation à la conspiration de Saumur, il avait écrit à la mère de Delon, femme du lieutenant du roi, à Saint-Denis, lui offrant un asile sûr pour son fils Je suis trop royaliste, madame, lui disciit- 1 Huiace, Satires, I. 2 Horace. Art poétiqup... VICTOR HUGO AVANT 1830 257 il, pour qu'on s'avise de le venir chercher dans ma chambre, » Trois ans plus tard, au printemps de 1825, il eut occasion de voir l'académicien Roger, secrétaire général des postes, qui le plaisanta sur ses relations avec les conspirateurs. Gomme il se récriait, Roger lui rappela sa lettre à M""'' Delon, et lui apprit qu'elle avait été décachetée et mise sous les yeux du roi, qui dit Je connais ce jeune homme ; il se con- duit en ceci avec honneur ; je lui donne la prochaine pension qui vaquera \ » Le mot est d'un homme d'esprit; rien ne s'oppo- serait donc à ce qu'il eût été dit par Louis XYlll, et pour ma part je serais charmé que les choses se fussent ainsi passées. Mais la vérité m'oblige à recon- naître que la pension accordée à l'auteur des Odes ne l'a point été dans les conditions et pour la cause qu'il indique. Louis XYlIl, qui avait donné des mar- ques de sa bienveillance à tous les jeunes poètes dont le talent honorait son règne, à Lamartine, à Soumet, àCîuiraud, à Ancelot, à Casimir Delavigne lui-même -, ne pouvait pas oublier, dans la distribution de ses faveurs, le poète royaliste par excellence, celui qui avait eu des hymnes pour toutes les douleurs, des chants pour toutes les joies de^ la famille des Bourbons ! 11 le pouvait d'autant moins qu'il y avait là, auprès de lui, pour plaider la cause, d'ailleurs gagnée d'avance, de l'auteur des Odes ei poésies dl- 1 Sainte-Beuve, Portraits contemporains. — Barbou, Victor Hinjo et son temps. — Victor ffufjo raconté par un témoin de sa vie, t. II. 2 Voy. le Journal d'un poète, par Alfred de Vigny, p. 201. 258 VICTOR HUGO AVANT 1830 verses, la voiivo du duc de Berri, la mère du duc de Bordeaux. Voici, en effet, ce qu'écrivait M. Victor Hugo, en 1826, à M. le vicomte de la Rochefoucauld, aide de camp du roi, chargé du département des Beaux-Arts Monsieur le vicomte, Par décision du mois de septembre 1822, S. M. Louis XVIII, sur la proposition de M. le marquis de Lauriston, alors mi- nistre de la maison du roi, et sur la recommandation spéciale de S. A. R. Madame^ duchesse de Berri, transmise au ministre par Mme la maréchale, duchesse de Reggio, daigna m'ac- corder une pension de 1000 francs. Le ministre et M. le vicomte de Senonnes, alors secrétaire général de la maison du roi, en me transmettant l'avis de cet honorable bienfait du roi, me donnèrent l'assurance verbale que cette pension, quo plusieurs circonstances n'avaient point permis de créer plus forte, ne serait que provisoire, et qu'ils ne tarderaient pas à en solliciter l'augmentation auprès de Sa Majesté... CHAPITRE VIII Le Mariage du Poète. — M. Viciou Hugo ET Alexandre Soumet. Un voyage sentimental. La cité de — Lettre de faire part et Acte de mariage. — Deux faux témoins. — Le roman d'une confession. L'abbé-duc de Rohan et Mgr Frayssinous. Miie Du- chesnois, M^ie Leverd et M^^^ Sophie Gay. L'abbé Garron et l'abbé de la Mennais. Alphonse de Lamartine et le duc Mathieu de Montmorency. — A ce qui fut Eugène. Une tragédie de Spartanus. — Seconde édition des Odes. — Feuilleton de .M. Victor Hugo sur la tragédie de Saul d'Alexandre Soumet. J'arrive tout poudreux Dans la cité de Dreux, , crivait M. Victor Hugo à son ami Saint-Valry, au mois de juillet 1822, et quittant les vers pour la prose, il continuait ainsi son épîlre, toute pleine de la grâce et de la fraîcheur des jeunes années Mon expédition n'a rien eu d'extraordinaire, sinon qu elle m'a distrait et rendu le sommeil ; elle a encore eu cela de remarquable, qu'à Pontchartrain, le papier de la chambre où j'ai déjeuné représentait un couple villageois se donnant le bras, et qu'ici il représente un couple bourgeois ; ce couple quitte une voiture versée et entre dans une chaumière. Je me suis demandé si une vilaine chaumière qui se tient toujours 260 VICTOR HUGO AVANT 1830 debout ne vaut pas une belle voiture qui verse. — Ma foi, non ! Pour lui, il n'avait point ou à craindre que sa voi- ture versât, car il avait voyagé à pied, le bâton à la main, la bourse assez légère, mais le cœur plein d'il- lusions et de craintes, plein de tristesse et d'espoir. Les parents de M^'*^ Foucher, qui ne pouvaient se dé- cider à unir leur fille à un jeune homme de vingt ans, avaient cru sage de mettre entre le poète et celle qu'il aimait la distance qui sépare Paris de la cité de Dreux. Peine perdue ! précaution inutile ! la distance avait été lestement franchie, et le poète avait retrouvé bien vite la trace adorée. Devant cette preuve nouvelle d'un amour que rien ne lassait, M. et M^e Foucher s'avouèrent vaincus, et la date du mariage fut enfin fixée. L'expédition du jeune poète eut un heu- reux résultat, » dit M. de Saint-Yalry, qui a retracé dans des pages exquises les aimables péripéties de ce voyage senùinental . tor Hugo, dominé sans doute par la puissance de ses souvenirs Massiques, é^rit à tort Carcn. 3 Œuvres posthumes dp La Mennnis. Correspondance, t. I. VICTOR llUdO AVANT I S30 271 vous la lui rapportez, et je me plais à en trouver dans votre lettre l'expression naïve et touchante. Mais entendez aussi que c'est une joie du temps, et fugitive comme lui. Il y a une autre joie dans l'éternité, et c'est celle-là qui doit être l'objet de tous les désirs de votre âme. Que le Ciel cependant, cher ami, répande sur vous et sur celle dont le sort ne sera plus séparé du vôtre, tout ce qu'il y a de plus doux dans les grâces qu'il accorde aux jeunes époux. Qu'il daigne écarter de votre route à travers ce monde ce qui pourrait affliger votre vie et en troubler l'aimable paix. Voilà les vœux que forme pour vous le plus sincère et le plus tendre de vos amis. Dans une autre lettre, écrite également de la Chênaie et datée du 9 juin 1822, LaMennais remercie Yictor Hugo de l'envoi de ses Odes et poésies diverses J'ai le recueil de vos poésies, mon cher Victor, et je vous remercie du plaisir que vous m'avez procuré. Les beaux vers ressemblent à la lumière du Midi, qui colore davantage les objets et répand sur eux des teintes plus variées et plus harmonieuses. Et la lettre, très longue et très belle, se termine par ces mots Ce qui me peine le plus, c'est d'être si longtemps séparé de mes amis. 11 faut que je me redise de temps en temps que Dieu le veut, et il est vrai que ce mot répond à tout et console de tout. Prie', pour moi, mon cher Victor. Je ne vous oublie point à l'autel, et votre souvenir est partout un des plus doux de mon cœur. Votre ami, F. M*. i Voir cette lettre et la préoéilonte. tome II de Victor Huçjn raconté, etc.. p. 5 8 et suivantes, 272 VICTOR HUGO AVANT 1830 Au mois d'octobre 1822, La Mennais et Victor Hugo étaient donc , depuis longtemps déjà , liés d'une étroite amitié, et sur ce point comme sur tous les autres, le récit du poète est en contradiction formelle avec les faits et les documents les plus authentiques. Celte démonstration faite, nous nous garderons bien de rechercher quels motifs ont pu conduire M. Victor Hugo à bâtir ainsi tout un roman autour d'un fait aussi simple et aussi naturel que sa confes- sion, à une époque oi^i il était sincèrement religieux. Serait-ce donc qu'il en rougirait aujourd'hui ? Lamar- tine s'est confessé lui aussi. Voici en quels termes nobles et touchants, dans une lettre écrite de Florence le 6 avril 1826, il en donnait la nouvelle à sa mère La mort angélique de ce brave et saint duc de Alontmorency me fait un vrai chagrin. C'était un homme unique, accompli, et non remplaçable pour tout ce qui l'a connu. Outre cela, c'est une perte de cœur pour moi. On me mande de Paris que les dernières lignes qu'il ait tracées de sa main étaient une lettre commencée pour moi. Je l'aimais beaucoup, et il m'aimait sincèrement aussi. Tout s'en va successivement ainsi, bon et mauvais ; tout nous montre le chemin et le monde se renouvelle. Heureux ceux qui suivent les traces des Montmorency dans ce monde et surtout dans l'autre ! J'es- père être du nombre, car je fais mes pâques demain. Je sais que c'est une bonne nouvelle à vous donner *. 1 Correspondance de Lamart ne, t. III, p. 308. A'ICTOR HUGO AVANT 1830 273 III La veillo de son mariage, à son ami Saint-Yalry, celui qu'il appelait le doux confident de ses jeunes mys- tères et qui était en ce moment retenu loin de Paris^ M. Yiclor Hugo écrivait a Félicitez-moi, aimez-moi et hâtez-vous de revenir ici voir le rare visage d'un homme pleinement heureux. » 0 poêle ! oubliez- vous donc que nul ne peut jamais, sans imprudence, se diïvQ pleinement heureux, et ne vous souvient-il plus de ce beau vers de VOdyssée Le chemin de la nuit est près du chemin du jour? » Une grande douleur allait atteindre M. Victor Hugo en pleine félicité. Au dîner de noces, son frère Eugène prononça des paroles incohérentes qui frappèrent ses voisins de table. Lorsqu'on entra chez lui le lende- main matin, on le trouva poussant des cris forcenés et s'escrimant à grands coups de sabre contre les meubles de la chambre, illuminée comme pour une fête. Il était fou. Le comte Gaspard de Pons, très lié à cette époque avec les frères Hugo, a, dans une pièce de ses Adieux poétiques, intitulée /a Démence, soulevé une partie du voile qui recouvre cet épisode. J'en citerai seulement quelques vers. S'adressant A ce qui fut Eugène, le poète lui dit Peut-être, dédaigné par l'Amour et la Muse, Un désespoir jaloux s'alluma dans ton cœur Tu haïs malgré toi ton rival, ton vainqueur... 274 VICTOR HUGO AVANT 1830 La mort d9 la pensée au plus affreux dsstin A seule, hélas ! pu te soustraire Tu cessas b eu à temps d'être toi, d'être frère, Le pre nier frère fut Caïn. Oui, certe, et dans ce mot ne vois pas un outrage ; L'outrage sarait lâche autant que solennel. Ton coeur fut assez chaud pour qu'un moment d'orage En toi pût allumer un foudre criminel *... Et dans une des notes de sa pièce, Gaspard de Pons ajoutait Cet Eugène, qui est mort enfin, après avoir survécu quatorze ou quinze ans à son âme, à son intelligence, cet Eugène dont j'ai voulu recueillir la gloire avortée avait ébauché une tragédie de Spartacus, tragédie très romantique alors, qui serait trouvée trop classique aujourd'hui. Dans la scène d'exposition, un édile faisait l'appel des gladia- teurs inscrits pour les prochains jeux du cirqu?, et les accouplait chacun avec Thomme ou la bête féroce contre laquelle il devait combattre. On appelait ainsi, au milieu da noms l'Ours le Dévorateur ! Spartacus ! et voilà de quelle manière le héros esclave était annoncé. Je ne sais si c'esl du romantique ou du classique, mais c'est du assurément. » — Eugène Hugo est mort dans la maison de Saint-Maurice, à Gharenton, le 5 mars 1837 ^. Oh ! ne regrette rien sur la haute colline Où tu t'es endormi ^ ! ^ Adieicx poéti'jues, par le comte Gaspard de Pons. t. Il, p. 324. 3 Moniteur du 6 mars 18-37. 3 A Eugène, V»» H. Les Voix intérieures, xxix. VICTOR HUGO AVANT 1830 27o Après son mariage, Yictor Hugo quitta sa mansarde de la rue du Dragon et vint loger avec son beau-père à Thôlel Toulouse. Les ressources du jeune ménage étaient très étroites, et le poète se remit sur-le-champ au travail avec cette ardeur qui ne devaitjamais l'abandonner. Il composa, à quelques jours d'intervalle, doux odes nouvelles, Jéhovah et Louis XVII. L'ode sur Jéhovah renferme de très beaux vers ; l'auteur y reste cependant très loin de Lamartine dans sa méditation sur Dieu, dédiée à l'abbé de la Mennais *, et surtout dans cet admirable poème lyrique que le chantre des Harmonies poétiques et religieuses a intitulé Jéhovah ou l'Idée de Dieu, — le Chêne, suite de Jéhovah, — VHumayiité, suite de Jéhovah, — Vidée de Dieu, suite de Jéhovah ^. L'ode sur Louis XVII, lue à la Société des Bonnes- Lettres ^, reçut la publicité du Moniteur, qui la donna en entier dans son numéro du 13 décembre 1822. La première édition des Odes, tirée à quinze cents exemplaires, s'était écoulée en quatre mois. La se- conde édition parut dans les derniers jours de 1822, chez Persan, un marquis ruiné, qui s'était fait libraire. Elle ne portait plus pour titre, comme la pre- mière, Odes et poésies diverses, mais simplement Odes. L'auteur avait supprimé avec raison l'élég'e, le poème et l'idylle, qui altéraient l'unité de son recueil. ^ Premià^es Mélitations, '-i I/armoniei poétiques et relujieuses, li^. If. S Voyez ci-dessus chap. VII. page 241. 276 VICTOR HUGO AVANT 1830 En tête de cette édition nouvelle, il avait mis une nouvelle préface, contenant quelques observations sur le but qu'il s'était proposé en écrivant ses odes. L'ode française, disait-il, généralement accusée de froideur et de monotonie, paraissait peu propre à retracer ce que les trente dernières années de notre histoire présentent de tou- chant et de terrible, de sombre et d'éclatant, de monstrueux et de merveiUeux. L'auteur de ce recueil, en réflécliissant sur cet obstacle, a cru découvrir que cette froideur n'était point dans l'essence de l'ode, mais seulement dans la forme que lui ont jusqu'ici donnée les poètes lyriques. Il lui a semblé que la cause de cette monotonie était dans l'abus des apostrophes, des exclamations, des prosopopées et autres figures véhé- mentes que l'on prodiguait dans l'ode ; moyens de chaleur qui glacent lorsqu'ils sont multipliés, et étourdissent au lieu d'émouvoir. Yictor Hugo était dans le vrai en reprochant aux poètes lyriques, qui l'avaient précédé, l'abus des apos- trophes, des exclamations et des prosopopées. Mais lui-même avait-il évité l'écueil qu'il signalait ? N'avait- il pas prodigué, lui aussi, ces figures de rhétorique qu'il condamnait avec raison chez Malherbe, chez Rousseau et chez Lebrun-Pindarc ? Dans l'ode célèbre de Jean-Baptiste \ M. le comte du Luc, qui n'a pas moins de trente-quatre strophes et de deux cent quatre vers, il n'y a qu'une seule apostrophe Puissantes déités, qui peuplez cette rive... Dans les premières odes de Yictor Hugo, au con- traire, et en particulier dans les Vierges de Verdun, la Vendée, le Rétablissement de la statue de Henri IV, VICTOR ULGO AVANT 1830 ^77 /c Génie, la Mort du duc de Bei'rl, la Naissance du duc de Bordeaux, le Baptême du duc de Bordeaux, les apostrophes abondent. Dans la Naissance du duc de Bordeaux, j'en ai relevé près de vingt, et l'ode n"a que seize strophes Savez-voLis, voyageur, pourquoi, dissipant l'ombre, D'innombrables clartés brillent dans la nnit sombre?... Ce bruit, si cher à ton oreille, N'a-t-il donc rien qui te réveille, 0 toi qui dors à Saint-Denis?... Lève-toi 1 Henri doit te plaire Au sein du berceau populaire ; Accours ! o père triomphant ! Enivre sa lèvre trompée, Et viens voir si ta grande épée Pèse aux mains du royal enfant... 0 toi, de ma pitié profonde Reçois l'hommage solennel, riumble objet des regards du monde, Privé du regard paternel !... Oui, souris, orphelin, aux larmes de ta mère ! Ecarte, en te jouant, ce crêpe funéraire... Sois aux sombres soucis qui nous rongent encore Ce qu'est le flambeau de l'aurore Aux vapeurs dont la nuit couvre son char de deuiJ ^. Guerriers, peuple, chantez Bordeaux lève ta tête... 1 L'auteur, dans les éditions suivantes, a ainsi refait ces trois vers Chasse le noir passé qui nous attriste encore ; Sois à nos yeux comme une aurore ! Rends le jour et la joie à notre ciel en deuil ! 16 278 VICTOR HUGO AVANT 1880 Et toi, que le martyr aux combats eût guidée, Sors de ta douleur, ô Vendée !... Dis, qu irais-tu chercher au lieu qui te vit naître, Princesse ?... Courage ! ô vous, vainqueurs sublimes, Tandis que vous marchez aux crimes, La terre tremble sous vos pas !... Reste au sein des Français, ù fille de Sicile 1 Ne fuis pas, pour des bords d'où le bonheur s'exile. Une terre où le lis se relève immortel. Les exclamations ne sont pas plus rares que les apostrophes dans le premier recueil de M. Victor Hugo Quoi ! mes chants sont-ils téméraires ?... Quoi! ce trait glorieux, qui t ahit leur belle âme. Sera donc leur arrêt de mort ! Quoi ! disaient les captifs, déjà Ton nous délivre !... Quoi ! de ma longue vie ai-je achevé le reste !... Eh quoi ! sont-ils donc loin, ces jours de notre histoira ?... Le poète, du moins, s'est-il abstenu de la proso- popée ? Aucunement. Dans l'ode sur la Vendée, il évoque un vieux prêtre martyr On dit qu'en ce moment, dans un divin délire, Un vieux prêtre parut parmi ces fiers soldats ;... et il met dans sa bouche un discours qui n'a pas moins de soixante-dix vers. ^ Ni cette prosopopée, d'ailleurs, ni l'abus des apos- trophes el des exclamations ne nuisirent au succès de la seconde édition des Odes, et le roi Louis XVIH VICTOR HUGO AVANT 1830 1279 tint à honneur d'en donner lui-même le signal. On lit dans le Journal des Débats du 18 décemi re 1822 Sa Majesté vient de faire souscrire, par S. Exe. le Ministre de sa maison, aux Odes de M. Victor Hugo, pour un nombre de vingt-cinq exemplaires destinés à ses iDibliothèques parti- culières. IV Dans celle édition, comme dans la précédente, le volume s'ouvrait par une dédicace à M. Alexandre Soumet, placée en tête de l'ode I^^, le Poète dans les révolutions. Victor Hugo était, à cette époque, le plus fervent admirateur de l'auteur de Saûl, et il venait de répondre, dans le Moniteur du 26 novembre 1822, aux critiques dirigées contre cette tragédie. Ce feuilleton dramatique de l'auteur d'Hernani m'a paru msriter, à plus d'un titre, d'être tiré de l'oubli et mis sous les yeux du lecteur Au rédarfcur du Moniteur. Monsieur, Dans un moment où l'attention publique est si vivement excitée par le triomphe, sans exemple, de M. Alexandre Soumet, me permettrez-vous de vous entretenir de celle de ses deux belles tragédies, qui a été le plus diversement jugée, de cette pièce de SaUl, sur laquelle vous avez publié un article plein de sagesse et de mesure. Cette -lettre sera principale- ment consacrée à relever une erreur grave et étrange dans laquelle sont tombés, ce me semble, presque tous les critiques qui ont rendu compte de ce grand ouvrage, erreur que vous 280 VICTOR HUGO AVANT 1830 avez déjà signalée en partie, et que je vais essayer de combattre entièrement. Je garderai ici le silence du mépris sur toutes les attaques malveillantes qu'ont prodiguées à M. Soumet les grands et petits journaux d'une faction qui est antipoétique, parce quelle est antireligieuse et antisociale. C'est aux hommes de bonne foi et de conscience que je m'adresse avec conscience et bonne foi, sans consulter d'autre intérêt que celui des lettres et de la vérité, et bien moins dans l'intention d'éclairer que dans l'espérance d'être éclairé. Frappé de la nouveauté et de la grandeur de ce drame do Saill, j'en ai longtemps médité, autant qu'il est en moi, toutes les parties, et j'avoue que je ne puis me ranger de l'avis de la, plupart des critiques qui se sont accordés, en admirant la beauté constamment irréprochable du style de M. Soumet, à dire que la conception et la conduite de son ouvrage en étaient le côté faible. Certes, nul n'est plus disposé que moi à rendre justice à la poésie de Saiil, à ce style qui s'empreint de toutes les nuances de la pensée conmie de toutes les couleurs de la Bible ; qui se plie aux blasphèmes infernaux de la Pythonisse et de Saùl comme aux angéliques prières de David et de Michol ; en un mot, qui semble magique parce qu'il est vrai. Mais je ne crains pas d'avancer que c'est surtout par la con- ception et la conduite que le drame de M. A. Soumet me semble digne d'être hautement et profondément étudié. VA d'abord, .Monsieur, c'est à mon sens une nécessité de toute production de l'esprit humain, depuis la chanson jusqu'à l'épopée, que de reposer sur une idée mère primitive, unique, comme un édifice sur sa base. Que si l'ouvrage est destiné à raconter un fait, il faut, pour qu'il y ait unité dans la compo- sition, que le développement de la pensée fondamentale s'ap- puie dans toutes ses parties sur le développement du fait. Je n'ai point la prétention de donner ceci comme une règle, c'est simplement le résultat d'une étude sévère de tout ce qu'il y a de vraiment beau dans les œuvres de l'espèce humaine. Je sais que bien des ouvrages admirés sur parole ne résistent pas à l'application de cette loi intime que découvrent et que suivent VICTOR HUGO AVANT 1830 281 naturellement tous les vrais génies ; mais cela ne prouve rien, sinon qu'il ne faut pas admirer sur parole, même si l'on peut s'exprimer ainsi sur la parole des siècles. C'est en soumettant cette belle tragédie de Saiil à cette épreuve, que j'ai vu quelle liante idée en avait dominé la conception, que j'ai admiré la hardiesse du poète créateur, qui a su transporter sur notre étroite scène toute l'immense épopée de Milton. L'idée première de ce drame n'est, eu effet, autre chose que ce qu'il y a de plus vaste dans la créa- tion, la lutte perpétuelle du bien et du mal, de Dieu et de Satan. Et remarquez, monsieur, avec quel art la balance dra- matique est établie dans ce combat entre l'être qui peut tout pour le bien et l'être qui ne peut rien que pour le mal. Voyez la toute-puissance divine de l'un représentée par ce qu'il y a de plus faible parmi les hommes, un vieillard et un enfant ; tandis que la faiblesse infernale de l'autre a pour agent tout ce qu'il y a de puissant sur la terre un monarque con- quérant,' une magicienne qui fait pâlir les astres et réveille les morts. Observez encore les deux personnages de Jonathas et de Michol, unis par leur naissance à Saïil, à David par leur vertu, placés comme un lien entre les deux principes opposés, et secondant, souvent à leur insu, l'esprit du mal de tout le pouvoir de leur caractère presque angélique. J'ignore si toutes ces combinaisons dramatiques sont le résultat de longues mé- ditations ou l'effet d'une inspiration soudaine ; mais il me paraît difficile de pousser plus loin le talent, et je ne comprends pas comment on a pu accuser de faiblesse et même de médio- crité une création aussi vaste, une conception aussi sûrement originale. A ces considéralions le jeune critique en ajoutait d'autres, non moins ingénieuses, dans lesquelles il répondait aux attaques dont la marche de l'action avait été l'objet, et il terminait son feuilleton en ces termes 28l> VICTOR HUGO AVANT 1830 J'ignore, Monsieur, si, dans cette analyse beaucoup trop restreinte, je suis parvenu à faire ressortir le haut talent dra- matique que décèle le plan de Sntil. Bien des choses m'ont sans doute échappé ; j'aime mieux que ce les imper- fections que les beautés. On pourra toujours faire à M. Soumet quelques, reproches fondés, soit sur la difficulté de traduire les Livres Saints sur la scène sans les altérer, soit sur le degré de convenance que présente cette sorte de translation. En tout cas, M. Soumet pourra s'appuyer d'exemples respec- tables, et entre autres de celui de Racine. Pour moi, monsieur, si je me suis trompé, j'aime mieux m'être trompé dans la louange que dans le blâme. Je ne crois pas, du reste, m'aventurer, en signalant une grande appari- tion dramatique. Il importe fort peu au public qui lira cette lettre, à la fois trop longue et trop courte, de savoir quel nom insignifiant suivra ces observations bonnes ou mauvaises. S^ je les signe, c'est uniquement pour montrer que je ne recule pas devant mon opinion. Agréez, etc., etc. VlCTOR-M. Huoo. Paris, le 20 novembre 1822. Tant d'enthousiasme pour une tragédie , écho affaibli des tragédies de Racine, ne laissait guère pressentir l'auteur de la préface de Cromicell. Cette lettre, en revanche, témoignait chez Victor Hugo d'un vif attrait pour le théâtre. Peut-être rêvait-il déjà de s'adresser, lui aussi, à un autre public que celui des livres, de lui demander des larmes ou des sourires, des applaudissements et des couronnes ! Prévoyait-il qu'un jour à ces mêmes acteurs qui jouaient dans les pièces de son ami Soumet, il demanderait de tra- duire sur la scène sa pensée et de la rendre visible à VICTOR HUGO AVANT 1830 1283 la foule ? C'est Joanny qui remplissait le rôle de Saûl ; il créera, dans Hernam, le rôle do don Ruy Gomez de Silva, et celui de M. de Sainl-Vallier dans le Roi s'amuse. M"e Georges — qui était à cette époque le Talma du second Théâtre-Français — tenait le râle de la Py honisse d'Endor ; Victor Hugo écrira pour elle Lucrèce Borgia et Marie Tudor. A M'i Anaïs, qui jouait io rôle de Michol, la fille de Saul, il confiera le rôle de Blanche^ la fille de Tri- boulet. Ligier, qui jouait à côté de Talma dans la Clytemnestre de Soumet et qui représentait Pylade, sera plus tard le Triboulet du Roi s amuse et le Fré- déric Barbcrousse des Biirgraves. Mais ne nous éloignons pas de notre année 1822 et revenons, pour quelques instants encore, à l'auteur de Clyteynnestre et de Srxïd, à celui que Victor Hugo appelait alors notre Alexandre». Après avoir rem- porté au théâtre de nombreuses victoires, il consacra les vingt dernières années de sa vie à la composition de deux vastes poèmes, la Divine épopée et Jeanne F Arc. Sans doute le succcs n'a pas répondu à la grandeur de son effort, et, quand on voit que les trente mille vers de ses deux épopées pèsent moins dans la balance de la postérité que ^a. courte élégie de la Pauvre fille, on se demande si lui aussi, au déclin de sa journée, n'a pas pu s'écrier avec l'un des auteurs de V Anthologie Je suis sorti ce matin pour chasser de^ sangliers, et je su,s rentré ne rapportant que des cigales. » Cela est vrai ; serait-il juste jiéan- moins de ne pas lui tenir compte de ses généreuses 284 VICTOR HUGO avant 1830 tcnlalivos? N'est-ce donc rien, à une époque comme la nôtre, alors que la vapeur et l'électricité étendent leurs applications jusqu'à la littérature et que tous, marchands et poètes, ne songent qu'à arriver le plus rapidement possible et répètent à l'envi les uns des autres ce mot, devenu le mot du siècle Le temps est de l'argent, Time is money ; » — n'est-ce donc rien que de s'enfermer pendant vingt ans dans son cabinet de travail et de consumer ses jours et ses nuits dans l'élaboration d'une œuvre unique, sans autre espoir que d'obtenir de son pays un peu d'es- time et peut-être un peu de gloire ? Alexandre Soumet n'a jamais écrit un seul vers qui ne respirât le culte du beau et l'amour du bien il s'est quelquefois perdu dans les nuages, il n'a jamais sali les ailes de sa muse ; il n'a pu soutenir sans éblouissement la vue du soleil, il a essayé du moins de contempler ses rayons, et si, dans sa grande chambre de la rue Saint-Florentin , il avait sur sa table des plumes d'aigle, il avait peut-être le droit de leur dire, après un autre poète plus grand que lui^ mais moins pur V'ous avez erré dans les nues, Vous avez plaaé dans les cieux *. Ce galant homme avait une vertu bien grande chez un poète, — et bien rare 11 aimait tous les beaux vers, a pu dire de lui M. Vitet, ceux des autres aussi bien que les siens. Un grand succès était une fêle * Victor Hugo. Z^'-s- Coiiti'inplations A u poèt^ qui m'enraie vne phone l'aif/le. VICTOR llUiiO AVANT I S.'JO >8o pour lui, quelle que fût la main qui dût cueillir la palme ; il écoutait avec bonheur, il admirait avec attendrissement les œuvres de ses émules ; il faisait plus encore, il aimait ses successeurs ; il exaltait leurs jeunes essais, les animait du regard, de la voix, et à force d'enthousiasme les remplissait de courage et d'espoir ^ » Ainsi avait-il fait avec Victor Hugo, dont il était l'aîné de quatorze ans. Mais bientôt le disciple allait devenir un maître à son tour. Soumet assista au déclin de sa propre renommée, en même temps qu'il était témoin des triomphes éclatants du poète des Feuilles V automne. Plus le nom de Victor Hugo grandissait, plus l'ombre et le silence descen- daient sur le sien Majoresque cadunt altis de montilnis iimlK'ce. Et cependant il ne laissa pas un seul instant la jalousie pénétrer en son âme ; jusqu'à son dernier jour, il resta l'admirateur et l'ami de celui dont la gloire avait effacé la sienne. Au mois de janvier 1811, étant tombé gravement malade à la Rochelle, chez sa fille, M™ d'Altenheym, il n'hésita pas, malgré l'avis formel de son médecin, à faire le voy,ge de Paris pour venir déposer son vote à l'Académie en faveur de l'auteur des Odes et Ballades ^. C'est la * Discours de ri'Cf'ptian à l'Acadibnie française, jjrononcé le 20 mars ISU!. 2 Victor Hugo fut élu le 7 janvier 1841, en remplacement de Népomucène Lemercier, par 17 voix contre lo, accordées ù M. Ancelot. Les 17 voix don- nées à Victor Hugo étaient celles de Soumet, Lamartine, Chateaubriand. Charles Nodier, Royer-Collard, Villemain, Lacretelle, Philippe de Ségur, Pongerville, Mignet, Thiers. Cousin. Lebrun. Dupin. Mole, Salvaudy et... 286 YICTOll HUGO AYANT 1830 seule vengeance qu'il ait tirée du poète qui, après avoir inscrit son nom à la première page de son pre- mier livre, l'en avait retiré. Comment M. Vic'or Hugo n'a-t-il pas compris que c'était pour lui un devoir, au moment où il publiait l'édition définitive de ses oeuvres, de rétablir en tête de ses Odes sa dédicace d'autrefois A M. Alexandre Soumet ? 11 a un autre devoir à remplir vis-à-vis du chantre de la Divine épopée. Il annonce qu'il fera figurer dans ses Œuvres coynplètes le livre intitulé Victor Hugo raconté par un témoin de sa vie. Lorsqu'il le réimprimera, quil en efface cette page où il fait jouer à Alexandre Soumet, à l'occasion du dîner chez M'i^ Duchesnois, un rôle contre lequel protestent la dignité do son caractère, la pureté de sa viC;, sa p'été, si tolérante et si douce, mais si profonde et si vive. Viennet. — Les 15 voix obtenues par Ancelot élaicut celles de Casimir Delavigne, Jouy, Dupaty, Jay, Brifaut, Campenon, Droz, Etienne, Tissot, de Féletz. Flourens, Baour-Lormian, Lacuée de Cessac, Roger et Scribe. CHAPITRE IX Han d'Islande. — La Muse française. — M. Victor Hugo ET Alfred de Vigny. Han d'Islande. — Le Mercure du A7Xe siècle et Léon Thiessé. Charles Nodier et la Quotidienne. — Polémique entre l'auteur et les éditeurs de IJan d'Islande. Le Miroir et le Drapeau blanc. De l'art de faire plusieurs éditioas avec uue seule, de ses ori- gines et de ses progrès. Qualorze éditions en un mois! - Nouvelle pension accordée au poète par le roi Louis XVIII. — La Muse française. — M. Victor Hugo éditeur de Voltaire. — Eloa et le Paradis perdu. Alfred de Vigny et Milton, — Uue lettre inédite d'Alfred de Vigny. Satan et Roland. — Adolphe de Saint- Valry et Chateaubriand. On vient de mettre en vente, chez Persan, librair?, rue de l'Arbre-Sec, n" 22, un roman intitulé Han d'Islande, ei quatre volumes in-18. On attribue ce roman à M. Victor Hugo auteur d'un recueil d'Odes. Ces lignes, que nous trouvons clans le Constitu- tionnel du lo février 1823, fixent, d'une manière pré- cise, la dale de la publication de Han d'Islande. Le Journal des Débats du \2 février contient une liote identique à celle du Constitutionnel. Victor Hugo, écrivant aux rédacteurs du Miroir, à la date du 24 ^88 VICTOR IILGO AVANT 1830 mai 1823, rappelle que son livre a été publié dans la première quinzaine de février S. Sainte-Beuve a donc commis une légère inexactitude, lorsqu'il a dit queHan V Islande avait paru au mo\^ janvier 1823^. L'illustre critique se trompe encore, et l'erreur ici est un peu plus grave, quand il affirme que Han dislande a été commencé dès 1 820 '». Hugo a commencé d'écrire son roman au mois de mat i une lettre écrite par lui à l'un de ses amis, et rapportée au tome II de Victor Hugo raconté, ne laisse subsister à cet égard aucune incertitude *. A peine entrepris, son travail fut interrompu par la mort de sa mère. Il ne s y remit qu'assez longtemps après, et le termina dans les derniers mois de 1822. Il avait vingt ans. A vingt ans, on peut faire de beaux vers ; il ne se peut guère que l'on fasse un bon roman. Pour pré- coce qu'il soit, le génie ne peut suppléer à l'expé- rience de la vie et à la connaissance des hommes. Aussi s'en faut-il de beaucoup que le premier roman de Tictor Hugo soit à la hauteur de ses premières poésies. Ce qui frappe tout d'abord dans Han d' Islande ^ c'est l'absence d'originalité. L'auteur lui-même nous apprend, dans une lettre contemporaine de la compo- sition de son livre, qu'il s'est proposé d'imiter Walter * Le Miroir des spectacles, des lettres, des mœurs et des arts, hindi iO mai 18>3. 2 Portraits contemporains, t. !»•. p. 40G. 3 Ibid., t. I", p. 400. 4 Victor Eugo raconté, atc, t. II. p. 40. ViOTUK JILGO AVAM 1830 28'J Scott ; u i\îûn roman, dit-il, était un diaino dont les scènes étaient des tableaux, dans lesquels la des- cription suppléait aux décorations et aux costumes. Du reste, tous les personnages se peignaient par eux- mêmes ; c'était une idée que les compositions de Walter Scott in'' avaient inspirée ^ » Il ne se borne point à imiter Walter Scott. Lu autre romancier anglais, Maturin , l'auteur alors célèbre de Bertram, de Mehnoth et de Montorio, avait mis à la mode le genre frénétique. Charles Nodier, — qui était un romantique de la veille, tandis que Victor Hugo ne fut, en réalité, nous le montrerons, qu'un romantique du lendemain, — avait fait paraître, en 1820, Lord Ruthwen ou les Vampires. Victor Hugo imite le révérend Maturin et le bon Nodier ; seule- ment, ainsi que cela arrive presque toujours, l'élève est allé plus loin que ses maîtres. Il a fait de son héros un anthropophage Han d'Islande se nourrit de chair humaine et boit dans le crâne de ses victimes Veau des mers et le sang des hommes, et c'est sans doute à cette œuvre étrange que pensait Henri Heine, lorsqu'il écrivait Tout, chez M. Victor Hugo, est barbarie baroque, dissonance criante et horrible dif- formité*! » L'idée première de l'ouvrage a-t-eile du moins quelque chose de neuf? Le lecteur en pourra juger par cette courte mais fidèle analyse. Victime d'un complot ourdi par un chevalier félon, 1 \ictov Huyo raconté, etc.. t. II. ^ Lntèce, p. îiî. 17 290 VICTOR UUGO AVANT 1830 le vertueux Schumacker, grand chancelier de Dane- mark et de Norwège, est enfermé dans une tour, où sa fille Éthel est captive avec lui. Ordener, fils du vice-roi de Norwège, est amoureux d'Elhel, et il forme le projet de la délivrer, ainsi que Schumacker ; mais, pour cela, il lui faut aller à la recherche et à la conquête du coffret de fer où sont déposées les preuves de l'innocence du chancelier. Ce coffret est gardé par deux monstres, Han d'Islande et l'Ours blanc qui lui obéit comme un chien à son maître. Guidé par Benignus Spiagudry, une sorte de Sancho Pança maigre, qui remplace les proverbes par des citations pédantes, Ordener finit par rencontrer Han d'Islande dans la grotte de Walderhog, qui devient le théâtre d'un combat terrible. Ordener n'est pas vaincu, mais il ne peut cependant conquérir la cas- sette, et, après avoir bravé de nouveaux dangers, tra- versé de nouvelles aventures, il va périr enfin, quand le coffret de fer se retrouve par enchantement le chevalier félon périt par la main du bourreau, qui se trouve être précisément son frère ; le chancelier Schumacker est rendu à la liberté, et Ordener devient l'époux d'Éthel. Au fond, qu'est-ce que ce roman, sinon un roman de chevalerie, un de ces romans de la Table-Ronde, dans lesquels le héros allait, au travers des plus effroyables dangers, arracher à quelque génie terrible le talisman qui devait lui ouvrir les portes du château fort où gémissait sa dame ? On le voit, l'idée première de Han cV Islande est VICTOR UUGO AVANT 1830 211 empruntée aux rimeurs du treizième siècle, comme étaient empruntées au révérend Maturin les horreurs et les monstruosités accumulées à plaisir par l'au- teur ; comme était emprunté à Walter Scott le pro- cédé nouveau de composition si habilement mis en œuvre par le grand Ecossais, cette transformation du roman en une sorte de drame, où la narration des faits et l'analyse des sentiments, à l'aide desquelles les anciens romanciers faisaient connaître leurs per- sonnages, sont remplacées par une suite de scènes dialoguées, oi^i les personnages se peignent par eux- mêmes. Han d'Islande présente cependant un véritable intérêt, si on y cherche, sous les difformités du roman, ce que l'auteur y a mis de sa jeunesse, la peinture des agitations de son cœur, à l'époque où, séparé de celle qu'il aimait, il se demandait comment faire parvenir jusqu'à elle le cri de son désespoir, de son courage et de son amour. Il ne pouvait lui parler, il ne pouvait lui écrire ; puisqu'il ne peut briser l'obs- tacle, il le tournera. Il insérera dans le Conservateur littéraire une lettre en vers, à laquelle il donnera pour titre le Jeune banni, Raymond à Emma *. Il fera imprimer Han d'Islande, c'est-à-dire encore un message d'amour ; seulement, cette fois, le mes- sage a quatre volumes ! Il y a là quelques pages qui ne sont plus du romancier, mais de l'homme même, sincères, émues, vivantes ; et il semble par instants 1 Voyez chapitre Vif,, p. 249. i92 VICTOR HUGO AVANT '183U que si le jeaiie écrivain multiplie les scènes atroces, les peintures hideuses, les détails horribles, ce soit pour faire perdre de vue au lecteur ces pages intimes, ces touchantes confidences, qui ne sont point écrites pour lui et qui sont destinées à n'être comprises que d'une seule jeune fille. A un autre point de vue, Han cV Islande mérite encore que l'on s'y arrête. On y trouve, en effet, la première ébauche de quelques-uns des personnages et de quelques-unes des situations, auxquels le poète donnera plus tard, dans Notre-Dame de Paris, un relief plus saisissant, une forme plus éclatante. Entre Banignus Spiagudry, l'écuyer d'Ordener, qui a le visage hâve, le corps maigre, long et légèrement voûté », et Pierre Gringoire, grand, maigre et blême », la ressemblance est frappante, au physique et aussi au moral. L'un et l'autre sont facilement accessibles à la peur, et, à la moindre apparence de danger, tremblent de tous leurs membres. Tous deux ont une érudition singulière et se plaisent à en faire étalage. — Savez-vous que c'est une chose bien impertinente que d'évaluer un savant tel que moi quatre méchants écus ? Il est vrai que le fameux Phèdre était esclave, et qu'Ésope, si nous en croyons le docte Planude, fut vendu dans une foire comme une bête ou comme une chose. Et qui ne serait pas fier d'avoir un rapport quelconque avec le grand Ésope * ? » Est-ce rhonnête Spiagudry qui parle de la 1 II an d'Islande, chap. xxii. VICTOR HUGO AVAIVT 1830 293 sorte ? Sans doute, à moins pourtant que ce ne soil V honnête Gringoire. Le lieutenant d'Ahlefeld, cet ennuyeux bellâtre, remarquable par la ricbesse élégante et l'excessive recherche de ses vêtements », recevra de l'avance- ment M. Yictor Hugo en fera un jour le capitaine Phœbus. Au chapitre vn de Han d'Islande, le gouverneur de Drontheim, enfoncé dans un large fauteuil, ordonne, pour se distraire, à l'un de ses secrétaires, de lui rendre compte des placets adressés au gouverne- ment. Il y a dans ces pages le germe de l'un des plus beaux chapitres de Notre-Dame de Paris, celui où le roi Louis le Onzième se fait donner lecture, par son barbier, maître Olivier le Daim, du mémoire des dépenses royales *. L'esquisse imparfaite de 1823 est devenue en 1831 un tableau achevé. Mais les critiques de 1823 ne pouvaient juger que l'œuvre qu'ils avaient sous leurs yeux ; ils ne la mé- nagèrent guère, les critiques libéraux surtout, et au premier rang M. Léon Thiessé, qui, dans le Mercure du dix-neuvieme siècle, se montra impitoyable pour le livre et pour l'auteur. L'auteur, disait-il au début de sou article, ne se nomme point nombre de gens croient néanmoins le connaître. On prétend qu'il se livre à des travaux plus difficiles et d'un ordre plus élevé c'est, dit-on, un poète, et même un poète lyrique. 11 st, assurent quelques personnes, une des colonnes de la société des Bonnes-Lettres on l'accueille dans certains 1 fjiv. X. rbnp. v. 29 i VICTOR HUGO ayant 1830 salons ; de grands seigneurs le protègent ; le Trésor le pen- sionne. Un écrivain si bien entretenu ne devait pas rester inactif ; il a senti cette obligation, et c'est sans doute pour la remplir qu'il a publié Han dislande. L'article se terminait ainsi Les métaphysiciens prétendent que le génie est voisin de la démence. S'il en est ainsi, on peut dire que l'auteur de Han d'Islande n'est pas très éloigné du génie... L'explication la plus favorable que l'on puisse offrir sur l'origine de ses inspi- rations, c'est de dire qu'il a subi les tourments d'un long cauchemar, pendant lequel il a rêvé les quatre volumes de Han d'Islande. Ce roman est le fruit d'un songe pénible et prolongé. Au reste, les auteurs sont quelquefois sujets à ce genre d'in- disposition. Je ne citerai pour exemple que M. Victor Hugo, qui paraît en être plus travaillé qu'un autre, puisqu'il a cru devoir lui consacrer une ode entière. On trouve dans cette ode quelques vers qui peuvent s'appliquer au roman de Han d'Islande Il remplit le sommeil de vagues épouvantes. Et laisse à l'âme un long ennui *. A la lecture de cet article, l'émotion fut vive parmi les amis de Victor Hugo ; et l'un d'eux, Adolphe de Saint-Valry, adressa à Léon Thiessé une lettre, dans laquelle il prenait la défense du poète. J'ai sous les yeux la réponse de l'écrivain du Mercure, dont je reproduirai seulement les dernières lignes Vous parlez souvent, monsieur, de l'amitié qui vous unit à * Le Mercure du XIX" siècle, p. 513, 525. Les principaux rédacteurs du Mercure étaient MM. Tissot, Jay, Sénancour, Léon Thiessé, Félix Bodin, Thiers, Berville, Lemontey, Casimir Uelavign*', Bert. B-ichon, Dulaure, Emmanuel Dupaty, etc. VICTOR HUGO AVANT 1830 295 l'auteur de Han d'Islande. J'ai aussi des amis ; j'en ai même dans votre parti ; mais j'ai conçu des devoirs de l'amitié une idée très différente de la vôtre. Si j'avais l'honneur de con- naître intimement M. Victor Hugo, mon amitié se serait d'abord exercée sur un talent qui s'égare ; je me serais appliqué à protéger sa réputation contre lui-même ; je l'eusse empêché de composer et de pubKer Eaii d'Islande; et si mes efforts eussent été vains, je me fusse gardé de répondre aux justes critiques qu'il aurait méritées, et je me serais persuadé rendre, par cette réserve, service à un talent qui, pour produire d'excellents fruits, n'a besoin que d'une direction sage et d'un ami sévère '. II Violemment attaqué par la presse libérale et bona- partiste, critiqué avec une vivacité = spirituelle par M. Victor Vignon, petit-fils de Rétif de la Bretonne, qui publia, sous le titre de OG, une parodie de Ban cVhlande ^, l'auteur eut pour lui les journaux ultra- royalistes. Charles Nodier, qui ne le connaissait pas encore, consacra à son livre, dans la Quotidietine, un long article, rempli de bonne grâce et de la louange la plus aimable. On reconnaît dans Han d'Islande, écrivait Nodier, beaucoup d'érudition, beaucoup d'esprit, même celui qui naît du bon- heur et qu'on appelle la gaieté, même celui qui vient de l'expérience et que l'auteur n'a pas eu le temps de devoir à l'habitude du monde et à l'observation. On y trouve enfin un * Lettre inédite, en date du 2G juin 182 . 2 OG a paru sans nom d'auteur. Paris, 1824. Hubert Locard et Davi, édi- teurs. 29G VICTOR HUGO AVANT 1830 style vif, pittoresque, plein de nerf, et, ce qu'il y a de plus étonnant, cette délicatesse de tact et cette finesse de senti- ment qui sont des acquisitions de la vie, et qui contrastent ici de la manière la plus surprenante avec les jeux barbares d'une imagination malade. Cependant, ce ne sont pas toutes ces qualités qui feront la vogue d'Han d'Islande et qui force- ront rinflexible et savant Mmos de la librairie à reconnaître le débit authentique et légitime de douze mille exemplaires de ce roman que tout le monde voudra lire. Ce seront ses défauts 1. Malgré tout son esprit, Charles Nodier n'était pas prophète, et lorsqu'il parlait d'une vente de douze mille exemplaires, il était singulièrement loin de compte. Han Vis lande avait été tiré à douze cents exemplaires. Une seconde édition, il est vrai, fut annoncée au mois de mai 1823; mais le pubUc apprit presque en même temps que la première n'était pas encore épuisée. Auteur et éditeurs échangèrent à cette occasion des lettres enfouies dans les journaux du temps et qui nous ont paru mériter d'être tirées de la poussière, oi^i elles dorment depuis plus d'un demi-siècle. C'est le Miroir, feuille libérale, qui ouvrit le feu, dans son numéro du 17 mai 1823, en publiant la lettre suivante A M. le Rédacteur du Miroir. ^Monsieur, Nous venons de lire avec étonnement, dans un journal du dimanche 11 de ce mois, que le \uh\\c attendait avec mpa- * Qmfidicnne. 12 mars 182{. VICTOR HUGO AVANT 1830 297 ticnce clepiiù plus cVim mois la seconde édition du roman inti- tulé Han d'Islande. Sans nous permettre la moindre réflexion sur la mise en vente d'une seconde édition, lorsque la pre- mière est loin d'être écoulée, nous nous bornerons ici à pré- venir les lecteurs impatients de lire cet ouvrage justement recherché, qu'il en reste encore plus de 500 exemplaires dans notre magasin. Agréez, etc. Les Éditeurs de Han d'Islande. A'ictor Hngo choisit, pour publier sa réponse, le journal de xMarlainville, le Drapeau bla^ic, qui arbo- rait à sa première page dix-huit fleurs de lis et qui avait pour épigraphe VIVE LE ROI L,. QUAND MÊME Gentllly, 19 mai 1823. A M. le Rédacteur du Miroir. Monsieur, C'est dans mon obscure retraite, aux portes de Paris où pourtant le bruit de la ville arrive peu jusqu'à moi, qu'on me remet celui de vos derniers numéros qui pubhe une lettre signée les éditeurs de Han d'Islande. Je suis vraiment charmé d'apprendre qu'il existe des éditeurs anonymes de Han dislande, lesquels possèdent dans leur magasin inconnu plus de 500 exemplaires de cet ouvrage. Comme je suis au nombre des lecteurs impatients de lire quelqu'un des exemplaires extraits de cette singulière boutique, et qu'il pourrait me prendre fantaisie d'exercer certains droits de propriété sur cette édition plus justement recherchée encore par moi que par le public, j'aurais été enchanté que messieurs mes mysté- rieux éditeurs eussent bien voulu joindre à leur déclaration de ci7iq cents exemplaires leur nom et leur adresse. Jusqu'ici je ne me suis connu d'autres éditeurs que MM. Persan et 17. 298 VICTOR HUGO AVANT 1830 Heurtaux, ex-libraires, lesquels demeuraient rue de l'Arbre- Sec, n° 22, et ont fait banqueroute, il y a environ deux mois... Après avoir déclaré qu'il ne restait plus chez les éditeurs que vingt-cinq exemplaires de son roman et une cinquantaine chez les brocheurs, Victor Hugo terminait ainsi Du reste, la seconde édition de H an d'Islande, qui va paraître chez MM. Lecointe et Durey, quai des Augustins, no 49, en est, à proprement parler, la première ; car le Ha7i d'Islande de la rue de l'Arbre-Sec était tellement défiguré de fautes typographiques, qu'il était méconnaissable pour VœiV même de son père. La nouvelle édition, revue avec soin, est la seule que j'avoue. L'Auteur de Han d'Isla?ide *. La réplique des éditeurs parut dans le Miroir du 24 mai Monsieur, Ayant lu dans un journal qu'une seconde édition de Han d'Islande se préparait, nous pensâmes qu'en qualité d'éditeurs de la première, nous devions prévenir le public qu'il en restait plus de 500 exemplaires, et nous le fîmes avec tous les égards que l'auteur pouvait désirer; mais M. Victor Hugo dont cette simple déclaration a blessé l'amour-propre, a cru probablement pouvoir anéantir ces 500 exemplaires en assu- rant qu'ils n'existaient pas, et par là rassurer son nouveau libraire, que notre déclaration pouvait alarmer... M. Victor Hugo se plaint des fautes qui défigurent la pre- mière édition de son ouvrage ; nous répondrons que c'est sous ses yeux que cette édition a été faite ; qu'il a lui-même cor- * Le Drapeau blanc, 21 mai 1823. VICTOR HUGO *^ AVANT 1830 299 rigé les épreuves, et que lui seul enfin donnait les bons à tirer. Le métier d'un libraire est de vendre les livres et non de les corriger. M. Victor Hugo veut faire parler de lui ; ce désir est tout naturel chez un jeune auteur ; mais nous ne voyons pas ce que sa gloire littéraire gagnera par les calomnies qu'il a répandues sur des gens que leur position fâcheuse devait lui faire ménager. Si M. V. Hugo qui, dès le mois de mars der- nier, voulait avoir une seconde édition de son Han, désirait tant obtenir les honneurs d'une édition nouvelle, il n'avait qu'à faire pour son roman ce qu'il a fait pour son recueil d'Odes. Par marché passé entre ledit sieur et nous, le 13 décembre 1822, M. Hugo nous autorise à faire, de compte à demi avec lui, la réimpression de son recueil d'Odes réimpression dont nous n'avons encore vendu que 200 exemplaires, et dont les frais sont par conséquent loin d'être couvertsj. Nous allons citer la clause la plus remarquable de ce marché ce Les sieurs Persan et G» auront le droit de faire aux titres de la réim- pression tous les changements qu'ils jugeront favorables aux intérêts communs ,• c'est-à-dire qu'ils pourront annoncer, au moyen d'un changement convenable dans les titres, une seco7ide, troisième, quatrième édition ET CAETERA. Les frais de remaniement terme d'imprimerie auxquels ces change- ments donneront lieu seront aux frais comynuns des parties contractantes. » On voit par cette clause que nous avons la faculté, M. Victor Hugo et nous, de gratifier le pubhc chaque mois, même chaque semaine, d'une édition nouvelle, qui n'au- rait de neuf que les titres des Odes de M. V. Hugo. Une transaction semblable pour Han d'Islande aurait satisfait M. V. Hugo, car avec les 500 exemplaires qui restent, on aurait pris facilement l'engagement de faire arriver ce célèbre ouvrage à sa sixième ou douzième édition... Persan et Ce, demeurant toujours rue de l'Arbre-See, no 22. ;JU0 VICTOR HUGO AVANT 1830 Le débat fut clos par une longue lettre de Victor Hugo, datée du 24 mai 1823, et signée, comme la première l'auteur de Ha\ d'Islande. Voici comment il s'expliquait au sujet de la réimpression de ses Odes et de la clause qui permettait de tirer plusieurs édi- tions d'une seule Puisque les sieurs Persan et Ce ont mêlé à cette misérable querelle les Odes d'un certain Victor Hugo qu'en effet je connais assez, je dois leur rappeler, au nom de Victor Hugo, que la clause sotte et ridicule qu'ils rapportent n'a été insérée qu'à leur demande très expresse ; qu'il a fallu à Victor Hugo une certaine dose d'humilité pour l'admettre ; qu'ils ont invo- qué, pour l'y décider, un usage universel en librairie, et qu'enfin c'est en effjt comme un droit qu j cette faculté morti- fiante leur a été accordée por Victor Hugo ^ Est-ce en souvenir de cette discussion avec le Miroir, que M. Victor Hugo a écrit dans les Misérables En 1817, le Nain Jaune se transformait en Miroir^ »? Deux erreurs en une seule ligne. Le Miroir, desliné à refléter l'opinion libérale, et dont les principaux rédacteurs étaient MM. Jouy, Arnault, Emmanuel Dupaty, Gosse et Cauchois-Lemaire, n'a point été créé en 1817, pas plus que le Nain Jaune nsL terminé son existence à cette époque. Le dernier numéro du Nain Jaune, le 379, est du 15 juillet 1815 ; le pre- mier numéro du Miroir est du 15 février 1821. — Quoi qu'il en soit, de la querelle enlre M. Victor Hugo et ses éditeurs, au sujet de Han d'Islande, un 1 Le Mirnir, 2G mai 1S23. 2 Lfis MiftprnMpr 1829, n'en avait plus que six au mois de mars 1830 ! M. Victor Hugo qui ne croit pas aux miracles, devrait bien nous donner la clef de celui-là. ITI Si les éditeurs de Han cVIslande payèrent assez mal M. Victor Hugo et lui causèrent maint ennui, il trouva une compensation à ces petits déboires dans les nouvelles bontés du roi à son égard. Déjà, nous l'avons vu S Louis XVHI lui avait octroyé, au mois de septembre 1822, une pension de 1000 francs sur sa cassette particulière. H lui en accorda une seconde sur les fonds littéraires du ministère de l'intérieur, au mois de février 1823, dans les jours qui suivirent la publication de Han fVhlande. Cette pension nou- velle était de 2000 francs. Par la même ordonnance royale, une pension d'égale somme était donnée à Lamartine. On lit, dans une lettre de ce dernier, écrite le 15 février 1823 à son ami Aymon de Virieu Je viens de vendre 14 000 francs comptant mon deuxième volume de Méditations, livrable et payable cet été. Cela me mettra au niveau et au delà de mes besoins présents. En sus, * Voy. oi-dessns rhap. VII. p. 256. VICTOR JlUGO AVANT 1830 303 le roi m'a donné une pension de 2000 francs ceci entre nous; plus, mes appointements courront encore, je crois, cette année. Ainsi, si tout cela aborde, nous serons de force à finir Saint-Point pendant que tu finiras Papetièresi. Victor Hugo n'avait point, comme Lamartine, de château à finir ; mais estimant qu'avec 3000 francs de rente il était assez riche pour avoir un apparte- ment à lui, il quitta, au mois de mars 1823^ la maison de son beau-père, et il vint s'établir rue de Yaugi- rard, n" 90. Sainte-Beuve demeurait alors avec sa mère dans la même rue, au n° 94. Le poète et le cri- tique ne devaient d'ailleurs se connaître que plus tard leur première rencontre, destinée à exercer sur leur vie une si grande influence, n'aura lieu qu'au mois de janvier 1827 -. Après la publication de Ban V Islande, Victor Hugo revint à la poésie avec une ardeur nouvelle. Au cours de l'année 1823, il ne composa pas moins de vingt- deux odes. C'est aussi de cette époque que datent ses deux premières ballades le Sylphe et la GranfV- Mère Dors-tu?... réveille-toi, mère de notre mère ! Assise à son foyer, la muse lui dicta alors quel- ques-uns de ses plus doux chants, ces belles pièces où l'âme du poète répand aux pieds du Seigneur les effusions de son cœur, les parfums de son amour * Correspondance de Lamartine, t. III, p. 216. 2 Portraits contemporains, t. I*"". p. 468. Appendice de l'édition de 1860. 'MM VICTOR HUGO AVANT 1830 Voici la vérité qu'au monde j^ révèle, Da ciel dans mon néant je me suis souvenu ; Louez Dieu ! la brebis vient quand l'agneau l'appelle ; J'appelais le Seig'neur, le Seigneur est venu *. Il écrivait ces vers, au mois d'août 1823, auprès du berceau de son premier-né. Deux mois plus tard, un ange an radieux visage emportait l'enfant dans ses bras. Ce pauvre Victor ! écriveit Emile Daschamps à Adolphe de Sainl-Valr}^ le 12 octobre 4823 ; com- bien je suis triste de son chagrin ! Son enfant était bien faible, mais enfin il vivait ! » — Victor Hugo a consacré le souvenir de cette grande douleur, — il en devait, hélas ! éprouver de plus amères, — dans une ode touchante A Pombre d'un enfant. 0 ! dans ce monde auguste où rien n'est éphémère, Dans ces flots de bonheur que ne trouble aucun fiel, Enfant ! loin du sourire et des pleurs de ta mère, N'es-tu pas orphelin au ciel 2? Dans la lettre d'Emile Deschamps que nous venons de citer, nous lisons ce qui suit Vous savez que décidément nous ne mettrons pas dans la Revue les vers de Latouche ^ C'est une chose convenue avec Victor Nous aurons des vers charmants de Del- 1 Actions de grâces. {Odes et Ballade-,, liv. V. ode xiv. 2 Oies et Ballades, liv. V, odcxvi. 3 La Revue dont parle Emile Desrhamps, la Muse française, ne renferme, en effet, aucune piè^e de M. de Ldtou'^he, Téditeur d'André Chenier, et Sainte-Beuve s'est tromp3, lorsqu'il a dit, dans ses Causeries du Lunii, t. III, p. 374 M. de Latou'^be avait commencé par des espèces de bal- lades imitées de l'anglais, de l'allemand, par des descriptions de printemps, de paysages, qui parai aient dans les journaux littéraires d'alors, dans la Miisp frnnnrnse, . . i> VICTOR HUGO AVANT 1830 305 phine, en décembre. » La Revue dont il est ici ques- tion, avait été créée, quelques mois auparavant, par les amis de Victor Hugo, et il en était un des princi- paux collaborateurs. Voici en quels termes, dans son autobiographie, il s'exprime à ce sujet MM. Soumet, Guiraud et Deschamps eurent l'idée de fonder une revue et demandèrent à M. Victor Hugo de se mettre avec eux. Il résistait, ayant des travaux à ter- miner ; mais le bailleur de fonds fit de sa collabora- tion une condition absolue, et il céda par amitié. Ainsi naquit la Revue française *. » Et, dans les lignes qui suivent, il nomme encore par deux fois la Revue française. La Revue française, dont les fondateurs étaient MM. Guizot, le duc de Broglie et Charles de Rémusat, a paru du mois de janvier 1828 au mois de septembre 1830. M. Victor Hugo n'y a jamais écrit. La Revue, créée en 1823, avec son concours, par MM. Soumet et Guiraud, Emile Deschamps et Adolphe de Saint- Valry, avait pour titre la Muse française. Que M. A'ictor Hugo ait oublié jusqu'au nom d'un recueil où il a écrit pendant une année et sur lequel Sainte-Beuve, dans la biographie du poète, a cru nécessaire de s'étendre longuement, c'est là une inadvertance d'au- tant plus étonnante que la mémoire de M. Victor Hugo est à coup sûr la plus extraordinaire qui soit. Lui- même, à cet égard, n"a voulu nous laisser aucun doute. H déclare, en effet, dans la préface de ses lettres sur le Rhin^ qu'elles ont été écrites sans * Motor Hiif/o nironfi'-. otc, t. II. p. 83. 306 A'ICTOR HUGO AVANT 1830 livres, et que les faits historiques ou les textes litté- raires qu'elles contiennent sont cités de mémoire ». Il affirme ne leur avoir fait subir aucune retouche. Or ces lettres, écrites ainsi au hasard de la plume, non point dans le silence du cabinet, au milieu d'une riche bibliothèque, mais le soir d'un jour de marche, à l'angle d'une table d'auberge, au bruit du souper qui s'apprête S ces lettres énumèrent patiemment les faits les plus microscopiques, sans rien ometti^e et sans prévariquer ; elles retracent les infiniment petits de l'histoire, les détails les plus inconnus des époques les plus obscures. On y trouve, à chaque instant, des pages telles que celle-ci, par exemple Quatre de ces châteaux ont été bâtis au onzième siècle Ehrenfels, par l'archevêque Siegfried ; Stahleck, par les comtes Palatin ; Sayn, par Frédéric, premier comte de Sayn, vainqueur des Maures d'Espagne ; Hammerstein, par Othon, comte de Vétéravie. Deux ont été construits au douzième siècle Gutenfels, par les comtes de Nuringen ; Rolandseck, par l'archevêque Arnould II, en 1149 ; deux au treizième Furstemberg, par les Palatins, et Rheinfels, en 1219, par Thierry III, comte de Katzenellenbogen ; quatre au quator- zième Vogtsberg, en 1340, par un Falkenstein ; Fursteneck, en 1348, par l'archevêque Henri III ; le Chat, en 1383, par le comte de Katzenellenbogen ; et la Souris, dix ans après, par un Falkenstein. Un seulement date du seizième siècle Philipsburg, bâti, de 1568 à 1571, par le landgrave Philippe le Jeune... - » * Le voyageur a marché toute la journée... Le soir venu, il entre dans une auberge, et pendant que le souper s'apprête, il demande une plume, de l'encre et du papier, il s'accoude à l'angle d'une table, et il écrit. '> {Le Rhin. préface, p. 12. 2 Lp Rhin, t. II. p. 200. VICTOR HUGO AVANT 1830 307 Si quelque lecteur malappris s'avisait de penser que cette page et cent autres pareilles ont pu diffici- lement être écrites sans livres, dans une chambre d'hôtel ; si, cherchant à l'auteur du Rhin une que- relle d'Allemand, il demandait à voir les originaux eux-mêmes, cette requête indiscrète tournerait bien vite à sa confusion. La forme et le fond de ces lettres, dit M. Victor Hugo, sont restés ce qu'ils étaient. » Et il ajoute On pourrait au besoin mon- trer aux curieux toutes les pièces de ce journal d'un voyageur authentiquement timbrées et datées par la poste *. » Oui, toutes, même la lettre vingt-cinquième où j'ai compté soixante-deux dates, et quelles dates ! escortées de quatre cent soixante noms propres, et quels noms propres ! Tandis qu'il suffisait, pour arrêter Boileau, de quatre ou -cinq noms hérissés do consonnes Zutphen, Wageninghen, Hardewic, Knotzembourg^, M. Victor Hugo cite de mémoire, sans broncher, quatre cent soixante noms aux syllabes bizarres^ et nous sommes bien forcés de croire, — puisque le timbre de la poste est là, — qu'il n'en a pas ajouté un seul sur ses épreuves... ajwes la lettre. Mais alors comment se fait-il qu'avec une mémoire si prodigieuse il ait oublié le nom de la Muse fran- çaise, qu'il ait confondu cette Revue avec une autre d'un caractère tout différent, et qu'il ait laissé sub- * Le Rhin, préface, p. 20 ^ Fpître IV, Au roi. 308 VICTOR HUGO AVANT 1830 sister cette erreur dans toutes les éditions de ses Mémoires publiées depuis vingt ans ? N'ayant point les mêmes raisons que l'illustre poète pour laisser dans l'ombre une Revue honorée de sa collaboration et à la direction de laquelle il a même pris une part active, nous nous y arrêterons quelques instants. IV La Muse française, qui commença en juillet 1823 pour finir en juin 1824, paraissait une fois par mois. Elle avait pour épigraphe ces vers de Virgile Jam redit et Virgo. ....... .Tarn nova progenies Ccelo demittitur alto. Chaque livraison était divisée en trois parties, réser- vées la première à la poésie, la seconde à la cri- tique littéraire, la troisième à des articles sur les mœurs et les caractères du jour. Titre oblige la Muse française accordait aux poètes la plus large hospitalité. Voici les noms de ceux dont elle publia des vers Victor Hugo, Alfred de Vigny, Soumet, Guiraud, Jules de Rességuier, Emile Deschamps, Adolphe do Saint-Valry, Charles Nodier, Pichald, Jules Lefèvre, Ulric Guttinguer, Ancelot, Ghênedollé, Raour-Lormian, Brifaut, L. Belrnontet, Victor Chauvet, de Villebois, Nestor de Lamarque, Adolphe Michel — M"^es Des- VICTOR HUGO AVANT 1830 309 Jbordes-Yalmore, Dufréno}^ Verdier , Géré-Barbé , Amable Tastu, Sophie Gay et Delphine Gay. La critique n'est point d'ordinaire le fait des poètes, mais il en allait autrement à la Muse, oii les critiques s'appelaient Victor Hugro, Charles Nodier, Soumet, Emile Deschamps, Alfred de Vigny, Gaspard de Pons, Adolphe de Saint-Valry, Guiraud, Holmondurand. Ce dernier nom cachait M. Durangel, déjà couronné plu- sieurs fois par l'Académie des Jeux-Floraux et dont nous avons eu précédemment occasion de parler avec quelques détails \ Les esquisses de mœurs qui occupent la dernière partie de chaque livraison sont dues à Emile Des- champs, Jules de Rességuier et Adolphe de Saint- Valry. Emile Deschamps signait le Jeune Moraliste. Il a, trois ans plus tard, réuni ses articles en un volume, sous ce titre le Jeune Moraliste du dix-neuvième siècle. La collection de la Muse française forme deux volumes in-octavo -, qui fourniraient matière à plus d'un extrait intéressant. On y trouverait notamment tout un Alfred de Vigny inédit, prose et vers. Outre Dolorida ^, Alfred de Vigny a donné, à la Muse, deux fragments d'un poème de Suzanne^, dont le premier seulement a été réimprimé dans ses Œuvres * Voy. ci-dessus, chapitre iV, 2 Les volumes de la 3Iuse française ne sont guère moins rares que ceux du Conservateur littéraire. Nous en devons également la communication à M. Léon de la Sicotière. 3 4 livraison, t. I, p. 231. •V 10" livraison, t. IL p. 212. 310 VlCTUll JlUGO AVANT 1830 complètes. Neuf stances, mi\i\x\ée^ le Chant de Suzanne au bain, n'ont pas été recueillies par le poète, non plus que ses vers sur la Mort de Bijron, insérés dans" la douzième livraison, avec ce sous-titre Fragment d'un poème qui va être publié. Voici la lin de ce remar- quable morceau Poète conquérant, adieu pour cette vie ! Je regarde ta mort et je te porte envie ; Car tu meurs à cet âge où le cœur, jeune encor, De ses illusions conserve le trésor. Tel, aux yeux du marin, le soleil des tropiques Se plonge tout ardent sous les flots pacifiques, Et, sans pâlir, descend à son nouveau séjour Aussi fort qu'il était dans le milieu du jour. Des deux morceaux de prose qu'Alfred de Vigny a fait paraître dans la Muse française, le premier, — consacré à un petit recueil de vers intitulé Amour. — A Elle, dont l'auteur, le comte Gaspard de Pons, avait garde l'anonyme % — respire une douloureuse tristesse, une sombre mélancolie, déjà voisine de cette noire désespérance qui éclatera plus tard dans Stello et dans Servitude et grandeur militaires ; le second est un compte rendu des Œuvres posthumes de M. le baron deSorsum. Au chapitre I^^ du livre III des Misérables, M. Victor Hugo, dressant à sa façon le bilan de Vannée 1817, nous dit C'était l'année où M. Bruguière de Sorsum était célèbre. » Eh ! mon Dieu ! nul n'est * Ces vers du comte Gaspard de Pons ont été réimprimés, en 1860, dans ses Adieux joétiques, t. I, p. 12 et suivantes. VICTOK IIL'GO AVANT 1830 311 tenu d'être célèbre, et M. Bruguière de Sorsum ne se piquait point de l'être. Homme du monde et homme d'esprit, il ne demandait aux lettres que d'occuper et de charmer ses loisirs. L'Académie française avait accordé, en 1807, une mention à sa pièce sur les Voyages. Après avoir donné, en 1821, une traduction en vers du poème de Robert Southey, Roderick^ le dernier roi des Goths, il traduisit quelques-uns des chefs-d'œuvre de Shakespeare, conformément au texte original, en vers blancs, en vers rimes et en prose. Cette tentative a inspiré à Alfred de Vigny une page remarquable et qui ne serait pas pour déparer ses œuvres *. Mais c'est surtout Victor Hugo qui doit ici nous occuper. Deux de ses Odes ont paru dans la Muse française VOde ci mon "père et la Bande noire ^. Au mois de septembre 1823, date de la publication de la première de ces deux pièces, un rapprochement s'était opéré entre le général Hugo et ses fils. Les vers du poète étaient suivis d'une longue note rappe- lant les états de services de son père... depuis 1805 seulement, de façon à ne point réveiller les souvenirs du temps où il arborait le prénom de Brutus. La Bande noire est restée l'une des plus belles odes de Victor Hugo, la plus belle peut-être. 11 a d'ailleurs corrigé très heureusemenll'une des dernières strophes. Parlant des démolisseurs révolutionnaires, il disait dans la Muse française 1 7* livraison, t. II, p. 0J. 2 La Muse française, t, I'»', p. 141 ; t. II. p. 43. 31 i VICTOR HUGO AVANT 1830 Qu'ils viennent maintenant, que leur foule s'élance, Qu'ils se rassemblent tous ces soldats aguerris 1 Voilà des ennemis dignes de leur vaillance ! Des ruines et des débris. Qu'ils entrent sans effroi sous ces portes ouvertes ; Qu'ils assiègent ces tours désertes ; Pour eux il n'est point de dangers ; Les héros qui veillaient sur ces hautes murailles, Les ombres qui jadis ont gagné des batailles, Les prendraient pour des étrangers ! Lorsqu'il publia sa pièce dans le second volume de ses Odes % il refit ainsi les derniers vers Qu'ils assiègent ces tours désertes ; Un tel triomphe est sans dangers. Mais qu'ils n'éveillent pas les preux de ces murailles ; Ces ombres qui jadis ont gagné des batailles Les prendraient pour des étrangers ! Les articles en prose de Victor Hugo dans la Muse française sont au nombre de cinq. En voici les titres Quentin Durivard, par sir Walter Scott ; — Essai sur Vindifférence en matière de religion, par M. l'abbé F. de la Mennais, tomes III et IV ; — Sur Voltaire, fragment ; — Sur Georges Gordon, lord Byron ; — Eloa ou la Sœur des Anges, mystère, par le comte Alfred de Vignj-. A l'exception du dernier, ces articles ont été repro- duits dans Littérature et Philosophie mêlées ; mais l'auteur leur a fait subir d'assez nombreux change- 1 Nouvelles Odes.^av Victop-M. Hugo, 1824. VICTOK UUGO AVAiNT 1830 313 ments portant ici sur le style, là sur les idées elles- mêmes ; nous en signalerons quelques-uns. Dans les pages sur Quentin Dunvard, après cette phrase Nous aimons d'ailleurs à retrouver nos ancêtres avec leurs préjugés, souvent si nobles et si salutaires, comme avec leurs beaux panaches et leurs bonnes cuirasses, » Victor Hugo ajoutait ceci Cet homme Bonaparte connaissait bien peu le génie populaire, qui essayait de rajeunir le Louvre et de recrépir la monarchie de Gharlemagne. Walter Scott comprend mieux sa mission de poète que ce géant aveugle n'a compris celle de fondateur '. » Napoléon aveugle! M. Victor Hugo, devenu en 1834 bonapar- tiste ardent, s'empresse d'effacer ce blasphème. D'un trait de plume il biffe tout le passage. Il supprime également celui-ci Comme Français, nous ne remercierons pas sir WaUer Scolt de l'incursion qu'il vient de faire dans notre histoire ; nous serions plutôt tenté de la reprocher à cet Ecossais. Certes, celui qui, entre tous nos rois, nos Charlemagne, nos Phihppe Auguste, nos saint Louis, nos Louis XII, nos Fran- çois 1er, nos Henri IV et nos Louis XIV, a été choisir pour son héros Louis XI, ne peut être qu'un étranger. Voiià bien une inspiration de la muse anglaise -. 0 poète ! le jour où, voulant placer dans un de vos romans 2 l'un de nos rois, vous avez été choisir précisé- ment Louis XI ; le jour surtout où, dans l'un de vos 1 La Musc française, t. h»", \. 31, 2 Ibid.» t. I", p. 38. 3 Notre-Dame de Paris. 18 31i VlCTOll UUGU AVANT 1830 drames \ vous avez introduit François pr pour en faire un coureur de tavernes ; où vous avez traîné dans le taudis de Maguelone le rival de Charles-Quint ; où vous avez fait souffleter par un bouffon l'ami du Primatice et de Léonard de Vinci, où vous avez bar- bouillé de boue Ce François Premier, dont Pavie Trouva l'armure sans défaut ^ ; ce jour-là, o poète ! n avez-vous donc pas compris que de vous aussi l'on pourrait dire Certes, celui qui insulte ainsi un héros qui a combattu deux grands jours à Marignan, celui-là n'obéit pas à une inspira- tion française ^!» C'est une page bien française, au contraire, que celle qui termine l'étude sur Quentin Dunva?'d, et dans laquelle \e jeuyie Jacobite de 1823 s'incline avec émo- tion devant ces deux choses sacrées, la vieillesse et le malheur Puisque nous avons reproché à sir Waller Scott le choix de * Le Roi s'amuse. 2 V. Hugo, ode sur le Sacre de Charles X. 3 Le Roi s'amuse, représenté le 22 novembre 1832 ; interdit le lendemain. — Depuis que ces lignes ont paru dans le Correspondant, le Théâtre-Français a donné, le 22 novembre 1882, la seconde du Roi s'amuse. Les spectateurs étaient venus avec le ferme propos d'applaudir ; mais le courage leur a man- qué, en présence de cette pièce antifrançaise. L'ennui, d'ailleurs, ne leur en eût point laissé la force. L'un des plus fervents admirateurs du Maître, M. Francisque Sarcey, a dû le confesser dans son feuilleton dramatique. Personne, dit-il, ne peut lutter contre cette vérité qui s'impose à tous les esprits on s'ennuie tout bas ; on enrage de s'ennuyer ; on ne se Tavoue pas à soi-même; mais on s'ennuie. C'est une déroute, c est un eftbndrement.. . La représentation a été exécrable. 11 n'y a pas deux mots pour la qualifier elle a été exécrable. -> Le Tonps^, 27 novembre 1882. VICTOR HUGO AVANT 1830 313 son personnage royal, nous ne terminerons point cet article sans le remercier de sa touchante et ingénieuse préface. Son vieux marquis provoque à chaque instant le sourire et les larmes. Loin de nous la pensée de réveiller ici le moindre souvenir de parti ! S'il est, comme on l'assure, des Français qui osent rire de quelques vieillards français comme eux, les- quels ont vécu dans l'exil et meurent dans la pauvreté, qu'ils lisent la préface de Quentin Durivard, elle les réconciliera avec les infortunes de l'honneur. Nous regrettons seulement que ce service leur soit rendu par un étranger. Pour nous, nous avons toujours pensé qu'il peut y avoir au monde quelque chose de plus ridicule que la vieillesse et le malheur *. M. Victor Hugo a supprimé, en 1831, cette page touchante. A la Muse française, comme au Conservateur litté- raire, Chateaubriand était l'objet d'une religieuse admiration. Il était le dieu du temple, ou plutôt de la petite chapelle moyen âge, où les jeunes lévites de l'École romantique célébraient devant quelques fidèles choisis les rites de la poésie nouvelle. Victor Hugo excellait entre tous à manier l'encensoir devant l'au- teur du Génie du Christianisme. Dans l'étude sur Walter Scott, il plaçait les Martyrs au premier rang des épopées. Bien que l'auteur de cet admirable poème, disait-il, ne l'ait point assujetti au joug mé- trique, ceux-là seuls lui refuseront la palme épique, qui voudraient en décorer leur aride Henriade, cette gazette en vers, où Voltaire a évité soigneusement la poésie, comme on évite un ami avec qui l'on veut se brouiller -. » 1 La Muse française, t. I*', p. 45. 2 Ihid., t. I»»-, p. .{' . 316 VICTOR HUGO avant 1830 Un peu plus tard, clans son article sur La Mennais, il parlait de l'enlhousiasme avide qu'a éveillé dans notre siècle le Génie du Christianisme », — de l'im- pulsion donnée aux esprits par les admirables écrits de M. de Chateaubriand » ; et il écrivait M. de Chateaubriand, dont le génie flatte toutes les imagi- Tiations lors même qu'il ne touche pas tous les cœurs^, a laissé tomber sur les Juifs quelques-unes de ces pages merveilleuses qui, passant de mémoire en mé- moire, n'auraient pas besoin du secours de l'impri- merie pour arriver à la postérité la plus reculée \ Dans l'article sur Georges Gordon, lord Byron, com- parant Chateaubriand à Byron, il n'hésitait pas à déclarer le premier supérieur au second, autant par sa propre élévation que par la hauteur de sa morale '». Tous ces passages en l'honneur de Chateaubriand, M. Victor Hugo les a effacés dans ce livre de Littéra- ture et Philosophie mêlées, où pourtant, s'il faut l'en croire, il a eu soin de réimprimer ses articles d'au- trefois, sans y rien changer ». En même temps qu'il biffait les éloges qu'il avait accordés au chantre des Martyrs, il atténuait les critiques que, dans son Fragment sur Voltaire, il avait adressée-s à l'auteur de V Essai sur les mœurs. Sa Benriade, écrivait-il en 1823, est encore bien infé- rieure, comme composition littéraire, à son infâme Pucelle, ce qui ne signifie certes pas que ce repous- sant ouvrage soit supérieur, môme dans son genre 1 La Muse française. 2 Ibid.. t. n. p. 334. VICTOR HUGO AVANT 1830 317 honteux *. » Repoussant! Infâme! M. Victor Hugo rature philosophiquement, en 1834, ces deux épithètes attentatoires à l'honneur de M. de Voltaire. Ce Fragment sur Voltaire était accompagné, dans la Muse française, de la note suivante Ce fragment est tiré d'une Notice sur la vie et les écrits de Voltaire, qui précède un Choix de lettres, de cet écrivain célèbre, publié par A. Boulland et Ce. Ce choix de lettres fait partie d'une collection imprimée par Firmin Didot, sur papier fin, publiée en deux formats, in-12 etin-18 grand raisin. Elle sera ornée des portraits des divers auteurs. L'éditeur n'épargnera rien pour que cette collection, parti- culièrement destinée à la jeunesse, soit également digne des bibliothèques de tous les amateurs de bons et beaux livres. Elle sera, par son extrême élégance, susceptible d'être donnée en étrennes. — Chaque choix de lettres sera précédé d'une notice biographique et raisonnée sur l'auteur auquel elles seront empruntées. Le choix de lettres et la rédaction des Notices sont confiés à M. Victor Hugo 2. Des cinq Études publiées par Victor Hugo dans la Muse française, la plus remarquable est celle qu'il a consacrée à Eloa ; et l'on s'étonne de ne pas retrouver dans ses œuvres ces pages tour à tour éloquentes ou gracieuses, cette critique d'un poète par un autre poète, où brillent les plus rares et les plus char- mantes qualités. Pourquoi ne les a-t-il pas admises dans Littérature et Philosophie inêlées ? Serait-ce parce qu'en 1834, la gloire d'Alfred de Vigny parais- 1 La Muse française, t. I"»". p. 431. 2 lbirJ..\. î". p. 427. 18, 318 VICTOR HUGO AVANT 1830 sait à quelques-uns moins éclatante que la sienne, mais plus haute et plus pure ; parce qu'elle semblait à tous devoir grandir encore, nul ne pouvant prévoir alors que l'auteur à!Eloa et de Moïse, de Cinq-Mars et de Stello, allait, au lendemain même de Chatterton et de Grandeur et Servitude militaires, en pleine sève et en plein triomphe, rentrer, avant midi, dans sa tour d'ivoire * ; parce que, dans l'entourage même de M. Victor Hugo, ses plus fidèles disciples murmu- raient tout bas ce que Théophile Gautier devait un jour écrire » Eloa est le plus beau poème, le plus parfait peut-être de la langue française ^ ? » Quoi qu'il en soit des motifs qui l'ont décidé à ne pas reproduire son article sur Eloa, M. Victor Hugo n'a pu se résigner à le perdre tout entier. Il en a donc extrait certains passages, où le nom d'Alfred de Vigny ne se trouvait pas, et il les a insérés dans un chapitre de Littérature et Philosophie înêlées, auquel il a donné pour titre Idées au hasard. Jusque-là tout allait bien ; mais que faire de la page suivante toute constellée d'antithèses, mais où brillait aussi, éclatant de blancheur, le nom d'Eloa ? Ces réflexions nous amènent naturellement à l'auteur d'Eloa. Si jamais composition littéraire a profondément porté l'empreinte ineffaçable de la méditation et de l'inspiration, c'est ce poème. Une idée morale, qui touche à la fois aux deux natures de l'homme ; une leçon terrible donnée en vers * Et Vigny plus secret, Comme en sa tour d'ivoire, avant midi, rentrait. Sainte-Beuve. Ips Pensées d'août. 2 Moniteur du 28 septembre 1863. VICTOR HUGO AVANT 1830 319 enchanteurs ; une des plus hautes vérités de la religion et de la philosophie, développée dans une des plus belles fictions de la poésie ; l'échelle entière de la création parcourue depuis le deg-ré le plus élevé jusqu'au degré le plus bas ; une action qui commence par Jésus et se termine par Satan ; la sœur des anges entraînée par la curiosité, la compassion et l'impru- dence, jusqu'au Prince des réprouvés voilà ce que présente Eloa, drame simple et immense, dont tous les ressorts sont des sentiments ; tableau magique qui fait graduellement suc- céder à toutes les teintes de lumière toutes les nuances de ténèbres ; poème singulier qui charme et qui effraye * ! Gomment faire ? Sacrifier cette page et tant de belles antithèses ? C'était dur ! Signaler à l'admiration du lecteur l'auteur d'Eloa ? Jamais ! C'est alors que M. Victor Hugo eut une idée qui porte manifestement, elle aussi, l'empreinte de la rnéditation et de Vinspi- ration. 11 se rappela qu'un certain poète anglais, nommé Milton, lequel jouait même un rôle dans son drame de Cromwell, avait publié, vers l'an 1667, un poème, qui avait quelques rapports avec celui d'Alfred de Vigny. Cela trouvé, le reste allait de soi il n'y avait qu'à mettre Milton^ là où il y avait Alfred de Vigny ; à mettre le Paradis perdu, là où il y avait Eloa. Ainsi fut fait ^. Mais on ne s'avise jamais de tout! M. Victor Hugo ne s'est pas aperçu qu'en se servant de ce petit subterfuge pour ne pas rappeler Eloa, il grandissait singulièrement ce poème, et qu'en voulant abolir jusqu'au nom d'Alfred de Vigny, * La Muse française, t. II, p. 279. 2 Littérature et Philosophie mêlées, p. 2n .*i20 VICTOR IJUGO AVANT 4830 il faisait rejaillir sur ce nom effacé quelque chose de Féclat du nom même de Milton ! y Le soin mis par Victor Hugo à laisser dans l'ombre Eloa est d'autant moins excusable que c'est précisé- ment à lui qu'Alfred de Tigny, au moment où il s'était cru appelé à prendre part à l'expédition d'Espagne, avait confié la mission de faire imprimer son poème et de le présenter au public. C'était sur lui qu'il se reposait, s'il tombait sur quelque champ de bataille, pour protéger sa mémoire. La lettre qu'il lui écrivit à cette occasion est intéressante à plus d'un titre, et mérite d'être mise en entier sous les yeux du lecteur. Alfred de Vigny avait quitté la garde royale au mois de mars 1823, pour passer, avec le grade de capi- taine, au 55^ de ligne, alors en garnison à Strasbourg. Au mois de juillet de la même année, le 55 de ligne fut envoyé à Bordeaux. C'est de cette ville que l'officier-poète écrivait à son ami, à la date du 3 octobre J'ai reçu, mon cher Victor, et avec plus que du plaisir, votre aimable lettre. J'ai tardé à vous répondre, parce que l'ordre que nous venons de recevoir de partir pour l'Espagne m'a donné quelque occupation *. A présent que je sais que j'ai 1 Le o5e de ligne fut envoyé à Pau, mais il ne franchit pas la frontière. Alfred de Vigny fut rondamné à assister à l'expédition larme au bras. Ne pouvant combattre, il composa, dans les Pyrénées, ses trois beaux poèmes DoJorifin. Ip Dphiqp. Le Cnr. et écrivit Je. 1^1». 3 Epître à Jules de Uessérjuier. 350 \ ICTOJi JlUGO AVAiXT 1830 traient avec ceux de l'école de la Restauration, où Parseval-Grandmaison, l'auteur du poème àe Philippe- Auguste^ tendait la main à l'auteur du poème dEloa. Le plus jeune des deux frères Deschamps, Antony, le futur traducteur de Dante, nous a laissé, dans son livre des Dernières paroles, une peinture touchante du salon paternel. C'était là mon bon temps, c'était mon âge d'or, Où, pour se faire aimer, Pichat vivait encor, Cygne du paradis, qui traversa le monde, Sans s'abattre un moment sur cette fange immonde. Soumet, Alfred, Victor, Parseval, vous enfin, Qui dans ces jours heureux vous teniez par la main, Rappelez- vous comment, au fauteuil de mon père Vous veniez, le matin, sur les pas de mon frère, Du feu de poésie échauffer ses vieux ans Et sous les fleurs de mai cacher ses cheveux blancs. Les plus jeunes vantaient Byron et Lamartine Et frémissaient d'amour à leur muse divine ; Les autres, avant eux, amis de la maison. Calmaient cette chaleur par leur froide raison. Et savaient, chaque jour, tirer de leur mémoire Sur Voltaire et Lekain quelque nouvelle histoire, Et, le cœur tout ému d'un innocent plaisir, Avec les jeunes gens se sentaient rajeunir ^. Passionné pour le beau sous toutes ses formes, Emile Deschamps traduisait Horace en même temps que Shakespeare et le Romancero ; il passait sans effort de l'ode à Quintus au poème de Rodrigue et à la scène des sorcières de Macbeth. Prosateur et poète, 1 Dernières paroles, xix. VICTOR HUGO AVANT i830 .Sol il redisait les Plaintes de la jeune Emma, et il don- nait, dans chaque livraison de la Muse française, de piquantes études de mœurs qu'il signait Le jeune moraliste. Gomment donc s'est-il fait que cet homme d'un si vrai talent, au lieu de le concentrer en une œuvre puissante et forte, l'ait perdu et dépensé en menue monnaie, en petites pièces de salon et d'album ? L'explication se peut donner d'un mot Emile Des- champs avait trop d'esprit, et ceci a tué cela l'esprit a tué la poésie. Quand ils ont tant d'esprit, les poètes vivent peu. Adolphe de Saint-Valry % qui partageait avec Emile Deschamps la direction de la Muse française, était, à cette époque, l'ami le plus intime de Victor Hugo n'avaient-ils pas même passion pour la poésie, mêmes croyances religieuses et monarchiques ? Il a marqué son rang, comme romancier, par une œuvre éminente, Madame de Mably. Ses A^ers sont purs, élégants, nobles et faciles ils coulent d'une source élevée. Il avait fait paraître, en 1825 et en 1826, deux poèmes, la Chapelle de Notre-Dame du Chêne et les Ruines de Monifort-VAmaury ; mais, après la révolution de 1830, il renonça à publier de nouveaux recueils, sans pour cela renoncer à la poésie. A plusieurs reprises, il adressa à M. Victor Hugo des vers éloquents, pleins des souvenirs de leur commun passé, pleins aussi de l'espoir que le poète des Odes et Ballades n'était pas perdu sans retour pour les grandes et saintes causes i Né en 1796, mort en 1S07. Jo^ VICTOR HUGO AVANT 1830 qu'avait chantées sa jeunesse. A l'envoi d'une de ces pièces, M. Yictor Hugo répondit, le 17 juin 1841 Cher poète, vous voulez bien me prédire qu'en vieillissant je reviendrai aux illusions de ma jeunesse ; cela s'appelle bien un peu, je crois, retomber en enfance ; mais vous me le pro- phétisez en vers si charmants, si tendres et si beaux, que je suis tout heureux de la prophétie. Cependant je vous crois plus poète que prophète, et je ne vous en aime que mieux. Votre vieux camarade, Victor. Non, certes, Adolphe de Saint-Yalry n'était pas prophète ; mais M. Hugo l'était-il davantage, lui qui écrivait ces lignes au lendemain de son discours de réception à l'Académie française, dont la péroraison est consacrée à célébrer, en termes magnifiques, le défenseur de Louis XYI, ce noble et vénérable Malesherbes, pour lequel il a toujours eu une piété particulière * ! » Prévoj^ait-il alors qu'un jour vien- drait où il se prosternerait, éperdu d'enthousiasme et d'amour, devant les hommes qui ont assassiné Louis XVI et Malesherbes, où il admirerait Danton, où il glorifierait Robespierre, où il diviniserait Marat ? A partir de 1850, les liens qui unissaient, depuis trente ans, le chantre de Louis A VII et son vieux camai^ade, se relâchent, puis se brisent complètement, sans pourtant que l'amitié meure tout à fait, chez l'un d'eux du moins, M. de Saint-Valry, ^qui terminait, en 1862, le récit d'un épisode de leur jeunesse par ces paroles émues * V. Hugo, Discours le ri'ception à l'AcarJé/nle f'rançcns''. i juin IS'il. VICTOR HUGO AVANT 1830 353 Hélas ! ce temps-là est bien loin, bien loin, et il nous semble néanmoins, tant la vie est courte, que c'était hier. Un amas d'événements prodigieux ont roulé depuis comme des flots amers sur nos têtes blanchies par les années ; l'éloigne- ment, des rapports plus rares, les dissentiments politiques s'aggravant sans cesse, des tiers malveillants, de bons con- seils trop méconnus, ont peut-être refroidi peu à peu, de part et d'autre, une vieille et sincère affection ; mais ces amitiés du premier âge ont des racines si fortes et si profondes, que rien ne saurait les détruire entièrement, et qu'il s'exhale encore de leur ruine un reste de parfum qu'on respire avec une douce tristesse jusque sur le seuil de la tombe *. Mais voilà que l'espace va me faire défaut et que je n'ai plus que quelques lignes à accorder à Delphine Gay, Ulric Guttinguer et Ghênedollé;, tous les trois rédacteurs de la Muse et membres du Cénacle. Delphine Gay- était, en 1824, dans toute la fraî- cheur et tout l'éclat de sa rayonnante beauté. Elle n'avait pas encore reçu le surnom de Muse de la patrie, et elle se contentait, en attendant;, d'être appelée par les poètes du Cénacle la Muse française. L'un d'eux, le plus exquis, le plus pur, le plus che- valeresque, avait, sans le vouloir, touché son cœur ; et Mie Sophie Gay avait fait ce beau rêve d'unir le chantre de Madeleine au chantre d'Eloa '. Hélas ! il était écrit que Delphine épouserait, au lieu du plus 1 Un voyage sentimental, par A. de Saint-Vaîry. Voy. ci-dessus, ch. VIII, p. 2G0. 2 Née à Aix-Ia-ChapelIc en 1804, morte en 1855. 3 Voy., dans les Nouveaux Lundis de Sainte-Beuve t, VI, p. 41G et suiv., les lettres de M™^ Sophie Gay à M™e Desbordes-Valmorc;, relatives à ce curieux épisode. 20. 354 VICTOR HUGO AVANT 1830 éthéré des poètes, le plus prosaïque dos hommes d'affaires, au lieu d'Alfred de Vigny, M. Emile de Girardin. Si elle n'a pas terminé son poème de Made- leine; si elle a versé de la poésie dans la prose, du char de la reine Mab dans le fourgon du journalisme, c^est la faute du jnari *. Ulric Guttinguer, né à Rouen en 1785, et plus âgé que la plupart des rédacteurs de la Muse française, était un homme du monde à qui sa belle prestance, ses manières distinguées et sa grande fortune assu- raient, parmi les membres du Cénacle, un réel pres- tige. Emile Deschamps, qui traduisait alors Horace, se plaisait à lui appliquer ces vers de son poète favori Di tibi formam, Di tibi divitias dederunt, artemque fruendi. Sainte-Beuve l'a peint dans Volupté, sous le nom de l'Ami de Noi^mandie ; Victor Hugo lui a dédié l'une de ses odes, V Homme heureux; Alfred de Musset lui a adressé quelques-uns de ses plus beaux vers Ulric, nul œil des mers n'a mesuré l'abîme... Oh ! la belle destinée, — c'est un mot du grand poète italien Leopardi, — oh ! la belle destinée, de ne pouvoir plus mourir, sinon avec un immortel ! » 1 C'est la faute du mari M^e Emile de Girardin fit jouer, sous ce titre, au Théâtre-Français, en 1851, un proverbe en un acte et en vers. — L'Odéon avait représenté, le 9 février 1843, une comédie de M. Léon Guillard, inti- tulée Delphine ou a faute au mari. VICTOR HUGO AVANT 1830 355 Normand comme Ulric Guttinguer, — il était né à Vire, le 4 novembre 1769, — Ghênedollé * avait fait partie, au commencement du siècle, de ce premier cénacle, dont Chateaubriand était le chef et où figu- raient, avec lui, Joubert et Fontanes ^. Étant venu à Paris au mois de juillet 1823, au moment de la fon- dation de la Muse française^ il avait été heureux d'unir sa collaboration à celle des nouveaux poètes, comme lui disciples et amis de Chateaubriand. Je trouve, dans la quatrième livraison de la Muse, à côté de la Dolorida d'Alfred de Vigny, une ode de Ghênedollé sur le Supplice des suicides , imitée de Dante. Alexandre Soumet lui écrivait, à l'occasion de cette pièce, le 20 septembre 1823 Mon cher maître et ami, je viens moi-même du bureau de notre journal ; je n'ai voulu m'en rapporter qu'à moi-même pour corriger les épreuves de vos beaux vers. Nous avons hésité longtemps entre les stances du Troubadour et le mor- ceau du Dante, comme on hésite entre une statue d'Hébé et celle d'un Hercule. La force l'a emporté sur la grâce, et votre admirable imitation est déjà imprimée. J'ai sollicité la laveur de paraître dans le même numéro que vous, afin de me mettre sous votre sauvegarde comme autrefois. Je rends compte des Soirées de Saint-Pétersbourg ; je parle des peines de l'Enfer, et le morceau du Dante viendra joindre l'exemple au précepte... C'est ainsi, dit Sainte-Beuve, après avoir cité cette lettre dans sa belle étude sur Ghênedollé, c'est ainsi qu'on se parlait tous les jours^, à toutes les 1 Né en 17G9, mort en 1833. 2 Chateaubriand et son groupe littéraire sous l'Empire, par Sainte-Beuve. 356 VICTOR ]IUGO AVANT 1830 heures, dans ce monde-là c'était les plus grandes rudesses. » On peut sourire assurément, et Sainte- Beuve ne s'en est pas fait faute, des travers de ce petit monde poétique, caressant et parfumé, tout confit en douceurs, où les poètes de la Muse s'appe- laient entre eux Alfred, Victor^ Adolphe, Jules, Gas- pard, Emile ou Delphine. Mais cette camaraderie innocente ne valait-elle pas mieux, après tout, que les jalousies et les haines qui bientôt attristeront la poésie et les lettres? Cet âge d'or de la littérature romantique n'était-il pas préférable cent fois à cet âge de fer de la littérature industrielle, contre lequel il appartiendra à Sainte-Beuve lui-même de réagir un jour avec éclat *? En dépit de ses défauts, le groupe de la Muse fran- çaise a exercé une influence heureuse sur la poésie et sur l'art. Son véritable caractère, celui qui lui est propre, c'est la tendance à l'élévation. Élégant et noble, gracieux et pur, ce groupe d'élite mérite qu'on l'appelle de ce nom que Dante nous fournit, la hella Scuola. Dans les premiers jours d'août 1830, Charles X, le duc d'Angoulême, la duchesse sa femme, la duchesse de Berry, le duc de Bordeaux, sa sœur, escortés de leur garde fidèle , se dirigeaient vers Cherbourg. Tandis que ces princes^ dont les ancêtres avaient fait la France, s'acheminaient vers l'exil, l'auteur des Odes 1 Voy., dans les Portraits contemporains t. !', p. 427, l'article intitulé ; Quelques vériiés svr la situation en littérature, !' juillet IS43. VICTOR HUGO AVANT 1830 357 et Ballades, de la même plume qui avait écrit les odes sur la Naissance du duc de Bordeaux et sur le Sacre de Charles X, écrivait des strophes enthou- siastes en l'honneur des héros de Juillet Frères ! et vous aussi vous avez vos journées M... Cependant le cortège royal, poursuivant son triste itinéraire, traversait le val de Yire et passait non loin de la maison de Ghênedollé il était sur la route, entouré de tous les siens, tenant à la main des branches de lis qu'ils offrirent au vieux roi, prêt à quitter, pour ne les plus revoir, les rivages de la patrie pieuse et touchante inspiration ! Adieux de la poésie à la royauté ! Traduction vraiment française du vers de Virgile Manibus date lilia plenis ! Ghênedollé, ce jour-là, le généreux poète, a noble- ment payé au petit-fils de Louis XIV la dette de la Muse française. * Les Citants du crépuscule. CHAPITRE XI Les Nouvelles Odes. — Le Sacre de Charles X. Préface des Nouvelles Odes, Racine et Boileaii. M. Ternaux et l'abbé Delille. Variantes, — Du rôle des initiales dans la répu- blique des Lettres. Un article d'Hoffman. Mémoires de Phila- rète Chasles. Un plagiat d outre-tombe. Réponse de M. Victor Hugo à Hoffman. — La Légion d'honneur en 1825. Lettres iné- dites. Augustin Soulié. — Le Sacre de Charles X. Comment M. Victor Hugo a vu, à Reims, le 29 mai 1823, M. de Lamar- tine qui était Lyon. Un passage de Malebranche. — Une au- dience aux Tuileries. La culotte courte de M. Brifaut. —Voyage en Suisse. Le bon éditeur Urbain Canel. Visite à Saint-Point. Julia de Lamartine et Léopoldine Hugo. Album de trois voya- geurs à la vallée de Chamonix. I\L X. Doudan. Ce cyclope de Victor Hugo! — Guerre aux démolisseurs ! Dans les quelques lignes consacrées par M. Victor Hugo à la Muse française, il ne s'est pas fait faute de reprocher à ses collaborateurs leur timidité, de tourner en ridicule leur polémique douceâtre et trop peu agres- sive. Les questions, au lieu d'être abordées de front, étaient prises de biais, et l'on n'arrivait à aucune con- clusion définitive. » Ah ! s'il eût été le maître ! ce n'est pas lui qui se serait contenté d'une opposition de salon ; il aurait fait une guerre à outrance *. Comme * Victor Hugo raconté, etc., t. II, p. 83. VICTOR HUGO AVANT 1830 359 le bon Canaris sur les vaisseaux des Turcs, il aurait, sur les tragédies des classiques, arboré riticendie^f — M. Victor Hugo oublie qu'en 1824 il n'était pas aussi farouche que cela Gresset se trompe, il n'est pas si coupable. 1824, c'est l'année où parut le second volume des Odes ; il était accompagné d'une préface dans laquelle l'auteur exposait ses principes et ses théories litté- raires en toute liberté et sans avoir à tenir compte des ménagements et des scrupules de collaborateurs trop timorés. Or rien ne ressemble moins à une décla- ration de guerre que ce manifeste, oi^i Victor Hugo se montre à nous sous les traits, non d'un romantique intransigeant, mais d'un modéré et d'un conciliateur. H adresse aux deux partis en lutte des paroles de paix ; il répudie toutes les violences ; il écarte ce qui divise, pour rechercher ce qui rapproche. \\ semble que par moments on l'entende s'écrier comme cet honnête Sosie Messieurs, ami de tout le monde. Il y a maintenant, écrit-il, deux partis dans la littérature comme dans l'État... Les deux camps semblent plus impa- tients de combattre que de traiter... Quelques voix impor- tantes néanmoins se sont élevées, depuis quelque temps, parmi les clameurs des deux armées. Des conciliateurs se sont pré- sentés avec de sages paroles entre les deux fronts d'attaque. Ils seront peut-être les premiers immolés, mais qu'importe ! 1 Les Orientales, t. II. 360 VICTOR HUGO AVA^T 1830 C'est dans leurs rangs que l'auteur de ce livre veut être placé, dût-il y être confondu ^.. Pour lui, il ignore profondément ce que c'est que le genre classique et le genre romantique. Sans doute, il admire Shakespeare et Galderon, mais il n'admire pas moins Racine et Boileau. Voici en quels termes il parle de ce dernier Nul ne pousse plus loin que l'auteur de ce livre l'estime pour cet excellent esprit. Boileau partage avec notre Racine le mérite unique d'avoir fixé la langue française, ce qui suffirait pour prouver que lui aussi avait un génie créateur, » Un seul reproche peut être adressé aux admirables poètes du grand siècle Français et chrétiens, ils ont eu le tort de ne chanter que les dieux de l'Olympe, de ne célébrer que les héros de la Grèce et de Rome. Cette faute, en apparence purement littéraire, a eu, dans l'ordre politique et social, des conséquences funestes que l'auteur des Nouvelles Odes fait ressortir avec force dans une page éloquente Si la littérature du grand siècle de Louis le Grand eût invoqué le christianisme, au lieu d'adorer des dieux païens, si ses poètes eussent été ce qu'étaient ceux des temps primitifs, des prêtres chantant les grandes choses de leur religion et de leur patrie, le triomphe des doctrines sophistiques du dernier siècle eût été beaucoup plus difficile, peut-être même impos- sible. Aux premières attaques des novateurs, la religion et la morale se fussent réfugiées dans le sanctuaire des lettres, sous la garde de tant de grands hommes. Le goût national, accou- tumé à ne point séparer les idées de religion et de poésie, 1 Préface des Nouvelles Odes, p. 7, VICTOU HUGO AVANT 1830 301 eût répudié tout essai de poésie irréligieuse, et flétri celte monstruosité, non moins comme un sacrilège littéraire que comme un sacrilège social. Qui peut calculer ce qui fût arrivé de la pliilosophie, si la cause de Dieu, défendue en vain par la vertu, eût été aussi plaidée par le génie ?... Mais la France n'eut pas ce bonheur ; ses poètes nationaux étaient presque tous des poètes païens ; et notre littérature était plutôt l'ex- pression d'une société idolâtre et démocratique que d'une société monarchique et chrétienne ; aussi les philosophes par- vinrent-ils, en moins d'un siècle, à chasser des cœurs une religion qui n'était pas dans les esprits i. Pour réparer le mal fait par les sophistes, il importe de ne pas retomber dans la faute commise au dix- septième siècle, il faut que les ouvrages des poètes nouveaux, vrais pour le fond, soient également vrais dans la forme la poésie vit moins de fiction que de vérité. Le poète, aujourd'hui, disait Victor Hugo, en terminant, doit marcher devant les peuples, comme une lumière, et leur montrer le chemin... Il ne sera jamais l'écho d'aucune parole, si ce n'est de celle de Dieu. Il se rappellera toujours ce que ses prédécesseurs ont trop oublié, que lui aussi il a une religion et une patrie. Ses chants célébreront sans cesse les gloires et les infortunes de son pays, les austérités et les ravisse- ments de son culte... Telle est la mission du génie ; ses élus sont ces sentinelles laissées par le Seigneur sur les tours de Jérusalem, et qui ne se tairont ni jour ni nuit. » Certes, c'était là un noble programme ; mais ce pro- gramme était précisément celui de la Muse française, 1 Préface des Nouvelles Odes, p. 2i. 21 362 VICTOR iiuGO ayant 1830 tel que l'avait exposé, peu de temps auparavant, Alexandre Guiraud, dans un article où il parlait au nom de tous ses collaborateurs et qui. était intitulé Nos doctrines \ Gomme ses amis de la Muse, et après eux, Victor Hugo se bornait à revendiquer pour notre littérature le droit d'être française et chrétienne; pour le poète le droit de puiser ses inspirations dans son âme et dans son cœur, dans nos traditions et dans nos croyances. En ce qui touche la forme même des vers, la versification proprement dite, l'auteur des Nouvelles Odes n'était pas plus révolutionnaire. S'il est utile et parfois nécessaire, écrivait-il, de rajeunir quelques tournures usées, de renouveler quelques vieilles expressions, et peut-être d'essayer encore d'embellir notre versification par la plénitude du mètre et la pureté de la rime, on ne saurait trop ré- péter que là doit s'arrêter l'esprit de perfectionne- ment. Toute innovation contraire à la nature de notre prosodie et au génie de notre langue doit être signalée comme un attentat aux premiers principes du goût.» Ni la brisure du rythme, ni la césure mobile, ni l'enjambement , n'étaient encore inscrits sur son programme. Depuis, il s'est vanté d'avoir démoli la prosodie, cette Bastille des vers, et d'avoir mis l'hé- mistiche en liberté Tous les envahisseurs et tous les ravageurs, Tous ces tigres, les Huns, les Scythes et les Daces, N'étaient que des toutous auprès de mes audaces 2... 1 La Muse française, janvier 1824. 2 Les Contemplations, t. I, p. 33. VICTOR HUGO AVANT 1830 060 Ses audaces, en ce temps-là, n'allaient môme pas jusqu'à rejeter complètement le joug de la périphrase, et il était sur ce point moins hardi que quelques-uns de ses confrères de la Muse. Tandis que Jules de Rességuier écrivait simplement Tes grâces sous ton schall te trahissent encore S Victor Hugo, qui avait acheté à sa jeune femme, avec le produit de la première édition des Odes et poésies diverses, un beau schall Ternaux, ne se déci- dait à l'introduire dans ses vers qu'après l'avoir soi- gneusement enveloppé dans les plis de cette péri- phrase Couvre-toi du tissu, trésor de Cachemire... n Ternaux eût approuvé, Delille eût applaudi. II Les Nouvelles Odes ^, dont la préface nous a retenus quelques instants, furent publiées chez Ladvocat, non au mois de février 1824, comme l'a dit Sainte-Beuve*, mais dans les derniers jours de mars ^. 1 Le Schall, par Jules de Rességuier, 2 Odes et Ballades la Promenade, 3 Nouvelles Odes, par M. Victor Hugo ; avec cette épigraphe A'os canimus surdis. Chez Ladvocat, libraire. Un vol. grand in-S», orné d'une gravure. Prix 4 fr. * Portraits contemporains, t. I, p. 40G. s Journal des Débats, 24 mars 1824. ;jGi VICTOR HUGO AVANT 1830 Dans redit ion définitive de 1828, M. Victor Hugo a distribué ses odes suivant un classement méthodique où il n'est tenu nul compte de leur date de publica- tion. Afin de permettre au lecteur de rétablir la phy- sionomie du volume de 1824, nous donnerons la liste des pièces qui le composaient, en les rangeant dans l'ordre même de leur composition, ainsi que nous l'avons fait pour le volume de 1822 Année 1823 A mes vers ; VEistolre ; la Bande noire ; le Repas libre ; le Sylphe ; la GrancVMhre ; Mon Enfance ; Epitaphe ; A. G... Y.; le Paysage; Encore à toi; Son Nom ; le Dernier Chant; V Anté- christ ; VAme ; la Liberté; A mon père; le Poète ; Actions de grâces ; A mes Amis; A V Ombre d'un en- fant ; la Guerre cV Espagne ; A VArc de triomphe de r Étoile ; la Mort de J/^i^ de Sombreull. Année 1824 Ballade; le Chant de r Arène ; le Chant du Cirque ; le Chant du Tournoi. La première de ces pièces, A mes Vers, a pour titre, dans l'édition de 1828 A mes Odes. Celle qui était intitulée, en 1824, Ballade, a maintenant pour titre Une fée Que ce soit Urgèle ou Morgane, J'aime, en un rêve sans efTroi, Qu'une fée, au corps diaphane, Ainsi qu'une fleur qui se fane, Vienne pencher son front sur moi. La Bande noire était dédiée à l'auteur du Voyage pittoresque et romantique dans rancienne France, à Charles Nodier. Cette dédicace a disparu. Disparue VICTOR AVANT 1830 ;]>.' aussi la note qui procédait cette ode et qui était ainsi conçue On reprochera peut-être au titre de cette ode sa trivialité • mais la Bande noire était une des institutions laissées par la révolution ; et, en parlant des choses de cette révolution, la trivialité est souvent un défaut inévitable. Victor Hugo a corrigé, dans les éditions suivantes, la plupart des pièces de son volume de 1824, refaisant bon nombre de vers, remaniant bon nombre de stro- phes. La place nous manquerait ici pour reproduire ces variantes, et nous devons nous borner à en signa- ler quelques-unes. La sixième stance de la GranfVMère se lisait ainsi dans l'édition do 1824 Ou montre-nous ta bible, aux figures dorées ; Les saints, vêtus de blanc, protecteurs des hameaux. Les vierges, de rayons dans leur joie entourées. Et ces feuillets où luit, en lettres ignorées, Le langage inconnu qui dit à Dieu nos maux. Elle a été entièrement refaite dans l'édition de 1828 Ou montre-nous ta bible et les belles images, Le ciel d'or, les saints bleus, les saintes à genoux. L'enfant Jésus, la crèche, et le bœuf et les mages ; Fais-nous bre du doigt, dans le milieu des pages, Un peu de ce latin qui parle à Dieu de nous. Dans l'ode intitulée Mon Enfance^ la strophe sixième olait d'abord ainsi conçue 366 VICTOR HUGO AVANT 1830 Et j'accusais mon âge, et je disais 0 gloire ! Quand donc serai -je aussi connu de la victoire ? Mon sang dormira-t-il, dans mes veines perdu ? Faut-il qu'en un combat, célébré par l'Jnstoire, Il ne soit jamais répandu ? » Elle a reçu, en 1828, les modifications suivantes Et j'accusais mon âge — Ah ! dans une ombre obscure. Grandir, vivre ! laisser refroidir sans murmure Tout ce sang jeune et pur, bouillant chez mes pareils. Qui dans un noir combat, sur l'acier d'une armure, Coulerait à flots si vermeils ! La strophe deuxième de l'ode sur la Liberté n'a pas été remaniée moins heureusement Non, sur nos tristes bords, ô belle voyageuse ! Sœur auguste des rois, fille sainte de Dieu, Liberté 1 guide pur de la gloire orageuse. Non, je ne t'ai point dit adieu ! Mes hymnes dévoués ne vont point sur l'arène. Traînant dans la lutte une chaîne, Mais du manteau d'azur vêtus. Mon luth n'est point de ceux dont les voix importunes Ne savent pas pleurer toutes les infortunes Et bénir toutes les vertus. Tel était le texte de 1824. Voici le texte de 1828 Liberté ! pur flambeau de la gloire orageuse, Non, je ne t'ai point dit adieu! Car mon luth est de ceux dont les voix importunes Pleurent toutes les infortunes, Bénissent toutes les vertus. Mes hymnes dévoués ne traînent point la chaîne Du vil gladiateur, mais ils vont dans l'arène, Du linceul des martvrs vêtus. VICTOR HUGO AVANT 1830 367 Le Journal des Débats rendit compte des Nouvelles Odes dans son numéro du 14 juin 1824. L'article était signé Z. M. Victor Hugo a dit au tome I"' des Misé- rables, dans son chapitre sur Vannée 1817 M. de Féletz signait A. et M. Hofmann signait Z. » C'était un usage accepté, sauf de très rares exceptions, par les journalistes de l'Empire et de la Restauration, do no jamais mettre leur nom au bas de leurs articles poli- tiques, et de se contenter pour leurs articles litté" raires d'un signe conventionnel ; les initiales jouaient, par suite, un rôle considérable dans la république des lettres. Les articles de l'abbé de Féletz étaient signés A., bien que leur auteur, depuis longtemps, n'en fût plus à l'A, B, G de la critique, où il était passé maître. Ceux de M. Hoffman et non pas Hoffmann, ainsi que l'écrit M. Hugo, comme s'il s'agissait du célèbre con- teur allemand étaient signés, en 1817, de l'initiale de son nom, à laquelle il substitua plus tard la lettre Z. Un autre rédacteur des Débats, Dussault, signait Y, tandis que Gastil-Blaze, dans le même journal, signait XXX ses articles de critique musicale. L'alphabet fran- çais y avait passé tout entier. Un aimable érudit, M. Boissonnade, fut obligé de recourir à l'alphabet grecj il choisit modestement la dernière lettre et signa Q,. Hoffman, a dit quelque part Sainte-Beuve, avait bien des qualités du vrai critique conscience, indé- pendance des idées, un avis à lui. Esprit exact, sincère et scrupuleux, il possédait l'art d'une ironie fine... Il était l'ennemi des engouements et de tous les char- 368 VICTOR HUGO AYANT 1830 latanismes*. » Son article sur les Nouvelles Odes est des plus spirituels, et, à côté de justes éloges, il ren- ferme des traits qui eurent le don d'émouvoir Hugo. Le poète se garda pourtant de tomber dans la faute de l'ancien archevêque de Malines, M. de Pradt, qui, piqué au vif par un article d'Hoffman, avait, un jour, gravi les quatre étages du critique et lui avait adressé une homélie d'une vivacité singulière, qui se terminait par ces mots a Vous m'avez traité comme un prestolet, un procureur ou un journaliste. » Hofî- man, qui était un homme de théâtre et avait fait jouer, avec le plus vif succès, le Roman cVune heure et les Ben de z-v DUS bourgeois^ mit en scène dans les Débats le ci-devant aumônier du dieu Mars, et traduisit le plus gaiement du monde les injures, les gesticula- tions et les anathèmes du fougueux abbé ; la visite de l'archevêque chez le journaliste, racontée par ce der- nier, amusa pendant huit jours tout Paris ^. Victor Hugo, au lieu d'aller trouver le critique, lui adressa une lettre qui parut, le 26 juillet 1824, dans le Journal des Débats. Celte lettre, qui a les dimen- sionsd'une brochure, est un des documents les plus 1 Causeries du Lundi, t. I, p. 362. 2 Au tome I*"^ de ses Mémoires, p. 279 et suiv., M. Philarète Chasles s'est approprié sans \ergogne ces pages d'Hoffman. Il reproduit, sans y changer une syllabe, le récit de la visite de Tarchevêque de Malines au critique des Débats, présente cette visite comme lui ayant été faite à lui-même et donne ce récit comme son œuvre personnelle. Cet homme d'esprit se disait sans doute que jamais personne n'irait déterrer ce cadavre enfoui dans les Débats du 3 août 1817; ou bien peut-être se proposait-il tout simplement de jus- tifier, par ce larcin posthume, les sévérités de l'Académie française qui, en dépit de son rare talent, s'était obstinément refusée à l'admettre dans ses rangs. YlCTOn HUGO AVANT 1830 3G9 importants clc Thistoirc du romaiilisme, et on ne s'explique pas qu'elle n'ait point trouvé place dans l'édition des Œuvres complètes du poète. Nous ne pouvons en donner ici que de courts extraits. Après avoir rendu hommage au caractère et au génie de Chateaubriand, ce grand homme qui, non content d'avoir, dans le Génie du Christianisme, tracé les préceptes de la poésie nouvelle, en a don^ié dans ses Martyrs le plus magnifique exemple ; généreux écrivain qu'ont tour à tour trouvé fidèle, en leur temps de péril, la religion, la monarchie et la. liberté, les trois grandes nécessités d'un grand peuple, » Victor Hugo continue en ces termes Vous avez choisi, monsieur, pour rendre votre démonstration plus sensible, quelques expressions qui vous paraissent carac- tériser essentiellement le genre romantique, et c'est à moi que vous avez fait l'honneur de les emprunter. Ayant depuis assez longtemps ces Nouvelles Odes entre les mains, je dois supposer que vous n'avez pas pris vos exemples au hasard, et que les locutions que vous citez sont celles qui vous ont paru repré- senter plus fidèlement les défauts particuhers à l'école nou- velle. Or, monsieur, si ces locutions, qui vous semblent spécia- lement romantiques, ont par hasard une foule de types et d'équivalents chez les auteurs classiques, ne faudra-t-il pas en conclure que la différence que vous avez voulu établir par des exemples entre les deux genres n'est pas moins illusoire que celle que vous avez indiquée par des raisonnements aussi spiri- tuels qu'erronés ? C'est ce que nous allons examiner. Selon vous, les anciens et les grands écrivains modernes ont toujours parlé aux sens pour mieux émouvoir l'esprit. Ils ne nous ont pas montré des rohes de vapeur... » Je vous arrête ici, monsieur Horace nous représente Apollon 21. ,370 VICTOR HUGO AVANT 1830 Nube candentes humeros amictus. Or, quand on est revêtu d'un nuage, ne porte-t-on pas une wbe de vapeur ? — Ils n'ont pas, continuez-vous, donné à un dieu le mystère pour vêtement. » Je ne vous dirai pas que cette expression est littéralement empruntée à la Bible. La Bible n'est-elle pas un peu romantique ? Mais je vous deman- derai en quoi cette locution vous semble vicieuse. C'est, me direz-vous, parce qu'une idée abstraite, le fnystère, y est immédiatement associée à une image physique, le vêtement. £h bien ! monsieur, ce genre d'alliance de mots, qui vous paraît si exclusivement romantique, se retrouve à chaque ins- tant chez les anciens et les grands écrivains modernes. » Virgile, dans sa belle peinture de V Antre des Cyclopes, nous représente les compagnons de Vulcain occupés à mêler, pour forger la foudre, trois rayons de pluie et le BRUIT, trois rayons de flamme et la PEUR. Voilà certainement une singu- lière fusion de réalités et d'abstractions, et ce n'est certaine- ment pas du Baal romantique que les cyclopes de Virgile tiennent le secret de cette composition, où il n'entre pas moins d'éléments métaphysiques que d'éléments chimiques. Horace nous montre également Pallas apprêtant tout à la fois son casque, son égide, son char et currusqiie et PiABIEM parât. Ode xv, liv. I. Ailleurs, il charge les vents de PORTER dans la mer de Crète {Creticum mMre ses CRAiyTES et sa TRISTESSE {TRISTITLUI et METUS. Ici, il engage ses amis à chasser leurs SOUCIS par le vin, vino pellite CUPiAS, et de cette ro?nantique alliance de mots est né le vieux proverbe, noyer ses CHAGRINS dans la bouteille. Plus loin, c'est Vénus plaçant sous des jougs d'airain juga ahenea des ESPRITS inégaux [impures animos ; ou les COLÈRES {tristes IRiE frappant l'airain avec plus de fureur que ne le frappent les corybantcs. Les exemples de ces sortes d'alliance de mots se présenteront en foule chez les classiques, monsieur. Toutefois, resserré par l'espace, je ne veux plus citer que quelques exem- ples décisifs. Vous affirmez que les classiques, soigneux de ne VICTOR HUGO AYANT 1830 371 jamais lier les abstractions aux réalités, n'auraient pas donné à un dieu le mystère pour vêtement ; mais, monsieur, ils ont donné la JUSTICE et la VÉRITÉ pour fondement à son trône Rousseau, ode xi, livre I, et par conséquent ils ont appuyé une réalité, le t?vne, sur deux abstractions, la justice et la vérité. Autres exemples Horace a dit, ode xxix, liv. III VIRTUTE me involvo mea je m'enveloppe de ma VERTU. Jean-Baptiste a dit liv. IV, ode x Pour souverain mérite on ne demande aux hommes Qu'un vice complaisant de GRACE revêtu. Or, monsieur, quand Horace fait de la VERTU une enveloppe, et Rousseau, des GRACES un vêteinent, n'emploie-t-on pas précisément la même figure, en appliquant la même expres- sion au MYSTÈRE, qui est une abstraction comme les mots grâce et vertu ? Voici la fin de cette habile et spirituelle défense Il faut conclure, monsieur, et voici ma conclusion Vous convenez positivement qu'il n'existe, entre les genres classique et romantique, de différence que dans le style, et vous établis- sez cette différence par des exemples qui vous paraissent carac- téristiques. J'ai eu l'honneur de vous prouver que les locutions dans lesquelles vous découvrez tout le romantisme ont été au moins aussijréquemment employées par les classiques anciens et modernes que par les écrivains contemporains ; or, comme dans ces locutions résidait spécialement votre distinction entre les deux genres, cette distinction tombe d'elle-même ; et il suit de là, toujours d'après votre système, qu'il n'existe aucune différence réelle entre les deux genres, puisque la seule que vous reconnaissez, celle du style, s'est complètement évanouie. Permettez-moi de vous remercier de ce résultat. Cette lettre est longue, monsieur ; je pourrais dire, avec un 372 VICTOR HUGO AVANT 1830 fameux écrivain Je n'ai pas eu le temps d'êtf^e court. Pressé par le temps et par l'espace, obligé le plus souvent de citer de mémoire, je vous laisse à juger du degré d'évidence que j'aurais produit si j'avais eu votre érudition profonde et votre ingénieux talent. Sûr de votre loyauté, c'est à vous que je m'adresse pour obtenir l'insertion de cette réponse dans le Journal des Débats. Venez vous-même m'ouvrir la porte de l'arène où je me présente pour vous combattre, avec plus de confiance en vous qu'en moi-même. Méritez de ma part encore cette recon- naissance, et faites que mes paroles aient du moins la même publicité que les vôtres, puisqu'elles ne peuvent avoir la même autorité. YiCTOR-M. Hugo ^ III Après avoir fait paraître, en 1824, Ilan cVlslande et le second volume de ses Odes, Victor Hugo ne publia, l'année suivante, ni roman nouveau ni poésies nou- velles. Cette année 1825 fut cependant marquée pour lui par quelques événements dignes d'être notés. On lit dans le Moniteur du 29 avril 1825 Le roi vient de nommer MM. Alphonse de Lamartine et Victor Hugo chevaliers de la Légion d'honneur. En même temps, le roi Charles X l'invitait à son sacre, qui devait avoir lieu le 29 mai. Lorsque cette invitation lui parvint, il était à Blois, chez son père, et c'est de là qu'il écrivait à l'un de ses amis, M. Au- gustin Soulié, rédacteur de la Quotidienne ^ 1 Journal des Débats, 26 juillet 1824. - Jean-Baptiste-Augiistin Soulip. né à Castres en 1780, mort à Paris en VICTOR UUGO AYANT 1830 373 Blois, 27 avril 1825. Savez-vous, mon bon Soulié, que les grâces royales pleuvent sur moi ? Le roi me nomme chevalier de la Légion d'honneur et me fait l'insigne faveur de m'inviter à son sacre. \'ous allez vous réjouir, vous qui m'aimez, et je vous assure que le plaisir que cette nouvelle vous donnera augmente beaucoup ma propre satisfaction. Ce qui accroît beaucoup le prix de cette croix à mes yeux, c'est que je l'obtiens avec Lamartine, par ordonnance spéciale qui ne nomme que nous deux... Je dois ajouter que M. de la Rochefoucauld * a été charmant dans cette circons- tance pour Lamartine et moi. Il est impossible de s'efiacer plus complètement pour laisser au roi toute la reconnaissance, de mettre plus de grâce et de délicatesse dans ses rapports avec nous. C'est à lui que nous devons nos croix et c'est lui qui nous remercie. Je vais donc vous revoir, cher ami, et il me faut cette espé- rance pour apporter quelque adoucissement au cliagrin de quitter mon Adèle pour la première fois. Victor. Le 7 mai suivant, il écrivait à un autre de ses amis. Adolphe de Saint-Valry Blois, 7 mai 1825. Oui, mon ami, de cette ville historique et pittoresque, je tournerai bien souvent mes regards vers Paris et Montfort ^, 1845. Il avait pris part, le 12 mars 1814, au mouvement royaliste de Bor- deaux, et il avait fondé dans cette ville trois journaux le Mémorial borde- lais, la Ruche d'Aquitaine et la Ruche politique. Fixé à Paris, à partir de 1820, il devint un des principaux rédacteurs de la Quotidienne et fut nommé conservateur à la bibliothèque de l'Arsenal. Il a publié des traductions en vers de plusieurs poètes anglais, Gray, Robert, Charlotte Smith et James Montgomery, et donné une excellente édition des Poésies de Charles d'Or- léans. 1 I-e vicomte Sosthènes de la Rochefoucauld, aide de camp du roi, chargé du département des Beaux-Arts. 2 Montfort-rAmaury, où Victor Hugo avait reçu, en 1821. l'hospitalité d> Mae de Sainl-Valrv. 374 VICTOR HUGO AYANT 1830 et le château de Blois ne me fera point oublier Saint-Laurent. J'ai passé là, en août 1821, des moments bien doux, et votre excellente mère m'y a fait presque oublier pendant huit jours l'admirable mère que je venais de perdre. Je vous remercie des nouvelles que vous me donnez. Je suis charmé que le bon Jules Lefèvre vous doive la vente de son Clocher de Saint-Marc. C'est un homme d'unvrai talent, et ilne imanque à son caractère qu'un succès. Rien de tout cela ne vous manque à vous, mon cher ami, et vous avez tort de désespérer de vous-même ; il faut que votre poème 1 se vende, et il se vendra. Entre le talent et le public, le traité est bientôt fait. On me dit ici que l'on dit là-bas que j'ai fait abjuration de mes hérésies littéraires, comme notre grand poète Soumet. Démentez le fait bien haut, partout où vous serez, vous me rendrez service. J'ai visité hier Chambord. Vous ne pouvez vous figurer comme c'est singulièrement beau. Toutes les magies, toutes les poésies, toutes les folies même sont représentées dans l'admirable bizarrerie de ce palais de fées et de chevaliers. J'ai gravé mon nom sur le faîte de la plus haute tourelle ; j'ai emporté un peu de pierre et de mousse de ce sommet, et un morceau du châssis de la croisée sur laquelle François 1er a inscrit les deux vers Souvent femme varie, Bien fol est qui s'y fie ! Ces deux reliques me sont précieuses. Adieu ! mon ami, vous savez que le roi m'invite à son sacre. Je serai à Paris vers le 20, et je vous embrasserai. L'amitié d'un homme comme vous est douce et inappré- ciable. Victor. 1 La chapelle de Notre-Dame du Chêne. VICTOR HUGO AVANT 1830 375 Adolphe de Saint-Valry avait des premiers composé des vers sur le sacre. Victor Hugo lui écrivit à cette occasion Je suis bien impatient de connaître des vers de vous sur le sacre. J'aime autant le poète que le sujet. Lamartine, qui est à Paris depuis trois jours pour huit, m'est venu A-oir deux fois, m'a dit en avoir fait aussi pour cette époque, et m'a demandé si j'en ferais. Je ne le crois pas ; mais je l'ignore Spiritus flat ubivult *. » Victor Hugo aimait le sujet ; nul doute dès lors qu'il ne chantât le sacre de Charles X, comme il avait chanté le baptême du duc de Bordeaux. Il fit le voyage de Reims en compagnie de Charles Nodier, chargé d'écrire le discours préliminaire à la relation des cérémonies ; de M. de Cailloux, secrétaire général des musées, et d'un jeune peintre, M. Alaux, qui fut depuis directeur de l'École de France à Rome. Le 29 mai, revêtu du costume officiel, habit à la française, épée en verrouil, manchettes et jabots de dentelles, il pénétra dans la vieille basilique, toute tapissée de velours et de soie, il s'agenouilla sur ces dalles qu^ avaient vu Jeanne d'Arc à genoux, et du fond de son cœur, cette prière monta à ses lèvres 0 Dieu ! garde à jamais ce roi qu'un peuple adore ! Romps de ses ennemis les flèches et les dards, Qu'ils viennent du couchant, qu'ils viennent de l'aurore, Sur des coursiers ou sur des chars ! Charles, comme au Sina, t'a pu voir face à face ! Du moins qu'un long bonheur efface * Lettre de Victor Hugo à Adolphe de Saint-Valry. Paris, 13 avril 1825. ;j76 VICTOR HUGO AYANT 1830 Ses bien longues adversités ! Qu'ici-bas des élus il ait l'habit de fête ! Prête à son front royal deux rayons de ta tète Mets deux anges à ses côtés i ! IV M. de Lamartine aussi était venu au sacre, » dit M. Victor Hugo dans ses Mémoires - ; et un peu plus loin A Reims, M. de Lamartine rappela à Victor Hugo la promesse qu'il lui avait faite d'aller le voira Saint-Point. M. Nodier était présent, Lamartine l'invita aussi ^. » — Ainsi, M. Victor Hugo a vu Lamartine à Reims au sacre de Charles X. Ses souvenirs à cet égard sont précis et formels. Malheureusement la Correspondance de Lamartine est là, non moins pré- cise et non moins formelle, et il en résulte que le poète des Méditations n'a pas mis les pieds à Reims en 1825. H écrit de Mâcon au comte de Virieii, le 7 avril Je suis forcé de partir à l'improviste pour Paris... J'y res- terai dix jours et pas plus. Ecris-moi chez Mme de Vaux, rue Pérou, no 16, près la place Saint-Sulpice. C'est là que je vais débarquer, étant trop souffrant pour le bruit de notre quartier et l'abandon d'une auberge... Je vais vendre aussi un petit fragment intitulé le Chant du sacre ou la Veille des armes. C'est mon poème de Fontenoy. Mais je ne le fais ni pour 1 V. Hugo, le Sacre de Charles X. Reims, mai-juin 182o. 2 Victor Hugo raconté, etc., t. II, p. 103. 3 Oih cit., t. II, p. 107, VICTOR HUGO AYANT 1830 377 gloire ni pour argent, par pure conscience royalisLe, et pour témoigner une juste reconnaissance à qui de droit... Nous partons décidément pour Aix le h^^ juin. Venez-y donc, c'est un site divin. Voguons encore sur le lac i ! Le Chant du sacre était donc composé dès le com- mencement d'avril. Le poète s'était décidé à devancer ainsi les fêtes de Reims, sachant qu'il ne pommait y assister, et qu'à l'heure où elles se célébreraient, il serait en route pour les eaux d'Aix, où l'envoyaient les médecins. Le 7 mai, il écrit à M. de Virieu Je ne puis te promettre une visite dont j'aurais plus besoin que toi ma femme veut me garder et me soigner au moins un petit mois. Je prends le petit-lait, les bains, etc., pour couper ma fièvre qui paraît y céder un peu. Le 29 'mai, nous allons à Aix pour six semaines avec. Mme de Barol, etc., et nous nous verrons au retour 2. Quelques jours après, de Mâcon, où il est auprès de sa mère malade, il informe son ami qu'il le verra en passant à Lyon, le 30 ou le 3 î mai ou le j^^' juin ^. Au commencement de juin, il est installé à Aix, et c'est de là qu'il adresse à son fidèle correspondant cette nouvelle lettre Nous sommes malheureux cette année en rencontre tu vas au nord et moi au midi... Quant tMS>acre, tu sais, sans doute, qu'il se vend à 20,000, et peut-être ira-t-il à 30,000 exem- plaires. Mon libraire me mande 5,000 dans une journée ! Ils i Corresjiondance de Luiiiarilne, t. III. p. 33-2. ^rbid., t. III, p. 311. 3 Ibid., p. 3i2. 378 VICTOR nuGO avant 1830 gagneront 50,000 francs avec ce rogaton dont j'ai eu 100 louis et la honte ! Sais-tu le t&page qu'il fait contre son auteur ? Le duc d'Orléans est allé se plaindre au roi, co' fiocclu, des insultes que je lui adressais. Le roi a ordonné la suppression du pas- sage. Les libraires, comme des coquins, l'ont refusée. J'ai été instruit trop tard^ et je me suis empressé d'écrire d'arrêter, de changer, de tout faire pour contenter le roi. Le roi m'a fait écrire de Reims son mécontentement par M. Doudeauville. J'ai répondu de mon mieux. Les journaux libéraux ont écrit. J'ai répondu pour disculper seulement le roi que ces coquins avaient l'air d'accuser de mon fait très isolé. Enfm tu triom- pheras à bon droit, une sanglante satire ne m'eût pas fait plus d'amis ; mais, malgré cela, je ris, excepté delà peine du Me voilà ici, venant du lac. 0 lac, ô pays, ô vignes feston- nées, noyers, érables, prairies, délicieuses montagnes, neiges, ciel, lumière et ombre ! Il y a de quoi s'exclamer jusqu'à la fin de la page. C'est toujours tout neuf, comme ce que Dieu a fait. Mais toi, je te plains Plombières est du pittoresque pour les bourgeois de Paris *. Voilà donc une fois de plus les souvenirs personnels de M. Victor Hugo démontrés inexacts. Est-ce donc à dire que nous entendions mettre en doute la bonne foi du poète ? En aucune façon. Il croit évidemment que c'^est arrivé; il croit qu'il a vu à Bems, le 29 mai 1825, Lamartine, qui était ce jour-là sur la route de Mâcon à Lyon. Qui eût jamais plus que lui l'imagi- nation forte et vigoureuse ? » Et Malebranche ne nous apprend-il pas que les esprits ainsi doués s'ima- ginent les choses tout autrement qu'elles ne sont, et en imaginent même qui 7ie sont point ^ ? » Tout ce 1 Correspondance de Lamartine, t. III, p. 344. 2 Malebranche, de la Recherche de la vérité, 1. 11^. 3e partie, ch. I. VICTOR nUGO AVANT 1830 379 chapitre de Malebranche sur les défauts et aussi sur la puissance de ceux qui ont l'imagination forte » s'applique d'une façon merveilleuse à Victor Hugo, à sa vie et à ses œuvres Ces esprits sont excessifs en toute rencontre ; ils relèvent les choses basses, ils agrandissent les petites... Rien ne leur paraît tel qu'il est. Ils admirent tout *. Ils n'imitent jamais la na- ture ; tout est affecté, tout est forcé, tout est guindé. Ce ne sont que figures et qu'hyperboles ^. » Voilà les défauts. Voici maintenant les qualités Ceux qui imaginent fortement les choses, les expri- ment avec beaucoup de force... Ils ont l'avantage de plaire, de toucher et de persuader, à cause qu'ils forment des images très vives et très sensibles de leurs pensées... Ils ne se servent que d'expressions et de termes qui ne réveillent que les notions confuses des sens, lesquelles sont toujours très fortes et très tou- chantes ^ » Victor Hugo quitta Reims dans les premiers jours de juin, après avoir composé, à l'ombre même de la cathédrale, son Ode sur le sacre. A peine avait-elle paru, que Charles X récompensait l'auteur de la façon la plus délicate il conférait au général Hugo le titre * Quant à moi, qui parle ici, j'admire tout, comme une brute. » Victor Hugo, ^Villiam Shakespeare, {i. 371. 2 Malebranche, Ibid. 3 Ibid., id. .*i80 VICTOR HUGO AYANT 1830 de lieutenant général de ses armées \ Le 24 juin, le poète eut l'honneur de présenter ses vers au roi ^. Il avait sollicité lui-même cette audience, et fut avisé seulement la veille au soir qu'elle lui était accordée. Si sa joie fut grande, son embarras ne le fut guère moins. Il n'ignorait point en effet que, pour se pré- senter au château, la culotte courte était de rigueur, et il n'en avait pas. Oi^i en prendre une ? Il eut la bonne idée de courir chez un de ses anciens collabo- rateurs de la Muse française, M. Charles Brifaut, homme de cour par excellence et possesseur des plus belles culottes du monde. Il lui exposa sa situation. L'auteur de Ninus //prêta bien vite au futur auteur do Croimvell l'objet de ses convoitises, et c'est ainsi que le grand poète fit son entrée aux Tuileries, dans la culotte de M. Brifaut. — Les temps sont bien changés M. Hugo n'a plus aujourd'hui pour amis que des sans-culottes ^. Quoi qu'il en soit, quelques jours plus tard, on lisait dans le Moniteur Nous avons annoncé que le roi avait accueilli avec bonté M. Victor Hugo, auteur d'une Ode sur le sacre. M. le vicomte Sosthènes de la Rochefoucauld, chargé du département des Beaux- Arts, vient d'informer ce jeune poète que Sa Majesté, voulant témoigner la satisfaction que lui a causée la lecture de cette ode, avait ordonné qu'elle fût réimprimée avec tout le luxe typographique par les presses de l'Imprimerie royale ^. 1 Moniteur du o juin 1825. 2 Moniteur du 25 juin 1825, 3 Nous empruntons le récit de ce petit épisode au remarquable et curieuv volume de M. Louis Favre Etienne- Denis Pasqnier; Souvenirs de son der- nier secrétaire. ^ Moniteur du 30 juin 1825. V VICTOR HUGO AVANT 1830 ;]81 Victor Hugo et Charles Nodier avaient formé à Reims le projet clïm vojage en Suisse, ils le réali- sèrent au mois d'août 1825. Le bon éditeur Urbain Gànel avançait les fonds en échange d'une promesse de manuscrit. Nodier, qui avait publié, en 1821, un si charmant livre sous ce titre Promenade de Dieppe aux montagnes d'Ecosse, devait écrire une Promenade de Paris aux montagnes de Suisse, à laquelle Victor Hugo apportait un contingent de quatre odes et de deux ou trois feuilles de prose. Les deux amis reçurent un à-compte chacun de 1730 francs et louèrent aus- sitôt deux berlines. Mie yictor Hugo et sa petite fille Léopoldine, âgée de dix mois, M^^e Charles Nodier et sa fille Marie, étaient du voyage, ainsi qu'un peintre, M. Gué, chargé d'illustrer le livre \ On sortit de Paris par la barrière de Fontainebleau, et, à quelques jours de là, la joyeuse caravane arrivait à Saint-Point, chez Lamartine. Nous quittons notre solitude de Saint-Point avec regrets, écrivait ce dernier à M^^ Eugène de Genoude le 18 août 1825. Nous venons d'y recevoir nombreuse compagnie M. et M^e Hugo, Charles Nodier, sa femme et sa fille, et un peintre qu'ils ont avec eux, et quelques Anglais. Nous sommes désolés que vous n'ayez pas pu trouver, Eugène et vous, une quinzaine à nous donner depuis deux ans vous y auriez laissé pour nous des souvenirs bien plus chers encore -. » 1 Charles Nodier, épisodes et souvenirs de sa vie, par M™e Menucssicr- Nodier, p. 268. 2 Cori^espondrnice de Lamarfine, t, IIJ, p, 3.'3G, 382 VICTOR HUGO AVANT 1830 Trente ans plus tard, Lamartine, évoquant les sou- venirs heureux de sa ^ie passée, retraçait avec com- plaisance les détails de cette visite de Victor Hugo et de Charles Nodier à Saint-Point Je passais un congé diplomatique dans mes montagnes natales. Je vis descendre par les rudes sentiers, en face de ma fenêtre, à travers les châtaigniers, une caravane de voya- geurs, hommes, femmes et enfants, les uns à pied, les autres sur des tnules au pied réfléchi, comme dit le poète. Bientôt la caravane eut atteint le pied sablonneux des montagnes, gavé le ruisseau, traversé les prés et regi'a\4 le mamelon du château. C'était Victor Hugo et Charles Xodier, suivis de leurs char- mantes jeunes femmes et de leurs enfants. Ils venaient me demander Thospitalité de quelques jours en allant en Suisse. Charles Nodier était Tami-né de toute gloire. Aimer le grand, c'était son état. Il ne se sentait de niveau qu avec les sommets. Son indolence l'empêchait de produire lui-même des œuvi'es achevées, mais il était capable de tout ce qu'il admirait. Il se contentait de jouer avec son génie et avec sa sensibilité, comme un enfant avec Fécrin de sa mère. Il perdait les pierres précieuses dans le sable. Cette incurie de sa richesse le rendait le Diderot, mais le Diderot sans charlatanisme et sans déclamation de notre époque. Nous nous aimions pour notre cœur et non pour nos talents. C'était un de ces hommes du coin du feu, un génie famiher, un confident de toutes les âmes, dont la perte ne paraît pas faire un si grand vide que les grandes renommées. Mais ce vide se creuse toujours davantage. Il est dans le cœur. Pendant que les femmes et les enfants jouaient dans le ver- ger, nous goûtâmes, Hugo, Nodier et moi, l'ombre des bois, le frisson du vent, la fraîcheur des sources, le silence de la vallée, le balbutiement des vers futurs qui dormaient et qui chantaient en rêvant en nous comme les enfants des deux jeunes mères sur leurs genoux. ' VICTOR HUGO AVANT 1830 383 La caravane poétique reprit sa route vers les Alpes. Je la vis disparaître derrière la montagne ^.. En 1834, après une lecture des Mémoires crOuire- Tombe à l'Abbaye -aux-Bois, dans ce salon de M^e Ré- camier, où Chateaubriand, caché dans un fauteuil au coin de la cheminée, avait au-dessus de sa tête le portrait de M^e de Staël et le brillant tableau de Gérard, Corinne au cap Misène, Sainte-Beuve écrivait Staël! Chateaubriand î les voilà devant nous, l'une aussi présente, l'autre aussi dévoilé qu'ils peuvent l'être, unis tous les deux sous l'amitié vigilante d'un même cœur... Cour de Ferrare, jardins des Médicis, forêt de pins de Ravenne où fut Byron, tous lieux où se sont groupés des génies, des affections et des gloires, tous Édens mortels que la jeune postérité exagère toujours un peu et qu'elle adore, faut-il tant vous envier ! et n'enviera-t-on pas un jour ceci - ? » Parmi ces lieux où se sont groupés des génies^ des affections et des gloires, ceux qui gardent encore le culte des lettres se plairont toujours à saluer ce coteau lumineux de Saint-Point où^ par une belle matinée d'été, — au lendemain du sacre de Charles X, à l'heure où la France, prospère, libre et forte, donnait le spectacle a du plus beau comme du plus hardi mouvement intellectuel qu'aucun de nos siècles eût encore vu ', » — Lamartine, Hugo et Nodier s'entre- tenaient des choses de la poésie et de l'art, à l'ombre 1 Souvenirs et Portraits, par A. de Lamartine, t. III, p. 42. 2 Reviie des Deux Mondes, 15 avril 1834. 3 Lamartine, Des Destinées de la poésie. 38i VICTOR HUGO AVANT 1830 des grands arbres, en face des horizons du Jura cl dos Alpes, tandis que les enfants jouaient à leurs côtés dans rherbe, et que les mères parlaient entre elles des félicités présentes et des espérances de l'avenir. L'avenir, en effet, ne s'annonçait-il pas plein de radieuses promesses pour elles et pour leurs enfants, surtout pour ces deux petites filles qui jouaient dans le verger, » et qui avaient trouvé dans leur berceau les noms des deux plus grands poètes de notre siècle Julia de Lamartine et Léopoldine Hugo ! — L'une qui mourra à douze ans, en Orient, à mille lieues de la ierrè natale ; l'autre qui mourra à dix-neuf ans, Ainsi qu Ophélia par le fleuve entraînée 1 La Providence miséricordieuse nous voile l'avenir. Aucune ombre ne vintternir la joie desheurespassées par nos voyageurs à Saint-Point. Reprenant leur route vers les Alpes, ils traversèrent Lyon, puis Genève, et arrivèrent à Ghamonix. Ils ne dépassèrent pas le mont Blanc, sur les flancs duquel ils auraient pu inscrire, avec une légère variante, le vers tracé par Regnard et ses compagnons sur le haut de la montagne Metevara Hic tandem stetimus nobis iibi deliiit... AURUM. Les 3,500 francs d'Urbain Ganel étaient dépensés ou bien près de l'être, et il fallait songer au retour. Quelques jours plus tard, Nodier rentrait à l'Arsenal et Victor Hugo, rue de Vaugirard. Le voyage était ter- miné, mais non le livre, qui ne le fut jamais, si nous VICTOR ulitO avant 1830 385 en devons croire le Témoin de la vie de Victor Hugo, lequel ajoute M. Victor Hugo seul fit sa part ; M. Nodier attendit pour commencer la sienne que les dessins fussent prêts ; la gravure prit des mois, et donna le temps à l'éditeur de faire faillite, ce qui dispensa M. Nodier de s'exécuter \ » Je trouve pour- tant, dans la Revue de Paris d'août 1829, une note qui n'est point tout à fait d'accord avec l'assertion du Témoin. Voici le texte de cette note Au mois d'août 1825, M. Victor Hugo fit, de compagnie avec M. Charles Nodier, un voyage de plaisir à la célèbre vallée de Chamonix. Chemin faisant, les deux amis jetèrent, chacun de leur côté^ sur leur album de voyage, les impres- sions qu'éveillait en eux la riche nature des Alpes. Cela fit un livre que j\l. Taylor, qui avait déjà visité les mêmes lieux, se plut à enrichir de huit dessins, et dont la pubhcation, promise d'année en année, va enfin avoir lieu sous le titre à\Alhum de trois voyageurs à la vallée de Ctiamonix. V Album de trois voyageurs, orné de huit gravures, faites en Angle- terre, sur les dessins de M. Taylor, sera publié avec le plus grand luxe par les libraires Le^^vasseur et Canel 2. Suivait, dans la Revue de Paris, un fragment du récit de Victor Hugo, racontant son voyage de Sal- lenches à Servoz. La Revue des Deux Mondes de 1831 a publié la fin des notes du poète ; elles conduisent le lecteur de Servoz à Chamonix. Ces notes de voyage, insérées par l'auteur au tome II de ses Mémoires ^, seraient peut-être mieux à leur 1 Yictor Hugo raconté, etc., t. II, p. 153. 2 Revue de Paris, t. V, p. 289. 3 Yictor Hufjo raconté, etc., t, II, p. 122-144. Q9 386 VICTOR HUGO AVANT 1830 place en tête de son livre sur le Rhin. Lors des pre- mières représentations des Burgraves , M. Doudan écrivait Quoi ! ce cyclope de Victor Hugo a tiré une tragédie de son absurde livre sur le Rhin ? Il de- vrait bien laisser ces bords du Rhin à Gœthe et à Schiller, et ne pas charbonner ses extravagances sur la porte des vieux châteaux abandonnés. » Absurde est bientôt dit ; n'en déplaise à M. Doudan, le Rhin renferme des descriptions d'un relief étonnant, des pages où les sites grandioses, les vieilles cathédrales et les burgs démantelés se reflètent comme dans les eaux mêmes du grand fleuve. Quant à cet autre. mot de M. Doudan, ce cyclope de Victor Hugo^ il est plus heureux et vaut d'être retenu. Il peint bien la puis- sance et l'indomptable vigueur du poète, forgeant ses vers, qui ont l'éclat et la force de l'airain, comme les compagnons de Yulcain forgeaient, dans l'antre de Lemnos, le bouclier de Minerve et les foudres de Jupiter. Gomme eux, il sait assouplir le bronze et façonner le fer, et, comme eux aussi, il sait unir en- semble trois raj^ons de grêle entrelacés, trois rayons de nuages pluvieux, et trois d'un feu brillant et de vents à l'aile rapide Très imbris torti radios, très nubis aquossc Addiderant, rutili très ignis, et alitis Austri *. Ne pourrait-on pas ajouter que depuis longtemps 1 Enéide, liv. VIII. Victoi' Hugo a publié, dans le Conservateur littéraire, t. I, p.'_327, une traduction en vers de cet épisode. Voy. ci-dessus, chap. V, p. 1G8. VICTOR HUGO AVANT 1830 387 Victor Hugo, comme Brontes, Stcrope et Pyracmon \ n'a qu'un œil au milieu du front il saisit admira- blement les traits, les contours et les couleurs des choses qui se voient; les choses de l'âme lui échappent. Outre le récit de son Voyage à la vallée de Cha- monix, Yictor Hugo composa, en 1825, un grand nombre d'odes et de ballades ; il reprit le conte ébau- ché de Bucf-Jargal, le remania et le récrivit presque en entier ; mais ce roman, ces odes et ces ballades ne devaient paraître qu'en 1826. Leur auteur ne se rappela au public, en 1825, que par un écrit de quel- ques pages seulement, intitulé Guerre aux démolis- seurs ^. Dans cet écrit, il appelle la nouvelle France au secours de l'ancienne Tous les genres de pro- fanation, de dégradation et de ruine menacent à la fois le peu qui nous reste de ces admirables monu- ments du moyen âge, où s'est imprimée la vieille gloire nationale, auxquels s'attachent à la fois la mé- moire des rois et la tradition du peuple. » H parle en ces termes du château de Ghambord et de la souscription qui avait conservé ce chef-d'œuvre à la France Nous avons visité Ghambord, cet Alhambra de la France. H chancelle déjà, miné par les eaux du ciel qui ont filtré à travers la pierre tendre de ses toits dégarnis de plomb. Nous le déclarons avec douleur, si l'on n'y songe promptement, avant peu d'années, la souscription, souscription qui, certes. 1 Ferrum exercebant \asto Cyclopes in antro, Brontesque, Steropesque et nudus membra Pyraomon. 2 Octobre 1825. ;J88 VICTOR HUGO avant 1830 méritait crêlre nalioiiale, qui a rendu le chef-d'œuvre du Primalice au pays, aura été inutile ; et bien peu de chose restera debout de cet édifice, beau comme un palais de fées, grand comme un palais de rois. » Dans cette campagne contre les dérnoUsseurSy Victor Hugo venait après Charles Nodier, qui, dès 1820, dans son Voyage pittoresque et romantique dans Vancienne France^ avait défendu avec éclat la cause de notre architecture nationale. C'est une remarque que nous avons eu déjà l'occasion de faire dans aucune ques- tion, sur aucun terrain, A^ictor Hugo n'est un initia- teur. Si grand qu'il soit, il lui manque cette grandeur suprême d'avoir été un générateur d'idées, un chef de doctrines, un créateur d'âmes. H lui reste, et cela certes suffit à sa gloire, d'avoir souvent, à défaut des premiers coups, porté les coups décisifs, d'avoir im- primé sa marque sur les idées d'autrui avec une telle puissance, avec un génie d'exécution si prodigieux, que ces idées demeureront frappées à son effigie. Les terres qu'il n'a pas découvertes porteront son nom Vespuce est immortel comme Christophe Colomb. CHAPITRE XII Bug-Jargal. — Odes et Ballades. — L'Ode A LA Colonne. Les deux Bug-Jargal. Le conte et le roman. Le capitaine d'Au- veruey et la République. Bug-Jargal et Notre-Dame-cle-Paris . — Odes et Ballades. — IModèle de supplique. — Deux articles du Globe. — Premières relations de M. Victor Hugo et de Sainte-Beuve. Le numéro 90 et le numéro 94 de la rue de Vau- girard. —L'année où l'auteur des Feuilles d'automne a eu âge d'homme. — Ecrit en /8S!7... ou en 1866. Comment M. Hugo a eu pour précurseur M. Viennet. — VOde à la Colonne de la place Vendôme. Le baron de Vincent et le comte Appony. M. Hyde de Neuville. — CliapiLre détaché de VHistoire des Variations de M. Victor Hugo. Hommages du poète au roi Louis-Philippe, à la reine Victoria, au czar Nicolas et à Sa Majesté... le Roi de Prusse. Bug-Jargal a paru au mois de janvier 1826. On lit en tête de l'édition de 1832 En^l818, Tauleur de ce livre avait seize ans ; il paria qu'il écrirait un volume en quinze jours. Il fit Bug-Jargal... Ce livre a donc été écrit deux ans avant Ban cflslande. Et, quoique sept ans plus tard, en 1825, l'auteur l'ait remanié et récrit en grande partie, il n'en est pas 99 ;it0 VICTOR HUGO AVANT 1830 moins, et par le fond- et par beaucoup de détails, le premier ouvrage de l'auteur. » Dans le Conservateur littéraire, où il^ fut d'abord inséré * et où il occupe seulement 47 pages, Bug- Jargal est donné comme extrait d'un ouvrage inédit intitulé Contes sous la tente. » L'auteur suppose que^, pendant les guerres de la Révolution, plusieurs offi- ciers conviennent entre eux, pour abréger la lon- gueur des nuits du bivouac, de raconter chacun à leur tour quelques-unes de leurs aventures. Sous sa première forme, le récit de M. Victor Hugo, dont le fond est emprunté à la révolte des esclaves de Saint- Domingue en 1791, et qui a pour héros le nègre Bug- Jargal, est simple, vif, naturel ; point de longueurs, point d'inutiles descriptions, point de phrases. Un peu moins de sentiments chevaleresques chez Bug, un peu moins de sensibilité chez le narrateur, le capi- taine Delmar, et Prosper Mérimée aurait pu signer ce conte, écrit par M. Victor Hugo à seize ans. En faisant de ce conte un roman, en donnant à sa Nouvelle les proportions d'un volume, il l'a gâtée. H y a introduit deux personnages nouveaux, le nain Habibrah et Marie, la fiancée du capitaine, — lequel a échangé son nom de Delmar contre celui de Léopold d'Auverney. Marie traverse le roman sans y jouer aucun rôle, sans ajouter en rien à l'intérêt ; elle ne sert qu'à rendre plus invraisemblable encore la gran- deur d'âme de Bug, qui ressent pour elle une passion Tome II, pp. 22, 63, 09, 150 et 103. VICTOR HUGO AVAM 1830 391 ardente, et qui sacrifie tout, sa passion et sa vie, pour servir les amours de son rival'. Habibrah est un monstre, frère de Han d'Islande, et plus hideux encore. Il n'intervient guère que pour permettre à l'auteur de décrire, avec un luxe de détails inouï, toutes les variétés de supplices, tous les modes d'égorgements et de tortures. On se souvient que Bug-Jargal n'est qu'un récit fait au bivouac par un officier. Dans le Conservateur littéraire, avec ses allures rapides et dégagées, ce récit se pouvait admettre. II n'en va pas de même, sous sa forme actuelle^ alors que le narrateur rap- porte tout au long les délibérations des colons à l'hôtel du gouverneur, M. de Blanchelande ; lors- qu'il redit les discours des orateurs et jusqu'aux inter- ruptions qui les ont accompagnés ; quand il repro- duit, à chaque instant^ sans les abréger jamais, des dialogues qui feraient paraître courts ceux mêmes de Walter Scott,, et qu'il récite de mémoire d'intermi- nables pièces officielles, après avoir pris, il est vrai, la précaution de déclarer qu'il les a retenues mot pour mot. Je n'hésite donc pas, pour ma part, à préférer le premier Bug-Jargal au second, l'ébauche au tableau. M. Victor Hugo en a usé d'ailleurs avec cette œuvre de jeunesse comme avec Han cVIslande l'une des scènes les plus dramatiques de Notre-Dame de Paris est empruntée à Bug-Jargal. Le nain Habibrah, précipité du haut d'un rocher, dans sa lutte avec le capitaine, est retenu au-dessus ;39i2 VICTOR HUGO avant 1830 de l'abîme par la racine d'un vieil arbre. L'archidiacre Claude Frollo, précipité par Quasimodo du haut des tours de Notre-Dame, est arrêté dans sa chute par une gouttière. Les rapports des deux scènes entre elles sont frappants et l'analogie se poursuit jusque dans les détails. BUG-JARGAL Chap. Liv. Mille démons ! s'écria le nain en rugissant il était tombé dans l'abîme. NOTRE-DAME DE PARIS Liv. XI, chap. ii. Le prêtre cria — Dam- nation ! et tomba. Une racine du vieil arbre sortait d'entre les fentes du granit, un peu au-dessous du bord. Le nain la rencontra dans sa chute, sa jupe cha- marrée s'embarrassa dans les nœuds de la souche, et, saisissant ce dernier appui, il s'y cramponna avec une énergie extraordinaire. laquelle il se trouvait l'ar- rêta dans sa chute. 11 s'y accrocha avec des mains désespérées. Habibrah, suspendu sur l'iiorrible goutïre , essaya d'abord de remonter sur la plate-forme ; mais ses petits bras ne pouvaient atteindre jusqu'à l'arête de l'escarpe- ment, et ses ongles s'usaient L'abîme était au-dessous de lui... L'archidiacre se tor- dit sur la gouttière avec des efforts désespérés pour re- monter ; mais ses mains n'avaient pas de prise sur le granit... ses ongles sai- VICTOR HUGO AYANT 1830 393 en elïbrts impuissants pour entamer la surface visqueuse du roc qui surplombait clans le ténébreux abîme. genoux mur. la pierre, ses s'écorchaient au Habibrah me criait, en écumant de fureur — Viens donc ! viens ! et il ramas- sait, pour en finir, le reste de sa vigueur surnaturelle.. . Il avait consumé toute sa force dans ce dernier effort. L'archidiacre, écumanVde rage et d'épouvante, ramas- sa tout ce qui lui restait de force pour un dernier effort. La racine, si longtemps tourmentée, se brisa sous son poids. Cette commotion fît ployer brusquementlebec de plomb sur lequel il s'appuyait. Ses doigts engourdis et roides furent enfîn contraints de me lâcher. Le misérable nain s'engloutit dans l'écume de la sombre cascade. N'ayant plus que ses mains roidies et défaillantes qui tenaient à quelque chose, l'infortuné ferma les yeux et lâcha la gouttière. Il tomba. Le récit du Conservateur littéraire se terminait à la mort de Bug-Jargal. En 1826, M. Victor Hugo a tenu à y ajouter un épilogue dans lequel, sons couleur de raconter la mort du capitaine d'Auverney, il donne un libre cours à sa haine contre la République, à son mépris pour les hommes de la Convention. Il dit au- jourd'hui Jamais rien de plus haut n'est apparu sur l'horizon dos hommes. Il y a l'Himalaya et il y a 394 VICTOR HUGO AVAÎJT 1830 la Convention. La Convention est peut-être le point culminant de l'histoire*. » Il disait, en 1826 Les représentants du peuple en mission, ces espèces d'am- bassadeurs à bonnets rouges, que la Montagne dépu- tait dans les camps pour les dégrader et les décimer, délateurs attitrés, chargés par des bourreaux d'es- pionner la gloire... L'idole sanglante de ces temps-là aimait les victimes illustres ; et les sacrificateurs de la place de la Révolution étaient joyeux quand ils pouvaient, d'un même coup, faire tomber une tête et une couronne, ne fût-elle que d'épines, comme celle de Louis XYI, de fleurs comme celle des jeunes filles de Verdun, ou de lauriers, comme celle de Gustine et d'André Chénier^. » II Après avoir ouvert l'année 1826 par la pubHcation de Bug-Jargal, Victor Hugo la termina par la publi- cation du troisième volume de ses poésies, qui parut au mois d'octobre, sous le titre d'Odes et Ballades. Ce volume se composait de treize odes et de dix ballades, dont nous donnons ici la liste, en rangeant ces pièces dans l'ordre même de leur composition, ainsi que nous l'avons fait précédemment pour les Odes et Poésies diverses^ et pour les Nouvelles Odes 1 Quatre-vimjt-ireize, par Victor Hugo, deuxième partie, livre III, ch. i, la Convention. 2 Uiuj-Jargaî, p. 200. VICTOR HUGO AVANT 1830 395 Année 1824 A M. de Chateaubriand y la Fée et la Péri, les Funérailles de Louis XVllI. Année 1825 A une jeune fille, un Chant de fête de Néron, le Géant, A Trilhy, Hymne oriental, le Voyage, le Sacre de Charles X, les Deux Iles, les Deux Ar- chers, Au colonel G. -A. Gustaffson, la Mêlée, VAveu du châtelain, la Fiancée du timbalier, Promenade, Aux Ruiyies de Monifort-VAmaury, A M. Alphonse de Lamartine, A un Passant, A*^*^ le Portrait d'une enfant, la Ronde du Sabbat, VHy7nne oriental ne figure plus depuis longtemps dans les éditions des Odes et Ballades. L'auteur a transporté cette pièce dans les Orientales, oi\ elle a pour titre la Ville prise. La ballade qui était intitulée, dans l'édition de 1826, VAveu du châtelain, est celle qui a maintenant pour titre Ecoute-moi, Madeleine. Le Portrait d'une enfant est peut-être la pièce la plus charmante de ce troisième volume Oui, ce front, ce sourire et cette fraîche joue, C'est bien l'enfant qui pleure et joue. Et qu'un esprit du ciel défend. De ses doux traits, ravis à la sainte phalange, C'est bien le délicat mélange ; Poète, j'y crois voir un ange. Père, j'y trouve mon enfant. Cette enfant, c'était la petite Léopoldine, celle pour qui M. Victor Hugo composera bientôt la I-^rière pour tous 396 VICTOR llUCfO AVAi\T 1830 Ma fille, va prier! vois, la nuit est venue '... La pièce des Odes et Ballades porte cette dédicace A M^^^ de M. Ces initiales cachaient le nom de W^^ Julie Duvidal de Montferrier, qui avait fait le portrait de la fille du poète. W^" de Montferrier est devenue depuis Mie la comtesse Abel Hugo. Gomme les volumes de 1822 et 1824, le volume de 1826 était ardemment royaliste. Dans les Deux lies, le poète qui devait écrire , quelques années plus tard, Napoléon, soleil dont je suis le IMemnon, faisait entendre contre Bonaparte un cri de haine et de malédiction Qu'à son nom, du Volga, du Tibre, de la Seine, Des murs de l'Alhambra, des fossés de Vincenne, De Jaffa, du Kremlin, qu'il brûla sans remords, Des plaines du carnage et des champs de victoire, Tonne, comme un écho de sa fatale gloire, La malédiction des morts 1 Vo&Q au colonel Gustaffson^, celles sur les Funérailles de Louis XVIIT et sur le Sacre de Charles X, venant après les odes sur la Vendée^ Qui- heroUy la Mort du duc de Berry, la Naissance et le Baptême du duc de Bordeaux, la Guerre d'Espagne^ faisaient de Yictor Hugo, bien plus encore que de 1 Les Feuilles d'automne. 2 C'était le nom qu'avaitpris le roi de Suède, GustaTC IV, détrôné en 1800. Gustave IV est mort à Saint-Gall Suisse, en 1837. VICTOR nUGO AVANT 1830 397 Lamartine, le poète-lauréat de la Restauration. Aussi rien n'était-il plus légilime, après la publication de son troisième volume, que sa demande d'une troisième pension. Voici la lettre qu'à cette occasion, et à la fin de l'année 1826, il adressa à M. le vicomte de la Rochefoucauld, aide de camp du roi, chargé du département des beaux-arts Monsieur le vicomte, Par décision du mois de septembre 1822, S. M. Louis XVIII, sur la proposition de M. le marquis de Lauriston, alors ministre de la maison du roi, et sur la recommandation spéciale de S. A. R. Madame, duchesse de Berry, transmise au mi- nistre par Mme la maréchale, duchesse de Reggio, daigna m'accorder une pension de 1,000 francs. Le ministre et M. le vicomte de Senonnes, alors secrétaire général de la maison du roi, en me transmettant la nouvelle de cet honorable bienfait du roi, me donnèrent l'assurance verbale que cette pension, que plusieurs circonstances n'avaient point permis de créer plus forte, ne serait que provisoire, et qu'ils ne tarderaient pas à en solliciter l'augmentation auprès de Sa Majesté. Quatre ans se sont écoulés depuis cette époque ; et si ma pension est restée ce qu'elle était, j'ai eu du moins la joie de voir la bonté du roi augmenter les pensions de plusieurs hommes de lettres de mes amis, pensions obtenues en même temps que la mienne ou même depuis, et dont quelques-unes, maintenant, la dépassent déplus du double. Ma pension seule étant restée stationnaire, je pense, mon- sieur le vicomte, n'être pas sans quelques droits à une augmentation. Si j'avais quelques titres à l'époque où je l'obtins, ces titres no sont rien auprès de ceux que je pourrais réunir aujourd'hui, et qui eux-mêmes, je suis loin de me le dissimuler, sont encore bien peu de chose ; mais, sans me 23 398 VICTOR HUGO AVANT 4830 faire illusion sur leur insuffisance, j'espère surtout, monsieur le vicomte, dans la flatteuse bienveillance dont vous m'avez donné tant de preuves, et qui, chez vous, s'allie à une sollici- tude si éclairée pour les lettres. Je dépose avec confiance ma demande entre vos mains, en vous priant de vouloir bien la mettre sous les yeux de ce roi qui veut faire des beaux-arts le fleuron le plus éclatant de sa couronne. Quel que soit le résultat de la demande que j'ai l'honneur de vous soumettre, vous savez, monsieur le vicomte, que rien n'égale la reconnaissance et le respectueux dévouement avec lequel j'ai l'honneur d'être Votre très humble et très obéissant serviteur, Victor Hugo. Rue de Vaugirard, 90. Quatre ans se sont écoulés depuis cette époque [iS22, et ma pension de 1,000 francs es^ restée ce qu'elle était... — Ma pension de 1,000 francs est restée stationnaire. » Hé ! sans doute, la pension de 1822 sur la cassette particulière du roi était restée stationnaire ; mais, en 1823, était venue s'y ajouter une pension de 2,000 francs sur les fonds littéraires du ministère de Tintérieur \ Dans sa lettre, M. Victor Hugo garde sur cette seconde pension un silence prudent et que je me borne à signaler. Soulignons aussi, sans d'ailleurs y insister, cet autre passage Si ma pension est restée ce quelle était, j'ai eu du moins la'joie de voir la bonté durai augmenter les pen- sions de plusieurs hommes de lettres de mes amis, pen- sions obtenues en ynème temps que la mienne ou même * Voy. ci-dessus, cLap. IX, p. o02. VICTOR ItUGO AVANT 1830 399 depuis, et dont quelques-unes, maintenant, la dépassent de plus du double. » M. Victor Hugo mettait du génie jusque dans ses suppliques. Ses ballades de 1826 étaient des chefs- d'œuvre, — et ses placets aussi. III Le volume Aq^ Odes et Ballades fut l'objet, dans le Globe de janvier 1827, de deux articles dont il convient que nous disions quelques mots, car ces articles sont une date dans l'histoire de la critique au dix-neuvième siècle. L'auteur y faisait la part des beautés et celle des défauts avec une équité parfaite, avec une sûreté de goût singulièrement remarquable. Il ne s'en tenait pas là, et comme s'il eût été doué du don de seconde vue le vrai critique est quelquefois, lui aussi, un prophète, vates, il signalait chez le poète, encore au matin de sa vie et à l'aurore de son talent, les dé- fauts qui ne devaient devenir apparents pour tous que dans les œuvres de M. Victor Hugo à son déclin En poésie comme ailleurs, disait-il, rien de si périlleux que la force ; si on la laisse faire, elle abuse de tout ; par elle, ce" qui n'était qu'original et neuf est bien près de devenir bizarre ; un contraste brillant dégénère en antithèse précieuse. L'au- teur vise à la grâce et à la simplicité, et il va jusqu'à la mignardise et à la simplesse ; il ne cherche que l'héroïque, et il rencontre le gigantesque ; s'il tente jamais le gigantesque, 400 VICTOR HUGO AVANT 1830 il n'évitera pas le puéril. M. Hugo pourrait nous en fournir des preuves i... Et plus loin Si dans l'abus de décrire — il n'échappe jamais à ce défaut — l'auteur porte parfois de la combinaison et du calcul, le plus ordinairement, néanmoins, la faute n'appartient qu'à son imagination. Cette imagination est si rapide, en effet, qu'elle se meut sur chaque point à la fois et qu'elle met la main à tout ; elle devient analytique à force d'être alerte et perçante. Ce que Delille et ses disciples faisaient à froid et par système, M. Hugo le fait surtout par inadvertance et illusion ; c'est une sorte de simpUcité enfantine qui se laisse prendre par les yeux... Jamais il ne rencontrera une tour dont il ne compte les angles, les faces et les pointes. Ce ne sont que festons, ce ne sont qu'astragales. De là un éclat brillante qui blesse ; nulle gradation de couleur, nulle science des lointains le pli d'un manteau tient autant de place que la plus noble pensée. Le critique terminait ainsi son second article Que M. Hugo se garde surtout de l'excès de sa force; qu'à l'heure de la méditation, il sache attendre à loisir ses propres rêves, les laissant venir à lui et s'y abandonnant plutôt que de s'y précipiter ; qu'à l'heure de produire, il se reporte sans cesse aux impressions naïves qu'il veut rendre, les contemple longuement avant de les retracer, et plus d'une fois s'inter- rompe en les retraçant pour les contempler encore ; que, n'épuisant pas à chaque trait ses couleurs, il approche par degrés de son idéal, et consente, s'il le faut, à rester au-dessous plutôt que de le dépasser, ce qui est la pire manière de ne pas l'atteindre... 1 Le Globe du 9 janvier 1827. VICTOR HUGO AVANT 1830 401 Racine lui-même, j'oserai l'affirmer, Racine dans les chœurs d'Esthcr et d\ithalie, n'a pas fait passer tout ce que son âme avait conçu de mélodie céleste et d'onction sacrée. Et quelle aisance pourtant dans ces admirables chœurs, quelle quiétude, quelle sérénité de génie ! C'est qu'il a senti combien, devant l'impuissance humaine, il valait mieux encore se résigner que se débattre ; là où il a désespéré d'être excellent, il a mieux aimé rester un peu faible, en voilant sa faibtesse d'une molle et noble douceur, que de s'épuiser en vains efforts pour retomber de plus haut. C'était la seule manière d'être parfait en poésie, autant qu'il est donné à l'humanité de le devenir. Ces' deux articles, où se montrait déjà tout entier le talent de l'écrivain appelé à devenir bientôt le pre- mier critique de notre temps, avaient pour auteur M. Sainte-Beuve, qui depuis a beaucoup écrit sur M. Victor Hugo, mais jamais avec autant de justesse et d'indépendance ^ Dans cette première rencontre, comme il avait dit avec fermeté les défauts, il saluait avec sympathie les qualités éclatantes du jeune poète, de celui qu'il appelait le La Mennais de la poésie. Il disait, par exemple, des stances A une jeune fille Il n'y a que vingt vers, mais ils sont parfaits de naturel et de mélodie on dirait le doux et mélanco- lique regard par lequel l'homme qui a souffert répond aux caresses d'un enfant. Quand on a fait ces vingt vers, on doit comprendre qu'il est un moyen de lais- ser voir la pensée sans s'épuiser à la peindre. » — Qu'on imagine à plaisir, écrivait-il encore, tout ce qu'il y a de plus pur dans l'amour, de plus chaste dans l'hymen, de plus sacré dans l'union des âmes 1 Voy. ces articles au tome I>" des Nouveaux Lundis. 402 VICTOR HUGO AVANT 1830 SOUS l'œil de Dieu ; qu'on rêve, en un mot, la volupté ravie au ciel sur l'aile de la prière, et l'on n'aura rien imaginé que ne réalise et n'efface encore M. Hugo dans les pièces délicieuses intitulées Encore à toi et Son nom ; les citer seulement, c'est presque en ternir déjà la pudique délicatesse. » Sainte-Beuve ne connaissait pas encore Victor Hugo, lorsqu'il écrivait ces articles, et c'est de leur publica- tion que datent, entre le critique et le poète, ces rap- ports intimes, cette vive amitié, consacrée par le re- cueil des Consolations, célébrée par les Feuilles d^au- tomne, et qui, si elle a eu l'éclat des plus beaux vers, en a eu aussi la fragilité. Au tome II de ses Mémoires, M. Victor Hugo ra- conte à sa façon l'origine de sa liaison avec celui qui allait être son critique en titre, le héraut d'armes qui criera place autour de lui, l'écuyer qui marchera devant son char*. Il y avait alors, dit-il, un journal auquel le nom de ses ré- dacteurs, MM. Guizot, Dubois, JoulTroy, Cousin, etc., donnait une certaine importance, surtout dans les salons le Glohe universitaire et gourmé avait pour les novateurs une sorte de bienveillance protectrice. Il s'interposait entre les combattants, enseignant le progrès à droite et la modération à gauche. M. Dubois fit un article plus chaleureux que Fauteur ne l'avait attendu, et presque enthousiaste de l'ode intitulée les Deux lies. M. Victor Hugo ne fermait jamais sa porte, même pendant ses repas. Un matin, il déjeunait, quand la domestique an- 1 Voy., dans les Portraits contemporaiyis, t. I, p. 417, l'article de Sainte- Beuve sur les Feuilles d'automne. VICTOR HUGO AVANT 1830 403 nonça M. Sainte-Beuve. Elle introduisit un jeune homme qui se présenta comme voisin et comme rédacteur d'un journal ami ; il demeurait rue Notre-Dame-des-Champs, et il écrivait dans le Globe. Le Globe ne s'en tiendrait pas, dit-il, à un seul article sur Cromwell ; c'était lui-même qui ferait les autres. Il avait demandé à s'en charger, redoutant un retour de M. Dubois, qui n'était pas tous les jours d'une humeur si ad- mirative et qui redeviendrait bien vite professeur. L'entrevue fut fort agréable, et l'on se promit de se revoir, ce qui était d'au- tant plus facile que M. Victor Hugo allait se rapprocher encore de son critique et loger lui-même rue Notre-Dame-des-Champs' . Que M. Victor Hugo ait transformé en rédacteurs du Globe MM. Guizot et Cousin, qui n'ont jamais écrit dans ce journal, la faute est vénielle. Ce qui est plus grave, c'est le peu de souci qu'il a pris de rapporter fidèlement les circonstances dans lesquelles Sainte- Beuve et lui firent connaissance. L'auteur des Cause- ries du lundi a rétabli la vérité sur ce point dans une note de la dernière édition de ses Portraits contempo- rains Ce ne fut point à l'occasion du Crormvell que j'allai pour la première fois chez Victor Hugo en janvier 1827 ; le Cromwell n'avait point encore paru ^, et l'auteur devait seulement en faire prochainement lecture, en partie, dans le salon de son beau-père. Je n'y allais pas non plus pour m'offrir d'en parler, ni pour faire des avances ; j'étais trop critique, même dans ma jeunesse, pour aller d'emblée me jeter à la tête des auteurs dont je pouvais avoir à parler. Mais voici ce qui se passa J'avais été chargé par M. Dubois de rendre compte, dans le Globe, du recueil des Odes et Ballades ; je l'avais fait avec des * Victor Hurjo raconté, etc., t, II, p. 154. 2 II fut publié seulement eu décembre 1827. 404 VICTOR HUGO AYANT 1830 réserves, mais dans un assez vif sentiment de sympathie et de haute estime. Victor Hugo étant allé voir M. Dubois lui 'de- manda mon nom et mon adresse pour me remercier. Or, pré- cisément, je demeurais porte à porte et, sans le savoir, près de Victor Hugo, non pas encore rue Notre-Dame-des-Champs, mais bien rue de Vaugirard. Hugo y occupait un modeste ap- partement au second, no 90, et moi j'y habitais, avec ma mère, au n° 94. Hugo étant venu chez moi sans me rencontrer et m'ayant laissé sa carte, j'allai lui rendre sa visite le lende- main vers midi, et je le trouvai à déjeuner. La conversation, dès les premiers mots, roula en plein sur la poésie... Quelques mois £Cprès, nous aUions, lui et moi, habiter rue Notre-Dame- des-Champs, où, par un nouvel et heureux hasard, je me trouvai encore son proche voisin, lui au n» 11, et moi au 19 ». IV L'année 1827 est, aux yeux de M. Victor Hugo, une année mémorable entre toutes, non sans doute parce qu'elle a été marquée pour lui par sa liaison avec Sainte-Beuve, — non pas même parce qu'elle a vu paraître Cromivell et sa préface, — mais parce que c'est l'année où il a publié VOde à la colonne de la place Vendôme. Dans cette ode, M. Victor Hugo n'écrit plus Buona- parte ni même Bonaparte, il écrit Napoléon ; — et alors de triompher et de dire — Vous voyez bien qu'en 1827, je n'étais plus royaliste ! Tout ce que j'ai fait, tout ce que j'ai écrit avant cette époque, je vous l'abandonne, car je n'étais qu'un enfant, et l'homme 1 Sainte-Beuve, Portraits contemporains, t. I, p. 468, édition de 1869. VICTOR HUGO AVANT 1830 405 ne saurait répondre des opinions de l'enfant. C'est en 1827 seulement que/cti eu âge cV homme, et dès cette époque, je me suis débarrassé des puérilité^de mon enfance ; j'ai embrassé, pour y rester inviolablement fidèle, les opinions que je professe aujourd'hui * ! Mahomet s'étant échappé de la Mecque et s'étant réfugié à Yatreb, qui reçut de là le nom de Médine, Medinet al-Nabi, l'année où se produisit cet événement fut appelée VHégire ou la fuite et devint pour les sectateurs du Prophète le point de départ d'une ère nouvelle. Convient-il de voir dans l'année 1827 une autre Hégire, non moins fameuse que la première et destinée à rappeler le jour où, désertant les vieilles superstitions monarchiques et sacerdotales, comme le fondateur de l'islamisme avait déserté la Mecque, M. Victor Hugo a fait comme Mahomet et est allé à la Montagne ? Si vif est le désir du poète de rattacher à cette année 1827 sa conversion aux idées révolutionnaires, qu'il le conduit à employer des moyens tels que celui- ci dans les Chansons des rues et des bois, publiées en 1866, il glisse une pièce, où la Restauration et le roi Charles X sont grossièrement insultés, et dont voici quelques extraits Le passé règne, il nous menace ; Le trône est son premier sujet, Apre, il remet sa dent tenace Sur l'esprit humain qu'il rongeait. 1 Actes et Paroles, par Victor Hugo, t. I, p. 292. 23. 406 VICTOR nUGO AVANT 4830 Les nations sont des cloaques, Les consciences des égouts ; L'un vendrait la France aux Cosaques, • L'autre vendrait l'âme aux hiboux. Le prince est bonhomme ; la rue Est pourtant sanglante. — Bravo ! Dit Dracon. — La royauté grue Monte sur le roi soliveau. Gela continue ainsi pendant soixante vers, en tête desquels se lisent ces mots écrit en 1827. Non, ces vers n'ont pas été écrits en 1827, — parce qu'à cette époque, M. Victor Hugo n'écrivait pas de ce style ; parce que cette façon d'accoler deux substantifs, pour faire du second l'adjectif du premier, — la royauté grue, le roi soliveau, — ne se rencontre pas une seule fois dans ses œuvres avant 1852 et qu'elle constitue, au contraire, depuis cette époque, un des signes par- ticuliers de sa nouvelle manière *. M. Victor Hugo n'a pas écrit ces vers en 1827 pour une autre raison. A la fin de 1826, dans une lettre que nous citions tout à l'heure, il disait à l'un des ministres de Charles X Si j'avais quelque titre, il y a quatre ans, à une pension du roi, ces titres ne sont rien auprès de ceux * C'est surtout dans les Contemplatiims{\%'^Ç> que M. Viotor Hugo se com- plaît à acroler ensemble des substantifs qui n'ont d'autre lien que leur juxtapo- sition Varhre étornité, la branche destin, le crible cimetière, le f/relot monde, la biche illusion, la fosse silence, le fossoyeur oubli, la bouche tombeau. M. Victor Hugo sait-il qu'il a eu pour précurseur dans cette voie le plus ar- riéré des classiques, cet excellent M. Viennet, qui, dès 1843, dans son Epître à. Alexandre Buval sur l'ingratitude, parlant de certains députés, célèbres hier, aujourd'hui oubliés, s'écriait Le gouffre Moniteur garde seul leur mémoire? VICTOR HUGO AVANT 1830 407 que je pourrais réunir aujourd'hui. » En 1829, dans une autre lettre que nous aurons lieu de reproduire bientôt, il disait à un autre ministre Le roi ne doit attendre de Victor Hugo que des preuves de fidélité, de loyauté et de dévouement. » Et ce serait entre ces deux lettres qu'il aurait écrit les vers publiés en 1866 ! Ce prince auquel il prodiguait ses protestations de fidélité, il l'aurait insulté dans l'ombre I Pour l'honneur de M. Hugo, nous n'en croyons rien. ResieVOde à la Colonne^ qui, elle, est bien de 1827. Voyons si elle témoigne d'un changement véritable dans les opinions et dans les principes politiques de l'auteur. On sait à quelle occasion fut composée cette Ode, l'une des plus belles du poète. En 1814, lors de la conclusion du traité de Paris, l'Autriche avait exigé que les sujets français, pourvus par Napoléon de titres impliquant un droit féodal sur une ville ou une province de l'empire autrichien, ces- sassent de porter ces titres. Le roi Louis XVIII avait obtenu que cette stipulation ne fût pas rendue pu- blique, et grâce à l'habileté de son gouvernement, grâce aussi à la bonne volonté de l'ambassadeur d'Autriche à Paris, le baron de Vincent *, les diffi- cultés qu'elle était de nature à soulever avaient dormi pendant douze ans. Au commencement de 1827, * Le baron de Vincent était célibataire et ne tenait pas une grande mai- son... On raconte que les jours où il donnait à dîner, il se tenait sans affectation près de la porte de son salon, ce qui dispensait d'annoncer et de nommer les convives. » Histoire de la Restauration^ par M. Louis de Viel- Castel, t. XVI, p. 156. 408 VICTOR HUGO AVANT 1830 M. de Vincent fut remplacé par le comte Appony, et le cabinet de Vienne enjoignit au nouvel ambassadeur de réveiller la question et de la trancher enfin par un éclat public. Le maréchal Oudinot, duc de Reggio, et le maréchal Soult, duc de Dalmatie, s'étant pré- sentés à l'une de ses soirées, furent annoncés seule- ment sous leurs noms de famille. Ils se retirèrent aussitôt. L'incident, rendu public par les journaux, produisit une émotion considérable. Il fut porté à la tribune de la Chambre des députés dans la séance du 31 janvier, et le Journal des Débats publia, dans son numéro du 9 février, des vers de Victor Hugo sous ce titre Ode à la colonne de la place Vendôme. L'ode, dit M. Victor Hugo, dans ses Mémoires, où il consacre à cet épisode de sa vie littéraire et poli- tique tout un chapitre, l'ode publiée immédiateinent * par les Débats, en premier Paris ^, et répétée par plu- sieurs journaux, produisit un effet profond... Atta- quer l'Autriche, c'était attaquer les Bourbons, qu'elle avait ramenés en France ; glorifier les maréchaux, c'était glorifier l'empire. L'ode fit aux royalistes purs l'effet d'une désertion, ce fut le début de la rupture... » Ainsi, d'après M. Victor Hugo, prendre parti pour les maréchaux contre l'ambassadeur d'Autriche, c'était attaquer les Bourbons. Gela est si peu vrai, que les journaux et les orateurs royalistes s'étaient, dès le 1 Ceci n'est pas tout à fait exact. L'ode ne parut que dix jours après la soirée du comte Appony. 2 Autre inexactitude VOde à la colonne de la place Vendôme fut pu- bliée par le Journal des Débats en troisième et quatrième page, après les Faits divers. VICTOR nUGO AVANT 1830 409 premier jour et bien avant M. Hugo, énergiquement élevés contre le procédé du comte Appony. Dès le 31 janvier, M. Hyde de Neuville, qui était pourtant un royaliste pur, avait porté l'incident à la tribune, dé- clarant que si l'ambassadeur d'Autriche avait osé inviter de braves maréchaux pour les faire débapti- ser par un valet, il avait manqué au roi et à la France *. » Le Journal des Débats, qui, à cette date de janvier-février 1827, était encore ardemment roya- liste, demandait si on laisserait impunément les valets d'une cour étrangère dépouiller les guerriers illustres qui tenaient leurs titres de Dieu, du roi et de leur épée ». Les salons du faubourg Saint-Germain, les pairs de France, les principaux personnages de la cour, toute la société royaliste enfin, prit parti pour les maréchaux. L'ambassadeur d'Autriche ayant donné un grand bal dans les premiers jours de février, pas un seul costume militaire, pas un costume de cour n'y figurèrent ^, et le lendemain le Journal des Dé- bats écrivait Les pairs de France s'engagent à ne plus entrer dans un salon où Tarmée vient d'être insultée dans ses plus glorieuses illustrations... Tous les officiers souscrivent avec empressement à cette légitime et innocente coalition. Le même engagement est pris par tout ce qui compose la maison militaire du roi ; par tout ce qui vit trop près du trône, pour 1 Histoire du gouvernement parlementaire en France, par I\l. Duvergier de Hauranne, t. IX, p. 136. 2 Duvergier de Hauranne, t. IX, p. 137. — De Viel-Castel, t. XVI, p. 158. — Alfred Nettement, Histoire de la Restauration, t. VU, p. 534. 410 VICTOR HUGO AVANT 1830 ne pas apprendre à respecter l'honneur national *. » Le roi lui-même pensait à cet égard comme les offi- ciers de sa maison militaire. Hâtons-nous de dire, lisons-nous encore dans les Débats, que nous croyons être sûrs qu'à défaut de l'intérêt du ministère, une attention plus auguste est éveillée sur ce débat, une protection plus haute assurée à notre honneur mé- connu. La France se sentirait blessée dans tous les coups portés au trône de ses rois. Nos rois sont depuis mille ans en possession de prouver au monde que s'attaquer à notre gloire, c'est vouloir, comme disait un d'eux, leur déchirer le pourpoint^. » En prenant la défense des maréchaux, Victor Hugo ne faisait donc qu'entrer dans les vues du roi lui- même, que suivre l'exemple donné par les journaux et par les salons royalistes purs. \\ insiste cependant. — En. glorifiant les maréchaux, dit-il, je glorifiais l'empire ! Donc, je me séparais des Bourbons ! — Lamartine, l'ennemi invétéré du régime impérial, avait-il donc cessé d'être roj^aliste le jour où, dans le Chant du sacre, il avait célébré, en vers magni- fiques, ces mêmes maréchaux, et Reggio et Tarente et Bellune C'est le second Bajard ! C'est Victor ! C'est Bellune ! Plus brave que son nom, plus grand que sa fortune ! Est-ce que ces maréchaux, d'ailleurs, n'étaient pas au premier rang parmi les serviteurs du roi ? Le duc 1 Journal des Débats, 9> février 1827. 2 Ibid., 31 janvier 1827. VICTOR nUGO AVANT 1830 411 de Reggio n'était-il pas, précisément, parmi les chefs de l'ancienne armée, le plus en faveur à la cour * ? La duchesse, sa femme, n'était-elle pas la dame d'hon- neur de MADAME ? — Et M. Victor Hugo ne l'igno- rait point, puisque c'était elle qui avait été chargée, par la veuve du duc de Berry, de transmettre au mi- nistre de la maison du roi la demande d'une pension pour l'auteur de VOde sur la naissance du duc de Bor- deaux ? Est-ce que Macdonald, duc de Tarente, n'était pas grand chancelier de la Légion d'honneur ; et, tout récemment encore, l'un de ses enfants n'avait-il pas été tenu sur les fonts baptismaux par le roi et par la dauphine ? Est-ce que Victor, duc de Bellune, n'avait pas reçu du roi le commandement du camp de Reims, établi à l'occasion du sacre? Est-ce que tous les trois n'étaient pas chargés, avec le maréchal duc de Raguse, de commander en chef, à tour de rôle, la garde royale de service aux Tuileries ? Est-ce que les maréchaux choisis par Charles X pour portera son sacre l'épée de connétable, le sceptre et la main de justice, Moncey, duc de Gonégliano, Soult, duc do Dalmalie, Mortier, duc de Trévise, n'étaient pas pourvus tous les trois de titres auxquels étaient attachés des fiefs situés dans l'empire d'Autriche ? Victor Hugo pouvait donc célébrer leur gloire sans être infidèle à ses convictions royalistes. Dans ses vers à la Colonne, il est resté le poète du Rétablisse- ment de la statue de Henri IV 1 M. de np. eit., t. XVI, p. 156. 412 VICTOR HUGO AVANT 1830 Au bronze de Henri mon orgueil te marie. J'aime à vous voir tous deux, honneur de la patrie, Immortels, dominant nos troubles passagers, Sortir, signes jumeaux d'amour et de colère, Lui, de l'épargae populaire. Toi, des arsenaux étrangers ! Et plus loin Les Bourbons ont toujours adopté des victoires. Nos rois t'ont défendu d'un ennemi tremblant, 0 trophée ! à leurs pieds tes palmes se déposent ; . Et si tes quatre aigles reposent. C'est à l'ombre du drapeau blanc. Ailleurs, enfin, il évoque les souvenirs de la Ven- dée, et il termine en disant Français ! vous n'avez plus l'aigle qui de son aire Sur tous les fronts trop hauts portait votre tonnerre. Mais il vous reste encore l'oriflamme et les lys ! Le bronze hnmortel de Henri, les Bourbons, le dra- peau blanc, Voriflamme et les lys! tout cela, il le faut reconnaître, n'est pas précisément pour justifier les paroles de M. Victor Hugo, proclamant, au mois de mai 1850, du haut de la tribune de l'Assemblée légis- lative, que ses opinions d'alors, — il siégeait à ce moment sur les bancs les plus Qlevés de la Montagne, — remontaient à Vannée 1827 Je vous livre, disait-il, depuis l'année 1827, époque où j'ai eu l'âge d'homme, je vous livre tout ce que j'ai écrit, partout où j'ai écrit, tout ce que j'ai dit, partout où j'ai parlé, je vous livre tout, sans rien retenir, sans rien réserver, et je vous porte à tous, du haut de cette tribune, le défi de trouver dans VICTOR HUGO AVANT 1830 413 tout cela une page, une ligne, un mot, qui, sur quelque ques- tion que ce soit, me mette en contradiction avec ce que je dis et avec ce que je suis aujourd'hui *. Nous n'écrivons point ici VHistoire des Variations de M. Victor Hugo. Notre seul but, — et nous ne nous en écarterons pas, — est d'étudier la vie et les œuvres du poète avant 1830. Mais puisque nous avons été amené à citer les fières paroles que l'on vient de lire, qu'il nous soit permis, avant de terminer ce cha- pitre, d'indiquer au lecteur deux documents qu'il ne trouvera point dans les Œuvres complètes de M. Hugo, et qui appartiennent à une époque oii il avait depuis longtemps âge d'homme. A la suite de la mort du duc d'Orléans, au mois de juillet 1842, M. Victor Hugo, qui avait été élu, le 28 juin précédent, directeur de l'Académie française, fut chargé par ses confrères de rédiger une adresse au roi Louis-Philippe. Le 21 juillet, le roi, entouré des princes ses fils, reçut dans la salle du Trône, en même temps que les membres des grands corps de l'État, ceux de l'Institut. M. Victor Hugo, — qui n'était pas encore pair de France, — donna lecture de l'adresse qu'il avait composée et qui était ainsi conçue SmE, L'Institut de France dépose au pied du trône l'expression de sa profonde douleur. Votre royal fils est mort. C'est une perte pour la France et pour l'Europe ; c'est un vide parmi les intelligences. La nation i Moniteur du 24 mai 1850. — Actes et Paroles, par Victor Hugo, t. I, p. 292. 414 VICTOR HUGO AVANT 1830 pleure le prince ; l'armée pleure le soldat ; l'Institut regrette le penseur. Le duc d'Orléans avait compris, en effet, que dans le siècle laborieux et mémorable où nous sommes, être l'héritier du trône de France, ce n'est pas seulement occuper une haute position, c'est aussi exercer une grande fonction. Ce que le roi fait pour le présent, le prince royal doit le faire pour l'ave- nir ; tandis que le père, chargé des destinées actuelles de la patrie, auguste et infatigable gardien de la nationalité et de la civihsation, fait tête aux événements, le fils, prince des générations nouvelles et roi des générations futures, doit ouvrir son âme aux idées. L'action est le partage du roi, l'étude est le partage du prince royal. En attendant l'heure de régner, il faut qu'il médite sans cesse l'histoire de ses aïeux, la tradition de son père, les besoins nouveaux de son pays. C'est ce que le duc d'Orléans avait admirablement senti. Ame haute, calme, sereine, ferme et douce, noble inteUigence au niveau de tous les talents, fils de Henri IV par le sang, par la bravoure, par l'aménité cordiale et charmante de sa personne, fils de la Révolution par le respect de tout droit et l'amour de toute liberté ; entraîné vers la gloire militaire par l'instinct de sa race, ramené vers les travaux de la paix par les besoins de son esprit ; capable et avide de grandes choses ; populaire au dedans, national au dehors, rien ne lui a manqué excepté le temps ; et l'on peut dire que tous les germes d'un grand roi se manifestaient déjà dans ce prince, mort si jeune, hélas ! qui aimait les arts comme François 1er, les lettres comme Louis XIV, la patrie comme vous-même. Sire, votre sang est le sang même du pays ; votre famille et la France ont le même cœur. Ce qui frappe l'une blesse l'autre. C'est avec une inexprimable sympathie que le peuple français fixe en ce moment ses regards sur votre famille, sur vous, Sire, qui vivrez longtemps encore, car Dieu et la France ont besoin de vous ; sur cette reine, mère auguste et éprouvée entre toutes les mères ; sur cette princesse, enfin, si française par son cœur et par son adoption, qui a donné à la patrie VICTOR HUGO AVANT 1830 415 deux Français, à la dynastie deux princes, à Favenir deux espérances. Que du moins cette affliction universelle soit pour Votre Majesté une sorte de consolation ! Sire, c'est aussi là une acclamation ! La mort fatale du prince eût pu ébranler le trône, ce deuil public et national consolide la dynastie. La France qui vous consacrait, il y a douze ans, par l'unanimité de son adhésion, vous consacre aujourd'hui une seconde fois par l'unanimité de sa douleur *. Le 27 février 1845, Sainte-Beuve venait prendre séance à l'Académie française, en remplacement de Casimir Delavigne. Chargé de lui répondre, M. Victor Hugo prononça un discours dans lequel, pour le dire en passant, se trouvait un nouvel éloge du roi Louis- Philippe, et, à quelques jours de là, il s'empressait de faire hommage de sa harangue... au roi de Prusse ! Voici la lettre qu'il écrivit à cette occasion au baron Alexandre de Humboldt, chambellan de S. M. Frédé- ric-Guillaume IV 20 mars 1845. Vous avez bien voulu, monsieur le baron et illustre confrère, me promettre que vous accepteriez de ma main Notre-Dame de Paris et être assez bon pour vous charger de Foffrir, en mon nom, à votre auguste roi, pour lequel vous connaissez ma sympathie et mon admiration. Je joins k Notre-Dame de Paris mon discours si sérieux à l'Académie. Je serais heureux que vous eussiez quelque plaisir à accueillir cette marque de ma haute et profonde considération. Victor Hugo. • Après avoir dit et écrit ces choses, — sous la mo- narchie,-— le pair de France du 15 avril 1845, quand 1 Moniteur du 22 juillet 1842, 416 VICTOR nuGO avant 1830 la république est venue, s'est fait républicain. Soit. Dans cette étude consacrée au poète, je m'abstiens de porter un jugement sur l'homme politique. Mais que M. Victor Hugo ait, en 1829, protesté de sa fidélité, de sa loyauté et de son dévouement au roi Charles X ; qu'il ait dit, en 1842, au roi Louis-Philippe Sire^ Dieu et la France ont besoin de qu'il ait, en 1845, déposé l'hommage de sa sympathie et de son admiration aux pieds du roi de Prusse ; qu'il ait béni Vavenement de la reine Victoria au trône d'Angle- terre * et célébré le czar Nicolas, le noble et pieux empereur ^ ; — qu'il ait ensuite jeté l'insulte à tous les rois, qu'après les avoir traités de monstres^ de bandits, de tigres et de vampires, il les ait comparés à des poux sur une souquenille immonde ; — et que main- tenant il nous veuille contraindre à saluer l'unité de sa vie, la fixité de ses opinions, la fermeté immuable de ses principes, cela, — qu'il nous permette de le lui dire, — cela CEST RAIDE '! i Le Rhin, t III, p. 288. 2 Ibid., t. III, p. 331. 3 Ce n'est pas un royaliste, c'est un républicain qui a porté sur M. Victor Hugo, homme politique, le jugement qu'on va lire M. Victor Hugo, en moins de vingt ans, a déroulé sous nos yeux toute la série des apostasies politiques dont ce siècle mobile et sans foi nous donne le spectacle ; parlé hier dynastie, aujourd'hui république; prêché l'ordre; hurlé l'anarchie ; en- dossé l'habit brodé de pair de France et la blouse démocratique ; promis son cœur et sa foi à tous les régimes et renié les uns et les autres ; appelé pro- grès les variations d'un esprit que le nouveau captive ; cherché à se faire un mérite d'une ambition poursuivant le pouvoir à travers toutes les trans- formations gouvernementales ; commencé la vie en courtisan; fini sa car- rière on démagogue ; posé en Dieu et en sans-culotte ; vécu contradictoire, outrecuidant, sceptique, pompeux, vide, sonore, finalement pénible à contem- pler dans ses convulsions, qui ne sont peut-être encore qu'un effet littéraire. » P ortraits politiques au XIX" siècle, par Hippolyte Castille, 1857. CHAPITRE XII ï Gromwell. Uu dîuer au Rocher de Cancale. ïalma soufflé par M. Victor Hugo, — Un diner à la Conciergerie. Comment Talma était romantique. — La préface de Cromwell. Guillaume de Sclilegel, Mme de Staël, IManzoni et Stendhal. — Merle et les ac- teurs anglais à la Porte-Saiut-Martin en 1822. Shakespeare aide de camp du duc de Wellington ! Les acteurs anglais à l'Odéon en 1827. Charles Kemble et miss Smithson. — Le drame de Cromwell. Imitations de Corneille, de Shakespeare, de Reguard^ de Molière, de Beaumarchais et de Népomucène Remercier. — Qu'en 1827 Torquemada s'appelait Cromwell. I Le chapitre qui, dans Victor Hugo raconté par un témoin de sa vie, suit immédiatement celui où il est parlé de VOde à la Colonne, a pour titre Cromwell et débute ainsi M. Taylor était alors commissaire royal à la Comédie- Française. Il demanda à M. Victor Hugo pourquoi il n'écrivait pas pour le théâtre. — J'y pense, dit M. Victor Hugo. J'ai même commencé un drame sur Cromwell. — Eh bien, fmissez-le et donnez-le-moi. Un Cromwell fait par vous ne peut être joué que par Talma. Pour engager l'affaire, il réunit le poète et le tragédien dans un dîner au Rocher de Cancale. 418 VICTOR HUGO AVANT 1830 Le dîner était nombreux, mais MM. Victor Hugo et Talma, placés l'un à côté de l'autre, pm'ent causer à leur aise. Talma avait alors soixante-cinq ans ; il était fatigué et malade ; il mourut quelques mois après *. M. Victor Hugo place sa rencontre avec Talma à l'époque de la publication de VOcle à la Colonne, qui est du mois de février 1827. En faisant mourir l'il- lustre tragédien quelques mois après, il le fait mourir deux fois. Talma, en effet, était déjà mort l'année précédente, le 19 octobre 1826. Mais ne nous arrê- tons pas à ce petit détail et assistons à la scène entre le grand acteur et le grand poète, telle que ce dernier nous la retrace. Talma, qui a trouvé son chemin de Damas au Rocher de Ca?îca/e, est converti au roman- tisme, et il confesse sa foi nouvelle avec l'ardeur d'un néophyte — L'acteur n'est rien sans le rôle, s'écrie-t-il, et je n'ai jamais eu un vrai rôle. Je n'ai jamais eu de pièce comme il m'en aurait fallu... Un personnage qui eût la variété et le mouvement de la vie, qui ne fût pas tout d'une pièce, qui fût tragique et familier, un roi qui fût un homme. Tenez, m'avez- vous vu dans Charles VI ? J'ai fait de l'effet en disant Da pain ! Je veux du pain ! C'est que le roi n'était plus là dans une souffrance royale, il était dans une souffrance .humaine. C'était tragique et c'était vrai ; c'était la souveraineté et c'était la misère ; c'était un roi et c'était un mendiant. La vérité ! voilà ce que j'ai cherché toute ma vie. Mais que vou- lez-vous ? Je demande Shakespeare, on me donne Ducis^. Lorsque nous entendons Talma débiter cette tirade, 1 Victor Hugo raconté, etc., t. II, p. 158. 'ilbid., t. II, p. 100. VICTOR UUGO AVANT 1830 419 toute retentissante du cliquetis des antithèses, nous sommes tentés de nous demander si le tragédien n'a pas ici un souffleur, — et quel souffleur ? M. Hugo lui-même ! Mais écoutons la suite — Personne, continue Talma, personne ne sait ce que j'au- rais été si j'avais trouvé l'auteur que je cherchais. Je mourrai sans avoir joué une seule fois. Vous, monsieur Hugo, qui êtes jeune et hardi, vous devriez me faire un rôle. Taylor m'a dit que vous faisiez un Cromwell. J'ai toujours eu envie de jouer Cromwell... Qu'est-ce que c'est que votre pièce ? Ça ne doit pas ressembler aux pièces des autres. — Ce que vous rêvez de jouer, dit M. Victor Hugo, c'est justement ce que je rêve d'écrire. Et il exposa au tragédien quelques-unes des idées dont il allait faire la Préface de Cromwell le drame substitué à la tragédie, l' au personnage, le réel au convenu, la pièce libre d'aller de l'héroïque au positif; le style ayant toutes les allures, épiques, lyriques, satiriques, graves, bouffonnes ; la suppression de la ti?mde et du vers à effet ^ Sur les instances de Talma et des autres convives, Victor Hugo récite deux scènes de son Cro?nioell, celle où Milton adjure le Protecteur de renoncer à se faire roi et celle où Cromwell interroge Davenant sur son voyage . Cette fois, ajoute M. Victor Hugo, on était loin de la tra- gédie ! A chaque détail local, à chaque touche de réalité franche, Talma applaudissait — A la bonne heure, c'est cela ! c'est ainsi qu'on parle ! Et la scène finie, il tendit la main à l'auteur en lui disant — Dépêchez-vous de finir votre drame, j'ai hâte de le jouer. * Victor Hugo raconU, etc., t. II, p. 160. 420 VICTOR nuGO ayant 1830 Quelque temps après, Talma était mort. M. Victor Hugo n'ayant plus d'acteur ne se pressa plus, et put donner à son drame des développements que n'aurait pas comportés la re- présentation 1. Ne se pourrait-il pas que la mémoire de M. Victor Hugo ait été, ici encore, involontairement infidèle ? M^e de Staël disait de Talma Il peut être cité comme un modèle de hardiesse et de mesure, de na- turel et de dignité. 11 possède tous les secrets des arts divers ; ses attitudes rappellent les belles statues de l'antiquité ; son vêtement, sans qu'il y pense, est drapé dans tous ses mouvements, comme s'il avait eu le temps de l'arranger dans le plus parfait repos. L'expression de son visage, celle de son regard, doivent être l'étude de tous les peintres. Quelquefois il arrive les yeux à demi ouverts, et toiit à coup le sentiment en fait jaillir des rayons de lumière qui semblent éclairer toute la scène. Le son de sa voix ébranle dès qu'il parle, avant que le sens même des paroles qu'il prononce ait excité l'émotion... D'autres ont besoin de temps pour émouvoir, et font bien d'en prendre ; mais il y a dans la voix de cet homme je ne sais quelle magie, qui, dès les premiers accents, ré- veille toute la sympathie du cœur -.» Et l'homme dont M^ de Staël parlait avec un tel enthousiasme, Talma, aurait dit Je mourrai mm avoir joué une seule fois! — Je n'ai jajnais eu un vrai rôle, aurait-il dit encore, lui qui, dans les rôles d'OEdipe et d'Oreste, d'Achille 1 Yictor Hugo raconté, etc., t. Il, p. 16J. 2 De l'Allemagne, I'* partie, ch. xxvii. VICTOR HUGO AVANT 1830 421 et de Ginna, de Joad et de Manlius, de Macbeth, d'Othello et d'Hamlet, s'était élevé jusqu'au sublime ! Tout cela, il le faut avouer, n'est guère vraisemblable. J'ai peine à croire aussi que Talma ait parlé avec dédain de son vieil ami Ducis, pour le talent duquel il professait, au contraire, une grande estime On peut trouver, dit M™e de Staël, beaucoup de défauts dans les pièces de Shakespeare adaptées par Ducis à notre théâtre ; mais il serait bien injuste de n'y pas reconnaitre des beautés du premier ordre. Ducis a son génie dans son cœur, et c'est là qu'il est bien. Talma joue ses pièces en ami du beau talent du noble vieillard *. » — Quant à la conversion de Talma au romantisme, elle cadre difficilement avec les témoi- gnages des contemporains et des amis du grand acteur. Le financier Ouvrard, étroitement lié avec lui depuis plus de trente ans et qui recevait fréquem- ment ses visites dans la prison où il passa cinq années, afin d'être dispensé de payer à son associé Seguin une somme de 5 millions, raconte ce qui suit, au tome fil de ses Mémoires Au mois de septembre 1826, Talma se trouvant à la Con- ciergerie avec plusieurs personnes, à la fin du dîner la conver- sation tomba sur le théâtre. — Que pensez-vous du romantique ? demanda l'un des convives à Talma. — J'aime Je romantique, répondit-il vivement, mais surtout celui de Racine. Nos auteurs vivants ne vont pas si loin que ce maître dans le genre. Racine ! Racine ^ !... 1 De r Allemagne, U' partie, ch. xxvn. 2 0 . Oxirard. t. III, p. 3o2. Paris, 1827. 24 422 VICTOR HUGO AVANT 1830 11 est un point du moins sur lequel il semble que M. Victor Hugo n'ait pu se tromper, c'est lorsqu'il nous dit que son drame de Cromwell avait été com- mencé par lui en vue de la scène, qu'il en destinait le rôle principal à Talma, et que c'est seulement après la mort de ce dernier que, n'ayant plus cVacteur, il s'était décidé à donner à sa pièce des développements que n'aurait pas comportés la représentation. Eh bien! même sur ce point, je suis condamné à contredire M. Victor Hugo. J'ai sous les yeux une lettre qu'il écrivait à son ami Adolphe de Saint-Valry, le 11 oc- tobre 1826, avant la mort de Talma, et j'y trouve ce passage relatif à Cromwell Quant à moi, mon ami, je travaille à force à ce que vous savez. J'ai fait deux actes de quinze cents vers chacun depuis votre départ. Je vis dans une retraite profonde, n'ayant d'en- tretien qu'avec les personnages imaginaires que je ressuscite pour mon plaisir. Je voudrais bien que ce fût aussi pour le vôtre. Deux actes de quinze cents vers chacun, cela fait trois mille vers, si Barème n'est pas trompeur ; — presque le double &' Andromaque et de Phèdre réu- nies. Les cinq actes à'Andromaque n'ont que seize cent quarante-huit vers, et les cinq actes de Phèdre cinquante-quatre. Si Victor Hugo, du vivant même de Talma, donnait à son drame des développe- ments aussi démesurés, si dès ce moment il donnait à chaque acte de sa pièce les proportions d'une pièce entière, il est de foute évidence qu'il ne l'écrivait pas vue du théâire et pour être jouée par Talma. Et VICTOR HUGO AVANT 1830 423 alors que reste-t-il de la scène entre le tragédien et le poète ? Le dîner au Rocher de Cancale n'est-il pas pour faire le pendant du souper chez W^^ Duches- nois * ? II Cromwell parut au mois de décembre 1827, accom- pagné d'une longue préface qui nous montre Victor Hugo en pleine possession de son talent de prosateur. Verve, éclat, netteté, vigueur, les plus rares et les plus brillantes qualités de style se rencontrent dans ce morceau, resté l'un des chefs-d'œuvre de l'auteur, et qui, attaqué avec violence par les tenants du clas- sicisme, fut accueilli avec enthousiasme par les adeptes de l'école romantique. La préface de Cromwell, a dit Théophile Gautier, rayonnait à nos yeux comme les Tables de la loi sur le Sinaï;, et ses arguments nous semblaient sans réplique^. » Aujourd'hui que la poussière du combat est tombée et que les questions soulevées par la célèbre préface de 1827 ne sont plus de celles qui passionnent les esprits, nous pouvons les soumettre à un examen calme et impartial. Le manifeste de Victor Hugo débiite par des consi- dérations générales sur la poésie et sur l'art. D'après lui, aux trois âges successifs de la société, * Voy. ci-dessus, chap. VIII, p, 267. 2 Histoire du romantisme, par Théophile Gautier, p. 5. 424 VICTOR UUGO AVANT 1830 — les temps primitifs, les temps antiques et les temps modernes, — correspondent trois états différents de la poésie. Aux temps primitifs, quand l'homme s'éveilla dans un monde qui venait de naître, sa première parole fut un hymne. L'ode fut toute sa poésie. Ce poème, cette ode des temps primitifs, c'est la Genèse. Au second âge de la civilisation, aux temps an- tiques, lorsque la tribu devint nation, lorsque l'his- toire commença, la poésie chanta les siècles, les peuples, les empires. L'ode fait place à l'épopée ; à la Genèse succède VIliade. Avec le christianisme, une autre ère commence pour le monde et pour la poésie. La religion chré- tienne, qui est complète, parce qu'elle est vraie, .en- seigne à rhomme qu'il a deux vies à \ vre ; l'une passagère, l'autre immortelle ; Tune de la terre, l'autre du ciel. Elle lui montre qu'il est double- comme sa destinée, qu'il y a en lui un animal et une intelli- gence, une âme et un corps ; en un mot qu'il est le point d'intersection, l'anneau commun des deux chaînes d'êtres qui embrassent la création, de la série des êtres matériels et do la série des êtres incorporels ; la première, partant de la pierre pour arriver à l'homme ; la seconde, partant de l'homme pour finir à Dieu ^ ». La muse purement épique des anciens n'avait étudié la nature que sous une seule face, rejetant sans pitié de l'art tout ce qui, * Préface de Cromvell, p. 8. VICTOR HUGO AVANT 1830 423 dans le monde soumis à son imitation, ne se rappor- tait pas à un certain type du beau. Le christianisme amène la poésie à la vérité. Comme lui, la muse mo- derne accepte et fond dans une unité suprême ces deux natures de l'homme si disparates et si unies, l'âme et les sens, l'esprit et la chair, l'immortel et le périssable. Elle ne dédouble pas l'homme et le prend tout entier ; elle ne dédouble pas non plus la création au sein de laquelle le laid existe à côté du beau, le difforme près du gracieux, le grotesque au revers du sublime. Estimant, qu'il ne lui appartient pas de rec- tifier Dieu, elle essaye, dans l'humble mesure de ses forces, de faire comme lui, et elle mêle, elle aussi, dans ses œuvres l'ombre à la lumière, le grotesque au sublime, en d'autres termes le corps à l'âme, la bête à l'esprit ; car le point de départ de la religion est toujours le point de départ de la poésie. Tout cela se tient * ». L'introduction dans la poésie d'un type nouveau, le grotesque, voilà, d'après M. Victor Hugo, le trait caractéristique et profond qui distingue l'art moderne de l'art antique ; là et non ailleurs se trouve la diffé- rence fondamentale qui sépare la littérature roman- tique de la littérature classique -. De ce principe découlent de nombreuses et impor- tantes conséquences. Ce type nouveau, le grotesque, donne en effet nais- sance à une forme nouvelle, la comédie. Mais de 1 Préface de 7ro»nceZZ, p. 11. 2 Ibid., p. 12. 24. 426 VICTOR HUGO AVANT 1830 même qu'il serait impossible, sans mutiler l'homme, de mettre l'âme d'un côté et le corps de l'autre^, de môme le but suprême de l'art ne peut être atteint qu'à la condition de ne pas circonscrire le beau et le sublime dans la tragédie, le laid et le grotesque dans la comédie. L'équilibre ne s'établit que si ces prin- cipes rivaux, le grotesque et le sublime, le terrible et le bouffon, la tragédie et la comédie, se fondent en- semble, sous un même souffle, dans une même œuvre, qui est le drame. Le drame est le caractère propre de la troisième époque de poésie, de la litté- rature moderne il peint, tels qu'ils sont et sous tous leurs aspects, l'homme, la vie, la création; il unit les qualités les plus opposées, il est tout à la fois plein de profondeur et plein de relief, philosophique et pittoresque. . -1 S. - yicïoii iiiGO 1830 437 Après une socondo représentation 2 août 1822, non moins orageuse que In première, le théâtre de la Porte-Saint-Martin fut obligé de renoncer à sa tenta- tive. C'est le moment que Stendhal choisit pour entrer en lice et pour publier sa première brochure sur Racine et Shakespeare. Le théâtre de FOdéon entreprit, au mois de sep- tembre 1827, de renouveler l'épreuve qui avait si mal réussi à la Porte Saint-Martin. Il donna Thospilalité à une troupe de comédiens anglais dont les premiers sujets n'étaient rien moins que Charles Kemble et miss Smithson. Othello, cette fois, fut accueilli avec des transports d'enthousiasme, ainsi que Roméo et Juliette et Hamlet. Miss Smithson était particulière- ment admirable dans le rôle d'Ophélia \ La partie était gagnée ; le public se prononçait pour Shakes- peare Victor Hugo choisit ce moment pour écrire sa Préface, qui porte en etfet la date d'octobre 1827. Chose remarquable ! ce novateur a toujours marché derrière le succès. Si le retentissement de son mani- feste a été si considérable, c'est précisément parce que ce manifeste venait à son heure ; c'est parce que l'auteur avait mis son admirable talent d'écrivain au service d'idées acceptées déjà par presque toute la jeunesse lettrée et applaudies chaque soir au théâtre. M. Victor Hugo, dans la préface de Cromwell, a eu i Histoire de l'Odéon, par Paul Porel et Georges Monval, t. II, p. 98. — M. Charles Magnin publia dans le Globe, du 18 septembre 1827 au 10 juillet 1828, sur les représentations des acteurs anglais, une suite d'articles excel- lents, recueillis par leur auteur, en 1843, au tome II de ses Causeries et mi>- ditations historiques et littéraires. 438 VICTOR HUGO AVANT 1830 l'honneur de sonner la victoire ; mais d'autres avant lui, Stendhal en tête, avaient somié la charge. IV Alors que la préface de Cromwell était applaudie comme une scène iVBamlet ou du Jtoi Lear, jouée par Gh, Kemble ou par Macready, le drame lui-même n'obtenait guère qu'un succès d'estime. Les cinq actes de Cromwell n'ont pas moins de six mille cinq cents vers ! On connaît le mot de Michaud sur un poème épique, le Philippe-Auguste de Parse- val-Grandmaison, je crois, qui avait douze chants de mille vers chacun Douze mille vers ! Bon Dieu ! mais, pour les lire, il faudrait six mille hommes ! » Dieu me garde de comparer les vers de M. Victor Hugo à ceux de M. Parseval-Grandmaison ; mais la vérité est qu'on ne lit pas beaucoup plus Cromwell que Philippe-Auguste. Après avoir, dans sa Préface, jeté feu et flamme contre les unités de temps et de lieu, M. Victor Hugo les observe toutes les deux dans sa pièce, ou peu s'en faut. Elle commence le 25 juin 1657, à trois heures du matin, et finit le 26 à midi voilà pour l'unité de temps. Elle ne sort pas de Londres, et trois actes consécutifs, le second, le troisième et le quatrième se passent à White-Hall voilà pour Tunité de lieu. Quant à l'unité d'action, l'auteur s'y conforme si rigoureusement, que son drame réalise l'idéal de ce VICTOR HUGO AVANT 1830 439 qu'Aristote appelle le drame simple. La pièce tout entière se réduit à une seule idée, à une seule situation. Gromwcll se fera-t-il proclamer roi ? Et cette situation unique ne se dénoue même pas au cin- quième acte, puisque le dernier mot de la pièce est celui-ci Cromwell. Quand donc serai-je roi ? C'est le privilège des romanciers, dit Walter Scott au premier chapitre de Kenilivorth, de placer le début de leur histoire dans une auberge. M. Victor Hugo, qui avait tiré un drame de ce roman de Walter Scott, ainsi que nous le verrons bientôt, place le début de son Cromivell dans une taverne, la taverne des Trois grues, Près de la halle au vin, à l'angle des deux rues. Royalistes et républicains, cavaliers et têtes-rondes y sont réunis pour aviser ensemble aux moyens de se débarrasser du Protecteur, alors à l'apogée de sa puissance. Ils conspirent avec un tel fracas, que le fils de Cromwell, attiré par le bruit, entre dans l'auberge, se proclame royaliste et boit A la santé du roi Charles! Cependant le complot est formé. Les puritains ont décidé qu'ils assassineraient Cromwell ; les cavaliers feignent d'entrer dans leur dessein, mais, pour se conformer aux ordres du roi, ils se réservent de faire prendre un narcodque au Protecteur, de l'enlever et de l'amener vivant au fils de Charles 1er. 440 VlCTOll IILGO AVANT 1830 Lord Rochester s'introduira auprès de Cromwell, en qualité de chapelain, et lui versera le narcotique. Rochester se fait admettre sans peine à White- Hall et s'acquitte d'abord à merveille de son rôle de chapelain ; mais s'étant avisé de tomber amoureux de lady Francis, la plus jeune des filles du Protec- teur ce qui était d'autant plus mal de sa part qu'il n'avait pas encore dix ans, puisqu'il était né en 1648, et que le drame se passe en 1657 S il glisse dans la main de lady Francis un papier sur lequel il a écrit certain madrigal, qu'il promène depuis le commencement delà pièce et dont il inflige la lecture à tous les gens qu'il rencontre. Le malheur veut qu'il se soit trompé de poche et qu'au lieu de contenir son madrigal, le maudit papier soit un avis adressé par Rochester à lord Ormond pour l'informer que tout va bien, que le poste de White-Hall est acheté et que, le soir même, à minuit sonnant, il remettra entre ses mains Gronnvell endormi. Lady Francis donne le billet à son père, qui fait boire au faux chapelain le narcotique préparé, se déguise en soldat, se met en faction à la poterne, laisse entrer les cavaliers et les prend comme dans une souricière. Le complot roya- liste ainsi déjoué, il ne lui reste plus qu'à s'asseoir, dans la grande salle de Westminster, sur le trône où le Parlement l'invite à prendre place. Milton lui crie, comme le devin à Jules César Crains les ides de mars ! 1 Rochester John Wilinot, comte de a laissé des satires et des poésies légères qui ne manquent ni de gràf^o ni d'esprit. Né en'lOiS. i mourut en 1G80. VIC'l'OH IIL'GO 1830 AH Cromwell repousse la couronne que Toraieur du Parlement lui présente, et pendant que les conjurés puritains jettent leurs poignards, il descend du trône en murmurant Quand donc serai-je roi ? Telle est Vact'wn qui occupe, sans les remplir, les cinq actes de CromweUj actes démesurément longs et singulièrement vides, en dépit des emprunts que l'auteur a faits à Corneille et à Shakespeare, à Molière et à Regnard, à Beaumarchais et à Lemercier. Au troisième acte, Cromwell discute avec ses conseillers la question de savoir s'il doit ou non prendre la couronne. C'est, la situation d'Auguste délibérant avec Maxime et Cinna sur le môme sujet *. Rien ne montre mieux que la comparaison entre ces deux scènes, quelle distance sépare M. Victor Hugo, malgré son incontestable génie, de celui que U.^^ de Sévigné appelait noire vieil ami Corneille. — Au cinquième acte de Croimvelly les scènes dans lesquelles l'auteur essaye de peindre le mouvement et les agitations de la foule sont imitées des scènes de Jules César qui ont pour théâtre les rues et pour acteurs les citoyens de Rome ^. M. Victor Hugo y reste aussi loin de Shakespeare qu'il était resté loin de Corneille, dans la scène imitée de Cinna. Fidèle, cette fois, à sa théorie, qui veut que, dans le drame, le grotesque ait sa place à côté du sublime, la comédie à côté de la tragédie, après avoir demandé des inspirations à Corneille et à Shakespeare, il en 1 Cinna, acte II, scène i. 2 Jules César, acte I, scènes i et u. 44^ VICTOR HUGO AVANT 4830 demande à Regnard. Au moment où lord Rochester se hasarde à parler d'amour à la fille de Gromwell, il prélude par cet aparté D'abord, tournons la place avant de l'attaquer, Une fille est un fort, j'ai pu le remarquer. Les clins d'yeux qu'on lui fait, la mise recherchée, Les petits soins, les mots galants, sont la tranchée Qui s'avance en zigzag ; la déclaration, C'est l'assaut ; le quatrain — capitulation * ! Et maintenant écoutons Grispin, dans les Folies amoureuses Il faut d'abord savoir si, dans la forteresse. Nous nous introduirons par force ou par adresse...; Quand on veut, voyez-vous, qu'un siège réussisse. Il faut premièrement s'emparer du dehors, Connaître les endroits, les faibles et les forts. Quand on est bien instruit de tout ce qui se passe, On ouvre la tranchée, on canonne la place. On renverse un rempart, on fait brèche aussitôt, On avance en bon ordre et l'on donne l'assaut... C'est de même à peu près quand on prend une fille 2. Dans la même scène, M, Victor Hugo passe de Regnard à Molière, et, après avoir mis à contribution les Folies amoureuses, met à profit V Ecole des Femmes. Pour séduire lady Francis, mylord Rochester recourt aux mêmes moyens, se sert des mêmes mots que la vieille femme emploie auprès d'Agnès pour la décider à recevoir Horace. Et lady Francis, qui tient sans 1 Cromwell, acte III, scène vu, 2 Les Folies amoureuses, acte I, scène vn. VICTOR HUGO AVANT 1830 443 doute à montrer qu'elle aussi connaît son Molière, fait les mêmes réponses qu'Agnès, et presque dans les mêmes termes. Vous vous rappelez l'entrée de Figaro au premier acte du Barbier de Séville Figaro^ une guitare sur le doSy attachée en bandoulière avec un large ruban / il chantonne gaieînent, un papier et un crayon à la main. — // chante, puis il met un genou en terre et écrit en chantant. — Au premier acte de Cromwell, lord Rochester ne fait pas autrement son entrée Lord Rochester entre gaiement^ un crayon et un papier à la main. — // se met à écrire sur son genou et il chante. Dans sa rage d'imitation, l'auteur de Cromwell va jusqu'à emprunter à Népomucène Lemercier le pro- cédé dont celui-ci s'était servi, dans la Panhypocri- siade, pour rendre le mouvement d'une foule sur le passage de François P^ ; VOIX DANS LA FOULE Rangez-vous ! place I place ! — Holà, ciel ! — Je rends l'âme ! Au voleur !... — Insolent ! respectez une femme !... — On m'étoufîe ! — Poussons ! enfonçons ! — Je le voi ! Vivat ! — Je suis rompu, mais j'ai bien vu le roi *. M. Victor Hugo rend, par les mêmes moyens, le mouvement de la foule sur le passage de Cromwell VOIX DANS LA FOULE Dieu me protège ! J'étouffe ! — Attention ! Voici que le cortège * La Panhypocrisiade, ou le Spectacle infernal du seizième siècle, comédie épique, par N. Lemercier. 4819. 444 viCTOU niiO avant 1830 Débouche dans la place. — Eiifm. — Ah !. . . . . . Qu'il fait chaud ! — Qu'on est mal ! — La foule encore aug- — On m'écrase ! [mente. — Ah ! le voilà ! — C'est lui ! — Voyons ! — Lui-même ! — [Ah ! — Oh î Gela n'a pas empêché M. Victor Hugo, après avoir ainsi pillé ce pauvre Népomucène Lemercier, de deve- nir son successeur à l'Académie Ah ! doit-on hériter de ceux qu'on assassine? Est-ce donc à dire que CromiveU soit une œuvre sans mérite ? Nous sommes bien loin de le penser. Si l'intérêt dramatique est faible ou plutôt à peu près nul, étouffé qu'il est, d'ailleurs, par la multiplicité des détails, la longueur démesurée des scènes, l'abus incessant des tirades ; si Fauteur est entièrement dé- pourvu du génie de l'invention, il possède en revanche le génie du style ; sa pièce est moins un drame qu'une étude pleine de vers énergiques, simples et na- turels, d'une grande et ferme allure. Dans une note, M. Victor Hugo s'élève contre les beaux vers au théâtre Ce sont les beaux vers, dit-il, qui tuent les belles pièces ; » soit ; mais s'ils tuent les belles pièces, ils font vivre les mauvaises, — et c'est juste- ment là ce qui empêchera celles de M. Victor Hugo de périr. Je terminerai par une dernière remarque ces obser- vations, trop longues peut-être, sur CromiveU. Nous avons vu, dans un précédent chapitre, que l'auteur de Torquemada faisait dater les opinions qu'il VICTOF. IILGO A\A.\T I80O 445 professe aujourd'hui de raiinée 1827, époque ou il a eu âge dlioinme i. Cromivell étant do la fin de 1827, il y a donc intérêt à recliercher si, lorsqu'il écrivait ce drame, qui avait pour héros un régicide, M. Victor Hugo avait cessé d'être royaliste. Bien loin qu'il en soit ainsi, son drame n'est qu'une longue satire contre la république. Il représente les puritains comme des pédants, des bouffons et des hypocrites. De Gromwell, leur chef, il fait un personnage gro- tesque, un rêveur bavard, un bouffon cruel. Le Cromivell de M. Hugo a, presque à chaque scène, écrivait dans le Globe M. Charles de Rémusat, un aparté pour ses remords. Et quels remords ! ceux d'un régicide !... M. Hugo paraît s'être trop souvenu de ses propres opinions. Il a vu le régicide en roya- liste. » Ce républicain dont Bossuet avait parlé du haut de la chaire chrétienne, devant le cercueil de la veuve de Charles W, avec une si admirable modé- ration, M. Victor Hugo lui prête, dans son drame, toutes les hypocrisies et tous les ridicules ; il le montre dissertant gravement sur le point de savoir s'il faut briller ceux qui disent siboleth au lieu de schiboleth, ou si, au contraire, il n'est pas préférable de les pendre. Gromwell, méditant. La question est grave et veut être mûrie. Prononcer siboleth, c'est une idolâtrie. Crime digne de mort, dont sourit Belzébuth. Mais tout supplice doit avoir un double but, 1 Voyez ci-dessus, chapitre XII, p. 4U3. i46 VICTOR HUGO AVANT 1830 Que pour le patient rhumanité réclame. En châtiant son corps, il faut sauver son âme. Or quel est le meilleur de la corde ou du feu Pour réconcilier un pécheur avec Dieu? Le feu le purifie Daniel s'épura dans le brûlant triangle. Mais la potence a bien son avantage aussi ; La croix fut un gibet * ! On le voit, l'idée de mettre en scène un homme qui envoie les hérétiques au bûcher, pour sauver leurs âmes, ne date pas d'hier chez M. Victor Hugo ; elle remonte à 1827. Seulement, cet homme alors ne s'ap- pelait pas ToRQUEMADA, il s'appelait Gromwell. * Acte ni. scène ii. CHAPITRE XIV Amy Robsart. — M. Victor Hugo et Sainte-Beuve. Mort du général Hugo. Son portrait. — Balzac et le Château de Kenihcorth. Emilia et M^ie Mars. — Amy Robsart, drame, et le Menin du Dauphin, comédie. — De l'art de ne pas être sifflé. — Edition définitive des Odes et Ballades. Jeux de rime renouvelés d'un chanoine et d'un père carme. — Sainte-Beuve et M. Victor Hugo en. 1828 et en 1829. Une lettre de faire part. Le baron Victor Hugo. Sunt lacrymse rerum. La Veillée. Les Consolations . En revenant du convoi de Gabrielle Dorval. — Election de Sainte-Beuve à l'Académie. Séance du 27 février 1845. Le puits de la savane Alachua. — Un élève de David et le javelot de Tatius. I Le drame de Cromwell était précédé de cette dédi- cace A MON PÈRE Que le livide lui soit dédié Comme Vauteur lui est dévoué. V. H. Le livre avait paru depuis quelques semaines seu- lement, lorsque le général Hugo mourut subitement, frappé d'une apoplexie foudroyante, dans la nuit du 28 au 29 janvier 1828. 0 habitait rue Plumet, » lisons-nous au tome II de Victor Hugo raconté par un ijK vie roi', HUGO . 1830 témoin de sa vie K La rue Plumet, située au faubourg Saint-Germain, entre la rue de Babylone et la rue de Sèvres, joue un grand rôle dans le roman des Misé- rables. Le livre Ille de la IV partie a pour titre la Maison de la me Plumet. Pour être tout à fait exact, et sans attacher d'ailleurs à cette petite rectification plus d'importance qu'il ne convient. Je dois dire que le général Hugo habitait, non la rue Plumet, mais le n° 9 de la rue de Monsieur ^. — M. Paul Foucher, beau-frère du poète, a dit du général Hugo, dans son livre les Coulisses du passé Le général aimait à rire et ne haïssait pas le propos leste. C'était un homme excellent ; — au physique, replet et coloré, et qui rappelait tout à fait d'encolure Abel Hugo, son fils aîné, mort comme lui d'apoplexie ^ » Ses obsèques eurent lieu, le 31 janvier, à l'église des Missions-Étrangères *. A peine avait-il conduit son père à sa dernière demeure, que les hasards, sou- vent cruels de la vie littéraire, condamnaient M. Victor Hugo à surveiller sur un théâtre les répétitions d'un drame en cinq actes et en prose dont il était l'auteur. Balzac écrivait un jour à sa sœur, U^^ Laure Sur- ville Je t'engage à lire Kenilivorth, le dernier roman de Walter Scott ; c'est la plus belle chose du monde ^. » Victor Hugo, qui partageait sans doute l'enthousiasme de Balzac, avait entrepris, de concert 1 Page 173. ^Moniteur du 31 jan^ier 1S2S. 3 Les Coulisses du passé, p. 367. 4 Moniteur, loc. cit. 5 Correspondance de H. de Balzac, t. I, p. 44. YICTOll lUGO AVANT 1830 i\\ avec son ami Soumet, crcxtraire une pièce de ce roman. Il se chargea d'écrire les trois premiers actes, et Soumet les deux derniers. Toujours le premier prêt, il lut ses trois actes à son collaborateur ; mais des difficultés s'étant élevées entre eux, chacun reprit son manuscrit et termina sa pièce à sa façon. Soumet porta la sienne au Théâtre-Français, où elle fut jouée, le i^^' septembre 1827, sous le titre cVEniilia. Emilia, c'était Amy Robsart, l'héroïne du Château de Kenil- icorth. Gomme Walter Scott, Soumet lui avait bien donné le nom à' Amy ; mais aux répétitions, lorsque M^^*" Mars était arrivée à cette phrase J'étais Amy elle disait Emy, suivant la prononciation anglaise, j'étais Amy quand il m'aimait, » un éclat de rire général avait fait renoncer à Amy, qui fut remplacée \i^v Emilia. Grâce au talent de W^^ Mars et à l'intérêt du sujet, la pièce de Soumet réussit. Deux autres théâtres représentèrent des pièces tirées du roman de Walter Scott. Tandis qu'à la Porte- Saint-Martin, on jouait un gros mélodrame intitulé, comme le roman lui-même, le Château de Kenilworth, rOpéra-Gomique donnait Lekester, paroles de Scribe et musique d'Auber. Yictor Hugo hésitait à jouer sa première partie au théâtre avec une pièce dont le sujet ne lui apparte- nait pas et avait été déjà porté plusieurs fois à la scène. A la lin de 1827, cependant, il se décida à tenter l'aventure ; mais dans la crainte d'un échec, il lit présenter son drame à l'Odéon par son beau- frère Paul Foucher, âgé de dix-sept ans à peine et 450 VICTOR HUGO AVANT 1830 frais émoulu du collège ^ Le directeur du théâtre, Thomas Sauvage, sachant parfaitement quel était le véritable auteur, reçut la pièce et s'empressa de mettre ses meilleurs acteurs à la disposition... du beau-frère du jeune Paul Foucher. Rien ne fut négligé pour assurer le succès ; les costumes furent dessinés par Eugène Delacroix, et le 13 février 1828 l'affiche du second Théâtre-Français annonça AMY ROBSARTy drame en cinq actes et en prose, tiré du CHATEAU DE KENILWORTH, roman de sir Walter Scott. Yoici quelle était la distribution des rôles Leicester 3ÎM. Lockroy. Varney Provost. Alasco Thénard. Sir Robsart Auguste. Flibbertigibbet . . . . Doligny. Sussex Paul. Poster Ménétrier. La reine Elisabeth. . . Mmes Charton. Anna. Anaïs. Jeannette Dorgebray. On lit, dans Victor Hugo raconté par un témoin de sa vie, que Bocage jouait dans Amy Robsart^. C'est une erreur. La représentation, qui dura près de cinq heures, fut des plus orageuses. Le lutin en cage avec la 1 Paul Foucher, né le 21 avril 1810, mort le 24 janvier 1875. Sorti au mois d'août 1827 du collège Henri IV, en même temps que son ami Alfred de Musset, il débuta seulement en 1830 par un drame en quatre actes et en vers intitulé Yseult Rahnbauld. 2 Victor Hugo raconté, etc., t. II. p. 178. VICTOR HUGO AVANT 4830 451 colombe tombée dans la serre du vautour; — la brebis lancée dans la fosse aux loups ; — le tigre se donnant tout entier, sang et cervelle, etc., etc. » Ces phrases et bien d'autres provoquèrent des rires et des sifflets *. Le bruit alla grandissant d'acte en acte, et la pièce se termina au milieu d'un tumulte indescrip- tible. La Réunion, journal des spectacles, disait le lende- main L'auteur de ce drame barbaro-amphigouri- romantique a mis une fois de plus le roman du Châ- teau de Kenilworth en pièce, mais il s'est arrangé de façon à le rendre méconnaissable. » Le Journal des Débats écrivait de son côté On a joué hier, àTOdéon, un drame historique en cinq actes, intitulé Amy Rohsart, sujet emprunté au Château de Kenil- worth, de sir Walter Scott, et qui, déjà traité sur trois théâtres différents, reparaissait pour la quatrième fois sans autre avan- tage que d'avoir été allongé outre mesure et déparé par une foule de locutions triviales. Les sifflets et les éclats de rire ont fait justice de cette vieille nouveauté 2. Même note' dans le Moniteur On avait prédit à ce drame un succès extraordinaire ou une chute complète. Ce n'est point la première prédiction qui s'est vérifiée. L'opposition s'est manifestée dès le premier acte ; et à la fin de la représentation, le nom de l'auteur n'a pu être prononcé ou du moins entendu. Ce succès de l'école shakes- pearienne n'est pas de nature à enhardir les imitateurs, on peut même rendre grâce à l'auteur qui, sans le savoir, a rendu un service réel au bon goût. Au reste, que parlait-on d'origi- * Histoire de l'Odéon, par Paul Porcl et Georges Monval, t. II, p. 104. 2 Journal des Débais du lo février 1828. io2 VICTOU UUliO AVANT 1830 nalité, d'inventions, de hardiesses ? Quel mérite d'originalité y a-t-il à prendre un roman, à le couper en actes et en scènes, à s'emparer des parties les plus remarquables du dialogue et à se tromper au point de croire que tout ce qu'un romancier écossais a pu mettre dans la bouche de ses personnages peut' être entendu sur la scène française ? Quelle hardiesse que celle qui consiste à réunir l'affectation de l'enflure à la prétention, à la recherche de la trivialité ? Est-ce là le naturel qu'on nous promet, la vérité qu'on prétend avoir trouvée ? Encore si de ce système il naissait des impressions vives, des émotions pro- fondes ; mais ce qu'il y a eu de plus profond à cette représen- tation, c'est un ennui de quatre heures, dont la dernière est employée à contempler des tableaux que commence à dédai- gner le monde du mélodrame. Plaignons le talent qui volon- tairement s'égare de la sorte ; nous aimerions à le reconnaître, à le suivre, à le seconder dans une autre direction *. Le Figaro est, de tous les journaux, celui qui donne le plus de détails sur la soirée du 13 février 1828. A quoi devait s'attendre, écrivait-il, un auteur qui venait répéter, mot pour mot, un roman qui est dans la mémoire de tout le monde ? Que pouvait faire un spectateur repoussé par ses souvenirs mêmes, et qui ne se rappelait pas sans regret les moments délicieux passés, au coin de son feu, à lire les mal- heurs d'Amy Robsart, les infamies de Varney, les fureurs d'Elisabeth, et tant de déhcieuses et idéales descriptions, tant de saillies spirituelles, tant d'aventures pleines d'intérêt et de charme, qui disparaissaient tout entières pour la plupart ou qu'on revoyait privées de leur coloris, de leur charme, à peu près comme ces plantes exotiques qui perdent toute leur beauté dans les serres de nos amateurs?... Si l'auteur n'a pas eu de succès, qu'il ne s'en prenne qu'à lui-même. La pièce a été montée avec un soin extrême... Rien 1 Moniteur du 15 février 1828. VICTOR HUGO AVANT 1830 453 n'est beau, rien n'est exact comme les costumes. Les acteurs ont fort bien joué pour la plupart. Nous devons surtout des éloges au jeune Lockroy *, à Provost, acteur plein d'inLelli- gence et d'esprit -, à Doligny, qui est fort bien d'un bout à l'autre ; enfin à Mue Anaïs ^, qui méritait, sans nul doute, un destin plus heureux. Mlle CharLon ^, qui avait rempli avec beaucoup d'àme et de feu le rôle d'Elisabeth, s'est trouvée sérieusement indisposée à la fin de la pièce. Le cinquième acte, terminé par un coup de théâtre d'un bel effet, avait un peu désarmé la rigueur du parterre. Le tumulte a pourtant empêché Provost de livrer au public le nom de l'auteur. C'est un très jeune homme qui donne des espérances. M. Victor fiugo n'est pour rien dans la com- position de cet ouvrage. Ceci soit dit à l'adresse des gens qui èe réunissaient hier pour lui imputer l'œuvre nouvelle •">. Le Figaro, qui n'a jamais passé pour naïf, même quand il était jeune, croyait il vraiment que M. Victor Hugo n'était pour rien dans la composition à'Âmy Robsari? Il y était, au contraire, pour tout. Paul Foucher n'en avait pas écrit une seule ligne ; nous en fournirons la preuve tout à l'heure. Puisque sa pièce était tombée, M. Victor Hugo ne devait pas souffrir que les soup- çons s'égarassent sur un autre nom que ht sien ; il devait avouer hautement son œuvre ; telle était la iLockroy Joseph-Philippe Simon, dit, né à Turiu lo 17 oclobio 1803, avait débuté, le 11 octobre 18i7, par le rôle de Lorédan, dans les Vêpres siciliennes. 2 Provost, né à Paris en 1798, sociétaire de la Comédie-Française, movt le 24 décembre 18G5. 3M'ie Anaïs Aubert, née en 1802, sociétaire de la Comédie-Française, mor!c en 1871. * Victime d'un acte de vengeance et défigurée par Teau-forte, M''» Charlon disparut rapidement de la scène, vécut pauvre, oubliée, et mourut le 27 juillet 1872. {Histoire de l'Oééon, t. II, p. llo. s Figaro du U février 1x28. 45 i VlCTOlî HUGO AVANT 1830 seule conduite qu'il eût à tenir. Est-ce là celle qu'il a tenue ? Lorsque la toile se releva, après le cinquième acte, l'un des acteurs, Provost, s'avança sur la scène et annonça que le drame que l'on venait de représenter était... de M. Paul Foucher. Le tumulte était tel, que personne n'entendit le nom. Il importait cependant de faire taire les gens » qui se permettaient d'attribuer Airry RobsaH à l'auteur de Cromwell. Aussi, dès le matin du 14 fé- vrier, les affiches du second Théâtre -Français indi- quaient-elles M. Paul Foucher comme auteur de la pièce sifflée la veille. Le nom de l'auteur, inutile- ment proclamé, disait le Journal des Débats, serait encore un mystère, si l'affiche de ce jour ne trahissait son incognito. Il s'appelle M. Paul Foucher ^ » Cette fausse indication ne pouvait être le fait du directeur de l'Odéon, lequel avait tout intérêt à mettre sur ses affiches le nom de VICTOR HUGO ; car, avec ce nom déjà illustre et qui passionnait alors les esprits, il était assuré d'avoir un certain nombre de représentations, bruyantes peut-être, mais fruc- tueuses. Pour qu'il se fût résigné à remplacer le nom de l'auteur véritable par celui d'un collégien à peine sorti des bancs, le nom de Victor Hugo par celui de Paul Foucher, il fallait évidemment qu'il y eût un ordre exprès venu de Victor Hugo lui-même. Ce der- nier adressait d'ailleurs à tous les journaux, ce même jour, 14 février, la lettre suivante * Journal des Débats du février 1S28. VICTOR HUGO AVANT 1830 455 Paris, le 14 février 1828. Monsieur le rédacteur, Puisque la, Téussiie cVA^ny Robsart, début d'un jeune poète, dont les succès me sont plus chers que les miens, a éprouvé une si vive opposition, je m'empresse de déclarer que je ne suis pas absolument étranger à cet ouvrage. Il y a dans ce drame quelques mots, quelques fragments de scènes qui sont de moi, et je dois dire que ce sont peut-être ces passages qui ont été le plus siffles. Je vous prie, monsieur, de publier cette réclamation dans votre numéro de demain et d'agréer, etc. Victor Hugo. P. S. L'auteur a retiré sa pièce *. Comment douter, après cette lettre et devant des affir- mations aussi précises, que la pièce ne fût effectivement l'œuvre de M. Paul Foucher, et que M. Victor Hugo n'y fût pour rien ou presque rien quelques mots » seulement et quelques fragments de scènes ? » Et cependant la vérité est que ce pauvre Paul Foucher était absolument étranger à cet ouvrage^ dont il n'avait pas écrit un traître mot, et qui était tout entier de Victor Hugo seul. Ce dernier l'a reconnu, un peu tard, il est vrai, dans Yïctor Hugo raconté 'par un témoin de sa vie ^ ; et, de son côté, Paul Foucher^ — à qui son illustre beau-frère avait fait jouer, en cette occasion, le rôle de ces menins du Dauphin qui, s'il faut en croire la légende, recevaient le fouet quand * Journal des Débats et Figaro du 15 ; Moniteur du 17 février 1828. 2 Victor Hugo raconté, etc., t. II, p. 175. io6 YiCTOi! HUGO an' 1830 Monseigneur avait commis quelque sottise, — est revenu sur cet épisode dans son livre intitulé / Coulisses du passé, et il l'a fait en ces termes Amy Robsart fut accueillie par des tempêtes dans son unique représentation à TOdéon. Oii sait que le véritable auteur me fit l'homieur je sortais à peine du collège de m'attribuer ce drame pour lequel Eugène Delacroix, grand ami des roman- tiques, avait dessiné de très beaux costumes... Si j'ai reparlé de cett^ chute célèbre, ce n'est pas par amour-propre d'auteur, je ne fis que la signer ; c'est pour un simple avis au public. Le manuscrit a été égaré, et n'a jamais pu se retrouver ni à rOdéon ni au Ministère. On dit pourtant qu'il est quelque part. Dans ce cas, j'adjure le détenteur de se déclarer. Qui sait ? Il y aurait peut-être quelque intérêt à remonter l'ouvrage aujourd'hui... L'idée peut être bonne ou mauvaise ; dans tous les cB,s, pour ma part, elle est complètement désintéressée'^. Suivant M. Paul Toucher, Amy Robsart n'a eu qu'une seule représentation. D'après M. Victor Hugo, au contraire, elle en aurait eu plusieurs. Il dit, en effet, dans son autobiographie, à propos de sa lettre aux journaux, — que d'ailleurs il ne reproduit point Ce fut pour la pièce une réclame involontaire. Les jeunes gens, qui ne s'étaient pas dérangés pour une pièce non avouée, accoururent alors ; ils applaudirent, les sifflets redoublèrent, l'agitation du parterre s'éten- dit dans le quartier latin le gouvernement intervint et interdit la pièce -. » Ces représentations dont on ne nous dit pas le nombre, la jeunesse des écoles qui * Les Coulisses du passé, p. 24o. 2 Victor Hugo racontd, t. Il, [. 178. VIGTOU HUGO AVA.\T 1830 157 prend fou pour Anuj Iiobsari, le quarlior lalin qui s'agite, le gouvernement qui prend peur et qui inter- dit le drame, tout cela est du roman pur. Le gouver- nement n'interdit point la pièce ; elle fut retirée par t auteur lui-mê7ne, dès le 14 février, ainsi que l'établit la lettre de M. Yictor Hugo, que nous avons citée tout à l'heure. Elle ne fut jouée qu'une fois d'ac- cord avec M. Paul Foucher, MM. Porel et Monval, dans leur Histoire de i'Odéon, le constatent pièces en mains *. II M. Victor Hugo n'était pas pour rester longtemps sur son échec. Au mois d'août 1828, il publia l'édition définitive des Odes et Ballades. A cette édition, qui comprenait toutes les pièces publiées dans les trois volumes de 1822, 1824 et 1826^ moins cependant V Hymne oriental^, l'auteur avait ajouté dix pièces nouvelles, sans compter rOde à la Colonne de la place Vendôme. Yoici la liste de ces dix pièces, avec la date de leur composition Premier soupir [décembre 1819. La Demoiselle mai 1827 ; A Madame la comtesse A. -H. et A mon cmd décembre 1827. 1 Histoire do VOdéon. t. II. p. 105. 2 Voy. fi-Uessus, rh. XII, [>. o'Jo. 26 458 VICTOR UUGO A\ANT 1830 La C liasse du ^wr^rai;^ janvier 1828; le Pas fVarrnes du roi Jean avril 1828 ; Fin mai 1828 ; Pluie d'été, Rêves et la Légende de la No7ine juin 1828. Ainsi complétées, les odes étaient au nombre de soixante-douze^, et les ballades, au nombre de quinze. Dans l'édition de 1828, restée le modèle de toutes les éditions suivantes, ces soixante-douze odes sont divisées en cinq livres. Les trois premiers contiennent les odes politiques, partagées elles-mêmes en trois groupes, allant, le premier de 1818 à 1822, le second de 1822 à 1824, le troisième de 1824 à 1828. Le quatrième livre est consacré aux sujets de fan- taisie, et le cinquième à des traductions d'impressions personnelles. Ce dernier livre, où se trouvent les pièces Encore à toi, Son nom, Actions de grâces, VOmbre cVun enfant, le Portrait d'une enfant, A une jeune fille, forme un poème délicieux, le plus achevé qui soit sorti de la plume de M. Victor Hugo. Il a fait depuis de plus beaux vers, plus puissants, plus éclatants et plus sonores ; il n'en a pas écrit de plus doux, de plus frais et de plus purs; il s'est montré depuis plus grand artiste, jamais il n'a été plus poète. Quelques-unes des pièces publiées pour la première fois dans cette édition nous arrêteront un instant. Dans celle qui a pour titre Fin, et qu'il écrivit au mois de mai 1828, pour servir d'épilogue à ses odes politiques, M. Victor Hugo affirme une fois de plus ses principes royalistes et sa haine de la révolution. Une des strophes commence ainsi VICTOR HUGO AVANT 1830 459 Des révolutions j'ouvrais le gouffre immonde. L'ode A Madame la comtesse fut composée par le poète, à Toccasion du mariage de son frère Abel avec M^e Julie Duvidal de Montferrier Ah ! puisse dès demain se lever sur tes jours Un bonheur qui jamais ne s'éclipse, et toujours Brille plus beau qu'un rêve même ! Vers le ciel étoile laisse monter nos vœux. Dors en paix cette nuit où nous veillons tous deux, Moi qui te chante, et lui qui t'aime ! L'ode A mon ami consacrait l'amitié ardente, enthousiaste, qui unissait, à la fin de 1827, Victor Hugo et Sainte-Beuve. Viens, disait au chantre de Joseph Delorme le poète des Odes et Ballades, Viens, joins ta main de frère à ma main fraternelle ; Poète, prends ta lyre ; aigle, ouvre ta jeune aile ; Etoile, étoile, lève-toi ! Les deux amis n'habitaient plus la rue de Vaugi- rard * ; ils étaient venus, au printemps de 1827, de- meurer tous les deux rue Notre-Dame-des-Ghamps, Victor Hugo au n'' i\, Sainte-Beuve au n° 19. Leur intimité, à ce moment, était telle, qu'ils se voyaient deux fois le jour. C'était l'époque où Sainte-Beuve écrivait et publiait dans le Globe les articles sur la Poésie française au seizième siècle, qui parurent en volume Tannée sui- 1 Voy. ci-dessus, ch. XII, p. 404. 460 VICTOR HUGO AVANT 1830 vante, au mois de juin 1828*. Le jeune et savant critique, touT en subissant sur plus d un point la domination de celui qu'il appelait yiotre grand Victor^, avait exercé sur lui, à son tour, une in- fluence considérable. Il le fit pénétrer dans l'inti- mité des poètes de la pléiade et en particulier de Ronsard. Il est remarquable, en effet, que Victor Hugo n'essaya des formes poétiques nouvelles, ne substitua au vers régulier la césure mobile et le libre enjambement qu'à partir de 1827, c'est-à-dire après sa liaison avec Sainte-Beuve. La Chasse du Bur grave, le Pas d'armes du roi Jean, sont de 1828. N'est-il pas per- mis de conjecturer que ces pièces, où l'auteur se crée à plaisir des difficultés dont il triomphe avec une éton- nante souplesse, ont été écrites après une conversa- tion où le critique lui avait montré, chez les poètes dont il faisait son étude journalière, de semblables jeux de rime? Dans la Chasse du Burgrave, par exemple, Victor Hugo répète la syllabe finale du vers, de façon à produire l'effet d'un écho Mon page, emplis mon escarcelle, Selle Mon cheval de Calatrava ; Va! Un des poètes de la pléiade, Joachim du Bellay, 1 Ces artirles parurent dans le Glche. à partir du 7 juillet 1827 et durant les mois suivants. 2 Pour être aimés toujours de notre grand Victor... Les Consolations, xix. VICTOR UUGO AVANT 1830 461 avail dil de même, en parlant des douleurs que lui causait l'amour Qu'élais-je avant d'entrer dans ce passage ? Sage. Et maintenant que sens-je en mon courage? Rage. Qu'est-ce qu'aimer et s'en plaindre souvent ? Yent. Etc., etc. En même temps que du Bellay, chanoine de Notre- Dame de Paris, Victor Hugo, dans la Chasse du Bur- grave, imitait encore Tauteur du poème de Magde- leine au désert de la Sainte-Baume en Provence , le père Pierre de Saint-Louis^ religieux carme. Dans ce poème, Magdeleine avait avec l'écho de longues con- versations, dont voici un spécimen Quels furent donc mes yeux à ceux des regardants ? Ardents. De qui suivait les pas autrefois Madeleine ? D'Hélène. Que me fera l'époux dans sa cour souveraine ? Reine. Et que donne le monde aux siens le plus souvent Vent. Que dois-je vaincre ici sans jamais relâcher? La chair. Qui fut cause des maux qui me sont survenus ? Vénus. Après s'être ainsi continué longtemps, le dialogue se termine par ces vers Pourrais-je quelque jour aller tout droit à Dieu Adieu. 26. 462 VICTOR HUGO AVANT 1830 Lorsque les jeunes romantiques de 1828 allaient répétant la Chasse du Burgrave et, se pâmant d'ad- miration devant ces rimes redoublées, y voyaient une innovation merveilleuse, qu'auraient-ils pensé si on leur eût dit que le maître ici n'était lui-même qu'un écho, — l'écho d'un chanoine et d'un père Carme ? III Les relations de Victor Hugo et de Sainte-Beuve, en ces dernières années de la Restauration, forment un des épisodes les plus intéressants de l'histoire du roman- tisme, et il convient d'en dire encore quelques mots. Les deux poètes, à cette date de 1828-1829, au len- demain des Odes et Ballades et de Joseph Delorme, à la veille des Consolations et des Feuilles d'automne, n'étaient pas seulement deux amis se voyant chaque jour, échangeant leurs pensées et leurs vers, se célé- brant l'un l'autre avec un enthousiasme lyrique; c'étaient deux frères vivant ensemble au même foyer et, s'ils n'avaient pas même génie, ayant même âme et même cœur. Si étroite était leur union, qu'après deux jours passés à la campagne loin de son ami, Sainte-Beuve lui écrivait, en même temps qu'à M"^" Victor Hugo Vous dont j'embrasse en pleurs et le seuil et Tautel, Êtres chers, objets purs de mon culte immortel. Oh ! dussiez-vous de loin, si mon destin m'entraîne, M'oublier, ou de près m'apercevoir à peine, VICTOR HUGO AVANT 1830 463 Ailleurs, ici, toujours vous serez tout pour moi ; — Couple heureux et brillant, je ne vis plus qu'en toi *. Lorsque l'auteur de Cromivell voulut, en 1829, publier, chez le libraire Charles Cosselin, une édi- tion complète de ses œuvres, ce fut Sainte-Beuve qui se chargea de rédiger le prospectus. Il y a, écrivait- il longtemps après, tel prospectus des Œuvres de Victor Hugo en 1829, chez Gosselin signé Amédée Pichot, et où Wordsworth est cité sur Shakespeare, qui est de moi '. » Sainte-Beuve ne s'en tenait pas à ces petits services d'ami ; il s'associait avec une tendresse, avec des effusions de cœur dont son recueil des Consolations porte la trace à chaque page, à toutes les joies et à tous les deuils de la famille de M. Victor Hugo deve- nue véritablement la sienne, comme le prouvent les détails qui vont suivre. Le poète des Odes et Ballades avait deux enfants, une fille, Léopoldine, née en 1824^, et un fils, Charles- Victor, né en 1826 *. Un second fils lui naquit, le 21 octobre 1828, et reçut les noms de François- Victor *. J'ai sous les yeux la lettre de faire part de sa naissance, et je la reproduis ici. 1 Les Consolations, xii. ^Premiers lundis, t. III, p. 344. — Nous avons vainement essayé de re- trouver ce prospectus ; il manque à la Bibliothèque nationale. 3 Morte tragiquement à Villequier Seine-Inlerieure, le 4 septembre 1843. 4 Mort le 13 mars 1861. 5 Mort le 20 décembre 1873. La seconde fille du poète, Adèle Hugo, née après 1 830 et filleule de Sainte-Beuve, a seule surAécu à sa sœur et à ses deux frères. Elle est, depuis 1872, enfermée dans une maison de folles. Sunt Lacrymal rerum. 46 i viCTon HUGO avant 1830 M Madame la baronne VICTOR HUGO est heureusement accouchée d'un garçon. Monsieur le baron VICTOR HUGO a l'honneur de vous en faire part. La mère et l'enfant se portent bien. Paris, 21 octobre 1828. Ce billet nous montre M. Victor Hugo prenant le titre de baron, en attendant qu'il prenne, à partir de 1836, le titre de vicomte. Çà, mon frère, Viens, rentrons Dans notre aire De barons i. Juoi qu'il en soit, dans la nuit du 21 octobre 1828, Sainte-Beuve, à l'occasion de la naissance du fils de son ami, composait la pièce suivante LA VEILLÉE A mon ami Y. H. Minuit, 21 octobre. Mon ami, vous voilà père d'un nouveau-né C'est un garçon encor le Ciel vous l'a donné Beau, frais, souriant d'aise à cette vie amère ; A peine il a coûté quelque plainte à sa mère. Il est nuit ; je vous vois ;... à doux bruit, le sommeil Sur un sein blanc qui dort a pris l'enfant vermeil, Et vous, père, veillant contre la cheminée, Recueilli dans vous-même et la tête inclinée, 1 Odes et Ballades le Pas d'armes du roi Jean. VICTOR UUGO AVANT 1830 465 Vous vous tournez souvent pour revoir, ô douceur ! Le nouveau-né, la mère, et le frère et la sœur, Comme un pasteur joyeux de ses toisons nouvelles, Ou comme un maître, au soir, qui compte ses javelles. A cette heure si grave, en ce calme profond, Qui sait, hors vous, l'abîme où votre cœur se fond, Ami ? qui sait vos pleurs, vos muettes caresses ; Ces trésors du génie épanchés en tendresses ; L'aigle plus gémissant que la colombe au nid ; Les torrents ruisselants du rocher de granit, Et comme sous les feux d'un été de Norwège, Au penchant des glaciers mille fontes de neige ? Vivez, soyez heureux, et chantez-nous un jour Ces secrets, plus qu'humains, d'un ineffable amour ! Cette amitié des doux poètes était devenue plus profonde encore un an plus tard. Sainte-Beuve, dé- diant à Victor Hugo son recueil des Consolations, lui disait Que sont devenus ces amis du môme âge, ces frères en poésie, qui croissaient ensemble, unis, encore obscurs, et sem- blaient tous destinés à la gloire ? Que sont devenus ces jeunes arbres réunis autrefois dans le même enclos ? Ils ont poussé, chacun selon sa nature ; leurs feuillages, d'abord entremêlés agréablement, ont commencé de se nuire et de s'étouffer ; leurs têtes se sont entre-choquées dans l'orage ; quelques-un?, sont morts sans soleil ; il a fallu les séparer, et les voilà main- tenant, bien loin les uns des autres, verts sapins, châtaigniers superbes, au front des coteaux, au creux des vallons, ou saules éplorés au bord des fleuves. La plupart des amitiés humaines, môme des meilleures, sont donc vaines et mensongères, ô mon ami... En écrivant ces lignes attristées, Sainte-Beuve en- tendait bien que son amitié pour Victor Hugo était 466 VICTOR HUGO AVANT 1830 de celles que la lassitude ne peut atteindre, que les passions mauvaises ne peuvent briser et qui sont plus fortes que la mort. L'amitié que mon âme implore, ajoutait-il, et en qui elle veut établir sa demeure, ne saurait être trop pure et trop pieuse, trop empreinte d'immortalité, trop mêlée à l'invisible et à ce qui ne change pas ; vestibule transparent, incorruptible, au seuil du sanctuaire éternel ; degré vivant, qui marche et monte avec nous et nous élève au pied du saint trône. Tel est, mon ami, le refuge heureux que j'ai trouvé en votre âme. » Comment donc s'est-il fait, ô poète, que, moins de huit ans après, vous ayez écrit ces vers qui scellaient à jamais dans la tombe votre amitié morte ? Quand, de la jeune amante, en son linceul couchée, Accompagnant le corps, deux amis d'autrefois, Qui ne nous voyons plus qu'à de momes convois, A cet âge où déjà toute larme est séchée ; Quand, l'office entendu, tous deux silencieux. Suivant du corbillard la lenteur qui nous traîne. Nous pûmes, dans le fiacre où six tenaient à peine. L'un devant l'autre, assis, ne pas mêler nos yeux, Et ne pas nous sourire, ou ne pas sentir même Une prompte rougeur colorer notre front. Un reste de colère, un battement suprême D'une amitié si grande et dont tous parleront ; Quand, par ce. ciel funèbre et d'avare lumière, Le pied sur cette fosse où l'on descend demain, Nous pûmes jusqu'au bout, sans nous saisir la main. Voir tomber de la pelle une terre dernière, VICTOR nUGO AVANT 1830 467 Quand, chacun, tout fini, s'en alla de son bord, Oh! dites! du cercueil de cette jeune femme, Ou du sentiment mort, abîmé dans notre âme, Lequel était plus mort ? Cette pièce est du mois d'avril 1837. Publiée d'abord sans titre et sans commentaire dans les Pensées d'août septembre 1837, elle a paru, en 1862, dans l'édition définitive des poésies de Sainte-Beuve, avec ce titre En revenant du convoi de Gabrlelle, et accompagnée de cette note Gabrlelle Dorval, fille de la célèbre actrice de ce nom... A son convoi, je me trouvai avec V. H. dans la même voiture ^ » Tout était si bien fini entre eux que, lorsque Sainte- Beuve se présenta à l'Académie française, au mois de mars 1844, sa candidature eut pour adversaire celui qui semblait devoir en être, au contraire, l'intro- ducteur et le patron, celui qu'il avait célébré en tant de rencontres, auquel il avait dit . C'est assez, c'est assez jusqu'à l'heure où mon âme, Secouant son limon et rallumant sa flamme A la nuit des tombeaux, Je viendrai, le dernier et l'un des plus indignes. Te rejoindre, au milieu des aigles et des cygnes, 0 toi l'un des plus beaux - ! On lit, dans une note de Sainte-Beuve, écrite par * Les causes de la ruptui'e de M. Victor Hugo et de Sainte-Beuve étant d'une nature tout intime et n'ayant rien à démêler avec la littérature, nous ne les signalerons point. Le lecteur, qui serait curieux de les connaître, trouvera des renseignements complets sur ce point délicat dans les Guêpes d'Alphonse Karr, numéro d'avril 1843, et dans le livre de M. Pons, Tun des derniers secré- taires de Sainte-Beuve, intitulé Sainte-Beuve et ses Inconnues. 2 Poésies de Joseph Delorme A mon ami V. H. 4G8 VICTOR HUGO AVANT 1830 lui quelques jours avant réleclion Mes fonds, qui étaient très bons, semblent baisser depuis quelques jours. Le chancelier M. Pasquier, mon i^rand appui, est malade et ne pourra aller voter et influer par sa présence. J'ai contre moi HUGO, Thiers, très peu pour moi Lamartine; si j'arrive, ce sera laborieux; si je manque, ce sera, je le crains, définitif; il me faudra prendre quelque grand parti de travail et de plan de vie \ » Sainte-Beuve fut élu, le 14 mars 1844' par 21 voix contre 15 données à M. Yatout et au comte Alfred de Vigny. M. Sainte-Beuve séchait sur pied, écrivait M. Dou- dan le lendemain du vote, et il eût fallu être bien méchant pour ne pas lui donner sa voix. Ces méchants se sont rencontrés en assez grand nombre, quoique heureusement en minorité ^. » M. YictorHugo, qui avait voté contre Sainte-Beuve, fut condamné^ comme directeur de l'Académie, à lui souhaiter la bienvenue, dans la séance du 27 fé- vrier 1845. Les choses se passèrent avec une courtoisie parfaite, et le directeur ne ménagea pas au récipien- daire les éloges accoutumés. Il parla avec une gravité éloquente, ne laissant apparaître, à la surface de son discours, unie et calme comme un beau lac, qu'une âme apaisée et un cœur serein. Mais j'imagine que Chateaubriand , qui assistait à la séance, n'aura pu entendre ce discours sans se rappeler les paroles qu'il avait placées autrefois dans la bouche de Chactas * La Vie de Sointe-Bewe, par Jules Troubat. p. 36. 2 Lettres Je X. Doudan, t. II, p. 44. VICTOR UUGO AVANT 1830 460 Le cœur le plus serein en apparence ressemble au puits naturel de la savane Alachua la surface en paraît calme et pure ; mais quand vous regardez au fond du bassin, vous apercevez un large crocodile que le puits nourrit dans ses eaux K » Voilà beaucoup de notes et de digressions. Le lec- teur me pardonnera, sans doute, s'il veut bien se souvenir que je l'ai averti au début de cette étude, — un lecteur bien averti en vaut deux, — et s'il est disposé, comme moi, à dire avec l'abbé Delille Le détour me rit plus que le cliemiu lui-même. Aussi bien, je me suis surtout proposé, dans ce travail, de réunir des documents précis, des infor- mations exactes pour servir à l'histoire du roman- tisme. Un des élèves les plus obscurs de David, nommé Lavoipière, sollicitant du prince Louis-Napoléon, en juillet 1852, une place de conservateur des musées, faisait ainsi valoir le plus mémorable de ses titres Je fus aussi chargé par David de lui ébaucher le javelot de Tatius, dans le tableau des Sabines. » Je ne prétends pas, je l'avoue, à une autre gloire que celle de ce brave Lavoipière, et il me suffira . d'avoir ébauché le javelot de Tatius pour celui des successeurs de Sainte-Beuve qui^ avec un talent à la hauteur du sujet, fera un jour le tableau de la Poésie française au dix-neuvième siècle. 1 Chateaubriaud, AUda. CHAPITRE XV Les Orientales. — Le Dernier Jour d'un Condamné. — Le Cénacle de 1829. — Marion de Lorme et Hernani. Les premières éditions des Orientales. — Le Dernier Jour cVun Condamné. 1829 et 1832. Sainte-Beuve et la tête de mort dé Madame X. L'Ane mort et la femme guillotinée. — Le cénacle de 1829. Sainte-Beuve, Alfred de Vigny, Fontaney, Alexandre Dumas, Charles Nodier, Alfred de Musset, Ernest Fouinet, Gérard de Nerval, Eugène et Achille Devéria, Louis Boulanger, David d'Angers. La Camaraderie. — Une lecture de Lamar- tine. - Marion de Lorme et Zaïre. Le salon de M. Victor Hugo en 1829 et en 1882. — M. de Martignac. Le sept août mil huit cent vingt-neuf. Un article de la Revue de Paris. — Hernani ou l'Honneur castillan. Bulletins des premières représentations. Charles Magnin. Lettres inédites de Sainte-Beuve. — Parodies. — Les Feuilles d'Automne. l^otre-Dame de Paris. — M. Victor Hugo en juillet 1830. Paris, 21 décembre 1828. Pour une fois que vous me grondez sur cent que je le mérite, vous êtes mal tombé, mon cher ami. Votre paresseux ami n'a pas été paresseux ce mois-ci, et s'il ne vous a pas écrit, ce n'est pas parce qu'il ne faisait rien, c'est parce qu'il faisait trop. Si je ne réponds pas aussi vite qu'il le faudrait à vos bonnes et aimables lettres, c'est parce que je travaille jour et nuit ; VICTOR HUGO AVANT 1830 471 et au lieu d'une lettre, vous aurez, le mois prochain, un volume de prose et un volume de vers. Adieu, ne m'en veuillez plus. Lamartine vient de m'adresser une ode charmante, et je ne lui ai pas encore répondu. C'est que, en vérité, le temps et les plumes me font défaut, mais non la vieille et bonne amitié que j'ai pour vous et les vôtres. Victor *. Le volume de prose et le volume de vers dont Victor Hugo, à cette date de décembre 1828, annonçait la prochaine publication, étaient le Dernier jour cVun conda7nné et les Orientales. Les Orientales parurent les premières, au mois de janvier 1829. Encore bien qu'elles n'aient point eu quatorze éditions en un mois, comme il a plu à l'au- teur de l'affirmer ^, leur succès n'en fut pas moms des plus vifs. A peine, lisons-nous dans V Annuaire historique de Lesur /Jowr 1829, à peine avait-on mis au jour les Orientales de M. Victor Hugo, qu'il a fallu les tirer trois fois en quelques mois, à plusieurs milliers d'exemplaires '. » La seconde édition est du mois de février. 1^29 ; et la troisième du mois d'avril *. Nulle part, le poète n'a déployé plus de souplesse, n'a manié le rythme avec plus d'habileté et fait faire à la langue de plus difficiles évolutions. Nulle part, sur- tout, il n'a prodigué des couleurs plus chaudes et plus éclatantes. Un rayon du soleil d'Orient éclaire et 1 Lettre de Victor Hugo à M. Adolphe de Saint-Valry. 2 Les Orientales, éditions Charpentier 1840, Fui-ne et 0> 1841. Voy. ci- dessus, ch. IX, p. 301. S Annuaire kistorique unioeriel pour iS29, par Lesur, p. 235. 4 Bibliographie de la FfdMe, année 1829. ijl2 VICTOR HUGO AVANT 1830 brûle ces pages, qui ne pâlissent pas à côté des toiles de Decamps et d'Eugène Delacroix. On est ébloui, mais on n'est pas ému ; et lorsqu'on ferme le livre, on se surprend à se demander si les vers par lesquels s'ouvre le volume ne pourraient pas lui servir d'épi- graphe La voyez-vous passer, la nuée au flanc noir, Tantôt pâle, tantôt rouge et splendide à voir, Morne comme un été stérile ? On croit voir à la fois, sur le vent de la nuit, Fuir toute la fumée ardente et tout le bruit De l'embrasement d'une ville. Dans ces strophes, merveilleuses de forme , on cherche en vain un sentiment qui aille au cœur, une pensée qui élève l'intelligence. En lisant les Orientales, on se rappelle involontairement ce que raconte quel- que part le célèbre voyageur écossais James Bruce. Il montra un jour un poisson peint à un musulman. Celui-ci, après un moment de surprise, lui lit cette question Si ce poisson, au jour du jugement, se lève contre toi et t'accuse en ces termes Tu m'as donné un corps et point d'âme vivante, que lui répondras-tu?» Le poisson de M. Victor Hugo est admirablement peint, mais Vâjyie vivante où est-elle ? Au sortir de celte poésie, splendide à voir, mais pa- reille à un été stérile, on est bien près de regretter ces humbles pièces oi^i le vers est faible, oi^i l'image est froide et décolorée, mais où -le sentiment est pur et touchant la Pauvre fille, de Soumet ; la Chute des feuilles, de Millevoye ; VAnge et VEnfant, de ^ viCTOH iilctO avant 1830 n.'} Reboul. Fuyant le soleil qui darde sur lui ses rayons étincelants, le lecteur altéré va demander à la petite source qui se cache au fond du bois Une goutte d'eau qu'on çeut boire. Au mois de février 1829, en même temps que la seconde édition dos Orientales, paraissait, sans nom d'auteur, le Dernier jour rVun condamné. En 1832, alors qu'un très vif mouvement d'opinion s'était produit dans la presse et à la Chambre des députés en faveur do l'abolition de la peine de mort, M. Victor Hugo s'empressa d'écrire une longue préface, où il déclarait que son ouvrage n'était rien moins que la plaidoirie générale et permanente pour tous les accusés présents et à venir ; le grand point de droit de l'humanité, allégué et plaidé à toute voix devant la société, qui est la grande cour de cassation ; la question de vie et de mort, déshabillée, dénudée, dé- pouillée des entortillages sonores du parquet, bruta- lement mise au jour, et posée où il faut qu'on la voie, où il faut qu'elle soit, où elle est réellement dans son vrai milieu, dans son milieu horrible, non au tribunal, mais à l'échafaud, non chez le juge, mais chez le bourreau *. » Je ne sais si j'ai, tort, mais j'imagine que M. Victor Hugo ne s'est avisé de toutes ces belles choses qu'après coup, et que, en 1828, en écrivant son livre, il se proposait uniquement de faire œuvre d'art et de fantaisie. Voici, en effet, les quelques lignes qui 1 Préface de la o» édition, mars 1832. 474 VICTOR HUGO AYANT 1830 se trouvent en tête de toutes les éditions de son ou- vrage antérieures à 1832 Il y a deux manières de se rendre coQipte de l'existence de ce livre. Ou il y a eu une liasse de papiers jaunes et inégaux sur lesquels on a trouvt^ enregistrées une à une, les dernières pensées d'un misérable ; ou il s'est rencontré un homme, un rêveur occupé à observer la nature au profit de l'art, un philo- sophe, un poète, que sais-je ? dont cette idée a été la fan- taisie, qui l'a prise ou plutôt s'est laissé prendre par elle, et n'a pu s'en débarrasser qu'en la jetant dans un livre. De ces deux explications, le lecteur choisira celle qu'il voudra. En composant le Dernier jour cVun condamné^ Yictor Hugo ne faisait donc point œuvre d'apôtre, maïs œuvre d'artiste, d'un artiste qui, selon sa constante habitude, suivait la mode du jour. Or, à ce moment, la mode était aux têtes de mort, aux squelettes et aux fantômes. C'était le temps où les amoureux se pro- menaient la nuit sous le balcon de leur belle, non une guitare, mais une tête de mort à la main. Le biographe de Sainte-Beuve, auquel nous empruntons ce trait de mœurs romantiques, ajoute Sainte- Beuve, environ vers ce temps, reçut la visite d'une jeune et illustre dame ; elle lui remit une tête de mort préparée pour l'étude. Le crâne scié formait couvercle et s'ouvrait sur charnière. Elle avait mis dedans une mèche de ses cheveux Vous remettrez cela à A***, dit-elle *. » Jules Janin, qui flairait le vent, lui aussi, et dont les débuts sont contemporains du Dernier jour d'un condamné, ne trouve rien de 1 Sainte-Beuve poète, par A. France, p. 12 VICTOR ULGO AVANT 1830 475 mieux, afin d'en assurer le succèS;, que de choisir pour sujet de son premier roman, de son malden speech, l'histoire d'une jeune fille qui meurt à la place de Grève, sous le couteau de la guillotine. Je m'em- presse, du reste, de reconnaître que Jules Janin n'a jamais prétendu avoir fait une œuvre humanitaire en écrivant VAne mort et la Femme guillotinée. Son livre n'était même, à le bien prendre, qu'une critique de la littérature de cours d'assises et d'échafaud. Le spi- rituel écrivain n'était la dupe ni de son propre talent ni du génie de Victor Hugo, et il jugeait ainsi, dans la Quotidienne, le Dernier jour d'un cotidamné C'est à en. devenir fou. Ce livre, tout étincelant d'une atroce et horrible vérité, doit mettre à bout le peu d'émotions qui nous restent... Figurez-vous une agonie de trois cents pages ; figurez- vous un homme de style, d'imagination et de courage, un poète habitué à jouter avec les plus grandes difficultés de la langue et des passions, se plongeant par plaisir dans ces longues tortures , interrogeant le pouls de ce misérable , comptant les battements de ces artères, prêtant l'oreille à ce cœur qui se gonfle dans cette poitrine, et ne se retirant de l'échafaud que lorsque la tête a roulé. Tout ceci n'est-il pas de l'atroce? et puis ne s'agit-il pas d'un homme de sang? Que si, par hasard, vous avez egsayé un plaidoyer contre la peine de mort, je vous répondrai qu'un drame ne prouve rien. De grâce, vous nous faites trop peur. Trêve à ces tristes efforts ! Préservez-nous d'une vérité si dure. Permettez-nous encore de nous sentir hommes quelquefois, c'est-à-dire d'être assez bien organisés pour être émus par des beautés simples et naturelles, intéressés par une fable riante et jeune, attendris par des récits animés et vivement passionnés... Il convient d'ajouter, pour être juste, qu'il y a, 476 VICTOR HUGO AVANT 1830 dans le Dernier jour cVun condamné, des pages admi- rables, des tableaux d'un art achevé. A cette date de 1829, le talent du prosateur, chez Victor Hugo, est à la hauteur de son talent de poète. Ce double talent atteindra bientôt son apogée dans deux œuvres, publiées seulement en 1831, mais qui furent compo- sées toutes les deux en 1830, les Feuilles cV automne et Noire-Dame de Paris. II Bayle remarque quelque part que chaque écrivain a dans sa vie son époque lumineuse, son moment plus favorable que les autres et vers lequel ses sou- venirs aiment à se reporter. Ce moment doit être pour M. Victor Hugo l'année même où nous sommes par- venus, cette année 1829, où prennent place la publi- cation des Orientales et du Dernier jour d'un condam- né, la composition de Marion de Lorme, ^Heriiani, et de quelques-unes des plus belles pièces des Feuilles d'automne. Agé de vingt-sept ans, en pleine sève et en pleine gloire, il est le chef incontesté de l'école romantique ; il voit se presser autour de lui, dans le Cénacle nouveau qui a succédé à celui de 1824 *, Alfred de Vigny, Sainte-Beuve, Charles Nodier, Ulric Guttinguer , Adolphe de Saint-Valry , Fontanéy ; Alcide de Beauchesne, qui écrira plus tard sur Louis XVII deux volumes, commentaire éloquent 1 Sur le Cénacle de 1824, \oy. ci-dessus, chapitre X. VICTOR nUGO AVANT 1830 177 de l'odo de M. Yiclor Hugo sur le fils du roi-mar- tyr ; Ernest Fouinet, jeune écrivain de savoir et d'imagination », qui avait mis son érudition au service du poète des Orientales * / Emile et Antony Deschamps, Alfred de Musset, Victor Pavie, Jules de Rességuier , Gérard de Nerval , Alexandre Dumas ; et, à côté des poètes, les peintres et les sculpteurs, Louis Boulanger, Achille et Eugène Devéria, Eugène Delacroix et David d'Angers. David fait son médaillon et l'envoie, avec quelques autres, à Alfred de Vigny, qui le remercie en ces termes J'ai devant moi mes chères médailles. Mes yeux ne cessent de passer de la gloire à la gloire et de l'amitié à l'amitié, en allant de l'image de mon cher Victor à votre nom ^. » Achille Devéria fait son portrait, et à cette lithogra- phie, qui attire la fouie à la vitrine de tous les marchands d'estampes, la Revue de Pains consacre aussitôt un article, dont j'extrais les lignes suivantes C'est peut-être la première fois qu'un portrait sur pierre ressemble autant à une peinture, et qu'un seul et même crayon a su produire à l'œil l'illusion de tant de nuances diverses. L'ensemble est plein d'agrément, d'éclat et saisit tout d'abord. La tête, haute et puissante, se détache en blanc sur un fond noir, et cette blancheur des parties saillantes du front et de la face l'ait ressortir davantage l'ardeur inextin- guible et redoublée des yeux. A regarder de plus près, le modelé des joues est d'une exécution achevée. Il n'est pas jusqu'à la nuance lustrée de cette cravate de soie noire qui ne 1 Voy., dans les notes des Orientales, les nombreux fragments de poèmes orientaux traduits par Ernest Fouinet. 2 Do,vid d'Angers, par ÎM. Henry Jouin. t. I. p. 190. 27. 478 VTCTOR HUGO AVANT iH'M se distingue du collet noir de l'habit, autant que la blancheur de la joue se sépare du blanc de ce gilet. La ressemblance est réelle et frappante ; l'expression de l'âme et du talent de M. Hugo ne l'est pas moins ; il semble qu'un rayon inté- rieur, un pâle éclair se brise, se reflète et joue sur les con- tours de ce front immense et de cette noble et grave figure. Il est impossible de ne pas faire reposer un glorieux avenir sur cette tête de vingt-sept ans. M. Devéria n'aurait su débuter, dans sa série de portraits contemporains, par une plus belle œuvre ni par un modèle plus digne i. Sainte-Beuve, qui vient de terminer son choix des poésies de Ronsard, fait hommage au chef de la Pléiade romantique du bel exemplaire in-folio sur lequel avaient été pris les extraits, et le lui dédie par cette épigraphe Au plus grand inventeur lyrique que la poésie frariçaise ait eu depuis Ronsard, le très humble commentateur de Ronsard. S. B. Et sur cet exemplaire à grandes marges, Alfred de Vigny, Fontaney, Sainte-Beuve, Ulric Guttinguer, Alexandre Dumas, M°^^ Tastu, d'autres encore, ins- crivent pieusement quelque strophe, quelque marque de souvenir^. * Revue de Paris, 1829, t. VI, p. 272. 2 Je trouve, dans un article de M. Edouard Laboulaye, concernant le catalogue de la bibliothèque de M. Charles Giraud Journal des Débats du 11 mars 1855, ces lignes charmantes Pour moi, si j'étais poète, je pousserais à l'enchère ou cette Imitation de Corneille, qui porte une dédicace de la main de l'auteur, ou ce beau Ronsard in-folio, offert à Victor Hugo par Sainte-Beuve. Ce livre qui porte sur ses marges des vers autographes de Victor Hugo, de Dumas, d'Alfred de Vigny, de Sainte-Beuve, d'Ulric Guttinguer, de M™» Amable Tastu. ce livre, sorti des mains de son véritable YICTOH HUGO AVANT 1830 479 Pour ses jeunes disciples du Génaclo, Victor Hugo n'est pas seulement le maître, il est bien près d'être un dieu. Un des poètes du groupe, et non le moindre, assurément, lui dit Nous sommes devant vous comme un roseau qui plie ; Votre souffle en passant pourrait nous renverser *. Aussi, toutes les fois qu'il daigne lire devant eux une ode ou quelque scène d'un drame inédit, avec quelle ferveur d'admiration, avec quels transports d'enthousiasme chacun de ses vers n'est-il pas accueilli! Pénétrons, à la suite d'un guide aimable et sûr, dans le salon de Charles Nodier, à l'Arsenal, un soir où Victor Hugo y récite des vers. Quand Hugo, dit Mme Ancelot, dans ses intéressants sou- venirs sur les salons de Paris, la tête inclinée et le regard sombre et soucieux, disait, de sa voix puissante dans sa monotonie, quelques strophes d'une belle ode sortie nouvel- lement de sa pensée, pouvait-on employer ces mots d'admi- rable ! superbe ! prodigieux ! qu'on venait d'user devant lui en l'honneur de quelque médiocrité ! C'était impgssible ! Alors il se faisait un silence de quelques instants, puis on se levait, on s'approchait avec une émotion visible, on lui prenait la main, et on levait les yeux au ciel ! La foule écoutait. Un seul mot se faisait entendre, à la grande surprise de ceux qui maître, errant comme lui, n'est-il pas toute une histoire ? Où sont maintenant tous ces beaux rêves d'il y a vingt-cinq ans ? Quel vent a dispersé tous ces fidèles qu'unissaient la religion des lettres et l'amour de la poésie ? Où sont envolées tant d'espérances et tant d'amitiés? — Et cependant, si précieux que soit ce livre qui me rappellerait ma jeunesse, il en est un qui me serait plus cher encore c'est un Nouveau Testament grec, qui porte un simple nom, mais c'est celui de Racine... » 1 Sainte-Beuve, les Consolations, sonnet à Victor Hugo. 480 VICTOR HUGO ayant 1830 n'étaient pas initiés, et ce mot retentissant dans tous les coins du salon, c'était — Cathédrale ! Puis l'orateur retournait à sa place ; un autre se levait et s'écriait — Ogive ! Un troisième, après avoir regardé autour de lui, hasardait — Pyramide d'Egypte ! Alors l'assemblée applaudissait et se tenait ensuite dans un profond recueillement ; mais il ne faisait que précéder, une ex- plosion de voix qui toutes répétaient en chœur les mots sacra- mentels qui venaient d'être prononcés chacun séparément *. Par cette scène, on peut voir à quel diapason était monté l'enthousiasme des adeptes du roman- tisme. Bien plus encore que celui de 1824, le Cénacle de 1829 était une école d'admiration mutuelle. Un esprit mordant et dur, Henri de Latouche, dans un article de la Revue de Paris ^^ intitulé la Camaraderie litté?'aire, se donna le malin plaisir de relever ce travers de M. Victor Hugo et de ses disciples. Entre tout adepte, disait-il, rencontré par un autre adepte, il s'échange toujours un regard qui veut dire Frrre, il faut nous louer!... Ces mutuelles compagnies d'as- surances pour la vie des ouvrages ne sont attaquables, nous le répétons, que par leur influence sur l'avenir des lettres. Du reste, elles sont douces et commodes. Si elles nuisent à l'art, elles font peut-être le bonheur de l'artiste. Cette banque de vanité escompte les mérites futurs et permet de réaliser des jouissances 1 Les Salons de Paris. — Foijers éteints, pav M™* Ancelot, p. 123. 2 Ootobr» 1820. VICTOR ITUGO AYANT 1830 181 qui sufOsonl aux exigences du moment. Des poiMes e7icamaradent des musiciens ; des musiciens;, des peintres ; des peintres, des sculpteurs. On se chante sur la plume et sur la guitare ; on se rend en madri- gaux ce qu'on a reçu en vignettes ; on se coule en bronze de part et d'autre ; chacun peut, à l'heure qu'il est, se suspendre à sa cheminée et se constituer le dieu lare de son foyer. » Pour jiistes et piquantes que fussent ces lignes, il faut bien reconnaître cependant que quelques-uns de ces camarades n'ont pas laissé de faire dans le monde un chemin assez glorieux. 11 faut reconnaître surtout que c'était une merveilleuse époque, — et dont nous sommes, hélas ! bien loin, — que celle où David d'Angers, le grand statuaire, pouvait écrire Hier, Lamartine a lu des vers chez Hugo. Il faisait presque nuit; cependant le ciel gardait encore une suffisante clarté. Lamartine s'était adossé à la fenêtre. Sa tête se détachait en silhouette sur le ciel qui lui servait de fond. Il semblait une statue de bronze, et parfois on eût dit qu'il allait prendre place parmi les astres *. » * David d'Xngnrs, par M. Henry Jouin. t. î, p. JOO. — Notes aiUograplios de David. Quelques lignes plus loin, le statuaire ajoute a Quand Lamartine est avec ses amis, il ne s'assied jamais comme les autres. Son corps a la sou- plesse du serpent et prend toujours des attitudes ondoyantes. » 482 VICTOR HUGO AVANT 1830 III A l'époque où eut lieu, dans le petit salon de la rue Notre-Dame-des-Ghamps, la lecture dont parle David juin 1829, Victor Hugo écrivait Marion de Lorme. Commencée le 1er juin, la pièce était terminée le 24 du même mois, après vingt-quatre jours de travail, deux de plus que n'en avait mis Voltaire à composer Zaïre. Le poète lut son drame, qui s'appelait alors un Duel sous Richelieu, devant une réunion dont ne faisaient partie, cette fois, ni Lamartine, qui venait de retourner à Saint-Point * ; ni David, qui se dispo- sait à partir pour aller voir Gœthe à Weimar, mais dans laquelle on remarquait Balzac, Alfred de Vigny, le baron Taylor, commissaire royal près le Théâtre- Français ; Sainte-Beuve, Soumet, Emile et Antony Deschamps, Alexandre Dumas, Charles Magnin, Eu- gène et Achille Devéria, Eugène Delacroix, Frédéric Soulié, Armand et Edouard Berlin, Alfred de Musset, Prosper Mérimée, Villemain, Mi Tastu, etc.^ Aujourd'hui, sans doute, il arrive à M. Victor Hugo de faire des lectures devant ses nouveaux amis. L'un d'eux, et non le moins enthousiaste, M. Gustave Rivet, dans un livre intitulé Victor Hugo chez lui, a pris soin de nous faire connaître ceux qui se réunissent, le soir, dans le salon rouge », et composent le * Correspondance de Lamartine, t. IV, p, 242. 2 Yictor Hugo raconté, etc. ,t. II, p. 282. VICTOli HUGO AVANT 1830 483 bataillon sacré et comme la garde d'honneur du MAITRE *. » Il m'a paru qu'il ne serait pas sans inté- rêt de mettre en regard des noms de ses auditeurs d'autrefois les noms de ses auditeurs d'à présent. 1829 1882 H. de Balzac. Alfred de Vigny. Baron Taylor. Sainle-Beuve. Alexandre Soumet. Emile Deschamps. Antony Deschamps. Alexandre Dumas. Charles Magnin. Eugène Devéria. Achille Devéria. Eugène Delacroix. Frédéric Soulié. Armand Bertin. Edouard Bertin. Alfred de Musset. Prosper Mérimée. Yillemain. M™e Tastu. E. de Concourt. Auguste Vacquerie. Colonel Langlois. Gustave Bivet. H. de Lacretelle. Emile Deschanel. Antony Mérat. Paul Meurice. Edmond Magnier. Chiffart. Régamey. Donnât. Ernest Blum. Pierre Véron. Ildefonse Bousset. Théodore de Banville. Tony Ré Villon. Allain-Targé. Mie Adam. Je laisse au lecteur le soin de se prononcer entre les deux listes, et je m'assure que M. Victor Hugo lui- * Victor Hugo chez lui, p. 1 ' iSI VICTOR nUGO AVANT 1830 même doit se sentir plein de tristesse et d'ennui dans son salon rouge », lorsqu'il compare Aux hommes d'autrefois les hommes d'aujourd'hui. Marion de Lorme fut reçue par acclamation au Théâtre-Français ; mais le ministre de l'intérieur, M. de Martignac, crut devoir interdire la pièce, en raison du rôle que l'auteur y faisait jouer à Louis XIII. M. Victor Hugo en appela du ministre au roi. L'au- dience demandée lui fut accordée sur-le-champ, a II reçut le lendemain matin, lisons-nous dans son auto- biographie, un mot du duc d'Aumont, l'avertissant que Sa Majesté recevrait, le jour même, à midi, en audience particulière, le baron Victor Hugo. » Il n'avait jamais pris son litre, et c'était la première fois qu'on le lui donnait V» M. Victor Hugo se trompe lorsqu'il dit qu'il n'avait jamais pris le titre de baron. Nous avons vu, dans notre précédent chapitre, qu'il l'avait pris au moins une fois^. L'audience eut lieu au palais de Saint-Gloud, et se prolongea près de trois quarts d'heure. C'était le 7 août 1829. Le prince fut plein de bonne grâce et de bienveillance ; le poète, plein de franchise et de res- pect. Il a rendu compte de cette entrevue, une première fois, en 1839, dans la pièce des Rayom et des Ombres qui a pour titre le Sept août mil huit eent vingt-neuf ; une seconde fois, en 1864, dans le cha- 1 Victor Hwjo raconté, etc., t. II, p. iS7 2 Voy. ci-dessus, p. 464. VICTOR HUGO AVANT 1830 iSo pitre Liv° do son autobiographie *. Ces deux récits, l'un en vers, l'autre en prose, tous deux d'une con- venance parfaite, ont cependant le défaut d'avoir été composés longtemps après l'événement. Aussi le lecteur, curieux de connaître exactement la vérité sur Vaudience accordée par S. M. Charles X à M. Victor Hugo, fera-t-il bien de recourir à la Revue de Paris du mois d'août 1829 -, ofi il trouvera un compte rendu écrit au lendemain même de cette audience , et qui, bien que signé par le directeur de la Bévue, le docteur Louis Véron, est en réalité de Sainte-Beuve, ou plutôt de Victor Hugo lui-même, à qui Sainte- Beuve, ce jour-là, avait prêté sa plume. On lit, en effet, dans une Note laissée par l'auteur des Causeries du Lundi J'ai, en bien des cas, prêté ma plume à mes amis, en me mettant en leur lieu et place et en faisant ce qu'ils désiraient de moi. Par exemple le récit de l'audience accordée par le roi Charles X à Yictor Hugo, récit inséré dans la Revue de Paris, est de moi ^ » En quittant Saint-Gloud, l'auteur de Marion de Lorme avait respectueusement déposé aux mains du monarque \acte redoutable du drame, le Iy^ Après l'avoir lu, Charles X crut devoir maintenir la décision de ses ministres, et il faut reconnaître qu'elle n'était que trop justifiée par les circonstances du moment. N'était-ce pas le temps oi^i le roi était, dans la presse, 1 VicJor Hiiijo raconté, etc.. t. Il, p. 281. 2 Revue de Paris, 1829, t. V, p. 127. 3 Premiers lundis, par Sainte-Beuve, t. III, p. 3ii. 486 VICTOR HUGO AVANT 1830 l'objet des plus violents outrages, et où VAlhnm pu- bliait contre lui cet article odieux qui avait pour titre le Mouton enragé * ? Dans le Louis XIII du drame, caricature de celui de l'histoire ^ , dans ce roi qui se laisse gouverner par un prêtre, et qui ne pense qu'à la chasse, l'opposition n'eût pas manqué de voir une allusion à Charles X. Certes, cette allusion n'était point dans la pensée de l'auteur, alors encore roj^aliste ; mais de ses intentions certaine porlion du public aurait eu peu de souci, et elle eût infaillible- ment tourné la pièce contre le prince dont M. Victor Hugo avait célébré l'avènement par de si beaux vers ^. Pour adoucir le refus qu'il était obligé d'opposer à la requête du poète, Charles X ne se contenta pas de bonnes paroles, il multiplia les marques de sa bienveillance. On lit dans le Moniteur du 12 août 1829 L'intendant général de la maison du roi a fait souscrire, 1 L" auteur de l'article, M. Fontan, un homme de plus de prison qxie de talent », fut poursuivi devant le tribunal de police correctionnelle de la Seine, et condamné le 24 juillet 1829. 2 Voy. Louis Xlll et Richelieu, par M. Marins Topin. L'auteur a parfaite- ment démontré que Louis XIII n'avait pas été l'esclave couronné de Richelieu, mais bien son collaborateur actif, son ami reconnaissant et dévoué. » 3 Voici le jugement que portait, en 1836, sur le drame de Marion de Lorme, un écrivain ami de M. Victor Hugo, M. Jules Janin Marion de Lorme, c'est la réhabilitation de la courtisane ! Tous les personnages princi- paux, Richelieu, le terrible cardinal, Louis XIII, le roi si brave et de tant d'esprit, tous les seigneur3 de cette coup élégante qui allait être bientôt la cour du grand roi, sont sacriflés, devinez à qui? à Marion de Lorme, la courtisane ! Elle seule, dans tout ce drame ; elle a de l'esprit, elle a du dé- vouement, elle a du courage, elle a du cœur. Toute cette époque de l'histoire de France est misérablement sacrifiée à cette vile fille de joie... » Diction- naire de la Conversation, 63" livraison, p. 197. VICTOR HUGO AVANT 1830 487 chez le libraire Charles Gosselin, à quinze exemplaires de la cinquième édition des Poésies de M. Victor Hugo, renfermant les Odes et Ballades et les Orientales, et au même nombre de la troisième édition des Poèmes de M. Alfred de Vigny, Ces exemplaires sont destinés aux bibliothèques particulières de Sa Majesté. En même temps, le successeur de M- de Martignac au ministère de l'intérieur, M. de la Bourdonnaye, à peine entré en fonctions, écrivait à l'auteur de Marron de Lorme, pour lui annoncer que le roi lui donnait une nouvelle pension de deux mille francs, et non une nouvelle pension de quatre mille francs, comme le dit à tort M. Victor Hugo, qui enfle ici le chiffre de loffro, afin d'accroître d'autant l'honneur du refus. Il répon- dit, en effet, au ministre par la lettre suivante Monseigneur, Je suis profondément touché des bontés du roi. Mon dévouement au roi est, en effet, sincère et profond. Ma famille, NOBLE DÈS L'AN 1531, est une vieille servante de rÉtat. Mon père et mes deux oncles l'ont servi quarante ans de leur épée. J'ai moi-même peut-être été aussi assez heureux pour rendre quelques obscurs services au roi et à la royauté. J'ai fait vendre cinq éditions d\in livre où LE NOM DE BOURBON SE TROUVE A CHAQUE PAGE. Monseigneur, ce dévouement est tout désintéressé. Il y a six ans, le feu roi daigna m'accorder, par ordonnance royale, et en même temps qu'à mon noble ami, M. de Lamartine, une pension de 2000 francs sur les fonds littéraires du ministère de l'intérieur. Je reçus cette pension avec d'autant plus de reconnaissance que je ne l'avais pas solhcitée. Monseigneur, cette pension, si modique qu'eUe soit, me suffit. Il est vrai que toute la fortune de mon père, à peu 48S VICTOR HUGO avaa?/ze de Paris, publiée seulement au mois de mars 1831, mais écrite en 1830. Il pensait à ce roman dès 1828, époque à laquelle il l'avait vendu au libraire Gosselin, s'engageant à le livrer en avril 1829. Les Feuilles d'automne parurent, comme Notre- Dame de Paris j en 1831, mais la Restauration peut les revendiquer aussi bien que les Odes et Ballades et les Orientales. Sur les quarante pièces dont se compose ce recueil, trente sont antérieures, par la date de leur composition, au mois de juillet 1830. de rOdéon, le 30 mars 1830. L'épilogue, qui se passait à Rome, ayant été supprimé après les premières représentations, la pièce n'eut plus alors que ce titre Christine, ou Stockholm et Fontainebleau. 1 Nous sommes red0\'able3 de ces lettres de Sainte-Beuve à une obligeante communication de M"»» G. de Saint-Valrv. 508 VICTOR HUGO AVANT 1830 A cette date de juillet 1830, à laquelle nous sommes arrivés et que nous ne dépasserons pas, M. Victor Hugo était en possession d'une gloire aussi légitime qu'elle était pure. Sa vie était sans tache comme son talent, et il pouvait écrire ces vers, qu'il nous est doux de rappeler, au terme de cette trop longue étude L'orage des partis, avec son vent de llamme, Sans en altérer l'onde, a remué mon âme ; Rien d'immonde en mon cœur, pas de limon impur Qui n'attendît qu'un vent pour en troubler l'azur ! Après avoir chanté, j'écoute et je contemple, A l'empereur tombé dressant dans l'ombre un temple. Aimant la liberté pour ses fruits, pour ses fleurs, Le trône pour son droit, le roi pour ses malheurs i ! * Les Feuilles d'automne, I, juin 1830. CHAPITRE XVI. Conclusion. De 1830 à 1882. — Chateaubriand. Lamartine. Alfred de Musset. — Que M. Hugo n'est pas un inventeur; qu'il n'est jamais à la tête, toujours à la suite ; jamais créateur et maître d'une idée, mais toujours serviteur et héraut des idées du moment. — Comment son influence véritable est nulle, eu dépit de sa popularité. Deux vers des Chdthïients. — Le Romantisme, le Naturalisme et la Démocratie. — De la place qu'il convient d'assigner à M. Victor Husro. Notre lâche est maintenant remplie. Ce que je voudrais avant tout, a dit Sainte-Beuve, dans son livre sur Chateaubriaiid et son groupe littéraire sous V Em- pire, ce serait de donner simplement des chapitres d'histoire littéraire, de les donner vrais, neufs, s'il se peut, nourris de toutes sortes d'informations sur la vie et l'esprit d'un temps encore voisin de date et déjà lointain de souvenir \ » C'est là aussi ce que nous avons essayé de faire, dans l'humble mesure de nos forces, en écrivant ces études sur Victor Hugo et son groupe littéraire sous la Restauration, et peut-être nous aura-t-il été donné de ne pas échouer complète- 1 T. II, p. 143. 510 VICTOR HUGO AViVNT 1830 ment, grâce aux nombreux documents qui ont été si obligeamment mis à notre disposition. Si imparfait qu'il soit, il restera, du moins, de notre travail, quelques pages d'Alfred de Vigny, de Sainte-Beuve et de Victor Hugo lui-même, arrachées à l'oubli, quel- ques fouilles patientes, pratiquées dans les journaux d'autrefois, la vérité rétablie sur nombre de petits faits, assez peu importants en apparence, mais qu'il convient pourtant de ne point laisser dénaturer altérés et travestis, les petits faits ne sont pas plus inoffensifs que ces petites pluies dont W^^ de Sévigné a dit dans l'une de ses lettres Ce sont les petites pluies répétées qui gâtent bien les chemins. » Au moment de fermer ces pages, une dernière tâche s'impose à nous, et nous ne la déclinerons pas. Depuis 1830, M. Victor Hugo n'a cessé de produire des œuvres nombreuses, considérables. Des Chants du Crépuscule à la Légende des Siècles, des Voix inté- rieures aux Châtiments, des Bayons et les Ombres aux Quatre Vents de Vesprit, des Misérables à. Quatre-vingt- treize, du Roi s'amuse à Torquemada, il a multiplié ses publications, poésies^ drames, romans, avec une énergie et une continuité de travail qui commandent le respect. Voici bien des années qu'il a dit, dans les Contemplations Qui travaillait avant l'aurore Peut s'en aller avant le soir. Le soir est venu et il travaille encore. Gomme Goethe et comme Chateaubriand, il a rempli toute sa VICTOR HUGO AVANT 1830 oH journée. Tout ce qu'il avait en lui de force et de génie, de sentiments et de pensées, d'images et de couleurs, il a pu le traduire au dehors, donnant ainsi un complet épanouissement à ses merveilleuses qualités, — et aussi à ses énormes défauts. Quel rang l'ensemble de cette œuvre étonnante lui assure-t-il parmi les poètes et les écrivains de notre temps? M. Victor Hugo est le plus grand artiste en vers que la littérature française ait produit. Nul n'a manié la langue avec plus de force et d'habileté ; nul ne lui a fait rendre davantage et n'en a tiré des effets plus pro- digieux. Le génie de l'exécution n'a jamais été poussé plus loin. Mais en poésie, comme en musique, il y a autre chose que l'exécution, autre chose que le doigté ; il y a l'âme ; et l'âme est presque toujours absente de la poésie de M. Victor Hugo, La poésie de Lamar- tine est plus haute et plus pure, plus intime et plus sincère. Elle n'éblouit pas, mais elle charme ; elle ne force pas l'admiration par le relief du style, la pré- cision du dessin et l'éclat du coloris ; elle émeut et elle touche. On discutait un jour devant Rossini sur les mérites comparés de Beethoven et de Mozart. Beethoven, dit Rossini, est le plus grand des musi- ciens ; oui, sans doute; mais Mozart, c'est la musique.» Ne pourrait-on pas dire de même — Victor Hugo est un grand poète ; mais Lamartine, c'est la poésie. Comment oublier, d'ailleurs, que c'est Lamartine qui a rapporté la poésie à la France après le siècle de Voltaire et le règne de l'abbé Delille, comme les 512 VICTOR HU&O AVANT 1830 Bourbons lui avaient rapporté la paix et la liberté après les guerres de l'empire et le despotisme de la république ? Les Méditations ne sont pas seulement un livre immortel, elles sont une date dans notre histoire littéraire. Ce petit livre, publié sans nom d'auteur au mois de mars 1820, a fait une révolution dans la poésie. Avant lui^ on ne pouvait faire des vers, on ne pouvait en lire sans avoir sous la main le Dictionnaire de la Fable; c'est Lamartine qui a changé tout cela, qui a banni de la poésie les senti- ments et les images du paganisme, qui lui a rendu ses titres et restitué son domaine la nature et l'idéal, l'âme et Dieu. A cette double supériorité d'avoir été un initiateur, alors que Victor Hugo n'était encore qu'un enfant, et d'être le poète de l'âme, alors que l'auteur des Orientales est surtout le poète de la forme, Lamartine en joint une troisième. Tandis que Victor Hugo, dans ses divers recueils, et même dans la Légende des siècles, n'a écrit que des pièces détachées, le chantre des Méditations et des Harmonies s'est révélé grand poète épique dans Jocelyn, cette épopée domestique, dont Victor de Laprade, le chantre de Pernette, a dit quelque part Je n'hésite pas, pour mon compte, à prononcer à côté du nom de Lamartine le nom divin d'Homère... Jocelyn est pour moi la plus haute ex- pression de cette forme nouvelle et tout à fait chré- tienne de l'épopée qui élève la vie privée, la vie de famille à la dignité de l'histoire, qui accorde aux destinées individuelles une large place dans la pein- VICÏOU HUGO AVANT 1830 513 ture des événemenls nationaux, qui ne prise pas moins l'héroïsme caché et l'intime développement de l'âme que la vertu militaire et la grandeur politique. Une telle poésie a seule le droit de dire, d'après l'anti- quité Je suis la poésie humaine, et rien de ce qui est humain ne m'est étranger*. » Lamartine restera donc le premier poète du dix- neuvième siècle. Yictor Hugo ne viendra qu'après lui, au troisième rang, parmi les écrivains de notre temps, car au-dessus de Victor Hugo et de Lamartine, il y a Chateaubriand. Voltaire a dit, au sujet de Corneille Les novateurs ont le premier rang à juste titre dans la mémoire des hommes. » Si nous faisons à Chateau- briand l'application de cette parole, d'une incontes- table justesse, comment ne pas reconnaître que jamais gloire ne fut plus justifiée que la sienne, et que, dans notre siècle au moins, nul écrivain ne lui peut disputer la primauté ? Le Gé7iie du Christianisme a relevé la religion dans les esprits, à l'heure même où le Premier consul relevait les autels dans les temples. Et en même temps qu'il ramenait à la vérité religieuse les esprits et les cœurs, il donnait le signal du retour à la vérité littéraire. La Bible vengée du sarcasme de Voltaire ; l'antiquité classique remise en honneur et Homère replacé à son rang ; l'attention ramenée sur les Pères de l'Église, sur ces hommes en qui se résume l'âge héroïque de la littérature chrétienne ; la supériorité * Victor de Laprade, Essais de critique idéaliste, p. 275. 29. 514 VICTOR JlUGO AVANT 1830 des écrivains du dix-septième siècle sur ceux du dix- huitième hautement proclamée et invinciblement établie ; les chefs-d'œuvre des littératures étrangères admis au foyer d'une hospitalité plus large et plus intelligente ; l'art gothique réhabilité ; les nouveaux historiens de la France invités, par l'exemple même de l'auteur, à étudier avec un respect filial le passé de la patrie ; le système représentatif salué comme l'idéal des gouvernements chrétiens tels sont les principaux services rendus aux lettres et à la société parle Génie du Ch7nstianisme. Ce livre, a dit M. Léon Gautier, a enfanté et mis au monde le dix-neuvième siècle *. » Toutes les nouveautés, a dit, de son côté, M. Nisard, toutes les nouveautés durables de la première moitié du dix-neuvième siècle, en poésie, en histoire, en critique, ont reçu de Chateaubriand ou la première inspiration ou l'impulsion décisive. Il a ouvert la marche... Il nous a donné des goûts qui sont devenus des sciences. Son admiration pour les beautés de l'architecture gothique a suscité l'archéo- logie chrétienne ^. » Dans V Itinéraire, Chateaubriand a créé un genre, et il en a, du môme coup, donné le modèle. On peut discuter sur la valeur des Martyrs j consi- dérés comme épopée ^ ; on ne saurait contester ni la * Portraits littéraires, par Léon Gautier, p. G. 2 D. Nisard, Histoire de la littérature française, t. IV, p. 503. 3 Dans les Martyrs, M. de Chateaubriand a livré la plus grande bataille que le talent puisse livrer, la bataille épique ; il suffit à sa gloire de dire qu'il ne l'a pas perdue. » Sainte-Beuve. Chateaubriand et son irnvpe litté- raire sous l'empire, t. II, p. 46. VICTOR HUGO AVANT 1830 513 beauté ni la nouveauté de tant d'admirables pein- tures le tableau du christianisme naissant, dans les catacombes de Rome, dans les vallons de la Grèce et les forêts de la Germanie ; les coutumes et les mœurs des barbares revivant pour la première fois avec leurs vraies couleurs ; le combat des Romains et des Franks, plein de flamme et de poésie, comme un chant d'Homère, plein de précision et de clarté comme un bulletin de Napoléon. Ces grandes et fortes pages étaient à la fois d'un poète et d'un historien ce sont elles qui ont révélé sa vocation à l'autour des Récits mérovmgie7is *. A l'entrée de cette voie nouvelle, où vont s'engager, avec Augustin Thierry, Guizot, de Barante, Micholet, c'est encore Chateaubriand que nous apercevons ; là encore, il est l'initiateur et le guide. Si Chateaubriand marche le premier dans toutes les directions, il n'en va pas de même de M. Victor Hugo. M. Nisard écrivait de lui, en 1836 M. Victor Hugo n'est jamais à ia tête, mais toujours à la suite; jamais créateur et maître d'une idée, mais toujours serviteur et héraut des idées du moment^. » Rien n'est plus * Voy. la préface des Récits des temps viérovingiens, par Augustin Thierry, p. 28. 2 Victor Hugo en i836, Revue de Paris, t. XXV, p. 313. — Après plus de quarante ans, M. Victor Hugo n'a pas encore pardonné à son confrère M. Nisard cet article de 1836, Hier encore, il l'injuriait dans les Quatre vpnt$ de l'esprit, comme il l'avait fait déjà dans les Châtiments et dans YArt d'être grand-père, où il compare l'éminent historien de la littérature française à un hibou et à un âne Un âne qui ressemble à M. Nisard, brait, Et s'achève en hibou dans l'obscure forêt. Avec M. Victor Hugo, pas de milieu ou il faut tout admirer dans ses œuvres, comme une brute William Shakespeare, p. 371 ; ou il faut se rési- 516 VICTOR uuGO AWWï 1830 vrai et nous en avons déjà fourni plus d'une preuve ; mais il sied d'y revenir, et, sur un point aussi décisif, de compléter la démonstration. Victor Hugo, dans ses premières Odes, se refuse à donner place aux divinités du paganisme ; ses expres- sions et ses images sont chrétiennes ; il demande ses inspirations à la Bible, au lieu de les puiser aux sources d'Hippocrene, au ruisseau du Permesse et à la fontaine de Castalie. Cette réconciliation de la religion chré- tienne et de la poésie, qui constitue la première phase du romantisme, n'est rien moins qu'une révolution ; mais lorsque parut le premier recueil de M. Victor Hugo, les Odes et poésies diverses, au mois de juin J822, cette révolution était consommée depuis deux ans par Lamartine et par les Méditations. De 1822 à 1826, date du second recueil du poète, le triomphe des idées ultra-royalistes a son contre-coup dans le monde des lettres. Les chevaliers et les trou- badours sortent des pages du Génie du Christianisme, tandis que les lutins et les sylphes s'échappent des pages de Trdby, Ce ne sont que joutes, castilles et pas d'armes; les fanfares sonnent, les ponts-levis s'abaissent, de toutes parts retentit le cri Vamour des dames, la mort des héraux, louenge et pris aux chevaliers! C'est la seconde phase du romantisme, g M- k être traité de hbnu, d'àne et de gâte-sauces, ''omrae M. Nisard ; de u..in f'onime Gustave Planche; de gueux et de coquin, vancer le mouvement, Victor Hugo n'ait fait que le suivre ? Tout à l'heure, il venait après Chateaubriand et Lamartine ; cette fois, il vient après Chateau- briand... et Marchangy. Avec l'année 1827 commence la troisième phase du romantisme. Jusque-là, Victor Hugo a été roman- tique dans la pensée seulement, il est resté classique dans l'expression. A partir de 1827, il fait usage de la césure mobile et de l'enjambement. Mais, là encore, il n'a garde de venir le premier. Non seulement André Chénier, dans ses œuvres publiées en 1819, avait montré, avec quel merveilleux talent ! le parti que l'on pouvait tirer de l'alexandrin ainsi jeté dans un nouveau moule ; mais Alfred de Vigny, dès 1822 ^, s'était approprié, avec un rare bonheur, les procédés 1 Voy. oi-dessus, rhap. X, p. 326. 2 Mon âme aux^nille voix, que le Dieu que j';uloi-e Mit au ceoire de tout comme un écho sonore. ^Les Feuilles d'aidoume. 3 Poèmes, par A. de Vigny, 1822. Voy. surtout la Dryade, le Bain, etc. SI 8 VICTOR HUGO AVANT 1830 du chantre de V Aveugle et de la Jeune captive. Il est, d'ailleurs, remarquable que Victor Hugo ne se soit avisé de ces libertés de rythme et n'ait donné une si grande importance à ces questions de facture qu'à la suite de sa liaison avec Sainte-Beuve, et après que ce dernier l'eut familiarisé avec Ronsard et les poètes de la Pléiade. S'est-il, du moins, montré novateur dans la fameuse préface de Cromivell ? Ce n'est pas assurément en combattant les unités de temps et de lieu, après M^-i de Staël, Manzoni et Stendhal. Ce n'est pas non plus en proclamant la supériorité de Shakespeare sur Racine, plusieurs années après que Stendhal avait consacré à cette démonstration deux brochures reten- tissantes, et au lendemain du jour où les pièces du grand tragique anglais venaient d'obtenir, à Paris même, un succès éclatant. Il y a dans cette Préface une idée, — d'ailleurs éminemment fausse, — qui semble, au premier abord, être propre à M. Victor Hugo. D'après lui, le grotesque est une des beautés suprêmes du drame qui, loin de repousser les trivia- lités, doit les rechercher et en faire l'assaisonnement du sublime. Mais même cela n'était pas neuf ; ici, en effet, l'auteur de Cromwell ne faisait que copier l'au- teur d'Hamlet ; et, en France même, est-ce que Népo- mucène Lemercier, quelque vingt ans auparavant, dans sa pièce de Christophe Colomb, — dont l'action commençait en Espagne et se dénouait en Amérique, — n'avait pas entremêlé son drame de lazzis bur- lesques, tels que celui-ci VICTOR ITLGO AVANT 1830 519 Je réponds qu'une fois saisi par ces coquins, On t'enverra bientôt au pays des requins ? Sur quel terrain M. Victor Hugo s'est-il donc révélé novateur ? Est-ce au théâtre ? Sa première pièce, Hernani, a été jouée le 25 février 1830, quatre mois après le More de Venise d'Alfred de Vigny 24 octo- bre 1829, im an après rire?zri 7// d'Alexandre Dumas 11 février 1829. Et plus tard, Lucrèce Borgia, Angelo, Marie Tudor, n'ont fait que renchérir sur les drames à la suite desquels ils sont venus, dont ils imitent, en les exagérant encore, les déclamations et les mons- truosités, et dont ils ne se distinguent que par ce souci du style qui n'abandonne jamais l'auteur des Odes et Ballades. Est-ce dans le roman ? Le révérend Mathurin Lewis et le bon Nodier lui-même ont mis à la mode le genre frénétique M. Victor Hugo écrit Han d'Islande, Bug- Jargal et le Dernier jour d'un condamné. Le moyen âge fait fureur, et aussi les romans historiques de Walter Scott M. Victor Hugo écrit Notre-Daine de Paris. Eugène Sue obtient une vogue extraordinaire avec les Mystères de Paris et le Juif errant, deux romans humanitaires et socialistes. Vite, M. Victor Hugo prend la plume et écrit les premiers chapitres àes Misérables, roman socialiste et humanitaire, publié seulement en 1862, mais commencé dès 1846. Lorsqu'il a fait paraître, en 1859, la Légende des siècles, on lui a fait honneur d'avoir créé un genre, d'avoir le premier composé de courts poèmes, de 520 VICTUR HUGO AVANT 1830 petites épopées, dont la succession forme une œuvre d'ensemble. Le malheur est que, dès 1829, Alfred de Vigny, dans ses Poèmes anciens et modernes, avait fait précisément ce que M. Yictor Hugo devait faire à son tour, — trente ans après lui \ On le voit, M. Victor Hugo ne saurait prétendre à ce premier rang, réservé à juste titre aux inventeurs. Et ce que M. Désiré Nisard écrivait en 1836, nous pouvons le redire en 1882 Je ne sais pas un de ses ouvrages dont la pensée lui soit propre ; je n'en sais pas un où il ait crié, le premier, du haut du mât de misaine Italie ! Italie !» Il a quelquefois exploité les découvertes d'autrui, mais il n'a jamais rien dé- couvert^. » Et parce que chez lui l'inspiration personnelle manque, parce que sa pensée n'est qu'un écho, c'est vainement que l'on chercherait dans ses livres cette spontanéité puissante, cette originalité vraie, cette émotion sincère, qui seules font les grandes œuvres. Les Châtiments mis à part, et quelques rares pièces exceptées, celles où, à vingt ans, il chantait ses jeunes et pures amours, et celles que lui a inspirées la mort de sa fille, dans tout le reste, c'est-à-dire dans vingt 1 Une des plus belles pages de la Légende des siècles, les Pauvres gens, est empruntée, pour le fond et pour un grand nombre de détails, à une pièce de M. Charles Lafont, publiée huit ans auparavant et intitulée les Enfants de la morte. Sans doute, M. Victor Hugo a su tirer un merveilleux parti de la petite pièce blanche de M. Charles Lafont et il en a centuplé la valeur. Mais Temprunt n'en est pas moins incontestable, et il serait bien au grand poète de le reconnaître dans l'édition définitive de ses Œuvres. Voy. les Légendes de la charité, par Charles Lafont, p. 101. 2 Revue de Paris, année 1836, p. 313. VICTOR ULGO AVANT 1830 521 recueils et dans la masse la plus énorme de vers que jamais poète ait entassée, vous trouverez des strophes superbes, des vers artistement ciselés, une langue poétique admirable ; vous n^y trouverez pas le fré- missement de la passion, l'élan de l'enthousiasme, la voix de l'âme ou le cri du cœur. M. Victor Hugo n'est pas de ceux qui, suivant le mot d'-im poète castillan qu'il cite lui-même quelque part *, parlent par la bouche de leur blessure, por la boca de su herkla. Est-il un seul de ses admirateurs qui ait jamais, en le lisant, versé une larme ? C'est pour cela que de bons juges, se méprenant d'ailleurs, à notre sens, sur l'infériorité relative d'Alfred de Musset, n'ont pas hésité à mettre le poète de la Nuit de mai et des Stances à la Mallbran au-dessus du poète des Orientales. Nous ne saurions, pour notre part, souscrire à une telle appréciation ; mais ce qu'il faut reconnaître, c'est qu'il y a, chez Musset, plus de tendresse et d'émotion, plus de passion et de douleur sincère, de vrais sanglots, des cris poignants et des accents immortels. Lorsque nous lisons M. Victor Hugo, nos yeux éblouis restent secs ; nous pleurons avec Alfred de Musset, parce que lui-même a pleuré. Je disais tout à l'heure que les Châtiments devaient être mis à part. Ici, en effet, le poète n'est plus un écho ; sa passion est une vraie passion ; sa colère, une vraie colère ; sa haine, une vraie haine. Aussi le livre est-il violent jusqu'à la rage, brutal jusqu'au cynisme, * Préface de Croni'ell, p. 52. 522 VICTOR HUGO AVANT 1830 injuste jusqu'à la folie ; mais violent, brutal et fou, il est vivant ! Cette fois, ce n'est plus un auteur qui écrit c'est un homme qui se venge ! Il est seulement fâcheux que le seul livre que M. Victor Hugo ait tiré de ses entrailles soit une œuvre de colère et de haine. II Un dernier mot. En lui donnant le génie. Dieu n'a pas ménagé à M. Victor Hugo ses autres dons, la force physique, l'énergie de la volonté, la puissance du travail, la longévité. Né avec le siècle, le poète des Feuilles d'automne assiste vivant à son apothéose. Le jour où il est entré dans ses quatre-vingts ans, un demi-million d'hommes a défilé sous ses fenêtres. Les théâtres cé- lèbrent à l'envi sa gloire ; on parle de lui élever des statues, sa popularité est inouïe. Mais tout cela, c'est l'éclat, c'est le bruit, c'est la parade. Où est l'in- fluence ? Où est l'action exercée sur les imaginations, sur les âmes ? Chateaubriand a subjugué, dominé, enivré plusieurs générations. René a fait école ; il a marqué de son signe la jeunesse de la première moi- tié de ce siècle. Où est l'école de Bug-Jargal, de Claude Frollo, de Jean Valjean, des Travailleurs de la mer et de V Homme qui i^it ? Lamartine s'est emparé des femmes, des âmes tendres et rêveuses. Il a trans- figuré le langage de l'amour Victor Hugo s'est borné à renouveler la forme matérielle du vers. Aussi n'est- VICTOR HUGO AVANT 1830 523 il jamais arrivé à un de ses lecteurs de prendre ses poèmes pour confidents, d'y chercher l'expression de ses rêveries, de ses sentiments, de ses secrètes aspi- rations vers un idéal de tendresse, de beauté morale, d'espérance divine et de foi. A ce point de vue, Alfred de Musset, si incomplet, mort à quarante-sept ans, fini à trente, est entré plus avant dans le cœur de ses contemporains, et l'on pourrait en dire autant de George Sand et de Balzac. Détail remarquable .! La popularité de M. Victor Hugo date de 1852, et elle a été depuis lors grandis- sant sans cesse ; elle est aujourd'hui à son apogée. Il semble donc que ce soit pendant ces trente années, qui vont du coup d'Etat à 1882, que l'influence du grand écrivain a dû se faire sentir. Il s'est produit, en effet, durant cetlc période, un changement total de nos goûts et de nos mœurs littéraires. Mais il se trouve précisément que ce changement est la négation abso- lue des doctrines, des programmes et des prétentions du poète. Le romantisme, dont il est resté le chef, a fait place au réalisme d'abord, au naturalisme en- suite. Or l'école réaliste et l'école naturaliste, qui copient grossièrement l'ignoble, qui érigent en doc- trine qu'il n'y a de vrai que le laid. Je commun et le trivial, sont en tout l'opposé du romantisme et en particulier du procédé de M. Hugo, qui crée Quasi- modo, Triboulet, Lucrèce Borgia, Gwynplaine, mais qui a bien soin de rendre poétiques leur laideur et leur difformité. L'auteur des Misérables est à ce point le contraire d'un réaliste, que, lorsqu'il a à peindre 524 VICTOR HUGO avant 1830 un homme de police, il ne peut se défendre de l'idéa- liser, et il fait de Javert un mouchard sublime ! Le succès du réalisme et du naturalisme est' d'ail- leurs la conséquence logique, le corollaire naturel du triomphe, chaque jour plus accentué, deladémocratie. Eh bien, rien n'est plus contraire que l'esprit démocra- tique à la vraie tradition, au véritable esprit roman- tique, qui vit de souvenirs, de grandeur, d'exceptions, de tout ce qui n'est pas le niveau révolutionnaire. L'influence du poète depuis trente ans a donc été absolument nulle. Si bruyante qu'ait été sa renommée, il n'aura exercé aucune action sur son temps. On a pu dire le siècle de Voltaire. On ne dira jamais le siècle de Victor Hugo. Le dix-huitième siècle, jus- qu'au bout, jusqu'à Goblentz et sous léchafaud, est le commentaire vivant ou mourant de l'omnipotence voltairienne. Le dix-neuvième siècle, à dater du mo- ment où il prend sa vraie et fatale direction, tourne le dos à la poésie des Odes et Ballades et des Voix intérieures, d'Bernani et d' Olympia. Dira-t-on qu'il est difficile de concilier cette absence complète d'influence avec la popularité qui entoure le nom de M. Victor Hugo ? Eh ! mon Dieu ! cette popularité, il est facile d'en démêler les causes. Elle ne s'adresse pas à l'auteur des Feuilles d'automne et de la Légende des siècles; elle ne lui vient pas de ses lecteurs ceux qui défilent aux grands jours sous ses fenêties et qui acclament son nom, ne lisent pas ses vers, ils lisent M. Zola. La popularité de M. Victor Hugo est tout simplement la récompense — ou le VICTOR HUGO AVANT 1830 o25 châtiment — des llatterios qu'il prodigue depuis trente ans au peuple et à Paris, la cité de lumière l Il encense la démocratie e1 la démocratie lui rend ses coups d'encensoir voilà tout et cela ne tire pas autrement à conséquence. Dans une des plus belles pièces des Châtiments, il nous montre Napoléon Y"" condamné à monter sur un tréteau devant la baraque du Deux-Décembre, et, en- touré de pitres et de paillasses^, à battre pour eux la grosse caisse. N'est-ce pas là justement le rôle que les ré- publicains font aujourd'hui jouer au poète, et à lui aussi ne pourrait-on pas adresser ces vers de V Expiation Te voilà dans leurs rangs ; on t'a, l'on te harnache, Ils t'appellent tout haut grand homme, entre eux ganache * ? Que M. Victor Hugo le sache bien, là ne sont pas ses vrais amis , ses vrais admirateurs. Ceux qui l'admirent véritablement, ce ne sont pas ceux qui exploitent son nom et sa gloire ; ce sont ceux qui oublient l'homme politique pour ne voir que le poète, ceux qui l'aiment encore, malgré tout, pour tant de beaux vers et de pages éloquentes, qui recherchent jusqu'aux moindres écrits de sa jeunesse et qui, après avoir fait la part équitable du bien et du mal dans son talent et dans ses œuvres, constatent, sans les réduire et sans les surfaire, ses titres à l'immortalité. Le premier de tous est son respect de la langue. Il fut un temps où ses adversaires se plaisaient à le repré- senter comme un barbare qui foulait aux pieds toutes 1 Les Châtiments, liv. V, Xllt. 526 VICTOR HUGO AVANT 1830 les règles. La vérité est que, dans ses plus grandes audaces, il a toujours obéi aux lois de la grammaire. Qu'il écrive en vers ou en prose, il est toujours de la plus irréprochable correction, et, à ce point de vue, son style est véritablement impeccable. Dans son Commentaire sur Corneille^ Voltaire a relevé, chez l'auteur du Cid, à tort quelquefois, il est vrai, de nom- breuses incorrections. Qui entreprendrait un sem- blable travail sur l'auteur d'Hernani ne trouverait peut-être pas à signaler, dans toutes ses œuvres, une seule faute contre la langue. Dans ses vers, faibles de sentiment et de pensée, qui ne viennent pas du cœur, mais de la tête, tout est forme et couleur. Mais quelle forme incomparable ! quel merveilleux coloriste! quelle imagination fut jamais plus riche et plus puissante? Notre littérature n'a pas de plus grand peintre ; elle n'en a pas qui ait déployé des qualités descriptives plus prodigieuses. Au-dessous des grands poètes épiques, — Homère, Virgile, Dante, Milton, le Tasse, Goethe ; — au-des- sous de ces maîtres du théâtre, — Corneille, Sha- kespeare, Racine, Molière, — qui ont fait marcher, agir devant nous, sur la scène, des êtres vivant de la vie humaine tout entière ; au-dessous des poètes lyriques qui nous ont livré leur âme, qui ont fait parler la portion divine du cœur humain, au-dessous de Lamartine, — j'allais dire aussi d'Alfred de Musset, — il y a encore une belle place pour celui qui a été le maître souverain du rythme et de l'image, et cette place ce sera celle de Victor Hugo. TABLE DES MATIÈRES CHAPITRE I Les Ancêtres de M. Victor Hugo. Hugo en Lorraine. Pierre d'Hozier et le IVe registre de V Ar- moriai général. — Soixante-quatre quartiers de noblesse. Clianoinesses et couturières. — Les chevaliers Hugo de Rouvrois, les barons Hugo de Spitzemberg et le menui- sier Hugo de Nancy. — M. Victor Hugo et M. Jourdain. — Une lettre du procureur-général Bellart. — Le com- mandant Muscar, l'adjudant Brutus Hugo et les massa- cres du château d'Aux. — M^ie Sophie Trébuchet. — La vraie noblesse de M. Victor Hugo 5 CHAPITRE II L'Enfance bu Poète. Le baptême d'Abel. — La Corse, File d'Elbe et l'Italie. — Napoléon P^ et Victor Hugo. — Les Feuillantines. — Madrid et le collège des Nobles. — Retour à Paris. — La légende de l'éducation cléricale de M. Victor Hugo. Le père et la mère Larivière. M^o Hugo et M^io Phlipon. L'entresol du bonhomme Royol. — La mère de M. Victor Hugo et la mère de Lamartine. La mère de Chateau- briand et celle de Déranger. — Le parrain de M. Victor Hugo et le dix-huit brumaire. — La brigande de la Vendée et le brigand de la Loire 42 528 TABLE DES MATIÈRES CHAPITRE III La Pension Cordier et l'Académie B'rançaise. La pension Cordier etDecotte. Le concours général de 1818. M. Andrienx et J. Michelet. Un accessit de physique. L'arithmétique de M. Hugo et la géométrie de M^c de Staal. — Premiers vers Le vieillard du Galèse. M. Victor Hugo et Virgile. — Je veux être Chateaubriand ou rien. — Le concours de 1817 à l'Académie française. Le bon- heur que procure l'étude dans toutes les situations de la vie. Une erreur de Sainte-Beuve. Le rapport de M. Ray- nouard. M. Charles Loyson, M. Campenon, le Consti- tutionnel et Malfilâtre. — Vers inédits. — Le salon de jlme Bouclier et le bibliophile Jacob. François de Neuf- château s'est-il approprié un manuscrit de Victor Hugo? — Le concours de 1819. L'institution du Jury en France et les Avantages de l'enseignement mutuel. — Le concours de 1820. — Le Dévouement de Malesherbes 76 CHAPITRE IV L'Académie des Jeux-Floraux. — Le Télégraphe. Les Vierges de Verdun. — Le Rétablissement de la statue de Henri IV. Alphonse de Lamartine et l'abbé Gerbet. — Moïse sur le Nil. — M. Victor Hugo maître es jeux floraux. — Jules de Rességuier, Joseph Rocher et M. Durangel, L'ode sur les Destins de la Vendée et la satire sur le Télé- graphe. M. Varius. — Une lettre d'Alexandre Soumet. M. Victor Hugo et la Pairie 122 CHAPITRE V Le Conservateur littéraire. Le grand et le petit Conservateur. Les trois frères Hugo. — V. M. d'Auverney, — Aristide, — Publicola Petissot, — B, — E, - H, - M, — M**** - V, - U. UEnrôleur poli- tique. — M. Victor Hugo et Pexcellence des écoles chré- tiennes. — François de Neufchâteau, le duc de Richelieu TABLE 1>ES MATIÈRES o20 et le roi Louis XVIII. — Littérature et Philosophie mêlées. — A un traducteur d'Homère. — Un plan de tragédie. M. Victor Hugo paré des plumes de Corentin Royou. — M. le duc Decazes, M. Glausel de Coussergues et M. d'Ar- gout. — Ce que Pascal et La Bruyère pensaient de l'an- tithèse. — Un MOT DU GÉNÉRAL HUGO qui n'a pas été pro- noncé. — Le général Lucotte et la confrérie du Saint- Sépulcre. — De l'art d'accommoder les textes lo;> CHAPITRE Vf Le littéraire. {Suite Le rabbin Zéchiel, le frère Paul Ciriaque, Ben Scbahnah et Abou Giafar al Tbabari. — M^c Desbordes-Valmore. — M. Victor Hugo, la Vendée et les Condéens. — M. Berryer fils. — Les quatorze grands génies de l'humanité ». — M. Victor Hugo et l'abbé Delille. — La rime riche, — M. Victor Hugo critique le théâtre. — Les Vêpres sici- liennes et les Comédiens de Casimir Delavigne, le Louis IX d'Ancelot. Un feuilleton sur la Somnambule de Scribe. — M. Pierre Lebrun. Plan d'une tragédie de Marie Stuart par M. Victor Hugo. — Le Manuel du recrutement et Napoléon le Petit. — Fin du Conservateur littéraire. Les Annales de la littérature et des arts 198 CHAPITRE VU L'Enfant subllme. — Odes et Poésies diverses. La légende de l'enfant subliine. Sainte-Beuve et le Con- servateur. La Quotidienne. Le Drapeau blanc. Le salon de l'Abbaye-aux-Bois. M. de Salvandy. — Henri Heine, Cha- teaubriand et 31. Victor Hugo en déshabillé. — Mort de madame Hugo. Second mariage du général. Une lettre de faire part. — La Société royale des Bonnes-Lettres^ L'académicien Roger. — Odes et Poésies diverses. Va- riantes, liaymond d'Ascoli. — Les Méditations et les Mes- séniennes de Casimir Delavigne. — Un vers d'Horace 30 530 TABLE DES MATIÈRES traduit par le roi Louis XVIII. La duchesse deBerri et la première pension de M. Victor Hugo 222 CHAPITRE VIII Le Mariage du Poète. — M. Victor Hugo et Alexandre Soumet, Un voyage sentimental. La cité de Dreux. — Lettre de faire part et Acte de mariage. — Deux faux témoins. — Le ro- man d'une confession. L'abbé-duc de Rohan et Mgr Frays- sinous. Mlle Duchesnois, M^'e Leverd et Mm° Sophie Gay. L'abbé Carron et l'abbé de la Menoais. Alphonse de La- martine et le duc Mathieu de Montmorency. — A ce gui fut Eugène. Une tragédie de Spartacus. — Seconde édi- tion des Odes. — Feuilleton de M. Victor Hugo sur la tragédie de Saûl d'Alexandre Soumet 259 CHAPITRE IX Han d'Islande. — La Muse française. — M. Victor Hugo ET Alfred de Vigny. Han d'Islande. — Le Mercure du XIX' siècle et Léon Thiessé. Charles Nodier et la Quotidienne. — Polémique entre l'auteur et les éditeurs de llan d'Islande. Le Miroir et le Drapeau blanc. De l'art de faire plusieurs éditions avec une seule, de ses origines et de ses progrès. Quatorze éditions en un mois ! — Nouvelle pension accordée au poète par le roi Louis XVIII. — La Muse française. — M. Victor Hugo éditeur de Voltaire. — Eloa et le Paradis perdu. Alfred de Vigny et Milton. — Uue lettre inédite d'Alfred de Vigny. Satan et Roland. — Adolphe de Saint- Valry et Chateaubriand 287 CHAPITRE X Le Cénacle de 1824 Charles Nodier. UArsenal, conte des Mille et une Nuits. — Alexandre Soumet et Alexandre Guiraud. — Michel Pichat, Léonidas et Talma. — Jules de Rességaier. Alfred de Vigny. Gaspard de Pons. Une pièce inédite de M. Victor TABLE DES MATIÈRES 531 Hugo. Les Philhellènes. — Jules Lefèvre. Emile et Antoiiy Deschamps. Ceci a tué cela. — Adolphe de Saint- Valry. — Delphine Gay. C'est la faute du mari. — Uli'ic Gut- tinguer. Une pensée de Leopardi. — Chênedollé. Manibus date lilia plenis , 325 CHAPITRE XI Lrs Nouvelles Odes. — Le Sacre de Charles X. Préface des Nouvelles Odes. Racine et Roileau. M. Ternaux et l'abbé Delille. Variantes. — Du rôle des initiales dans la république des Lettres. Un article l'Hoffman. Mémoires de Philarète Chasles. Un plagiat d'outre-tombe. Réponse de M. Victor Hugo à Hoffman. — La Légion d'honneur en 1825. Lettres inédites. Augustin Soulié. — Le Sacre de Charles X. Comment M. Victor Hugo a vu, Reims, le 29 mai 1825, M. de Lamartine qui était à Lyon. Un pas- sage de Malebranche. — Une audience aux Tuileries. La culotte courte de M. Brifaut. — Voyage en Suisse. Le bon éditeur Urbain Canel. Visite à Saint-Point. Julia de Lamar- tine et Léopoldine Hugo. Album de trois voyageurs à la vallée de Chamonix. M. X. Doudan. Ce cyclope de Victor Hugo ! — Guerre aux démolisseurs ! 358 CHAPITRE XII Bug-Jargal. — Odes et Ballades. — L'Ode a la Colonne. Les deux Bug-Jargal. Le conte et le roman. Le capitaine d'Auverney et la République. Bug-Jargal et Notre-Da7ne de Paris. — Odes et Ballades. — Modèle de supplique. — Deux articles du Globe. — Premières relations de M. Victor Hugo et de Sainte-Beuve. Le numéro 90 et le numéro 94 de la rue de Vaugirard. — L'année où l'auteur des Feuilles d'automne a eu âge dliomyne. — Ecrit en 1 827... ou en 1866. Comment M. Hugo a eu pour précurseur M. Vien- uet. — L'Orfe à la colonne de la place Vendôme. Le baron de Vincent et le comte Appony. M. Hyde de Neuville. — Chapitre détaché de VHistoire des Variations de M. Victor Hugo. Hommages du poète au roi Louis-Philippe, cà la 532 TABLE DES MATIÈRES reine Victoria, an czar Nicolas et à Sa Majesté... le Roi de Prusse 389 CHAPITRE XÎTI Gromwell. Un dîner au Roche' de Cancale. Talma soufflé par M. Victor Hugo. — Un dîner à la Conciergerie. Comment Talma était romantique. — La préface de Cromioell. Guillaume de Schlegel , ^l^^ de Staël, Mauzoni et Stendhal. — Merle et les acteurs anglais à la Porte-Saint-Martin en 1822. Shakespeare aide de camp du duc de Wellington! Les acteurs anglais àl'Odéonen 1827. Charles Kemble et miss Smithson. — Le drame de Cromivell. Imitations de Corneille, de Shakespeare, de Regnard, de Molière, de Beaumarchais et de Népomucène Lemercier. — Qu'en \ 827 Torquemada s'appelait Cromwell 417 CHAPITRE XIV Amy Robsart. — ^I. Victor Hugo et Sainte-Beuve. Mort du général Hugo. Son portrait. — Balzac et le Château de Kenilîcorth. Emilia et M^ie Mars. — Amy Robsart, drame, et le Menin du Dauphin, comédie. — De l'art de ne pas être sifflé. — Edition définitive des Odes et Bal- lades. Jeux de rime renouvelés d'un chanoine et d'un père carme. — Sainte-Beuve et M. Victor Hugo en 1828 et en 1829. Une lettre de faire part. Le baron Victor Hugo. Sunt lacrymse reruni. La Veillée. Les Consolations. En revenant du convoi de Gahnelle Dorval. — Election de Sainte-Beuve à l'Académie. Séance du 27 février 1845. Le puits de la savane Alachua. — Un élève de David et le javelot de Tatius 447 CHAPITRE XV Les Orientales. — Le Derjnier Jour d'un Condamné. — Le Cénacle DE 1829. — Marion de Lorme et Hernani. Les premières éditions des Orientales. — Le Dernier Jour dun Condamné. 1829 et 1832. Sainte-Beuve et la tête de TABLE DES MATIÈRES 333 mort de Madame X. L'Ane mort et la femme guillotinée. — Le céuacle de 1829. Sainte-Beuve, Alfred de Vigny, Fontauey, Alexandre Dumas, Charles Nodier, Alfred de Musset, Ernest Fouinet, Gérard de Nerval, Eugène et Achille Devéria, Louis Boulanger, David d'Angers. Lar Camaraderie. — Une lecture de Lamartine. — Marion de Lorme et Zaïre. Le salon de M. Victor Hugo en 1829 et en 1882. — M. de Martignac. Le sept août mil huit cent vingt-neuf. Un article de la Revue de Paris. ~ Hernani ou l'Homieur castillan. Bulletins des premières représenta- tions. Charles Magnin. Lettres inédites de Sainte-Beuve. — Parodies. — Les Feuilles d'Automne. ISlotre-Dame de Paris. — M. Victor Hugo en juillet 1830 470 CHAPITRE XVI Conclusion. De 1830 à 1882. — Chateaubriand. Lamartine. Alfred de Musset. — Que M. Hugo n'est pas un inventeur ; qu'il n'est jamais à la tête, toujours à la suite ; jamais créateur et maître d'une idée, mais toujours serviteur et héraut des idées du moment. — Comment son influence véri- table est nulle, en dépit de sa popularité. Deux vers des Châtiments. — Le Romantisme, le Naturalisme et la Démocratie. — De la place qu'il convient d'assigner à M. Victor Hugo o09 Nantes. — Imp. Vincent Korest Emile Crimaud, place du Commerce. 4. p lM^

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Vous pouvez effectuer des recherches en ligne dans le texte intégral de cet ouvrage à l'adresse fhttp //book s .google . coïrïl I H/y /-^' ^-^ / \ VICTOR HUGO DEVANT L'OPINION PABIS. — IMPRIMERIE MAYER ET C% 18, RUE RICIIER VICTOR HUGO DEVANT L'OPINION PRESSE FKAirÇAISE — PRESSE ÉTRADGÈBE DE M. GUSTAVE RIVET Député de l'hcrc PARIS OFFICE DE PRESSE. 71, RUE DU U VICTOIRE * 9 JAH i972 ^ 1 OF OXFORD /• AVERTISSEMENT Le volume que nous offrons au public nest ni un travail historique ou biogra^ phique, ni une œuvre de critique littéraire^ politique ou philosophique. TICTOR HTGO a tenu une trop grande place dans l'histoire du dix-neuvième siècle, la hauteur de sa personnalité et de son génie s'est imposée avec trop de puissance pendant plus de soixante années d'un labeur formi- dable, trop d'écrivains, qui ont eu l'honneur de vivre dans l'intimité du Maître, se sont attachés à retracer dans toutes ses péripéties, dans ses moindres détails, depuis son origine jusqu'à sa fin, cette vie si prodigieusement remplie, pour que nous ayons entrepris de raconter à nouveau une existence dont les traits principaux sont gravés dans toutes les mémoires. Quant à juger l'œuvre littéraire, quant à apprécier l'influence de Victor Hugo dans te domaine de l'Idée, à examiner quelles ont été et seront la valeur et la durée de cette influence, ce sont là de nobles problèmes qui VI ont tenté et qui tenteront trop de plumes il- lustres et SiutoriséeSj trop de disciples en- thousiastes ou d'adversaires convaincus, pour quenous ayons pu avoir Vambition d*aborder Vexamen de ces hautes questions. Nous avons donc voulu simplement, res- tant dans la sphère qui nous est propre, met- tre à profit l'organisation spéciale de Toflftee de la Presise, qui fait passer entre nos mains les journaux de tous les points du globe, pour donner un tableau aussi exact et aussi intéressant que possible de l'immense mou- vement d'opinion suscité en France et à Vétranger par la maladie, la vfiort et les ob- sèques nationales de Victor Hugo. Ce ne sont ni des impressions particulières ni des opinions personnelles que nous expri- mons. Nous nous sommes bornés, — et c'a été là une tâche assez considérable, — à repro- duire ce qui a été publié de plus intéressant dans la Presse française et étrangère depuis la première nouvelle de la maladie de Victor Hugo. Complets, dans le sens strict et absolu du mot, il est bien évident que nous n'avons pu l'être si nous avions voulu reproduire ou simplement citer tout ce qui a été écrit sur Victor Hugo depuis l'annonce de sa ma- ladie, dix volumes n'auraient pas suffi. Nous nous sommes donc attachés, — et c'est /à le seul travail critique auquel nous nous soyons livrés, — à reproduire surtout les documents qui, indépendamment de leur valeur et de leur importance, paraissaient retracer le vu mieux l'ensemble générâldusentiment public ^ ou exprimer, d'une manière typique^ une note caractéristique et particulière dans ce con- cert aux innombrables voix qui constilue VOpinion universelle. Aussi^ à côté des études consciencieuses et sereines^ des enthousias^ mes sincèreSj des jugements indépendants et respectueux, avons-nous dû faire place à quelques manifestations violentes et exces- sives de Vesprit de parti. Mais, nous le répétons encore, ce n*est pas nous qui parlons nous n'avons voulu qu'être un écho fidèle, que donner une image réduite^ mais exacte de ce qu'aura dit et pensé le monde, lors de la disparition du Poète dont les œux^res ont passionné et passionneront encore tant de générations. Nous osons espérer que ce recueil, qui nous a coûté beaucoup de soins et de travail, sera bien accueilli du public, car nous avons pensé qu'il constituey^ait un jour pour les historiens de Victor Hugo un document historique des plus intéressants, et, aussi, que ce volume trouverait sa place dans toutes les bibliothèques, comme complément des nom- breuses édition!> du grand poète. Les Directeurs de TOflIce de la Presse, G. Le Faure, H. Abeniagar. LETTRE DE M. GUSTAVE RIVET Nous avons soumis le plan et la conception - de notre ouvrage à M. Gustave Rivet, député de VIsère, qui a vécu dans Vintimité de Victor Hugo et qui a eu Vhonneur d*être compris parmi les six amis désignés par la famille du poète^ pour accompagner le cercueil de VArc de Triomphe au Panthéon. M. Gustave Rivet a bien voulu nous répon- dre la lettre qu'on va lire, et nous avons été heureux de le voir, à titre d ancien ami de Victor Hugo et d'homme de lettres^ approu^ ver ridée de haute et historique impartialité qui a présidé à la composition de cet ouvrage. A Messieurs les Directeurs de TOffice de la Presse Messieurs, ' Les jours de deuil où nous avons perdu le Maître appartiennent à Thistoire. C'est une heureuse idée tjue vous avez eue de rassembler dans ce volume, as^ec les récits de la maladie et de la mort de Victor Hugo, la plupart des jugements qui ont été portéf^ sur Tbomme et sur son œuvre. C'était un spectacle unique et consolant de voir, en cette funèbre semaine, de tous les pays civilisés, les yeux et les cœurs tournés vers la France et vers son poète. Le livre que vous publiez sera le témoin de - Témotion universelle. En réunissant les principaux articles écrits à Paris, en province, à l'étranger, vous avez préparé pour l'histoire des matériaux pré- cieux, et les amis du grand poète vous sau- ront gré de leur offrir des documents qui, si vous n'aviez pris soin de les recueillir, pour- raient être bientôt dispersés, oubliés ou perdus. Pour moi, je vous loue d'avoir impartiale- ment rassemblé dans ce volume, à côté des éloges, des admirations et des amours, les critiques, les railleries et les insultes. Je ne suis point choqué, au milieu du concert uni- versel des hommages' et des regrets, d'en- tendre les cris discordants des cléricaux de La Croix, du M onde ^ ou des bonapartistes du Petit Caporal. Je vous sais gré d'avoir cité, en regard des éloges de l'Italie, de l'Espagne, du Portugal, de la Roumanie, de la Russie, de la Hongrie, de l'Angleterre, de l'Autriche, de la Belgique, de la Hollande, de l'Amérique, les critiques anglaises du Standard et les plaisanteries tuaesaues de la Gazette de Cologne. Ne laut-il pas des contrastes d'ombre a\ix lumineuses apothéoses ? Les oiseaux de ' nuit haïssent le soleil ; les XI cléricaux ont insulté Victor Hugo, c'est dans l'ordre. Il n est pas mal qu'ils portent devant TA venir la responsabilité de leur ineptie. Il y a des attaques qui grandissent celui qui en est l'objet. Quand, à Bruxelles, en 1871, la maison de Victor Hugo fut assaillie à coup de pierres, je lui écrivais Toutes les pierres qu'on te jette Elèveront ton piédestal. Victor Hugo serait moins grand, il serait moins nôtre, il personnifierait moins son siè- cle, s'il n'avait soulevé les colères de tout ce qui est ennemi du génie français, fait de Li- berté et de Lumière. Donc, il n'était pas inutile d'enregistrer les protestations de la haine. Mais, par ce livre même qui les recueille, on verra comme elles sont perdues dans l'im- mense acclamation du monde, comme elles sont couvertes et étouffées par ces millions de voix qui, à l'Arc de Triomphe, au Pan- théon, dans la rue, dans la presse, ont salué le Génie. Une goutte d'encre, même bénite, ne peut souiller les trois mille couronnes amoncelées sur les marches du Panthéon, et le Maître repose à jamais, impassible et glorieux, dans le temple des grands hommes. Au seuil même de la Postérité qui com- mence pour le poète, ce livre raconte comme on l'aimait, comme on la pleuré, comme on l'admire, et comment l'univers entier pro- clame que Victor Hugo mort est immortel. GUSTAVE RIVET. Paris, 5 juin 1885. Nous croyons utile de donner aux lec- teurs quelques explications sur la manière dont nous avons groupé les documents qui composent ce volume. Nous avons établi trois grandes divi- sions LIVRE I Documents concernant la maladie de Victor Hugo, et incidents qu'ellC'a causés jusqu'à l'agonie du Poète. UVRE n Documents publiés à l'oc- casion de la mort de Victor Hugo — pièces officielles, — comptes rendus des assem- blées, — lettres à la famille, — adresses des gouvernements étrangers, municipa- lités, sociétés et associations diverses, — opinions de la Presse française et étran- gère. LIVRE m Documents relatifs aux obsèques nationales de Victor Hugo, — XIV décrets officiels, — comptes rendus des funérailles, — discours prononcés à l'Arc de Triomphe et au Panthéon, — Opinion de la Presse française et étrangère. Dans chacune de ces trois divisions nous avons adopté, pour les citations extraites des Journaux, l'ordre suivant Presse parisienne et Journaux étran- gers publiés à Paris ; Presse départementale ; Presse étrangère. L'ACTE DE NAISSANCE DE VICTOR HUGO Naissance. — Garçon. Du huitième du mois de ventôse. Tan X de la République. Acte de naissance de Victor-Marie Hugo, né le jour d'iiier, à dix heures et demie du soir, fils de Joseph- Léopold-Sigisbert Hugo, natif de Nancy Meurthe, et de Françoise Trébucnet, native de Nantes Loire- Inférieure, profession de chef de bataillon de la 20* demi-brigade, demeurant à Besançon, mariés, présenté par Joseph Léopold-Sigisbert Hugo. Le sexe de Tentant a été reconnu être mâle. Premier témoin Jacques Delclée, chef de brigade, aide de camp du général Moreau, âgé do quarante ans, domicilié audit Besançon. Second témoin Marie-Anne Dessirier, épouse du citoyen Delclée, âgée de vingt-cinq ans, domiciliée à ladite ville. Sur la réquisition à nous faite par le citoyen Joseph- Léopold-Sigisbert Hugo, père de l'enfant.* Et ont signé Hugo, Delclée, Dessirier, épouse Delclée. Constaté suivant la loi, par moi, Charles-Antoine Séguin, adjoint au maire de cette commune, faisant les fonctions d'officier public de l'état civil. Ch. SÉGUIN, adj. LIVRE PREMIER LA MALADIE LA MALADIE Le lu7idi 18 mai, le RAPPEL jiubliait la, note suivante Victor Hugo a été pris, jeudi soir, d'une indisposition qui d'abord a semblé légère et qui s est aggravée subitement. On nous com- munique la note suivante Victor Hugo, qui souffrait d'une lésion du cœur, a été atteint d'une congestion pulmo- naire. » GERMAIN SÉE. D' EMILE ALLIX. » L et selon le cas il avale le breuvage d'un coup ou refuse absolument de le boire. Puis il s'agite, remue, malgré les prières de ceux qui l'entourent, pour son plus grand mal- heur. Dimanche encore, il voulut manger; son petit-fils, Georges, lui fit servir un bouillon; Victor Hugo le but avec plaisir. Dès onze heures, les amis, les admirateurs du maître se présentaient pour signer le re- gistre placé dans le petit salon d'entrée mais personne ne fut admis auprès du malade que sa famille, M. et Mme Lockroy^ M. Meu- rice et ses petits-enfants. Le colonel Lich- tenstein s'est inscrit le premier, au nom du président de la République ; puis M. Charles Floquet, président de la Chambre, qui, d'ac- cord avec Mme Floquet, dans un sentiment de haute convenance, a remis à une date ulté- rieure le dîner parlementaire et la réception qui devaient avoir lieu le mercredi 20 mai. Viennent ensuite MM. de Freycinet, René Goblet, E. Turquet, G. Rivet, Jourde, Adrien LA MALADIE et Jacques Hébrard, Clemenceau, M. Dreyfus, G. Richard, J. Lemonnyer, Paul Dalioz, E. d*Hervilly, Léon Dierx, Glaise, A. Parodi, SuUy-Prudhomme, Fabre desEssarts, A. Vitu, John Lemoinne, Carvalho, Leconte de Lisle, Théodore de Banville, H. Rochefort, de La- cretelle, SpuUer, E. Laguerrre, Catulle Men- dès, F. Coppée, E. Bazire, Madier de Montjau, les rédactions de presque tous les journaux de Paris, etc., etc. Après leur visite de ce matin, les docteurs Sée et AUix décidèrent de provoquer une consultation et se rendirent chez M. le profes- seur Vulpian pour hii demander son assis- tance. Ainsi que nous le prévoyions, la proposition de mise en accusation du ministère Ferry a été repoussée par la commission d'initiative comme elle le sera sans doute par le Parle- ment, qui ne peut évidemment se condamner lui-même. M. Ferry a été en somme maladroit, incapable, infatué, mais s'il fallait mettre tous les incapables en accusation, ou irions-nous? Ces petites historiettes politiques disparais- sent d ailleurs devant Témotion qu'excite la mort imminente de Victor Hugo. Quelques réserves ju'il y ait à faire sur les dernières œuvres de 1 illustre poète, personne ne peut nier que quelqu'un de très grand va disparaître. * Voilà soixante ans que les livres de Victor Hugo étonnent ou passionnent des généra- tions sans cesse renouvelées de lecteurs. 8 VICTOR HUGO DEVANT L'OPINION Lorsque le temps, qui remet tout à sa place, permettra de faire un choix dans le labeur immense, forcément lin peu mêlé, un peu confus du poète, il restera de lui quelques volumes absolument incomparables par la variété des rythmes, l'éclat des images, la souplesse et la sonorité des rimes, le charme grandiose de l'idée et de la rêverie. C'est pourquoi tout homme qui aime les lettres, tout homme qui a vu passer l'éclair de la poésie dans les illusions de sa jeunesse, suit avec une émotion sincère et profonde l'agonie de l'auteur également admirable des Feuilles d'automne, des Châtiments et de la Légende des Siècles, Le rôle politique de Victor Hugo est bien insignifiant à côté de sa gloire littéraire ! Député, sénateur, orateur, il n'appartenait ju'à un parti le poète appartient à la France inclinée devant son lit de mort. — F. M. Le Xemp» 21 mai J'étais à Lyon lorsque la note du Rappel annonçant la maladie de Victor Hugo y est parvenue et j'ai pu voir là que l'émotion res- sentie à l'annonce d'une telle nouvelle ne se bornait pas à pousser vers l'hôtel de l'avenue d'Eylau des amis inquiets et attristés. La secousse a été la même car toute la France on a senti qu'une gloire vivante était menacée et que le sort frappait notre pays à la tête. Pendant le trajet de Lyon à Paris, hier, tous les voyageurs se jetaient, dans les gares, sur les journaux donnant les nouvelles de LA MALADIE 9 Tillustre malade ». Et tous tremblaient de les trouver encadrés de noir, ces journaux qu'ils réclamaient anxieusement. Des Anglais se précipitaient sur les gazettes avec autant de fièvre que nous-mêmes. Et, au fond de l'inquiétude la plus poignante, tous conser- vaient, tous voulaient garder quelque espoir. J. Claretie l^e I^eippel 20 mai L'état de Victor Hugo s'est un peu amé- lioré. La nuit avait été mauvaise. A deux heures du matin, il y avait eu une crise d'oppression suivie d'une syncope qui avait été un moment très inquiétante. A neuf heures les médecins avaient rédigé le bulletin suivant A la suite d'une violente oppression, il s'est manifesté, cette nuit, une syncope pro- longée ; ce matin, l'état des forces et de la respiration est à peu près le même qu'hier soir. » Une heure du matin. — La soirée a con- tinué Tamélioration de la journée. Nous recevons la note qui suit Soirée plus calme, moins d'oppression qu'hier. » Il serait téméraire d'espérer trop vite, mais ce mieux inattendu et la forte constitu- tion de Victor Hugo autorisent à ne pan désespérer. Une heure quarante. — A peu près même état, mais un peu moins de calme. lie Rappel 21 mai La journée d'hier a été moins rassurante que la précédente. Il y a eu, à 11 h. un quart, une consultation à la suite de laquelle les trois médecins ont rédigé le bulletin suivant .1 monsieur Georges Hugo. Vous saurez peut-être un jour, monsieur, ue, même devant Victor Hugo, j'ai réclamé les droits de la critique. Et c'est pourquoi, dans l'affreuse douleur où vous êtes, je tiens h vous dire que tous les cœurs se sont brisés avec le vôtre, Victor Hugo a été ma jeunesse, je me souviens de ce que je lui dois. Il n'y a puis de APRÈS LA MORT 39 discussion possible en un pareil jour, toutes les mains aoivent s'unir, tous les écrivains français doivent se lever pour honorer un maître et pour affirmer l'absolu triomphe du génie littéraire. Veuillez croire, monsieur à ma profonde et douloureuse sympathie. EMILE ZOLA » A monsieur Ed. Lockroy, Le conseil général de l'Hérault ne sié- geant pas en ce moment, son président prend l'initiative de vous prier d'être son interprète auprès de la famille de Victor Hugo. La France perd un grand poète, la patrie un grand ci- toyen. » LISBONNE, Ancien député, président dit Coiiseil général de Vllérault. » A madame Lockroy. A monsieur Lockroy. Le grand malheur qui frappe la France frappe aussi Tltalie. L*espritdu grand penseur veillera d'en haut sur les destinées solidaires les deux peuples. » ' MKNOTTI riARIBALDT ». ÂPRES LA MORT 49 A monsieur Auguste Vacquerie. Lisbonne, 26 mai. .Les soussignés, membres de la presse de Lisbonne, se joignent à leurs confrères de la presse de Paris pour déplorer la mort de Victor Hugo et cour saluer l'avènement de son génie à la gloire de la postérité. Kamalho Ortigao, Latmo Cœlho, Joao de Deun, Gomez Leal, Enrique Lopez de Men- doza, David Carazzi, Luciano Cordeiro, Julio César, Machado Eca Leal, ïayme Batlha, Rein Consiglieri, Pedroso, Fernando Caldeira, Alfonso Vargas, Fernando Leal, FialhO de Almeida, Gomez da Silva, Rafaël Bordallo, Pinheiro, Alberto de Oliveira, Monteiro^ Ra- malho, Cesario Verde, Cecilio Souza {Correio daNouta Redaccods, Antonio Ennes Jour- nal du Commercé, Christovam Ayres Revue des Études libres, Theophilo Braga, Teixeira Bastos, Carrilho Videira Noure/Zes, Emydgio Navarro, Carlos Oobo, d'Avila, Antonio Can- dide, Alberto Braga, José Neuton Pa/na, Auguste Forjas {Economiste, Pereira Car- rilho{ia Démocratie, José Elias, Garcia Pors Ultramarin, Elvinb Brito Diario Popular, Thomaz Bastos [Courrier Portugais, Anto- nio Centeno Progrès , Henriqûe Macedo, Simoes Ferreira Gazette Commerciale, Dan- tas Baracho Commerce du Portugal , Auguste Ribeiro Journal das Creancas, Cyprian Jardin Noticias , Eduardo Cœlho ^Journal illustré], Eduardo Scwalbach La Révolution de Septembre, Cunha Belem Journal des colonies, André Canto, Gaetano Alberto, Urbano do Castro, Gervasio Lobato, ^ VICTOR HUGO DEVANT l'opinion Jayme Victor Moura, Cabrai, Castro Labra, Aueusto Loureiro, Pedro Vidœîra, Auguste Meîlo, Joao Costa. » Au député Lockroy* Paris. Les étudiants de TUniversité de Naples réunis, ont arrêté une commémoration solen- nelle en rhonneur de Victor Hugo. Ilsvous prient de les représenter aux hom- mages que la France, rendra au plus grand •des contemporains, à Thomme qui réunissait les nations à rhumanité. » Très illustre maître et confrère e monsieur Vacquerie, Nous expédions aujourd'hui à MM. A. Naquet, G. Wirouboff et E. Zola, la lettre uivante, à laquelle nous vous prions d'ac- -corder la publicité du Rappel MM. Théophile Braga et Teixeira Bratos, arole s'éleva pendant soixante-cinq ans pour a défense des opprimés et de toutes les liber- tés, pleure sur sa tombe. La ville de Macerata, qui fut toujours au premier rang des villes italiennes dans l'ad- miration pour ce géant de la pensée, me charge d'exprimer sa douleur à la grande na- tion qni est justement fière d'avoir été la mère de cette illustration mondale. M. Gariboldi, compositeur, a été prié de représenter sa ville natale aux funérailles de Victor Hugo. ' d'Egypte, exprime ses sincères condoléances et celles de ses frères d'Orient à Tillûstre fa- mille de l'immortel Victor Hugo. Victor Huga- est le souverain de la colline des scien- ces, le soleil du Parnasse et le phare de la liberté des peuples opprimés. Que valent les couronnes des rois et de la terre, auprès de^ l'auréole de gloire qui orne son front? Les traits imposants de son visage vénérable ha- biteront toujours dans mes yeux et la suave mélodie de ses accents ne cessera jamais de résonner dans mes oreilles. Il a éprouvé l'exil, il m'a consolé, moi proscrit, il a ouvert mon. cœur à l'espérance de voir un jour ma mal- heureuse patrie aussi libre que la sienne. » A monsieur Edouard Lockroy, Monsieur le député, J'ai l'honneur de vous informer que je^ viens de recevoir de Cracovie, un télégramme ainsi conçu J'ai l'honneur de prier M. le professeur, au nom des .étudiants polonais de l'Université de Cracovie, de déposer en notre nom une couronne sur le cercueil de Victor Hugo. — Alfred Albinowski, président du cercle de» étudiants polonais à Cracovie. Je ferai, dès demain, parvenir la couronne des étudiants polonais et je me félicite d'avoir en cette circonstance été choisi pour leur mandataire. Veuillez agréer, etc. L. LÉGER. Professeur de littératures slaves ait Collège de France. » 60 VICTOR HUGO DEVANT L'OPINION A monsieur Auguste Vacquerie. Cher monsieur et ami, Je suis avec vous dans ce grand deuil. c TRIGUEROS DE MARTEL, La colonie française de Constantinople se joignant aux représentants de la France en- tière, empressée aux funérailles de Victor Hugo, rend à Tillustre mort un hommage res- pectueux et exprime à sa famille ses profon- des sympathies. Les déjmtés de la Nation, BRI ATA, — TIIOUZERY ». APRÈS LA MORT 69 Le président de la Société des libéraux de Pise envoie l'expression de la douloureuse émotion que leur cause la mort du grand pa- triote et du défenseur de l'humanité qui souffre. » Le syndicat de la presse portugaise de Lisbonne charge par dépêche M. Dominique Morlas et M. Meulemans, consul général, di- recteur du Moniteur des consulats, de repré- senter les journaux de la colonie aux grandes funérailles de Victor Hugo. MORLAS. » A monsieur Lockroy. La loge des Enfants du progrès, à Ma- drid, prend part à votre douleur et se réunit en séance solennelle en l'honneur de l'immor- tel Victor Hugo. , FRAGUA » A monsieur Vacquerie, • La colonie italienne de Tunis prend une grande part à la perte immense du grand gé- nie Victor Hugo. L'Athénée littéraire et de nombreux Es- pagnols d'Almeria me chargent de vous expri- mer leur sentiment de condoléance pour la mort de Victor Hugo . Le pavillon du consu- lat est en berne depuis vendredi. POLUO. » Rendant hommage à l'immortel chantre de l'humanité, nous envoyons une députation chargée de déposer une couronne aux pieds 70 VICTOR HUGO DEVANT L'OPINION àa grand défunt, en signe de profond respect de notre peuple slave. Société des beaux-arts et belles-lettres de Prague en Bohême, » Paris, le 26 mai 1885. Monsieur, Les Polonais n'ont pas oublié que Victor Hugo, le défenseur constant des nobles cau- ses, a fait entendre en 1864, à la Chambre des pairs, une élquente protestation en faveur de leur nationalité. Ils se rappellent que plus tard, en 1852, Sartageant à Jersey Texil de quelques-uns 'entre eux, il exprima, avec ce chaleureux enthousiasme et cette profonde intuition dont il avait le secret, ses sympathies pour leur cause et ses espérances pour la Pologne. Ils ont présent à Tesprit l'adresse à l'ar mée russe par laquelle le grand poète indi- quait, en 1863, leur véritable devoir aux offi- ciers chargés de la répression. sien, et que c'est, sans aucune comparaison, le plus grand souvenir de ma vie. Je ne saurais donc manquer de me joindre personnellement au cortège de ces funérailles, mais je dois y assister officiellement avec la délégation du conseil de perfectionnement du Conservatoire. Veuillez agréer, cher député et cher collè- gue, Texpression de mes sentiments dévoués et affectueux. Le directeur du Conservatoire national des Arts-et-Métiers. LAUSSEDAT. » A M. Georges Hugo. Mon cher camarade, Vous appartenez à l'Union française de la jeunesse et le coup qui vous a frappé nous a tous atteints, d'abord parce que la mort de Victor Hugo est un deuil pour tous ceux qui s'efforcent de concourir à l'émancipation de l'esprit humain, ensuite, et plus encore, parce qu'il était votre grand-père, parce que, grâce à vous, des liens plus étroits de respectueuse et filiale déférence nous attachaient à lui. C'est par vous, mon cher camarade, que le nom de Hugo, dont vous aurez désormais à supporter le poids, figure dans nos annales, et en vous envoyant aujourd'hui, au nom de l'Union française de la jeunesse tout entière, le témoignage de notre cordiale et affectueuse condoléance, nous vous demandons, liés à vous par la communion du deuil, d'être des nôtres plus encore, de vous retrouver avec nous dans un milieu où se conservera toujours vivace le souvenir de l'immortel poète quo 76 VICTOR HUGO DEVANT L'OPINION nous pleurons, et d'essayer d'être avec nous un homme utile. L'Association des écrivains et artistes es- pagnols de Madrid prend part à l'affliction de la famille de Victor Hugo et au deuil de la France pour le deuil du grand poète. » Le général MeredithRead, de New-York, pleure la perte d'un ami et partage le chagrin universel que cause la disparition de la grande lumière littéraire. » Affiche placardée sur les murs de la ville aUrbino^ par les soins de la municipalité, Victor Hugo, le cœur de la démocratie, le poète de l'humanité, la gloire de la France libre, le défenseur des faibles et des opprimés ^st mort ! I 80 DEVANT L'OPINION Sa grande âme laisse derrière elle un sil- lage de foi et de nobles aspirations. Le deuil de sa patrie est presq[ue semblable à celui causé par la mort de Giuseppe Garibaldi. Victor Hugo a sacrifié sa vie entière pour le droit de toutes les nations et de tous les hommes sans distinction de races, sans distinction de castes. Son génie ne se nour- rissait pas de haine, mais d'amour. Il était une protestation vivante contre le Mal, mais il persistait à aimer ceux qui le faisaient, car il avait formulé la Vérité suprême que faire le mal est plutôt une nécessité relative que le fait d'un instinct pervers de l'humaine nature. a Devant l'incomparable désastre qui frappe hx France et le monde, nous ne pouvons, nous, libres citoyens de l'Italie, rester indifférents. c Victor Hugo a demandé la grâce de la vie pour Guglielmo Oberdank. a La noble parole du poète a vainement re- tenti ; mais le fait restera comme une preuve ineffaçable de sa grande âme, de raffectioii qui le liait à notre Italie, à toutes les douleurs humaines, h tous les martyrs de la religion du devoir. » Citoyens d'Urbino, a Vous ne manquerez pas à la dette de re- connaissance qu'ont les grands peuples envers ce grand mort. a Que vos manifestations de deuil soient di- gnes de lui ! » Urbino, 29 mai 1885. Suivent les signatures. APRÈS LA MORT 81 Ordre du jour du Cercle républicain^ Goffredo AfameK, de Rimini Victor Hugo n'est plus. Telle est la fatale nouvelle qui, avec la rapidité du télégraphe, s'est répandue de Tun à 1 autre bout du monde — et le monde déplore la disparition de sa plus grande lumière. Comme Prométhée au soleil, Lui, il a pris à un çénie souverain Tétincelle qui a fait res- Slendir d'une clarté nouvelle l'aurore de notre ix-neuvième siècle et qui en illumine le dé- clin. Poète et philosophe , apôtre et prophète, soldat et tribun, Victor Hugo entre dans l'é- ternel domaine de l'histoire avec la sublime auréole de Citoyen de l'Humanité ». En recevant ce coup terrible qui, en même temps que la France, les frappe, tous les peu- ples civilisés s'inclinent avec un grand res- pect. Leur seule consolation est de se retrem- per l'âme à cet éternel idéal qu'il a fait entre- voir à l'humanité dans Un monde de lumière et de poésie. Le Comité. » .». PRESSE FRANÇAISE ET ÉTRANGÈRE PARI S Le Figaro; Journal des Débats M. Victor Hugo a été une des preuves ; c'est que l'empereur avait ramassé des moissons de gloire comme nul n'en avait jamais recueillies avant lui, pour la douce France. O ma mère ! » Jamais ces trois mots n'ont été dits à la patrie avec plus d'amour profond, avec plus de piété — aux jours clairs et radieux avec plus d'orgueil et de joie, aux heures sombres avec plus de tristesse et de désolation. A quelque étape de cette longue vie qu'on le prenne, Hugo re- porte tout à la France. Comme il exulte et déborde d'enthousiasme au souvenir des marches triomphales à travers le, monde ! Comme on le sent brisé dans tout son être quand aux jours de liberté succèdent les nuits de honte et quand la victoire déserte ! Pourtant, la pitié et l'orgueil ne sont pas, comme on Ta cru, les seuls métaux qui aient servi à. couler un pareil bronze. Sur 1 ensem- ble des destinées historiques de son pays, Victor Hugo a souvent, soit intuition du génie, soit clairvoyance de l'amour, vu très juste et très avant — hier encore, sur le rôle de la France dans le bassin de la Méditer- ranée, sur le continent africain qui appelle notre conquête civilisatrice. — Puis, la foi robuste, la foi invincible dans l'avenir. Jamais il n'a désespéré On nous a mutilés ; mais le temps a peut-être Fait croître l'ongle du lion. Ainsi il s'écriait dans l'ode A la Colonne, en 1827, en pleine Restauration ; ainsi il parlera encore au lendemain de Sedan et de Metz, en pleine année terrible. APIIÈS LA MOUT lll Victor Hugo est né avec le siècle ; il marche avec lui ; sa belle jeunesse ardente le suit dans toutes ses évolutions, qui sont des révo- lutions ; et, sauf pour les injustices, pour les fureurs contre les dieux adorés la veille, le poète est le fidèle miroir de son temps pas- sions, espérances, illusions, rêves, regrets, il reflète tout dans le flot majestueux qui des- cend sa pente. Années des indécisions poli- tiques, années de l'éclosion progressive du génie. Mais voici que le génie approche de sa maturité ; demain le verbe sera moulé dans sa forme définitive ; demain l'image éclatera dans sa plus radieuse lumière et les ailes de l'ouragan lyrique » atteindront leur plus puis- sante envergure. Et toute la vérité se fait alors dans cet esprit. Le génie va s'élever à Tapogée ; le citoyen se donne à la répu- bhque. Grand honneur pour le parti républicain que cette accession d'un tel homme, non point à l'heure où le flambeau vacille et s'éteint, mais à l'heure, bien au contraire, où l'esprit mûr atteint la pleine possession de toutes ses forces. Ce n'est point ici un corps affaibli laissant prendre son âme par le premier venu qui étend la main, c'est 1 âme en possession de toute sa santé qui se donne hbrement elle- même et à jamais. Aussi comme elle en sera récompensée et quel élan nouveau pour s'élancer vers les cimes les plus hautes, en plein ciel, comme le dieu du statuaire qui pour tremplin a le globe ! Grand honneur pour la République, grand bonheurpour Victor Hugo. Par la République, par cela seul qu'il lui a dit Tiens, me voici, prends-moi! » il va monter des Chants du Crépuscule aux 1 12 VICTOR HUGO DEVANT L'OPINION Châtiments, de Notre-Dame de Paris aux Misérables. Comme Cybèle, la République double les forces de qui vient h elle et, sans regret, sans regarder en arrière, se livre tout entier. Victor Hugo doit beaucoup à la République; la République ne doit pas moins à Victor Hugo. Et je ne parle pas seulement de l'hon- neur d'avoir compté devant les partis, devant le monde, devant Thistoire, un aussi mer- veilleux esprit parmi les siens. Il y a plus encore, en effet, et, dans notre gratitude, nous ne saurions trop souvent ni trop haut le proclamer. Là bas, sur son îlot oattu des vagues, pendant dix- huit ans — les dix-huit années de notre bas empire, — par son exemple, par ses vers vengeurs et par sa prose d'implacable justicier , par les Châtiments et par Napoléon le Petit^ combien de servi- teurs a-t-il conservés à la République dont la corruption impériale, sans lui, eût fini par venir à bout ? Combien lui en a-t-il amené, de jeunes et héroïques recrues qui, sans lui, n'auraient pas reconnu dans décembre un crime et qui auraient ignoré la vérité? D'un côté, le guet-apens triomphant, le mensonge va'n- queur, le droit foulé aux pieds, la justice avilie, la force grossière et brutale régnant en souveraine ; de Tautre, Victor Hugo à Guernesey — et l'équilibre moral ne fut pas rompu. Cette flamme sur un rocher, ce phare dans la tempête, cela suffit il est certamque la nuitne sera pas éternelle. Césarion a volé la France, vaincu la Russie, pris l'Angleterre pour alliée, diminué TAutriche, libéré l'Italie, ébloui, l'Europe pourquoi ne pas aller à lui? IPourquoi ? parce que au côté de l'Océan on a APRÈS LA MORT llo entendu une voix. Ah ! ce petit volume imprimé sur du papier à chandelles, intro- duit en fraude, lu en cachette derrière les portes fermées à double tour ou tout au fond des bois, qui dira combien il a sauvé déjeunes esprits, combien il en a éclairés, illuminés, acquis h jamais, jusqu'à la mort, à la cause de la liberté ! Chaque vers des Châtiments m engendré un soldat h la République ; chaque page de Napoléon le Petit a dressé conti'e l'empire un ennemi, un champion de la justice. Avoir rendu à la conscience numaine un ser- vice pareil, quelle gloire est supérieure à celle-k? Et il est des gens qui parlent de Vart pour /-aW, qui répètent encore que la politique a enlevé Victore Hugo à la poésie ! A la monarchie Victor Hugo n avait donné que des chefs-d'œuvre. A la HépubUque, il a donné des armées d'hommes, des légions de citoyens. JOSEPH REINAGH. Le Temps Ce génie si complexe, qui réunit assez de parties différentes pour qu'on pût, en le bri- sant, y trouver les éléments de plusieurs gé- nies, a pourtant sa caractéristique propre la puissance et la force. On Ta remarqué juste- ment les mots qui reviennent le plus sou- vent sous la plume de Victor Hugo, ce sont les mots énorme^ immense^ géant, mons- trueux, etc. L'infiniment grand de la matière, de la pensée et de la passion, voilà son do- maine. 11 s'y meut avec le plus parfait dédain 114 VICTOR HUGO DEVANT L'OPINION de la mesure et de la limite. Si, pour attein- dre le colossal, il lui faut passer par Tinvrai- semblable, par l'insensé, hardiment, il s'y fraye sa route. Un homme d'un rare esprit, aui l'admirait plus qu'il ne l'aimait, Amiel, a it de lui, non sans chagrin Hugo fait de la folie un de ses animaux domestiques ; il chevauche de sang-froid le Cauchemar, Pé- fjase, l'Hippogriffe et la Chimère. » Je tiçns e mot pour bien dit, et la critique pour une louange, caria Chimère, l'Hippogriffe, Pé- gase et le Cauchemar sont de vaillantes mon- . tures qui emportent leur cavalier dans les régions de la fantaisie inaccessibles à qui ne les dompta jamais. La folie elle-même a sa réalité, et par conséquent ses beautés, qui valent peut-être celles de la raison ; et, pour qui cherche des sensations nouvelles, un ébranlement de Tâme violent, rien ne vaut ces visions d'un œil éveillé, ce délire si maître de lui, qui se possède et se dirige. Au reste, la poursuite du grand ne jette pas toujours Hugo dans le gigantesque. Aux bons endroits, et il y en a partout, la force éclate sans ou- trance, la puissance s'étale paisiblement. La langue de Racine compte, dit-on, douze cents mots. La langue de Hugo se compose de toutes les langues. H n'est pas de profes- sion, d'art, de métier, de civilisation, qui n'en soient tributaires, pour leurs termes les plus généraux ou les plus techqiques, pour leurs expressions les plus populaires où les plus savantes. Tel vers exigerait, pour être par- faitement entendu, le secours a'un lexique, et il faut plaindre les commentateurs de l'ave- nir. C'est là l'excès et le travers dont on peut sourire, mais qui ne doivent point faire mécon- APRÈS LA MORT 115 naître le don incomparable. Jamais plus puis- sant manieur du verbe humain n'en a distri- bué les formes multiples en combinaisons plus riches et plus imprévues. — Grand écri- vain, ai-je dit, mais moins par Topulence de son vocabulaire que par son respect pour les lois de la grammaire. En un temps où Ton firend plaisir à les violer, où Ton disloque, où 'on torture la phrase jusqu'à lui faire perdre toute figure, Victor Hugo a conservé les scrupules de sa jeunesse. Sa langue est cos- mopolite, sa phrase est bien française. Mais cet écrivain est surtout un peintre ; le secret do ce style, c'est l'image. Fénelon disait jadis de l'orateur Il pense, il sent, et la parole suit. » On pourrait dire de \ ictor Hugo Il voit, et la pensée suit. L'image amène l'idée, et parfois elle la mène. Vous croyez ^ue le poète raisonne ? Point, il regarde ; l'image qui a d'abord frappé son regard se développe, se réfléchit, se brise en fragments qui for- ment autant d'images nouvelles, et ce que le lecteur a pris pour la marche dialectique de l'esprit, n a été que le mécanisme spontané ou le jeu capricieux de l'imagination. On pourrait relever des passages, peut-être même des morceaux entiers, où ce procédé se trahit. Est-ce bien un procédé ?Non c'est la nature même de l'artiste. Victor Hugo est moins un penseur qu'un voyant . Il en a le style et le ton, le geste et l'attitude, l'œil songeur, en quête de visions, visions fantas- tiques que le profane se travaille en vain à saisir, visions grandiose» qui éblouissent, visions radieuses qui transportent, toujours et partout, visions. L'action de cette poésie sur l'âme est sin- 116 . VICTOR HUGa DEVANT L'OPINION gulière. Il s'établit rarement entre le lecteur et le poète ce colloque intime où un Lamar- tine, un Musset vous invite. Si Ton veut être {lacifié, ce n'est pas un volume de Hugo que 'on ouvre la main cherche d'elle-même d'au- tres maîtres, plus sereins et moins magni- fiques. Ce n'est pas lui non plus qui aide à nourrir les chers tourments, à creuser les voluptueuses mélancolies un Byron fait mieux cet office. Pourtant, h de certaines heures, aux heures où Ton retombe sur soi- même sans force et sans confiance, il est le cordial qui ranime. On n'a pas plus tôt com- mencé de lire qu'un afflux de vie se préci- pite. Comment douter de l'esprit de l'homme quand on le voit faisant ainsi jouer tous ses prestiges? Comment ne pas se sentir récréé par tant de lumière et tant de flamme ? 11 se produit alors une exaltation des facultés, une sorte d'ivresse intellectuelle. Pour un ins- tant, on se croit capable de quelque grand effort. Est-ce la séduction toute morale d'une pensée haute et généreuse ? Est-ce la conta- gion presque physique de cette puissance qui se traduit en sonorités violentes? L'un et l'autre, sans doute. Quand l'ivresse se dis- sipe, l'élan subsiste. Hugo est le rédempteur de ces courtes chutes. Pourquoi ? Parce que au lieu de ramener le moi sur lui-même, il l'en détache violemment. C'est par là que sa poésie est saine. Jusque dans ses propres an- goisses, loin de s'abandonner à Tanalyse des mouvements intérieurs, il se répand au de- hors, il se disperse dans le réel ou à travers l'idéal, en pleine terre ou en plein ciel, et, chose rare, il ne se fuit pas pour se chercher encore là où sa fuite l'entraîne, mais pour s'y APRÈS LA MOKT 117 oublier et s'y perdre. Plus que jamais, ouest tenté de voir aujourd'hui dans le subjecti- visme de la sensation le dernier mot de l-art. C'est de Tart, assurément, mais un art inft»- rieur et malsain. Comràe Gœthe et Shakes- peare, Hugo a prouvé que* le vrai génie, le génie bien portant, est essentiellement objec- tif. Il y a quelque chose de plus extraordinaire encore que sa carrière, son iGuvre, son génie la place qu'il a tenue parmi nous dans ce dernier quart de siècle. De profonds chan- gements ont bouleversé l'art, la société, les consciences. Quelles contradictions foncières entre le culte de Victor Ilago pour la gran- deur, et la prédilection des écrivains du jour pour le bas et le vil ; entre son romantisme obstiné et leur réalisme féroce; entre son spiritualisme vaste et compréhensif et leur matérialisme étroit! Il est resté chevale- resque, tandis qu'autour de lui on devenait odieusement utilitaire. Il a gardé sa foi dans la vie, dans l'idée, dans l'amour, tandis que le pessimisme de Schopenhauer gagne chaque jour du terrain. La manie archéologique nous tient courbés, la loupe à la main, sur le passé ; ce siècle, qui a créé l'histoire, mourra de l'a, bus de l'histoire jusqu'à son dernier souffle- Victor Hugo a essayé de plonger dans l'ave- nir. A nos lamentations sur le perpétuel recommencement des choses, il ne répond qu'en affirmant sa confiance dans le progrès, dans la perfectibilité indéfinie de l'iiomme. Peu de points de contact, par conséquent, entre ses successeurs et lui, soit en fait d'art, soit en fait de principes philosophiques. Il plane encore sur les cimes, où les contempo- 7. 118 VICTOR HUGO DEVANT L'OPINION rains de sa jeunesse l'avaient suivi, tandis que notre génération a descendu les pentes de la montagne, et s'agite au plus profond de la vallée. Malgré tout, l'accord s'est établi pour consacrer sa gloire, pour la placer au-des- sus de toute discussion, un accord unanime, irrésistible. Des esprits, d'ailleurs intolérants, n'ont pas songé à lui reprocher sa foi à des principes qu'ils détestent. On lui a même par- donné d'être plus jeune que sa postérité. Sans doute, la déférence gu'on lui témoignait n'en- traînait pas l'adhésion à ses doctrines. Lui qui a eu tant de dévots, il n'a guère eu de dis- ciples. Le moindre écrivain d'à présent passe chef d'école. Où est l'école de Hugo? Mais enfin il a régné, et jamais royauté ne fut assise sur un trône moins exposé aux atten- tats. C'est trop de dire qu'il a été roi il a été presque dieu. Les dix lettres de son nom sont à elles seules une religion tout entière, dogmes et symbole. Cette religion, comme beaucoup d'autres, a eu ses adeptes gui l'ont compromise, ses pontifes aui l'ont ridiculisée. Mais ne suffit-il pas qu'elle ait procuré à d'innombrables esprits les jouissances, qui se font si rares, de l'adoration et du prosternement ? En outre, elle a uni dans un sentiment commun des hommes divisés sur tout le reste. En ce temps où tout devient matière à conflits et à scis- sions, où l'on met à élever des barrières, entre les âmes tout le soin que l'on devrait mettre à renverser celles qu'avait dressées le passé, toutes les colères, tous les partis, toutes les Eglises, désarmaient devant cette gloire. Il y a eu là comme un asile privilégié et hospita lier, où les adversaires de la veille et du len- APRÈS LA MORT 119 demain étaient sûrs de se rencontrer la même fjarole aux lèvres, la même émotion dans 'âme/ Peut-on ne pas bénir la mémoire du poète pour un tel oienfait ? Peut-on songer, sans une tristesse amère, que tout cela va finir? HENRY MICHEL. Gii Blas Oui, l'âme de Victor Hugo est avec ses pareils, avec Homère, avec Pindare, avec Eschyle, avec Dante, avec Shakespeare ; mais aussi elle est, elle sera vue toujours vivante parmi nous; et longtemps après que les pe- tits-fils de nos flls seront couchés sous le gazon, c'est elle, c'est cette âme qui conti- nuera à éclairer les hommes, et à les embra- ser des feux de l'immense amour. Tout ce qui sera fait de grand, de beau, d'héroïque, sera nécessairement fait en son nom. Victor Hugo sera présent, il sera visible parmi nous, toutes les fois que la vieillesse sera honorée^ que la femme sera déifiée, que la misère sera consolée; toutes les fois que retentira un noble chant de lyre, faisant s'ouvrir mysté- rieusement les portes du ciel. Mais, hélas ! ne nous y trompons pas, n'es- sayons pas de nous leurrer d'un vam espoir ; c'est elle, la Lyre, c'est la Poésie, c'est la Muse qui de ce coup est atteinte, et mortelle- ment frappée. Oui, ce grand fleuve lyrique, dont il avait déchaîné sur la France les ondes frémissantes, sera séché et tari uniquement parce que Victor Hugo n'est plus là, le lais- 120 VICTOR HUGO DEVANT L'OPINION sant tomber de son urne géante. Mais de son œuvre énorme, éternelle, effrayante et char- mante, couverte de neiges et d'abîmes et de fleurs, pareille à une montagne, jailliront des sources nouvelles, où les jeunes poètes vi- vants et les poètes à venir puiseront la force et la joie. Victor Hugo est le père des Odes, et il est le père des poèmes futurs, et c'est en enten- dant son nom prononcé que THistoire, avec- un grand cri de délivrance, remontera sur la scène nettoyée et lavée, et que le Drame se réveillera, faisant retentir le clairon des ba- tailles et brandissant dans sa main le glaive tragique. TH. DE BANVILLE. Gil'Blas Le grand poète qui vient de descendre au tombeau comme un soleil qui disparaît der- rière rOcéan a eu, vivant, tant de gloires qu'on peut dire qu'il lui en a manqué une; ou, du moins, qu il en est une qu'on ne lui a fas accordée autant qu'il la méritait. Victor lugo, en étant le poète que les femmes ont le plus admiré, n'a pas été toujours celui que nous avons le plus aimé. Lamartine et A. de Musset ont été surtout nos poètes, l'un ayant volontiers plané dans "les hautes régions de l'amour idéal, l'autre étant descendu dans les abîmes de la passion et nous y ayant entraî- nées. Anges ou démons, voilà, paraît-il, co qu'il plaît surtout d'être ; et nous ne sommes APRÈS LA MORT 121 contentes qu*à demi de ceux qui nous traitent simplement comme des êtres humains. C*est pourtant notre lot le plus sûr et le plus char- mant; et nul poète ne nous Fa accordé comme Victor Hugo. Jusau'au dernier jour de sa vie, il a gardé pour les femmes un amour qui se tradui- sait par une galanterie touchante. Jeunes ou vieilles, petites-filles ou aïeules, les femmes étaient toujours saluées par le poète avec une grâce particulière, et, ;i toutes, il baisait la main comme un marquis d'ancien régime. Mais c'est surtout dans ses écrits que nous devons chercher ce qu'il a pensé de nous. Or, dans l'œuvre entier de Victor Hugo, il n'y a pas un mot contre nous, pas même une de ces malices auxquelles nous sommes si habi- tuées que .nous les entendons sans ennui et les prenons parfois pour des compliments. Il a chanté la femme de tous les âges et de toutes les conditions, dégageant sans cesse d'elle l'idéal qui y est, l'éternel féminin que le poète trouve, avec ses grandeurs et ses grâces, chez la reine comme chez la courti- sane. COLOMBINE. Le Figaro Le dix-neuvième siècle sera le siècle de Victor Hugo, comme le dix-huitième fut celui de Voltaire et le dix-septième celui de Mo- lière, de Racine et de Corneille. Devant cette éclipse du plus grand génie littéraire de ce temps, tous les cœurs s unis- 122 VICTOR HUGO DEVANT L'OPINION sent dans la même pensée de tristesse et de deuil, et tous les esprits dans un universel hommage. Mort, il apparaît plus grand encore ses erreurs, ses faiblesses s'effacent dans l'irra- diation de cette Lumière qui, après avoir éclairé les deux tiers de ce siècle, rayonnera sur sa fin et jusque sur les siècles futurs. Le Figaro C'en est fait, Victor Hugo entré vivant dans la postérité », entre aujourd'hui glo- rieux dans la mort. Devant cette grande tombe, les panégy- riques sont superflus et les jugements con- tradictoires une sorte d'impiété. Rappelons seulement à grands traits cette haute figure. Environné de l'admiration publique, con- solé de ses épreuves passées et de ses dou- leurs domestiques par une popularité pro- digieuse et sans exemple dans notre pays, Victor Hugo n'apparaissait plus que comme le symbole radieux du génie de la France. Nulle royauté littéraire n'égala jamais la sienne. Voltaire régnait à d'autres titres. On a dit de Voltaire qu'il était le second dans tous les genres. Victor Hugo, au contraire, est et demeurera le premier dans plusieurs. Ni dans ce siècle, ni dans nul des siècles qui l'ont précédé, la France n'a possédé un poète de cette hauteur, de cette abondance et de cette envergure. Il est poirr nous ce que Dante, Pétrarque, le Tasse et TArioste réu- APRÈS LA MORT 123 nis furent pour Tltalie; c'est le chêne im- mense dont les robustes frondaisons couvrent depuis soixante ans de leur ombre les florai- sons sans cesse renaissantes de la pensée française. J'ai dit qu'il vivra, et sa meilleure force pour durer à travers les âges futurs, c'est que son génie, quoiqu'on aient dit par irréflexion, par injustice ou par une connaissance impar- laite des choses, est d'essence absolument aborigène et nationale. On a dit qu'il avait renversé les règles et ramené dans nos coutumes poétiques, verna- culsL nostra, l'antique barbarie, jadis vaincue par Malherbe et Boileau. Quelle erreur ! Vic- tor Hugo n'a pas renversé les barrières ; il les a franchies d'un bond, et s'est retrouvé der- rière Boileau et derrière Malherbe, en contact direct avec le libre génie de nos grands poètes des seizième et dix^septième siècles, avec Ronsard, avec Rémi Belleau, avec Regnard, avec Desportes, avec Tristan L'Hermite, avec Beys, et aussi avec Rotrou, avec Pierre Cor- neille, et d'autres poètee encore, pléiade si nombreuse que son dénombrement fatiguerait nos mémoires débiles. Cependant, il n'a voulu reprendre aux an- cêtres que l'indépendance de leur pensée, que l'ampleur de leurs périodes et de leurs atti- tudes ; il a tenu pour acquises les sages cor- rections de forme indiquées par les légis- lateurs du Parnasse » ; loin de faire front à Malherbe et à Boileau pour les combattre, il se les est mis à dos pour s'appuyer sur eux. Le respect de la forme, il le pratiquait pour lui-même avec une si sévère correction au'il l'a imposée comme une loi désormais inéluc- 124 VICTOR HUGO DEVANT LOPINION table à ses enfants et aux- enfants de ses petits- enfants. Un mot encore ; tout est-il donc fini, Victor Hugo est-il enseveli tout entier dans son cer- cueil ? Tout est-il donc si peu que ce soit là qu'on tienne? Victor Hugo ne le pensait pas. Quelles que fussent les causes secrètes de son éloigne- ment, plus ou moins invincible, mais évident, pour les dogmes du culte dans lequel il avait été élevé, Victor Hugo demeurait un croyant et un croyant sincère. Il ne s'en cachait pas, il s'en faisait gloire. Je me permis un jour de lui produire, sous forme de question^ la for- mule résumée de ses idées, telles qu'il venait de les exposer avec une chaleureuse éloquence dans Tun de ses derniers volumes de vers. — Ceux qui se flattent de connaître Dieu sous une figure déterminée çt de l'enfermer dans un dogme sont des téméraires Lceux qui le nient sont des imbéciles. » — Très exact! » me répondit-il. Voilà ma profession de foi; et ajoutez-y que ce Dieu que ie ne connais pas, je l'adore de 'toutes les forces de mon intelligence et de ma raison. » Les funérailles de Victor Hugo seront ce qu'il les aura ordonnées ; en tout cas, le deuil fublic les fera nationales. Avec elles sonnera e glas d'un siècle qui finit, et qui finit mal. AUGUSTE VITU. Le Figaro DERNIER HOMMAGE Dors, Maître, dans la paix de ta gloire ! Repose, Gcrveau prodigieux, d*où, pendant soixante ans, APRÈS LA MORT 125 Jaillit l'éruption des concerts éclatants. Va! La mort vénérable est ton apothéose Ton esprit immortel chante à travers les temps ! Pour planer à jamais dans la Vie infinie, Il brise comme un Dieu les tombeaux clos et sourds. Il emplit l'avenir des voix de ton génie, Et la terre entendra ce torrent d'harmonie Rouler de siècle en siècle en grandissant toujours ! LECONTE DE LISLE Paris Demandons encore à Paul de Saint-Victor de nous dire son sentiment sur ce point tout particulier, sur la forme, matière en laquelle sa compétence est indiscutable C'est, écrit-il, la plus belle langue dramatique qu'on ait jamais parlée au théâtre? Rien n'égale la vigueur, la soudaineté, la souplesse, le luxe exquis, la solennité pénétrante de ce vers, qui détache l'image, qui grave la pensée, qui monte, d'un coup d'aile, au plus haut de la passion et de la grandeur, pour planer dans la rêverie ou redescendre au caprice grotesque et au détail familier. Et pas une faiblesse dans les spirales de son vol ; pas une fatigue dans cet essor perpétuel ! C'est tantôt le tranchant solide d'une épée, tantôt la floraison d'une luxuriante arabesque. C'est l'éclat de l'arme et la splendeur du joyau, la flamme qui brûle et la fusée qui éblouit; chaque passion jette son cri, chaque fantaisie sa roulade, chaque souffrance son gémissement, dans cette sym- phonie magnifique qui remplit l'âme et ravit 1 esprit. On sort de là comme d'un concert où 126 VICTOR HUGO DEVANT LOPINION toutes les fibres de Têtre auraient été tour- mentées et caressées tour à tour. » Cependant un jour, en 1867, l'œuvre dra- matique est reprise au théâtre, et Hemani apparaît non vieilli, mais au contraire plus jeune, plus rayonnant. Est-ce le public qui a changé de goût? Est-ce le drame qui s'est embelli, comme s'embellissent, grâce à la patine du temps, les peintures et les sculptures des maîtres. Les deux hypothèsee sont exactes. Le goût s'est élargi, est devenu moins exclusif les œuvres se sont accomplies » et ont pris leur place légitime dans l'admiration de tous. Dès lors, ce ne fut plus pour Victor Hugo qu'une longue succession de bravos et d'ova- tions. Les critiques ennemis désarmèrent, les tièdes furent enthousiastes, les maîtres vin- rent faire cortège au Maître et s'incliner de- vant lui. Je ne crois pas qu'il y ait, dans l'histoire littéraire, exemple d'un aussi prompt et aussi complet revirement de l'opinion dominante. J'aurais cru que le mouvement de retour vers la poésie au théâtre s'en fût trouvé plus accentué, plus généralisé ; des circotistances spéciales et diverses qu'il n'y a pas lieu d'énu- mérer et de déterminer à cette heure ont ar- rêté l'impulsion première; mais ce triomphe de Victor Hugo sur la scène n'en est pas moins le plus heureux et le plus important des faits à observer depuis vingt ans dans l'art dramatique. J'espère que les consé- 2uences salutaires s'en dégageront bientôt, îhaque génération est impatiente de jouir et APaÈS LA MORT 127 slrrite de la lenteur avec laquelle se produi- sent les phénomènes dans Tordre moral ; mais quand on domine cette impatience naturelle, . sinon raisonnable, on songe que si l'individu peut attendre, Thumanité a tout l'avenir à elle, Favenir durant lequel s'opérera le déve- loppement continu et successif de l'art. Donc, l'inscription définitive au répertoire courant du Théâtre-Français de Hernani et de Ruy Bios, l'addition obligatoire et pro- chaine d'autres chefs-d'œuvre féconderont les esprits et seront pour les générations sui- vantes ce que les productions du dix-septième siècle et du dix-huitième siècle ont été pour les novateurs du dix-neuvième siècle une source puissante d'inspiration. LAPOMMERAYE. Paris ; Les peuples étrangers s'inclinaient devant l'art français, d'autant plus bas et d'autant plus sincèrement, que nul d'entre eux n'avait à nous montrer chez lui de gloire comparable à celle-là. Et nous, nous ses compatriotes, nous qu'il a façonnés à notre insu, ce puissant mode- leur, en renouvelant notre langue, en modi- fiant ce qu'on pourrait appeler notre outillage intellectuel, en imprimant à notre littérature tout entière une tournure inattendue, en nous enseignant la fidélité au droit, à la justice, à la liberté, en nous conseillant d'être bons, en nous montrant à être pitoyables , — nous comprenons aussi que la France vient de per- dre sa plus illustre parure, et celui de ses ci- 128 VICTOR HUGO DEVANT L'OPINION toyens qu'elle pouvait montrer le plus orgueil- leusement au monde entier. CH. LAURENT. Le Cri du Peuple Victor Hugo vient de rendre le dernier sou- Rir, après une longue et douloureuse agonie. fous envoyons notre suprême salut à la mé- moire de celui qui, né dans le camp ennemi, vint vers nous par étapes successives et se fit le défenseur des pauvres et Tami des déshé- rités. La Croix Victor Hugo est mort à une heure trente- cinq minutes. Il fut le plus grand poète de notre siècle. Il était fou depuis plus de trente ans. Que sa folie lui serve d'excuse devant Dieu. Plaignons ceux qui vont lui décerner l'apo- théose et prions pour lui. La Bataille LES MISÉRABLES L'auteur des Misérables aura sa place dans le cœur du peuple. 11 écrivit ce livre dans l'exil. Il ne l'eût pas rêvé avant la défaite. APRÈS LA MORT 129 L'exil a été bon pour Victor Hugo. Il y a connu un peu de Tame du peuple. L'orgueil- leux poète des olympes bourgeois, précipité dans la boue du champ de bataille, coudoya un peu les vrais vaincus de la vie. Et le sol- dat obscur aux reins cassés lui parut enfin plus misérable que l'empereur déchu mais trônant encore dans lès auréoles de l'histoire. Le pair de France, le député si dur aux in- surgés de- juin, eut alors la vision des insur- rections obligatoires. Il la subit, comme une vérité pétiible il est vrai, mais c'est beaucoup déjà. Combien se raidissent contre toute idée du juste. Les misérables de Victor Hugo ne ressem- blent guère aux malheureux de la plèbe tels que nous les savons aujourd'hui, tels qu'Eugène Sue les avait déjà puissamment esquissés. Même ils apparaissaient quelque- fois comme des ombres confuses et fausses -, mais le génie du poète a deviné souvent ce que son âme ne sentait pas. Tel cri, tel ca- ractère des Misérables est socialiste, parce qu'il suffit de toucher au peuple pour devenir révolutionnaire. Les intentions ne sont rien pour nous mais le fait. Victor Hugo a donné le verbe courant à bien des douleurs bégayantes. Beaucoup de ses écrits nous servent de balles. Le .peuple saluera celui qui a rempli de son contmgent notre cartouchière. lissagaray. La Gazette de France Laissons à ceux qui s'imaginent être deve- nus les uniques propriétaires de la gloire de 130 VICTOR HUGO DEVANT L'OPINION Victor Hugo, les faciles dithyrambes et Thy- perbole aveugle. Au lendemain de cette mort il me convient de ne retenir qu'un fait, qu'une vérité c'est qu'en Victor Hugo vient de mou- rir un grand poète chrétien, c'est que Victor Hugo n'a été grand que par ce qu il y a de sentiment chrétien dans son œuvre, même dans les dernières ; c'est que par conséquent, malgré tout, malgré les blessures cruelles infligées par lui à nos croyances, — les sien- nes de jadis, — malgré les blasphèmes de son f^énie devenu de plus en plus inconsôient avec es années, Victor Hugo doit être revendiqué par la Foi, par la religion. Il n'a existé que par elles, et à partir de ce jour ce n'est que par elles qu'il revivj'a. Le poète qui écrivait à près de quarante ans, par conséquent en pleme maturité d'es- prit, en pleine possession de la vie, de l'expé- rience de lui-même, que ce qui l'épouvantait c'était d'entendre 1 écho de la voix de Jésus allant s'affaiblissant », ce poète-là, les libres- penseurs auront beau faire ils ne l'accapa- reront jamais. Ils se sont chargés, au surplus, de montrai* combien, malgré leur apparente dévotion pour Victor Hugo et leurs nruyants et creux eu- thousiastes, ils tenaient en méfiance ce génie chrétien quand même, chrétien toujours. Ils se sont soigneusement gardés de faire jamais de Victor Hugo un tribun effectif, de le choi- sir pour chef, de lui donner jamais un rôle politique quelconque à jouer. Ils en firent un sénateur pour la forme et ce fut tout. Et encore, lorsqu'on élut le Sénat, Pa- APRES LA MORT 131 ris, ce Paris gui demain va s'écraser aux obsèques de Victor Hugo, ce Paris politique t socialiste, ce Paris n'accorda pas à ce génie l'honneur de faire sortir le premier son nom de l'urne. Il lui préféra feu M. Hérold, un avocat. Voilà quinze ans que la République dure. Quelle place a-t-elle donné, dans son gouver- nement, à ce poète qui toute sa vie rêva la floire politique? Pas la moindre, pourquoi! *arce qu'elle savait bien qu'au fond le chré- tien était toujours vivace chez Victor Hugo et que si jamais il avait une influence directe, pratique, sur la foule, cette influence se ma- nifesterait par quelque acte en contradiction avec les principes atnées du régime nouveau. C'est pourquoi on a embaumé Victor Hugo tout vivant dans l'admiration. C'était moins compromettant que de lui confier les desti- nées du pays. La noble et fière démarche de Son Emi- nence le cardinal-archevêque de Paris au lit de mort du poète n'a pas eu d'autre significa- tion. L'illustre pasteur de la métropole fran- çaise ne s'est pas souvenu de l'ennemi de l'Eglise il ne s est rappelé que le génie au- quel le croyant avait du, autrefois, d'écrire tant de chefs-d'œuvre, lesquels ont fécondé bien des âmes, restées pieuses et croyantes, elles, parce Qu'elles étaient simples. La popu- lation catholique de Paris, et elle est nom- breuse, ferait célébrer demain un service reli- gieux à la mémoire de Victor Hugo, que cette manifestation serait toute naturelle. 132 VICTOR HUGO DEVANT L'OPINION Et c'est pourquoi, lorsqu'aura passé le tor- rent de la dernière manifestation politique sur ce cercueil, je crois que le Victor Hugo de la postérité sera notre Victor Hugo, celui dont 1 œuvre apprenait à prier, à pardonner, à croire et à aimer. DANCOURT. Le Petit Caporal HUGO LE PETIT Victor Hugo, dont s'emparent aujourd'hui les républicains comme d'un trophée, a pro- fessé successivement toutes les opinions. En véritable caméléon, au vent de ses passions, puis du moment, il a fait le tour de Tarc-en- ciel politique. Par deux fois il fut bonapartiste », ce qui ne nous flatte d'ailleurs pas autrement, — royaliste blanc, royaliste bleu, et enfin répu- blicain idéologue. Nous les eussions quand mêmes pardon- nées à ce vieillard, si elles n'avaient fait beau- coup de mal à la France elle-même, en faus- sant le sens moral d'une bonne partie de la génération nouvelle. On déclame aujourd'hui les vers d'Hugo comme jadis nos pères chan- taient ceux de Déranger, et nous ne dissimu- lons pas que cette sorte de guerre Contre l'empire nous a été très funeste. MAURICE MARX APRÈS LA MORT 133 La France libre Victor Hugo a mené notre siècle d'éton- nement en étonnement ; son talent a eu autant de puissance que de souplesse, sa forme a été aussi brillante que sa pensée a été large et humaine ; il a été à la fois un coloriste sans rival et un penseur ému et entraînant. C est Técrivain objectif par excellence. Il a eu les rugissements d'un formidable lutteur, et les tendresses exquises d'un enfant. Victor Hugo a été mieux qu'un écrivain de génie, il a été un grand citoyen. Il est demeuré le défenseur intrépide des proscrits auxquels sa maison est toujours restée ouverte. Il s'est montré l'orateur obs- tiné et éloquent de l'amnistie. Enfin, il a profondément aimé le peuple, et voilà pourquoi nous garderons nous-même avec affection son cher et illustre souvenir. Victor Hugo a exprimé la volonté formelle d'être conduit au cimetière dans le corbillard des pauvres. Cest là une pensée digne du poète des Pauvres gens et de la Pitié suprême. On parle d'exposer le corps du poète, Îendant quelques jours, sous l'Arc de 'riomphe ; nous demandons que la volonté du mort soit respectée, et qu'en rendant hom- niage à Victor Hugo, on sache conserver aux diverses cérémonies le caractère simple et populaire qu'il a prescrit lui-même. A. MAUJAN. 134 VICTOR HUGO DEVANT L'OPINION Le Monde Phénomène étrange ! D'autres écrivains, moins gratifiés des dons de Dieu, ont incarné leur époque. Voltaire a infligé son nom au XVIII siècle. Mais jamais la postérité n'aura l'idée d'appeler notre siècle le siècle de Victor Hugo. Victor Hugo n'est point un initiateur, c'est un Epigone. Comme l'a si bien dit un jour M. Désiré Nisard L'auteur de Ruy- Blas a toujours été à la suite d'un mouve- ment, jamais à la tête. » Poète de génie, un des plus grands poètes que l'humanité ait connus, Victor Hugo n'a point exercé l'influence à laquelle sa supériorité intellec- tuelle lui donnait droit. Il emboîte le pas, il ne précède personne. Mais pourquoi Victor Hugo divorça-t41 de si bonne heure avec les opinions paternelles? C'est qu'alors Chateaubriand et Lamennais vengeaient la Bible des sarcasmes de Vol- taire, et qu'à la voix de ces deux maîtres, la société remplissait les vieux temples. Tou- jours disciple, jamais initiateur, Victor Hugo suit le courant. Plus tard, ce courant dévie et Victor Hugo de même. Il continue de se ti*aîner à la remorque des hérauts du jour et souffle dans leurs trompettes. Sa pensée n'est qu'un écho ; tour à tour royaliste, bonapar- tiste, orléaniste, membre du comité de la rue de Poitiers, républicain modéré, républi- cain radical, il se laisse docilement entraîner dans le sillage populaire. Victor Hugo ne se APRÈS LA MORT 135 montre embarrassé qu'un seul jour, le 18 mars. Devait-il aller à Paris ? devait-il rester à Versailles ? Si la Commune lui avait semblé viable, il n'aurait peut-être pas refusé de l'ac- clamer. Mais les plus perspicaces partisans de l'insurrection entrevoyaient dès cette épo- que sa fin prochaine et sanglante. M. Victor Hugo croit devoir alors s'inspirer de l'exem- ple des hommes politiques » de son parti. Non moins avisé que MM. Gambetta, Kanc, Lockroy, Floquet, etc., il quitte l'Assemblée nationale et file prestement vers l'étranger. C'est à lui qu'appartient la double gloire d'avoir donné le signal de la révolution litté- raire et commencé la restauration morale du xix" siècle. Lamartine s'est emparé des âmes rêveuses et tendres. Musset a dit les désenchantements des esprits désespérés. Quelle école définitive Victor Hugo a-t-il fondée ? Le romantisme dont il était le chef est mort, et le réahsme gouverne en despote. Le siècle tourne plus que jamais le dos à la poésie des Feuilles d'automne^ de la Légende des siècles et d'Hernani. Aux héros de Victor Hugo ont succédé les héros de M. Zola. Peut-être les maîtres du naturalisme consen- tiront-ils à répandre quelques pleurs sur la tombe du poète ; mais entre eux ils le bafouent. C'est à Victor Hugo surtout qu'on pourrait y;plic[uer les deux vers que le poète des Châtiments adresse à Napoléon Te voilà dans leurs rangs; on t'a. Ton te harnache, 'Is t'appellent tout haut grand homme, entre eux ganache t OSCAR HAVARD 136 VICTOR HUGO DEVANT L'OPINION Le Temps 11 faudra étudier un jour, et de près, techni- quement, l'influence que Victor Hugo a exer- cée sur la poésie par la richesse de sa rime, et sur l'art d écrire en général par l'éclat et la nouveauté de son vocabulaire. On aura à examiner si cette mfluence n'a été que bien- faisante ; ce qui est certain, c'est que l'écri- vain a révélé à notre langue des facultés qu'elle ne se connaissait pas, c'est qu'il a agrandi, transformé notre littérature comme si des siècles avaient passé par là. 11 y a eu, dans l'œuvre de Victor Hugo, une part de virtuosité, de gageure, de défi. Il a mené^ et il s'y est complu, deux ou trois générations d'étonnement en étonnement. Mais gardons-nous de croire que sa puissance consiste uniauement dans aes ressources d'imprévu. Victor Hugo a eu la qualité mai- tresse de l'artiste, l'imagination, et il l'a eue forte, souple, inépuisable ; il a par elle tout vu et tout compris, tout senti ou deviné ; s'il est allé de préférence aux choses démesurées, il n'a point ignoré les nuances. J'ajoute qu'avec l'imagination, il a eu l'esprit, beau- coup d'esprit, d'un genre très particulier il est vrai, plus fort que fin, une sorte de gaieté herculéenne, une veine d'amusante extrava- gance. Mais je me trompe, car on se trompe toujours avec lui, et il échappe à toutes les définitions ce géant a fait des chansons, et dans ces chansons il en est de gracieuses et de délicates. Le merveilleux, c'est qu'un écrivain si épri APRKS LA MORT 137 de la forme et de la couleur des choses, vivant d*une vie si intense dans le dehors, le plus objectif assurément de nos poètes, en ait été, à Toccasion, le plus ému et le plus pro- fond. Il sait toucher et faire rêver. H a des mots qui donnent une expression à 1 ineffable, où l'on sent passer je n^ nais quoi d infini. El». SCHERER. La Lanterne Non seulement, il fut grand par cette puis- sance d'évocation qui fait la Légende des dècles ; il fut grand par le génie qui lui a fait épuiser toutes les formules poétiques, mais il fut grand comme caractère. Comme Dante, il dut payer de 1 exil sa gloire et son amour de la patrie. Cet exil dura vingt ans. Dès le premier jour il dit Et s'il n'en reste qu'un, je serai celui-là. Il resta fidèle h l'engagement qu'il avait devant le monde tt surtout devant lui-même. Il demeura debout sur le rocher de Guernesey , faisant entendre à Napoléon III la malédic- tion de l'avenir, faisant hurler à ses oreilles les colères et les gémissements de tous les spectres de la nuit du 2 décembre. Il ne remit le pied sur la terre de France que le jour où Napoléon la quitta. S. 138 VICTOR HUGO DEVANT L'OPINION Le Français Malheureusement ce deuil dont on aurait pu faire un deuil national, on veut en faire le triomphe d'un parti et d'une secte. Ces funé- railles, auxquelles on aurait pu associer toute la France, on en veut faire une apothéose bien moins pour le grand poète que pour ses dernières opmions politiques et religieuses. Et alors, devant le défi jeté à tant de souve- nirs, le faisceau des admirations est aussitôt rompu. Il y a deux parts dans la vie de Victor Hugo. C'est la seconde qu'on veut seule glo- rifier, et, devant cette provocation, Thistoire reprend ses droits. Ce que furent les enthousiasmes de sa foi religieuse et de sa foi monarchique, les plus leaux chants de Victor Hugo en sont un admirable témoignage. Comment il parlait quelouefois aux rois, on peut le demander aux annales de la Patrie. Sire, Dieu a besoin de vous, » disait Victor Hugo au roi Louis- Philippe, dont le ferme bon sens dut quelque peu s étonner d'une parole que les courtisans d'autrefois auraient eu peut-être quelque peine à trouver. Comment on accueillit la Républi- que du 24 février, qui était venu l'arracher brutalement à son siège de pair de France, les mémoires du temps sont là pour le raconter. Comment il servit la candidature du prince Napoléon à la présidence de la République, le journal qu'il avait fondé l'atteste. De quelles caresses et de quels sourires il enveloppa, au lendemain du triomphe, le nouvel note du palais de l'Elysée, tous les demeurants de cette époque- s'en souviennent et le disent APRÈS LA MORT 13^ Puis il vint un jour où Victor Hugo se plut à étonner le monde par une évolution qui le je- tait en pleine démagogie et au fond de laquelle il ne fallait chercher, disait-on, comme mobile, que des ambitions déçues. Lorsgue, brisant violemment avec tous les souvenirs et toutes les fidélités de son passé, il vint apporter à rassemblée législative son nouveau credo politique, Victor Hugo fut salué par des acclamations enthousiastes ; la démagogie Tavait conquis, elle devait le tar- der jusqu*à la fin. En présence de ces applau- dissements qui ne se lassaient point, Monta- lembert, montant aussitôt à la tribune, eut un de ces mots qui étaient familiers à son éloquence Le discours que vous venez d'entendre a déjà reçu son châtiment. » Et, comme cette parole vengeresse avait déchaîné une tempête, Montalembert de se reprendre et de dire, plus impitoyable encore Le dis- cours de M. Victor Hugo a déjà reçu la récom- pense qu'il méritait. » Récompense et châtiment, ni Tun ni Tautre n'ont manqué un seul jour à Victor Hugo pendant les longues années qu'il a passées au service de la démagogie. La récompense, il la trouvait dans ces adorations venues d'en bas dont Tencens Fenivrait, dans ce culte dont on avait fait une idolâtrie qui bravait tout, sou- vent même le ridicule. Le châtiment, il a dû lé trouver dans les abaissements auxquels il s'était condamné lui-même, et dont il est impossible que cette nature si fière et si haute n'ait pas bien des fois cruellement souf- fert. • • a • . • • • • . •..*•» BEPEYRE. 140 VICTOR HUGO DEVANT L'OPINION Le Voltaire Il fut par excellence le Chef, le chef de guerre tout d'abord^ puis le Maître triom- phant, souverain, planant dans sa gloire au- dessus des fronts inclinés. Tout avait fini par céderf à Tascendant de son génie, et ceux-là mêmes qui n'en pou- vaient pénétrer le sens, parfois obscur, se sentaient entraînés par l'irrésistible courant de l'admiration universelle. Ce qu'il nommait trop simplement sa tenta- tive littéraire, c'est la révolution dont il fut l'âme et le bras, et qui fit surgir, sur les ruines d'une littérature foudroyée, tout un monde nouveau, peuplé d'êtres exubérants,* passion- nés, orageux. Sa a tentative politique » se relie étroite- ment h l'autre. Elle procède du même esprit émancipateur. On le voit, à partir de sa vingtième année, rompre un à un les liens qui le rattachent à l'ancien monde. Aucune influence de famille ni de milieux ne pourra le retenir, non plus que les flatteries et les faveurs royales. Sa tentative sociale » fut toute de miséri- corde et de bonté. La pitié fut l'intime conseillère du poète ', dans les dernières années, sa voix dominait toutes les autres. APRÈS LA MORT 141 Nulle vie ne fut plus noble, ni mieux rem- plie. Victor Hugo pensait que la mort ne détruit pas ceux qu'elle a touchés, qu'elle les rend seulement invisibles, et qu'ils restent tou- jours présents... Rien n'est plus exact, s'il voulait dire que son souvenir ne s'effacera jamais. Il est permis de contester de l'immortalité des âmes, mais on no peut douter de celle du génie. Magen. La France Hugo fut surtout un semeur, un vulgarisa- teur aidées. Il est peu de choses nobles et grandes qu'il n'ait touchées, et qu'il n'ait en- core ennoblies et agrandies en les touchant. Partout, il laissait l'empreinte de son génie puissant, empreinte que le temps creusera de plus en plus, au lieu de l'effacer. Poète incomparable, s'il ajoutait volontiers à sa lyre une corde d'airain, à l'usage des oppresseurs, il savait, mieux que personne, se faire paternel avec les faibles, doux avec les humbles, consolateur avec les affligés. La même main qui stigmatisait au front avec tant d'indomptable énergie, César et les triom- thateurs criminels, pansait charitablement es plaies, essuyait doucement les larmes des • opprimés et des vaincus de la vie. Celui qui lança les Ctiâtiments, comme un Jupiter sa foudre, fut aussi le chantre des Pauvres gens. HENRI SECOND 142 VICTOR HUGO DEVANT L'OPINION Le Peuple Victor Hugo est mort ! Nous n'avons qu'à répéter aujourd'hui ce que nous écrivions lorsque la nouvelle de sa nn imminente nous est parvenue. Devant ce grand mort, et dans réblouissëment de son immortalité radieuse, toutes les misères de la politique disparais- sent pour nous. Demain les partis vont se précipiter sur Fœuvre colossale de Victor Hugo. Royalistes, républicains, bonapartistes vont s'acharner sur l'héritage merveilleux, sur l'œuvre incom- larable. Chacun d'eux y pourra trouver sa part, sa part magnifique. Et pourquoi pas ? En quoi la f gloire du poète pourrait-elle être atteinte par a diversité des mspirations, alors aue pein- tres, musiciens, sculpteurs sont à l'abri de cette misérable critique ? Gérard a peint Napoléon à Austerlitz et la rentrée d'Henri IV à Paris. Gros a peint Napoléon au milieu des pesti- férés de Jaflfa et le départ de Louis XVIlI des Tuileries le 19 mars. Ingres a peint Napoléon et Charles X. Victor Hugo a chanté Napoléon, Charles X, Louis XVIII, la République. Et c'est parce que ton œuvre tout entière constitue un des plus précieux joyaux du pa- trimoine des gloires nationales, que le cœur étreint d'une mdicible et patriotique émotion, - nous te saluons sur ton ht de mort, ô poète^ toi le frère d'Homère et de Virgile, de Gœthe et de Shakespeare, toi le plus grand de* poètes français ! V APRÈS LA MORT 143 La Défense Il est peut-être mort, à l'heure où j'écris ces lignes. Et Ton nous apprend déjà qu'IL meurt civilement ». Dans les affres de l'agonie, le vieux poète, pelotonné dans ses draps », ayant Tair d'un spectre », se serait même écrié cette nuit — Je vois de la lumière noire !... » Quoi ! cela serait donc vra,i ? Le grand poète, qui poussa l'usage de l'an- tithèse jusqu'au plus déplorable abus, dans la langue, — et surtout dans sa vie, — va mourir ainsi, cherchant une image monstrueuse, et ne trouvant qu'un accouplement contre na- ture de mots qui jurent ! Cette riche imagination, qui sut évoquer tant de merveilles, créer tant de chefs-d'œu- vres, et comme arracher tant d'éblouissantes parcelles de la Beauté Suprême, va s'éteindre ainsi dans l'incohérence, dans d'affreuses té- nèbres ! Glorieux poète ! vous devez entrevoir à cette heure, si noire » que vous paraisse la as Ijesoin, hélas ! — du marteau des cych^pes. 1 le tordait, il le pétrissait de ses seules mains. Il lui donnait, toutes les formes sans effort. Il le pliait, il le repliait à son gré pour s'en faire son clairon et sa foudre. C'était avec ce clairon qu'il interpellait la foudre di- APRÈS LA MORT 173 vine et l'interrogeait de tonnerre à tonnerre. Douceur charmante de Thomme de combat. Pour être le chef d'école qu'il a été, Victor Hugo avait le double don nécessaire, le çénie et le charme. La séduction la plus gracieuse dans la souveraine énergie du talent et de la volonté. EDOUARD THIERRY. JLe Messager d'Occident C'est avec une profonde douleur que la • France entière a appris la mort de son grand poète, le plus grana de notre époque ! Le deuil de la France a retenti au dehors et tous les jours les journaux sont encombrés de télégrammes, échos de la peine universelle des esprits et des cœurs haut placés. Les Parlements, les municipalités, les ministres d'Etat, la jeunesse des écoles, les souverains saluent respectueusement l'âme sublime du chantre français qui vient de mourir. A ces tristesses de la France, à ces regrets des étrangers, nous venons aussi mêler le tribut de nos larmes. Tbe Morning News Si la grandeur se mesure d'après l'intérêt que le genre humain porte universellement à le. 174 ' VICTOR HUGO DEVANT L^OPINION un homme, Victor Hugo est ans contredit te plus grand hpmme du moade. Dans la vie politique, il y a peut-être qnelgu'un dont la puissance, le succès, et Tindiv^dualité s'im- posent avec la même force & l'attention des hommes. Mais Victor Hugo n'était pas suivi d'une armée et ne brandissait pas une épée. Il était la souveraineté des cœurs, et il avait atteint sa grande place par les pures qualités de son intelligence, la noblesse de ses propos, la douceur de sa nature. Le grand et illustre poète appartenait à tous les pays, et le monde entier le pleure aujourd'hui. Tbe Continental Gazette Dans un tel moment les errements et les exagérations politiques, tout ce qui peut avoir jeté une ombre sur la merveilieugfe figure de Victor Hugo est oublié le monde se rappelle seulement son pouvoir transcendant pour peindre ces pensées et ces mouvements hauts et nobles, que dans les familiarités mêmes de la vie quotidienne reflétait le caractère res- plendissant du poète, et son effort continuel pour rendre la nature humaine meilleure qae ce qu'elle est. Tbe American Register La mort de Victor Hugo, tout en arriyait dans la plénitude de son âge et de sa rénoA* APRÈS LA MORT ' 175* mée, provoquera un sentiment de regret uni- versel. Son caractère, nonobstant quelques faibles- ses éveillées par cette espèce d'admiration théâtrale dont ses compatriotes Tavaient en- touré, était cependant un grand caractère son cœur était sans nul doute bien noble, mais sa tête était assez souvent en défaut. Quant à ses œuvres de poète il ne peut pas y avoir deux opinions. Aucun poète peut être, dans toute Thistoire n'a parcouru une carrière aussi extraordi- naire que la sienne. La vie de Victor Hugo est le grand roman du dix-neuvième siècle. Paris-'Rome Un grand malheur a frappé le monde. Victor- Hugo est mort. Nous n'avons pas besoin de dire avec quels sentiments toute l'Italie partage Témotion de la France en ces jours où elle est frappée dans une de ses illustrations les plus grancfes. Toute Tœuvre de Victor Hugo est remplie te ces sentiments de liberté et de solidarité tes peuples qui sont l'avenir des deux na- tions. C'est pour cela que le malheur qui a frappé ^jourd'nui la France, frappe aussi au cœur* l Italie. Que cette communion de la douleur resserre les liens de fraternité cordiale entre lea deux pays destinés à marcher ensemble sur la voie du progrès. / DEPARTEMENTS La Gironde On ne peut s'empêcher, à Theure où cette destinée vient d'aborder au terme inévitable, d'en assimiler le développement à la puis- sante et harmonieuse évolution des forces naturelles. Cette vie n'a-t-elle pas eu, l'un après l'autre, sans heurt, sans secousse, sans défaillance, son aurore, son matin, son éblouis- sant midi, son grandiose crépuscule, et au moment où elle s'achève, ne compare-t-on pas, malgré soi, Victor Hugo qui meurt à quelque soleil qui se couche ? Si son nom est le plus vénéré, le plus aimé, le plus acclamé de tous ceux dont la nation française ait depuis cinquante ans salué la vie, fêté les anniversaires et pleuré la mort, c'est que nous avons vu en cet homme encore autre chose qu'un sublime faiseur de vers jet de prose, c'est que placée, comme il Ta dit ui même, au centre de tout comme un écho sonore », son âme de penseur et de poète a recueilli et répété en les amplifiant tous les chants et tous les cris, tous les désirs et APRÈS LA MORT 177 toutes les aspirations de la démocratie, c'est à-dire de Thumanité moderne. C'est pour avoir personnifié en quelque sorte l'idée de progrès, pour avoir eu la foi dans l'avenir et dans l'idéal, pour avoir appelé, frédit, annoncé l'avènement de la justice, de a liberté, de la fraternité, réalisées par le développement d'une Républiaue devenue peu à peu et de proche en procne universelle ; c'est pour avoir été comme un prophète de l'idée humanitaire, républicaine, et, pour tout dire en un mot, de l'iaée française ; c'est pour avoir signalé, d'une ^ix si haute et aune conviction si profonde, comme une vigie plus clairvoyante veillant sur un sommet plus élevé, le lever lointain du droit humam » sur l'horizon de l'histoire; c'est pour s'être fait, en maintes occasions mémoranles l'inter- prète de la volonté collective, le verbe de la conscience nationale, que Victor Hugo est devenu l'écrivain, le poète, le grand homme, et, comme aurait dit Oarlyle, le héros » si cher à la France. Le Phare de la Loire Plutarque rapporte que, sous le règne de Tibère, un certain pilote, nommé Thamas, qui naviguait dans la Méditerranée, entendit ces mots retentir au milieu de la nuit Le grand Pan est mort ! puis de tous côtés s'élevèrent dès plaintes et des gémissements comme si la nature entière se fut désolée et mise en deuil. 178 VICTOR HBaO DEVANT L'GPINION Le grand Pan c'était le Monde romain qui s'écroulait. Cette légende reprise par Rabelais et de nos jours par Henri Heine, dans ses Dieux en exil, nous revient d'autant plus naturelle-^ ment en mémoire, que lors de la mort du grand Goethe, par toute l'Allemagne on entendit la même lamentation. Le grand Pan est mort ! Avec Goethe s^éteignait le dernier survivant du xviii* siècle. Victor Hugo qui résume toutes les gloires, tous les progrès, tout§ la civilisation du xix" siècle, semble disparaître, à son tour, comme un dernier soleil dans le couchant enflammé. Comme le dit si justement aujourd'hui même un autre poète, Catulle Mendès, les plus hautes paroles de ce siècle, n'est-ce pas lui qui les â proférées ? N'a-t il pas été, dans toute l'immense envergure de la pensée humaine, l'exemple du bien et l'exemple du beau ? Et les poètes les plus grands, comme les plus humbles, qu'adviendra-t-il d'eux quand il ne sera plus là pour imposer aux plus rebelles la toute puissante dictature de son génie ? » Que nous reste-t-il à perdre encore après lui? La France aura raison de pleurer et de s'incliner sur la tombe qui vient de s'ouvrir. Elle va y déposer le plus illustre de ses enfants ! G. S. Le Courrier de Lyon Victor Huffo, c'est le nom que vous lirez em, tête de tous les journaux, que vous entendrez APRES LA MORT 179 ortir de toutes les lèvres, qui occupe tous les esprits, que l'électricité et la vapeujr, moins rapides que la renommée, transportent aux confins de Tunivers civilisé et transmet- tent à tous les échos. Nous ne pensons pas que jamais plus uni- verselle gloire ait été saluée par de plus universels regrets et de plus universelles louanges. A peine quelques notes criardes, quelques dissonances aigres détonnent - elles dans rhyinne général qui s'élève autour du cer- cueil de celui qui fut le grand génie poétique du siècle et de TEurope. Si Victor Hugo appartient à la France, en effet, par sa naissance, ses affections, sa vie et sa mort, par l'admirable langue qu'il forgea et qu'il assouplit à un rythme nouveau, les autres nations peuvent revendiquer , elles aussi, une part des inspirations, et des con- ceptions sublimes de cette vaste intelligence que ne borna aucune frontière. Xi'Union Bretonne Nantes Il était chargé de gloire ; mais, surfait sur Slusieurs points, il s'offrait avec une sorte 'orgueil encombrant et tumultueux à la cri- tique la plus sévère. Toutefois, devant Téter- nelle majesté de la mort succédant brusque- ment à la majesté souvent éphémère du génie lui-même, nous ne voulons nous souvenir que du poète incomparable, sans songer à l'homme politique si mobile, si vulnérable et si incom- plet. 180 VICTOR HUGO DEVANT L'OPINION Et cependant c'est à Thomme politique, égaré dans des insanités étranges et presque coupables, que Ton va faire des funérailles ta- {>ageuses; c est lui qu'on va louanger jusqu'à a plus folle hyperbole ; c'est sur lui qu'on va répandre des neurs malsaines et à Favance flétries. Victor Hugo fut à la fois supérieur parmi Télite des littérateurs de ce siècle et médiocre parmi les plus imparfaits des hommes politi- ques ; et c est justement dans sa médiocrité qu'on cherchera son plus vif relief; c'est par son infirmité qu'on s'efforcera de le hausser jusqu'à ternir sa gloire, ne pouvant l'effacer. Il marquera comme un poète pour ainsi dire sans rival ; mais on ne peut trouver en lui, quoi qu'on fasse, la solide étoffe d'un véri- table grand homme. ERNEST MERSON. Le Journal du Havre Toute la presse — et nous pourrions dire toute l'Europe — rend, ce matin, -un pieux hommage à rillustre poète qui vient d'entrer dans l'éternité. Nous n'essayerons, ici, ni de retracer la vie du grand patriote, ni d'analyser son œuvre colossale. Depuis longtemps, Victor Hugo est entré dans l'histoire, et si quelques voix se sont élevées, dans ces dernières années, pour cri- tiquer l'homme politique, ces voix sont muettes, aujourd'hui, et la mort de l'auteur de tant de chefs-d'œuvre est un deuil national, plus en- core, un deuil universel. APRÈS LA MORT 181 Le premier résultat de cette mort a été de provoquer une trêve entre les différents par- tis, et les journaux de ce matin consacrent tous leur premier article, — quelques-uns leur première page, — à ce douloureux évé- nement. Avec la mort de Victor Hugo commence son apothéose. Le Messager du Midi Si nous savons ce que la mort, .ce que le sentiment patriotique commandent, et si nous faisons taire des ressentiments bien légitimes pour ne voir en Victor Hugo que le chantre des gloires de la France, nous avons certes le droit de trouver que les amis du grand homme dépassent la mesure et risquent de ridiculiseï* celui qu'ils avaient fait leur esclave et qu'ils prétendent, aujourd'hui,, adorer à l'égal de Dieu. Le Courrier de la Gironde Victor Hugo est une illustration nationale. Sa gloire, comme l'a dit M. le président du Sénat, n'appartient à aucun parti, à aucune opinion. Eue est à tous. La France entière va marcher derrière ce cercueil. Pourquoi, sui- vant l'heureuse expression d'un de nos jeunos 11 182 VICTOR HUGO DEVANT L'OPINION poètes bordelais, Dieu ne marche-t-il pas de- vant ? Le Petit Lyonnais La nouvelle de la mort de Victor Hugo va causer dans le pays une émotion profonde qui trouvera dans le monde entier un douloureux écho. C'est, en effet, la ]jlus haute personnifica- tion de ce temps qui disparait. On dira le siècle de Victor Hugo, comme on a dit du précédent' le siècle de Voltaire. L'Avenir de FAude Devant cette tombe où va descendre le poète le plus puissant et le plus fécond que la France ait produit, que tous les fronts sln- dînent et que tous les genoux fléchissent ! Regardons les cieux pour y chercher la trace de ce rayon d'immortalité qui se dégage chi front des poètes, même lorsque ce front s'est couvert, comme à plaisir, ae toutes les poussières de ce monde, bien avant d'être doscendu dans la poussière du tombeau ! Le Mémorial d'Amiens • • Victor Hugo n'a été ni un matérialiste, ni APRÈS LA MORT 183 un adversaire irréconciliable du catholi- cisme . Nous n*en sommes que plus à Taise pour rendre ici un sincère nommage à sa mé- moire. Mais, s*il n'était même pas permis de par- donner au pamphlétaire ses moments de haine il resterait encore dans la vie du patriote, dans les œuvres du poète assez de grandes choses et de chants sublimes pour mériter Tadmiration de la France tout entière. C'est pour cette France qu'il a dit Gloire à ceux qui sont morts pour eUe. A notre tour, disons Gloire à celui qui est mort en l'aimant et qui l'a honorée par son génie ! Et c'est surtout à la grande famille des Lettres, à laquelle nous avons l'honneur d'ap- partenir, que revient le droit et le devoir ae célébrer la mémoire du poète national qui a illustré un siècle . Voilà pourquoi, sans distinction d'opinions, nous nous sentons tous une émotion au cœur. Voilà pourquoi toutes les têtes s'inclinent avec respect et pourquoi ma plume modeste ose écrire cels grands mots Honneur et gloire à jamais à la mémoire de Victor Hugo, notre maître à tous ! L'Espérance du Peuple Victor Hugo est mort aujourd'hui. Sa maladie a donné lieu à un spectacle vraiment humiliant pour la nation française. 184 VICTOR HUGO DEVANT L'OPINION Tous les journaux républicains, les plus nom- breux, hélas! des journaux conservateurs même, déraisonnent à faire pitié ! Ils encen- sent Victor Hugo comme un dieu On sent, dit l'un, crue si Victor Huffo meurt, ce siècle aura perdu son soleil ! » Un autre écrit Vic- tor Hugo est né avec le siècle, et s'il dispa- raissait, il semble qu'il emporterait le siècle avec lui ! » Un troisième ne veut pas admettre que ce poète puisse mourir. Un quatrième cite avec des transports d'admiration ce mot du malade Allons, il est temps de désencom- brer mon siècle ! » Dans toute la France républicaine, et même un peu dans l'autre, résonne l'écho de ces flagorneries monstrueuses ; elles sont d'au- tant plus ridicules que depuis longtemps, Vic- tor Hugo était en q[uelque sorte tombé en enfance. Le poète qui a tant chanté l'ombre n'était lui-même au'une ombre ; cette intelli- gence, jadis si belle, était enveloppée d'une nuit épaisse ; un seul rayon la traversait en- core ; par instant brillait la flamme de l'or- gueil et son éclat douloureux ne servait gu'à rendre plus lamentable le chaos où gisaient tant de ruines . Enorme était son génie, plus énorme encore son orgueil, c'est ce qui l'a perdu. Victor Hugo s'est révolté contre Dieu, coupable d'être plus grand que lui ; il l'invoquait pour la forme, farce qu'il le fallait bien ; Dieu résume toutes es grandeurs, toutes les gloires, toute les splendeurs de l'infini, et l'aigle, ne pouvant ramper, est forcé de voler au ciel. — Mais le cœur n'y était pas. Dans ses invocations les plus lyriques, le cri sortait des lèvres avec force pour monter en haut, mais il ne jaillis- APRÈS LA MORT 185 sait pas du cœur, avec Télan de la foi et Tonc- tion de Tamour. H. A. MARTIN La Dépêche de Toulouse La terre va recouvrir le corps de celui qui fut Victor Hu^o, mais Victor Hugo n*est pas mort. La civilisation grecque a disparu, les dieux du paganisme se sont évanouis ; l'Iliade et l'Odyssée sont encore debout. Les sociétés modernes se transformeront, les dogmes de la catholicité s'écrouleront ; Tœuvre de Victor Hugo, toujours jeune et vivante, resplendira à travers la fuite des siècles. On a dit de lui qu'il était entré, vivant dans l'immortalité ; rien de plus exact, et, comme Voltaire, il aura assisté vivant à son apothéose lé siècle pré- cédent porte le nom de Voltaire, Victor Hugo donnera son nom au siècle que domine son génie, et il est assuré de cette immortalité — en est-il d'autre que cette survivance des clioses de l'esprit — qui s'attache aux créa- teurs et aux puissants artisans de la pensée. Non, Victor Hugo n'est pas mort ; non, le chantre surhumain de la Légende des Siècles^ le poète étincelant des Orientales, le patriote vengeur des Châtiments et de Y Année terri- ble, le vfhilo^oi^he plein de pitié des Misérables^ le styliste impeccable ae Notre-Dame de Paris et des Travailleurs de la Mer^ le grand- père adoré das petits enfants n'a pas disparu. Sans doute, son enveloppe périssable est détruite, et, dans quelques jours, elle ne tiendra pas plus de place que celle du plus 186 VICTOR HUGO DEVANT L'OPINION humble... quot libras in duce summo?.... mais ses œuvres illumineront d'un éclat ra- dieux le temps présent et les siècles h venir. Victor Hugo n'est pas mort, son immorta- lité continue. Le Nouvelliste de Bordeaux ; Victor Hugo est mort ! C'est un grand poète qui s'éteint ; c'est une gloire nationale qui disparaît. Il n'est pas un Français qui puisse rester indifférent à ce deuil cruel. Mais plus profonde et plus* amère sera la douleur de la France chrétienne qui avait salué avec tant d'enthousiasme le poète ado- lescent et qui, demain, n'aura point de place derrière le cercueil du vieillard. Silence devant sa tombe ! Que d'autres, exploitant les défaillances de son génie, se fassent une réclame sacrilège de sa dépouille. .Nous n'oublierons pas, nous chrétiens, qu'il n'a jamais été plus di\ine- ment inspiré que lorsqu'il a chanté Dieu et l'âme immortelle ! A eux, l'homme de parti à nous le poète! Que Dieu ait pitié de lui ! Lyon Républicain La douloureuse nouvelle que tout faisait malheureusement pressentir, depuis trois jours, est arrivée. Victor Hugo est mort. C'est un deuil national ; c'est même un deuil J APRÈS LA MORT 187 universel, car cet incomparable génie avait autant d'admirateurs passionnés et respec- tueux qu'il y a d'esprits d'élite dans le monde entier. C'est à cette source inépuisable de toutes les grandes pensées, de tous les no- bles sentiments et de toutes les inspirations généreuses que s'est retrempée, regénérée et Fécondée, depuis un demi-siècIe, notre litté- rature et celle de tous les peuples. Le Journal de Roanne Quant à l'homme politique...., la postérité s'en souciera-t-elle ? Et se souviendra-t-on. dans cinquante ans, que l'auteur de la Prière pour tous fût variable en religion comme en politique ? Celui que la France pleurera, ce n'est pas. je suppose, le collègue de M. Labordère. Non, c'est l'incomparable poète, c'est le merveil- leux écrivain, c'est l'homme ^ussi bon, aussi généreux que fort, qu'aucune infortune rie laissa insensible, et qui aima sa patrie jusqu'à l'adoration ! Les lettres françaises sont frap- pées du deuil le plus grand qui puisse les atteindre leur plus illustre représentant, leur orgueil, le génie qui a dominé tout ce siècle, disparaît. Une lumière, déjà vacillante, mais puissante encore, s'éteint tout à coup. Peut-on éprouver d'autre sentiment qu'un deuil patriotique, quand meurt un si grand Français? 188 VICTOR HUGO DBVANT L'OPINION Le Radical de Marseille La France entière, depuis hier, est plongée dans le deuil le plus profond. Victor Hugo, notre grand poète national Victor Hugo, qui défendit si bien le faible contre le fort, celui qui écrivit les belles pages indignées de Napoléon-le-Petit », vient de mourir, entouré des siens, et pleuré de tous ceux qui connurent son cœur et sa belle âme. A côté du grand patriote, qui paya de Texil sa révolte contre 1 Empire, à côté du grand écrivain, du fécond, du charmant et du puis- sant poète, Victor Hugo incarnait tout ce dix-neuvième siècle dont il fut la lumière. Le Normand Lisieux • ••*••••..•••* La Libre-Pensée, la Franc-Maçonnerie, la République vont s'emparer de la dépouille mortelle du grand écrivain, de l'illustre poète e en faire l'objet de démonstrations bruyan- tes. Pendant ce temps, la France religieuse et chrétienne, la vraie France, en proie à la douleur, priera pour celui qui a méconnu à ses derniers instants la main qui l'avait si largement comblé des dons les plus beaux de l'intelligence et du génie. Le Progrès de la Somme Si la patrie en larmes se prépare à faire APRKS LA MORT ' 189 aux dépouilles de celui qui vient de s'éteindre des funérailles comme on n'en vit jamais, c'est que Victor Hugo fut quelque chose de plus qu'un puissant écrivain. Derrière l'homme de lettres, il y avait un grand cœur, toujours prêt à embrasser les causes justes, à élever la voix — fût-il seul — en faveur des malheureux ; il y avait aussi un grand caractère, celui de l'homme qui sacrifie tout à ses convictions ; qui ne se met jamais du côté de l'oppresseur, mais qu'une généro- sité instinctive pousse toujours vers les oppri- més qui souffrent. C'est grâce à cette alliance des plus nobles qualités du cœur avec les dons les plus éblouissants de la plus splendide imagination que Victor Hugo est devenu l'idole du peuple ; c'est grâce à l'action encore plus gu'au génie littéraire qu'il s'est élev^, de son vivant, aune royauté intellectuelle que nul ne songeait plus à contester, et qu'à la nouvelle de sa mort une acclamation unanime le déclare digne des honneurs du Panthéon. Le Progrès National Victor Hugo est mort; il est mort sans au'un prêtre vint consoler et sanctifier sa ernière heure, et les obsèques de cet homme dont le génie a rayonné sur la première moitié de ce siècle, aura les funérailles du premier communard venu. Funérailles nationales, dit-on! Oh. quj non pas, car il a trop outragé et vilipendé tout ce que nous respectons et aimons, ii a trop blas- n. 190 • VICTOR HUÔO DEVANT L'OPIKION phémé, il à trop bavé sur les saintes choses pour que nous puissions nous associer sans arrière-pensée à ce deuil auquel nous convie un gouvernement que nous méprisons et que Victor Hugo n'a pas dédaigné de servir. Il avait le génie, il avait la gloire, il avait le respect et l'admiration de tous ceux qui sont capables de respecter et d'admirer le génie, mais son orgueil insatiable a trouvé que ce n'était pas assez, il fallait à son ambi- tion l'approbation de la canaille, et le poète est volontairement descendu des régions sereines de la poésie pour se jeter — lutteur obscure et incapable — dans cette misérable arène politique où luttent, dans la fange et la boue, des ambitions déchaînées. Le Journal de Bordeaux Une grande existence vient de s'éteiiidre. Victor Hugo est mort. Il y avait en lui deux hommes le iOète national, le grand poète, et l'homme politique, ambitieux démesuré, turbulent et pamphlé- taire. Poète, il n'a pas été égalé. Le monde entier nous l'envie. Vastes pensées, forme harmo- nieuse, éblouissante toujours, parfois sublime. Du génie partout. Le Journal de Roubaix Victor Hugo est mort I Voici que tout est fini et qu'une fois de plus APRÈS LA MORT 101 le néant de tout ce qpi est humain s'affirme devant le corps sans vie de ce souverain lit- téraire, qui a tenu tant de place dans Fart, créé tant de chefs-d'œirvre, remué tant d'in- telligences, entendu son nom voltiger sur les lèvres de tant de millions d'hommes. Les amis , les sectaires qui gardaient k grand poète, qui ont écarté de son lit de mort les consolations de la religion, nous montre- ront bientôt ce que valait La foule, à laquelle Victor Hugo a tout sa- crifié, l'abandonnera bien vite ; il n'existe déjà presque plus, de conformité d'idées entre le poète et son parti, et l'on a déjà interdit dans les écoles les volumes dans lesquels l'auteur des Feuilles d'automne parlait de Dieu. C'est nous qui recueillerons cette figure immortelle lorsque ceux qui s'en sont servis comme d'une réclame et d'un drapeau auront cherché d'autres idoles. C'est nous qui nous souviendrons que Victor Hugo a été, pendant les meilleures années de sa vie, le représen- tant des nobles traditions de l'Humanité, le chantre des gloires de la France. Le Patriote des Pyrénées-Orien- tales Perpignan Victor Hugo laissera une place considérable dans l'histoire de la littérature française comme créateur d'une école littéraire fu- neste dont les Goncourt et les Zola sont les produits. Doué de dons merveilleux et d'un orgueil 192 VICTOR HUGO DEVANT L'OPINION plus merveilleux encore, Victor Hugo n'a ja- mais eu Tesprit bien équilibré. , Tour à tour, légitimiste, bonapartiste, répu- blicain, il n'a été en réalité qu'un poète, mais surtout un poète lyrique; son nom restera dans la poésie contemporaine à côté, mais point au-dessus de Lamartine. Le Progrès de la Gharente-In* férieure Saintes Au moment où la tombe s'ouvre sur le spectre de cet homme car, à nos yeux, l'écri- vain de génie est mort depuis longtemps, nous voulons rendre hommage à celui qui célébra, dans des vers immortels, les épopées napo- léoniennes. L'Empire, en effet, n'eut pas de chantre plus inspiré, d'admirateur plus fervent que le grand poète qui s'éteint aujourd'hui pour la seconde fois. Nous ne voulons mêler à notre admiration ni acrimonie, ni amertume. Et pour le renom de Victor Hugo, nous soutenons qu'il est mort, il y a bien des an- nées, et qu'il ne restait, depuis longtemps, de l'ancien grand homme que M. Vacquerie!! F. D-L. Le Petit Bouennais La France vient de perdre son plus grand homme, celui dont la gloire balance la gloire des plus grands noms de l'antiquité. L*immor- APRÈS LA MORT 193 talité, dont il a connu, de son vivant, les dou- ceurs, lui est définitivement acquise, et Victor Hugo, désormais, est au rang d'Homère, d'Eschyle, de Shakespeare, de Molière et de Corneille. Le grand poète national est mort, et Ton peut d'autant mieux lui donner ce beau titre que tous les partis le pleureront et lui tresseront des couronnes. Victor Hugo n'est pas l'homme d'une école ou d'une coterie, mais le grand poète de la France entière. Sa mort cause une émotion plus profonde que celle d'un souverain, et demain, le pays lui fera de plus superbes funérailles que jamais rois -ou empereurs n'en ont Mies. Le Mémorial de la Loire et de la Haute-Loire Le plus grand poète des temps modernes, celui que l'univers s'était habitué à appeler le Maître » et devant qui nulle rivalité n'avait osé élever génie contre génie, gloire contre gloire, est descendu, hier, dans le néant du tombeau, après avoir empli de l'éclat de son nom et du bruit de sa renommée, le dix-neu- vième siècle presque tout entier. Victor Hugo fut, jusqu'à soixante ans, un croyant convaincu. Les plus magnifiques de ses vers ont été inspirés par le sentiment re- ligieux et la foi catholique. Il s'en est allé de ce monde, prosaïquement, comme un vulgaire libre-penseur, qui n'aurait nul souci des des- tinées de l'âme immortelle. Petite fin d'une grande existenee. ÏM VICTOR HUGO DEVANT L'OPINION Le Courrier Républicain de l'Aveyron Rodez Poète, Victor Hugo a transfiguré le vers français par une révolution féconde; fait vibrer toutes les cordes de la lyre ; rajeuni les thèmes éternels de la passion humaine ; personnifié en images éblouissantes de grâce et de force les abstractions de la philosophie et de la science; créé un monde dans le monde. Citoyen, il a fait, comme Chateaubriand, Lamartine, Lamennais, son ascension vers la lumière en se dégageant des préjugés monar- chiques et cléricaux auxquels semblaient le river sa naissance et ses premier» écrits ; il s'est montré, à la tribune et dans le livre, Tavocat de toutes les libertés et de toutes les clémences ; il a été, sur la terre d*exil, la vertu qui ne fléchit pas devant le crime qui triompne. Les républicains admiraient en lui le fla- gellateur du césarisme, l'apôtre des revendi cations démocratiques, le prophète de la fra ternité des peuples. Mais ce ne sont pas seu- lement les républicains, ce sont tous les êtres pensants qui doivent s'unir dans le deuil de cette immense personnalité. Victor Hugo ne fut pas Thomme d'un parti il fut Thomme do rhumanité. JOSEPH FABBE. La Guienne Bordeaux Pour une fois le présidenf du Sénat s'est fait l'interprète du sentiment national en APRÈS LA MORT 195 disant hier, au sujet de la mort de Victor Hugo Sa gloire n'appartient à aucun parti, à aucune camion. C'est Tapanage et Phéri- tage de tous. » . Oui, quelques efforts que fasse un parti, disons-mieux, une secte qui se fait une triste habitude de Texploitation des cadavres, on a pu, profitant de rancunes séniles et d'un orgueil sans bornes, soigneusement encensé, njous confisquer les dernières années du grand poète et Ton pourra demain faire servir sa dépouille à de scandaleuses manifestations d'impiété ; ce que l'on ne pourra jamais nous {^rendre, c'est sa gloire, qui est une gloire rançaise, c'est son œuvre dont la meilleure S art, la plus pure et la plus belle, est celle ans laquelle il se glorifie lui-même de demeurer fidèle ... Au sang qu'ont versé dans aa veine Son père, vieux soldat, sa mère Vendéenne ! Pauvre sublime poète! Malgré ses erreurs, malgré ses palinodies, malgré tout et malgré tous, sa mort nous met en deuil parce qu'elle est un deuil réel pour tous ceux qui admirent le génie et qui aiment la France, dont il devait accroître le trésor de gloire. Ij6 Petit Marseillais On a dit de Victor Hugo qu'il était entré vivant dans l'immortalité, qu il avait pu voir de ses yeux sa propre apothéose. C'est vrai. Sa gloire a reçu, lui vivant, cette consécra- tion suprême, qui ne luit d'ordinaire que pour les morts. L Europe entière l'a reconnu 196 VICTOH HUGO DEVANT L OPINION comme un de ces eénies universels dont il avait, dans son William Shakespeare^ groupé tous les noms, en oubliant le sien- naturelle- ment, mais en le faisant entrevoir. La Revue Bourguignonne Dans les innombrables chefs-d'œuvre que Técrivain sans rival a semés sur son passage, on retrouve la fécondité et la diversité, ces signes les plus essentiels du génie. • ••*••.••••••••• .•••• Mais malgré son prodigieux génie, Victor Hugo n'a exercé que très peu d'influence sur les idées de son temps. La politique, qui a fait tant de victimes parmi les illustrations contemporaines, lui a été fatale. Le Courrier du Pas-de-Calais Il y a jdeux hommes parfaitement distincts et parfaitement dissemblables en Victor Hugo. Nous saluons, nous, le grand et généreux écrivain, celui dont de légitimes admirateurs perpétueront le grand souvenir, mais nous nous détournons de l'Ombre, qu'on veut éle- ver sur les autels d'un culte nouveau, dans la résurrection d'un paganisme q^ui n'a même pas, comme celui des anciens, 1 excuse d'une poétique mythologie. . Victor Hugo n a été qu'un homme. Un APRÈS LA MORT 197 homme justement illustre, mais un homme comme tant d'autres , poursuivant le secret des grandes vérités politiques et morales, et succombant à la peme, sans Tavoir décou- vert. Le Progrès de l'Est . La mort de notre grand poète national est un deuil pour tous les membres de la famille française. Elle provoque à la . frontière une impression particulièrement douloureuse. La Lorraine saluait dans l'auteur de L'an- née terrible un patriote incomparable. Elle lui devait les rares heures de joie qu'elle avait goûtées sous l'empire, en lisant Les Châtiments. Elle était fière de sa gloire. Elle lui savait gré d'avoir donné à la langue française un prestige renouvelé qui étendait hors de nos frontières le rayonnement de nos idées. Nancy le pleure comme Metz et Strasbourg le pleureront, mais en faisant serment de le relire. L'Ai^jou Même nous voyions toujours en lui, nous autres catholiques et royalistes, le chantre inspiré des fêtes et des deuils de la Monar- chie, alors que les républicains célébraient en Hugo le Juvénal des Châtiments ou l'auteur des Misérables, Et, aujourd'hui encore, devant ce cercueil 198 VICTOR HUGO DEVANT L'OPINION •que n'accompagneront pas au ^champ du repos les prières de FEglise, nous*ne voulons pas désespérer du salut éternel de cette âme que Dieu se plut à enrichir des dons les plus merveilleux. L'Echo Rochelais Nous eussions voulu, devant cette mort, ne nous occuper que du poète magnifique, Génie entré vivant dans Timmortalité oui a jeté quelques rayons d'or sur les boues ae ce XIX* siècle. Les politiciens qui ont exploité plus encore Je nom que Tesprit de Victor Hugo, ne nous le permettent pas. Ils laissent de côté les Odes, les Feuilles d'au- tomne, le créateur dramatique, puissant entre tous, d'Hemani, de Rtiy-BlaSy de Marion Delorme^ de Marie Tudor^ à'Esmeralda ^ pour mettre en scène le bonze politique qui ne s'est guère affirmé que par des maximes solennelles, solennellement démenties par ses propres écrits. Summa injuria. Nous avons plus de respect de la mort et voulons oublier devant cette tombe qui s'ouvre les contradictions, les défaillances, les inconséquences de lliomme politique, pour ne nous rappeler que le poète magique. La Petite Gironde La France, les lettres et, on peut le dire, APRÈS LA MORT 199 rhumanité tout entière viennent de faire une perte irréparable Victor Hugo est mort aujourd'hui, après une maladie de quelques jours à peine, alors que sa verte vieillesse semblait lui promettre encore de longues années de vie neureuse et honorée. Son. génie littéraire incomparable rayonnait sur le monde entier ; il était pour sa patrie un légitime sujet d'orgueil. Son Cœur était à la hauteur de son génie. Nul plus que Victor Hugo ne fut épris des nobles causes ; nul ne mit au service d'idées, parfois utopiques, mais toujours généreuses, une foi plus ardente, un talent plus puissant. Républicain, Victor Hugo Tétait avec pas- sion depuis la maturité de son âge, et lorsque son esprit se fut dégagé des liens de sa pre- mière éducation, ce fut pour toujours ; nul converti ne resta plus fidèle à la cause démo- cratique, nul ne la servit avec plus d'éclat et de ténacité, nul plus que lui n'aima la Patrie et la République dont il ne séparait plus les noms. Tous les républicains, tous ceux aui hono- rent les lettres, tous les patriotes pleureront donc comme une calamité publique la mort de Victor Huffo, qui est dans toute la force du terme un deuil national. Tous adresseront comme nous à la famille qu'il aimait tant,. et qui entourait sa vieillesse de tant de respect et de piété filiale, l'ex- pression de leur douleur et l'assurance de la part bien vive qu'ils prennent au coup qui la frappe. La Rédaction. 200 VICTOR HUGO DEVANT L'OPINIOX Le Ralliement Montauban Que les francs - maçons se saississent demain du cadavre de ce grand homme pour faire, autour de cette dépouille sacrée d'un chrétien, odieusement parade de leur impiété. Le Victor Hugo de nos grands jours ne leur appartient pas. Il est à nous le Victor Hugo de génie, l'au- teur des Odes et Ballades^ des Feuilles d'àu- tomne, des Chants du crépuscule^ etc. Avec nous il a adoré Dieu, avec nous il a honoré et aimé la royauté, avec nous il a détesté la révolution et ses bourreaux. A vous républicains, Francs- maçons et impies, le Victor Hugo de la décadence. Fauteur des Travailleurs de la mer et de l'Homme qui rit ! Et maintenant, gardons, malgré toutes les apparences, Tespoir que Dieu, dont la miséri- corde est infinie, aura au dernier moment triomphé dans le cœur de cet homme que le démon de l'orgueil avait séparé de lui. Le Courrier de TEure Son éclat eût été sans égal si, à côté du poète des Rayons et des Ombres, il n'y avait eu le politicien dévoué à une secte intolérante et haineuse, et dévoué uniquement pour pouvoir donner satisfaction à ses rancunes. Car l'auteur de TOde à la Colonne et de la Prière pour tous ne fût pas devenu le solen- APRÈS LA MORT 201 nel gâteux que nous avons eu la tristesse de voir en ces dernières années, si, en 1849, celui qui devait bientôt être l'Empereur avait voulu lui confier le portefeuille de l'instruction pu- blique. Mais il ne nous nlaît pas d'insister autre- ment à ce sujet, oî graves qu'aient été les fautes de Victor Hugo, quelgues critiques qu'on puisse porter contre celui qui, dans son âge mur, a brisé d'un cœur si léger les dieux qu'avait adorés sa jeunesse. Victor Hugo n'en reste pas moins une des gloires littéraires les plus belles de la France. L'Autunois Les journaux républicains sont en deuil ; cela se conçoit. Victor Hugo, qui avait suc- cessivement encensé tous les régimes, devait naturellement, au déclin de sa vie, verser dans rornière républicaine. Ses dernières œuvres littéraires trahissent un déplorable affaiblissement du cerveau. Depuis longtemps le poète était mort, l'homme seul avait survécu. Le Petit Bprdelais Hugo a été. il est Homère, Eschyle, Juvé- nal, Dante ; il est l'incarnation la plus com- plète de la poésie. Il a connu toutes les joies, d a connu toutes les douleurs. Il a été le défenseur du faible, à l'égal de Voltaire. Il a eu ses Calas. 202 VICTOR HUGO DEVANT l'OPINION Le Conservateur du GersAuch Celui qui fut un illustre poète, le chaiitre inspiré de la Vérité religieuse et du Droit monarchique, est mort hier, vers deux heures de Taprès-midi, comn;ie un païen, après avmr souillé, dans la seconde partie de sa viCr l'auréole glorieuse que lui avaient value les premiers accents de sa lyre. Le Nouvelliste de Rouen Victor Hugo est mort. Quoique prévue depuis huit jours, cette nouvelle causera non seulement en France, mais ' dans le monde entier, une vive et légitime émotion. Le poète des Odes et Ballades et de la Légendes des siècles était, en effet, le plus brillant et le plus glorieux représentant des lettres fran- çaises au XIX* siècle. Sa royauté littéraire, longtemps contestée, était maintenant tacite- ment reconnue, et, ceux-là mêmes dont ils ne craignit pas de froisser les convictions et de blesser les consciences, en ces derniers ouvra- ges, se condamnaient par déférence à un silence attristé. Comme homme politique, en effet, si V. Hugo appartient à un parti, comme poète, la France entière â le droit de le revendiquer comme nn des siens. Le Journal du Loiret Homme d'imagination, Victor Hugo lefu^» APRÈS LA MORT 203 certainement au suprême degré. Chez lui la faculté d^imaginer, c'est-à-dire de voir et de traduire l'idéal n*a point de limites. On peut dire de lui qu'il était tout imagination. Au poète dont le nom marquera un siècle, à Té- crivain, au littérateur qui illustrera le pays qui Ta vu naître, le Créateur a dévolu des tré- sors inépuisables d'imagination ; il a chargé sa palette des couleurs les plus variées ; mais il lui refusa cette faculté indispensable à l'homme ordinaire pour marcher dans la vie le jugement. N'est-on point tenté de voir, dans ce contraste, comme un effet de la loi natu- relle des compensations ? Le Courrier de la Vienne Poi- tiers aient à dias ra- e nom- breuses défaillances. Pourquoi* faut-il que les catholiques aiante, Shakespeare, Caûioôns, Cervantes, Rabelais, Ronsard et Corneille lui tendent leurs bras fraternels et lui montrent la rive fortunée où, souriants et rajeunis, les pas- teurs de l'humanité revivent de l'ineffable al- légresse du devoir accompli, dans l'étemel mirage des ans. 240 VICTOR HUGO DEVANT L'OPINION L'Avenir du Gantai Le chantre surhumain de la Légende des Siècles^ le poète étincelant des Orientâtes, le patriote vengeur des Châtiments et de Y Année terrible^ le grand-père adoré des petits en- fants n'a pas disparu. Sans doute, son enve- loppe périssable est détruite, elle ne tiendra pas plus de place que celle du plus humble.... mais ses œuvres illumineront d'un éclat radieux le temps présent et les siècles à venir. L'Avenir du Morbihan Van- nes . D'un bout de notre pays à l'autre, un peu- ple se prosterne en deuil. La meilleure partie de notre âme semble envolée Hugo n'est plus. Et ce Français radieux qui disparait, ci- toyen du monde — car il était l'apôtre de l'humanité — rend attentives toutes ls nations, mêlant à nos larmes le tribut de leurs regrets. Gœthe mourant apparut à sa génération comme la fin du XVIIP siècle. Résumant davantage toutes les grandeurs, tous les progrès, toute la civilisation du da- neuvième siècle, Hugo, son dernier sommet? s'abîme dans l'immortalité. APRÈS LA MORT 24! Le Finistère ' Toutes les nations civilisées ont, en ce ma- rnent, les regards fixés sur la France, qui s'apprête à rendre au plus merveilleux de ses Soètes des honneurs funèbres dignes d'elle et e lui. Nos lecteurs n'attendent pas que nous ten- tions une étude même succincte de cette colos- sale physionomie. Nous nous bornerons à faire remarquer que si Victor Hugo appartient à tous par ses côtés artistiques, nous pouvons cependant le revendiquer comme une des gloires républicaines de la France. Le Réformateur du Lot L'émotion que produit en France la mort de Victor Hugo est aussi grande, qu'était grand son génie. Souverains et valets, découvrez-vous, scep- tiques et fanatiques saluez, votre maître à tous est mort. Peuples pleurez, votre défenseur n'est plus! La Démocratie Franc-Comtoise Besançon Le poète national n'est plus. La maladie a 14 242 VICTOR HUGO DEVANT l'OPINION triomphé de cette robuste et admirable orga- nisation, qui était la gloire de la- France et l'admiration du monde civilisé. C'est un deuil national. Victor Hugo est né à Besançoii. Nous demandons que la Grande-Rue, où -ce génie s'alluma, change son nom banal en -celui de RUE VICTOR-HUGO A. VÉZIAN. Le Petit Vap La vie de Victor Hugo est un de ces lones •et sublimes drames, dont la justice immuable fournit le dénoûment, par le châtiment du traître et le triomphe du juste. .Ici, le traître fut l'homme de Décembre ; le juste, ce fut le proscrit. Celui-là était empereur, maniait le trésor de la France, poussait en avant, d'un geste, des armées ; le proscrit n'avait d'autre arme qu'une plume et le droit. En cette lutte, qui fut vainqueur? L'empereur assassin ou le foète proscrit ? Quelques jours encore et 'histoire enregistrera, pour l'honneur de la moralité humame, le dénoûment définitif, de ce drame énorme ; car, tandis que le César découronné pourrira dans l'exil, sous le mé- pris et la boue, le poète, rayonnant de gloire, montera au Panthéon, porté par tout un peuple, pleui'é par-l'univers entier et ces rois de 1 Europe, que Bonaparte appelait audacieu- APRÈS LA MORT 243- sèment mon frère », enverront leurs ambas- sadeurs plier respectueusement le genou, devant le cercueil du poète proscrit. Le Journal de Seine-et-Marne En poésie^ il fut un rénovateur; en politi- que, il fut un incorruptible. Ce sera pour le second empire une nonte étemelle d'avoir banni de France l'auteur des Odes et Ballades, m était 1» gloire des lettres françaises. Mais u moins le grand poète eut le bonheur de voir la chute de ce régime qui prenait l'exil pour une force de gouvernement. L'empire est passé qu'en reste-t-il ? L'œuvre de Victor Hugo, au contraire, est et restera. Tunis-Journal Victor Hugo fut l'apôtre de la pitié, de la liberté et de m justice. i Le Petit Algérien Il est aussi superflu de caractériser, dans Victor Hugo, l'homme politique qu'il serait impossible à cette heure de le juger. On m'appelle apostat, mol qui me crus apôtre. dit-il dans ses Contemplations. 244 VICTOR HUGO DBVANT l'OPINION La postérité ratifiera ce mot, car si Victor Hugo a erré parfois, s'il a rêvé et s'est perdu dans un vague que la politique ne peut ad- mettre, la bonté et la générosité remplissaient son cœur. En littérature, il est pour la France et pour Tétranger le chef incontesté de l'école roman- tique. Il a exhumé et mis à lamode le moven- âge qui est passé, depuis, de la ioésie aans les arts, dans les idées et les habitudes de la vie. A des traditions littéraires qui ne conser- vaient des modèles classiques que des formes, il a substitué la vie et le mouvement. Sa ré- volte contre les règles et les conventions a eu des excès inévitables, surtout chez les dis- ciples. On a confondu dans le même dédain les conditions essentielles de Tart avec les S recédés arbitraires d'une époque ; la haine 'une beauté convenue a conduit à la néga- tion du beau, puis à la réhabilitation, dans Tordre physique et moral, du laid, du mons- trueux ; Fart s'est matérialisé et démoralisé, tout ensemble. Du moins les esprits avaient reçu une vive et féconde impulsion, et si la plupart des œuvres que Victor Hugo a sus- citées ou produites, aoivent passer, Ta révolu- tion qu'il a consommée marquera parmi nos époques littéraires. ALSACE-LORRAINE La Gazette de Lorraine La vie politique cède aujourd'hui le pas, en France, au deuil immense causé par la mort d'un des plus illustres du pays. Avec Victor Hugo disparaît une personnaïité puissante qui a imprimé son caractère à toute Thistoire de France du dix-neuvième siècle. En littérature, il est pour la France et pour l'étranger le chef incontesté de Tart romanti- que. Il a exhumé et mis à la mode le moyen âge qui est passé, depuis, de la poésie dans les arts, dans les idées et les habitudes de la vie. A des traditions littéraires qui ne conser- vaient des modèles classiques que les formes, il a substitué la vie et le mouvement. Sa révolte contre les règles et les conventions a eu, il est vrai, des excès inévitables, surtout chez les disciples. Mais les esprits avaient reçu une vive et féconde impulsion, et la révolution que Victor Hugo a consommée marquera en France parmi les époques litté- raires. La France fait, depuis 1880, une apothéose vivante à Victor Hugo. Il a été donné à l'il- lustre écrivain de connaître, dès avant le tré- pas, rimmortahté qui succède à la vie. Le u. 246 VICTOR HUGO DEVANT l'OPINION poète du siècle ne finit pas avec le siècle ; il traversera les temps lointains. Comme les poètes de Tantiquité, il garderait des lecteurs, quand bien même la littérature et la civili- sation dont il a été un des plus brillants repré- sentants auraient disparu. Inclinons-nous devant cette grande lumière, devant ce héros de Tesprit qui vient de s'étein- dre! Le Lorrain Nous eussions voulu ne nous occuper que du poète magnifique Génie entré vivant dans l'immortalité », quia ieté quelques rayons d'or sur les boues de ce dix-neuvième siècle ! Les politiciens qui ont exploité plus encore le nom que l'esprit de Victor Hugo, ne i>ous le {ermettent pas. Ils laissent de côté les Odes, es Feuilles d'automne, le créateur dramati- que, puissant entre tous, d'Hernani, de Ruy- Blas^ de Marion Delorme, de Marie Tudor^ à'Esmeralda, pour mettre en scène le bonze Solitique qui ne s'est guère affirmé que par es maximes solennellement démenties par ses propres écrits. Summa injuria. Nous avons plus de respect de la mort et voulons oublier devant cette tombe qui s'en-* tr'ouvre les contradictions, les défaillances, les inconséquences de l'homme politique pour ne nous rappeler que le poète magique. Et il a fallu cette magie du poète pour que l'on pût ne point appHquer à Fhomme pohti- que ces mots empruntés à l'une de ses œuvres Ceci a tué cela I i EDOUARD GRIMBLOT. APRÈS LA MORT 24T Le Journal d'Alsace Victor Hugo est mort. Le grand maître- de la langue française, le poète dont la muSe a célébré toutes les gloires comme elle a. cherché h consoler toutes les misères, celui qui était entré tout vivant dans l'immortalité, celui que Thistoire a d^à placé à côté d'Es- chyle, de Corneille, de Schiller et de Shakes- Seare, celui qui de son génie a illuminé la 'rance pendant plus d'un demi-siècle, n'est plus depuis hier. Paris a pris le deuil aussitôt que la fatale nouvelle s'est répandue et tout le peuple français s'apprête h faire des funé- railles royales à ce roi de la plume et de la pensée. » Ce poète, à la fois lyrique, satirique et dra- matique, a été le plus créateur ae tous les écrivains de son pavs et de son temps, de cet homme phénoménal qui a fait passer par son cerveau toutes les idées de son siècle et les a fixées pour la postérité en leur donnant une forme incomparable et étonnante. Victor Hugo réunissait en lui Rabelais, Ronsard, Corneille, Voltaire, en y joignant quelque chose des prophètes, d'Eschyle,- de- Juvénal, du Dante, de Shakespeare et de Gœthe. 11 était grand, non seulement pour la France, mais pour le monde, il n'est pas immortel pour la France seulement, il est immortel pour tous les peuples. Le temps élaguera, n est vrai, l'œuvre immense et luxu- riante du gigantesque poète ; mais le legs de . Îjénie que cet homme extraordinaire fait au . ointaiû avenir, n'en demeurera pas moins- énorme. ETRANGER BELGIQUE L'Indépendance Belge L'histoire de Victor Hugo pourrait être Thistoire de la France au dix-neuvième siècle. Du 26 février 1802 au 22 mai 1885, tous les grands événements se rattachent aux origines, à rinfluence, aux œuvres du plus grand poète de notre temps. Ce sera la tâche des historiens et des com- mentateurs futurs de noter dans cette poésie le trop de richesses, la poursuite du gigantes- que, les violences subtiles, les développe- ments prolongés, les volumes qui n'ont rien ajouté à la gloire de l'écrivain. Une monta- gne est à prendre ou à laisser, » a-t-il dit de Shakespeare. Mais la postérité n'a pas tout accepté d'aucun des génies les plus incon- testés. Ce qu'elle prendra de Victor Hugo APRÈS LA MORT 249 suffira à lui faire le plus grand nom de poète lyrique, des littératures de tous les temps. La France fait, depuis 1880, une apothéose vivante à Victor Hugo. Il a pu connaître, encore plein de jours, l'immortalité qui suc- cède à la vie. Le poète d'un siècle ne finit {>as avec ce siècle, et Victor Hugo traversera es temps lointains. Comme les poètes de l'antiquité, il garderait des lecteurs, quand mémo la littérature et la civilisation, dont il est, auraient disparu. GUSTAVE FBÉDÉRIX. U Étoile Belge Il n'est plus, le poète altier qui dominait de sa hauteur vertigineuse le Parnasse français et nous dirons même toute la poésie de ce siècle. Ainsi telle flèche merveilleuse d'une cathédrale gothique dépasse les beffrois et les campaniles de la Cité, et son bourdon majes- tueux couvre toutes les voix d'airain des clochers d'alentour. Victor Hugo, l'illustre chef du romantisme, le continuateur direct des Shakespeare et des Gœthe, vient de s'éteindre à l'âge de quatre- vingt-trois ans. Il en a marqué presque tous les lustres par une œuvre géniale plantée sur les cimes de la gloire comme une namme plus brillante que l'épée des conquérants. Malgré le succès obtenu par plusieurs de ses pièces de théâtre, nous croyons qu'elles forment la partie secondaire de l'œuvre de 25Ô VICTOR HUGO DEVANT L'OPINION Hugo. A vrai dire, ce n'est pas là du théâtre. C'est de Tode mise en dialogue. De l'ode magnifique soit, dont certaines tirades ont l'envolée d'un lyrisme génial, mais qui perd et qui languit à la scène. Victor Hugo s'est trompé lorsqu'il a cru qu'il suffisait pour ali- menter l'action scènique, d'une violente anti- thèse de passions ou de conditions. La Légende des Siècles, avec les Châti- ments^ les Quatre Vents de VEspmt^ fornaent l'œuvre capitale de Hugo. Comme l'a très bien dit le poète Albert Girard, dans une étude consacrée aux dernières et définitives productions du Maitre, dans ces livres le poète n'est plus le rhétoricien romantique de 1830 il n'écrit plus pour enlever à la pointe du vers, les prmcipales redoutes classiques; il ne peint plus dans le seul but de rendre à la langue de 1820 son ancienne splendeur. La fiériode militante et de transition est passée. 1 n'est plus le chef d'école mais son propre chef. C'est tout un siècle littéraire qu'on enterre, révolu, avec ce colosse. Dans la pléïade des poètes français de ce siècle il y a eu des génies plus subtils, plus artistes et plus impeccanles, comme Beaudelaîre ; plus sympathiques et plus gracieux, comme Musset et Lamartine ;pluj majestueux comme Leconte deLisleetAlired de Vigny ; il n'y en a pas de plus com- plet,' de 'plus abondant, ae Inieilx équilibré^ réunissant des dons plus divers, ay;ant embrassé avec une égale autorité des sujets aussi nombreux et aussi variés. APRÈS LA MORT 251 Victor Hugo est le foyer où se sont con- denses tous les rayons poétiques de ce siècle. SUISSE Liberté de Frîbourg Devant le lit de mort de ce poète qui fut grand par les doue de l'esprit, plus, nélas! 3ue par les qualités de Famé et du cœur, evant ce lit que la religion n'a point visité, devant ces restes que la croix ne protège point de ses consolations, de ses espérances et de ses réparations, le chrétien s'épouvante en songeant aux lacunes, aux défaillances et aux chutes de cette longue existence, enivrée de succès et chargée de responsabilités. Courrier de Genève Tout Paris s'occupe en ce moment de la mort de Victor Hugo ; les Chambres ont levé séance en signe de deuil ; la province a aussi ,ses petits ceutces d'émotion plus, ou jnoiijs factice. On voudrait même associer l'univers entier, au moins le monde civilisé », au deuil de la France. Ce n'est certes pas le défunt qui trouverait de l'exagération en cela, car, de son vivant, il acceptait toutes les apo- théoses ; il sera difficile de trouver dans tout ce monde civilisé », auquel certains jour- 252 VICTOR HUGO DEVANT l'OPINION naux de Paris font appel, assez d'admiration [Our égaler celle que Victor Hugo avait de ui-même. Un homme s'amoindrit toujours par l'or- gueil. Il y a quelque chose de répugnant dans cette avidité d'hommages que Victor Hugo a montrée un peu toute sa vie, mais surtout dans les dernières années. Qu'il y eût en lui le génie d'un grand poète, personne ne le niera, mais qu'il ait profané ce génie, on ne le niera pas davantage ; et, ce qui aggrave cette pro- fanation, c'est qu'elle a été dictée par la pas- sion d'une popularité malsaine, par un bas esnrit d'égoïsme. . Nous laissons à qui la voudra la liberté de louer le mérite littéraire des immenses pro- ductions de cet homme, qui a essayé et renou- velé tous les genres de la poésie. Nous res- pecterons le talent crue Dieu a mis en lui, mais nous déplorons 1 abus au'il en a fait, et, en présence a'un tel abus, le monde civilisé n'a pas le droit de s'associer aux hommages Îu'on lui demande, car ce serait outrager ieu que d'exalter les contempteurs de ses dons. Journal de Genève , • C'est un deuil universel ; un deuil littéraire; mais surtout un deuil national, car f^^m ceux qui pleurent aujourd'hui le poète, o^* peut croire que beaucoup, peut-être le p"^ grand nombre, ne l'avaient jamais lu ils ^** contentaient de savoir que c'était une des gloires de la France moderne, et cela I^*^^ APRÈS LA MORT 253 suffisait; ils y croyaient comme à Jeanne a'Arc. Il est difficile, et le moment serait mal choisi pour le faire, de rechercher les causes de cette étonnante popularité. Il y en a qui sautent aux veux, car la nature lui avait prodigué ses dons les plus rares une imagi- nation puissante, l'art de bien voir, celui de bien dire, le talent de faire valoir la pensée et même de la grossir un peu par l'arrange- ment des mots ; elle lui avait donné le génie de la description, celui de Tantithèse, de la métaphore, de l'hvperbole et en général de toutes les ngures de la rhétorique. S'il n'était pas, comme on l'a un peu trop répété en France, le plus grand poète de notre siècle, d'un siècle qui a connu Gœthe et Byron, Schiller et Leopardi, sans même parler de Lamartine et d'Alfred de Musset, il comptait certainement parmi les premiers ; smon parmi les plus profonds et les plus vrais , du moins parmi les plus éloquents. Mais ces dons, si merveilleux qu'ils soient, n'expliquent pas encore le rang presque sur- humain auq^uel Ta placé l'enthousiasme de ses compatriotes et contemporains. Il a fallu pour cela que les chances de la vie lui fus- sent exceptionnellement favorables ; qu'il soit né et gu'il soit mort à l'heure qu'il fallait pour sa gloire. Personne n'a décrit comme lui, personne ne nous a jamais fait voir, comme s'il était là sous nos yeux, un paysage, une ville, une scène de bataille, une cathédrale gothique avec son ornementation compliquée. Il était moins heureux dans la peinture du cœur 15 254 VICTOR HUGO DEVANT L'OPINION humain, peut-être parce qu'il y apportait, â-vee la préoccupation de l'effet à produire, une prédilection pour l'exceptionnel, le bizarre, le monstrueux et le raffiné ; il aimait les pas^ siens rares et compliquées, les contrastes, les antithèses ; aussi ses caractères les plus célèbres ont-ils de la peine à se tenir debout; ils étonnent plus qu'ils ne touchent avec leurs cris et leurs gestes de convulsionnaires, leur langue qui, dans les moments de crise, semble celle du rêve, presque du délire ; il y a toujours en eux quelque chose du Han d'Islande ou du Quasimodo. En cela, comme en beaucoup d'autres choses, il ne ressemble que de bien loin à son maître Shakespeare, auquel on l'a trop sou- vent comparé. Il lui a emprunté les allures, la forme extérieure du drame, les brusques changements de lieu, le mélange du bouffon et du pathétique, mais il ne lui a pas dérobé son secret de faire vivre des hommes sur la scène et de nous faire vivre, nous aussi, de leurs douleurs et de leurs joies, palpiter de leurs passions. La tirade, le lieu commun déclamatoire tient dans ses pièces de théâtre une place exagérée, qui leur donne déjà un air vieillot et qui les empêchera peut-être d'aller à la postérité. Par un singulier contraste, cet esprit qui avait le goût du violent, du heurté, de la force brui?ale déchaînée, a su aussi mieux que per- sonne ' comprendre ce qui se passe dans le cœur et l'esprit des enfants. Tout ce qu'il à écrit à ce sujet, depuis les Feuillantines jus- qu'à Uârt d'être grand^père^ en passant par la Gosette des Misérables, tout cela est char- mant et absolument exquis. Jamais ces APRÈS LA MORT 255 petites âmes qui, après tout, sont aussi compliquées que les grandes, n*ont été devi- nées de la sorte. Pour rendre dans le langage qui leur est propre et dans toute leur fraîcheur naïve ces pensées écloses d'hier, il fallait que cet artiste eût, lui aussi, une âme enfantme et tendre. Et -nous croyons que c'était la vérité. Lors- au'on dépouillait le dieu des oripeaux dont 1 avaient couvert ses admirateurs mal inspirés, on trouvait un homme simple, doux et bon. • • • ••••• ••'••••••••• Aujourd'hui ce n'est pas au poète des en- fants, c'est au poète des nommes, au patriote qui a combattu avec sa plume, plus redou- table qu'une épée, le despotisme de l'empire, ou citoyen qui, dans les plus mauvais jours, a gardé fidèlement au fond de son cœur le culte de la France, la foi ardente dans ses destinées, c'est à lui que s'adressent les témoignages de profonde douleur de tout un peuple. Ces sentiments sont respectables dans leur exagération même, et si nous ne pouvons nous y associer sans réserve, il nous sera cepenaant permis d'exprimer ici nos sincères regrets pour la perte que les lettres fran- çaises viennent de faire, notre admiration pour cette belle vie qui vient de s'éteindre, après avoir été tout entière remplie par le travail, tout entière consacrée au culte de ridéal. 255 VICTOR HUGO DEVANT l'OPINION ESPAGNE El Imparcial Victor Hugo a trouvé dans sa poésie des accents inconnus à tous les poètes qui Font précédé. Il a été amoureux, terrible et can- dide, -classique, romantique, suave* comme -le* baiser de la mère et cruel comme le châtiment duiuge. Quelle forme et quelles immenses riches- ses de pensées ! Quelle divine philosophie il découvre dans Taurore de ses inspirations l Merveilleux génie ! contrastes surprenants d'étrangeté! variété infinie de tons !... Victor Hugo est rationaliste ; mais dans sa critique des religions positivistes, il apporte un esprit respectueux qui le fait estimer même de ses ennemis les plus acharnés. Une lutte constante contre la tyrannie, mi combat en faveur des faibles, le culte de la famille^ de la Société et du devoir, voilà ce dont a été remplie la vie de Victor Hugo. Travail de héros et d'artiste, de philosophe et de citoven ! Le XIa siècle qui lui doit tant, lui fait les obsèques conformes à Timmortalité qu'il a obtenu et à la douleur universelle qu'il mérite. L'Espagne tient à honneur de partager ce deuil et demande une modeste place pour ses couronnes. APRÈS LA MORT 257 Xid Epoca Le pliis grand poète- du XIX* siècle vieî>t de mourir. Aucune personnalité n'a régné plus que lui sur l'opinion publiaue. Depuis que Napoléon P' est mort, aucun nomme n'a produit plus de sensation dans le monde entier. L Espagne doit avoir une place privi- légiée dans ce deuil universel. La France était la patrie de Hugo, mais c'est en Espagne qu'il trouva ses premières inspirations, qui firent de lui pendant un demi-siècle, le roi des poètes européens. El Globo Victor Hugo était la personnification et Tidéalisation du XIX' siècle. ITALIE Le Moniteur de Rome Le poète, avant de mourir, a refusé les con- solations de la religion. Cette apostasie su- prême termine hélas! misérablement une vie, qui aurait pu être grande et féconde, mais qui, surtout dan-s sa dernière moitié, a été mar- quée par des défaillances sans nombre et dont le vice radical a été un immense orgueil. 258 VICTOR HUGO DEVANT L'OPINION L'Italie de Rome Celui qui s'en va a été incontestablement un des plus grands esprits de ce temps. Victor Hugo était àla France ce que Dante a été à l'Italie, Shaskespeare à l'Angleterre. Et l'on peut, dès maintenant, assigner sa place auprès de ces grands génies, à ce poète su- blime qui fut, pour nous servir d'un de ces vers ...Aussi grand qu\m front peut l'être sous le ciel. • Ce génie, qui apparut après une longue pé- riode d'abaissement littéraire, a été en France, dans le domaine de l'esprit, une émanation fulgurante de la grande révolution. Il en a eu les audaces, les initiatives, l'indomptable énergie, et son apparition a marqué le réveil de l^sprit littéraire français assoupi pendant les luttes sanglantes du commencement du siècle. . Aucun homme n'aura, dans les temps mo- dernes exercé une influence aussi décisive sur les tendances littéraires de son époque, au- cun n'aura aussi complètement façonné les générations en leur imprimant le sceau de son génie. Et quelle puissance de conception, quel gé- nie tout à la fois, doux, radieux! Il a eu tous les dons celui d'émouvoir, de te'rrifier, d'éle- ver les âmes à la hauteur de la sienne. Il y a tels de ses vers qu'on ne peut lire sans éprouver, le frisson sacré qui transforme APRKS LA MQRT 259 l'être le plus matériel, Tesprit le plus scepti- que. Aucune gymnastique morale n'est égale à celle que 1 on retire de la lecture de ses œuvres. En de certains jours où Tesprit est affaissé, inquiet, malade, lire ou se réciter certains Passages des Chants du Crépuscule, des 'euiltes d'automne c'est procurer à l'esprit la sensation bienfaisante qu exerce, sur un corps fatigué et énervé, l'action réparatrice d'une douche d'eau froide venant vivifier et raffer- mir l'organisme. L'émotion profonde que produira en France la disparition de ce grand poète, s'étendra h toute l'Europe et traversera les mers. Et ce sera un spectacle consolant de voir que l*esprit l'emporte parfois surlamatière, et qu'il n'y a pas place dans le monde que pour le culte de la force. UOpinione de Rome L'action de Victor Hugo sur le mouvement littéraire de son temps a été immense. Après avoir été le chef de 1 école romantique et en avoir combattu les importantes batailles, il a survécu à cette même école, et aux disputes qu'elle avait éveillées. Beaucoup de ses livres resteront, surtout ceux dans lesquels le poète s'est élevé au-dessus des luttes de parti, qui empêchent souvent la sérénité du jugement. Victor Hugo a été un ardent défenseur de toutes les causes libérales et de la concorde ^ntre les peuples. 260 VICTOR HUGO DEVANT L'OPINION La Oazzetta di Torino Ecrivain et poète, il détermina en France une révolution profonde dans les lettres; il détruisit la poésie de convention, rendit à la langue une élégance et une efficacité qu'elle avait perdues. Victor Hugo reste à Thistoire comme un grand poète, un grand écrivain, un grand pen- seur de réformes sociales. La Nation de Florence Tout Je monde connaît quel homme le siècle a perdu avec la mort de Victor Hugo ^uel caractère de poète, d'écrivain, de citoyen s est éteint en lui ; mais nous, nous devons pleurer aussi Tami fidèle, enthousiaste, inébranlable de ritalie. Le plus grand des Français fut peut-être Tami le plus passionné des Italiens. La Lombardia de Milan LE VENDREDI-SAINT La patrie, ses enfants, ses livres se fondent en lui dans une harmonie admirable de tra- vail, d'inspiration, de bonté, harmonie qui dure toute sa vie, qui retentit dans tous ses ou- vrages, et donne une nouvelle élévation à son style, une ampleur dans ses conceptions qui- eftraye, et jusque dans ses images, cette ma- APRKS LA MORT 261 griiâceiice et cette largeur qui ne trouve de ressemblance que dans les saints prophètes . C'est lui, vraiment lui, qui avait un enthou- siasme jeune et- une recommandation solen nelle pour tous les opprimés, que ce fussent des peuples, des races entières, des individus seuls et condamnés, pour toutes les entre- prises fortes et bienveillantes; c'est lui vrai- ment qui a accompli sa mission d'écrivain, comme les apôtres accomplissaient leur de- voir de prêcher pour consoler, pour rendre meilleur, pour délivrer les gens. Et depuis Dante, il fut le poète qui a mérité le plus hautement le noble titre de civil, il fut le plus fort guerrier pour l'humanité, qui, en revanche, et par gratitude spontanée, lui ac- corda la plus grande dictature intellectuelle dont l'histoire se souvienne . C'est pour cette raison que le monde civil appelle vendredi sainHe jour dans lequel le grand poète lui a été enlevé . Il Piccolo de Naples Lundi, la nouvelle se répandit h Paris que Victor Hugo était gravement malade. En ce moment le télégraphe nous annonce que Vic- tor Hugo est mort Il est mort Il va voir! Il va voir face à face le Sphinx, et si on ne voit pas de là, c'est-à-dire si le au-delà n'existe que aans notre fantaisie il finit de voir au moment où il croyait que tout voile devait se déchirer. Mais croyait-il dans cet au-delà. En enten- 1 r 262 VICTOR HUGO DEVANT L'OPINION dant sonner sa dernière heure, pensait-il ; Je vais voir ? Ou pensait-il seulement atteindre le but de l'inutile voyage . ROQGO DE ZERBI. PORTUGAL El Jornal do Comercio Dans un siècle qui a admiré Byron, Schiller, Goethe, Manzoni, Lamartine, il n*est pas facile de prononcer un jugement comparatif. Ce que la critique la plus sincère peut établir dès à présent, c est que, chez Byron, Schiller et Lamartine, la spontanéité et l'inspiration sont plus visibles, tandis que, chez Hugo> l'énergie de volonté, la profondeur et la vigueur de 1 esprit sont plus accentuées. ElCorreo Le monde civilisé tout entier partage la douleur de la France, car Victor Hugo était le plus grand poète de l'époque moderne. El Correo da Manhâ Lisbonne • M. Ramalho Ortigao, qui présidait la réu- nion convoquée par nous en vue de r^^^JP hommage à Victor Hugo, a adressé à M- Vacquerie la lettre suivante, où les lecteurs i APRÈS LA MORT 263 admireront une fois de plus, le style brillant -du célèbre écrivain Monsieur et honoré confrère, • Ayant eu l'honneur d*être élu président Ae la commission de la presse de Lisbonne réunie d'après une convocation du journal Correo da Manha pour rendre les derniers hommages à Victor Hugo, je crois devoir ajouter ces quelques mots au télégramme qui vient de nous être expédié verai pas ce mot; il est humiliant pour celui qui l'a prononcé. Applaudissements à gauche. BE. Heirès. — Ce n'est pas à vous qu'il est adressé. . • H. Anatole de la For^e. — J'ai l'hon- neur de déposer sur le bureau de la Chambre la proposition suivante Le Panthéon est rendu à sa destination 302 VICTOR HUGO DEVANT L'OPINION première et légale. Le corps de Victor Hugo sera transporté au Panthéon. » Je crois que le pays tout entier s'associera à cette proposition. Applaudissements. — Bruit. Je demande Turgence. Il est procédé au scrutin sur la demande d'urgence. À la majorité de 229 voix contre 114, sur 343 votants, Turgence est déclarée. H. le prësiflent. — Les auteurs delà pro- position demandent la discussion immémaie et ils ont déposé une demande de scrutin sur cette demande. Voix à gauche. — L'avis du gouverne- ment ! H. AIlaiit-Tarir^, ministre de l'intérieur. -^ Je demanderai à la Chambre de ne pa» ordonner la discussion immédiate. Il n'y a pas seulement pour le gouverne- ment une étude préalable à faire; il a aussi à 5ren4re l'avis de la famille. Interruptions sur ivers bancs à gauche. Je suis autorisé à parler ainsi. Très Mewl très bien ! — Bruit. m. le président. — La demande de scrutin sur le vote de la discussion immédiate est maintenue. m. jrolibels. — Au moment où se posait la {uestion de savoir si la discussion aurait lieu immédiatement, j'avais demandé la parole dans Tunique espoir de faire monter à la tri- bune un membre du gouvernement. M. le ministre de T'iniérieur s'est expliqué sur la discussion immédiate et rajournemeat ju'il a demandé me donnerait entière satisfac- tion ; mais puisque d'uoi côté die la Chambre LES FUNÉBAILLES 303 on insiste pour la discussion immédiate, je demande à faire une simple observation. Je suis bien à Taise pour la présenter, car j'ai voté pour les obsèques nationales ; je me suis mis. au-dessus de toutes les questions accessoires ; j'ai pensé qu'une gloire comme celle de Victor Hugo devait être l'objet d'une cérémonie ayant un caractère véritablement national. Très bien! très bien ! à droite! On me permettra de dire que quoique Vic- tor Hugo ait dit et écrit contre un régime que j'ai servi avec dévouement, je suis convaincu que si l'empire existait encore, il aurait fait à Victor Hugo des obsèques nationales. Inter- ruptions à gauche. Vos interruptions ne me prouvent qu'une chose ; c'est qu'en ce moment vous ne vous mettez pas, comme j'ai voulu le faire, au des- sus des questions accessoires dont je par- lais. Je répète que l'empire aurait fait à Victor- Hugo des obsèques nationales, comme il* en a fait à Béranger. Nouvelles interruptions. Votfs pouvez le nier, vous pouvez même protester, mais je ne crois pas manquer de modestie en disant que je représente mieux que vous la pensée du gouvernement impé- rial. Bruit. Pour ceux qui, comme moi, ont ^roté les obsèques nationales, il y a une étrange sur- prise et même une amère déception à voir, après l'acceptation du projet dû gouverne- ment, soulever une question de nature à nous diviser. Mouvements divers. Il ne s'agit plus seulement d'obsèques na- tionales ; il s agit maintenant de savoir si le 304 VICTOR HUGO DEVANT l'OPINION Panthéon sera enlevé au culte de l'Eglise ca tholique. Très bien ! très bien ! Vous ne pouvez sans examen préalable, sans préparation dans un moment d'entraî- nement légitime même, si vous le voulez, sta- tuer sur cette . proposition. Nouvelles inter- ruptions sur divers bancs à gauche. ai. Roque de Fillol. — La précédente Chambre l'avait votée. ai. JToIiboif». — Ne nous gâtez' pas ces fu- nérailles nationales par une question de parti contre laquelle la France tout entière pro- teste. Applaudissements à droite. — Bruit sur d'autres bancs. ai. Anatole de la Forye* — J'ai entendu avec regret la restriction formulée par M. le ministre de l'intérieur ; il a invoqué l'opinion delà famille; la famille est représentée par deux enfants mineurs. La famille de Victor Hugo, c'est la France entière, et c' au nom du .pays tovt entier... Réclamations à droite. — Applaudissements à gauche. que je demande la^aiscussion immé- diate. Ses représentants légitimes sont ici, c'est à eux de prononcer. Je persiste à demander la discussion immédiate. Applaudissements sur divers bancs à gauche. — Bruit à droite. BE* le prëdldent* — Il s'agit uniquement en ce mom'eht de savoir si la Chambre discutera immédiatement ou non la proposition. ai. de aiuii. — J'apporte ici une courte parole de protestation. M. Anatole de la Forge, pour justifier sa demande de discussion immédiate, a dit que sa proposition lui paraissait inspirée par le sen- timent de la France tout entière. LES FUNÉRAILLES 305 Assurément, ainsi qu'on l'a dit toutàTheure la France tout entière pouvait se réunir dans un hommage au grand génie qui vient de dis- paraître ; mais puisqu'on a voulu en faire, non seulement une question politique, mais une provocation religieuse Très bien! très bien ! à droite. — Bruit à gauche. en soule- vant une discussion qui touche aux graves intérêts de la religion et au domaine des con- sciences, nous sommes obligés, — nous qui comptons bien pour quelque chose dans la France entière. Applaudissements à droite. — de venir déclarer que si nous pouvions nous associer à l'hommage rendu au génie, nous refusons de nous associer à une provocation religieuse. Très bien ! très bien ! à droite. — Bruit à gauche. • N^ous protestons au nom de la conscience de^ catholiques contre la proposition de M. Anatole de la Forge. Tout à Pheure nous nous sommes abstenus dans le vote sur les obsèques nationales. H. de Baudry-d^Assom. — Pas tous ! H. de Mun. — Excepté trois de nos collè- gues, nous nous sommes abstenus dans le ' vote par le sentiment que je viens de dire ; mais ce ne sont plus 'maintenant des obsè- ques nationales que vous voulez ; vous les transformez en des obsèques de parti. Vous voulez en exclure les catholiques qui ne peuvent s'associer à votre provocation. Applaudissements à droite. n est procédé aii scrutin sur la demande de discussion immédiate. A' la majorité de 257 voix contre 147, sur 404 votants, la discussion immédiaten'est pas ordonnée. 306 VICTOR HUGO DEVANT L'OPINION Le vœu du conseil munfcipaJ, le projet de loi de M, de la. Forge et l'opposition de h Cha/mbre à la discussion immédiate de ce projet de loi étaient différemment apprécih par la presse La Liberté Le conseil municipal de la ville de Paris n'est pas resté étranger à l'émotion générale; mais, à la manifestation d'un louable senti- ment, il n'a ias manqué d'ajouter une de ces absurdités qui caractérisent ses délibérations habituelles. A la demande d'un de ses mem- bres, le conseil a émis le vœu que le Pan- théon fût rendu à sa destination primitive, et que le corps de Victor Hugo y fût inhumé ». éi cet édile eût consulté le savant épigra- phiste municipal qui rient, par un travail fameux sur les rues de Pans, de se faire un renom dans la littérature paradoxale, il aurait appris que la destination primitive du Panthéon est précisément celle qui lui a été rendue en 1852 ; car le Panthéon n'a pas été construit avec les démolitions de la Bas; tille pour recevoir les mânes de Marat, ainsi que les quarteniers parisiens semblent le croire. La République radicale ; VICTOR HUGO AU PANTHÉON Il y a un temple à Paris, qui porte à son fronton Aux grands hommes^ la Patrie reconnaissante, » LES FUNÉRAILLES 307 Ce temple contient les tombeaux de Jean Jacques, de Mirabeau et de Voltaire. La place de Victor Hugo y est marquée. Ce temple, il est vrai, a été volé à la nation par TEglise catholique, et la Répu- blique cléricale n*a pas protesté. Le moment est venu pour la Patrie de reprendre son bien, de désaffecter l'église Sainte- Geneviève, et de rendre le Panthéon au culte des grands hommes. Si Victor Hugo ne repose pas sous le dôme de^ce temple, l'inscription que nous avons rappelée plus haut n'est qu'une odieuse iro- nie, et on doit l'effacer. Si Victor Hugo ne repose pas au Panthéon, c'est l'abdication de la France aux pieds de la Rome du Vatican. Pour notre grand homme, nous. réclamons le temple des grands hommes. A. LAISANT. Paris Le rédacteur en chef du Figaro, un esprit discret et mesuré, cependant, a cru devoir poser tout de suite la question de savoir s'il ne conviendrait pas de désaffecter le monu- ment de Gambetta, dont les assises viennent d'être placées dans la cour du Carrousel, pour y mettre la statue du grand poète à la place de l'image du grand patriote de la défense nationale et du grand citoyen, qui est le prin- cipal fondateur de la République. il y a place dans le monde pour plus d'un grand homme... de même qu'il y a place dans le Carrousel pour plus d'une statue 308 VICTOR HUGO DEVANT L'OPINION Aussi bien, celle de Gambetta ne sera pas seulement l'image d*un homme, mais la con- sécration d'un régime et l'apothéose d'un prin- ,cipe, — le principe de la démocratie triom- phante. ' Pour l'arracher ûe la place qu'on a obtenue pour elle, il faudra une révolution, et si ce malheur arrivait à la France, qu'elle retom- bât sous le joug d'un empereur ou d'un roi, le poète des Châtiments ne serait pas plus en sûreté sur son piédestal que le créateur des armées de la défense nationale. . La République est debout Achevons la statue de Gambetta ! . Dressons celle de Victor Hugo ! - . GH. LAUBENT. VEcho de Paris Je sais un point dans Paris qui convient à l'impérissable monument que les deux mondes vont édifier à la gloire de Victqr Hugo. Un E oint qui regarde la ville immeni^e jusqu'aux orizons Ipintains. • • Montmartre. Là, du haut de la colline altière, la statue colossale de Victor Hugo contemplerait Paris. Le front dans les nuages, le poète verrait la ville formidable. A ses pieds coule- rait, dans ses joies, dans ses douleurs, dans ses espérances, le flot humain. A ses pieds se renouvellerait, chaque jour, la multitude pen- sante. Comme dans la vie, le prophète res- Slendissant domina l'humanité, Victor Hueo, ans la mort, dominerait le§.. siècles et les générations. LES FUNÉRAILLES 309 Un jour d'opprobre a vu bâtir à Mont- martre une église catholique. Loi d'utilité publique. Qu'on exproprie les propriétaires de cette église menaçante, qu'on en restitue les matériaux et que, sur lia haute colline, s'élève iusqu'au ciel la statue du plus grand des hommes ! ABEL PEYROUTON. La Lanterne Si la population, ne comprenant rien h ses timidités, à ses hésitations, dans un mouve- ment spontané, tournait les roues du corbil- lard vers le Panthéon, le gouvernement ose- rait-il employer la force pour s'y opposer? Oserait-il faire sabrer la foule sur le cercueil de Victor Hugo? Et au lieu de. prendre légalement, simple- ment possession du Panthéon, en laisserait-il prendre poSi3ession par une multitude surex- citée? Ce serait un fait aussi grave que re- grettable ! Le Soleil BATAILLE SUR UN CADAVRE La Chambre des députés nous a donné hier le triste spectacle d'une bataille livrée sur le cadavre de Victor Hugo. Le feu a été ouvert par le discours de M. Floquet qui, au lieu d'imiter l'exemple donné la veille par M. Le Rover, a voulu faire de la gloire de Victor Hugo l'apanage exclusif du parti républicain. La gloire de Victor Hugo est une gloire 310 VICTOR HUGO DEVANT L'OPINION nationale. Elle a pris de plus en plus ce ca- ractère pendant les dernières années de la vie du grana poète. L'apaisement s'était fait au- tour de son nom autrefois si discuté. L'homme de combat était oublié ; on ne connaissait plus que l'homme de génie. Ses contemporains avaient devancé pour lui le jugement de l'ave- nir. Il était entré vivant dans l'immortalité. On pouvait donc réunir autour de son cer- cueil, sans exagération, la France tout en- tière. L'unanimité de la presse indiquait l'una- nimité de l'opinion. On allait avoir une grande manifestation nationale. Cette manifestation se faisait d'elle- même, toute seule, sans que personne eût un eflfort à faire pour la provoquer. Elle avait un caractère de spontanéité qui lui donnait une inappréciable valeur. On aime mieux avoir une manifestation de parti. Là où il fallait chercher l'union et où l'on pouvait si facilement la trouver, on veut à tout prix créer une division. C'est créer une division, en effet, que d'as- socier les funérailles de Victor Hugo à la désaffectation d'une église car c'est vouloir que ces funérailles aient un caractère blessant pour les catholiques. Le Panthéon est-il, par hasard, le seul en- droit où les cendres de Victor Hugo puissent reposer avec honneur et dormir en paix? L'histoire est là pour répondre. Quatre fois déjà le monument a changé de destination. Si la proposition de M. Anatole de la Forge est adoptée, ce sera le cinquième changement en moins d'un siècle. Qui oserait affirmer que ce sera le dernier? LES FUNÉRAILLES 311 Le Panthéon est un monument de combat. Y ensevelir Victor Hugo, ce ne serait pas lui faire des funérailles nationales, mais des funérailles de combat. EDOUARD HERVÉ. Ije Radical Si Victor Huço avait voulu un enterrement religieux, je suis sûr que les amis de M. de Mun ne se seraient point opposés à ce que ses restes fussent cond\iits dans les caveaux du Panthéon. Or, ni eux ni nous ne pouvons rien changer à cette situation de grands hommes mourants qui ne sont point catholiques. Il nous faut donc un édifice neutre. M. de Mun et ses amis auraient raison de se plain- dre, si nous voulions faire passer de force un enterrement civil devant leurs autels. C'est pour demeurer respectueux de leurs convic- tions, que nous les prions de les porter ail- leurs. Et, si Ton nous demande pourquoi nous choisissons ce moment pour réclamer ces pierres, nous répondrons que jamais elles ne pourront enfermer sous leur dôme un plus illustre habitant. HENRY MARET Lia Nation Quand on gratte le centre, le clérical repa- rait. Quand on gratte l'opportuniste, le réaction- naire ne tarde pas à se montrer. 312 VICTOR HUGO DKYANT L'OPINION Gn l'a bien vu, hier, à la Chambre. .. Notre ami Anatole de la Forge — se faisant Técho de toute la démocratie française — de- mande que le Panthéon, usurpé par FEglise après . le Deux Décembre , soit rendu aux grands hommes et qu'on y transporte Victor Hugo. Aussitôt les grenouilles, du marais, celles qii'il terrassait de son éloquence à la* Législa- tive, de 1849 à 1851, se sont réveillées. Elles ont fait passer leur pusillanimité dans l'esprit du ministre de l'intérieur. Et le gouvernement de la Républicruè n'a pas osé faire pour Victor Hugo, ce que Louis- Philippe avait osé après juillet 1830. Il faudra que le gouvernement laisse faire, que la Chambre s'incline, que le Sénat obéisse. Ou s'ils résistaient, c'est le peuple de Paris qui; prenant par la guide les chevaux du corbillard et poussant aux roues, mènerait le cadavre du Maître à là nécropole de la mon- tagne Sainte-Geneviève. ^ Lundi donc, Victor Hugo, sera au Panthéon. Et les tombes de Voltaire et de Rousseau se- ront définitivement arrachées des mains des prêtres. CAMII^LE DREYFUS Le Monde • Nous citons plus loin quelques-unes des appréciations des journaux républicains sur Victor Hugo, et nous faisons connaître les principaux projets mis en avant dans le but ou sous le prétexte de glorifier sa mémoire. Il y LES FUNÉRAILLES 313 a là des exagérations qui nous paraissent pro- fondément affligeantes. Nous en souffrons pour Tillustre poète lui-même ; triste moyen de rhonorer que d'imiter précisément, par ce manque absolu de mesure et d'équilibre, les défauts qui trop souvent nous gâtent son œuvre ! Nous en souffrons pour notre pays la France est-elle donc en train, elle aussi, de perdre le sentiment des proportions ? et faut-il que ses deuils, transformés en exhibi- tions, affectent des allures théâtrales. OSCAR IIAVARD Le Petit Caporal ; La dépouille mortelle du poète est à peine refroidie, que déjà ses thuriféraires songent à lui décerner les honneurs divins. La proposition de M. de La Forge est un acte de véritable emballement qui confine presque à la démence. Opposer Victor Hugo à Dieu, le jour même de la publication du testament où le grand poète a reconnu la vraie Divinité, voilà une idée qui ne pouvait entrer que dans un cerveau d'halluciné, comme celui aeM. de La Forge. BLANC. Le Français Victor Hugo n'est-il pas menacé de pis encore par ceux auxquels il s'est livré dans 18 iS^H VICTOR HUGO DEVANT L'OPINION la dernière partie de sa vie? Ce matin, une feuille radicale fort répandue, la Lanterne^ émet le veu que la dépouille mortelle du poète soit portée au Panthéon ; or, comme il ne peut plus y avoir place sous la même coupole pour le Cnrist et pour M. Hugo, ÏSi. Lanterne demande naturellement qu'on jette le Christ à la porte. Sainte-Geneviève, la plus pure figure, avec Jeanne d'Arc, du patriotisme populaire, serait ignominieusement expulsée pour faire place à Tancien chantre de la •royauté et de l'empire, devenu dans ses vieux jours le favori de la démagogie athée. La croix serait arrachée pour livrer passage à celui qui avait écrit naguère, au bas d'un crucifix, ces beau^ vers Vous qui pleurez, venez à ce Dieu, car il pleure. 'Vous qui sôufTrez. venez à Lui, car il guérit Vous qui tremblez venez à Lui, car il sourit. Vous qui passez, venez à Lui, car il demeure. Parmi toutes les sombres visions qui tra- versaient parfois l'imagination du poète, il n'a •dû jamais s'en présenter une aussi horrible ; son cadavre servant de bélier sacrilège pour briser l'autel du Dieu qu'il avait adoré, et cela it l'heure même où son âme — qui ne serait Îlus protégée » alors par M. Lockroyet [. Pelletan — comparaîtrait devant le juge 'suprême et serait exposée aux redoutables représailles de la justice divine. Espérons q[ue l'apostasie de l'ancien auteur de la Prière pour tous ne lui vaudra pas ce dernier châ- timent. PAUL TIIUREAU-DANGIN. P.'S. — Ces lignes étaient écrites quand ïKus avons appris la mort du' poète. Cette LES FUNKRAILLK^. ^}6' mort ne change rien aux réflexions que noua, venons d'exprimer ; elle y ajoute seulement quelque chose de plus triste et de plus dou- loureux. Le Rappel r UN CHICANEUR DETOMBEAL — Et cette œuvre .unique, cette action souveraine et civilisatrice , ce grand génie toujours prêt à tous les grands devoirs, ce n'est rien pour M . Paul Devès. Le deuil public n'est plus seulement h Paris, plus seulement en Europe ; il s'étend sur le monde entier par- tout où l'on sait ce que c'est qu'un livre. Et, pour cette tombe, M. Devès trouve que le Panthéon est trop grand ! L'aurait-il rêvé pour lui tout seul ? Soit ; mais h la condition qu'on grave autour de sa tombe, les noms de tous les malheureux que ses votes ont envoyés mourir dans de folles et ruineuses- aventures. A. GAULIER Le Télégraphe Devant cette manifestation de ce deuil d'in- telligences, nous trouvons que la politique intervient trop et prend trop de place. Lesr littérateurs n'entrent pas assez au chevet de ce littérateur, seuls les politiciens ont accès, s'inscrivent, dominent et font tapage. Tout à l'heure, si l'on n'y prend garde, et si personne n'élève la voix et ne proteste, grâce à leurs 316 VICTOR HUGO DEVANT L'OPINION manœuvres, Victor Hugo ne sera plus qu'un immense sénateur, lui qui fût un immense poète, et qui a élevé à la gloire des lettres françaises un monument comparable aux plus grands, une œuvre colossale par laquelle il s'est égalé aux premiers poètes de toutes les civilisations. Qu'un deuil national se prépare. On voit bien le rang qu'y tiendront les ambassadeurs, quel cordon porteront les ministres, où s'as- sembleront les sénateurs, à quel endroit se réuniront les députés ; on sait d'avance ce qui se brûlera de luminaire et combien de mètres de tentures seront déployés ; mais ce qu'on ne devine pas, ce que personne ne peut dire, c'est quelle place y occuperont les écrivains. D'eux, il ne sera nas question ; il n'en est jamais question, du reste. On les oublie, peut-être serait-il plus juste de dire qu'on les méprise, si bien que la eavalerie a toujours le pas sur eux dans l'organisation du dénié. Que les puissants de la République et les régleurs de cérémonies funèbres apprennent, du passé, à quelle préséance les écrivains ont le droit légitime de prétendre, dans tout cor- tège d'un mort littéraire. En un jour de deuil comme celui que 1^ France entière craint en ces heures d'an- goisse, le jour des funérailles de Pierre de Ronsard, lequel, comme Victor Hugo, avait été salué du titre de prince des poètes, et qualifié lui aussi de poète national, la cour des Valois se rangea, et le roi de France, humi- liant dignement la majesté de la monarchie devant la majesté des lettres qu'il jugeait plus haute, devant lui fit passer les premiers, le LES FUNÉRAILLES 317 chœur entier, comme dit Montaigne, le chœur entier des. écrivains et des poètes. GU-Blas VICTOR HUGO AUX INVALIDES Nous recevons d*un médecin bien connu, et qui fut Tun des amis du Maître, une lettre très intéressante. Nous en extrayons les passages suivants a S'il est une place à choisir pour Victor Hugo, ce n'est pas, actuellement du moins, le Panthéon, d*où tant de vicissitudes ont tour à tour banni les grands hommes qu'on y a placés. Au poète-patriote, il convient de ré- server un autre séjour. a C'est aux Invalides, à côté des grands guerriers qu'il a célébrés et immortalisés dans ses odes ou dans les merveilleux chapitres de Waterloo, que sa place est toute marquée. a De même que les Anglais, sans s'occuper des question d'opinion, enterrent leurs grands morts à Westminster, de même nous autres Français pouvons-nous faire une exception justifiée et glorieuse en couchant côte à côte ceux qui ont combattu les grands combats, et celui qui les a chantés et rendus à jamais cé- lèbres. Si les Grecs retrouvaient la dépouille d'Homère et celle d'Achille, il leur convien- drait de les joindre dans la même couche fu- nèbre. » U Eclair eur du Littoral, à Nice ; Tout s'épuise, même la douleur. L'heure est venue de sécher les larmes l'apothéose commence. 18. 318 VICTOR HUGO DEVANT L'OPINION Ce ne sont pas de banales funérailles qu'il faut au Maître, c'est un témoignage éclatant de toute une grande nation. Dès la première heure, nous Tavons. dit Victor Hugo doit être porté triomphalement au Panthéon qui, à cette occasion unique, doit, selon Tesprit dans lequel il fut créé, redeve- nir le temple civil consacré aux grands hom- mes p^a^r la patrie reconnaissante. Le Journal du Midi L'apothéose commence, apothéose grotes- ue et sacrilège qui ridiculise Thomme au lieu de le grandir. L'Arc de Triomphe ! le Panthéon ! Comme si le poète eut incarné toutes les gloires! Comme si l'auteur des Châtiments et de Tor- quemada dût prendre place dans l'histoire entre Mirabeau et Napoléon. Il faut donc que l'immense orgueil qui ado- miné sa vie trop longue, plane encore sur sa mort et que la pose prétentieuse qui a défiguré son talent et amoindri son caractère, grimace une dernière fois sur son cercueil ! Au moins si tout le monde pouvait s'asso- cier à ces funérailles dites nationales ! Si Ton nous permettait d'oubher, devant la tombe, le barde farouche de la démagogie, pour ne son- ger qu'à Taède inspiré qui, dans la pureté de sa jeunesse, a chanté nos rois, notre patrie et notre Dieu ! Il y aurait dans cette unanimité d'un peuple quelque chose de grand et de respectable et sans justifier l'exagération des hommage», nous trouverions de quoi les excuser. LES FUNÉRAILLES 319^ Mais non ! L'impiété s'est emparée de ce ca- davre la secte anti-religieuse et le parti ré- volutionnaire, hideux vampires, en ont fait leur proie. Bulletin des Lois . Loi relative aux funérailles de Victor Hugo,, Le Sénat et la Chambre des députés oxA^ adopté, Le Président de la République promulgue la loi dont la teneur suit Article premier. — Des funérailles natio- nales seront faites à Victor Hugo. Art. "2. — Un crédit extraordmaire de vingt. mille francs 20,000 fr. est ouvert, à cet effet, au budget du ministère de Tintérieur, exer- cice 1885, chapitre 62 Funérailles de Vie*- ter Hugo. » Il sera pourvu à cette dépense au moye» des ressources générales du budget ordinaire de Texercice 1885. La présente loi, délibérée et adoptée par V Sénat et par la Chambre des députés, sera^ exécutée comnre loi de l'Etat. Fait à Paris, le 24 mai 1885. JULES GRÉVY. Par le Président de la République, Le Présideut du conseil, garde des sceaux^ ministre des cultes, HENRI BRÏSSON. Le ministi^e des finances^ SARDI CARNOT. Le ministre de Viniérieurj H. ALLAIN-TARGÉ. 320 VICTOR HUGO DEVANT LOPINION Journal ofûciel RAPPORT AU PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE FRANÇAISE Monsieur le Président, Le Panthéon, commencé sous le règne de Louis XV, et terminé seulement sous la Res- tauration, a subi, même avant son achève- ment définitif, des affectations diverses. Par le décret-loi des 4-10 avril 1791, T As- semblée nationale décida que le nouvel édi- fice serait destiné à recevoir les cendres des grands hommes à dater de Tépoque de la liberté française » ; elle décerna immédiate- ment cet honneur à Mirabeau. En 1806, le décret du 20 février décida que Téfflise Sainte-Geneviève serait affectée au culte et confia au chapitre de Notre-Dame, augmenté à cet effet de six chapelains, le soin de desservir cette église. Il en remit la garde à un archiprêtre choisi parmi les chanoines. Il ordonnait la célébration de services solen- nels à certains anniversaires, ijotamment à la date de la bataille d*Austerlitz. Toutefois, ce décret, qui ne devait entrer en vigueur qu a- près Tachèvement complet de la construction, ne fut pas exécuté. L^ordonnânce du 12 décembre 1821 rendit Téglise au culte public, et la mit à la disposi- tion de Tarchevêque de Paris pour être provi- soirement desservie par des prêtres que ce prélat était chargé de désigner. La même ordonnance portait qu'il serait ultérieurement statué sur le service régulier et perpétuel qui LES FUNÉRAILLES 321 devrait être fait dans ladite église, et, sur la nature de ce service. Cependant aucune déci- sion n'intervint à cet égard et l'église ne fut érigée ni en cure, ni en succursale de la cure voisine. Elle n'avait donc encore reçu aucun titré légal lors de la révolution de 1830. L'ordonnance du 26 août 1830 statua en ces termes . Louis-Philippe, a Vu les lois des 4-10 avril 1791 ; a Vu le décret du 20 février 1806 et l'ordon- nance du 12 décembre 1821 ; Notre conseil entendu, a Considérant, que, pour atteindre ce but, les lois, qui avaient affecté le Panthéon à une semblable destination, doivent être remises en vigueur, a Décrète as le droit de se glorifier du bien qui s'est ait par elle ? On n'accusera pas la presse d'ingratitude vis-à-vis du grand nomme dont nous célébrons auiourd'hui l'apothéose ; l'immense publicité qu elle a donnée aux v œuvres du maître a fait fénétrer sa pensée jusque dans les hameaux es plus reculés. Elle a mis sa gloire à l'abri des contestations qui se sont élevées, dans d'autres pays, autour d'illustres génies. La presse tout entière s'est inclinée avec respect devant les restes du poète national. Les dissentiments se sont imposé silence de- vant ce glorieux cercueil, et c'est, pour celui qui parle au nom de la presse parisienne, une 378 VICTOR HUGO DEVANT L OPINION satisfaction profonde de savoir qu il est l'in- terprète de tous ses confrères, quand il exprime son admiration et sa gratitude pour celui qui fut Victor Hugo. Discours de M. Tulle Massarani AU NOM DE LA SOCIÉTÉ DES GENS DE LETTRES ITALIEN^ Messieurs, . Après les voix si éloquentes que vous venez d'entendre, c'est à peine si j'ose, moi étranger, parler près de cette tombe. Si je l'ose, cest aue ma voix, quelque faible qu'elle soit, est 1 écho de l'âme de tout un peuple s'associant à l'hommage que vous rendez au génie dis- paru. Là où est le deuil de la France, la pen- sée humaine est en deuil. Et ce deuil de la pensée, ces angoisses de l'esprit assoiffé de vérité, de poésie et d'amour, et sevré tout à coup de la coupe d'or où il puisait à larges traits sa triple vie, quel peuple le ressentirait jusqu'au fond de l'âme si ce n'est le peuple italien, qui pendant des siècles de souffrance et de lutte n'a résisté que par l'esprit, ne s'est senti vivre que par la pensée ? Aussi, messieurs, ayant l'honnneur de por- ter ici la parole au nom des écrivains, des artistes et des amis de renseignement popu- laire dans mon pays, puis-je sans hésitation vous affirmer que je parle au nom de mon pays même. C'est rltalie entière, en effet, qui, en ces jours, pleure à la fois sur deux tombes ur celle d'un de ses penseurs les plus émi- LBS FUNiRAILLE8 ^7^ nents et sur celle de votre grand poète. Car ce poète, ce Maître, comme vous rappelez à juste titre, a rendu à la poésie son auréole des anciens temps, lorsque le poète n'était pas sentement le chantre des héros, mais aussi biea le prophète et Tapôtre. Il a été de ceux aiEtxquels les siècles parlent, et qui écoutent le lendemain germer et croître sous terre ; il s*est pris corps à corps avec les iniquités et les haines du passé, et les a terrassées ; il a deviné au miheu du bruissement des foules les vérités de l'avenir, et, de ses bras d'athlète, il les a élevés sur le pavois. Il avait avec cela toutes les charités et toutes les tendresses ; et les petits enfants et les misérables ont pu venir à lui avant les puissants et les heureux. Jusaue sur les degrés de ce temple magnifique, où la France l'asso- cie à toutes ses gloires, je ne saurais oublier qu'il a voulu venir à sou dernier repos porté par le corbillard des pauvres, afin que la poésie du cœur rayonnât encore une fois à travers les fentes de sa bière ; et je pense à Sophocle, dont le tombeau se passa de même, d'après le vœu du poète, de palmes et de lau- riers, et né connut que la rose et le lierre. Aussi, Maître, ne t'ai-je offert qu'un rameau de lierre et deux roses ; mais ces feuilles et ces fleurs ont poussé en terre de France, et, sur le seuil de l'immortalité qui s'ouvre pour toi, elles mettent les couleurs de l'Italie. La main dans la main, tous les peuples qui se relèvent viennent s*incliner. Maître, devant ce tombeau. 380 VICTOR HUGO DEVANT l'OPINION Discours de M. Le Mat C'est au l'Institut national de Wa- shington que j'ai l'insigne honneur d'expri- mer ici. la douloureuse émotion ressentie d'un bout à l'autre des Etats-Unis à la nouvelle de la mort de Victor Hugo, l'homme considérable dont la perte a rempli l'âme du monde civilisé de si unanimes regrets. Discours de M. Emmanuel Edouard AU NOM DE LA RÉPUBLIQUE D'hAÏTI Elle peut être fière, elle peut s'enorgueillir, la nation qui nous donne le majestueux spec- tacle que nous avons aujourd'hui sous les yeux. Ils ont menti ceux qui, il y a quelques années, à propos de la France, après, une crise terrible subie par ce pays, ont prononcé le mot de décadence la France est nien de- bout. Presque tous les peuples civilisés, libre- ment, spontanément, ont envoyé ici des délé- Sués; Athènes, Romen'ontjamaisété le théâtre 'une si imposante solennité. Paris dépasse Athènes et Rome. Il n'est pas téméraire, je pense, d'affirmer qu'une pareille cérémonie, inouïe, proportion- née au génie de l'homme qui vient de mourir, ne se reproduira pas. Je représente ici la délégation de la Repu- LBS FUNÉRAILLES . 381 blique d'Haïti; La République d^ Haïti a le droit de parler au nom de la race noire la race noire, par mon organe, remercie Victor Hugo de ravoir beaucoup aimée et consolée, de l'avoir raffermie et consolée. La race noire salue Victor Hugo et la nation , française. Discours de M. Louis Ulbach AU NOM DE l'association LITTÉRAIRE INTERNATIONALE Messieurs, Si je n'écoutais que la douleur d'une ami- tié de çlus de quarante ans, et si je n'obéis- sais qu à l'admiration de toute ma vie, je me tairais devant le silence formidable de ce cer- cueil. Mais, j'ai reçu de l'Association littéraire et artistique internationale dont Victor Hugo était le président d'honneur, un mandat qu il ne m'est pas permis de récuser. Nos amis de la France et de l'étranger, ceux qui, dans nos courses à travers l'Europe, à chacun de nos congrès, à Londres, à Lisbonne, à Vienne, à Rome, à Amsterdam, à Bruxelles, acclamaient Victor Hugo avec tant de sympathie, en nous donnant tant d'orgueil, ont aujourd'hui l'or- gueil de faire retentir leur sympathie dans notre profonde tristesse. Nous sommes les soldats d'une idée que Victor Hugo nous a léguée, la défense de la propriété littéraire et de la propriété artistique. Partout où nous sommes allés Hvrer ce bon combat, son nom nous a ouvert l'hospitalité la plus cordiale, son 382 VICTOR HUGO DEVANT L'OPINION génie nous a donné les armes tes plus sûreâ^ et sa gloire a illuminé nos succès. Je viens donc, au nom de ceux ^qn 3 a lus*- pires, commandés, soutenus, l'àcclamef à mon tour, quand je voudrais uniquement le pleurer. Victor Hugo est l'écrivain français le plus admiré hors de France ; non pas parce que nous Tadmirons, car les étrangers, parfois, nous reprochent de ne pas Fadmirer assez, tant ils sont saisis par la forte expansion de son génie. A peine a-t-on besoin de le tra- duire. Le relief de sa pensée fait sa trouée dans la langue étrangère et le geste de sa pa- role aide à le deviner avant qu'on l'ait, pé- nétré. Sa gloire prodigieuse, messieurs, nou est donc doublement chère. Elle rayonne sur nous, avec le souvenir de nos joies, de nos douleurs les plus intimes, de nos ambitions les plus vastes, et en même temps elle res- plendit au dehors comme une irradiation de la France, généreuse et fraternelle. Le patriotisme de Victor Hugo qui ne sa- crifie rien des droits stricts de la patrie, s'aug- mente d'un sentiment de justice internatio- nale supérieur aux préjugés de la diplomatie, aux ignorances populaires. Il est un foyer hospitalier où toutes les patries s'échauflFent, pour aimer et servir davantage la paix, Tu- nion, la liberté. Soyons fiers, à travers notre douleur,, de voir ce mort sublime se dégager de nos étreintes, pour recevoir de toutes les nations tournées vers lui une immortalité qui s'ajoute à notre reconnaissance nationale. On n'a trouvé, dans Paris, qu'une porte LES FUNÉRAILLES 383 as»ez haute pour y faire passer son ombre, celle qu'il a mesurée lui-même à sa taille dans ses strophes de granit, celles où son doigt inscrit le nom de son père ab- sent, celle où son nom rayonnera désormais, sans avoir besoin d'y être inscrit. Mais ce qu'on ne trouvera pas, c est un horizon qui borne sa renommée. Déjà, devant ces témoi- gnages venus de tous les points du çlobe, n semble ^ue ce poète évanoui dans rinfini, déborde . 1 Europe, comme il a débordé la France, et qu'à l'heure où nous rouvrons le Panthéon français, le monde lui élève un panthéon international. Gardons nos larmes pour le recueillement de demain ; mais aujourd'hui ne résistons pas à cet entraînement d'un enthousiasme univer- sel. C'est notre honneur d'y céder. Il y a, en effet, messieurs, dans cette so- lennité comme un relèvement définitif de la patrie, qui se sent grande du génie de son plus grand homme, et aussi de la foi que ces funérailles rallumeront dans les cœurs. Conservons le souvenir de cette iournée, comme celui d'un pacte nouveau conclu avec l'amour du pays, avec sa gloire, sa puissance dans le monde, avec le rayonnement de ses idées, et restons digues de ce transport una- nime qui a fait s'agenouiller toute la France et se dresser toute l'Europe, sur ce seuil où notre poète national renaît dans sa vie im- mortelle. Ce sera le dernier chef-d'œuvre de Victor Hugo. C'eût été son ambition suprême, après avoir tant écrit, tant lutté pour la fraternité humaine et pour la gloire de la France, de faire servir sa mort à une fédération sincère 384 VICTOR HUGO DEVANT l'OPINION entre les peuples et une explosion radieuse du patriotisme français. Discours de M. Delcambre AU NOM DE l'association DES ÉTUDIANTS DE PARIS Après les contemporains de Victor Hugo, nous venons — nous la postérité — affirmer la même admiration et le même amour. Nous venons, avec toutes les générations du siècle, pleurer celui qui fut et restera notre Maître à tous. Nous n'avons pas vu grandir son génie, mais nous l'avons vu triompher et nous avons applaudi au triomphe. Pour tous les jeunes hommes, il a été 1 initiateur et le bon guide. Ceux qui vivaient loin de lui trouvaient dans ses œuvres la parole révéla- trice, ceux qui l'approchaient comprenaient combien notre époque eut raison de l'appeler le Père. Tant de génie et de bonté méritent un long amour et une éternelle reconnaissance ; c'est pourquoi nous apportons à Victor Hugo, très grand et très bon, des larmes avec des fleurs, prémices d'un culte qui ne périra pas. Discours de M. AU NOM DELA FRANC-MACONNERIE ITALIENNE C'est au nom de la loge Michel-Ange, de Florence, au nom de la maçonnerie italienne, que je viens adresser un dernier adieu au LES FUNÉRAILLES 385 génie de la France, au poète de toutes les Satries, de toutes les libertés, au défenseur es faibles et des opprimés de toutes les nationalités, à l'apôtre éloquent de toutes les nobles causes, au chantre du droit, de la vérité et de la justice, dont la gloire rayon- nera sur le monde entier. L'Italie tout entière porte le deuil de Vic- tor Hugo qu'elle admn^ait et vénérait. Le grand malheur qui a fri^ppé la France et Thu- manité a prouvé une fois de plus que le cœur des peuples latins bat à l'unisson. Ils ont en commun les joies comme les douleurs les sentiments, les idées, les espérances et les aspirations. L'Italie, dans cette circonstance doulou- reuse, a désavoué ce qui l'avait représentée, ce qu'elle n'est pas et qu'elle ne sera jamais. 'Elle a montré les sentiments véritables qui l'animent à l'égard de la France. L'esprit de la patrie de Dante restera tou- jours uni à l'esprit de la patrie de Victor Hugo. Sur ce cercueil entouré de l'admiration universelle, jurons de resserrer de plus en plus les liens de fraternité qui unissent la France à l'Italie, afin de hâter la formation du fais- ceau latin qui était l'idéal sublime du grand poète humanitaire. Ce sera là le plus beau monument que nous puissions élever à la mémoire glorieuse de l'auteur immortel des Léçeides des Siècles. Que le peuple français et le peuple italien, sur la tombe de leurs génies — Victor Hugo et Garibaldi — se retrempent à leur mission de paix, de civilisation et de liberté. 22 386 VICTOR HUGO DEVANT L'OPINION Le Rappel a Ce ne sont pas des funérailles, c'est une apothéose », a dit M. Floquet au nom de la Cnambre. Ce n'est pas à des funérailles que nous assistons, c'est à un sacre », a dit M. Emile Augier, au nom de l'Académie fran- çaise. Et le digne représentant de l'Acadé- mie et le digne représentant de la Chambre n'auraient pas cru avoir dit assez si, au lieu de parler à l'Arc de Triomphe, ils avaient parlé au Panthéon, c'est-à-aire. après avoir assisté . au spectacle incomparable et inou- bliable qu'aucun vivant ne reverra jamais. Le cortège était déjà une chose admirable. Il était au Panthéon qu'il était encore au Eont de Neuilly. Il a duré de midi à six eures. Outre les dix chars de fleurs, chaque groupe était précédé de sa couronne, que souvent quatre hommes ne suffisaient pas à porter. Une avait exigé un char pour elle seule. Les marches du Panthéon en étaient couvertes du haut en bas, qu'il en arrivait toujours. Et ce cortège, c'était le gouverne- ment, c'était le Sénat, c'était la Chambre, c'é- tait l'Académie, c'était le conseil municipal, c'était le conseil général, c'était les auteurs dramatiques, c'était les gens de lettres, c'était les poètes, c'était les artistes français, c'était les artistes dramatiques, c'était la Société des gens de lettres italiens, c'était l'Institut na- tional de Washington, c'était l'Association littéraire internationale, c'était les chambres syndicales, corporations et sociétés ouvrières de Paris et des départements, c'était les sociétés étrangères, etc., c'était, en un mot, LES FUNÉRAILLES 387 non seulement Paris, mais la France ; non seulement la France, mais le monde. Eh bien, si grandiose que fût ce cortège, ce n'est pas lui qui a été la grandeur de cette grande journée. Ce qui en a été la grandeur inouïe, c'est la foule. ^ Les Champs-Elysées étaient déjà prodi- fieux. On se pressait à s'étouffer sur les eux chaussées et dans les rues qui y abou- tissent. La rue Balzac était une avalanche humaine. Mais ce qui était inimaginable, c'é- tait la place de la Concorde. Les Champs- Elysées étaient le fleuve, elle était la mer. Et du pont de la Concorde, il fallait voir les berges ! On est entré dans le boulevard Sauit- Ger- main, et l'on s'est dit que jusque-là on n'a- vait pas vu la vraie foule. Sur les trottoirs, dans les rues adjacentes, dans les arbres, aux fenêtres des maisons, sur les toits, sur les cheminées, partout des entassements incroyables. Et des cris de Vive Victor Hugo ! que ne parvenaient pas à faire taire ceux pour qui le meilleur témoi- gnage d'admiration devant un cercueil était le silence. A mesure qu'on avançait, la foule ne redou- blait pas, puisque cela eût été impossible, mais les explosions de regret et de recon- naissance redoublaient. Et c'est au milieu d'acclamations enthousiastes que Victor Hugo est entré dans ce Panthéon qu'avait fermé aux grands hommes Napoléon-le-Petit, et que devait rouvrir celui que le président du Sénat a si justement appelé Victor Hugo le Grand. Une chose à noter, c'est qu'avec cette 388 VICTOR HUGO DEVANT L OPINION foule innombrable il n'y a pas eu lé moindre désordre. Nulle part, elle ne s'est écartée uii seul instant de la ligne qui lui était assignée ; nulle part elle n'a débordé ; le respect Ta infi- niment mieux arrêtée que n aurait fait une barrière matérielle. Elle a été admirable de tenue et de réserve. C'est à elle qu'il faut reporter Téloge de rimmense journée dont ceux qui l'ont vue se souviendront jusqu'à leur dernière heure, et qui a dépassé les plus ardentes espérances. On ne dira plus que la France est ingrate envers ses génies. Si haut que soit le souve- rain poète de la Légende des Siècles^ la mani- festation est montée à son niveau. La journée du l^' juin 1885 est la gloire de Victor Hugo et l'honneur de la France. Il ny avait que lui pour la mériter et qu'elle pour la faire. Ce n'est pas seulement l'honneur de la France, c'est aussi son relèvement. Toutes les nations se sont associées à l'hommage rendu à notre poète national. Toutes ont reconnu que le grand homme du siècle était un Français. Victor Hugo, qui a rendu tant de services à la France pendant sa vie, lui en rend encore un après sa mort. AUGUSTE VACQUERÏE. L'Événement Il est au Pan théon ! Paris vient de l'y con- duire avec une solennité, un éclat, une fer- veur d'enthousiasme qu'il n'a jamais témoignés à un homme. A ce souverain de génie la ville LES FLNÉRAILLES 389 souveraine a rendu des honneurs souverains. Ce n'étaient pas des funérailles, c'était une apothéose ! La gloire était acquise, l'immor- talîté rayonnait, la postérité est. commencée. Quel règne que cette vie de Hugo! Quel mort que cette résurrection ! Il "^ est là, dans ce cercueil, plus vivant, plus parlant, plus chantant qu'il n'a été jamais. De tous les côtés, de toutes les maisons, de tous les ateliers, des basses, et des hautes couches sociales , de l'aristocratie littéraire à la plèbe la plus humble, tous sont sortis de leur demeure, artisans de la pensée et du travail manuel, pour saluer une dernière fois Victor Hugo ! Paris n'était plus dans Paris ; il était à Farc de TEtoile, aux Champs- Elysées, sur la place de la Concorde, partout présent et répandu, sur le parcours de ce pro- digieux cortège qui confond le passé et défie le lendemain. Sans qu'il fût besoin d'une loi, sans qu'un mot ordre eût été donné, par une sorte d'intuition contagieuse , Paris a fait trêve ; il a suspendu son travail d'Hercule ci- vilisateur il a emmené, il a rassemblé fem- mes, enfants, vieillards sur le parcours de ce corbillard du pauvre, si nu, avec ses deux simples couronn^^s de roses blanches, — cel- les de Georges et de Jeanne au grand-père sublime et bon. Et tout le long de cette route triomphale, éclairée par un doux et magnifi- que soleil de mai, le recueillement était égal autant que profond. En haut des toits, sur les arbres, aux feaêtres, sur le pavé, ce flot hu- main murmurait son respect et son admira- tion pour l'homme qui passait, mené parla France à cette nécropole enfin rendue à la nation ! Il y avait dans l'air plus et mieux 22. 390 VICTOR HUGO DEVANT L'OPINION qu'un hommage funèbre. On' demeurait acca- blé devant ce spectacle du néant de l'exis- tence humaine. Il y avait dans les yeux des terreurs et des larmes. On voyait plus loin que la mort Et au delà qu'y a-t-il ? On pleu- rait rhomnie doux et miséricordieux. Mais la pensée dominante affirmait cette puissance vivace du génie succédant aux siècles, dans une jeunesse, une abondance, une magni- ficence éternelles. Cette certitude d'un avenir sans fin promis à l'œuvre du mort communi- quait je ne sais quel orgueil viril, quelle ivresse sereine au peuple qui emplissait la rue. La gloire de Hugo, il la faisait sienne. Il la réno> ait, il la revendiquait avec une fierté superbe. Hugo, n'était-ce le Verbe de la France moderne à travers le monde et par delà les temps ? Oui sans doute, le Victor Hugo qui a lutté pour la rédemption du droit et de la liberté était cher au peuple républi- cain, qui le lui a dit hier avec 1 effusion de son cœur de lion. Mais il y avait le penseur uni- versel, le poète fort entre les forts, l'artiste inouï et incomparable, incarnation et- hon- neur du genre humain. C'est celui-là aue, sans acceptation de secte, de religion, ae parti, Paris, la France et le monde ont porté au Panthéon ! Cette journée du 1" juin 1885 demeurera dans la mémoire de Paris comme la date d'un a sacre , suivant la noble et juste ex-* pression d'xVugier. S'il est moral d enseigner à un pays le respect de ceux qui l'on servi et illustré, il est plus nécee^saire encore de lui restituer, par là, le sentiment même de sa personnalité, de sa force, de son rôle, de sa prépondérance intellectuelle sur la terre. LES FUNÉRAILLES 391 Quand d*inoubliables malheurs ont déprimé et désespéré la patrie, c'est un devoir de lui rendre la conscience d'elle-même et de verser sur les plaies de cette noble blessée des armes, le baume sacré des gloires de l'esprit. Trahie par la dictature d'un aventurier et par le jeu de la force brutale, la France sest retrouvée hier au premier rang des nations par les Let- tres et par Hugo. Quelle rev^uiçhe plus idéale, plus radieuse, plus consolatrice ! Et les œuvres de Hugo ne sont pas seulement les joyaux et la couronne de notre France littéraire, c'est le testament même du dix- neuvième siècle. Ce n'est pas un crépuscule, cette mort de Hugo, c'est une aurore ! Je les plains de toute mon âme, ces pauvres de l'es- prit qui n'ont pas su rencontrer dans l'œuvre accumulée du poète, du dramaturge, du roman- cier, du critique, de l'orateur, tout ce qu'il contient de leçons supérieures, de germes de progrès, de sxlutions rénovatrices, de promes- ses et d'élans vers une humanité meilleure qui se purifie toujours, en s'élevant vers les sommets. L'œuvre de Hugo, c'est l'Evangile de la France nouvelle, telle qu'elle est issue de la Révolution. Tout y respire l'amour, le labeur et la concorde c'est que Hugo a plus qu'aucun de ses devanciers, dans l'ordre du génie, la passion infinie et toujours inassouvie de l'humanité ! Merci à notre grand Paris d'avoir compris le caractère de cette journée que nous ne reverrons pas ! Aucun accident n'a attristé, n'a souillé cette solennité. Peuple et gouverne- ment ont été à la hauteur de l'acte de grati- tude et de glorification qui s'est accompli. Voilà le vrai Paris ! Voilà la vraie Repu- 392 VICTOR HUGO DEVANT L'OPINÏON blique ! Devant cette unanimité de respects et d'enthousiasmes, les minorités factieuses ont dû s'incliner. Elles ne sont rien — le com- prendront-elles enfin ? — qu'un fétu de paille dans Tengrenage de cet organisme formidable 3ui ne vit et ne veut vivre que par l'équilibre 'un cerveau sain et d'un corps laborieux. De drapeau rouge, ah ! oui ! il en était bien ques- tion hier ! Qui donc eût essayé de trouer ces masses profondes de toutes les classes de tra- vailleurs qui escortaient Victor Hugo et la République désormais conquise? La démons- tration de l'impuissance des factions est faite, je suppose, et bien faite. Paris n'a peur de rien. Pans est sûr de lui-même. Paris est le maître. Il est aussi calme dans la posses- sion de la paix civile que Hugo dans la pos- session de l'immortalité. Comme le tombeau de Hugo sous les voûtes du Panthéon, Paris défie les révolutions. EDMOND MAGNIER. Le Figaro Majestueuse, non! — il y avait trop de foule et . cette foule était peu recueillie . — mais singulière, étonnante, émouvante, pro- digieuse ! voilà, selon moi, quels adjectifîs mérite l'inoubliable cérémonie d'hier. Nos pères nous ont raconté l'apothéose du retour du corps de Napoléon en 1840; nous avons encore dans le souvenir la rentrée. de l'armée d'Itahe en 1809 ; Napoléon IIL l'Im- pératrice, les maréchaux, les blessés, mar- chant sous une pluie de fleurs, au milieu d'ac- LES- FUXliRAILLES ' 393 clamations inouïes ; ce qu*ou a vu hier est autre chose, et on ne le reverra pas non plus. Cela manquait de mesure mais non de gran- deur. Le poète avait le géuie de Tantithèse ; l'idée du corbillard des pauvres était sûre au point de vue de l'effet h produire. Il a été immense, et les plus sceptiques ont salué avec émotion les rameaux verts entrecroisés sur le drap noir du cercueil. Qu'après cela il y ait à critiquer quelques détails de mise en scène, quelques vanités trop naïvement étalées, un anus évident des insignes corporatifs ; qu'on sourie de la mul- . tiplicité^ inattendue des groupes », qu'on blâme l'excès des . demoiselles en cheveux et l'introduction effrontée de certains entrepre- neurs de réclamé dans le cortège, il n'en reste pas moins acquis qu'un grand effort de res- pect et d'admiration a été fait. Ces efforts-là comptent dans la vie d'un peuple et permettent de ne point désespérer de lui. Les incidents qu'on craignait ont été épargnés ; la police, comme on le verra, a agi avec vigueur et surtout avec adresse ; il est donc rassurant de constater qu'elle n'est paè désorganisée et qu'elle peut nous défendre au besoin. Ce qui n'est pas moins consolant, c'est de voir que les anarchistes, blanquîstes, collec- tivistes ou autres sont peu, très peu nom- breux, qu'ils n'ont aucune action réelle sur le peuple' de Paris et qu'un ministère sans pres- tige pourtant, n'a qu'à hausser un peu le ton pour faire rentrer ces gens-là dans le rang. On va me trouver optimiste. Que voulez- 394 VICTOR HUGO DEVANT l'OPINION VOUS? j'aime les Lettres; quelque alliage qu'il y eût dans riiommage énorme rendu à 1 nomme ondoyant et divers qui s'appela Victor Hugo, les Lettres, la divine Poésie y ont la meil- leure part, et je me suis senti touché. Pendant que défilaient tour à tour les aca- démies, les écoles, les délégations et les sol- dats — partout acclamés entre parenthèse — je pensais à Molière enterré nuitamment, sous le poêle des tapissiers, je mesurais le chemin parcouru et je songeais que, malgré tout, il y a du bon dans notre temps. — F. M. Gil Blas Quelle plume serait assez éloquente, quelle voix serait assez puissante, quelle palette serait assez colorée pour donner une idée du spectacle qu'a présenté Paris pendant toute cette journée d hier ! Jamais apothéose plus superbe, jamais manifestation plus française n'ont eu lieu ! Et l'on peut hardiment prédire que de tels événements sont uniques — dans la vie d'un peuple. La supériorité du génie humain s'est affirmée là avec un éclat que l'imagination la plus enthousiaste n'eût pu prévoir. On ne peut faire d'évaluations quant à la foule des assistants ; si nous disions qu'un million, deux millions d'êtres humains se sont associés à cette glorieuse manifestation, nous pourrions être taxés d'exagération. Et pourtant, ce ne sont pas ceux qui, comme nous, ont suivi le cortège du commencement à la fin, qui nous démentiraient. Ce qu'on ne saurait trop faire ressortir, en tous cas, c'est que le calme et le recueille- LES FUNÉRAILLES 395 ment ont été aussi grands que possible. Si^ aux alentours, quelques incidents sans im- portance sérieuse se sont passés, on ne les a pas même soupçonnés dans le cortège. Sur une grande partie du parcours, au bou- levard Saint-Germain, par exemple, les gar- diens de la paix étaient en nombre insuffi- sant, et il s'est produit des poussées dans lesquelles la foule eût pu facilement rompre la digue qui la maintenait imparfaitement. Eh bien, malgré cela, le bon ordre n'a pas été troul3lé un seul instant, et sauf un mcident fortuit qui, malheureusement, s'est produit h l'angle du boulevard Saint-Michel et du bou- levard Saint-Germain, rien n'est venu trou- bler, sur le parcours du cortège du moins, le pieux recueillement, la sympathie res- pectueuse, la douleur touchante et l'enthou- siasme merveilleux de cette cérémonie, uni- que, je le répète, dans les fastes de l'histoire des mondes ! APPENDICE Les journaux dont les extraits suivent, ont paru ou sont parvenus en France à une date qui ne nous a pas permis de les insérer à la place qu'ils devraient normalement occuper. Revue des Deux-Mondes C'est le privilège rare et exceptionnel de VictorHugo, d'avoir été pendant soixante ans le poète inspiré des sentiments, des cultes, des ardeurs généreuses, des entraînements de son siècle, d'être resté un des anciens survi- vants des anciennes générations, comme un témoin d'un autre âge, et de paraître empor- ter avec lui tout un monde où il a régné par la magie souveraine de l'imagination. Il s'é- clipse aujourd'hui, au terme de cette écla- tante carrière qui va des Odes et Ballades à la Légende des Siècles^ et si sa mort est vive- ment ressentie en France, si l'émotion qu'elle cause semble partagée plus ou moins dans tous les paya, c'est que ce n'était pas un per- sonnage ordinaire des lettres; c'est que, dans 23 398 VICTOR HUGO DEVANT l'OPINION cette vieille Europe, où depuis longtemps les supériorités exceptionnelles de Tesprit sem- blent disparaître, où la puissance intellec- tuelle n est pas ce gui brille, où tout se mor- celle et décroit, Victor Hugo était resté un des derniers génies universels de là poésie et des arts. Il y a des talents partout ; où sont les véritables génies dont le monde connaît le nom et les œuvres? Ils ne sont "plus en An- gleterre; ils ne sont plus en Allemagne; ils ne se sont pas fait jour dans l'Italie renaissante ; ils seraient tout au plus peut-être dans les fermentations indistinctes de la Russie. Vic- tor Hugo était, au moins pour l'heure où nous sommes, la dernière renommée, la dernière figure de poète incomparable. C'est ce qui fait de sa mort un événement. 11 avait eu la fortune de naître avec des dons rares, fécondés par les prodigieux spec- tacles du commencement du siècle, avec une organisation qui s'est toujours ressentie des voyages de son enfance en Italie, en Espagne, à la suite de son père; vieux soldat » Pendant soixante ans, celui qui débutait obscurément en 1820, a chanté et a occupé le monde de ses tentatives, de ses inspirations. Victor Hugo n'a jamais été assurément, dans les lettres françaises de ce siècle, le seul re- présentant sérieux de la poésie rajeunie et émancipée. Il a eu ses émules qu'il n' pas Lamartine, Alfred de Musset ont été comme lui, avec lui, de grands poètes; ils l'ont été avec toutes les nuances de génies si différents. Victor Hugo a été, dans cette élite d'autrefois, ce qu'on peut appeler le poète combattant et conquérant, faisant dô chacune de ses œuvres un champ de bataille, s'impo- APPENDICE 399 saut par roriginalité d'un génie rénovateur, inégal et retentissant. Il a été le poète des coups d'éclat de la forme et des grandes so- norités dans ce siècle, avec l'impatience de tous les jougs et le goût de toutes les aven- tuFes 'de l'imagination...;. Il a été l'âme vi- brante à tous les souffles, l'écho retentissant de tous les bruits, des enthousiasmes et des colères de son temps, et tout ce qu'il a re- cueilli, il Ta reproduit. Ta rendu à ses contem- Sorains avec la profusion extraordinaire d'un es plus puissants artistes de la langue, avec la vigueur d'un génie fait tout entier d'imagi- nation, de force et de volonté. Victor Hugo n*a point été peut-être tout ce qu'il a cru être, il a été certainement une des plus puissantes imaginations de ce siècle et de tous les siècles. C'est par l'imagination qu'il a vécu et qu'il a tout vu; c'est par elle qu'ir a pénétré dans le monde intérieur, dans les mondes disparus, qu'il s'est donné le spectacle des hommes, des événements, des révolutions, et c'est ce qui explique comment il a pris si souvent des images pour des idées, des antithèses pour des vérités, les jeux de sa fantaisie pour l'ex- pression de la vie humaine. Avec cette imagi- nation qui est sa faculté souveraine, qui a été son originalité, avec la force et la volonté qui sont aussi dans son génie, qui n'ont fait que s'accentuer, il est arrivé, par une tension étrange, à ne créer qu'un monde factice où tout est grossi, démesuré, où la vie humaine se résume le plus souvent dans une perpé- tuelle opposition de l'ombre et de la lumière, du bandit et de l'empereur, du laquais et du f oi», d© la- courtisane et de la- grande dame, de 400 VICTOR HUGO DEVANT l'OPINION la difformité physique et de la beauté morale œuvre toujours merveilleuse assurément, mais où il a fallu quelquefois tout Téclat d'une in- comparable poésie pour dégui&er Tartifice d'une imagination enivrée de sa force. eu, DE MALADE. ETATS-UNIS Tbe World Le grand Hugo est mort. Hugo peut être compté parmi les heureux dans la mort. 11 était reconnu dans tous les genres comme le chef de la littérature française. Laissez tous les autres courir dans la carrière et regardez sur lequel d'entre eux tombera son manteau. Le triomphe définitif du parti poli- tique, auquel il s'était identifié pendant une génération, est assuré. A la reprise d'Hernani, et à l'occasion de &on quatre- vmgtième anniversaire, quand tout Paris se porta vers sa demeure par centaines de milliers de personnes, avec des hommages tels -que les conquérants n'en ont jamais reçu de pareils à leur retour, il a été reconnu d'une seule acclamation la figure la plufcj colossale de la littérature moderne euro- péenne. APPENDICE 40t TbeNeW'York Times En effet, pendant les dernières années de sa vie, tous les honneurs qu'un peuple peut rendre à un poète âgé, et d une réputation universelle, ont été déposés à la porte de Vic- tor Hugo. A son égard s'est vérifié un fait qui n'a pas eu lieu pour la plupart des nommes, dans toutes les sphères. • Les honneurs qu'on accorde généralement aux grands hommesi après leur mort, lui ont été décernés à profusion, et continuellement de son vivant. De nos jours, on ne pourra dire de personne, avec autant d'assurance que de Hugo, qu'il est mort au comble d'années et d'honneurs. New-York Herald Victor Hugo est mort ! Le télégraphe donne cette nouvelle, qui a plongé Paris dans la douleur que devait lui causer la perte d'un de ses hommes les plus illustres et les plus remarquables. Poète, philosophe, patriote et homme politique, son génie était vraiment considérable, et son nom passera à la posté- rité comme une des lumières éclatantes du siècle. • •••••••••••• Ardemment épris de la liberté, il déclara la guerre à la tyrannie et à l'oppression, partout où elles levaient la tête. '23. 402 VICTOR HUGO DEVANT L'OPIMON SUÈDE Ooterborgs bandels-ocb SjôfartS" Tidning Nous, qui ne faisons pas partie de la race romane, nous ne pouvons pas comprendre Victor Hugo comme le font les Français. Nous ne sommes pas trèîj enclins à lui accor- der une place parmi les génies qui occupent tout à fait le premier rang et dont l'œuvre, comme celle d'un Gœthe ou a un Shakespeare^ doit vivre éternellement. Nous pouvons sentir qu'il y a dans sa poésie lyrique une force gi- gantesque, véritanle force élémentaire, et une merveilleuse beauté, que rien ne peut surpas- ser; mais la plupart de ses productions nous laissent en partie indifférents, ou du moips ne nous remplissent pas d'un assez grand en- thousiasme pour exclure toute critique calme. Pour les Français, Victor Hugo est tout dif- férent. Ils n'analysent pas ses œuvres, ils les envisagent dans leur ensemble, et s'age- nouillent, pleins d'admiration, devant cette chose gigantesque. TABLE DES MATIÈRES Avertissement v Lettre de M. Gustave Rivet ix Note xnr Acte de naissance de Victor Hugo xv Livre I. La Maladie l Incident de l'Archevêché 12 Mort de Yictor Hugo 22 Acte de Décès 25 Livre II. Après la Mort 27 Séances des Assemblées 32 Lettres et adresses 37 Presse de Paris 83 Presse de Province 176 Presse Étrangère 248 Livre m. Les Funérailles.. 291 Séances dos Assemblées 293 Texte des Discours 335 Appendice 397 406 INDEX ALPHABÉTIQUE Index alphabétique des noms des auteurs des lettres, adresses, articles et dis- cours Abboit 77 Abeniacar ÎSo Abou-Maclda,ra 58 Aché 232 Alba Enriqiie de 66 Amis du Progrès de Murcie 77 Antoine 41 Arsol Soliver , ; . . . . 57 Auger 38-347 Aschkinnasi Mikhaïl 63 Badaire 43 Baille 151 Banville 120 Bert 42 Bibesco , 68 Bigot 163 Blanc 313 Bornier Henri de 368 Borostyanys 126 Bourget IftO Briatat et Thoiizery 68 Brocmer 77 Cabrol 61 Caduc 76 Castelar 68 Cercle républicain Mameli 81 Gérons 18-331 Claretie 9-3iO Clavel 43 Colon de Philippevilie le 58 Colonie européenne d'Alexandrie 58 Colombine 121 Colonie grecque de Montpellier 45 Comité central international de la l'aix et de la Liberté 78 Comité démocratique de Tarragone 58 Commission départementale du Conseil général du Rhône 44 Conseil général d'Alger 58 Conseil municipal de Besançon 44 Cretois les 64 Dalloz 160 Dancourt 1^ Delcambre 384 Delyannis 46 Démocratie de la Martinique 58 INDEX ALPHABÉTIQUE 407 Devais 341 Deroulède 40' Dreyfus 170. 312 Drumonl ....;......... — ^ , -, . , . 109 Duclero 71 Emigrés Français 71 Emmanuel Edouard 38Ô Ktudiants 60,66 Etudiants Bulgares de Montpellier 45 — Egyptiens de Montpellier 45 — Hellènes, à t'aris 48 — libéraux de Liège 6g — Polonais 71 — Serbes 67 — • de l'Université de Naplos 50 Pabre 194 Fagiani 56 Ferry 40 Floquet. président de la Chambre des Députés S3i Fontenay 157 Foucher 169 Fouquier 156 Fournier 61 Fragua 69 Frédérix 249 Gambetta père 4l Garibaldi Menotti 48 Gaulier 315 Geffroy 333 Geigenhalt 54 Gerardin et Lehmann 62 Giorgini 5l Goblet Ministre de l'instruction publique» des beaux- arts et des cultes 340 Gonzalès Cosio 47 Gonzalès 46 Got 37r, Gounod 38 Gouvernement Roumain 62 Grandin 168 Gréard 38 Grévy Président de la République 37 Grimm 148 Grimblot 246 Guibert cardinal 12 Havard ; 135 Hervé 311 Houssaye Henri 168 Jourde 376 Journalistes de Montevideo 55 Kauffmann 52 Laisant 307 Lannes 152 Lapommeraye 127 Lar-et-Lara comte de 47 408 INDEX ALPHABÉTIQUE liaairent ,., 128,. a^g Itfmssedat - 7& lieeonte de. Lisle 12&-374 héger • • •• • • • . 5^ Lefèvre, vice-président du Conseil général de la Seine. 3>4 Le Mat 380 Le Royer, président du Sénat 335 Lepelletier. 153 Lisbonne, conseiller générai 39 Lisbonne Maxime nn *^ Lissagaray 12M33 Liziervicz - • 72 Lockroy • 13 Ijoges maçonniques espagnoles 78 Magnard "^ 2g4 Madier de Montjau , ?Ç! Magen 147-392 Magnier 1J[ Maisons 15? Mazade Gh. de 400 ^'o^et ^ Marmottan 36 Marx ; ?lî Maujan- 133-^ May Élie M Martin • Jg Merson 189 Maret Mj MeredUh-Réad 79 Michel l»f Michelet M- J. ...... -v^ • .•vVV'd* • oîS Michelin, président du GonseiJ municipal de Pans. . . 349 Mickiewicz § Miltiadès ' MorlHS {g Municipalité d'Urbino 79 dlendorfï 76 Oliveira „*• OFtigao ^64 Oudet, sénateur gj Pailio g Pannes JJ Pelletan /J Pêne H. de J» Phîlipp ' *fî Prandina 1* Pressede g Quinet i M™ • veuve g Ramalho vladalhaes ^ Raqueui • •• ^ ïlatisbonne ii Rayski -if , Reinach ^Jj Renan *• INDEX ALPHABÉTIQUE 409 Républicains de f^oïmbra 87 ÏUvet, député de risôre ix Rochefort 16-146-331 Rouma .' 51 Saffl Aurélio S5 SatmeroD S2 Scherer 337 Scholl 170 Second Henri 141 Sllva Cardos 53 Société polonaise de Gènes 53 Société des libéraux de l'ise 69 Société des Beaux- \rts de Prague . 63 Société des écrivains et artistes de Madrid 79 Société des ouvriers romagnols de Salso Maggiore... 79 Société des anciens défenseurs dç la patrie de Saint- Archangelo 7S Soler Frederichl 57 Silvestre 3» Syndicat de la Presse départementale 43 Tierry 170 Thureau-Dangin 3l4 Torlonia prince 48 Terres Gaïcedo 74 Torrès Solaao 77 Trigueros iMartel 4 Tulle Massarani 378 tïlbach..' ' 381 Vacquerie 31-388 Veron 71 Vezian 242 Videira 50 Titu 124 Zenowich 68 Zerbie 162 Zola - 39 Zorilla 73 Zurria 57 Zvonimir 51 Index alphabétique des Journaux et revues cités dans ce volume Allgemeine Zeitung 2S2 Alpes Les}. 93J American Register The 174 Ami d u Peuple L» 103 24 410 INDEX AI^PHABÉTIQUB AnJouL' m AubelU ^34 AutunoisL' 201 Avenir de l'Autie L' Ifô Avenir du Cantal L'i. 240 Avenir Lozérien iL' ,.,..,,...^. 211 Avenir de Mitidja L' 238 Avenir du »lorbilian L' '/lO Aveyronnais \\J 213 Bataille La , 128-333 Bulletin des Lois 319 Charente La 232 Charivari Le ITO Conservateur du Gers Le 202 Continental Gazette The 174 Correo El .• 262 Manha El .,,..,,,, -^62 Correspondance de Pesth La... 285 Courrier des Alpes Le , , 238 — des Ardennes.. 220 — de Dreux....... ,,,,.,,., 216 — de l'Eure 200 — de Genève 251 — de la Gironde 181 — de Gournay 215 — de Lyon 178 . — du Pas-de-Calais 196-216 — Populaire *. 225 — de Verdun 235 — de la Vienne 203 Cri du Peuple Le 128 Croix La 128 Dagblad 289 .Daily News The. 271 — Telegraph The 270 Débat s Le s .^ 83-88-168 Défense La .*. 443 Démocratie franc-comtoise 241 Dépêche de Toulouse La Ifô BchoduCher L' 235 — de la Dordogne 218 — d'Indre-et-Loire 234 — du Lubérou 224 — de Paris 152-170-308 — du Poitou 215 — Rochelais ! 198 Eclaireur de Lunéville L' 220 Epoca La 857 Ere Nouvelle L' 223 Espérance de Nancy L' 203 Espérance du Peuple L' 183 Etoile Belge U .24» Evénement L' 4-22-146-3W Evening Standard The 287 Figaro. Le 7-83-121 -122-3K INDBX ALPHABÉTIQUE 411 inistère Le • • • ^ .. 211 " 138 France La' ,,,.,,». 141 — Cemrale 227 — Libre 133-329 — du Nord 210 Fremdemblatt 281 Gagne Petit Le 161 Gaulois Le» ;. 145 Gazetta di Torino La 260 Gazette de Cambrai La 206 — de Cologne 277 — de France 16, 129 — de Lorraine 245 GilBlas 119, 120, 317,326, 394 Gironde , 176 GloboEli... 257 Goterborg's-Handels och sjofarts-tidning 402 Guienne La 194 Imparcial E , 256 Impartial du Nord L' » 217 Indépenc^ance Belge L'} 248 — de l'Est 236 — Roumaine 287 Indépendant de l'Allier 232 -r d'Orange L' 231 • Intransigeant L' 13, 145. 333 Italie!/ 258 Jornal do Commercio El 262 Journal de l'Ain „ 230 — d'Alençon 219 — • d'Alsace 247 — de TAveyron ,.,,,,.,,,»,.,, 212 — • de Bordeaux ,,,• ,190 — deGenève "252 — duHavre 180 — d'Ille-et-vilaine 221 — du Loiret 202 — . de la Marne 204 — de Marseille 208 — du Midi 204-318 — Officiel , 32-297-320 — de Roanne 187 — de Roubaix 190 — de Saint-Quentin ,... 207 — de Seine-et-Marne , 243 Justice La 18-381 Kossische Zeitung ^ 279 Lanterne La.... , 19-137-309 Libéral de l'Est Le 226 Liberté La ^^ . 100-306 Liberté de Fribourg La 251 Ligue La 150 Lombardia La » 260 Lyon-Républicain 186 4Î2 INDEX ALPHABÉTIQUE ^ Matin- Le ". fv^ Mémorial d'Amiens. Le i^ — Arlésien..... 217 - de la Loire et de la Haute-Loire 19? - de l'Oise 227 — du Poitou 210 — des Vosges 2afl Messager de la Marne Le 214 — du Midi g>l — d'Occident '. \f^ — de Valence 2ffi Monde Le 134-31? Monde des Arts et du Théâtre 154 Moniteur de l'Indre 21S — du Puy-de-Dôme 237 — de Rome 257 — Universel 172 M ontmédy- Journal 2k MorningNews The \j^ Mot d'Ordre Le 17-330 ri ation La 169-311 Nation de Florence 260 National Le jgg National républicain de l'Ardèche .* 229 Neue freie Press îgg New- York Herald 4jj1 Newî-York Times lÔ * Normand Le 280 Novie Wremia 273 Novosti 071 Nouvelliste de Bordeaux Î86 — de Rouen '. 202 Opinion L' I59 OpinioneL' 259 Pall mail Gazette ^ Paris... 3^>9-r25 127-307 Pans-Rome .' 175 Pesther Lloyd 2g0 Petit Algérien Le 243 — Ariégcois 230 — Bordelais 201 — Caporal 313-132 — Comtois 222 — Journal I47 — Lyonnais 182 — Marseillais 195 — Méridional '. 211 — Moniteur 150 — Niçois 290 — Rouennais 192 - Var.....- 24^ Petite Gironde La 19R Peuple Le 1i2 Phare des Charentes 284 ' — de la Loire Le 177 INDEX ALPHABÉTIQUE 413 PiccoloIl 261 Populaire Le >13 Post 274 Presse La 152 Progrès de la Côte-d'Or Le 221 — del'EJt... 197 — de la Haute-Marne 219 — National 18» — de la Somme 188 Radical Lei 144, 311 Ralliement de Montauban Le 200 Rappel ClubBouygues 4 Av Secrétan 75019 Paris - Tél : 01 42 00 25 23 - Livre prévention - Livre SMS / PMS. Club Bouygues 88 Bd Davout 75020 Paris - Tél : 01 43 71 14 63 - Livre prévention - Livre SMS / PMS. Club Bouygues 245 rue des Pyrénnées 75020 Paris - Tél : 01 58 53 55 20 - Livre prévention - Livre SMS / PMS.

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Lapeinture sous-glaçure offre des motifs floraux et de plantes de couleurs rouge-orange et bleu sur fond blanc. L'anse de préhension coudée en forme de serpent est peinte en vert et marron. Commentaire historique: Dans ses carnets personnels, Victor Hugo mentionne régulièrement l'achat de "pots Mason" quand il vit à Guernesey. Le 31 décembre 1861, il achète chez un
Aller tout en bas au dernier message - Répondre au message - Retour au forum sur la course à pied Victor Hugo XVI..... par l'AB invité le 01/05/08 à 180418 "... Correr es mi destino para burlar la ley ..." Manu Chao. Clandestino. Je me suis permis, en ce premier jour de mai, de faire ce qu'il me plaît je revendique l'obligation d'être bousculé, en cap comme partout ailleurs. Soyez fous, soyez vous-mêmes, ce post vous est ouvert, semez votre esprit et vos mots, ici vous ne serez pas dénoncés mais simplement... acclamés. Victor Hugo XVI..... par invité le 01/05/08 à 190223 Alors l'AB ? ............ On braconne ? Victor Hugo XVI..... par Baghera invité le 01/05/08 à 190301 medaille de bronze?? Victor Hugo XVI..... par Baghera invité le 01/05/08 à 190816 je m'inquiete Hugo le 16e va t il etre dé'cap'ité? apres quoi, ce ne sera plus le post de Victor mais celui des victoriens, à bas nos privileges semantiques... Victor Hugo XVI..... par l'AB invité le 02/05/08 à 084747 Comptons nos morts, nous serons ainsi plus nombreux. Bonjour bande de capeurs. Votre 1er fut-il fructueux ? Vous n'avez rien perdu, le mois de mai s'annonce chaud, chaud, chaud. Dis-moi Miélou, tu comptes assumer comment tes différentes promesses ? En homme politique, en gendarme, ou en capeur ? Pour mémoire, tu as un 12 h prévu le 18 mai, un death fight le 25 mai, et je ne parle que de celles qui sont publiques... Victor Hugo XVI..... par l'AB invité le 02/05/08 à 085250 Les promesses, pas les femmes. Je n'ai pas de telles privautés avec le loup. Victor Hugo XVI..... par baghera invité le 02/05/08 à 085926 chhuut, l'été arrive, et que ceusses d'apres mai 68 respectent ceusses d'avant! 'je vous parle d'un temps que les moins de 40ans ne peuvent pas connaitre...' mais les paves saignants de ragondin n'existaient pas encore! Victor Hugo XVI..... par invité le 02/05/08 à 091528 Salutatous, Une fin de semaine qui ressemble à un lundi c'est perturbant, quelle gout aura lundi ? sans compter le choc du mardi quand le miracle du week-end du lendemain de la reprise ne se reproduira pas. Victor Hugo XVI..... par Baghera invité le 02/05/08 à 091943 RTB, tu peux repeter doucement là steuplait, parce qu'entre les ponts, suis pas sure de bien nager, neuronalement parlant! Victor Hugo XVI..... par invité le 02/05/08 à 092425 C'est un etat normal en début ou en fin ? de semaine ça M'Baghee. Victor Hugo XVI..... par invité le 02/05/08 à 092644 Certains pretendent même avoir entendue la hulotte boubouler la veille au soir Victor Hugo XVI..... par l'AB invité le 02/05/08 à 092714 Voyons voir les vaillants, si je puis traduire je pose 1 et je retiens 2, ça c'est fait ou en cours, puis j'ajoute que j'ai perdu 1 suite à l'entre-choc j'ai toujours eu un faible pour les entre- du jeudi ascensionnel avec les travailleurs descendants, vous me mettez un jeudi en 8 avec une douzaine de lundi mais y a pas le treizième homme du mardi cause que la pente est en côte. Donc, RaztaB a raison. C'est pas clair. Victor Hugo XVI..... par l'AB invité le 02/05/08 à 095138 Heu au fait Baghee, t'y connais quoi toi aux plus de 40 ans, avec tes jambes de 20 ans, tes yeux de printemps et un esprit qui rajeunit davantage à chaque heure qui trotte, hein ? Nan mais. Victor Hugo XVI..... par l'AB invité le 02/05/08 à 100921 C'est aussi pour ça que j'aime le goût de la vie RaztaB, tu confirmes l'analyse ? Si c'est pas un argument pour faire venir courir le MikaB à ton marathon ça ! Victor Hugo XVI..... par invité le 02/05/08 à 103242 Toutafé l'AB, j'avions déja lu un article la dessus. Pour ma part je ne l'ai jamais gouté Outils pédagogique qu'ils disent entre deux hoquets . Etant une vieux grincheux je me méfie des trucs fait dans les labos. Une biére qui n'est pas berçèe par les matines peut elle vraiment s'épanouir sereinement ? Sans chants Grégorien une biére peut elle réellement esperer développer tous ses arômes ? J'en doute. Même si certaines etudiantes en biotech peuvent sans doute faire des miracles avec des pipettes, la science ne pourra jamais égaler la puissance divine qui s'exprime à traversla transmutation du houblon. Victor Hugo XVI..... par l'AB invité le 02/05/08 à 104459 Ainsi soit-il. Victor Hugo XVI..... par baghera invité le 02/05/08 à 120019 mais oui bon sang mais c'est bien sûr, j'ai dix ans!! ils n'engagent pas les mineurs!voilà, lux fiat, 'rrrci de m'avoir laudaté de vos lumières cher nonce! un smack pour la peine, au diable la varice! eh, si tu m'crois pas, j'te tare la gueule à la récré, à coup de bombecs, un roudoudou in the nose, et mon parasol in the... suis je bien claire?? Victor Hugo XVI..... par l'AB invité le 02/05/08 à 121824 Yeap ! Claire comme l'as de pique et le fond de mon verre. Dis-moi Raz', puisqu'on est entre nous, t'es à Chavagnes samedi ? Victor Hugo XVI..... par invité le 02/05/08 à 130817 Nan, nan, pas de chavagnes pour moi, we familiale ! ils ont de la chance il va faire beau. Victor Hugo XVI..... par invité le 02/05/08 à 160944 normalement je doit faire ça j'ai un peu peur de la deadline qui est de 4h pour les 3k nage+80k vélo. Je vais etre juste, s'il y a trop de vent, par exemple, c'est cuit. Victor Hugo XVI..... par l'AB invité le 02/05/08 à 173209 3000 mètres de nage ??? C'est clair que j'arriverai jamais jusqu'au bout ! Tiens, un encouragement pour le Ric² Allez, bon WE. Victor Hugo XVI..... par invité le 02/05/08 à 191533 Kesse tu veux dire ? L'Ric² fait Chavagnes ? naaaan !!!! si ? ho ? Victor Hugo XVI..... par invité le 03/05/08 à 130642 62k à 27,6km/h de moyenne sur du plat ou presque. C'est la vitesse que je devrais tenir sur 80k valloné. C'est pas gagné..... Reste un mois pour m'améliorer. Je roule "bien" sur le plat ou je tourne 30km/h, mais le moindre faux plat un peu long ou un coup de vent mal plaçé et c'est la cata. Je manque de puissance sans doute. Victor Hugo XVI..... par l'AB invité le 03/05/08 à 135317 Nan, c'est pour Bures. Il est tenté mais reste à le persuader. Le vélo... ça doit être pas mal aussi. Mais bon, entre tout ce que je voudrais faire et le temps dont je dispose... 'reusement que j'ai encore quelques cellules d'imagination pour compenser. Alors, fait enfin beau chez toi aussi ? Pas trop de vent ? Victor Hugo XVI..... par l'AB invité le 04/05/08 à 155803 Hé ben. je reviens de ma sortie censée être de 3 h. La dernière, quinze jours avant Bures. Conclusion t'es sûr qu'on avait dit 2008 Miélou ? Nan pasque j'ai comme qui dirait une quasi-certitude de pas arriver au bout. Le rosé ? On y va pour pique-niquer ? Ah, ben je me disais aussi, bon puisque tu le prends comme ça, je m'incline, magnanime. Heu,... tu nous en voudras pas Linda ? Hein ? Victor Hugo XVI..... par invité le 04/05/08 à 181953 La course horaire est le seul format ou tu es sur d'arriver au bout. Bon. Pas forcement avec le kilometrage que tu attendais. Mais c'est un detail. Laisse le rosé au frais, il sera meilleur aprés la course. Victor Hugo XVI..... par Baghera invité le 05/05/08 à 085546 lundi z'etes cigale ou fourmi?? question existentielle de ce debut mai, en dehors des commemorations de circonstance FC, avant-apres; les bienfaits de la consoude mythe ou realité; 12h de Bure performance ou masochisme bref, le debat est 'open' tcho les maîens = les vivant de maiet maîennesespece protégée car rare Victor Hugo XVI..... par l'AB invité le 05/05/08 à 090552 Bonjour Baghee. Sans conteste possible tu restes la plus belle avec tes yeux méditerranée de mai. Comment vous va la vie ?pour paraphraser FC en ce jour de commémoration. Victor Hugo XVI..... par invité le 05/05/08 à 094754 Victor Hugo XVI..... par invité le 05/05/08 à 100448 B'jour à la fraction dur du post mythique de FC, canal historique, option 105%VMA. Le premier mai ça me fait fleurir la barbe. Quand on y pense le nombre de truc qu'on pourrait faire en douze heures. Tiens en passant, le champion de france est à plus de 251km en 24h cette année. Ca sonne pas comme un défi pour toi ça l'AB ? Toi et l'ric² mano à mano pour faire plus à deux en douze heures. Victor Hugo XVI..... par Baghera invité le 05/05/08 à 101129 il y a le mur/muraille - du son du con aussi - de Berlin kaput - de Chine future kaput - de l'âge >45ans, cqfd le mur du con - du labeur ceusses trop pressés, ceusses qui courent apres, specialistes du marathon en fractionné d'où la question faire le mur, oui ou non, le debat est openencoreau zinc de totor!saurez quoi faire aujourd'hui! Victor Hugo XVI..... par invité le 05/05/08 à 101554 y a les mûres aussi, excellent en confiture y a aussi l'émur du koweit sans l'hème hure relatif au globules ongulidés enfin je dis ça je dis rien Victor Hugo XVI..... par invité le 05/05/08 à 102621 si on commence par les ongulidés dés l'aube je ne répond plus de rien. Victor Hugo XVI..... par invité le 05/05/08 à 102752 j'ai bien connu un ongulidé bouffeur de Racine, quel anthropophage c'était ! Victor Hugo XVI..... par invité le 05/05/08 à 103958 jamais tourner le dos aux ongulidés, sinon faut pas s'etonner non plus aprés. Victor Hugo XVI..... par invité le 05/05/08 à 105147 tiens à propos d'anthropophage, ils sont où les ric² et les mielou ? c'est qu'on a un défi dans 3 semaines, j'ai fait trois courses en sept jours moi, faudrait pas que ce soit pour rien ! Victor Hugo XVI..... par Baghera invité le 05/05/08 à 111626 "bouffeur de Racine" pour ensuite bailler au Corneille auprès de La Fontaine, c'est un programme de mielou en mai,normal Victor Hugo XVI..... par Baghera invité le 05/05/08 à 114218 le milou en mai, il joue au pique au lit ou les pisse en lit par la racine du ric au carré = ??? Victor Hugo XVI..... par ric² invité le 05/05/08 à 115950 Bonjour les furtives, c’est quoi ce premier message, l’AB ? Y a eu Jenif’, maintenant Manu Clandestinou… On peut faire des propositions pour l’inspiration du prochain ? Annie Cordy ? Richard Lord ? Victor Hugo XVI..... par l'AB invité le 05/05/08 à 145409 Salut le R'congédié². C'était un clin d'oeil revendicatif en forme de manifeste. Tant que je ne relève pas la robe à l'appui, ça reste décent. Y cause plus le Miélou. Y court ? Victor Hugo XVI..... par Baghera invité le 05/05/08 à 145755 "le silence est d'or", et au prix de l'or, y en a qui capitalisent..je ne delationnerai pas! quant aux ecoles de pensee faudrait s'assurer d'abord de la presence d'un cerveau pour certains... Victor Hugo XVI..... par invité le 05/05/08 à 155735 A ce qu'il parait qu'il y aurait comme une vague de recrudescence de reprise du vandalisme anti banc public à vincennes. Un sombre individu avec une barre à mine qui s'amuserait à les dessouder le soir... En attendant le miélou, i passe la tete, i te balance une foto de lui en tete de course devant trois kenyans puis i se barre en laissant les deux tiers de la concurrence pleins de doutes au vu de la susdite foto. Bravo. Beau travail psychologique. i serait pas du genre qui joue au poker des fois ? Victor Hugo XVI..... par invité le 05/05/08 à 160304 dans mielou contraction de "mais il é où y a myéline qui dit myéline dit mets l'usine autrement dit taf et paf le chien Victor Hugo XVI..... par Baghera invité le 05/05/08 à 161008 le milou, encore un coup de bluff, vous croyez??hop, un coup de gourdin magique et il va repasser par là, à moins qu'il commemore tout mai! Victor Hugo XVI..... par ric² invité le 05/05/08 à 164543 Donc le Mielou on va le voir pour un 10 le 25 dans le 9-4 Mâ’ame Baghee vous en êtes ? L’AB, maintenant que la pression du douze à Burette sur Zyvette redescend, ça ne vous tente pas? On me signale que Choisy-Lee-Roy est une référence pour les truands En 1912, Jules Bonnot, assiégé par les forces de l’ordre dont un régiment de zouaves ! y rédigeât son testament avant que sa cachette ne fût dynamitée sous les ordres du préfet de police Louis Lépine. Antonio Ferrara, ma référence en matière de style de vie, a passé son adolescence à Choisy-le-Roi, il réside actuellement dans une commune du département voisin Fleury-Mérogis. Pour la bande son, nous ferons références aux compositeurs locaux, souvent des proches de la Mafia K’1 Fry notamment Intouchable et leur titre Les Vrais Escrots Sont En Costard »… Victor Hugo XVI..... par l'AB invité le 05/05/08 à 165705 C'est ç'lâ oui, maintenant que j'ai mis le pilote automatique sur du 11 km/h tu voudrais me faire courir un 10 ? Y aurait pas comme un accrot chez l'escroc ? Non merçi. D't'façons je fais plus aucune promesse avant le 18/05/08 minuit. On verra bien après si y a quéqchose à voir. Ben oui. Victor Hugo XVI..... par ric² invité le 05/05/08 à 173521 Ah, l’AB, merci pour le lien vers le magnifique poussman». Ca fait drôlement envie ce genre de poussette de jogging. D’après son témoignage c’est la joie et le bonheur pour toute la famille. Je me lance dans l’étude de marché et la préparation d’un argumentaire stratégique pour faire passer le projet auprès du conseil de famille. Minimum 400$ tout de même… Y a une version 5 en 1 poussette de ville, jogging, trekking, bicycloing, et, merveille, ski de fonding ultra pratique sous nos latitudes. Victor Hugo XVI..... par Baghera invité le 05/05/08 à 173759 svp, ne pas prendre un felin pour un capeur sauvage! je bosse sur le bitume les 18, 31 à viendre puis les 8, 15 et 22, et je devrais le 25, en prime, choisir le roi?? ne me prendriez point pour la reine...des galeriens?? ou j'adopte la methode 'lfonzique la compet devient entrainement et l'entrainement le repos! Victor Hugo XVI..... par invité le 06/05/08 à 094223 'lut les ouvriers de l'asphalte, du bit'hume dans le sens du vent, personne pour le trail de cerny dans le 9-1 ce jeudi course des sangliers, 21km, 500D ? Victor Hugo XVI..... par invité le 06/05/08 à 095102 Ce serait pas un truc pour les mikaku ça ? Victor Hugo XVI..... par Baghera invité le 06/05/08 à 095340 starQ, y a des Toutou qui aimeraient decouvrir de belles choses en dehors de toi les jours de non labeur plutot qu'humer la sueur et les ahannements...le guide Balado, la bible du non capeur! donnez le meilleur de vous même à Râ ce jour avec ste Prudence qui surveille! Victor Hugo XVI..... par ric² invité le 06/05/08 à 100554 Bonjour, je fais pas les trails, ça vezouille. Par contre, le tri, c’est tentant. C’est ton premier, le raztabouée ? Victor Hugo XVI..... par invité le 06/05/08 à 101613 baghé l'entrainement je laisse ça a ceusses qui doutent, la confrontation y a que ça de vrai. j'aime qu'on me morde l'oreille et les croche pattes, là ce sera dans la forêt, on pourra se finir à coups de racines à l'abri des yeux, hu hu hu RTB, allez tut' ramènes ? tu me dois un déplacement à nantes !!! Victor Hugo XVI..... par invité le 06/05/08 à 105229 Je ne pourrais pas y être L'Fonzouilly mais je te livre ici les secrets des grands maitres du Sanglier - Le courre exige un rembucher précis. La quête du valet de limier demande de l'expérience et de l'endurance examiner les boutis et les souillis; si le sanglier prend vent du trait, il videra sa bauge; - Donc travaille ton endurance et n'oublie pas ta loupe pour l'examen des souillis, hein. L'Ric² , ouich c'est mon prems, j'suis émue comme un jouvenceau qui croiserai M'Baghee au rembucher. J'ai des doutes qui m'assaille à chaque instant, une chose est sur la deadline est sévére pour les petits gros bas du mollet comme moi mais je viderai pas ma bauge pour rien au petit matin, si vois que je rame de trop en vélo, j'en descend et je le porte sur mon dos et pis voila hein. Victor Hugo XVI..... par ric² invité le 06/05/08 à 113106 Ah le vocabulaire de la vénerie, y a plein de pépites qui pourraient parfaitement s’adapter à l’univers du running… "Jean Valjean avait tout de suite quitté le boulevard et s'était engagé dans les rues, faisant le plus de lignes brisées qu'il pouvait, revenant quelquefois brusquement sur ses pas pour s'assurer qu'il n'était point suivi. Cette manœuvre est propre au cerf traqué .... C'est ce qu'en vénerie on appelle faux rembuchement » "Hugo, Misér., t. 1, 1862, p. 536. Un peu peur de dénoter dans l’exercice du tri. Crapoussin par rapport à ces éphèbes bien habillés, déjà que je me demande ce que je fous dans un départ de course à pied, ça me ferait tout drôle d’aligner mon vieux mi-course motosacoche à côté des machines en titane-carbone avec roulements en pur diamant. C’est comme le départ en natation. Face aux combinaisons tri-fonctions, mon slip en tricot avec ses pompons sur le côté va encore faire jaser. Victor Hugo XVI..... par Baghera invité le 06/05/08 à 113232 la premiere fois, j'aimerais qu'il fasse la premiere fois, car voyez vous je n'ose pas...triathlonner z'avec RTB, mais ptet le rembucher.. Victor Hugo XVI..... par Baghera invité le 06/05/08 à 113717 et le regard des autres on s'en tape! Victor Hugo XVI..... par invité le 06/05/08 à 115726 Tu dit ça passque t'as pas un vieux biclou beugné avec les vitesses au cadre, des cales pieds plutot que des pedales auto et du jeu dans la roue arriére. Au club ils m'ont demandé de participer en anonyme les salauds. Depuis je doute. Victor Hugo XVI..... par Baghera invité le 06/05/08 à 121059 la force d'une chaine repose sur son maillon faible, da! confucius Bagh, et le ridicule n'a jamais tué person, reda! Victor Hugo XVI..... par ric² invité le 06/05/08 à 121556 Ma chaîne est pleine de cambouis, c’est pas pro. Et pour le coup du ridicule de tue pas », il paraît qu’en tri, les requins attaquent d’abord le petit gros boudiné dans son maillot en laine qui barbotte derrière la meute en Speedo… Victor Hugo XVI..... par invité le 06/05/08 à 130027 Toujours nager avec son dauphin garde du corp. Ou alors avec une morue en leste. Victor Hugo XVI..... par invité le 06/05/08 à 141451 Et millau ? Victor Hugo XVI..... par mielou membre le 06/05/08 à 152811 le mois de mai à toujours eu cet effet des mèches rebelles et des promesses que l'on sèment au vent pas de circonstances atténuantes il me restera bien une petite bagarre du coté de Choisy l'heure ne sera jamais grave chez victor sauf pour ceux qui se marient mais ça, c'est déjà plus notre histoire... Victoriens, victoriennes comme d'hab' je pars courir sur d'autres chemins Victor Hugo XVI..... par ric² invité le 06/05/08 à 154023 Quelques éléments de lexique de la runnerie largement inspiré du lexique de vénerie ABATIS. - Les professionnels de la profession de la course se reconnaissent aux abatis que ces jeunes impétrants laissent en courant un marathon, un semi voir même un dix. Souvent constitués de gels inutilisés, de peaux de banane, de fiole de potion magique. On dit plus communément un coup de fouet perdu, 10 secondes de foutues ». ABOYER. - Les runneurs aboient au chenil, ils aboient entre camarades à l’entraînement. A la course les runneurs n'aboient pas, ils crient. Lorsqu'une runneuse évente un runneur, il aboie. Le vieux runneur aboie rarement, par contre la vieille runneuse accompagne la fuite du temps et ses irréparables outrages par un hoquet sourd. ACCOUER la première féminine - La suivre de près pour bénéficier de la couverture médiatique et des applaudissements. ACCOUPLE. - Ce terme est synonyme de couple. Attache symbolique faite pour faire une course à deux dans un rapport dominant-dominé. AFFOUCHER s'. -Vieux terme. Les bêtes de course membres d’un même clüb s'affouchent, c'est-à-dire s'assemblent avec le même singlet pour aller en compagnie faire les cadors. ALITER. - Mielou ne se couche pas mais s'alite. ALLAITES. - Tétines du Runneur. Je me suis tout râpé les allaites, j’avais oublié mes sparadraps ». ALLER. - Un runneur ne court pas, il va. Tout animal de course avec le singlet du clüb qui va le pas posément sans s’inquiéter, va d'assurance. En cross, les entraîneurs sur le bord du parcours qui sont avec les animaux de course et jugent que leur animal prend de l'avance l’appuie en ces termes "S'en va ! Mes beaux ah ! S'en va !". Aller au bois signifie aller de grand matin faire le pied avec son short se méfier des bancs. Aller au vent coureur qui va le nez haut parce que le vent lui apporte l'odeur d’autres coureurs à la même hygiène de vie. ALLONGER. - Le runneur est allongé, qui par suite d'un effort pour finir un cinquième 400 d’une série de 8 dans le temps qui est écrit sur son plan d’entraînement de JI, s'est distendu le psoas, explosé les ischios, pété la rotule et rompu le tendon d’Achille. ANIMAL. - Ou animal de course, seule expression valable ; Ne jamais dire la bête. ARANTELLES. - Fils de la Vierge déposés par le vent et s'entrecroisant dans les cavités creusées par les pieds des grands animaux de course uniquement chaussés de Brooks. ARMURE. - C'est le morceau de tissus 200% polyaplouc extrêmement aérée grâce aux multiples troutrous et richement décoré aux armes d’un clüb que les animaux de course portent en guise de t-shirt. BÊTES. - En langage de runnerie, on doit éviter d'employer le mot bête et le remplacer par animal. Néanmoins on dit Bête de compagnie runneur qui ne peut pas faire une course seul et bête carnassière Mielou. Bêtes fauves Baghee. Bêtes noires Rasmumu pleins de Becquots, mon grand fou!. Bête rousse porteur de t-shirt orange. Bêtes menues IMC hors la loi exemple l’AB. Bêtes mordantes sangliers, renards, Sergueï-du-9-2. Bêtes puantes 76% des gars du sas élite » du MdP. CHENIL. - Sas de départ "élite" des courses de masse. Souvent moins bien tenu que le logement des chiens courants. Victor Hugo XVI..... par invité le 06/05/08 à 154808 C'est plus enrichissant que le petit robert. Victor Hugo XVI..... par TATAL LINDA invité le 06/05/08 à 155717 Bonjour, Ha ha, à j-12 du douze en question, y'en a déjà qui baissent la garde!!!! ça me rappelle les gouters où j'ivitais 15 personnes, et, où seulement au final 5 venaient!!!!Depuis, je ne fais plus de gouter et je suis plus mince!! Suis partie gambader 4 jours en bretagne, avec ses belles côtes et ses vaches.. -Une belle sortie de 2h45 avec au moins 6 côtes de 2km chacune à un ritme "artrhose" de 8km/h merci Danl60 -Une sortie de 1h45 avec accélérations dans les côtes - Une autre de 1h30 avec des ritme. Je pense que mes jambes sont prètes pour le douze!! Ai-je toujours des copain pour le gouter du douze?? Bises douze à tous.. Lin-12 Victor Hugo XVI..... par invité le 06/05/08 à 160327 "A Bures Point de Lapin Tu Ne Poseras, Ou Sur Un 24h Tu En Répondra." C'etait en substance la malédiction lançée par FCmus Maximus lors qu'ayant vaincu l'Yvette elle s'enroula dans sa peau de betes dans l'attente du prochain défis. Aprés hein.... si y en a qui veulent prendre des risques avec les maledictions.... On n'est pas forcé d'etre superstitieux.... On naka s'assoir là sur ce banc à l'ombre et voir ce qui arrivera.... Victor Hugo XVI..... par ric² invité le 06/05/08 à 162014 Le 18 dans le 9-1 pour les 12. C’est numér-noté. Y a quoi au ravito ? Des ½ ? Des 16 ? De la 8-6 ? De la 33 ? Du 51 ? Nan, parce que si il fait ce temps là, ça va être chaud sous les maillots. Victor Hugo XVI..... par Baghera invité le 06/05/08 à 180117 et mijoter dans les coins!je parle même pas des antres!!le 18 moi je clame mon art et m'arracherai deux cotes qui tuent; viendrai ptet apres voir les burins ce sera ma supportattitude! Victor Hugo XVI..... par invité le 07/05/08 à 082947 au boulot.... faut pas mollir.... plus que 11 jours maintenant.... quelqu'un a des infos pour la meteo du 18 ? hein ? non ? Victor Hugo XVI..... par l'AB invité le 07/05/08 à 084903 Demande plutôt la métébas du 25/05. Moi, je dis rouge saignant. Ric² tu arrêtes la cantoche et tu te nourris à partir d'aujourd'hui exclusivement de jus de bouleau concassé. Impératif. C'est tes temps sur 10 qu'il faut regarder, pas sur semi. Qui récoltera la haine ? Bien la bonne journée. Victor Hugo XVI..... par l'AB invité le 07/05/08 à 085451 J'avais pas vu hier qu'une percussion m'avait percuté. Tu t'es acheté une wii Ric² ? Pour préparer Choisy ? Victor Hugo XVI..... par Baghera invité le 07/05/08 à 090117 26° à l'ombre des cocotiers ce jour, n'oubliez pas le sombrero, la cervelle fondue ne peut s'apprecier que sur la tartine! Victor Hugo XVI..... par l'AB invité le 07/05/08 à 090557 M'en fous, j'aurai deux lacs d'eau bleue à peine troublée par le soleil pour me rafraichir à 12 h. Victor Hugo XVI..... par Baghera invité le 07/05/08 à 091245 attention à l'eau qui dort...prends ta bouée! Victor Hugo XVI..... par l'AB invité le 07/05/08 à 091921 Pas la peine. J'ai déjà deux poignées d'amour qui débordent mes 61 kilos ça c'est pour le Ric². Victor Hugo XVI..... par invité le 07/05/08 à 093924 61 kilos.... avec ce poids là je pourrais songer à devenir un grimpeur m'as t'on dit recemment. Un jour j'ai pesé 61kg. Je devais etre minime au judo je pense. Victor Hugo XVI..... par Baghera invité le 07/05/08 à 100235 "on a toujours besoin d'un petit poids chez soi" 49,5kg! Victor Hugo XVI..... par ric² invité le 07/05/08 à 104128 Hello les factieuses de l’IMC, bonjour les agents provocateurs des adipeux que nous sommes. Finalement je passe à la technique du Drago pour la préparation Choisython. Investissements sans plafond dans du matos high-tech, Wii Fit, tapis de course Alter G, chambre hypoxique coach Cricri Carmichael aux commandes, nutritionniste australienne dans la cuisine. Pendant que certains vont se repaître de plat du jour à base de saucisse de Morteau dans des salons cossus, sous les ors de la République, j’enquillerai les séries de 1000 avec récup’ pincées Victor Hugo XVI..... par l'AB invité le 07/05/08 à 111238 C'est bien. Et n'oublie pas de retirer 3 voire 4 secondes sur tes séries de 1000. Et pis oublie les récup'. Pour un 10, ça sert à rien. Et prends l'extincteur qu'est dans le hall de tes bureaux derniers cris en passant pour aller courir. Ca sera d'autant moins de poids à Choisy et ça peut servir pour les Brooks série Burn 3. Victor Hugo XVI..... par l'AB invité le 07/05/08 à 144250 Alors ces séries ? Tu mets la pression sur le Miélou ? Victor Hugo XVI..... par ric² invité le 07/05/08 à 145338 A ce stade de la préparation et à J-18 du RDV, j’adopterai la même tactique que Blondin-El Fonz le silence. Y a juste les séances des prochains jours qui m’inquiètent un tantinet. Du frac’ mille feuilles de foie gras poêlé et Saint Jacques. Du seuil plateau de fruits de mer. Du long côte de bœuf et sa moelle… Victor Hugo XVI..... par l'AB invité le 07/05/08 à 145951 Mmmmhhhhh, que du bon !... T'as du souffrir sur tes séries avec la chaleur. Avec une bière à 26°, faut ventiler tout l'après-midi après au bureau. Ou bien mettre la clim à donf si c'est pas une GTC à la Brazil, et accrocher la pancarte à la porte du bureau "silence. Ne pas déranger. Think tank." Victor Hugo XVI..... par ric² invité le 07/05/08 à 151109 J’ai fait mon échauffement à la cité U avant de travailler le palpitant sur piste idéalement située à 20 m du périph’ pour une qualité d’oxygène optimale. Lors de mon trottinage entre ces magnifiques bâtiments de différentes nations le Mexique, la Suisse, les pays scandinaves…, j’ai croisé une marcheuse athlétique de toute beauté, une liane ondulante… Victor Hugo XVI..... par Baghera invité le 08/05/08 à 095011 bon, à la st Désiré, on fait quoi? on lève le pied, le coude??on lezarde, galope? Victor Hugo XVI..... par l'AB invité le 09/05/08 à 095430 Tu n'as pas fait une Foly j'espère le Ric², les ondes de chaleur peuvent provoquer des hallu. Les cachets aussi... Qui est de quart aujourd'hui sur le pont ? Je vous préviens qu'un demi s'impose tant je suis entier. Victor Hugo XVI..... par invité le 09/05/08 à 100335 Deux demis pour un entier alors . Et un diabolo menthe sans sucre pour moi. raztab objectif 61kg en dehors des heures de repas. Victor Hugo XVI..... par l'AB invité le 09/05/08 à 100821 Fait déjà chaud à avoir soif ici. Merçi. Si on me prête une balance juste après Bures je vérifierai in situ et vivo que le mythe cap et perte de poids voire silhouette à la sculpture idéale n'est pas une légende. M'enfin, pour citer mon aîné, je dis ça et je dis rien. Victor Hugo XVI..... par invité le 09/05/08 à 102319 Amene la sur place tu pourrais faire une etude interressante avec prises de mesures toutes les 30' et traçés de courbes rigolotes poids/conso de liquidides/mesure du pli cutané au pied à coulisse. Tu accepterai d'etre biopsé toutes les heures et de répondre à des QCM tordus pour mesurer ta lucidité ? Pour faire avancer la science ? Victor Hugo XVI..... par invité le 09/05/08 à 102607 Y a aussi le test des blagues mickey-parade Quand tu commences à les trouver droles c'est qu'il est temps de prendre une pause. Quand tu les comprends plus c'est trop tard. C'est tout un metier l'ultrafond. Victor Hugo XVI..... par invité le 09/05/08 à 104843 Tiens , si tu sait pas quoi faire, un cr d'une pointure des grands fonds Elle a un record à 236km sur 24h, je crois que c'est le record de france d'ailleurs. Victor Hugo XVI..... par invité le 09/05/08 à 110646 ben moi je suis au pieu avec la baghé elle ronfle comme une cheminée, j'ai une main dans le slip et l'autre sur la télécommande et je rêve devant le téléachat et leur balai vapeur hier on a fait neuf semaines et demi avec des sushi et du lait de soja sur la table en formica, après on l'a joué l'empire d'essence sur mon canap' en alcantara, elle y va au sans plomb la panthère, un moulin bien réglé je vous dis que ça ce matin elle a du mal, c'est plutôt du 37-2 de tension en mm de Hg pour les experts, ou en torricelli pour les pointilleux je vous sal' hu hu hu Victor Hugo XVI..... par invité le 09/05/08 à 124924 gratte lui le poil dans le sens du vent pour la reveiller en douceur, va pas risquer un coup de griffes. dites voir, y a pas que chez moi qu'il fait un temps à se pendre quand même ? Victor Hugo XVI..... par invité le 09/05/08 à 130757 fait plutôt beau et chaud ici, suis en sueur dans le bureau ! heureusement j'ai mes tongues habillées ... pourquoi qu'est ce qui arrive à l'ouest ? Victor Hugo XVI..... par invité le 09/05/08 à 134507 On dirait la fin du monde ! D'un instant à l'autre je m'attend a voir Moïse briser les tables en faisant pêter une malediction pharaonique. C'est simple on marche la tete baissée pour éviter les nuages. T'es en forme ? Comment que tu leur as mis la pression aux hugoliens le miélou c'est mis au vert pour faire du jus jusqu'a choizy lee roy et l'ric² se lance dans la haute techno que même super jaimie lui fait de l'oeil maintenant. Ta réputation fait mâle. Lache pas l'affaire hein ! Victor Hugo XVI..... par invité le 09/05/08 à 135434 ah ouais vous allez garder toute cette masse nuageuse enfin si ça dérange pas bien çûr j'ai trouvé un chemin pour y aller ça fait pas rêver pour un dimanche matin ! pourquoi tu m'as inscrit là RTB, salop ! le peuple aura ta peau. on peut pas régler ça au bois de boulogne le 18 plutôt ? RER C Choisy le roi, Tu prends la sortie côté Seine pour traverser la Seine. Tu descends du pont, tu auras une picine à ta droite, tu traverses l'venue Villeneuve- st- georges, tu continues toujours tout droit. Tu es sur l'avenue Victor Hugo nationale 186. Tu passes devant un franprix. Tu traverses les rues - Chevreul - Pasteur - Mirabeau - de la Paix - Alsace Lorraine - Noël Tu tournes dans la rue Pompadour, tu vas toujours tout droit, tu traverses une rue, tu continues... l'entrée du stade est sur le trottoir de gauche à 100 m du carrefour. Compte bien 15 bonnes minutes à partir de la gare. Victor Hugo XVI..... par invité le 09/05/08 à 140208 15' c'est juste ce qu'il faut t'echauffer. Bon si c'est trop galére c'est pas grave. Tu claques juste un 36'76" sur les premiers 10 de ton prochain semi pour montrer qui c'est le boss et hop. On fait valider le chrono officiellement par une M'Baghee et deux ou trois arbitres FFA judicieusement plaçés et le tour est joué. Et puis c'est sympa pour les autres, si t'es pas là ils auront moins la pression. Je les sentais tendues comme des strings, proches de la rupture là. Victor Hugo XVI..... par invité le 09/05/08 à 140359 autrement en passant au franprix tu prendras du paté tête et des tripes farçies pour un petit en-cas d'aprés course Victor Hugo XVI..... par invité le 09/05/08 à 140955 à propos de mangeaille, tu sais qu'on a trouvé du pâté de ragondin en loire atlantique ? faudra qu'on se déguste ça un de cas 4 quand tu repasseras dans la région ! l'étiquette est fort sympathique, le ragondin a l'air heureux, il n'a pas du souffrir enfin c'est ce qu'on veut nous faire croire Victor Hugo XVI..... par invité le 09/05/08 à 141719 S'il souriait c'est qu'il s'est fait chopper par une porsche. Il a pas eu le temps de voir venir le coup. Le dimanche avec les z'enfants quand il fait beau on va sur les bords des petites routes avec une petite raclette et un seau cueillirs quelques ragondins frais. Victor Hugo XVI..... par invité le 09/05/08 à 143900 Et le dimanche 1er Juin ? Y a pas une coursinette à Paname ? Victor Hugo XVI..... par invité le 09/05/08 à 145436 des fois y a des hérissons collés au ragondins sur l'asphalte, ça fait bizarre quand tu les décolles, faut pas oublier de retirer les piquants pour faire du bon pâté ! avec quelques feuilles de menthe c'est un régal quelle course le 1er à paris ? pas trouvé Victor Hugo XVI..... par l'AB invité le 09/05/08 à 151542 Salut les meufs ! Comme y faisait beau j'suis allé me promener dans Panam pendant la pause méridienne. Vu ça Réellement impressionnant. Comment ? Z'êtes provinciaux ? Ah bé, faut bien avoir quelques avantages de c'temps-là, hein. Surtout que la tongue vernie, pffff.... Victor Hugo XVI..... par invité le 09/05/08 à 152327 Tu crois que ses oeuvres sont compensés carbone ? Victor Hugo XVI..... par invité le 09/05/08 à 152803 L'Fonzouilly, ma question etait une question en forme de question. Pour savoir si par hasard eventuellement le dimanche matin à 9h j'etais à Paris, suite à un concours de circonstance improbable mais-la vie-nous-reserve-tant-de-surprises-n'est-ce-pas, ou est ce que je pourrais aller pourrir du parisien. J'ai zyeuté sur le bipede point com pas trouvé grand chose non plus. Victor Hugo XVI..... par l'AB invité le 09/05/08 à 152828 Faut demander au Pape de la chimie. P't'être que si tu hydrate l'oeuvre, ça produit de l'hydrate de carbone. C'est bien un matériau de récupération, non ? Victor Hugo XVI..... par l'AB invité le 09/05/08 à 153250 Tu veux directement l'adresse de son domicile ? C'est pas compliqué tu prends ~~&$¤ puis tu tournes xwc§! et enfin tu débarques à ²*%ù mais pas avant 9 heures, c'est pas poli. Sinon tu vas sur c'est aussi bien. Victor Hugo XVI..... par invité le 09/05/08 à 154742 et je lui amene une barre de choco ? Victor Hugo XVI..... par l'AB invité le 09/05/08 à 160208 Une plaque sans sucre. Il nous l'a baillonnée la Baghee ?... en plus de l'avoir attachée ?... au fond du fond de la crypte à vin ?... Victor Hugo XVI..... par invité le 09/05/08 à 161320 ah faut qu'on trouve quelquechose pour le 1er juin alors, je vais investiguer plus a posteriori, enfin ne varietur et ad extenso cherchez pas la panthère elle est dans la cuisine, elle fait la vaisselle et après elle me fera à manger, ensuite elle sortira le clebs et s'occupera de faire grimper ma tension caverneuse corpus. et ouais les gas ça se domestique les félins ! Victor Hugo XVI..... par invité le 09/05/08 à 162342 impressionnant le dressage. Ca doit bouffer son poids de steak cru une bestiole pareille, faut un budget quand même. Pour les courses j'ai rien vu. Le 1er juin, il ne se passe rien. C'est p'tet une sorte de tradition. Ou alors faudrait s'exiler dans le 91 pour un 18k ou dans les trefonds du 78. Je vais deja attendre de savoir si j'y suis le jour j ou pas. Victor Hugo XVI..... par Mika B membre le 10/05/08 à 084633 Salut les piliers et piliéreBaghée......le rad'eau est entrain de couler, vous étes en 2éme classe en ce moment la classe des cancres. L'AB, tu te ballade en Panam?compagnie d'aviation,tu serais pas le cousin de Roc-fait-l'air? Elfonz, il préfére la compagnie de Baghée pour s'envoyer en l'air et ric ont Choisy un air pur et sain...Ah! les chastes! Le Miélou en parlant d'air, il parait qu'il s'est dégonflé, une peur de se retrouver seul avec Yvette pendant 12h. tu aurais pu t'entretenirou l'inverse avec Lindouze..Bon daccord, elle a le coup facile...Heu! coup de poing... Un bon week-end à vous toustes.....................Mika Victor Hugo XVI..... par l'AB invité le 10/05/08 à 095739 1er juin... tu dois repartir tôt Raz' ? Sinan, y a M'Baghee qu'aimerait bien nous emmener sur ses 25 bosses un d'ces jours. Parait que le Ric² est tellement motivé qu'y mettrait sa datcha à disposition des blessés graves, des femmes et des enfants d'abord. Nous on était bien partant, mais la Baghee, à deux, .... , pffff, ça risque de pas être suffisant tu vois. Alors qu'à quatre minimum hein, au fond des bois, ça pourrait l'faire. J'ai un pote, qui s'appelle Sly, qu'est prêt à préparer le terrain. Alors ? Victor Hugo XVI..... par l'AB invité le 10/05/08 à 110529 Tiens MikaB, un souvenir "A bu ma bière Dans un grand verre En caoutchouc Hou ! Hou ! Hou ! Hou ! Comme un indien dans son igloo..." Ca court ? Victor Hugo XVI..... par serge92 membre le 10/05/08 à 162400 Le Fonz il préfère Rach 'aile pour se tirer....laissz-moi Baghé et pas au doigt..... Victor Hugo XVI..... par invité le 10/05/08 à 234256 yes Victor Hugo XVI..... par Mika B membre le 10/05/08 à 235458 Resalut....Punaise! le post n'a pas évolué, c'est normal, j'étais pas là...... Je rentre à l'instant de ma cap..... 11,200km, 1hO6mn.... mais punaise, ensuite les leffes ont défilées, normal avec la chaleur.... et demain toujours la féte des méres! est toujours rien! pas de cadeau! enfin, suis je suis là c'est déjà un cadeau......heu! j'espére.........bonne nuit Mika. Victor Hugo XVI..... par l'AB invité le 11/05/08 à 112749 C'est la fête des mères ?? Belges ? Maires ? Misera ? Victor Hugo XVI..... par invité le 11/05/08 à 223920 naaan 25bobosses ça en fait 24 de trop pour habituer des marais comme moi. et puis surtout j'aurais juste un créneau aux heures creuses, mais pas indécentes, du dimanches matin . Juste le temps pour un 10k urbain avant d'aller bizouquer la famille. Victor Hugo XVI..... par l'AB invité le 12/05/08 à 165342 Ah, ok, Raz'. Dommage. T'as des problèmes avec mister Hyde, Miélou ? Victor Hugo XVI..... par mielou membre le 12/05/08 à 183851 bonjour bande de vacanciers des mots pour l'AB, aucun problème, c'est compulsif difficile à expliquer, le soleil sans doute... Victor Hugo XVI..... par l'AB invité le 13/05/08 à 100812 Yeap ! Z'avez vu le temps pour dimanche ? Dire que je suis allé jusqu'à m'enduire d'huile de chamelle pour être au top du top à Bures, et m'tenant, faut que j'chausse les palmes à ma grenouille. Pfff... Souvent cap varie, bien fol qui s'y fie. Victor Hugo XVI..... par Baghera invité le 13/05/08 à 100915 etre et paraitre enfin confondus je ressemble à la fille du sud que i am! hâlée, dorée, même les croissants en degoulinent leur beurre!dernier jour de Râ, depechez vous!sinon, le 31/05 à 20h, avec moa, viendez caper à Robinson le plessis92; je confirme nada le dim 1/06 hormis un 15k ds le 7-8! Victor Hugo XVI..... par invité le 13/05/08 à 101127 dimanche ? dimanche ? lequel de dimanche ? ca fait deux semaines que c'est dimanche tous les jours ici ! Victor Hugo XVI..... par l'AB invité le 13/05/08 à 101601 J'ai toujours pensé que travailler à la Rochelle c'était une faute de français. T'as les marques du shorty Bagh' ? Victor Hugo XVI..... par ric² invité le 13/05/08 à 102038 Hello les planeurs. Le 1er juin à l’évocation de cette date, nous entendons chanter Peter Raztontosh Legalize It ! », il y a un 15 à Villepinte dans le 93. Un 15, c’est cool, ça se fait dans l’heure. Victor Hugo XVI..... par invité le 13/05/08 à 102720 Salut à vous les burgondais et daises ! le 1er juin, il y a le 15 d'orgerus, champêtre à souhait, villepinte connais pas ! quelqu'un connait l'endroit du 12h de bures ? je sais aller à bures en tant que régional de l'étape mais après ? merçi ! Victor Hugo XVI..... par Baghera invité le 13/05/08 à 102935 "travailler à la Rochelle c'était une faute de français" ou un homme de bon goût?? shorty?? pfff! du doré uniforme à l'avant et la juste marque stringale arriere je precise, pour reveiller les dormeurs...RTB, le samedi 31/05 et le dim 1/06 putain cong!!le 18 je clamartise avec des cotes, des vraies, des pures, des dures! Victor Hugo XVI..... par l'AB invité le 13/05/08 à 104647 Suis ta pente naturelle ElFonz', et tu arriveras au bassin de retenue. M'Bagh', j'ai cru lire plus haut hé oui, faut toujours lever les yeux au ciel que le grand Serge du avait déjà posé une option ferme. Pas bien de bloquer les enchères. Etre inflationniste ou ne pas être gonflant, telle est la posture du syndrome de Sarko. Victor Hugo XVI..... par mielou membre le 13/05/08 à 104849 info en direct live la piste du stade de maisalf est chaude bouillante, je répète, la piste du stade de... sinon ? j'ai un post pour ric fois ric à écrire de suite, pffff ! une histoire d'entrainement, encore ! étonnant... la griffue au plessis ? mon fief de quand j'étais jeune et rapide ? mielou ex du prac Victor Hugo XVI..... par baghera invité le 13/05/08 à 105942 ah si tous les "ex" de qqch voulaient bien lever un orteil d'honneur!sire loup,il faut bien que le post ex'ulte, le blog est chaud bouillant, je repete, le blog est...moi, j'espere bientôt etre une future ex! Victor Hugo XVI..... par invité le 13/05/08 à 110613 ça y est c'est repéré l'AB, à l'ouest du campus ! rue de la prairie qu'ils disent Vous y attaquerez de bonne heure comme Tata L, ou vous viendrez plus tard ? Victor Hugo XVI..... par ric² invité le 13/05/08 à 111202 Villepinte ? Je crois que c’est une ville nouvelle, baptisée du nom de son créateur, un ancien premier ministre marathonien. Victor Hugo XVI..... par mielou membre le 13/05/08 à 113510 au lieu de brooker, va lire mon petit message à ton attention et surtout ne vois pas de cause à effet dans le dessin c'est involontaire... Victor Hugo XVI..... par l'AB invité le 13/05/08 à 115116 J'vais tenter la fraîche, si les poils sont pas trop hérissés. Dans mon pays de moussu, on dit aussi "tout c'qu'est couru n'est pus à moudre." Ben alors. Moi j'dis. Et j'approuve du chef. Victor Hugo XVI..... par invité le 13/05/08 à 130716 Y a aussi un 10 à villenes sur seine ou un truc du genre. Orgerus ça a l'air sympas. En plus, facile, c'est desservis par un car qui part de la gare de Neauphle-le-vieux-la-chapelle-sous-bois, tous les mardis des semaines paires à 15h47. Les semaines impaires voir avec le tracteur du vieux marcel de la ferme des "Hauts de Neauphle", il a un pack fromage de chevres+transport orgerus à un bon prix pour les coureurs. J'ai les guibolles qui ont pris 5,2kg chacune. Tout dans les cuisses. La faute au vélo. Ca fait bizarre quand j'essaie de courir. C'est comme si j'avais qu'une seule vitesse, pas d'accélération possible et l'inertie m'impose une vitesse minimale. Finalement je vais peut etre arreter tous ces sports à la con et m'orienter vers la gymnastique accrobatique. Pour retrouver un peu de légéreté. En plus ils ont des tenues hyper sexy. Je ferais des 10kms en flip-flap ou en faisant la roue hop hop hop et hop hop, scuzez, pardon, hop hop hop... Et à la fin un petit salto et reception bras ouvert face au speaker ta-tiiiiiin ! . Victor Hugo XVI..... par invité le 13/05/08 à 131210 L'AB, prévoit de la marge pour te rendre à Bures, apparement il y a comme une sorte de CO non officiel et sans balisage pour trouver la ligne de départ. Victor Hugo XVI..... par l'AB invité le 13/05/08 à 133632 C'est comment chez toi la terrasse de café en c'moment ? Ici c'est mini la mini, longue la longue épilée et bronzée, transparente froufroutante galbante et string apparent sur tatouage à l'eau de rose, regards nonchalants sur le mâle opportuniste, mais aucune âme solitaire. Qu'elles soient à deux, à trois ou plus si affinités, les conversations se font toutes avec un portable boucle d'oreilles, noeud de cheveux ou imitation sonotone pour les plus de quarante décibels. 'reusement que j'ai mes donuts en chocolat fondant pour me lécher les doigts. Victor Hugo XVI..... par invité le 13/05/08 à 135951 bon je vois que le RTB est d'humeur badine voire loup phoque aujourd'hui, tel un moulpe on pourrait le contracter en louque ou en phoup ? toujours est il qu'orgerus c'est sur la n12, assez facile d'accès en voiture, sortir à "la queue", je sais je sais, n'en rajoutez pas ! Victor Hugo XVI..... par invité le 13/05/08 à 143934 Pas mal les terrasses on devine parfois un bout de tissus autour du string. Ces grosses chaleurs moites qui vous mettent les sens à fleur de peau avec orage libérateur en fin de journée ça vous remue la touriste de l'interieur et ça s'voit à l'exterieur j'vous dit qu'ça. Victor Hugo XVI..... par ric² invité le 13/05/08 à 152802 Vilaine sur Seine, rien que le nom, ça s’annonce mal. Sinon, y a un 10 à Noisy-le-Sec célèbre pour son église construite sur les restes de l’AB-le-Sec, un saint homme à l’IMC Il y a des survivants ? Victor Hugo XVI..... par invité le 15/05/08 à 130821 Coté nutrition sur le 12h l'objectif est de maintenir des reserves de glyco jusqu'a la derniére minute. Les conseils les plus high tech dans ce domaine en provenance d'australie préconisent pour favoriser le stockage deux gros sprints de 2' apres 20' de footing avant ingestion de doses massives d'hydrates de carbones. Sachant que le coureur de fond s'alimente en moyenne toutes les 30' l'ami l'ab devra adopter la stratégie de course suivante 24 x - 5'30" allure 12h à 11km/h soit 1km + - 20' allure footing à 12km/h soit 4km + - 2' sprint à 20km/h soit 666m + - 30" marche à 6km/h soit 50m + - 2' sprint 20km/h soit 666m + - Ingestion de 5 gel coup de pompes au derche et 1/2 litres d'hydracarboplus Compte tenu des delais un peu juste, le ravitos se fera à la volée pendant les 5'30" d'allure 12h. Resultat prévisionnel 153km. Un peu plus s'il a le vent dans le dos. Je me demande quand même si la marche ne devrait pas etre remplaçée par de la récup active. Victor Hugo XVI..... par l'AB invité le 15/05/08 à 142622 Ca tombe bien TheCoachaStarisborn, je viens justement de m'enquiller une pâtisserie, dont j'ai senti la crème dégouliner jusque dans la moindre cellule des muscles atrophiés de ma sangle abdominale. 'tin, que c'était bon ! Le tout sous l'oeil affolé des miches de ma boulangère qui fait restauration assise à l'occasion, qui en frémissaient de désir. Allez, demain est un autre jour, je pèserai mon âme. Victor Hugo XVI..... par ric² invité le 15/05/08 à 143800 Nan, Baghee, je tiens à te rassurer, c’est juste un échauffement pour le deca Iron le ArchToArc, 4 gars l’ont fini, 1 autre a été arrêté par un porte container sur un refus de priorité dans la traversée du Channel. L'épreuve est qualificative pour le deca Iron Faut juste que j’apprenne à nager et que j’achète des boyaux courses pour mon tricycle. Suis comme l’AB, quand on peut faire plus, faut faire plus, style Ou une pyramide 1000/2000/3000/2000/1000 » ! Ca c’est de l’entraînement qui n’en veut. Le plan de marche concocté par Raztoncoach pour l’ABurette semble idéal. Comme il le suggère, faut pincer les récup’ et il peut atteindre la distance mythique des km, finger in the thong. Victor Hugo XVI..... par mielou membre le 15/05/08 à 173825 juste de passage éclair aux survivants victoriens 5x200 en 40" recup 1' suivi d'un 5000 en 17'30" juste en passant, pour ric² sourire Victor Hugo XVI..... par invité le 15/05/08 à 231431 bon les 200 c'etait l'echauffement on va dire. mais alors le 5000 en 17'30, là.... ....................... y a des témoins ? ha. non, non, je demande ça comme ça.... des fotos peut etre? non plus ? ha. bon, bon, ... Victor Hugo XVI..... par Baghera invité le 15/05/08 à 231926 pervers!ricotte, te laisse pas destabiliser, aujourd'hui le gendarme est un peu echauffé par les grevistes! Victor Hugo XVI..... par invité le 16/05/08 à 100606 Yo ! Sortie longue hier soir aprés avoir récupéré La Bete qu'était en révision 80k en 2h53 hier. 27,5km/h. Objectif 27km/h, donc c'est pas mal. Mais kesse ke je suis gros et faible face au vent. Y a un truc qui couinent à chaque tour de pédale. Les freins sont bizarres. La roue arriére a du mou et chasse dans les virages. La roue avant est un peu voilée. Le dérailleur avant est rouillé. D4thlon propose d'envoyer mon terrible engin à la casse. Les salauds ! Tant qu'il me portera a un rythme qui puisse me faire passer la barriére horaire de sireuil je le garderai avec moi ! Nanmého ! En ravito je reste sur un protocol trés scientifique. 3 ou 4 ou 5 ? petite cuilliére de sirop de riz dans la poche a eau de 2L + ponctuellement de longs psssshhhhhiiitts de Suc de Pomme 6kg de pommes bio pour 500g de bonheur sucré. J'ai pas vomi à l'arrivée, j'avais juste un petit creux. Reste plus qu'a caser 3k de nage en moins d'une heure avant et 20k de cap aprés.... -0 Victor Hugo XVI..... par invité le 16/05/08 à 101648 27 km/h sur 3 heures, ben mon cochon t'as la bonne forme, parce qu'avec du vent etc et en solo c'est 'crément dur le 2 roues, il rigole pas le RTB ! 3km en moins d'une heure c'est 'crément fort aussi ça ! vu la baghera hier, toute rose, de là à ce que l'appellation devienne panthère rose il n'y a qu'une patte Victor Hugo XVI..... par invité le 16/05/08 à 105715 Pas fou, je suis pas resté face au vent tout le temps hého ! Pour les 3k y aura triche, c'est dans le sens du courant ;. et pis y sont pas encore fait. faut que je gagne un gros demi kil par heure pour avoir une bonne chance de passer la barriere horaire. Victor Hugo XVI..... par invité le 16/05/08 à 111533 Elle avait rosi de plaisir ? Victor Hugo XVI..... par Baghera invité le 16/05/08 à 113509 obligée, en voyant Dieu sans ses seins! les pedaleux, reunioneux, et autres gueux bonjourrrr! Victor Hugo XVI..... par l'AB invité le 16/05/08 à 114931 Chut ! Faites silence durant l'office. S'il m'arrivait malheur ce saint dimanche de la Trinité, j'ai laissé mon testament et mes 10 commandements dans "Gulliver, ou le voyage d'un géant chez les Liliputiens." Au fait Olivier12, c'est toi qui as racheté la voiture blindée du borgne ? Victor Hugo XVI..... par ric² invité le 16/05/08 à 122712 Bonjour, comme me le disait récemment le Cousin Victor, le devoir d'une philosophie généreuse est d'opposer l'apostolat du bon sens et de la vertu à celui du mensonge et du crime. Lol, MDR». Mielou, t’es qu’une brute. ABS. Amused But Silent Victor Hugo XVI..... par invité le 16/05/08 à 201606 Alors l'AB ? C'est comme qui dirait le silence d'avant les grands moments ? Celui qui précéde la tempéte celui ou on se sent detaché de l'evenement a venir, tout est fait, tout est dit, ce qui pouvait se preparer l'a été et le reste sera improvisé en fonction de l'humeur de l'instant ? N'oublie pas d'enmener ton plus beau sourire, c'est la seule chose qui te sera vraiment indispensable. Miélou 1' de repos pour chaque 200, t'es quand meme bien qu'une faignasse malgré tout. L'Ric² 17'30 au 5k. La cure de VOMaxine c'est maintenant ou jamais. A defaut je peux te confectionner des suppos à la consoude ? Ca te fait pas courir plus vite le jour J mais ca te donne des préoccupations matériels assez consistentes pour t'eviter de te morfondre en voyant un miélou s'echapper. L'Fonz Faut faire du jus. A ce rythme là ils vont arriver épuisés et alors à toi le pistolet, à eux de creuser. M'Baghee tu fait rosir quelle face ce week end ? MikaKu Ca trail un peu, beaucoup, à la folie ? Z'avez pas caracolé avec les celestes ? Caloux, lindoux, ninoux bizoux. Ce WE c'est les 48h de surgéres. Truc de ouf. Victor Hugo XVI..... par Mika B membre le 17/05/08 à 092116 Salut les poétes..... l'AB, la messe est dite, maintenant il faut se jetter à l'eau pas avec du ricard, heu! pour de l'eau, ici il flotte dru pas guy! heu! pas gaie! RTB, un trail avec les célestes! non simplement avec des déesses, et crois moi, c'est pas un enfer............. Baghée, une panthére rose! Elfonz, tu as vu ça dans une foire dans une tombe ho!la!, tu sais le machin qu'on tire avec un ticket sérieux....heu! suis peut étre entrain de m'empétrer sur ce coup!!!!!!!!!!!!! Elric2, le file au z'oeufs généreux, remets tes sabots, et reprend l'an quéte sur ce crime, oui! tu peux t'associer à l'inspecteur Miélou, on pourra dire les deux font la p..heu! toujours un Lindouze, alors, 12h. Krono? les préparations se sont bien passées, ya plus qu'à, enfin, tournez autour d'un ring! tu connais......Bonne M....à toi. Ma pensé ce jour, aux tour te ro, qui s'unissent pour le meilleurs et le meilleurs La et son brave....mes félicitationsheu! si..si...c'est sincére à+ou-Mika. Victor Hugo XVI..... par invité le 17/05/08 à 113116 Ho ? C'est aujourd'hui le jour ou les bogosses 100% galants signent leurs forfaits d'une plume conquérante ? Pffff... FC avant de signer, revisionne vite fait Shrek2. Le vrai charming c'est celui qui pete et qui rote. Enfin.... Longue Vie De Plaisir A Vous Deux Quand Même . ; Victor Hugo XVI..... par invité le 18/05/08 à 093711 4h30 de course. Il a du s'avaler un bon marathon là non ? En soutien morale je vais entamer ma 42ieme tartine confiture. Plus quelques miettes. J'espere que la procédure de verification de l'equipement n'aura pas trop éprouvé Lindouze qui est chargée de le pousser au cul. Victor Hugo XVI..... par Mika B membre le 18/05/08 à 101823 Moi, je vais boire mon 42éme verre..........à l'heure santé............Courage plus que 7 heures........Mika Victor Hugo XVI..... par invité le 18/05/08 à 102019 Plus que 7 heures, sauf s'ils courent vite pour que ça passe plus rapidement bien sur. Et M'Baghee acclamée ou pas ce matin ? Victor Hugo XVI..... par Baghera invité le 18/05/08 à 141405 2 coupes, c'est pour 2 tournées?? alors j'arrose les valeureux buriens!3e meuf au velcro et 1e V2 sur le 10,1k de la foulée qui arrache ce matin; le plaisir est reviendu, le chrono correct est en cours...allez, coca pour tous!!qui a dit bof?? Victor Hugo XVI..... par invité le 18/05/08 à 155324 bravo m'baghee, bien joué ! heureusement que tu es là pour relever le niveau sportif de ce post. Victor Hugo XVI..... par ric² invité le 18/05/08 à 160910 Hello, suis passé relever le compteur d’Yvette. En ai profité pour réaliser la première greffe de rotule en titane sur un genou en mouvement. Pas évident. La principale difficulté de ce genre d’épreuve c’est de pouvoir réaliser une multiplication tout en courant. C’est vrai que la table de 2,632 n’est pas d’une évidence folle. Accompagné l’AB dans ses 22ème et 23ème tour. Lui ai montré les deux trois coins où il est possible de couper discretos. On s’est livré à un sprint de poussette avec Delphine. Puis j’ai rencontré Linda et totø. Linda n’a pas lésiné sur l’organisaton diététicien, masseur, coach, sparring-partner, pom-pom girls, un mec en string qui lui annonce en levant une ardoise le nombre de tours. Impressionnant. Suis parti avant l’orage, junior réclamait son ravito. Victor Hugo XVI..... par Baghera invité le 18/05/08 à 161442 certains relevent des defissire loup vs ricotte, d'autres leur short l'fonz en string, d'aucuns leur foi3e aventure de FC, qq uns enfin la pâte'ds les fours de LR, alors, je releve ma criniere de felin pour attaquer les podiums, le zinc du pauvre!pas le courage de burer, sorry buriens! Victor Hugo XVI..... par invité le 18/05/08 à 161858 A l'américaine quoi ? A la fin il aura des confettis et des majorettes ? Il s'est tassé comme dirait la balaine de combien de cm l'AB avec tous ces kilos courus. Victor Hugo XVI..... par Baghera invité le 18/05/08 à 193054 alors les buriens? Victor Hugo XVI..... par calou invité le 18/05/08 à 205915 Patience..... Vous aurez du mal à vous en remettre !!!!! Victor Hugo XVI..... par calou invité le 18/05/08 à 205940 Patience..... Vous aurez du mal à vous en remettre !!!!! Victor Hugo XVI..... par calou invité le 18/05/08 à 210012 J'en bégaie d'émotion !!! Victor Hugo XVI..... par invité le 18/05/08 à 211222 Je les imagine courant cheveux au vent defiant le temps qui passe et celui qu'il fait main dans la main uni dans un même souffle, une même foulée, partageant les ravitos à même le goulot, sans un mot, l'un sachant d'intinct ce que désire l'autre. Victor Hugo XVI..... par Baghera invité le 18/05/08 à 213325 ça serait pas la profession de foi de FC ça plutôt?? Victor Hugo XVI..... par invité le 19/05/08 à 085609 T'inquiete l'AB, dés que le port de LR sera débloqué on décharche tes nouvelles guibolles en titane allégé à 5%, le stock d'huile 3 en 1 livré en option et je te fait livré tout ça par DHL. Tu verras. Dans un an ce 12 h ne sera plus qu'un drole de souvenir et tu pourra reprendre une activité capesque normale. Lindouze, tu lui as pas trop botté les fesses pour qu'il avance jusqu'au bout quand même ? si ? hein ? des massages ? sur le ring en 3 reprises !? aïe.... Victor Hugo XVI..... par Baghera invité le 19/05/08 à 091428 b'jour les titanesques!y a des rescapes sur le pont?? Victor Hugo XVI..... par invité le 19/05/08 à 092315 hé ben alors, l'AB se fait désirer ? je peux vous dire qu'il s'est accroché l'ensoutané, 33 tours qu'il a claqués mais je ne vous en dis pas plus ! certains diront qu'il avait l'air aussi frais qu'une figue au soleil de turquie, moi je vous dirai qu'il était beau comme un camion, mais pas autant que la tata resplendissante, elle nous gratifia même d'un étirement jambe à 120° en latéral à l'issue de a course, parce que c'est comme ça et pas autrement ! Victor Hugo XVI..... par Baghera invité le 19/05/08 à 092729 33 tours?? comme les vieux microsillons?? dans le style "ma plus belle histoire d'amour, c'est bures, lalala" Victor Hugo XVI..... par invité le 19/05/08 à 094206 l'AB a plus d'un 33 tours dans son sac on dit même qu'il ne se sépare jamais de "boys boys boys" de Sabrina, une saltimbanque italienne à la propension généreuse ! Victor Hugo XVI..... par invité le 19/05/08 à 101442 Absolument pas. 33 est un nombre mystique, divisé par 3 qui est un nombre premier il donne 11 un autre nombre premier, de plus il n'est pas sans rappeller le terrifiant 666. D'ailleurs 666/33 donne un nombre infini, c'est bien une preuve de l'etonnante puissance du gaillard ça non ? Sans compter tout le reste le fameux "dites 33" parceque les toubibs n'en reviennent pas de sa santé éclatante, les 32 dents + une pour la petite souris, généreux qu'il est , les 36 chandelles -3 parcequ'il est econome le bougre. Non, definitivement il a bien fait d'atteindre et de s'arreter sur un compte aussi rond, qui est aussi comme chacun sait l'embléme du vin de messe. Quand aux figues sachez que celles qui ont la plus sale gueule ont le meilleur gout, plus sucrées, plus juteuses, etc... C'est ma grand mere qui le dit. Moi j'aime pas les figues d'toutes façons. Quand à Linda on ne saurait etre etonné de l'epoustoumouflante energie de cette petite chose si fragile au premier abord nan, j'deconne linda. 120°, ça en fait des bouteilles de bordeaux ça... J'ai cru lire Delphine plus haut. Elle est equipée tout terrain 3 roues motrices sur sa poussette profilée pour la compet ou pas ? Victor Hugo XVI..... par invité le 19/05/08 à 102518 RTB ton étude du 33 est absolument magnifique, j'aime beaucoup le coup des chandelles ! tu n'aimes pas les figues, en italie on te demanderait alors si tu préfères les hommes, attention à ce que tu dis RTB, une réputation est si vite ! oui delphine est très bien équipée, une pouçette shock absorber qui se prête merveilleusement au parcours caillouteux par endroit mais relativement roulant pour tout jeune coureur ! certains diront que le doçard n'était pas visible mais ce sont de mauvaises langues voire des jaloux ! Victor Hugo XVI..... par ric² invité le 19/05/08 à 104622 Hello les girondines, je tiens, encore une fois, à balayer le souffle obscur de l’occultisme qui entoure trop souvent la CàP. La vérité sur la numérologie de l’exploit de l’AB il est girondin et il se ravitaillait en douce en piochant à chaque tour dans une valoche de 33 export’ planquée dans les sous-bois. Perso, je le surnomme maintenant Jaws », un vrai Richard Kiel. Rapport au fait qu’il avait oublié le décapsuleur, mais que ce genre de détail ne l’embarrasse pas. Sinon, en tant que performeur, il faut préciser que ma MacLaren a survolée la poussette de Delphine au sprint. Victor Hugo XVI..... par invité le 19/05/08 à 105341 Quelle est la part de réussite due au materiel et celle lié au pilote ? C'est tout le probléme des sports de poussettes. En extrapolant on pourrait se demander s'il ne faut pas interdire les brooks sur les courses ? Pour ma part mon choixest fait Tous en tong pour une cap démocratique et républicaine ! Victor Hugo XVI..... par invité le 19/05/08 à 105948 je crois que dans les descentes des témoins auraient aperçu ric² s'asseoir dans la mac laren et bénéficier de l'aspiration d'un accompagnateur à vélo. je trouve ça tout simplement dégueulaçe paraît que l'AB serait décédé, enfin tant qu'il est pas mort, tout va bien Victor Hugo XVI..... par l'AB invité le 19/05/08 à 110505 'lut. Désolé, beaucoup de travail. A part un genou gauche gros comme une pastèque ça va. Voilà. Je voulais juste remercier TataLinda, qui a su remplir ses objectifs avec brio, me masser avec des mains en or, et sourire en permanence. Cette fille est formidable, y a pas. Et pour ne rien gâcher, elle s'offre même un podium ! Merci à toi Delphine, pleine de sollicitude, et bravo pour ta reprise. Ton bébé est adorable. Merci au Ric², venu courir avec Junior², qui a su me relancer au bon moment. Linda est heureuse de t'avoir rencontré, JPII regrette de t'avoir manqué. Merci à Calou, dont le rire débordant sait faire oublier les souffrances des derniers kilomètres. Merci à toi JPII, l'inénarrable, phénoménal, tu mérites vraiment le titre de Pape chez les Hugoliens. Merci Rachel pour m'avoir littéralement porté sur cette fin de course. Salut à toi Toto, discret mais efficace. Une pensée pour les absents de ce dimanche, FC et Miélou. Je tire trois enseignements de cette course horaire ce qui prime c'est la régularité plus que l'effort. contrairement aux apparences, c'est un effort collectif. RaztaBoule est un fou. Et une confirmation de ce que je savais déjà je suis un excellent marcheur. La bise à toutes et tous. Bravo Baghee pour ton podium, Clamart c'est pas pour les petites filles... Victor Hugo XVI..... par invité le 19/05/08 à 111416 ahhhhh notre bon AB a respiré des cristaux de chaux vive ou bien la culotte de Rika Zaraï et est revenu à lui ! il a oublié de vous dire qu'il est sur le peau d'hiommes aussi ! Victor Hugo XVI..... par ric² invité le 19/05/08 à 113421 L'AB, t’es en photo en couv’ de Podium ? Avec Linda Evangélisemoi ? Superbe ! Très belle remontée dans le classement. Le genou comme une pastèque », et toi qui ne porte que des slim… Mes 8 roues étaient en carbone tungstène, un alliage spécialement développé pour la piste de Bures. Mon pilote avait 1 an et ½, âge légal pour ce genre de compétition. J’ai déposé protêt devant l’IBB International Babies Board pour la non-conformité du pilote de Delphine vis-à-vis de la réglementation aligner des compétiteurs d’à peine 2 mois…! Si on accepte ce genre d’abus, où va le sport ? Je prépare une pétition Pour un remplacement des membres inférieurs de l’AB par de belles prothèses Pistorius© intégralement remboursées par la Sécu » ? Victor Hugo XVI..... par invité le 19/05/08 à 121718 C'est beau l'ric². Dans un soucis d'ethique environnementaliste je légue mon vieux vélo vitamine-decathlon à cette noble cause, il pourra etre ainsi recyclé en champion des 12h de bures, ce qui est quand même un beau karma. Victor Hugo XVI..... par Wimm membre le 19/05/08 à 123440 Petit passage ici pour dire que samedi soir j'ai eu une soirée un peu difficile... Couché dimanche matin avec quelques grammes dans le sang il m'était impossible de venir courir le 10km. J'ai donc loupé Rach, JpII, Noré et tous les autres coureurs sympas qui étaient présents ' Pire encore je n'ai meme pas eu le courage de venir encourager Tata Linda dans son épreuve j'ai dormi dimanche aprem ; Bon, c'est promi prochaine fois que je participe à une course, j'évite de croiser Houdini la veille ! ; Victor Hugo XVI..... par invité le 19/05/08 à 134552 bien sur. encore une fois toutes les excuses sont bonnes. et bien sur pas de témoin. si ce n'est cet houdini qui, si tu dit vrai, ne peut etre entendu pour cause d'ivrognerie. bref. une bien triste histoire dont le sport ne sortira pas grandit. Victor Hugo XVI..... par ric² invité le 19/05/08 à 155147 Et j’imagine aisément que ce monsieur Wimm va demander le remboursement de ses frais d’inscription à Bures à la Sécu et tout ça dans la même enveloppe où figurera sa feuille médicale où il aura scrupuleusement collé les vignettes de ces boîtes d’Alka Seltzer king size et son jerrycan de security feel better» qui se marie si bien avec le vodka red bull. C’est incroyable cette jeunesse actuelle qui ne peut pas assumer sa dépravation sans convoquer des excuses abracadabrantesques du style j’ai passé la soirée avec le roi des magiciens the great Houdini et je ne me souviens plus de rien ». Une soirée avec Houdini !!!!???? Et pourquoi pas un stage au Maroc avec Gérard Majax tant qu’on y est ? Victor Hugo XVI..... par mielou membre le 19/05/08 à 155659 alors que l'AB entre dans la légende, j'attends avec impatience les photos de l'exploit qui ne manqueront pas de circuler les absents auront toujours tord et ce n'est pas une malheureuse manifestation parisienne ou un petit mariage qui doit nous faire oublier tous ces coureurs, tous ces supporters qui ont participé à ce sacré défi linda est une reine ? et vous vous en apercevez que maintenant ? pffff ! tiens, je me trouve encore une excuse tout faite pour vous abandonner encore style aller chercher sa petite conscience je n'ai plus rien à dire sur les héros d'hier je suis jaloux, et alors ? sourire Victor Hugo XVI..... par invité le 19/05/08 à 155848 wimm et ses ailes du désir ... prises pour des réalités ? ou pourquoi pas un paris texila's, ok tordu j'avoue Vitaa Victor Hugo XVI..... par l'AB invité le 19/05/08 à 162909 Vous n'y êtes pas. En prévision de sa course Wimm, en garçon honnête, est allé demandé conseil à l'escamoteur Houdini. Lequel, l'emmena derechef dans sa stavkirker, déguster un "akevitt" alcool miraculeux qui fait disparaître les courbatures et récupérer de l'effort avant même qu'il ait eu lieu. L'effort. A base de pommes de terre, parfumée au cumin, anis et coriandre, il ne pouvait décemment, le lendemain, doté d'une telle haleine de saumon gras, aller embrasser Tata Linda. Je dénonce pas mais il fallait que ce soit écrit. Victor Hugo XVI..... par invité le 19/05/08 à 163342 c'est vrai que j'ai croisé un saumon qui a vécu avec Wimm, il a confirmé tes affirmations calomnieuses l'AB. Signal et tera Xyl sont d'ailleurs en contact avec Wimm... mais je n'en dit pas plus on va croire que j'ai une dent contre lui Victor Hugo XVI..... par Wimm membre le 19/05/08 à 230806 Merci, vous etes bien plus doué que moi pour trouver des excuses à mon absence d'hier ! La prochaine fois que j'ai besoin d'alibi je vous fais signe. ; A défaut d'avoir vu Linda hier, je suis ce soir devant Rocky IV... Victor Hugo XVI..... par Baghera invité le 20/05/08 à 072018 oh Razbouchon,arretez de bloquer les ports, le maroille passera quand même, la sardine aussi! Victor Hugo XVI..... par l'AB invité le 20/05/08 à 090744 Ton bicloun vaut de l'or en ce moment Raz', spéculer sur les cuisses ça peut rapporter gros au triathlète. Ma pastèque a commencé à dégonfler. Pas de courbatures. Les muscles sont bien plus fiables que les articulations en endurance. Bonne journée à vous toustes. Victor Hugo XVI..... par mielou membre le 20/05/08 à 091021 la griffue, fidèle au post, rafleuse de coupes, faudra bien laisser ta place pour les jeunettes qui poussent derrière, non ? freddie mariée, l'AB légendaire, le fonz amoureux, raztab' ultra boy et un ric² affuté comme aux plus beaux jours le monde de victor évolue même les piliers mika et ku sont devenus des tortues accrocs il me reste bien quelques 300m à faire en série pour illusionner encore un peu dimanche la fin de saison quoi... pfff ! c'est fou comme on se sent nostalgique parfois Victor Hugo XVI..... par baghera invité le 20/05/08 à 092718 charité bien chaotique commence pas soi même! je ne laisse pas ma place, n'ont qu'a se remuer pour la piquer!la nostalgie n'est plus ce qu'elle était, avanti!! Victor Hugo XVI..... par invité le 20/05/08 à 095118 J'l'cassé mon bicloon. Le machin de roue libre qu'a pété. Je pedale dans le vide, et aprés on s'etonne que j'avance pas. Un coup de chance ça a cassé 2' aprés le depart, j'imagine le coup de blues si ça casse à 30 bornes de chez moi. Va vraiment falloir que j'invesitsse dans un portable pour contacter les secours si besoin. Recup de la machine demain soir . Avec un WE grillé sportivement parlant pour cause de beuverie longue, reste deux jours pour se faire les cuisses. C'est peu. pffffffff....... Victor Hugo XVI..... par invité le 20/05/08 à 101524 il est hors de question de s'interroger je me le suis souvent demandé mais je ne me suis jamais répondu faut dire que je me sentais pas concerné et bien entendu je ne vous salue pas Victor Hugo XVI..... par Baghera invité le 20/05/08 à 102510 ta pertinence m'esbaubit jipi ne pas apporter de reponses debiles à des questions cons posees par des quidam vulgus qui osent se reproduire! vive l'un-difference de deux-beurrés au son d'un trois-quarts! c'est clair?? Victor Hugo XVI..... par ric² invité le 20/05/08 à 105332 Bonjour les triomphatrices et phateurs. Dites, en parlant de question, ça fait comment de monter sur les marches du podium, de recevoir la médaille, de bisouiller Miss France, de sentir le laurier en couronne ceindre sa tête, d’entendre la Marseillaise résonner dans les stades de Bures ou de Clamart et de perdre son regard dans les plis du drapeau que l’on hisse à votre gloire ? Raztab, je te le répète, la solution le single-speed. Et dans sa version ultra, c'est-à-dire sans roue libre et sans frein. Ultra léger, Ultra sobre, Ultra simple, Ultra robuste, Ultra up to date. Victor Hugo XVI..... par invité le 20/05/08 à 110607 ouf! y a quand meme un guidon et une selle. j'ai eu peur de l'excés de dépouillement. Le hardware en sport c'est bien que des soucis. Regardez pistorius ou l'autre là, le nageur français, me souvient plus de son nom. Tiens ! même ici sur ce post, prenez l'AB et ses brooks qu'il ne trouve plus nul part ! Des pistes en cendrées et une feuille de vigne pour les plus frileux, voila la seule vrai solution. Et pour les vélos des trucs moulées en un seule bloc, le même pour tous, fabriqué à la chaine, pas cher et jettable. Je me sent plein d'idées qui fourmillent, pour un peu j'ecrirais un petit livre rouge tiens ! Victor Hugo XVI..... par invité le 20/05/08 à 162051 Puisque vous étes hyper sage aujourd'hui je vous livre mon secret de beauté du jour Le pain des fleurs. - Tout bio. - Hyper léger. - 75g de glucides dont 1g de sucres rapides pour 100g. Une merveille de la dietetique moderne au gout authentique de l'ancien-temps-quand-c'etait-mieux-avant imaginée pour nous, les capeurs et peuses repoussant sans cesse les limites de l'endurance au dela des limites de l'insondable. Voila. Bon appétit les z'amis. Victor Hugo XVI..... par l'AB invité le 20/05/08 à 173625 Gluten, gluten,... ça se boit ? Bon, pour celles et ceux de mes fans qui me supportent accablés par la charge de l'ecclésiastique, et des fois que vous auriez eu un, voire des, soupçons merçid'inquiétude à l'égard de votre mansuétude, etc... bref, j'ai rien qu'une banale petite tendinite qui devrait rapidement disparaître vu que j'ai traité dès la course. Nan, pasqu'on sait jamais, dès fois les femmes sont si émotives dès qu'un homme leur parle robe et chiffons. Allez, à plus je repars travailler. Dur dur ce mois de mai, mais rien en comparaison de juin. Bonne soirée. MikaB et KU à la bonne vôtre ! Victor Hugo XVI..... par l'AB invité le 20/05/08 à 174217 Ah, petite précision à l'usage exclusif du Raz' et du ² avant de retrouver mes dossiers 62 kgs ce matin. Conclusion Bures sur yvette ne fait pas maigrir, bien au contraire. Je suggère la même chose mais en supprimant les ravitos. Pour éléments de comparaison. Qui veut cobayer ? Moi, on m'a prescrit 15 jours de repos sans cap, je peux pas expériencer. Victor Hugo XVI..... par Mika B membre le 20/05/08 à 195741 Salut les lits terre-air....... l'AB il parait que ce week-end, tu aurais voulu confesser Linda pendant 12h. Punaise! un vrai chemin de croix.... Au fait! combien de tour de ring pas traduire reins ça fait en tout? Elfonz et le ric2 aussi dans la tourmente de Bures, ainsi que la rainette que j'ai aperçu sur les photos avec sa brouette de compétition.... le pauvre Mathéo! secouait dans tous les sens........ On pourrait faire une pétition pour remettre Delph. dans le droit chemin..au lieu de tourner en rond l'AB on compte sur toi.... Vous avez vu, FC est en rage, non pas son union, mais le podium de Linda...Jalouse va! c'est bien les femmes ça! Pour peu que Baghée nous fasses une crise, y a pas loin. Et pour finir, un proverbe chinois Heu! merde! j'en connais pas!..........................à + Mika. Victor Hugo XVI..... par l'AB invité le 20/05/08 à 200916 MikaB, pour un homme à bières, tu aimes l'huile... sur le feu ! Voyons, voyons plongeons dans les archives ah, je vois FC à 26 tours contre 28 pour Tatalinda. Hé, hé, si ça mérite pas un troisième manche ça... L'AB, fouteur de zone mais prêt à battre sa coulpe contre une coupe. Victor Hugo XVI..... par l'AB invité le 20/05/08 à 204336 Péché d'orgueil... Tssss... Allez, venez plaquer un bécot su'l'zinc plutôt que débiter vos raisons. Patronne. Victor Hugo XVI..... par invité le 20/05/08 à 221636 Normal la prise de poids aprés un ultra. Tu va refondre dans les jours qui viennent sauf si t'abuse du cassoulet/frite/mayoavec une paille la mayo. 2009 sera l'année de Delphine à Bures. Je l'ai lu dans mon sachet de thé tout a l'heure. C'etait tres clair. Victor Hugo XVI..... par Mika B membre le 21/05/08 à 064521 Salut les poétes. L'AB Une 3éme manche pour Linda et FC. donc en 3 sept? Tu y vas un peu fort, surtout pour FC. qui a connu ce dernier samedi un 3éme manchot heu! désolé mes doigts tapent plus vite que ma pensé RTB L'année Delph. en 2009 Heu! avec sa brouette? Ric2 il est naze jusque la fin de l'année. Elfonz l'endic à caper, c'est inscrit sur son tee shirt, je l'ai vu... Miélou Dégonflé! tu manques pas d'air pourtant!!!!!!!! Baghée est une jeunette heu! par rapport à moi... Le bon jour à vous toustes...............à+ Mika Victor Hugo XVI..... par Baghera invité le 21/05/08 à 085841 Mika, ou le retour du pro-fête! prosit! l'AB, un 33tours ça se met sur le zinc en boucle d'une tournée aux bouffons!Râ vous tan le poil ce jour! Victor Hugo XVI..... par Ku invité le 21/05/08 à 100545 Bonjour, Toc toc, il y a quelqu'un ? Ils sont sortis sans éteindre la lumière .. Quel malheur ! Regardez moi ça… toute cette poussière, sur le siège de la patronne !!! et dire qu'elle était si bonne….heu!! Qu'avez-vous fait misérables !!! Vous n'avez pas su retenir le joyaux du bistrot, du coup, elle est partie rendre un autre plus heureux… Tiens, les fesses de Mika ont longtemps usé ce tabouret, maintenant, il est parti avec son cul, chez les tortues… ah, je ne reviens pas !!! Qu'est ce qui l'a fait partir ? Est-ce la raideur des ecclésiastiques JPII, l'AB la rigueur dans la longueur, qui lui a fait peur ? Je me souviens de ces temps, où Baghé partais dans la savane, à la chasse d'une croupe, pardon d'une coupe, qu'elle conquérait et partageait, sans l'ombre d'un doute. Il y avait aussi, Rasta aves ses tresses en spirales, c'était un coureur sans bornes qui tournait, dans la nuit glaciale… Je me souviens du "sourire" de Mielou, qui éclairait et terminait ses mots, tout en épargnant certains maux..... Quelqu'un ma dis, qu'il y avait, aussi, Deespsky Il y avait aussi, un gars qui tournait à fond, mais jamais en rond, il s'appelle Ric au carré Je me souviens, de Molo Marlène qui pleurait to loose alors que Lolo, s'encanaillais à Paris, hihihi !!! Que dire de Calou, et de ses mots tabous, pas de route, pas d'intersections, ce n'est pas bon pour les articulations…. ah, la belle au bois mordant, pardon dormant, oh !!!! Il y avait Nina, qui descendais de ses montagnes glaciales, avec son "oups" des couleurs faciales. Pardon, si j'en oublie, mais vous savez,j'ai quelques ratages, vu mon grand âge !!! Dis, donc, même plus 1 bouteille à la cave pour les gens de passage… ah, c'est bien vrai ! bière qui roule n'amasse pas mousse…… t'chau les Victoriens votre auberge est bien chaud, c'est un bon abri, Merci mes amis Ku Victor Hugo XVI..... par l'AB invité le 21/05/08 à 101248 Salam Ku. En même temps... la moisissure dans la bière... c'est pas mal. Tu as l'âme d'un slam ? Victor Hugo XVI..... par ric² invité le 21/05/08 à 121256 Hello les thaumaturges. Les gros au fond de la salle L’AB avec nous ! L’AB avec nous ! » Une estimation scientifique basée sur l’empirie sachant qu’un coureur prend de charge pondérale après le MdP, que notre Homme a couru dimanche marathons, une masse globale potentielle de kg est envisageable dans l'immédiat. Va falloir maintenant estimer la répartition géographique de ce gain sur le corps de notre athlète… Et envisager un petit passage chez le tailleur pour retoucher la ligne de ta douzaine de Smalto. Hey, l’AB, juste là, maintenant, t’as pas une faim de polyphage boulimique tendance glouton en pleine hyperorexie ? Victor Hugo XVI..... par l'AB invité le 21/05/08 à 121308 Dis donc JPII, faut arrêter les photos trash ! J'ai eu un sursaut d'effroi en me voyant à côté de Rach'. La belle et la bêêête. Et celle du mollet, ça donne quoi ? Victor Hugo XVI..... par l'AB invité le 21/05/08 à 121802 S'cuse le ² on a écrit presque en même temps. Ben non, j'ai pas vraiment faim. J'ai rêvé de soupe pendant deux jours, mais là ça va mieux. Toute occasion est bonne pour faire chabrot. Pourquoi on grossit après une longue ? C'est vrai ou le Raz' me mène en bateau au port ? Victor Hugo XVI..... par invité le 21/05/08 à 125419 Les voix de l'utra sont impenetrables. Mais c'est ainsi. Si tu veux prendre un kilo ou deux rapidement, cours un ultra. Pour toi c'est clair t'as tout pris dans le genoux si j'ai bien tout compris. Sinon je pense que c'est un genre reflexe de survie. Tout a coup tu depenses un max de calorie, toutes tes cellules en deviennent folles. En panique totale elles se precipitent à l'Hyper du coin en hurlant "Les russes attaaaaaaquent" pour faire le plein de sucre, de riz, de café et de pq. Alors forcement ça alourdit. Une fois le calme revenue aidé la voix rassurante de ppda au 20h, elles foutront tout ce bazar par la fenetre et tu retrouvera ton imc insolente. Victor Hugo XVI..... par Calou invité le 21/05/08 à 125603 L'AB, j'ai eu le même sursaut d'effroi que toi en me voyant à côté de Rach !!!! Elle rend pas très photogéniques les autres celle-là.... Tes mollets, c'est moi qui les ai J'ai pas encore réfléchi à ce que je pourrais bien en faire ;- Victor Hugo XVI..... par l'AB invité le 21/05/08 à 130909 Calou, tu me les mitonnes aux petits oignons hein, c'est le Raz' qu'en est friand. A l'image des habitants de cette lointaine contrée, encore blanchie sur les cartes d'Etat-Major notez les majestés, que l'on appelle la RaztaLand ou plus communément les marais poitevins de la Rochelle, Raztacroquemitaine est persuadé qu'en mangeant mes mollets, il absorbera ce faisan le "t" est-il utile ?mon énergie vitale et accessoirement ma VMA certifiée un jour à plus de 21. Je te bise la Calou. Victor Hugo XVI..... par invité le 21/05/08 à 131233 cuisson vapeur pour conserver toutes les vitamines. Victor Hugo XVI..... par l'AB invité le 21/05/08 à 132624 Ah, rectification du coach, féru de précision. Normal il est coach. Certifiée à 20,93 km/h. Si en plus ça racorni à la cuisson, et que la propension à décliner du kilomètre augmente inversement proportionnellement au coefficient de pénétration dans l'air qui se réduit au nombre d'ultras... Je sais pas si ça reste pertinent du coup Raz'. Alors comme ça y parait que technologiquement parlant t'en es encore à l'âge du cro-raztagnon ? Victor Hugo XVI..... par invité le 21/05/08 à 133341 salut les gallinassez ! je vous demande vous arrêter bon excusez moi j'ai derrick à cette heure ci et après j'écouterai du françois valery, pour me donner du courage "aimons nous vivants", "elle danse marie elle danse" voilà j'aurais pu ne pas en dire plus mais c'eut été soliloquer car ce sont ceux qui parlent le plus qui sont le moins taiseux, enfin c'est pas dit Victor Hugo XVI..... par l'AB invité le 21/05/08 à 134415 Bravo ! Voilà qui est bien parlé pour ne rien dire. Certes j'aurais pu le dire sur le post d'à côté, mais point trop n'en faut en face. Victor Hugo XVI..... par invité le 21/05/08 à 134506 bah tout depend de quoi que tu causes aussi . Disons que dans la course à la micropuce j'ai quelques longueurs de retard. Ca doit etre mon coté amish. Mais je me soigne. Actuellement je suis amishchemin entre la revolution industrielle et le second draft de la norme En ce moment même je negocie un Polaroid Kodak sur le ebay. Je progresse, je progresse. Victor Hugo XVI..... par invité le 21/05/08 à 134848 J'ai arrété Derrick, son regard tenebreux me fout des cauchemards. "J'avoue ! je dirais tout !" hurle-je à 3h du mat. Apres quoi ma zessgon me fout une taloche et je me tait. Victor Hugo XVI..... par l'AB invité le 21/05/08 à 161536 fais-toi embaucher chez ManPower. A bas la culotte ! Victor Hugo XVI..... par Baghera invité le 21/05/08 à 161847 il est où le trombinoscope burien svp?? Victor Hugo XVI..... par LINDOUZE invité le 21/05/08 à 170558 HOLA les z'amis!!! Y'a eu du passage depuis mon retour sur "la terre ferme"!! Ku et mika sont passés par là, tout poussiéreux de la touche clavier, manque tout de même "la fée du logie-mariée" A j+3, j'ai rien a déclarer ni du genou ni du mollet mais j'ai un peu la nostalgie de la colo de 12h, les anim ont été chouettes...ils me manquent!! C'est dur de reprendre une vie normale après ça, j'ai du mal quand je vais à la boulange', j'peux plus m'empêcher de tourner 12 fois autour de l'Eglise, de faire le tour de mon immeuble 28 fois avant de monter, de compter sans cesse les oeufs de ma boîte de 12, je sursaute quand j'entends Tata Yvette qui me téléphone!!! de prendre des pack de 12, de bosser 12heures ça fatigue moi qu'à les courir!. D'attendre qu'il y est 12 lettres dans ma boîte pour prendre le courrier!! Kes ki m'arrive docteur?? L'AB où es tu?? dites 33...trente trois..que j'arrète pas de prononcer... et ton genou?? une mini tendinite, alors?? tu t'en sors bien..soigne toi bien. L'fonz connais donc des Ric2..une bien belle famille!! BIZATOUS Lindouze pour la vie Victor Hugo XVI..... par l'AB invité le 21/05/08 à 174138 Je suis là, calme-toi, tout va bien, c'est normal, c'est la descente, ça fait toujours ça. Un bad trip, comme on dit chez les dépendants. Surtout calmer le jeu, éviter de céder à la vague de frénésie qui t'embarque. Là, là, comme ça, c'est bien, doucement. Une chtite 33 export pour gouleyer l'angoisse ? Ils en font à 12° m'tenant... Lâche ce téléphone, y a personne au 0123 132 !!!... Victor Hugo XVI..... par invité le 22/05/08 à 091327 Lindouze mérovingien -> Ligne 12 en vieux françois -> wikipedia nous renseigne Métro ligne 12 Année d'ouverture 1910 Dernière extension 1934 Exploitant RATP Conduite Système Conducteur PA Matériel utilisé MF 67 Points d’arrêt 28 Longueur 13,888 km Distance moyenne entre points d’arrêt 514 m Communes desservies 2 Fréquentation voy. par an 72,1 millions 11e/16 Je traduis tu es donc née en 1910 a été agrandie en 1934 tu es exploitée ? tu t'es arrêtée 28 fois et tu as couru km tu es très bien fréquentée tu finis 11è/16 Lindouze, je vois donc que tu es un imposteur voire un nain posteur puisque tu a été agrandie a posteriori, si tu étais née en 1910 tu aurais presque 100 ans, ce qui expliquerait pourquoi tu n'as couru que km. je décide donc de te boycotter à partir de maintenant, que ce soit écrit et gravé dans la tartiflette Victor Hugo XVI..... par invité le 22/05/08 à 093440 Jipi, tu passeras au labo pour une biopsie musculaire que l'on peau fine un peu ton alimentation avant le WE prochain. J'hesite a augmenter la dose de pili-pili dans ta salade de ventouse de chatrou. Victor Hugo XVI..... par invité le 22/05/08 à 094104 RTB merçi de te préoccuper j'ai en effet pris du gras depuis nantes, +3 que je n'arrive pas à perdre bien que n'ayant pas arrêté chips coca et cassoulet et une baguette tradition par jour. je me demande ce qu ne va pas, dois je acheter des pilules mange graisse du téléachat, m'injecter de la caféine dans les roustons, me raser les poils ? Victor Hugo XVI..... par invité le 22/05/08 à 100420 Dans un premier temps arrete la sauce blanche dans le kebab/frites. Pour les poils ne t'inkiete pas, l'évolution humaine va s'en charger. Normalement, le 27/08/2013 toute l'humanité perdra ses poils. Paco rabanne en etroite liaison avec darwin via madame Irma a été formel sur ce point. Victor Hugo XVI..... par Baghera invité le 22/05/08 à 101243 jipi, mets toi un peu de poil à gratter là où tu aimes, ça fera de l'exercice sans trop bouger, parait que c'est efficace!ou une lipposuccion par une experte?? moi j'ai la greve qui m'demange... Victor Hugo XVI..... par invité le 22/05/08 à 101617 merçi piur ters conseils avisés et tes phobies de derrick ? hier très bon épisode plein de psychologie, harry le collègue de derrick a tué un braqueur et il le vit très mal. il tombe amoureux de la soeur du braqueur dcd, mais ignore qu'elle est la soeur. il boit du schnaps et joue au skat, il va donc de plus en plus mal. derrick en bon pote au teint lui remonte le moral en mettant son plus beau pull rouge col en V avec une belle cravate jaune ton sur ton avec son teint cirrhoséet ils repartent pour de nouvelles aventures en BM serie 5. On voyait des audi 50 et une belle R16 verte, je situe cet épisode aux environs début 80 datation Carbone R16. Victor Hugo XVI..... par Baghera invité le 22/05/08 à 101844 quel labeur!!ce soir, 16*200m + 6*100, tu viens?? ça fait suer le burnou mais pas perdre la grassouille... Victor Hugo XVI..... par invité le 22/05/08 à 102133 salut la baghé, merçi pour ta prop', aber das ist nicht möglich für mich ! derrick styla ça roule ? Victor Hugo XVI..... par Baghera invité le 22/05/08 à 102727 scheise, nächst mal! je mue en pot de yaourt, non périmé,pour me vendre comme le meilleur produit, parce que je le vaux bien!peu d'acheteurs! Victor Hugo XVI..... par l'AB invité le 22/05/08 à 102924 Derrick en coureur de fond... Autant remettre la RDA à la place de la CCCP. Vu hier sur ciné classic "la solitude du coureur de fond". Un style de course horrible. Pas crédible, même pour des crossmen. Pourtant daté de 1962. De quand date le 1er épisode de Derrick ? Victor Hugo XVI..... par invité le 22/05/08 à 103236 Quelle dommage que je ne puisse supporter toutes ces emotions ! Ca devait être formidable. Tu sait que j'ai une passion screte pour les R16 ? Pendant longtemps j'ai eu une renault 14 La vie etait belle alors, on faisait de belles ballades avec Jacqueline. Et puis ensuite la R16 s'est imposée comme une évidence, mais jacqueline n'a pas supportée le changement, alors quand elle est partie avec la 14 je suis devenue membre du CDADLR16 Club Des Amis De La R16. Depuis tout va beaucoup mieux, tu penses bien. Victor Hugo XVI..... par LIGNE12 invité le 22/05/08 à 110201 Bonjour Merci mon cher et tendre l'AB, je vais bcp mieux, je ne tourne plus autour de l'Eglise...mais de la pharmacie, je ne mange plus d'oeufs..car hier j'ai invité des amis à manger une omelette..ils ne sont jamais venus..j'ai donc du manger l'omelette sans eux!! Ha le Fonz...bien vu, tu m'as démasquée!!! aujourd'hui d'ailleurs je suis en grève de sourire, je ne laisse plus rentrer personne, j'ai sniffé le dernier rail et bouffé la Madeleine avec mon ami l'AB à la porte de sa Chapelle, on s'est arrété chez le Poissonniers et au dernier moment il a voulu faire un saut à Pigalle!!! bises à tous Bonne journée LINDOUZE Victor Hugo XVI..... par Baghera invité le 22/05/08 à 110701 une idée si les cons voulaient bien faire grève, ça libererait bcp d'espace... Victor Hugo XVI..... par ric² invité le 22/05/08 à 110806 Bonjour les esthètes, El Fonz tu as réveillé en moi l’amoureux transis de Horst poche sous les yeux » de velours. En fait cet épisode superbe Die Schwester » a été diffusé pour la première fois en 1981, en mai plus exactement. C’est le Folge 83, l’épisode 5 de la 8ème saison l'AB, je te laisse calculer la date de la première année de diffusion, si tes facultés de calcul menthol sont revenues. El Fonzo, tu fais bien de souligner l’importance de la BM série 5. Elle est entièrement liée au charisme du personnage. Y a de véritables bijoux dans cette série une furtive Iso Rivolta dans la séquence d’intro du Folge 16 Tod der Kolibris ». Une incroyable Maserati Ghibli SS qui colle parfaitement avec les personnages de Franconi & Banderi dans l’épisode suivant Tod des Trompeters ». Au tout début du chef-d’œuvre, dans l’épisode 3 Stiftungsfest » une R15 jaune moutarde sous la neige de Bavière. Et, O, joie suprême, la caisse de mes rêves, une Volkswagen Karmann Ghia Typ 14, dans Abitur » l’épisode 52, conduite par le patron de la boîte, le Yellow River ». Lindouze, une question de confiance tu en penses quoi de Derrick ? Victor Hugo XVI..... par invité le 22/05/08 à 111341 ric², comment sais tu qu'il s'agit de cet épisode ? ma datation au carbone R16 est donc valable, si diffusé en 81 ? faut que j'aille à l'INPI ! Salut Lindouze ! bien joué le coup de la chapelle, un beau du chapeau ! Victor Hugo XVI..... par ric² invité le 22/05/08 à 113218 El Fünziegung ne croîs tu pas qu’il est temps de révéler à la face du monde notre passion commune. Cet ardent amour qui nous mène l'un vers l'autre mercredi après mercredi dans le charme discret de ton isba afin de célébrer encore et toujours notre culte du Bavarois en sous pull? Victor Hugo XVI..... par Baghera invité le 22/05/08 à 113512 pour faire des cochoncetés??rien qu'entre z'homs?? Victor Hugo XVI..... par invité le 22/05/08 à 114019 chhhhüüüttttt harry il m'a vraiment fait de la peine hier j'ai bien senti un léger mieux quand il jouait avec le braque et la p'tite quand il les emmène au resto mais c'était de courte durée. Les 2 braqueurs qui ont essayé de le dézinguer le soir même chez lui, lui ont rappelé la triste réalité. il n'avait plus d'appétit et n'a pas mangé sa saucisse au choux Victor Hugo XVI..... par ric² invité le 22/05/08 à 114533 Bagheerung ne croîs tu pas qu’il est temps de révéler à la face du monde notre passion commune qui nous fait nous retrouver tous les mercredi aprèm’? Te voir descendre, majestueuse, de ta BMW E28, lunettes polaroïd sur le nez, ceint de ton imper mastic ? Victor Hugo XVI..... par l'AB invité le 22/05/08 à 120718 Ceinte ? Qui est ceint ? Son nez mastic ? Ric² tu es vraiment un hö flich ! Victor Hugo XVI..... par Baghera invité le 22/05/08 à 125848 sans rien en dessous, mmhhh... Victor Hugo XVI..... par l'AB invité le 22/05/08 à 130754 H-69 pour Miélou et le ². Ca tente ? Une question pratique la Baghee steup on peut être sous anti-inflammatoire voltarène et donner son sang ? Victor Hugo XVI..... par LINSANG invité le 22/05/08 à 134246 ..en passant.. Mon cher et tendre l'Ab, je ne suis pas "Baguée" mais je puis-je tout de même répondre à ta question pour les don du sang Sous anti inflamatoire il faut attendre une semaine avant de donner ses plaquettes car les agissent sur la coagulation ainsi que l'aspirine. vue ici Soigne bien tes petits genoux, je te suis sur mon bateau du haut de mon mât sage.. LINDOUZE sur minitel "32-23 code massage" Victor Hugo XVI..... par invité le 22/05/08 à 135605 Je vous le dit tout net. En ce qui me concerne le 1er juin n'aura pas lieu. Voila. Victor Hugo XVI..... par ric² invité le 22/05/08 à 135714 Ah tiens, l’AB-gueudro, au fait, tu serais t’y pas en train de chercher à obtenir l’équivalence suprême de la CàP IMC=VMA ? On a pourtant largement prouvé que rien n’était comparable des deux côtés du signe égal. L’IMC se compte en Tartiflette/Taille-de-slip², la VMA c’est la distance que tu rêves de faire divisée par le temps qu’il te faut pour t’avouer que tu ne seras jamais un champion. Ca n’a strictement rien à voir. Pour info hier, à jeun moins de trois verres, 20 minutes de gambille, arrivée sur le stade sous le chaud soleil de 13h00 6 fois 400 1’12’’ puis 1’14’’ ensuite 1’13’’ consécutivement 1’13’’ de proche en proche 1’13’’ et finalement 1’11’’ cette dernière étant ponctuée d’un Dans ta face, Mielou, BOUYAHHHH !» sur le passage de la ligne 2’ de récup puis 10 minutes de trot pour retour au paddock. La séance précédente où furent courus 4 fois 200 en 36’ suivis de 3333m en 11’30’’ n’était déjà plus qu’un doux souvenir. Victor Hugo XVI..... par invité le 22/05/08 à 141351 C'est l'escalade. Sur la derniére ligne droite de la prépa v'la le ric² qui nous asséne des chronos qui meriteraient qu'on le convocasse sur une piste pour vérification par des z'oeils d'experts en lecture de chrono. S'agirait pas d'essayer de bluffer. Seul la vraie verité du terrain compte. Et c'est ainsi que j'ai pu mesurer par webcam interposée et aprés on dira que je suis nul en techno que le fonz execute un sifflotant 10x400 en 1'09" avec un 5000 en 14'28". Et pas avec des récups de rigolos comme j'ai pu lire par ailleurs 27" en trottinant, tout simplement. Un régime alimentaire strict et équilibré a base de tartines de rillettes 100% pur beurre sur "pain des fleurs" trempées dans de l'orangina dégraissé. Avant chaque repas. Et oui. Victor Hugo XVI..... par invité le 22/05/08 à 141729 Avant la course un petit jus de pizza aux anchois centrifugée et trois grand verres de lait, et hop, vous ne verrez plus que ses semelles. Victor Hugo XVI..... par invité le 22/05/08 à 141858 En recup je lui donne des steaks crus passque le 10k ça l'enerve j'ai toujours peur qu'il morde quelqu'un aprés. Victor Hugo XVI..... par ric² invité le 22/05/08 à 142910 RaztaFuego, tu me conseilles quoi en adaptation du régime Aussie© pour un 10 ? Victor Hugo XVI..... par LINDAVENIR invité le 22/05/08 à 142934 Je viens de lire dans mon mar de kfé....H-69 est une bonne heure.. Je vois.....je vois........ Le mielou Vainqueur par jet de l'éponge et non pas Bob à la 9ème reprise... Ric2 désolé!!! mais ton avenir était déjà tout tracé.. Je te préserve un lot de consolation... Victor Hugo XVI..... par invité le 22/05/08 à 143936 hé ben c'est meetic ici ou quoi ? le ric il lève le gibier, il chasse avec du 12, tout s'explique tou s'explic² en vieux riquois Victor Hugo XVI..... par invité le 22/05/08 à 144316 Aujourd'hui tu met à macérer dans un gros fond de rhum - gingembre rapé - grain de café - quelques piments - une gousse d'ail - 10 grains de poivre noir H-22 Du sirop de riz. En tartine, en soupe, en injection, en fumigation. Jusqu'a H-6. H-3 un radis sans beurre sur une craquotte sans sel. H-1 Tu retires la gousse d'ail de ta préparation, tu mixes le tout et tu boit d'un trait en regardant fierement tes adversaires dans les yeux. H-30" Demande a ton adversaire le plus direct de faire "Haaaa" et tu lui envoie la gousse d'ail d'une pichenette au fond du gosier. H+31'45" T'es preums. Victor Hugo XVI..... par invité le 22/05/08 à 144626 S'il refuse de faire "Haaaaa" fais le rire dis lui que tu as 31'45" comme objectif. Victor Hugo XVI..... par Baghera invité le 22/05/08 à 145634 cher nonce, ai repondu par la voie du saigneur perso!mais possible de troquer avec don de jus de soi même, excellent pour la recul'p! Victor Hugo XVI..... par invité le 22/05/08 à 145908 il est gentil l'AB, après tout ce qu'il s'est envoyé comme schnouffe dimanche dernier, il pourrait transfuser un cheval voire l'équipe festina de nonante huit ! je ne vous salue pas Victor Hugo XVI..... par Baghera invité le 22/05/08 à 150320 une transe-fusion, quand, où, sur de la salsa?? waouhh Victor Hugo XVI..... par invité le 22/05/08 à 150948 l'AB j'ignore s'il est cis ou trans, mais on l'a pas beaucoup vu du côté de la jordanie ces temps ci désolé c'est pas terrible mais j'ai chaud aux pieds et ça m'empêche de réfléchir, je vais me faire trans fusée par virenque et je reviens Victor Hugo XVI..... par Anaid invité le 22/05/08 à 153135 Saaaaaaaaaalut !!! Ici il fait à peine 14 degrés !impossible d'avoir les pieds qui chauffent !!! Victor Hugo XVI..... par ric² invité le 22/05/08 à 153800 Anaïdddddd !!!!!!! Quelle belle surprise. Comment que ça roule ? Ca joue ou bien ? Euh, scusez, encore un petit conseil très perso pour dimanche idéalement vous me conseillez d’attaquer physiquement le Mielou dans quel coin du parcours ? Victor Hugo XVI..... par Anaid invité le 22/05/08 à 155505 ça joue tip top !!!!!Thank's ici c'est férié hi hi ! c'est la "Fête Dieu " !ça a du bon la religion !!!! Victor Hugo XVI..... par Mika B membre le 22/05/08 à 160207 Salut à toutes..... Elfonz Les fesses de Tina en nonante-huit, ont marquées l'heure de ma retraite. j'allais donc ensuite me réveillé, dans une brillante carriére de capeur début 2000.. Quand l'heure à sonnée, il faut plonger, heu! avec toute l'équipe............... Baghée Y a vu une Lu-heure, qui la met en transe à chaque coupd'horloge il parait qu'on nomme ça le coup de minuit! l'AB se met parait-il en quéte, de nouvelles aventures en 12 heures, suite à son succés sur Yvette..... Mes salutations aux RTB et Ric2............Mikakasoif. Victor Hugo XVI..... par Mika B membre le 22/05/08 à 160713 Heu! Mes respects à la déesse suissesse Anaid...... Victor Hugo XVI..... par invité le 22/05/08 à 161352 Joue la plus tactique que physique. Tou va se jouer au virage à droite qui amorcera la fin du second tour. - Tu pourrais rester planqué derriere un buisson au premier pasage et redémarrer au passage de la tête de course, mais tu ne ferais pas la distance. Ce n'est pas juste. - La solution plus élégante peut être de lui laisser un peu d'avance puis a la fin du premier tour de détourner le balisage et ainsi tu envoies sur un troisiéme tour l'ensemble de la tête de course. Il a deja montré quelques lacunes en orientation cet hiver. Faut appuyer là ou ça fait mal. Eventuellement, en secours, prévoir à cette endroit un laché de banc du haut d'un chêne avant l'arrivé. Mais c'est un peu violent, même s'il n'a pas participé aux 12h les plus importantes de l'année il reste un sympathique garçon quand il dort. Sans compter le choc traumatique possible pour le reste du peloton. Victor Hugo XVI..... par Anaid invité le 22/05/08 à 163216 mes respectb une fois au Dieu belge MIKA Victor Hugo XVI..... par ric² invité le 22/05/08 à 170944 RaztaPoire je t’aime ! D’une manière générale j’aime tout le monde, mais le coup du Il a deja montré quelques lacunes en orientation cet hiver. Faut appuyer là ou ça fait mal. », suivi d’un superbe Eventuellement, en secours, prévoir à cette endroit un laché de banc ». Moi ce genre de truc ça me fait ma journée et même ma semaine. Donc, RaztaR14forEver, je t’aime ! Victor Hugo XVI..... par invité le 22/05/08 à 173422 arrete ça me fout les ch'tons. Anaïd, il fait beau chez toi ? La montagne verdoie et ruisselle d'eau fraiche ? Et les marmottes ? Elles sifflent ou pas ? Victor Hugo XVI..... par Baghera invité le 22/05/08 à 174537 alors ça, c'est de la declaration! je dirai même que ça vaut un pot, sans etre venale!ah queeuu y a t il quelqu'un qui m'aime ici ce soir, pour Optic 16*200+6*100?? ou j'fais une crise d'homophobie! Victor Hugo XVI..... par Mika B membre le 22/05/08 à 195811 Baghée Je suis Con sterné! personne ne t'aime! ni m'aime sire loup, ni les loups bars de la Zone....... Alors ce samedi pres du bar.. Aux premiers accords de Guitar.. Je te dédirai ma premiére chope... et ,au petit matin avec les potes... quand le dernier tonneau criera détresse... Aurais-je encore une pensée pour une déesse... C'est pas sure....... et quelque part,ça me rassure.... Baghée "Such a Noise" comme groupe, ça te dit quelque chose? à+ Mika. Victor Hugo XVI..... par invité le 22/05/08 à 225827 30' de nage en mer. + 52' pour 10km en acceleration progressive. sceance sympatoche en fait, l'entrainement croisé c'est deux fois plus de plaisir et de liberté en fait. Quel plaisir d'habiter en bord de mer ! Victor Hugo XVI..... par invité le 22/05/08 à 230520 mika t'es unique. alors m'baghee ? Et ces fracs ? seule face à l'effort ? Victor Hugo XVI..... par mielou membre le 23/05/08 à 091049 alors les mytho ? on se pète les chronos ? bon, c'est pas tout, mais faut que je m'entraine là, j'ai défi dimanche félicitations ric au carré, je vois que tu as ton fan club subversif et des temps sur 400 à affoler le val de marne. va falloir encore décrocher la charrue ou négocier, à voir... par contre j'irais assez vite quand même, parait que j'ai rencard dimanche midi...eh oui, la fête des mamans, rendez vous sacré sinon, un appel aux supporters du psg, il serait judicieux de calmer votre future joie samedi soir, ç m'évitera de rentrer tard, j'ai défi, moi, dimanche ! Victor Hugo XVI..... par invité le 23/05/08 à 095911 chhhhuuuut miélou, va pas me le deconcentrer avec ces histoires d'obligations familiales à tenir. Victor Hugo XVI..... par l'AB invité le 23/05/08 à 100309 'lut les beautés ! Le brushing est en forme aujourd'hui ? Raz', un détail qui m'avait échappé t'es vraiment nul en techno ou la webcam interposée t'aura joué le coup de Fantomas². ElFonz' ne sait pas siffloter. Déjà qu'il sait pas siffler, alors siffloter, autant lui demander de siroter l'essence qu'il siphonne. Merci Linda pour la réponse très claire. Le ², tu sais maintenant les réseaux qu'il te reste à réactiver Pluribus Sic Germanus. Miélou, perso je fais pas de différence je supporte le vainqueur. MikaB, je vois que les habitudes reviennent. Calou, y a Raz' qu'a besoin d'apprendre à siffler. Bonjour la Suiiiiisse. Oup's l'Auvergne. La bonne bise à toustes. Victor Hugo XVI..... par invité le 23/05/08 à 102323 plus rien ne mitonne moi de nos jours faut prendre les gens comme ils sont prends moi disait la captive du désert moïse très occupé avec ses chêvres lui dit du bout des lèvres attends, ça vient après le dessert je ne vous çalue pas Victor Hugo XVI..... par ric² invité le 23/05/08 à 103036 Hello les semi-fabulants, alors Mâ’ame Baghee, c’est pas de la séance de tendron en socquette que tu t’envoies. Par contre, et pour devancer Mielou dans ses questions j’aime bien cette image Devancer Mielou » qu’en est-il des récup’ ? Z’avez vu, ils veulent graver ça dans le marbre de la Constitution Les langues régionales appartiennent à son patrimoine le patrimoine de la Nation, NDLR. » Raztab, tu savais que t’étais un Patrimoine ? Sinon, je suis d’accord avec mes nouveaux amis du Kop de Boulogne, le reste du monde comprendre passé le périph, c’est que des podophiles, des vmaïstes qui n’en font que profiter du système. Paris est magique. Victor Hugo XVI..... par invité le 23/05/08 à 103841 Surtout ma langue alors. Victor Hugo XVI..... par invité le 23/05/08 à 103934 pour le reste je m'occupe de la conservation en esperant bien l'user. Victor Hugo XVI..... par l'AB invité le 23/05/08 à 105950 N'usurpe pas la conversation. Ta maison est l'Eglise puisque ta Patrie est le moine. Raz', reviens ! Il est pas girond mon giron ? Victor Hugo XVI..... par l'AB invité le 23/05/08 à 110753 J'étais pas encore allé voir la ronde du 25. Dites donc, y a de magnifiques lignes droites. C'est pas un parcours de midinettes ça. Ca laisse peu de place aux surprises. Soit c'est très tactique, soit c'est à fond tout le temps. Z'avez vu la nanalyse ? Très journaliste sportif, hein ?. Profitez-en pour peaufiner le bronzage. Un capeur ne doit jamais rien négliger. Victor Hugo XVI..... par invité le 23/05/08 à 110827 roland sonne de ton cor le fenelon ganelon t'a bien niké ta race comme il est rond ce veau s'exclamèrent les sarah zin ouais je sais je suis pas dans la vibe mais je m'en ouf Victor Hugo XVI..... par ric² invité le 23/05/08 à 121849 Bon, Major El Fonzator, j’ai les images satellites du champ de bataille T’as toujours ton stock de miaped ? J’ai repéré deux trois endroits où en placer… Y a des passages au bord de l’eau également, tu m’avais pas dit que t’avais des potos chez les nageurs de combat ? Victor Hugo XVI..... par l'AB invité le 23/05/08 à 123915 Alors, y a quand même des endroits où placer ton fameux 2'59" au 1000, histoire de montrer au Maisiléou la fameuse empreinte "Brooks" pendant que sonneront les cors de l'hallali au ragondin "Nous entrerons dans la course hier, Quand nos aînés n'y seront plus Nous y trouverons leur poussière Et les traces des pas perdus." Tu peux jouer aussi de tes amitiés auprès de Sud-Rail et t'accrocher aux wagons qui passeront à ta droite sur une partie du parcours grâce aux hosenträger aussichtslos. Das ist klar ? Victor Hugo XVI..... par l'AB invité le 23/05/08 à 124310 Ca va quand même être une blitzkrieg à fond à fond à fond. Presque à me faire regretter de pas pouvoir le courir çui-là. Victor Hugo XVI..... par invité le 23/05/08 à 125233 Les plus rapides ne devraient pas inspirer plus d'une fois sur le parcours, sur la ligne de départ en fait. Ensuite c'est tout en apnée, respireration bloqué façon haltérophile à l'épaulé-jeté, pour un effort de quelques minutes seulement. Puis une longue expiration sur les 400 derniers metres 1'03"pour le sprint final. Victor Hugo XVI..... par invité le 23/05/08 à 133439 une miacah ça ira mon bon ric² ? j'ai en effet des relations dans les navy seals, mais ils sont en vacances au large de l'iran, bizarre ... le short collector de mielou, le badenus shortus mielus, sera aux enchères à l'issue de la course. on dit qu'il ne le lava jamais depuis 1986 et qu'il tient debout tout seul, donc pas besoin de le punaiser au mur, il sera parfait comme abat jour amitiés sportives Victor Hugo XVI..... par ric² invité le 23/05/08 à 151927 Deux miacah en tir croisé ? Nickel ! Même le blindage du short Baden-Baden ne peut y résister. Et comme le faisait si justement remarqué El Fonz, Mielou c’est Samson, son short c’est ses cheveux. Ca y est j’ai trouvé ma prochaine paire de tatannes la Mythos Star. Tout me plait chez elle, son nom, sa nationalité italienne !, son look. Victor Hugo XVI..... par invité le 23/05/08 à 155855 2008 sera l'année de l'italie, c'est dit. Tu mettras quoi comme chaussettes avec ? Victor Hugo XVI..... par invité le 23/05/08 à 165031 mielou ric, je vous la souhaite bonne ! je dis un chrono en 36'30 pour Sire Loup, et encore en déroulant, quant au ric si a le jambage aussi beau que le plumage verbiage, il pourrait bien nous çurprendre ! bon ouikende les sophistes de la réthoric² Victor Hugo XVI..... par ric² invité le 23/05/08 à 171529 Pas besoin de chaussettes, la Mythos est traitée anti-odor. De plus, le port d’une chaussette alourdirait la foulée. Dans l’évolution de l’homo sapiens capiens la chaussette est appelée très rapidement à disparaître. Il en est de même des pompons à gland sur les mocassins, même si ça te fait sûrement mal de le lire. Y a des études à la fois de terrain et de labo où pour une fois les coachs et les scientists sont d’accord et se font même la bise tellement c’est rare une telle convergence d’opinion entre eux. Merçi, Le Bon ! Dimanche matin, ça s’annonce comme un truc sauvage et rustique, du genre d’épreuve sans fioriture. Comme le disait ma grand-mère au moment du passage du chariot de dessert au repas du 3ème âge en constatant qu’y en aurait pas pour tout le monde La bite et le couteau !». Mon couteau est Suisse, c’est Anaïd qui me l’a offert, celui du Mielou est sur la photo Victor Hugo XVI..... par Mika B membre le 24/05/08 à 090838 Salut les artistes....Comme chaque week-end, je reléve le post par ma présence, tous les déchetstraduire l'AB,Ric2,RTB;Elfonz,Miélou sont partis se reposerde quoi?.... Maintenant que le post est à un bon niveau, depuis 20s. Non Miélou! fou le camp! va courir à "Choisit". Punaise!faut faire la loi ici! Non pas besoin de flics, je ferai bien tout seul... Ric2 Un couteau suisse! Offert par la deesse21 Anaid. Punaise, ça vaut de l'or, un truc pareilaux puces. Pour le reste, j'ai pas du comprendre..ou alors, il ne reste pas grand chose du créateur Elfonz en chrono! il n'y connait rien! il a du confondre chrono et Kronan...... l'AB C'est clair, tu bois trop de vin de messe....Messi,j'insiste....Le sportif au micro, aux comme en terre aprés 3 petites biéres sulfureux, pas de retour au calme ce week. l'Yvette pas encore digérée? RTB. l'homme aux chaussettes roses, comme le maillot jaune du tour d'italie? Punaise! c'est du 3éme degré ça! il va peut-étre pas conprendre????????? Bon, tout le monde en a eu pour son grade, suis content! je profite du week, ils sont pas là.... Un bisou a nos déessesBaghée-Anaid-Nina et FC.Heu! elle en a de trop en ce momentça va pas durer! Un bon week-end à toustes......................Mika Victor Hugo XVI..... par invité le 24/05/08 à 101137 Le Miélouciraptor est sortie tôt ce matin. Dans la brume qui plane encore dans les bois de l'Est parisien il va d'une foulée tranquille 15,8km/h pour détendre sa puissance musculature que l'on peut voir rouler sous les lambeaux de son short fetiche. L'approche du combat titanesque qui doit l'opposer à Goldoric² demain le rend serein, confiant dans son apétit féroce il n'a pas mangé depuis 15 jours et sa pointe de vitesse célébre parmi tous les demi-fondants aux trois-quarts fondus entre saint-maur-les-fossés et noisiel-le-vieux, il ne craint pas l'echeance. Il la désire. Soudain au loin se dessine à la lueur du jour naissant la silhouette diffuse d'un pauvre vulgus-capus matinal. En une nano seconde il a pris son rythme de course 21,82 km/h l'objectif, inconscient du choc qui le guette, se fait plus proche à chaque foulée. Tandis que les feuilles s'envolent sur son passage et que les buissons plient sous l'effet de l'aspiration on entend distinctement le bitume gémir puis prendre feu quand ses ongles mutantes de capeur féroce griffent le sol humide de rosée. En effet le Mielouciraptor court pieds nus pour etre au plus prés de ses sensations primales. 5 micro secondes plus tard le vulgus capus pensera avoir vu un eclair rouge, sans pouvoir le jurer, entendra un rire effrayant qu'il décrira comme le grincement du TER en provenance de vernon entrant gare saint-lazare, tandis que ses narines dillatées par l'effroi percevront clairement une odeur d'ozone. De cette bréve rencontre avec Lui il ne gardera que le souvenir etrange de ces sensations, une coupe en iroquoise taillée à la serpe et un short en lambeaux. Pendant ce temps Goldoric² met la touche final à sa préparation en faisant des mouillettes de camembert pour son troisiéme café d'avant de se lever. Passant ses doigts souillés de gras dans le poil hirsute de son puissant poitrail, comme il aime tant à le faire lorsqu'il reflechit, il compare scrupulusement les apports nutritionnels de la tête de veau sauce gribich à ceux des tripes farcis à la Sarthoise. Pendant ce temps ses assistants compagnes et progenitures s'affairent pour mettre en place son caisson à haute pression dans lequel en 5h32' ce soir il triplera son capital en globule rouge. Ce procédé, associé à une consommation intense d'Omega 3 sous forme de sardines à l'huile, maquereaux au vin blanc et pizzas aux anchois lui confére un avantage physiologique inestimable sur le reste du peloton bélant et, peut etre même, du puissant Mielouciraptor. Tout doit se faire dans le plus grand secret le cout energetique de l'appareillage destabilisant durement le réseaux électrique de l'ouest de l'europe. Bien plus qu'une course a pied demain sera le jour tant attendu ou s'affronteront dans un combat incertain les forces de la nature aux puissances de la technologie et de la science nutritionnelle la plus pointue. En vérité peu importe qui en sortira vainqueur son avenir restant incertain tant qu'il ne livrera pas bataille aux representants du divin en ces lieux. Mais soyez sure d'une chose le perdant sera vivement raillé moqué et conspué. En plus qu'il devra payé son coup. Victor Hugo XVI..... par invité le 24/05/08 à 110257 invité tu es magnifique, quel talent de narrateur signe la prochaine foie de morue Victor Hugo XVI..... par invité le 24/05/08 à 120127 bah ?? c'est moi !!! Victor Hugo XVI..... par l'AB invité le 24/05/08 à 132440 C'est bien imité les fôtes d'orthographe du Raz', l'invité, mais la prochaine fois, si tu ne veux pas être reconnu, change d'IP. Merçi. Victor Hugo XVI..... par l'AB invité le 24/05/08 à 132910 H-20,30. Position du lotus inversé. En même temps, après manger, c'est normal. A défaut de mes jambes, mon coeur est avec vous. Victor Hugo XVI..... par mielou membre le 24/05/08 à 135936 j'aime ces moments où la tension est palpable l'orage n'est pas loin les bagnoles vous mettent des châtaignes et on entend la rumeur monter... je devrais encore m'enfuir comme un voleur à la fin de cette course, une histoire de famille, sans aucun doute mais je règlerais mes comptes offrir n'a jamais été un problème Victor Hugo XVI..... par ric² invité le 25/05/08 à 122959 bonjour et même très bon jour YES! Victor Hugo XVI..... par Baghera invité le 25/05/08 à 150713 z'alors les fauves?? vite, un scoop! and the winner is... Victor Hugo XVI..... par l'AB invité le 25/05/08 à 172959 So, you did it ! Je savais bien que le vainqueur serait le plus fort de ce jour. Je vous salue et vous embrasse malgré que vous sentiez un peu la conspiration. Linda ElFonz', je vous embrasse et vous salue bien que l'évitement est l'art de l'embarras, aujourd'hui avec vous, c'était pas vide-grenier. BRAVO ! BRAVI ! Il c'est à dire lui eût été fier de vous. Victor Hugo XVI..... par mielou membre le 26/05/08 à 090554 de toute façon, je porte réclamation ! le résultat de cette course risque d'être annulée pour diverses irrégularités constatées tees shirts non règlementaires, chaussures suspectes et troubles à l'ordre public entre autre... je n'accepte pas qu'on dise que je suis un mauvais perdant aussi et donc, je me pourvoie en cassation si je veux ! j'en profite pour porter plainte contre le temps qui passe trop vite bande de tricheurs victorieux Victor Hugo XVI..... par Baghera invité le 26/05/08 à 091723 "veni, vidi, vici" la devise de l'evidence au carré! la palme d'or! Victor Hugo XVI..... par L'avocat invité le 26/05/08 à 091922 En plus ça vaut pas ! 15" n'est pas une difference assez significative pour etre considéré comme victoire au troquet. Tout juste le temps de se gratter le nez, de laisser traveser une petite vieille ou de claquer une bise a une spectatrice. Alors hein. Et puis on avait dit que la course ne commençait que sous les 37'. Au dela il n'y avait pas lieu de vraiment courir et mon client à donc terminer en footing cool. si. Voila. A remettre. Hop. Victor Hugo XVI..... par invité le 26/05/08 à 092223 L'Fonz avec ce cuissard on dirait un générique des télétubbies. Le contraste visuel avec vampirella est assez curieux. Victor Hugo XVI..... par Baghera invité le 26/05/08 à 094851 dans ce couple infernal, qui fait l'homme qui fait la femelle?? Victor Hugo XVI..... par Mika B membre le 26/05/08 à 095949 Salut.....à toustes... Pour Baghée Un couple à normes males Victor Hugo XVI..... par invité le 26/05/08 à 100851 SVP Linda et moi c'est privé ! Elle vous répondra à sa sortie de la marée chaussée, sachez tout de même qu'elle a le coup de cravache ferme, efficace mais toujours juste il fallut que ce soit dit ! Victor Hugo XVI..... par mielou membre le 26/05/08 à 100903 la griffue, elle est comme ça elle aime le combat avé mika pilier de plus en plus rare de ces lieux Victor Hugo XVI..... par ric² invité le 26/05/08 à 103916 Bonjour les perdreaux de l’année, Euh, Raztab, c’est 36’67’’, il me semble que c’est contrat rempli. Mielou ? Tu veux des conseils d’entraînement ? De gestion de course ? D’aide à la décision en matière de choix vestimentaires short, basket et marcel à trou-trou ? N’hésite pas, je suis dispo. Victor Hugo XVI..... par invité le 26/05/08 à 104515 ça sent la testostérone ici ! Victor Hugo XVI..... par Baghera invité le 26/05/08 à 104721 le chauve est taquin! c'est ballot, sire loup, mais il semble que tu sois derriere le gagnant, t'as du depenser trop d'energie à courir apres les supporters du Presque cent gains! Victor Hugo XVI..... par invité le 26/05/08 à 105331 36'67" ça reste homologable. Ce sera donc dorénavant le record du monde du jour de "10km-avec-esquive-de-cravaches". Victor Hugo XVI..... par invité le 26/05/08 à 105849 il a mis la barre haut de prison le ric² ! ça va être dur à tomber ça ! invité c'est quand ton tri ? tu confirmes que t'es pas sur paris ? Victor Hugo XVI..... par mielou membre le 26/05/08 à 105941 j'y crois pas ! comment il a la victoire modeste ce ric² ! suivre la première féminine pendant toute la course et me planter une accélération au 8km300, c'est digne d'une tactique machiavélique c'est la faute au PSG, moralement cela m'a perturbé et j'en ai mal dormi, c'est trop injuste ! puis tes brooks importés, j'ai comme un doute maintenant Victor Hugo XVI..... par ric² invité le 26/05/08 à 112343 Tatata, comme dirait Linda. Ca fait la Une de Choisy-Matin j’ai emmené de manière chevaleresque la demoiselle de l’US Metro pendant 5km avant de lui faire mes politesses. Je crois même que ce service totalement désintéressé lui a permis d’enrhumer quelques concurrents âgés qui lambinaient en fin de course… Mes mocassins de running sont homologués par l’IAAF, l’USATF et la FOMECBOT. je n’en dirais pas tant d'étonnantes chaussures jaunes arborées par un célèbre V3 pour son grand retour sur 10… Victor Hugo XVI..... par invité le 26/05/08 à 113823 C'est le 15/06 . J'ai pas pédalé depuis une semaine. panne technique. j'ai comme un doute là maintenant. Le 01/06 je ne suis pas dans le nord. Ce sera pour une aut'fois. L'Ric², tu pourras nous donner ton menu de la veille de course ? Donne nous un peu de ton sagesse ! Victor Hugo XVI..... par Baghera invité le 26/05/08 à 114724 la barre en 36'67, pour moi ce sera toujours le passage en dessous, jamais au dessus, mais sans brooks, sans cravache, sang faillir et sens'u'elle, of course! Victor Hugo XVI..... par gérardM membre le 26/05/08 à 122155 ric2 Mes chaussures jaunes, n'ont rien d'exceptionnel, elles sont légères et confortables, ce ne sont pas les ressorts qui m'ont fait avancer plus vite, et puis 39'21" à mon chrono, n'est qu'une étape, j'espère bien faire 38'.." jeudi soir. Sur piste et avec des pointes gm Victor Hugo XVI..... par ric² invité le 26/05/08 à 124819 Prépa nutritive pour un 10 la veille au soir ? Une bonne pierrade avec un choix raisonné de viandes Du bœuf taillé dans les pièces à fondue rassises et persillées, du poulet on lève des morceaux dans les cuisses, là où se planquent le top du glyco de gallinacés, du veau pour assimiler un peu de la vitesse et de la joie de vivre qu’expriment ces jeunes bêtes dans les champs et du porc pour s’inspirer du caractère de ce noble animal. Hydratation à base de Fleurie une boisson de l’effort produite dans le Beaujolais. Pour fignoler une bonne recharge glupidique, il est conseillé un apport conjoint de laits de vache, chèvre et brebis sous forme de fromage. Vous connaissez la pâtisserie Rousseau&Seurre, rue des Martyrs ? Leur Bolero » devrait être copié par OverEstimm pour la recette du Gatosport. Des ressorts dans les chaussures ? Comme dans les dessins animés, genre inspecteur Gadget ? Et on voudrait nous faire croire que tout cela est bien légal ? Victor Hugo XVI..... par invité le 26/05/08 à 132010 C'est vrai l'Ric². D'ailleurs i parait que les spira vont etre interdites à Pekin. i parait. Du point de vue televisuel je trouve dommage de se passer d'un si beau jaune. Mais laissons les instances superieurs juger en leur ame et conscience. Victor Hugo XVI..... par invité le 26/05/08 à 133245 En parlant de ressorts je voudrais rebondir sur un phrase de jipitou Mon papoune, je ne fait pas de fote d'orthograf mais je propose des alternatives d'ecritures et parfois de légéres modification d'une grammaire vieillissante. Le tout sans trop insister pour eviter de vanter mon esprit d'initiative. Cette mise au poing étant fête, je salue tous les ressortissants de ce post qui ce mois çi traitera exeptionnellement de courses à pied. Pour un peu on se croirait chez des sportifs ici. Pour ceux qui ne suivent pas je vous rappelle qu'aux z'episodes précedents l'Ric² grace à une aide précieuse exterieure à mis une taule au miélou sur le sprint final. Son secret pour avoir une forme aussi éblouissante le jour J ? Boire des vins de filles la veille en tatant du fromton varié sur baguette tradition. C'est beau. Victor Hugo XVI..... par gérardM membre le 26/05/08 à 154345 les chaussures SPIRA, sont de bonnes chaussures, les ressorts ne proccurent aucun avantage particulier, on ne rebondit pas, c'est juste confortable , elles sont très légères , il ne vaut mieux pas les utiliser sur marathon, ni 1/2 marathon, 10 km est un maximum. GM Victor Hugo XVI..... par invité le 26/05/08 à 155458 invité pour les fautes d'orthographe, je crois que tu as confondu avec l'AB qui y fit allusion un peu plus haut oui je sais je suis une balance ! ce qui n'empêche pas que t'es un beau çalop de la pire espèce ! Victor Hugo XVI..... par invité le 26/05/08 à 160154 Ha ! 'fectivement. Ca m'etonnattes aussi sur le coup que tu puisse me faire une reflexion aussi fourbe et totalement dénuée de fondement. On t'as jamais dit que tu est un veritable arc-en-ciel dans ce monde monochrome ? mais méfie toi quand même si tu croise un perroquet en rut quand tu es habillé comme-çi Victor Hugo XVI..... par invité le 26/05/08 à 163055 on m'a même appelé le sucre d'orge, y en a qui sucent pas que de la glace comme on dit ! en tous les cas moi ça m'aurait pas plu que l'AB il dise que je faisais des fautes d'orthographe ! tu consultes qqun pour ce problème ? tu veux te confier à nous ? ici tu n'as que des amis, n'hésite pas amitiés çportives Victor Hugo XVI..... par ric² invité le 26/05/08 à 164843 Sur les critiques de niveau d’orthographe, l’AB fait preuve d’un pédantisme de cuistre. Faut tout de même savoir qu’avant de poster, il fait relire toutes ses interventions par un pool de secrétaires à sa botte et peu farouches! Je voulais juste revenir sur un truc, l’invité à la belle plume concluait son panégyrique par ces mots Mais soyez sure d'une chose le perdant sera vivement raillé moqué et conspué. En plus qu'il devra payé son coup. » Je vote pour cette dernière proposition. Victor Hugo XVI..... par invité le 26/05/08 à 165407 Tu me connait, sensible comme je suis j'ai pris ça comme un camouflet. Entre ça, les mots compte-triple du ric² et les phrases allant biqué de M'Baghee y a de quoi faire une déprime. J'en ai parlé au petit robert qui m'a conseillé de regarder dans l'la rousse. Mais d'la rousse y en a pas tant que ça et pis elles se laissent pas toujours faire. Sans compter qu'il y fait sombre. Ch'uis un peu perdu maintenant. Victor Hugo XVI..... par invité le 26/05/08 à 165409 c'est vrai que l'AB c'est le houellebecq de la CAP, il fait pas de cadeau ! en attendant RTB il avait qu'à poster son intervention avec une IP connue, pour un peu je lui aurais foutu une enquête au cul moi, faut pas rigoler avec les IP ici, qu'on se le dise ! Victor Hugo XVI..... par l'AB invité le 26/05/08 à 165702 "A ma botte" ? J'aurais aimé un peu plus de hauteur. La faute est-elle si lourde qu'elle te casse les pieds Raz' ? Quant à dénuer de fondement une réflexion, c'est lui permettre d'aller se rhabiller au lieu de dire "j'en ai chié", comme le confia au retour à ² junior, le vainqueur du dit manche. Victor Hugo XVI..... par invité le 26/05/08 à 165957 Faut que je note le coup du rhabillage là ! Personne n'aurait un stylo sous la main ? ou une secretaire ? Victor Hugo XVI..... par l'AB invité le 27/05/08 à 084359 Apparemment le stylo accompagné de la secrétaire ne court pas les rues... Demande plutôt un ultra portable. Bonjour les barés assidus au bar. Victor Hugo XVI..... par FreddiStendue invité le 27/05/08 à 092435 Salut à vous les grégaires de l'immobile vous qui dormez les yeux ouverts et parlez à voix tue turlututu hu hu hu ™ Victor Hugo XVI..... par LINDOUZE invité le 27/05/08 à 092514 Bonjour, Cher l'AB, mes hommages du matin! J'espère que votre tendinite s'estompe.. Je dispose de massage en poudre..si vous en voulez n'hésitez pas, vous savez où me trouver!! J'ai plié la cravache, débotté les bottes, racroché les gants, rendu silencieux les bas qui grésillent, ...tout va mieux.. Je suis redevenue normale...j'men vas courir avant 12 fois autour de ma tour.. Bisous à tous LInda Victor Hugo XVI..... par gérardM membre le 27/05/08 à 093126 comme si quelqu'un pouvait poster avec une connue un pseudo oui, mais une ...... à moins d'avoir accès à l'ordinateur d'un copain il y a déjà assez d'usurpateurs comme ça. Bonne journée gm Victor Hugo XVI..... par invité le 27/05/08 à 093220 toujours pas de vélo. 8jours pour changer une roue..... mouais..... il livre doucement le livreur de roues. En ce moment je peux pas toucher un truc sans que ça pete mp3, ampoule, clé de porte, coupe circuit de bagnole, machine à pain, ...... même quand je fais la cuisine c'est toujours bizarroïde au gout. Y a quelqu'un qui joue avec une poupée a mon effigie ? Faut que j'egorge un coq noir ? Je tenterai bien la grosse murge, mais j'ai deja fait ce we sans resultats. Victor Hugo XVI..... par invité le 27/05/08 à 094455 invité évite de toucher ta femme ces temps ci, pour son bien ne va pas d'un geste malheureux lui péter le bassin, pense à steve austin et super jaimie au début de leur relation, fallait canaliser toute cette force je te conseillerai de faire comme avec une voiture, conduire au verre d'eau tu poses un verre d'eau sur sa tête et aucune goutte ne doit déborder ne me remerçie pas Victor Hugo XVI..... par invité le 27/05/08 à 100714 merçi pour ce partage d'experiençe. Heureusement que çe forum existe pour pouvoir echanger des informations de qualité. L'année prochaine il devrait faire beau du 12/03 à 09h27 au 13/03 03h49. Préparez les cremes solaires. M'en fout ce soir j'irais nager en mer si je veux quand même. Ca fait toujours un peu peur les requins, les murénes, les nappes de pétroles, les barils radioactifs, les huitres mutantes tant de danger nous guette dans ce milieu qui n'est pas le nôtre. Victor Hugo XVI..... par ric² invité le 27/05/08 à 111521 Bonjour les trachystomates, faut voir aussi le côté positif si tu nages en pleine mer tu peux aussi rencontrer Darryl Hannah et te faire rouler une pelle subaquatique inoubliable. Comme tu sembles avoir pas mal de chance en ce moment et que j’ai mes entrées chez Terpsichore, la Madame Claude des sirènes, tu peux faire ton choix dans son catalogue Little Mermaids » • Aglaophone la belle voix • Aglaopé le beau visage • Anaïd la neutre sublime • Baghee l’apothéotique regard elle a inspiré les petits gars de la créa’ quand il a fallu choisir la couleur de la flotte du côté des caraïbes • Calou le sourire affriolant la plus nature des sirènes • Freddie HobbyCat pas dispo actuellement sirène en vacances à la montagne • Himeropa la douce • Leucosie la blanche • Ligée au cri perçant • Linda la beauté bottée pas évident à porter les bottes avec la queue de poisson… • Marlène la charmeresse J’ai lu dans les pages pipol de Plongeurs International qu’elle se maquait avec un Triton • MikaB si si, vers 3-4 heure du mat’, il te fait la sirène de Zeebruges en chantant la Brabançonne • Ninalaoups le volcan marin • Parthénope au visage de jeune fille • Pisinoé la persuasive • Thelxinoé l'enchanteresse • Thelxiopé la troublante • Molpé le chant étrange • Raidné le progrès • Télès la parfaite J’en oublie ? Victor Hugo XVI..... par invité le 27/05/08 à 112710 Les mermaids ça à l'air 'hachement sympas. Elles ont autant de convers que les barmaids ? Victor Hugo XVI..... par DAVID08200 membre le 27/05/08 à 114055 Victor Hugo XVI..... par l'AB invité le 27/05/08 à 131309 Le Fonz', tu me connais, la délation et moi ça fait 2, ça me rappelle une anecdote quand j'étais à Vichy... mais ceci est une autre histoire. Nan, je voulais te faire remarquer qu'y en avait un qui te cherchait "=> sélection naturelle ? => l'homme n'est il pas le plus grand prédateur pour l'homme ? => GeorgeW et autres chefs de guerre ne sont il pas des => précurseurs voire des catalyseurs ? Réflexion hautement intelligente qui demande un grand courage politique!!! Je te félicite pour bien avoir appris ta leçon, tu es politiquement correct et t'en félicite. En tout état de cause, ceci est un forum de cap et non pas une tribune politique. A bon entendeur". Je ne fais que citer, hein. Allez, la bise, mon grand, j'ai pas le temps pour la totale. Victor Hugo XVI..... par invité le 27/05/08 à 134025 l'AB tu m'étonnes, parler comme ça à bruno24 fallait oser, il doit avoir une sacrée paire de roustons à la sauce porto, j'aimerais pas le croiser un soir d'eclipse solaire ! Victor Hugo XVI..... par invité le 27/05/08 à 134508 Victor Hugo XVI..... par l'AB invité le 27/05/08 à 135016 Compte-tenu du gros qui voulait pas regrossir après avoir trop pas assez maigri de là où y voulait pas, je pense à un complot des Steph contre Bruno24. Pour ma part, étant contre toute tentative de lynchage tant que je n'en suis pas l'organisateur, je trouve révoltant ces tentatives et m'associe à la défense collective de Bruno24. Victor Hugo XVI..... par invité le 27/05/08 à 135105 c'est le genre de mecs qui doit porter son badge autour du cou, comme un collier. t'interesse pas à lui invité, tombe pas dans le piège, ils sont plus forts que toi, ils sont là pour te déstabiliser et te faire perdre pied Victor Hugo XVI..... par l'AB invité le 27/05/08 à 135405 Tu veux dire un informaticien ? à cause des contrôles d'accès Victor Hugo XVI..... par invité le 27/05/08 à 140121 l'AB t'es pas obligé d'être blessant, ces gens là ont le droit de vivre aussi Victor Hugo XVI..... par l'AB invité le 27/05/08 à 141033 Mon tendon s'est levé du pied gauche ce matin. Un tendon de mauvaise humeur c'est irritant. J'ai bien essayé de le prendre dans le sens du poil, mais autant nager à contre-courant. Voilà, je souhaitais vous faire partager ce moment intense d'intimité, qu'une émotion sincère parcoure vos mines grises de cette heure. Je repars travailler. En réunion. Le collectif, y a qu'ça d'vrai am stram gram c'est toi qui t'y colleras. "Bravo, je vous félicite pour votre brilante remarque. Puisqu'à l'évidence vous possédez tous les éléments pertinents sur ce dossier, je ne vois que vous pour le préparer. Si vous avez besoin d'aide nous sommes à votre disposition formule de style. Je le veux sur mon bureau pour l'avant-veille de demain. Dossier suivant..." Victor Hugo XVI..... par invité le 27/05/08 à 141312 l'AB il est un peu grignette ces temps ci non ? Victor Hugo XVI..... par l'AB invité le 27/05/08 à 141452 J'ai pas besoin d'une calculette pour me lever et aller pisser le matin, moi môssieur. Mince, je file, j'ai régime. Victor Hugo XVI..... par invité le 27/05/08 à 141932 Pour l'AB, l'homme à l'imc qui défiait la raison, le poids est une vue de l'esprit, une abstraction, une simple possibilité dans le grand tout cosmique. Il est pas prés de peser ses tartines de craquottes. Salaud de maigre ! Victor Hugo XVI..... par mielou membre le 27/05/08 à 142620 on veut courir douze heures et avoir linda en bas qui grésillent non mais, qu'est ce qui faut pas entendre ! mettez vous au dix kil, au moins ça ne mange pas de pain bonjour victoriens survivants apparemment, je serais maintenu à mon poste de coureur lamda l'année prochaine à maisalf pas de transfert, ni de descente en D1, j'ai confirmé la R3, je peux retourner à mon footing de base malgré ma défaite historique, je compte trainer mes zoom du coté de choisy pour une sombre histoire de marathon relais sinon hormis que ma vengeance sera terrible, j'ai bien l'intention de me faire pardonner par quelques personnes de ce forum que la force soit avec vous Victor Hugo XVI..... par ric² invité le 27/05/08 à 151225 Grignette ? J’ai grigne » devenir grigne, triste, mécontent, grigner» plisser les lèvres en montrant les dents. Ah oui, grignette » instrument du boulanger pour former la grigne sur la pâte. j’ai tout un catalogue de grignettes de la société scaritech. J’ai rien dans le dico d’argot… Ca doit être issu d’une de ces langues régionales, richesse de notre Nation. Raztaboubouleur, goulebenéze, meûx vaut chômer que mal moudre !? Grignette ? Mielou ? T’es grignette ? Quand est-ce qu’on remet le couvert ? Victor Hugo XVI..... par invité le 27/05/08 à 151617 ric² grignette attention, violents échanges ! Victor Hugo XVI..... par invité le 27/05/08 à 155428 Ouais l'mielou i fait partie du meme gang que l'AB question grigneterie. Victor Hugo XVI..... par Mika B membre le 27/05/08 à 170024 Salut les artistes...... Punaise, le miélou, il n'a pas encore digéré sa claque de Choisy....Qu'on lui reprenne de suite son arme de service, il va faire une connerie...... Ric2 Dans cette affaire, t'es pas tout au fait c'est quoi cette couleur! Réservé, il parait au noceuseFC. c'est curieux quand méme, quand je fais la nocerarement je suis noire! Comme quoi, les gouts et les couleurs................ L'AB ton "tendon c'est le surnom de ta femme? JPII+ Qui c'est ce fort maticien? des eaux bligeants...... Lind12 redevenue normale, c'est un scoup! les bas qui grésillent, et les hauts froncent....ceci dit, pour la cravache d'or 2008, tu as marqué beaucoup de poings Ric2 Sache que quand la brabant sonne La flandre se taille.... La baghée trouve plus ses marks ou repaires à l'heure de l'euro,tout se paire... RTB rien à dire, tu fais chier, tu es trop sobre...... méme pas une pélicule sur les épaules...... remarque, le ric2 non plus....... Bon! je vais aller faire mon tour à pieds c'est plus sur durée3h. dabord le café des touristes, puis le bar à tin, la taverne de les cents ciels, puis enfin le café de la cloche au dernier tour.....je vous salue mes braves...........Mika. Victor Hugo XVI..... par invité le 27/05/08 à 172353 La vache ! T'es parti pour du long alors MikaB. N'oublie pas de mettre des cahuetes dans les poches pour tenir d'un ravitos à un autre . Victor Hugo XVI..... par LINDOUZE invité le 27/05/08 à 172656 HAHA, mon bon Mika, je commence à découvrir plein de qualité chez les Belges!!!! Je te décerne la palme des jeux de mots!!! Dis, justement en parlant sérieux et de mots, pourrais tu me donner le nom de ce "Capello Belge" qui a sorti un livre sur la langue française.. J'évolue, je voudrai remplacer ce livre par mes histoires de Bellemare oui, j'avoue je lis les histoires de Bellemare! si tu me trouves le nom..je te refais la scène "Choisy" version Belge!! je te bise. LInda Victor Hugo XVI..... par ric² invité le 27/05/08 à 175103 Euh, sinon avec Raztab on est potos sur fesse-bouc depuis peu. Je sais ça fait ringue, on a quelques métro de retard, mais on est djeunes enfin, moi surtout, faut dire qu’il est né 5 jours avant moi. Et en plus on est super grignette sur nos photos de profile ». Hey, RaztaHype, on monte un groups» ? Victor Hugo XVI..... par invité le 27/05/08 à 223316 attend, putaing, tout ça va trop vite pour moi, j'ai oublie mon user/mot de passe, putaing con ! Victor Hugo XVI..... par invité le 28/05/08 à 090239 Salutatoussezetatoutes. Ch'uis trop ému chez un amis chez face de livre ! Trop cool. Qui a dit que j'etais nul en techno ? bon je vous laisse faut que saisisse mon menu dans mon logiciel de grignette. Victor Hugo XVI..... par ric² invité le 28/05/08 à 101219 Bonjour les ultramodernes. Raztahure, t’as recherché d’autres potos du running sur face-brooks ? Tu crois qu’on peut tomber sur Madame FC avec les photos de la noce ? Victor Hugo XVI..... par invité le 28/05/08 à 101634 Non elle vie maintenant d'amour et chianti frais , dans le dépouillement le plus total loin des turpitudes de la vie hi-tech. Aucune chance de la revoir sur le net. Victor Hugo XVI..... par invité le 28/05/08 à 103022 Des bruits qui courent au seuil laissent supputer une production marc dorcel de la nuit de noces de FC, on vit dans un monde ! Victor Hugo XVI..... par l'AB invité le 28/05/08 à 104528 Raz' De l'importance de l'accord des partenaires sur les termes. Combien d'erreurs d'aiguillage à rectifier pour renforcer la société. L'étudiant qui choisit la mammalogie comme voie, espérant de par le fait comme dit JCC, retrouver les origines de l'astre lacté cachées derrière le mamelon, et s'en retourne, dépité, détourné par la dent d'un smilodon, à ne pas confondre avec le sourire de Spiridon. Se retrouver à excaver des fossiles sous la couche d'un enrobé de béton de supermarché, alors que l'on pensait tater du téton sur la couche dérobée... se retrouver l'oeil rivé à une lunette d'astronome à contempler l'infini alors que l'on pensait lécher les rives d'une voie lactée matérialisée par l'univers courbe des seins... Voilà où peuvent mener les innovations trop hardies de langage, Raz'. Ceci est un extrait parfumé du livre coécrit par FC. "Les fabuleuses histoires vraies". Victor Hugo XVI..... par invité le 28/05/08 à 105219 l'AB il lit Barbara Cartland, quelle midinette, déjà qu'il était grignette, tout fout le camp Victor Hugo XVI..... par invité le 28/05/08 à 130124 Alors les mickey ? y a quoi a bouffer c'midi ? Je vais recuperer mon vélo tout a l'heure, ça me rempli d'allegresse, je me demande si je commence pas a y prendre gout à ce machin. Va falloir que je trouve un forum " pour pouvoir recevoir l'enseignement theorique indispensable a toute activité sportive sérieuse. Victor Hugo XVI..... par invité le 28/05/08 à 131110 Me suis connecté sur face de bouc, il m'a reconnu de suite ! Ca doit etre mon coté rutilant. Victor Hugo XVI..... par Montaigne membre le 28/05/08 à 132019 Heu, oui c'est moi. Je ne fais que passer. Il se passe des choses pas très propres sur ce post Je cite "Donc j'ai décidé de faire du 8km/h.. en attendant de voir baiser la FC..." Voilà, je vous quitte, avec le sentiment du devoir accompli. Jojo94 tu reprendras bien une p'tite Côte avec le frometon ? Victor Hugo XVI..... par ric² invité le 28/05/08 à 145714 Tudieu ! Michel Eyquem a raison ! Autre citation il faut qu'il y ait quelques minutes d'efforts intense, quand même, sinon la FC n'a pas le temps de monter. » Aucun doute possible, c’est donc que le S Tape de la nuit de noce de Paris Hilton FC annoncé par El Fonz est déjà en circulation. J’achète ! Raztaroue, je t’ai déjà parlé du Dr Romanov, le révolutionnaire russe de la technique du running ? Ben, il a également révolutionné la technique du swimming et du cycling, bref, du triathlèting. Pleins de jolies vidéos et d’articles de fond pour te faire flipper Ah, sinon, je viens de m’inscrire au prochain marathon de Berlin. J’hésitais avec la Côte d’Amour et finalement, à l’évocation du short mythique du Mielou, je choisis le pèlerinage allemand Victor Hugo XVI..... par l'AB invité le 29/05/08 à 091256 Ach ! Berline !... Kapitale de la prostituzion des ex-républiques socialistes amies de l'avenir communiste du lever de rideau de fer. Tu tiens boutique ? Elle s'appelle Brooks ? Elle aussi ? Soif. Prösit. Victor Hugo XVI..... par invité le 29/05/08 à 091550 Afin que toutes les catégories soient représentés dans mon gouvernement j'ai décidé de nommer Jean-François Lapin comme ministre du développement du râble Voilà, que ce soit gravé dans le granit du marathon de la côte d'amour ric est un gros lâcheur c'est tout ce que j'avais à dire ! Victor Hugo XVI..... par ric² invité le 29/05/08 à 101944 Hello les infidèles, Je suis retombé sur cette photo, et me suis dit que la source du secret de la science des mystères du running était dans ce coin là Je retourne sur les traces de mon modèle, mon Mentor, mon héros de l’Odysée. Ca ne te tente pas El Fonz, Berlin ? La patrie de Horst ! Et comme le suggère l’AB, on irait jouer avec des quilles Victor Hugo XVI..... par invité le 29/05/08 à 102544 Le marathon le plus rapide du monde. Un bien bel objectif, oui, oui, oui. Cependant délocaliser son running à l'etranger alors qu'on est pleinement performant en france ric² vainqueur du challenge CVKR Choisy's Victor's King's Runner's faut il le rappeler ? c'est faire preuve de bien peu de patriotisme. As tu seulement reflechi a l'avenir de tous ces benevoles de la cote d'Amour qu'il faudra licencier ? Kapitalist ! Romanov ça a l'air bien, faut juste que je comprenne ce qu'il dit, l'anglais des fois ça ressemble a du russe pour moi. Victor Hugo XVI..... par invité le 29/05/08 à 105916 vas y RTB, ressors nous ta phrase sur "reason etc ..." espèce d'anglophile va ! le ric y a pas à choisir entre les 2 pour moi, mon coeur appartient à ma bretagne natale ! ceci dit berlin ça me botte si je suis fit comme ils disent les rosbifs Victor Hugo XVI..... par lecandide invité le 29/05/08 à 111110 salut mais qu'est ce que c'est que cette adresse ? je suis perdu, moi ! Victor Hugo XVI..... par invité le 29/05/08 à 111421 le candide tu parles à qui ? espèce d'invité va ! ici on parle qu'aux membres ! Victor Hugo XVI..... par lecandide invité le 29/05/08 à 112619 vu la qualité de l'accueil, je ne suis pas sur de repasser ici je n'ai finalement aucun regret de ne pas m'être déplacé à Choisy dimanche dernier ;- ciao bonjour à Madame Victor Hugo XVI..... par invité le 29/05/08 à 112846 au membres actifs même. Tiens, prend ça L'Fonzouyoski et fais passer au Ricoré-K "reason is six seven of treason" Et vlan. Ha ! Victor Hugo XVI..... par invité le 29/05/08 à 113023 alors tes prochaines courses el candido ? ça se passe de quel côté ? amitiés sportives Victor Hugo XVI..... par lecandide invité le 29/05/08 à 114826 j'aurais aimé faire Vincennes puis l'ekiden de Choisy, mais vouloir n'est pas pouvoir. Juin est un mois très chargé, donc rien de prévu pour le moment. On verra bien. Je suis vos aventures à distance ! Victor Hugo XVI..... par l'AB invité le 29/05/08 à 162304 Ah ces capeurs, ça part en vrille dès 9 h du matin, et vas-y que j't'pète mon chrono sur Bourg la reine, et moi ce sera Berlin ou rien, j'ai un chagrin d'amour avec mon vélo est-ce grave docteur ?, je suis candide mais je me soigne, j'aime l'odeur de mes pieds le soir au fond du lit, etc... j'en passe et des meilleurs, et dès qu'arrive l'heure de la gamelle, y a plus person qui répond ! Brouteurs va ! Victor Hugo XVI..... par invité le 29/05/08 à 163136 Hein ? Quoi ? C'est l'apéro ? Victor Hugo XVI..... par invité le 29/05/08 à 163442 belle perf' de RTB qui maîtrise la langue de j'expire ric² a pas osé relever de peur de se heurter à un rock voisine el candido, "vouloir n'est pas pouvoir" cette phrase est très belle, moi aussi j'adore écouter vitaa le matin l'AB, alors la baghé t'en as fait quoi ??? Victor Hugo XVI..... par Montaigne membre le 29/05/08 à 163721 De l'usage imprudent des prévisions faites trop tôt... l'AB invité le 02/05/08 à 084747 ... Bonjour bande de capeurs. Votre 1er fut-il fructueux ? Vous n'avez rien perdu, le mois de mai s'annonce chaud, chaud, chaud. ... On attend toujours ... Autrefois, tu aurais été écartelé, pendu, décapité, et tes cendres dispersées au large de Guernesey parce que j'aime bien ce mot, ça fait moins tricot. Victor Hugo XVI..... par CARLOS invité le 29/05/08 à 163928 bijour' Je cite j'aime l'odeur de mes pieds le soir au fond du lit" Hé oui très cher l'Ab... c'est donc à toi que j'ai dédié ma chanson, que personne ne connais ha si à part Linda, y parait qu'elle était fan de moi, petite!! Ma chanson Quand on a les pieds bleu, c'est qu'on est amoureux, Quand on a les pieds verts c'est qu'on est en colère, On a toujours les pieds, que l'on a mérité, Quand on est en vacances, on a les pieds qui penchent.... Mais alors, de quel couleurs sont vont pieds aujourd'hui, chers coureurs??? CARLOS Victor Hugo XVI..... par invité le 29/05/08 à 164010 HEIN ?! DU VELO ?! Et pourquoi pas du sport pendant qu'vous z'y etes ! Bloue skaïe nahou, ze colle of ze rode is insoutonabeul . Aïe have to claïmbe on maïe litteul queen and bi fri as le vent accross the prairie! je me feel trop ouaïlde en ce moment. Victor Hugo XVI..... par invité le 29/05/08 à 164130 J'ai les ongles bleus, faut que j'arrete avec la schtroumpfette ? Victor Hugo XVI..... par invité le 29/05/08 à 164550 oubliez pas "out of africa ce soir" bande d'ineptes ! Victor Hugo XVI..... par Montaigne membre le 29/05/08 à 164834 Ben oui, c'est un sacré film. Quand on l'a déjà vu 1 fois au vrai cinéma, 2 ou 3 fois sur petit écran et 2 ou 3 fois sur plasma, l'effet est radical. On dort ! Victor Hugo XVI..... par invité le 29/05/08 à 165241 RTB c'est pas la sctroumphette c'est overdose de viagra, mef' ! montaigne continue comme ça et tu vas l'avoir ton prix citron ! je ne vous salue pas bien evidemment Victor Hugo XVI..... par LINDOUZE invité le 29/05/08 à 165604 Tiens, un petit coucou à Mon Taigne... je n'ai plus l'occas de papoter avec toi!!! Mais en tout cas, ça m'éclate de te lire, tu sais te montrer "corosif" et en même temps "abrasif"... Heu me demande pas pourquoi, j'ai choisi ces mots...mais c'est ceux là, qui me sont venus!!!Probablement la dernière pub de Sun lavage!!! ça s'appelle parler pour ne rien dire!!! Lindouze Fan de Carlos en 190....bouh, ça fait trop loin Victor Hugo XVI..... par Montaigne membre le 29/05/08 à 165748 ... en plus, c'est pas très moral, cette histoire. Y'a pas une histoire de 5 ou 6 filis, là dedans ? Victor Hugo XVI..... par ric² invité le 29/05/08 à 172447 scusez, je coachais le coach riri. La nutrition de l’effort, ça me connaît. Shavetabool, t’as un lien vers une traduction RTBenglish->Saintongeais? Ah, Linda, ses pieds sont comme les violons qui font courir les fleurs sur la dune. Ou un truc du genre à la Alain Delon. Par contre, ses gants de boxe…!!! Si t’as déjà la chance d’esquiver le crochet dans le nez, tu peux pas résister au deuxième effet produit par le passage sous tes nasaux de ses boules de cuir. Ca t’asphyxie directe, les bras en croix sur le ring. Victor Hugo XVI..... par Lindarrivée invité le 29/05/08 à 181608 Oh oh..mon bon Rick2, tu me deçois!!! Tu commences par une belle et charmante phrase faite de violon et de fleur et ensuite tu avoues en public que "je pue de la boule de cuir"..arrrgggggggg!!! M'enfin tu as quand même découvert ma "botte secrète" non pas la cavalière..celle là, tu l'as vu en vrai Mon astuce à moi pour gagner les combats 1 tu prends le regard qui tue 2 tu montes ta garde 3 tu fais un jeu de jambes façon "Crayzi Horse" mais sans la jupette frou-frou 4 tu envoies le crochet du droit façon Jonh Wayne ...et, juste avant l'impact, l'adversaire tombe par "odeur insoutenable"... Même pas besoin de jeter l'éponge..tu gagnes à tous les coups!! Mais si non, t'as pas senti mon Chanel n°12, j'avais pourtant vidé le flacon!!!! Linda Victor Hugo XVI..... par invité le 29/05/08 à 233549 ze skaïe waz rilly dip bloue batte ze road waz so fucking long. les cieux azurés etaient d'un profondeur tout aussi limpide qu'insondable mais putaing con que la route fut longue ! mais belle hein, mais longue quand même bin mon drôle, ch'ui rentré tout d'gingouin de c'te p'tite ballade. Ha c'est bien beau de vouloir faire son biton fin de tantot sur son biclou. Au depart ch'uis bien beunaise je vais mon balan mais à la fin une fois que je me suis bin fait achaler je nijhasse, je suis moins bégueule à buffer au moindre faux plat, j'ai bin cru basir minme sensement. Heureusement que je sait lever le pied quand il faut. Victor Hugo XVI..... par l'AB invité le 30/05/08 à 090445 Hé ben voilà. En même temps le patois c'est mieux à écouter qu'à lire. C'est plus difficile de saisir le bon orthographe à l'oreille qu'à l'oeil. Je vous bise. J'ai toujours des compteurs à remettre à zéro dans la cour. Mais qu'est-ce que j'ai le cerf-volant ce matin !... Victor Hugo XVI..... par Montaigne membre le 30/05/08 à 090938 On veut bien t'espliquer, l'AB. Faut seulement nous dire où t'as pô compris. Victor Hugo XVI..... par ric² invité le 30/05/08 à 092312 Bonjour les pugilistes, mais par quelle infatuation se permet-on de masculiniser orthographe » ? Victor Hugo XVI..... par invité le 30/05/08 à 094021 C'est comme ça, c'est la nouvelle égalité des sexes, tout fout le camp mon pôv. Victor Hugo XVI..... par ric² invité le 30/05/08 à 102925 Ah, Raztoncampagnolo, t’as pas envi d’investir dans un vélo de star ? Le genre de machine avec des noms exotiques genre Kulota ou désuets style Commensal ou Amphitryon. Des trucs qui, tout équipés, pèsent autant que la roue avant de ton bon vieux vélo et sans le pneu. Avec des mécaniques issues de la F1 et construits en matériaux importés de l’espace par la Nasa. J’hésite vachement. Je compulse des catalogues dans les commodités planqués sous la pile de Elle et de Running Times. Je m’arrête chez des dealers de biclounes sur mon trajet de retour. Je discute le bout de gras à propos de vélo d'entrée de gamme», juste pour m’y remettre. Et ils me répondent tous que c’est pas la peine de rabioter sur la dépense car de doute façon, une fois relancé, le virus te choppe et tu veux forcément up-grader ta trottinette pour un canondale, une pin-up de magazine beaucoup plus belle que la plus belle de tes copines. J’hésite. Victor Hugo XVI..... par invité le 30/05/08 à 104031 belle allusion NTM du ric², il est vraiment très fort ! Victor Hugo XVI..... par invité le 30/05/08 à 105101 Arf... C'est mon reve secret l'ric². Deja juste en avoir un à ma taille pour eviter d'avoir les lombaires rompus à chaque fin de sortie. Mais pour de vrai le vélo de star, non, je prefere juste en conserver le fantasme. De quoi j'aurais l'air moi l'hippopotame sur un engin si léger, si beau, si tout avec mes doigts pleins de gras. hein ? Sans compter qu'il faudrait hypothéquer ma R7 et les jouets de mômes, ce ne serait pas décent. Victor Hugo XVI..... par invité le 30/05/08 à 105841 Et puis il faut la tenue qui va avec. Le truc hyper moulant taggés par 15 sponsors ou le moindre petit bourrelet est apparent. Désolé. Je peux pas. Je garde mes bourrelets sous un tee-shirt XXL decathlon avec le cuissard à couche premier prix, noir, pas trés beau mais sans pub, les lunettes en plastique et le casque le plus moche de la création cyclosportive du 21ieme siécle. Le tout est trés bien assorti aux cales pieds que j'ai du boulonner à la clé de 12 sur les pédales. Victor Hugo XVI..... par l'AB invité le 30/05/08 à 110008 Tout simplement par ce que je suis, Ric², c'est une évidence vaine, non ? Vous faites quoi dans le milieu de la pédale ? La roue ? Victor Hugo XVI..... par l'AB invité le 30/05/08 à 111046 Asag c'est mon collègue mésopotamien et têtu, me souffle à l'oreille que c'est la nature du scribe qui emporte l'adhésion du texte. Exemple si c'est un homme qui écrit, on ne s'exclame pas "quelle belle écriture !" mais "quel beau écriteau !" Faut quand même être logique non, la parole est féminin, l'écrit masculin. Victor Hugo XVI..... par invité le 30/05/08 à 111707 remarque t'as bien des gonzesses qui courent au féminin, et le RTB si tu le lis il est toujours en train de dire qu'il est trop gras etc ...une vraie gonzesse je l'ai vu torse nu, on voit ses abdos à l'hippo, il est taillé comme un apollon y a plus de sexe de nos jours, on veut tout égaliser, sur l'autel de la parité je vous demande de vous arrêter ! redevenez virils et restez des gonzesses ! ok je rends ma combinaison de la gay pride Victor Hugo XVI..... par l'AB invité le 30/05/08 à 112722 RaztApollonia, ah, si j'avais du marbre à portée de main, je moulerais à la postérité sa stature façon romanescu ! Ce doit être l'approche des 12 h. Montaigne y veut la bagarre le bigarré ? Victor Hugo XVI..... par ric² invité le 30/05/08 à 113530 C’est vrai, sucre d’orge », le principe d’égalité, valeur essentielle de notre société. Le RaztaSiete serait-il multi facettes ? Sur Face-book, il est tellement grignette qu’on lui voit les os. Donc si je veux tâter du tri, pas la peine de m’équiper tout en carbone ? Mon vieux clou ferait l’affaire ? L’AB, ça te tenterait pas les épreuves enchaînées ? Tu veux qu’on appelle Maîtresse Linda ? Victor Hugo XVI..... par l'AB invité le 30/05/08 à 114611 Dis voir le ², tu serais pas dans l'euphorie de ta conquête du miélou par hasard ? Nan pasque je te rappelles un seul "p" si c'est masculin et deux "l" quand c'est féminin que tu t'es engagé auprès de moi à privilégier les semi cette année 2008-09, pris date avec Linda pour les 12 h de Bures 2009, contractualisé avec RaztApollon genre indéterminé un tri en ultra, accepté une revanche avec Miélou, sans compter ce que tu n'as jamais osé m'avouer sur tes relations avec LeFonzé, l'update poussette party avec Delphine, etc... Faudrait voir à pas oublier madame dans tes 5 à 7, et junior entre deux, hein, c'est trop facile au bureau ! Victor Hugo XVI..... par invité le 30/05/08 à 115011 Il faut exploiter le hardware au maximum de ses capacités avant de songer à l'upgrader. Moi je suis encore en version Beta c'est ma femme qui le dit au niveau logiciel avec deux utilisateurs de tests dont un manchot tendance cul-de-jatte. Alors l'upgrade n'est pas pour demain. Par contre le vélo c'est tres orthopedique, si t'as pas un truc a ta taille t'as vite mal là ou tu devrais pas. C'est ce qui me géne. Le mien m'a été légué par un type sympa mais mesurant une tête et demi de plus que moi salaud de grand ! ce qui fait que je n'ai pas la position la plus confortable. J'ai commençé à regarder pour voir, à moins de 700 euros t'as rien à moins d'un coup de bol. Sauf chez Décathlon. Le probléme c'est que j'y connais rien en matos alors estimer si celui-ci est mieux que celui-là... Victor Hugo XVI..... par Baghera invité le 30/05/08 à 115425 'jour les gonz, moi ch'uis une fââm, une vraie, avec la crinière feline coupée, 10ans de moins, gare au detournement de mineur si d'aventure vous songez à mon abordage! Victor Hugo XVI..... par invité le 30/05/08 à 115507 mefie toi satyre dans tous les coins par ici. Victor Hugo XVI..... par l'AB invité le 30/05/08 à 115822 Je crois qu'il faut tâter les pis pour connaître de la qualité des boyaux. Si le vélo meugle et que les pis sont gonflés c'est bon signe. Ah, on me signale dans le backoffice que le vélo mugit mais ne meugle pas. En tout cas pas ceux d'occasion. La femelle du vélo, dite véloce, vagit. Pffff, c'est compliqué les genres... Ah deuxième intervention du background zéro pour me dire que dans vélo il y a pede. Ci. Comme dans course à pied. Finalement. Serait-ce de la course à pied à vélo ? Dit-on à vélo ou en vélo ? Victor Hugo XVI..... par l'AB invité le 30/05/08 à 115942 Baghee, faut nous faire un podium qu'on voit une photo de ta coupe. Victor Hugo XVI..... par ric² invité le 30/05/08 à 125014 Y a gros débat entre le en » et le à » vélo. C’est à ça qu’on distingue les puristes, bref les chieurs de la grammaire. Exemple à la proposition Baghee est allé au coiffeur ». Tûtut ! Rectification ! On dit plutôt Baghee s’est faite tondre, elle fricotait avec un boche ». Bon, ça c’est chez les grammairiens tendance FFI de la dernière heure. Victor Hugo XVI..... par invité le 30/05/08 à 130032 le probléme de la tenue enfin résolu reste a résoudre le comment qu'on dit qu'on fait du vélo. Etant parfaitement incompetent en grammaire salaud de péroreurs ! je vous laisse débattre et m'en vais à bicyclette. Victor Hugo XVI..... par ric² invité le 30/05/08 à 131129 Ah, la Naked Bike Ride, le 7 juin prochain ! T’as monté une section Rochelaise des cyclonudistes, Raztacoincéedansledérailleur ? Victor Hugo XVI..... par l'AB invité le 30/05/08 à 132701 Je reconnais pas les fesses du Fonz'. C'est normal ? Ou bien est-ce la grande faute du vendeur de lentilles ? Celles du Puy ce sont les préférés du Fonzyo. Victor Hugo XVI..... par l'AB invité le 30/05/08 à 134013 Ah on m'explique à l'arrière que des fesses de face ne doivent pas être con ni fondues avec une vue de dos. En même temps j'ai pas les yeux derrière la tête moi. C'est compliquée ton amour du vélo Raz'. Victor Hugo XVI..... par invité le 30/05/08 à 134253 l'AB il veut mon fesse book ? Victor Hugo XVI..... par l'AB invité le 30/05/08 à 140131 Non mais soyons sérieux deux minutes quoi ! J'étais là, et un peu las aussi, en train de me lécher les doigts avant de refermer mon nutella, quand soudain je fus frappé le mot est fort par cette illogicité cherchez pas dans le dico c'est du Raztaventdeshuns lorsque vous regardez des fesses en face, vous regardez par l'arrière. L'arrière face ne fait pas la somme de l'avant-scène. C'est quoi l'avant des fesses ? Hein ? Et avant c'était comment ? Victor Hugo XVI..... par invité le 30/05/08 à 141116 pour ne pas se tromper le meilleur moyen, encore une fois, c'est le/la vélocyclette . Quelques bornes suffisent pour faire un point précis sur son arriére train. Victor Hugo XVI..... par invité le 30/05/08 à 141517 Mais on vous aura prévenu Victor Hugo XVI..... par l'AB invité le 30/05/08 à 141718 Lolo75 est le roi de la totologie or. taureau, us. Après avoir descendu en bas, être sorti dehors, il est entré au bar demander une pression ! NB "avoir descendu en bas" ici s'exprime l'arrière du train of course. Victor Hugo XVI..... par Mika B membre le 30/05/08 à 142007 Salut les voyous.....Je peux aussi ajouter, aprés quelques bornes, si tout se passe bien, le train sifflera trois fois.....Je fais l'AB.......Ancienne belgique ce soir, avec caline, j'ai besoin de vos encouragements, la motivation! heu! non ça je l'ai........ à+ Mika Victor Hugo XVI..... par l'AB invité le 30/05/08 à 142126 Ah que vive l'égalité ! "Pathologie de la cycliste Les féminines ne sont pas exemptes de problèmes périnéaux, abrasions, contusions, hématomes des lèvres, induration périnéale sont fréquents. Quelques cas de lymphoedème ont été décrits. La prevention se fait par une sélection du matériel selle et cuissard et un bon réglage de la selle en particulier." Amis cyclistes veuillez m'excuser, je cite mais j'ai corrigé les fautes d'accord. Hein ? Victor Hugo XVI..... par l'AB invité le 30/05/08 à 142348 La selle. Encore et toujours la selle. Je vais finir par croire que Freud était un grand homme. Pourtant... MikaB, salut beauté, tu veux une webcam ? Pour les encouragements. Victor Hugo XVI..... par LINDACCORD invité le 30/05/08 à 143108 piufffffffff !!!! Je viens de lire quelques messages plus haut du ratzta,l'Ab,l'ric2....j'comprends rien de rien!!! Le seul que je comprends ici c'est Mikab..au moins lui, c'est clair il a besoin de calins ?? et d'encouragements pour une course de ce soir??? ha ça je sais faire Alors mon bon Mika je t'encourage très fort, je sais que tu vas y arriver, t'as de la graine de Rocky, toi!! Pour les calins, je passe la main c'est le cas de le dire à mon homonyme Linda, qui saura faire certainement mieux que moi sans la cravache!...alors grosses bises à toi. Linda-trop-petite-dans-le-monde-des-Victor's Victor Hugo XVI..... par Montaigne membre le 30/05/08 à 143434 Te laisse pas impressionner, Linda. Ils ont l'air comme ça... L'AB, il ne veut même pas que je lui explique ce qu'il n'a pas compris. Dommage, pourtant. C'est un des rares endroits de ce forum où le post est rieur. Victor Hugo XVI..... par invité le 30/05/08 à 144530 mon épouse fait du vélo et je dois avouer qu'elle a dû aller en clinique se faire recoudre l'hymen, on doit se marier prochainement et elle doit arriver fraîche et vierge pour la nuit de noces. les frottements sur la selle en alcantara l'ayant défloré à moins que ce ne soit bébert le coach ancien de fesses tina merci l'AB d'avoir soulevé la selle de Pandore Victor Hugo XVI..... par Mika B membre le 30/05/08 à 145242 Punaise, me suis male exprimé! pourtant j'ai pas d'accentpas comme les français. l'ABAncienne belgique pas une cap, mais une salle de concert, le groupe ce soir "Girls in HawaII" dés 20h. Caline heu! Pascaline, ma compagne au trail de Bouillon Heu! ah! oui encore, le ku m'a embarqué du coté de Paris vers la 22/06 "Ekiden" j'ai donné mon accord, en fait au départ j'avais compris Héneken..... Le bonjour à tous les voyous et aux deux voyouses Baghée et Lindouze..............................Mika Victor Hugo XVI..... par LINDOUZE invité le 30/05/08 à 151027 re-piuuuuuuuffffff, car si même l'Mika, j'le comprends pas, je retourne me coucher.....pour toujours... avec mon Taine, tiens...... Lindouze Victor Hugo XVI..... par invité le 30/05/08 à 152914 Et voila ! Piégé par la phonétique .... Toujours demander à communiquer par mail, c'est moins risqué. Victor Hugo XVI..... par l'AB invité le 30/05/08 à 171432 "Il ne faut pas se laisser aveugler par le sourd éclat des pots de vin qui rendent muets." Moi je personnellement aime beaucoup mon style littéraire et je fucke les éditeurs dans leur postérieur. Bravo Montaigne ! La bise à toustes. Victor Hugo XVI..... par invité le 30/05/08 à 172631 Quelqu'un peut aller à Choisy chercher Miélou ? Parait qu'il tourne a grandes enjambées autour d'un lac à la recherche de 15 secondes qui seraient en trop. En tout cas bonnes courses aux uns et autres. Victor Hugo XVI..... par l'AB invité le 30/05/08 à 172804 Nan, nan, moi je fais livrer via internet. Miélou recherche sa palme, je crois... Victor Hugo XVI..... par Montaigne membre le 30/05/08 à 174859 Sa palme dort, quelque part à cannes ? Victor Hugo XVI..... par Baghera invité le 01/06/08 à 083107 'jour les ch'tis du sud! des fleurs, pas trop de sueur et bcp secondes de trop mais le podium demandé par certains est arrivé, hier soir!et que faisiez vous à 20h svp??moi, je pede avançais, chronopneus encore en veilleuse mais prem's qd même;Robinson courée! Victor Hugo XVI..... par l'AB invité le 01/06/08 à 164400 Quelle fâme !... Cette plante heureuse est assurément une plantureuse. Victor Hugo XVI..... par Baghera invité le 01/06/08 à 185733 une gene'heureuse don de soi, sueur, plaquettes, abricot, berlingot...mais il y a plus de genes ds un grain de riz que chez l'homme laissons donc les genes, prenons le plaisir!ah, j'en ris! Victor Hugo XVI..... par invité le 01/06/08 à 224432 tiens j'ai croisé la premiére v2 d'orgerus cet'aprem. chouette tee-shirt de course. moins de 9h30 sur 100 et 205,800km sur 24h en son temps ou elle etait la first lady de france du 24h. Chouette rencontre inattendue un peu bréve et pas assez capesque dans les faits mais rendez vous est pris pour dés que possible pour runner ensemble cool. Victor Hugo XVI..... par Baghera invité le 02/06/08 à 085833 'jour les laborieux! que celui qui a piqué le soleil veuille bien le rendre! ste Blandine, je descends ds l'arene, faites gaffe à vos mollets, envie de rugir et mordre! Victor Hugo XVI..... par mielou membre le 02/06/08 à 094257 mes hommages à la belle griffue j'ai cru reconnaitre du victor dans le texte de mes camarades de jeux ah, la moquerie ! une spécialité de ces lieux sourire le pire c'est quand il y a le retour de flamme bande d'irascibles que la journée soit mouillée pour la peine Victor Hugo XVI..... par ric² invité le 02/06/08 à 104642 Hello les antédiluviens. Il faut toujours appuyer son argumentation sur des chiffres le 10 de Championnet dans le 18° le 22 et/ou le 10 du 10° le 29. En parlant chiffons Je signale aux fans que je vais effectuer une mission de reconnaissance dans un surplus afin d’y dénicher le dernier stock de Shortus Berlinus Mielouae. Comme on m’a fait le reproche de ne pas arborer une tenue décente sur la ligne de départ d’une compétition de càp, j’hésite entre deux modèles de Marcel et Victor Hugo XVI..... par invité le 02/06/08 à 110440 Ca depend. Ils sont de quelles couleurs tes tatouages ? Victor Hugo XVI..... par ric² invité le 02/06/08 à 111931 En fait, j’avais essayé ces tatouages bronzants de picsou magazine Mais cet été là, au club-mickey de la plage de Moruroa, on a eu droit à un bon gros soleil. Depuis j’ai toujours ces jolis dessins sur la peau. Victor Hugo XVI..... par invité le 02/06/08 à 112909 hé oui. Dans la même série, ne jamais faire de grimaces face à un vent froid. Victor Hugo XVI..... par l'AB invité le 02/06/08 à 151440 Dans "laborare" il y a las bo et rare. Bon y a aussi labourer mais comme nos jeunes urbains ne connaissent plus la signification de cette mamelle tant qu'elle n'est pas estampillée HardXXXUltra... En même temps c'est pas pasque j'ai rien à dire que je le dis pas, hein. Victor Hugo XVI..... par invité le 02/06/08 à 152435 hum ? on parle d'ultra ? un truc ultra dur pour les grandes tailles ? arf.... y en a toujours que pour les grands, les defficients de la longueur du fémur on aussi le droit de citer ! salauds de grands ! Victor Hugo XVI..... par ric² invité le 02/06/08 à 155723 Joue pas les pudiques, RaztaRokhoSiFredo, le roi de l’ultra ici, c’est toi. Je crois que je vais craquer pour un vélo… Avec un programme de 16 semaines pour un prochain marathon il me faut ce genre de joujou. Définitivement acquis à la tendance entraînement croisé» en souvenir de mon ancêtre Eude Rigaud, ça sera trois séances hebdo de càp, no more no less, et du moulinage de giboles en cuissard-à-couche-culotte-intégrée entre ces séances. L’AB, parle nous de ton IMC, narre nous ta VMA, détaille nous ton %FCM/seuil. Tu as commandé un Garmin pour la fête des reup’ ? Victor Hugo XVI..... par invité le 02/06/08 à 160112 Tu va pedaler ou en région parisienne ? ça te fout pas la trouille toutes ces bagnoles ? Victor Hugo XVI..... par ric² invité le 02/06/08 à 165217 Dov'è la libertà...? Ca fait maintenant 8 ans que j’utilise mon vélo tous les jours dans Paris traversée Nord-Sud et par tous les temps. Adepte de la non violence, je n’ai qu’un accident à mon actif, et contre un autre vélo le mec roulait à contre sens, il était bourré, pas moi, on n’a pas pu éviter le choc. Quand je parle de vélo, c’est actuellement un Batavus Favoriet de 22kg, sans vitesse, conduite grand-mère ou curé de campagne. Pour m’extraire de la ville, j’ai une piste cyclable le long du canal saint Martin. Et à moi la liberté ! Victor Hugo XVI..... par invité le 02/06/08 à 165506 Oui mééééééééééé........ Pour pédaler comme un sportif ? Tu va prendre la piste cyclable ? Y a pas pleins de coureurs dessus font chier ces pietons ? Victor Hugo XVI..... par ric² invité le 02/06/08 à 173118 Les endroits où la promiscuité, coureurs à pied, cyclistes de compèt’ tout carbone, est intenable sont très proches du bord de la flotte. Avec l’inertie et la facilité de dégagement du pied des pédales Look tu devrais upgrader au moins tes cale-pieds, RaztaKéOtitane, tu peux faire découvrir aux encombrants piétons les joies de l’enchaînement càp-natation. Et la qualité de l’eau du canal est en constante amélioration. Victor Hugo XVI..... par l'AB invité le 02/06/08 à 173150 iéch, on dit font iéch. Tu perds tes racines Raz', t'ention, après la calvitie, tu pars en quenouille là. Bon, pour un ultra c'est pas dramatique, mais pense aux pommes qui resteront à t'attendre, après. M'enfin, nous pendant la pause, on a inventé 1,2,3 bouteille. C'est comme avec le soleil mais ça se fait autour d'un zinc. En ces temps de disette minière, et FC ne piochant plus, on garde ses trésors. Victor Hugo XVI..... par baghera invité le 02/06/08 à 173503 et les blondes, les vraies, elles comptent pour du beurre?? Victor Hugo XVI..... par l'AB invité le 02/06/08 à 180000 A propos de blondinette, je remarque que t'annonces toujours les podiums mais qu'on a pas encore vu la coupe. Si t'attends que ça repousse les avances, je vois pas l'intérêt. Allez bisous les nours. C'est lundi et je suis déjà achevé. Qu'est- ce qu'y m'restera dimanche ? Victor Hugo XVI..... par ric² invité le 02/06/08 à 180234 Pour du beurre ? C’est quoi du beurre ? Avec mon plan marathon de Berlin Gebre-accroche-toi-à-ton-slip », j’ai un programme de nutrition grignette oriented » qui efface tout concept alimentaire contenant ce mot. A l’évocation de cette matière grasse yeurk ! alimentaire, El Fonz’ aurait dégainé son dernier Tango à Paris, mais je ne suis pas cinéphile. Alors mâ’ame Baghee, on a quelques étapes du Paris Running Tour sur son agenda ? Victor Hugo XVI..... par invité le 02/06/08 à 181257 The grignette way of life. Ca fout les ch'tons... et les vitamines A ? hein ? a demain. Victor Hugo XVI..... par Baghera invité le 03/06/08 à 090830 'lut les besogneux! un dicton de fréderic Dard à méditer Ah! si les hommes voulaient bien s'aider! Ah! si les femmes voulaient bien céder! je cède à la tentation de rugir, qui mêêêde?? "c'est en ecrivant qu'on devient écrevisse" Alphonse Allais Bon, vous avez de quoi pincer pour la journée, au boulot! Victor Hugo XVI..... par invité le 03/06/08 à 094016 Une bien belle journée aujourd'hui. Tant pis pour ceux qui n'ont pas la mer et la campagne à coté pour en profiter. Z'aviez cas y penser avant. Victor Hugo XVI..... par Baghera invité le 03/06/08 à 103022 pfff, nous on a les camions qui font bouchon, la pollution, un ciel gris, bref à nous la quantité! et qui pleut le plus pleure le moins!! Victor Hugo XVI..... par ric² invité le 03/06/08 à 104053 Bonjour les contadins, certains diraient bouseux». Raztaforcenavale, je ne tomberai pas dans cette embuscade un peu forcée, cherchant à nous amener, nous, gens de la ville, de la vallée de l’Yerres et de l’Ile de France réunies, vers une guerre surannée entre coureurs des champs et des plages et coureurs des mégalopoles et périphériques. Non, Raztonmargouillis, on le voit trop dans ces lignes de forum, il est si facile de dresser l’un contre l’autre, le péquenot taciturne du bled à l’odeur forte en ail et le citoyen, homme du monde urbain, bel esprit vif et clair, si plaisant et agréable en société. Loin de moi, Raztonlisier, cette complaisance à dénigrer la nature médisante, pouilleuse et gagne-petit du campagnard maritime, alliant la duplicité des gens de la terre à la dipsomanie des océaniques ta mer. Bref, on ne va pas tomber dans la facilité de dire, que le campagnard est un inadapté chronique et que face à cet être asocial et caractériel l’urbain moderne est la quintessence de l’aménité, le charme et la courtoisie. Non, non, pas de ça entre nous. Victor Hugo XVI..... par invité le 03/06/08 à 110840 Pérore, pérore...en attendant...moi je bronze a loilpé tous les soirs en matant les fréres karamazofs des frangines rochelaises alanguies on the beach pendant que tu lit l'équipe au-dessus de l'épaule d'un autre galérien sub-urbain en évitant de respirer les pheromones des dessous de bras d'une voisine d'infortune. Victor Hugo XVI..... par Baghera invité le 03/06/08 à 112238 mais alors entre les chattes des villes et les rats des champs, queue se passe t il??? je vous le demande! Victor Hugo XVI..... par ric² invité le 03/06/08 à 115819 Tsttt, tsttt, c’est comme la nouvelle coupe de Mâ’ame Baghee, j'suis comme l'AB, tant qu'y a pas de photos, j’y crois pas. Et puis le bronzage, c’est totalement Out, c’est marqué dans Elle. Victor Hugo XVI..... par invité le 03/06/08 à 144523 Elle c'est pour les intellos, moi je ne lit que Glamour. Je suis actuellement leur plan d'entrainement "cul d'enfer en 4 semaines avant l'été" . C'est facile tu manges deux pommes et une biscotte par jour parallélement t'enchaine les squats et les fentes avant matin, midi et soir. Sans oublier de boire 4 litres d'eau pour é-li-mi-ner-heu. Parait que si t'es fort en yoga et que t'es Scorpion ascendant Marmotte ça marche encore mieux pour le 3iéme décan. Victor Hugo XVI..... par Baghera invité le 03/06/08 à 151223 moi, je reste aux fondamentaux mickey, pif et Lacan, pour oublier qu'on me traite de senior ds le job et de veteran en cap; veteran, veteran, est ce que j'ai une gueule de veteran?? Victor Hugo XVI..... par invité le 03/06/08 à 151400 Ni la gueule ni le reste, je te soupçonne d'ailleurs de lire Glamour toi aussi quoi que t'en dise. Victor Hugo XVI..... par invité le 03/06/08 à 151436 Ou alors t'es particuliérement sportive. Tu ferais pas de la course à pied ? Victor Hugo XVI..... par Baghera invité le 03/06/08 à 152526 course à pied, kezaco? suis signaleuse samedi, ptet que c'est moins fatigant que coureuse, y a des sandwichs à gagner en plus ds le 9-1! Victor Hugo XVI..... par Baghera invité le 04/06/08 à 091822 'jour les mous du clavier!va bene?? Victor Hugo XVI..... par invité le 04/06/08 à 101652 salut m'baghee, Alors on fait dans la provoc' ce matin ? Victor Hugo XVI..... par Baghera invité le 04/06/08 à 112448 ah le poil à gratter, le fluide glacial, les boules puantes, ça ça vous dynamisait, federait, stimulait une equipe, sans coach! Victor Hugo XVI..... par l'AB invité le 04/06/08 à 122637 Madame griffue J’ai senti ses mots couler en mon oreille, comme glisserait une cascade au travers du bruissement d’une douce mélopée, à recueillir l’écho d’un murmure, les entendre rouler comme les notes d’une mélodie, un rire de cristal sur soie. Je suis sable qui s’imprègne de ces caresse au reflux de leurs vagues, ne laissant pour toute empreinte que l’ombre d’une écume balayée par une brise de mer. J’aimerais m’emplir de toi, me gorger d’eux, croire sans retenue en cet élan, cet incertain, cette faiblesse des lèvres desquelles tremblent tes mots, chancèle cet aveu. Je frissonne à l’abandon de cette lame de fond. Le temps s’égoutte et les mots tombent, un à un, bris de pensées, déchirements de vie, braises de l’accueil qu’ils cèlent. Je veux être ta vie. » Ce matin je me suis parfumé à l’eau de rose. Je dédie cette modeste senteur à la jeune femme de la ligne 13 qui dévore de ses grands yeux la collection Harlequin ». Je croyais que Mai 68 avait supprimé tout sentimentalisme chez la femme moderne. Je me trompais. Une fois de plus. Victor Hugo XVI..... par ric² invité le 04/06/08 à 142225 Hello les anachroniques, C’est tout apprêté comme du Barbara Càpland, du Céline D’ion positif, ça sent le rahat-loukoum littéralement repos [raha] du gosier [hulqum]», le gourmé à gourmette et socquettes blanches dans mocassins à pompons gland. L’AB, t’es Camp ou t’es Kitsch ? Tu lis Elle ou Glamour ? Me dis pas Femme actuelle» !!! Une info càp le VO²max c'est Out, ce qui compte c'est bosser la RE et le LT. Running Economy et Lactate Threshold Victor Hugo XVI..... par l'AB invité le 04/06/08 à 144722 "Putting it all together Taken as a whole, the above information suggests that interval workouts at vVO2max and tempo runs at the lactate threshold are both key ingredients in the training programs of competitive distance runners. In designing a training schedule for a particular individual or team, however, the specificity-of-training principle must again be considered. In short, one's key workouts should be tailored somewhat to the pace, distance, and terrain of the race one is training for. For example, workouts at race pace are almost always a good idea regardless of what that pace happens to be, and long runs may be much more important for marathoners than for 5K specialists. Nevertheless, when pondering these important issues, we should not forget what the data tell us "long" intervals and tempo runs are probably our best training tools for maximizing VO2max, lactate threshold, running economy, and overall fitness." En gros tu nous dis, avec presque 10 ans de retard, ce que GM s'acharne à nous faire partager entraînez-vous dans les conditions de course et vous vous améliorerez. Si en plus t'as un p'tit facteur génétique direct issu du Besançenot, t'as un chouïa de chance de faire mieux que la longueur de jambes de Rachida Dati. Misère le ². Ecoute et médite "sans la Chute, l'humanité ne serait pas." Victor Hugo XVI..... par ric² invité le 04/06/08 à 171509 TaAhtata, l’AB, faut pas tout mettre dans le même panier à Pékinois les chiens préférés de Barbara Cartland. Le parlais justement de choisir un entraînement LT&RE oriented Versus un entraînement visant l’amélioration du VO²max. Et il me semble qu’en l’occurrence et sans vouloir te critiquer et focaliser le débat sur ton cas, tu cherches trop à soigner ton VO²max, mon amour. Et c’est pas productif ! Pourquoi ? Car le VO²max est essentiellement une donnée génétique. Et là, mon cochon, t’as été vachement gâté le jour de la distribution. Donc, tu plafonnes. T’es déjà au taquet niveau VO²max-von-sydow acteur fétiche. Que nous dit l’excellent Jason R Karp, coach doublé, et c’est rare, d’un scientifique sur ce coup là, il aurait du se prénommer Janus dans le récent numéro de Running Times ? LT&RE sont plus importants que VO²max. Ca veut dire que les sorties au seuil, le volume kilométrique et le développement de la puissance sont plus importants que le fractionné long. Le LT, on sait comment l’améliorer. La RE c’est plus difficile. On a tendance à croire que ça passe par une amélioration de la technique. Mais elle est beaucoup plus influencée par la biolo du muscle, ces petites structures qui assurent la livraison de l’oxygène, les capillaires, les mitochondries, dont la densité est directement influencée par le volume kilométrique j’aimerai avoir la Science de Bruno24 sur ces questions. Bon, là, y a une bonne question ŒufPoule » c’est le volume kilométrique qui te fait maigrir qui rend ta course économique ou t’es économe » à la base et tu peux donc aligner plus de kilomètres en te fatiguant moins ? Jason pense que l’on peut cibler une partie de son entraînement sur l’amélioration de la RE avec des exercices de puissances pumping iron! et des raffinements pliométriques. Euh, sinon, Mâ’ame Baghee, y avait une question en suspens sur les dossardeuses préférentielles j’ai pu répondre que pour les hommes, par expérience vécue, introspection, autocritique et regard intérieur. C’est quoi un dossard préférentiel féminin ??? Victor Hugo XVI..... par Baghera invité le 04/06/08 à 171828 alors chuuut!! Victor Hugo XVI..... par invité le 04/06/08 à 173408 Il a raison Jason. Tout est dans la puissance et l'efficacité de la mytho qu'on dit comme ça en pensant au bistrot du coin. Tiens, si j'annonce aux copains qui ne me connaissent pas que je fais 25x400 en 59" mais que ce sont surtout les 20" de récup qui sont longues je deviens potentiellement le plus fort du quartier. Tu vois ? Aprés pour les lactates j'ai pas d'opinion mais depuis les recents echanges sur ce forum je mange toujours un yahourt au soja aprés chaque produit laitier pour compenser les effets nefastes des lactates qui n'ont pas encore été prouvées avec certitudes. On n'est jamais assez prudent. Voila. Je suis content d'avoir fait avançer, les choses. Sinon, donc, en gros, il faut faire de la ppg et courir pour progresser en course à pied ? C'est une avançée fondamentale. Ils z'ont rien dit sur le vélo ? Ni sur les bienfaits du houblon dans la progression du plan marathon ? Tout n'as pas été découvert alors. Patience. Victor Hugo XVI..... par invité le 04/06/08 à 192122 L'Ric², t'es un maitre. En te lisant je sentais les effluves de la dite pipe à la psiruline hawaïne me titiller les narines, c'est dire la puissance de ta description du modéle féminin. Victor Hugo XVI..... par l'AB invité le 05/06/08 à 090222 J'avais lu mais n'ayant pas bu j'ai perdu la source pendant ma prépa Bures hé oui, que la RE était une variable génétique, que la variation était si infime entre le plancher et le plafond, que ça ne commençait à jouer qu'au-delà du marathon pour différencier deux coureurs "toutes choses étant égales par ailleurs". L'exemple était vraiment frappant, de constater par la mesure de la destruction de je ne sais plus quelle enzyme et la mesure d'un taux de je sais plus quoi, de voir qu'irrémédiablement, celui qui brûlait davantage voyait décliner ses performances, quelle que soit son alimentation. Y avait comme un effet déterministe à te décourager des semaines d'entrainement à 120 kms, qu'heureusement, je ne pratique pas. Malheureusement, comme je surfe beaucoup, sans sauvegarder, il va m'être difficile de refaire le cheminement pour te retrouver l'article. Il me semble que c'était sur une revue de médecine sportive ou de nutrition sportive trouvée à partir de liens d'ultrafondus, mais je suis vraiment pas sûr. Victor Hugo XVI..... par Baghera invité le 05/06/08 à 091051 'jour les AOC'iens! moi je suis sure d'une chose le vrai calendos, celui pas thermisé, ne saurait nuire, je dirais meme plus, cet ultrafondu à temperature ambiante ne peut qu'accroitre la JO²maxjouissance maxi! Victor Hugo XVI..... par l'AB invité le 05/06/08 à 092200 Un calendos à 9h du mat'. Je crois que tu as la réponse de Baghee concernant la description féminine du dossard préférentiel, Ric². Bonjour ma belle. Calendos contraction de calendrier et de Chronos ? D'où son aspect rond ? Victor Hugo XVI..... par ric² invité le 05/06/08 à 094813 Hello les Argonautes assoiffez de découvertes qui partez sur les traces de Bruno24 à la recherche de LA variable explicatrice du pourquoi y a un truc qui merde dans ma RE. Jason nous explique que la RE est la plus difficile des composantes physiologiques à travailler. En plus d’augmenter la densité des mitochondries et des capillaires, le fait de moover son body ++ pourrait amener un meilleur mode de recrutement des fibres musculaires spécifiques et une meilleure synchro des rythmes de la foulée et de la respiration. Une augmentation du volume d’entraînement amène généralement une perte de poids si on ne se met pas à bouffer comme un argentin quand il sait qu’il aura du bife de Lomo, de l’amour et du vin de Mendoza et un bon match à la Bombonera. Quand la croissance du VO²max et les ferrailleurs plafonne quand on atteint les 110-120 Km par semaine, la RE serait la composante la plus significativement améliorée par cette augmentation du kilométrage. Mais on en revient à cette question difficile les gros bouffeurs de kilos hebdo deviennent plus efficace en bouffant encore plus de distance ou ces petits saligauds sont génétiquement plus adaptés et peuvent ainsi supporter cette augmentation du volume d’entraînement ? L’AB, tu consommes des enzymes de claquos en fondue ??? Victor Hugo XVI..... par l'AB invité le 05/06/08 à 100914 "ces petits saligauds sont génétiquement plus adaptés et peuvent ainsi supporter cette augmentation du volume d’entraînement"... t'ention tu en fais peut-être partie sans le savoir. D'après le peu de ma compréhension intellectuelle je suis sportif mais je me soigne à l'emmenthal, il semble que ta deuxième proposition citée ci-dessus soit la bonne. En fait, à 120 kms/semaine, il n'y a que la LT que tu améliores sensiblement et de manière significative. La RE aussi mais de manière si infime, qu'une motivation de masochiste peut compenser le phénomène du prolégomène à l'ultra. Victor Hugo XVI..... par invité le 05/06/08 à 104723 Finalement si la LT et la RE sont fixées par la génétique j'ai moins de scrupules à me faire des injections d'huiles de foies de morues en intremusculaire. Il est juste que la médecine rétablisse un équilibre que la nature a négligé. non mais. Par ailleurs je tiens à souligner l'apparition de "prolégoméne" sur ce post, remercie l'AB de l'avoir posé là et lui souhaite bonne route avec nous en bonne place au coté d'apohtegme. Victor Hugo XVI..... par ric² invité le 05/06/08 à 110415 Chez l’AB, comme en amour, le plus époustoumiflant sont les prolégomènes.» Vicomtesse de la Baggy. Nan et renan, l’AB. Pas du tout grignette de nature, plutôt douillet voir fragile de naissance, c’est par un entraînement scientifiquement établi que je peux avancer un pied devant l’autre en short et Brooks. Ce qui me permet de revenir sur une mistoufle pleine de malignité du raztab Sinon, donc, en gros, il faut faire de la ppg et courir pour progresser en course à pied ? C'est une avançée fondamentale». Jason était fou de rage à la lecture de cette pique. Une fois calmé, il a tenu à insister sur la spécificité des exercices dits pliométriques» et de la nécessité de faire de la muscu des jambes avec de fortes charges. Et pas que des petites poussées de gambettes en rythme sur le bord d’un stade en voulant imiter une troupe de twirling bâton. Victor Hugo XVI..... par l'AB invité le 05/06/08 à 112841 D'actualité, et d'auteur, tu as cette version de l'entrainement Victor Hugo XVI..... par Baghera invité le 05/06/08 à 113306 Moi et le camembert avons un point commun ferme au dessus, tendre en dessous!je souhaite votre retour aux fondamentaux, au basique, pour lutter contre votre RE-LT appetit On attribue à Marie-Christine HAREL, née à Crouttes en 1761 la maternité du Camembert. Camembert est un petit village de Normandie, à l'ouest de Paris. Perché sur une colline dans le fertile Pays d'Auge, surplombant la rivière Viette pleine de truites, le village se compose de maisons en colombage autour de l'église. Les origines du village datent de la période carolingienne, bien avant l'invasion de l'Angleterre menée par Guillaume Le Conquérant en 1066. Un certain Franc, qui s'appellait "Mambert", est devenu propriétaire d'une assez grande étendue de terrain. Au Moyen-Age, cet endroit a été connu sous le nom "Champ de Mambert". Le village est répertorié dans les archives de l'Eglise au XVIe siècle sous le nom "Campo Mauberti". Les générations d'habitants ont transformé ce nom en "Camembert". La patronne du village est Sainte Anne. Au dernier recensement la population était de 201 personnes. Sa superficie avoisine 1000 hectares. Victor Hugo XVI..... par l'AB invité le 05/06/08 à 115057 La vérité est ailleurs. Boudiou ! Combien de générations élevées au camembert ?! Et moi qui croyait qu'il s'agissait de la création de Polymnie Cancoyotte. Dis-voir le ², ça te dirait de devenir un caïd en cap ? Au Centre d'aguerrissement et d'instruction désert de Djibouti CAIDD, on soigne ta RE sans être chameau. Victor Hugo XVI..... par invité le 05/06/08 à 115128 Bon, puisque l'on en est a echanger nos ch'tits secrets d'enrainements ou "Comment devenir une Ultra-brute de la course à iéps en 12 leçons et trois petits bonds" je vous conseille fermement et avec assurance de faire vos exercices pliometriques en milieu aqueu, pour M'Baghee, ou tout betement à la piscaille, pour les autres. En effet les exos de plio sont particuliérement traumatisants pour les pur sangs que nous sommes. Or grace à archiméde nous retombons moins vite au fond de l'eau que sur le bitume, d'ou chocs moindre pour autant d'efficacité pour l'effort de propulsion. Victor Hugo XVI..... par l'AB invité le 05/06/08 à 120719 Tu serais pas membre aqueux tif du club de potam, l'hippo ? Genre lobbyiste légèrement dégarni du dessus pour accréditer le shorty de l'expert ? Calvitie rasée totale transparence du mec propre et cool qui, puisqu'il ne peut plus rien cacher décide de tout montrer ? Inspecteur Kojak ou colonel Kurtz ? Victor Hugo XVI..... par invité le 05/06/08 à 123604 La perruque en peau de fesse c'est tout bon au point de vue pénétration dans l'eau pour le triahtlete balbutiant. Et puis ça te pose un coté solennelle qui impressionne en prolégoméne avec les frangines en mal de confessions derriére l'eglise. Victor Hugo XVI..... par l'AB invité le 05/06/08 à 125354 M'Baghee j'en reste sans voix. 'reusement j'ai des doigts. Raz' j'en reste sans voix. 'reusement j'ai des yeux. Victor Hugo XVI..... par Baghera invité le 05/06/08 à 131613 sorry les loulous mais tete et coeur de "saignant" oblige CECI EST UN APPEL AU SECOURS VENANT DU D'ANGERS MERCI DE LIRE ET DE FAIRE SUIVRE AU PLUS GRAND NOMBRE DE GENS QUE VOUS CONNAISSEZ. Dr MATHIEU RIGAUDEAU ASSISTANT CHEF DE CLINIQUE SERVICE DES MALADIES INFECTIEUSES ET REANIMATION MEDICALE AU DE NANTES TEL - FAX BONJOUR, AURIEZ - VOUS LA GENTILLESSE DE FAIRE SUIVRE CE MAIL A TOUTES VOS LISTES D'ENVOIS ? MERCI DE VOTRE IMPLICATION. SI VOUS CONNAISSEZ UNE PERSONNE DE GROUPE ' A ' RHESUS NEGATIF Très Rare A - ET SI CETTE PERSONNE EST DE PREFERENCE DE SEXE MASCULIN ET AGEE DE MOINS DE 25 ANS , ALORS ELLE POURRA PEUT-ETRE AIDER NOELIE - 1 AN ATTEINTE D'UNE LEUCEMIE RARE… A BENEFICIER D'UNE GREFFE . LE DELAI EST TRES COURT 2 MOIS CONTACTER L'ETABLISSEMENT FRANCAIS DU SANG DE BOIS-GUILLAUME AU NOELIE EST POUR LE MOMENT HOSPITALISEE A ANGERS 49 POUR CONTACT FABIENNE HALOPEAU - NORMANDIE Est SERVICE.. TEL FAX Victor Hugo XVI..... par invité le 05/06/08 à 132125 Désolé M'Baghee, Victor Hugo XVI..... par Baghera invité le 05/06/08 à 132959 ok sorry ++, un copain doc m'a transferé et j'ai fait de mzeme sans verif,autant pour moi, encore partie trop vite!!sorry Victor Hugo XVI..... par invité le 05/06/08 à 133209 t'inkiet ! on a forcement envie de se bouger et de cliquer sur ce genre de message. Victor Hugo XVI..... par ric² invité le 05/06/08 à 134253 Baggy, Marie Harel est une chimère. C’est comme la VMA et la FCM, un mythe, une vue de l’esprit, au mieux, une grosse approximation. Et c’est un véritable Normand de Seine&Marne la patrie du véritable camembert le Brie qui te le dit ! De la plio en piscine !!!!! Nan mais si on va dans ce genre de saugrenuité, pourquoi par du yogging avec une console de jeux ? L’AB, toi aussi, parfois, la nuit, au fond de ton lit, tu te demandes Et si j’étais entré à la Légion ? » ? Victor Hugo XVI..... par invité le 05/06/08 à 134300 Et hop Victor Hugo XVI..... par ric² invité le 05/06/08 à 135825 Totalement convaincu par les arguments développés par Raztadepthjump, je renouvelle mon abonnement piscine. Pour finir de me convaincre, t’aurais pas les photos en exercices des 19 athlètes de volley-ball féminin, âgées d’environ 15 ans 15±1 an, pesant environ 60 kilos 61±11 kg ??? Victor Hugo XVI..... par mielou membre le 05/06/08 à 140854 salut aux poèmiens maudits de ce lieu c'est droit dans les yeux et sur le terrain qu'on apprend la vérité. nous sommes le fond de commerce des médias dans notre consommation effrénée d'info encore quelques post qui font sourire, d'autres moins mais on aime ça alors on ne peut qu'approuver d'ailleurs heureusement qu'il y a de la polémique en france ! je n'oublie pas que c'est mon fonds de commerce à moi, tous ces désordres en passant, comme ça, sans rancune... mieloup Victor Hugo XVI..... par Baghera invité le 05/06/08 à 150735 un pays aux 357 fromages ne saurait avoir le sens de l'ordre mais le sens olfactif! Victor Hugo XVI..... par LINDOUZE invité le 05/06/08 à 151012 Coucou, ha, me voilà rassurée..nos amis de Victor on un grand Coeur en plus de la langue en fleur! Merci Bag', j'avais aussi reçu ce mail de détresse!! comme quoi le fil circule bien! grande bise à tous et une spéciale à Mielou..Ric2, l'Ab..Razta, Bag' Linda Victor Hugo XVI..... par Baghera invité le 05/06/08 à 153651 ...lindsept et match un peu cons sur les bords aussi parfois helas, à esperer chaque jour que l'âme humaine n'est pas pourrie mais si! seuls les individus comptent... un copain s'est remariéle 2e choix est beaucul mieux!= encore un copain de perdu, merdeuhh! Victor Hugo XVI..... par ric² invité le 05/06/08 à 155042 Tchuss Ligne12. Regarde juste le lien qu’a envoyé RaztaAware à propos de ce mail de détresse »… J’ai pas osé forwardé, mais y a un autre mail en chaîne qui circule actuellement pour une demande urgente de don d’articulations solides, rustiques et efficaces pour une greffe totale des deux jambes chez un athlète spécialiste de l’ultra long en robe de Bure. Par la même occasion, l’annonce demandait des donneurs de tissus adipeux pour une transfusion rapide, le gars souffre également d’un IMCLille en train c'est peut etre un truc qu'eventuellement j'etudierais la possibilité de pouvoir songer à m'y inscrire c'est là donc Ric élevé à la puissance deux, je viens de voir et comprendre que tu va relever le défis que Gebre a lancé à la face du monde à Berlin ? C'est beau. C'est noble. Ca te ressemble finalement. La presse est au courant ? La science prévoit de prendre des mesures pour enfin avancer sur le sujet de l'humainement réalisable ? J'ai de largile verte, t'en veux ? Victor Hugo XVI..... par invité le 20/06/08 à 165712 Houlaaaaaa ! L'AB l'a dit !Il sera là ! Affutez vos guibolles ! jolie coup miélou ! Victor Hugo XVI..... par invité le 20/06/08 à 170442 Remarquez quand même la fourberie du bonhomme dans l'énoncé des conditions de courses, on voit qu'il frequente regulierement Le Malin et ses Suppots Pas de bitume dans un rayon qui implique de rester dans Paris et sa proche banlieue..... Enfin moi je dit ça hein... je dit rien... Pas de conclusion hatives sur la possibilité d'une tentative d'esquive ! c'est pas le genre de la maison, non, non, non Victor Hugo XVI..... par l'AB invité le 20/06/08 à 170842 Tu peux causer toi, alors que tout ce qui t'intéresses dans le raid Sahara, c'est ça Alors nous faire croire que tu participes pour courir, hein, tu peux la faire à d'autres mais pas à nous. On est quand même des capeurs, nous ! Hein ? Victor Hugo XVI..... par l'AB invité le 20/06/08 à 171148 Allez, bonne bourre les équidés, n'oubliez pas vos selles, Linda a la cravache, MikaB les éperons, Miélou les mors et Ku le... non, j'ose pas. Tchô et bon WE ! Victor Hugo XVI..... par ric² invité le 20/06/08 à 173157 Ouais, c’est ça fanfaron, bon WE. Pendant ce temps là j’ai mis tout le service juridique sur le coup. Leur réponse l’AB sur le CCCP2008-2009, c’est contractuel. - pas de bitume ou alors un enrobé spécial capeur fragile » en construction routière le bitume n’est qu’un élément du revêtement. Parler de bitume » est un abus de langage, le terme idoine est asphalte ». Donc exit, la close 1. - dans un rayon de maxi 35,19 kms de chez moi, porte à porte » Paris intra-muros totally included. - ambiance pas trop prise de tête vu qu'on est là pour courir avec nos pieds » ça c’est Paris ! - médailles et/ou coupes indifférentes » T’inquiète, y a le Mielou qui solde sa collec’. Victor Hugo XVI..... par Baghera invité le 22/06/08 à 221512 bonsoir les deshydrates! j'ai meme failli me lyophilliser ce matin, et tout ça pour quoi, je vous le demande?? VOUS RAPPORTER LA COUPE FINALEUHHH de la saison! parfois, vaut mieux etre kenian une chenille victorieuse sur la colline de suresnes et...les autres; 3 cotesbecause 3tours, calor++, pas mal de fleches stop au 2e tour; ayé, mission accomplie, 3e victoire consecutive au challenge 92 en guise de fete de la musique! z'etes contents d'une capeuse pas trop fragile sur de l'asphalte à <35km de mon lit?? Victor Hugo XVI..... par invité le 23/06/08 à 092639 Bravo M'baghee, t'es la plus forte sur l'asphalte et p'tet ben même sur sentier ! Et puis aussi merci, maintenant je sait pourquoi j'ai autant bu samedi A+ Victor Hugo XVI..... par l'AB invité le 23/06/08 à 093336 Super contents !! Et cochon qui s'en dédise. Bravo Baghee, style de grande classe, l'évidence d'ad majorem Baghei gloriam, la clarté pourfendant les nuées pour abreuver l'homme de sa lumière, etc... Et encore, je dis ça, c'est pour faire simple. Bonjour à toutes, bonjour à tous, que votre semaine soit aussi douce que vos nuits. Victor Hugo XVI..... par baghera invité le 23/06/08 à 104353 la musique a t elle adouci vos moeurs d'asphaltés consoudés?? le blues post partum me guette, plus de compet, le vide sideral total abyssien...qui passe l'été avec moâ sans partir en ouacances, les autres je les repudie!! Victor Hugo XVI..... par l'AB invité le 23/06/08 à 122335 Alors ça y est ?! La fusion Nina/le Raz' est programmée pour le dimanche 2 août 2009 ? Va falloir que j'anticipe mes vacances la Bretagne ça vous gagne. Les bans c'est pour quand ?... Nan, nan, sans Miélou, y supporte plus les bans. Bon appétit. Victor Hugo XVI..... par mielou membre le 23/06/08 à 123642 un peu comme le vent... un petit passage innocent pour féliciter la griffue et sa passe de trois moi, les vacances c'est pour juillet, le pied j'ai croisé le trio infernal sous le soleil de choisy les piliers légendaires mika et ku, accompagné de l'inusable linda et son tee shirt à impressionner le freluquet coureur mention spécial au grand mika qui, pour le fun, est venu de belgique le matin même pour cette sympathique épreuve du relais marathon respect l'ami ! sinon, j'avance plus, enfin presque. coupure d'une semaine totale pour recharger la bête loin des bancs, certes mais pas si éloigné quand j'y repense bonne journée aux ergotants de ces lieux Victor Hugo XVI..... par invité le 23/06/08 à 133236 Je suis en totale osmose avec nina sur ses choix de marathons. Loin des affrontements violents entre coureurs, si frequent sur les courses parisiennes se déroulant sur asphalte souple pour coureurs delicats, loin du bruit et des speakers balançant un numéro de dossard entre deux pubs pour des soupes énergetiques ou des chaussures à 200€ le pied gauche, loin des stars de la course à pied ou des chauds du bizness, unissant nos souffles dans l'air cristalin de la campagne bretonne à peine perturbé par le battement des ailes de papillons et le méthane de quelques vaches curieuses, dans un silence complice nous irons lentement, quittant avec regret les sourires reçus sur un ravitaillement ombragé, le chant des z'oiseaux pour unique vivats et l'illusion de l'horizon pour seule limite. Et oui. Victor Hugo XVI..... par l'AB invité le 23/06/08 à 135144 Mazette ! M'enfin c'est quand même une montagn'harde. Tu lui feras pas prendre tes vessies pour une hure ! Et vous causerez quoi ? Nan pasqu'elle, on devine "oups oup's ousp", mais toi ? Plutôt gronk ou plutôt grouik ? Avec tout le respect que je lui dois c'est quand même une femme, hein. Victor Hugo XVI..... par invité le 23/06/08 à 140035 Parigot va ! Victor Hugo XVI..... par invité le 23/06/08 à 140838 Nous z'otre gens de la campagne sommes des instinctifs. Pas besoin de long discours pour se comprendre. Juste par l'echange de pheromones et des fluides corporels ad-hoc nous en disons plus long que les dandis de la capital et leur langage plus fleuris que leur environnement. Sans compter que nous avons pleins de recettes druidesque à echanger. Victor Hugo XVI..... par invité le 23/06/08 à 141256 En plus l'année prochaine sera une année à 12 lunes bien plus propices aux echanges et à la communion des âmes. Victor Hugo XVI..... par l'AB invité le 23/06/08 à 141638 Ah. Ca veut dire que le ² avec son 10ème 10 dans le 10 ème, il est complètement à côté de ses pompes alors. En même temps un druide parisien, à part au père Lachaise, j'en connais point. Victor Hugo XVI..... par ric² invité le 23/06/08 à 143248 Hello les rustiques, Mâ’ame Baghee est championne du 9-2 ? Les prix étaient-ils remis par le nouveau patron ? voui voui, le fils de celui pour qui certains ici ont voté et qui ne méritent pour ce geste que du bitume et des plumes ? C’est quoi ce retour à la campagne ? Ces idées de marathons perdus ? Une programmation pour 2009 me paraît hasardeuse, avec le réchauffement de la planète, les élevages de gorets du coin, l’indépendantisme, tout est foutu dans les parages. La montée des eaux est déjà galopante c’est que des marécages et autres lieux inhospitaliers aux noms évocateurs Kergourdin…Brrrr. Victor Hugo XVI..... par invité le 23/06/08 à 145144 Faut voir l'AB, s'il démarre à 10h10 on pourra considérer que la coincidence est troublante et peut etre signe de jouer le 10 dans la 10ieme à vincenne le 10/10. L'ric² des marais, kergourdin, rien d'effrayant pour celui qu'on surnomme le baudet indomptable du poitou. Victor Hugo XVI..... par ric² invité le 23/06/08 à 153634 Nan, mais tout de même, imagine, t’es un petit gars de ce bled, t’as drivé ton 103SP guidon torsades direction le PitschouPingo de La Baule ou le Macumba du Pouliguen. Tu assures bien et tu mooves ton body sur les églogues de techtronik agrestes. Une touriste du 9-2 en mal d’exotisme te remarque. Dans le tumulte de l’électro-bigouden, elle te demande Et où t’habites ?». Et en guise de réponse, tu lui gueules dans les esgourdes KERGOURDIN». Suis pas certain du résultat. Sinon, peut-on sérieusement, quand on se réclame un tantinet de la running performance attitude, accepter l’aspect minimaliste de ce bulletin d’inscription ? Victor Hugo XVI..... par invité le 23/06/08 à 160406 Toutafé, il est même trop chargé. J'y vois par exemple "18€" et même "Cheque a renvoyé à l'ordre de" qui pourrait etre supprimé. Il ne devrait y avoir que nom, prenom, sexe pour la couleur du tee-shirt à la fin, et une case à cocher "Viendra/Viendra pas" pour la pasta party. Victor Hugo XVI..... par invité le 23/06/08 à 160853 Il va devenir hyper tendance ce marathon il suffit de dire que tu as fait le marathon de SADE, avec un peu de marketing autour, une ou deux fotos de Linda en tenue de spectatrice, un commentaire de magalie, et hop 3000 personnes l'année prochaine et dans deux ans il est côté en bourse. Victor Hugo XVI..... par baghera invité le 23/06/08 à 230326 'soir les brezhnecs!on ne derise pas à propos de LE marathon de Bernard, svp! qui n'a pas couru St andré des eaux n'a rien vu! "Pas de foule, pas de stars, pas de sas, pas de boucan, pas de nervosité, pas de stress... de la bonne humeur, des copains, une ligne de départ mais je t'en prie, aprés toi... une bonne odeur de campagne loin du tumulte et des hauts parleurs assourdissants bref le Marathon rêvé !" que cela soit dit! Victor Hugo XVI..... par baghera invité le 24/06/08 à 072507 les derniers seront les premiers 'bjour les laborieux! info ils osent appeler ça infopour ellescelles qui osent le croiredu jour "maigrir avec son signe astrologique", Lion ""Si vous essayez de devenir mince du jour au lendemain, vous risquez d'échouer car vous allez sûrement tricher. Vous êtes impatiente d'afficher une silhouette parfaite mais vous aimez trop la bonne "bouffe" pour supprimer d'un coup de baguette magique les calories sources de disgrâce. Prenez votre temps. Le jogging ou la natation peut vous aider."" ouf, 1km piscine hier soir, footing ce soir, sauvée par le gong! et si j'essayais de devenir grosse du jour au lendemain, ça marche aussi?? Victor Hugo XVI..... par l'AB invité le 24/06/08 à 085853 Il n'est jamais trop tard pour parfaire. Mesdames, mesdemoiselles, messieurs, que la chaleur vous accable, j'en conviens, que, pour lutter contre celle-ci, vous exhaliez quelque odeur de transpiration, soit, mais de grâce, épargnez-nous les effluves de parfum capiteux, les mélanges citronnelle/fruits de la passion, les bains de lavande aux algues marines, quand, dans le métro, nous occupons 1 m² à 6 personnes. De la même façon, faire large étal de vos chairs, ne vous rendra pas plus désirable, ni même désirée. Soyez certaines mesdemoiselles qu'entre la mini-jupe très mini et la jupe plus longue mais fendue, la considération voire les fantasmes que vous susciterez seront tous à votre honneur, fut-il coquin. Soyez certains messieurs, que la pamoison de la femelle ne s'obtient pas nécessairement pas l'apparent négligé du bouton défait qui laisse voir torse, poils, voire bedaine et plis. Alors rhabillez-vous madame, mademoiselle, monsieur, vous n'en serez que plus humains... Ah, et si en passant, tu pouvais dire Miélou, à tes collègues et néanmoins amis ces messieurs dames de la police d'arrêtez de faire joujou avec leur sirène, ou à tout le moins de baisser le son, ça éviterait de me faire sursauter le matin de trop bonne heure. Je suis d'une humeur excellente ce jour. Pas vous ? Bonne journée. Non mais. Victor Hugo XVI..... par invité le 24/06/08 à 090612 On va eviter le café pour l'AB ce matin, hein. Un petit thé. léger. voir une camomille. avec deux sucres. Victor Hugo XVI..... par invité le 24/06/08 à 091043 ayé, j'ai repris le sport. j'ai couru 10k ou presque hier. que de filles joggeuses aux beaux jours ! Mais qu'est ce qu'elles font l'hiver ? Victor Hugo XVI..... par invité le 24/06/08 à 093716 ca doit pas etre mal ce marathon des yvelines fin octobre . ca fait 1er septembre pour le début de la prépa spécifique et l'été pour faire des tours de pistes pour retrouver une vma de kenyan. de kenyan nain, cul de jatte et asmathique peut être mais de kenyan quand même Bon plan non ? un truc à mettre en concurrence direct avec le raid du grand nord façon paul-émile tendance mikab-ku. Victor Hugo XVI..... par baghera invité le 24/06/08 à 100841 un pot, un clic, facile à faire, pub mensengere!! certificat, abonnement, espace, acces, oh, c'est pire qu'un marathon, vive le bon vieux papier et les guichets!à bas la cryptotique,prise de tete, ordi par la fenetre, nan, j'attends un peu, la queue au guichet, 25personnes en attente?? une camomille pour moi aussi siouplait! Victor Hugo XVI..... par ric² invité le 24/06/08 à 101849 Bonjour, Vous êtes impatients d’augmenter votre VMA ? Vous souhaitez bénéficier davantage des résultats de votre entraînement ? Vous voulez alléger votre IMC alimentation grasse, masse osseuse, pilosité excessive... ? Vous aspirez à payer moins de pots au bar du Klüb pour être encore arrivé le dernier ? Vous avez besoin d’aide pour vous coacher ? Le président de la République de chez Victor et son Gouvernement exilé en Charente-Maritime ont mis en place, depuis juillet 2007, une série de mesures pour initier et accompagner un mécanisme vertueux de relance du pouvoir de votre foulée de guépard. S’appuyant notamment sur trois textes phares, la loi en faveur du travail fractionné, de l’emploi de tatanes à ressorts et du secret révélé de la VMA du 21 août 2007, la loi pour le pouvoir d’avancer du 8 février 2008 et le projet de loi de modernisation de l’économie de course du 28 avril 2008, cette politique doit permettre aux runneurs de performer plus, de dépenser moins, d’être exonérés de sortie longue, d’être soutenus là où sa pendouille, d’être informés des innovations australiennes et d’être protégés des aberrations scandinaves en matière de nutrition de l’effort. Victor Hugo XVI..... par invité le 24/06/08 à 102418 Et toujours rien pour les pauvres coureurs souffrant de sudation execessive ou de rougeur inopinée ? Ou sont les porteurs de ventilateurs que l'on nous avait promis sur toutes les courses à label ? Victor Hugo XVI..... par ric² invité le 24/06/08 à 105215 Invité, Nous avons tous appris au moins une chose au cours de ces vingt dernières années, c’est qu’il ne suffisait pas de créer un Ministère de la Running Attitude, ni de débloquer des crédits pour des inscriptions moins chères, ni de distribuer des sticks de Rexona pour que dans certains départs de courses de plus en plus d’aspirants performeurs ne se sentent pas laissés pour compte, abandonnés de tous, mis à l’écart de la République du Running, de ses solidarités, de ses lois, comme un AB le nez dans l’aisselle de son voisin de trom’ à 8h23 station Bonne Nouvelle ». Pendant 20 ans on a concentré l’essentiel des efforts et des moyens pour corriger ce que le training et le coaching des années 60 et 70 avaient de démoralisant et d’inhumain, pour essayer de mettre de la convivialité, de la chaleur, de la vie dans les grandes courses qui peu à peu se transformaient en ghettos. Pendant 20 ans on a dépensé de l’argent, de l’énergie, de l’imagination pour remettre de la qualité là où la quantité avait été jusque-là le seul critère, quand il avait fallu venir à bout des sas trop préférentiels, quand il avait fallu faire face à la poussée des naissances de vocations féminines de l’après-guerre des sexes et à la spécialisation des courses Femina», Parisienne», Réservée aux vraies blondes». Il a fallu quand même bien longtemps pour prendre la mesure du problème que posait le cadre d’entraînement, de la dégradation du niveau de l’élite, de la solitude du coureur de fond, de l’angoisse du départ, de l’isolement à mi-course, du mal-être des ravito pas frais. Tant de problèmes n’ont que trop duré, Invité. Je les affronterai en concentrant les efforts là où résident les besoins. Ce principe je veux qu’il soit appliqué au MdP comme au marathon de SADE. T’auras tes ventilos et même distribution de Mars Glacés tous les 5km. Victor Hugo XVI..... par baghera invité le 24/06/08 à 112032 viva la runing revolution!j'ai mon livre rouge de deuxpots, je file avt midi, apres c'est plus l'heure... Victor Hugo XVI..... par neogeowii invité le 24/06/08 à 121105 Salut à tous, il y a beaucoup de messages sur ce sujet, je semble dépassé par les évènements. Je recherche des Runners pour préparer Semi, 10kms voire Marathons. Je vous attends sur le site . J'ai crée mon groupe et pas mal de membres m'ont rejoint, je serai ravi de vous compter parmis nous! A bientôt Victor Hugo XVI..... par ric² invité le 24/06/08 à 165728 Cher NeoXboxAmstratari, salut. Il faut toujours nommer les auteurs d’une citation. Donc, je semble dépassé par les évènements », c’est une phrase du Mielou à propos d’une course. Un 10kil je crois. Ca devait être dans le 9-4. En vous remerciant. Sinon, c’est quoi la différence entre et ? Victor Hugo XVI..... par invité le 24/06/08 à 174502 Alors les zozos ? Controle des séries de 400. Montrer moi vos temps de recup et que ça saute... mouais... ça m'a l'air bien long tout ça... pas comme ça que vous nous ferez un beau CCCP... heureusement, HEU REU SEU MENT qu'il y a m'baghee pour assurer un peu question sport sur ce post sinon.... pfff... bon... je soumet aux votes du public mon activité de ce jour - un peu de natation en mer, pour défier les requins tigres ? - du vélo, pour faire de l'endurance tout en assurant une bonne ventilation du body par cette lourdeur moite qui veut pas me lacher les d'ssous bras ? - des series courtes mais ô combien puissantes sur la piste pour commencer le travail serieux ? - apéro musclé, avec caouéte et chips et olive, en récup de la récup ? Victor Hugo XVI..... par l'AB invité le 24/06/08 à 200306 Séries courtes idéal pour rentrer dans le bain et comme tu moulines des bras et jambes ça te fait aussi la partie vélo. Du 3 en 1 quoi. Efficacité. Sérénité. Volonté. Pour intégrer la partie apéro, c'est pas compliqué tu fais le 'ti punch la veille, tu laisses infuser à température cave, t'y ramènes la bouteille recyclée d'Evian dans ton sac de sport que tu laisses au bord de la piste, et à chaque récup', hop, ni vu ni connu j't'embrouille la vérole. Mais là, ça frise le 4 en 1. Autant dire qu'on est dans le futur. La post-modernité. Un autre espace-temps du capeur. Quelque chose que seuls ceux d'avant-garde peuvent anticiper. Un peu comme quand Dieu paix à son âme a dit à Adam " t'avais une côte pour courir ? Hé ben tiens, te v'là avec une femme m't'nant !" Victor Hugo XVI..... par invité le 24/06/08 à 214852 Grande est la sagesse de l'AB et sa connaissance des choses de ce monde malheureusement ta parole arrive aprés que les jeux soient fait. Vélo à donf, à donf, à donf ce soir. Tellement poussé sur les pédales que j'en ai les yeux exorbités, le teint rougeaud la langue pendante et les semelles déformées. Mais ton avis n'est pas tombé dans l'oreille du plus sobre des capeur et ma soif d'apprendre est sans limite, or donc aujourd'hui etant la veille de demain il est temps de préparer la partie nutrition/hydratation de la sceance vma à venir selon ton enseignement. amen. Victor Hugo XVI..... par l'AB invité le 24/06/08 à 221912 Ainsi soit dit. Bonne nuit noble messager de cette belle âme qu'Il t'a remise. Sinan, il titre à combien le tien ? 42,8 ° ?... Victor Hugo XVI..... par invité le 24/06/08 à 225919 nan, je tire des gros braquets maintenant, 50° c'est un minimum. Victor Hugo XVI..... par baghera invité le 25/06/08 à 000045 "je tire des gros braquets maintenant"...pfff, Raztapoids, de la finesse, du sensible, de l'effleurement à peine, de l'aerien, laisse les 'rros braquemards aux consoudés de l'asphalte, aux glycolupidés des séries courtes, je t'en prie Raztaplume, ne sombre pas dans la masse du people capeur de base, allons, que diantre, l'oeil exorbité, la bave aux levres, le rot methanien, souviens toi que tu es un victorien!! Victor Hugo XVI..... par invité le 25/06/08 à 082440 T'as le footing élégant et la vma artistique M'Baghee, je suis mineur de fond où tu es astronaute. Victor Hugo XVI..... par baghera invité le 25/06/08 à 095504 Prosper, yop la boum!je vous solde un bon et beau jour, pas chers victoriens demarqués du peuple mais non encore bradés! Victor Hugo XVI..... par l'AB invité le 25/06/08 à 142911 Et le Fonz' ? Il est en congé maternité ? Il a cédé aux sirènes de la promotion contre le miroitement d'un 103 SP de fonction offert en leasing au bout de 10 ans d'essai ? En échange de quoi il a le droit de se taire ? Hey, wake up stand up raztacapeur ! Dis donc t'as fait quéqchose à miss opus ntd oups ? Elle t'a quand même superbement ignoré sur le coup du rdv chez SADE. Et Bernard par-ci, et Bernard par là... Même pas j'parle grave à ma main là. T'as pas les boules Razta sur un air de Capdevielle ? Victor Hugo XVI..... par invité le 25/06/08 à 162354 Citation "Victor Hugo XVI..... par ric² invité le 24/06/08 à 165728 Cher NeoXboxAmstratari, salut. Il faut toujours nommer les auteurs d’une citation. Donc, je semble dépassé par les évènements », c’est une phrase du Mielou à propos d’une course. Un 10kil je crois. Ca devait être dans le 9-4. En vous remerciant." J'avais pas trouvé de bouton pour citer, on va le faire à la main hein! Ben Cleec ya un but c'est de pouvoir trouver son partenaire et organiser ses courses. Les autres c'est plus pour faire du "Social Networking" !! Course à pieds je l'ai trouvé récemment, bon site mais l'interface est veillote En tout cas vous êtes cools! + Sinon, c’est quoi la différence entre et ? Victor Hugo XVI..... par invité le 25/06/08 à 190318 oui t'as vu ? quel dédain .... mais j'avais pas mis mon rexona, c'est pour ça ou c'est les patates à l'aïl du midi ?. Du coup j'irais au médoc quitte a etre ignoré autant etre anonyme. Et toc. Victor Hugo XVI..... par invité le 25/06/08 à 190652 Pas mal la plage le mercredi aprem. Faudrait juste voir a augmenter la temperature de l'eau de 4 ou 5 degré. Je vais en causer à la municipalité. 16x200 ce soir pour voir ou j'en suis dans mon irresistible ascension vers le titre de champion du monde impact prévu en V5 si tout va bien. Victor Hugo XVI..... par invité le 25/06/08 à 212219 la misére... 8x200+4x200+2x200... trop dure la piste, trop lourdes les jambes, trop petite la foulée, trop court le souffle, trop longue cette piste, trop élevée cette température, et rien mais alors rien pour faciliter la scéance ! A croire que "l'on" cherche a démoraliser les jeunes espoirs. Mais "ils" m'auront pas. Plus que 30 ou 40 ans de prépa et c'est bon. Victor Hugo XVI..... par baghera invité le 25/06/08 à 225117 les bons comptes font les bons amis on ne coupe pas!! seance de 16*200 et au final 14 seances!! c'est un scandale, qu'on me rembourse cette caperie mensongere!! t'as soldé ta seance Raztaristourne?? Victor Hugo XVI..... par invité le 26/06/08 à 084737 Je te fait la quatorzaine au prix de la seizaine, valable non ? .... heuuuu.... Victor Hugo XVI..... par ric² invité le 26/06/08 à 115655 Hello les Nestors, une question a été posée sur la nature exacte des séries courtes. En tant que mentor of the coach übertrainer, je peux annoncer à la face de la tôlière et des deux-trois poivrots qui hantent encore cet endroit dans mon escarcelle, y a au moins 12 types de séances différentes. Pas 3. Pas simplement du frac’, du seuil, du long. 12, oui douze. Donc quand on demande Alors les zozos ? Contrôle des séries de 400. Montrer moi vos temps de recup’ et que ça saute », je ne peux pas répondre. Car y a du 400 pour de l’anaerobic capacity intervals et du 400 pour de l’aerobic big up Véronique&Davina capacity intervals. C’est pas les mêmes vitesses, c’est pas les mêmes récup’. Alors Raztaplaya, pourquoi tu veux faire des séries courtes ? Allonge toi là profites en pour étirer ce psoas et reviens aux fondements de ton questionnement. Ouais, sinon, NeoAmigaMiiO, c’est déjà compliqué de comprendre toutes les fonctionnalités de Kikouroucoucoupaloma, et il faudrait se lancer dans le décryptage de Cleec ? Victor Hugo XVI..... par invité le 26/06/08 à 140316 Tiens, par exemple, tu prends un mec normal, comme moi, qui vient de se taper une demi tarte au boudin noir aux pommes, deux tartellettes framboises façon crumble et un café et ben c'est pas gagné tu puisses retenir toute son attention quand à l'intérét primordial d'une récup adaptée aux besoins spécifiques de la scéance. Non, c'est pas gagné. Victor Hugo XVI..... par invité le 26/06/08 à 140614 Sinon, moi, si je fait des sceances courtes c'est juste pour pour gagner du temps. Victor Hugo XVI..... par ric² invité le 26/06/08 à 141017 Raztatropdetarte, au départ, c’est toi qui posait cette question! Vil coquin, captieux tacticien. Victor Hugo XVI..... par invité le 26/06/08 à 142620 C'est vrai, c'est vrai ... En fait contrairement à toi je suis assez monolithique au niveau de la sceance de frac. Normal, vous autres gens de la ville avaient cette facheuse tendance à compliquer les choses les plus simples. La série doit etre réaliser à donf, le coeur doit battre la chamade, le teint virera du pourpre-grenat-cramoisi durant la série au blanc teinté de vert pendant la récup qui sera réduite au stricte minimum une inspiration, une expiration, le temps de jeter un regard implorant vers la porte de sortie et c'est reparti vite, vite avant de trop réflechir. Car la reflexion est mére de tous les vices, un bon capeur sachant caper s'abstiendra de penser pour déléguer son pouvoir de décision au bip de son chrono un bip je court vite, un bip je court pas vite. C'est pourtant pas dur de pas faire compliquer tout en restant simple. Victor Hugo XVI..... par ric² invité le 26/06/08 à 145438 Raztonrustik, tu manques sérieusement d’aménité et d’accortise. C’est pas avec ces théories campagnardes dont la brusquerie de la forme n’a d’égale fabienne que la rudesse du propos, qu’on va attirer des nouvelles clientes. T’as vu, les deux compères, Master Ku & l’outre-Quiévrain MikaBelga, m’ont l’air d’avoir filé chez les cistudes. Victor Hugo XVI..... par invité le 26/06/08 à 153539 Ne crois pas ça, en ces jours incertains il est bon de revenir à des methodes simples qui rassurent la cliente par sa transparence. Ici pas d'entourloupes ni de petits caractéres en bas de page, tout le bazar est dépouillé de ses futilités équivoques, clairement posé, à la portée de toutes les bonnes volontés désireuses d'eprouver des sensations simples mais profondes. J'avais vu les compéres oui, sympa leur truc hein ? Cadre agréable, course apparement sans prise de tête, de la verdure sur l'asphalte en région parisienne. Tu voit ? Si tu etait un peu plus sociable tu aurait pu y enmener l'AB, c'etait dans ses critéres. Victor Hugo XVI..... par invité le 26/06/08 à 153722 Ca l'aurait sorti, avec tout le taf qu'il a en ce moment je le trouve un peu palichon, mou du verbe, fragile de l'apophtegme. Pour un peu je lui prescrirai un peu d'argile verte tiens. Victor Hugo XVI..... par baghera invité le 26/06/08 à 155943 je pense que l'AB est en periode de peroraison oratoire, verbalement parlant, parceque par ecrit, il pêche un peu, je le confesse; je suppute un violent desir d'absolute attitude chez lui! Victor Hugo XVI..... par ric² invité le 26/06/08 à 163135 Nan nan, je me tape pas en livre de chevet des pages d’articles scientifiques en anglais d’Afrique du Sud sur le pourquoi du comment un coureur est fatigué à la fin de son 10k mais qu’il trouve tout de même l’énergie nécessaire pour claquer un sprint dans le dernier 400, tout ça, pour m’entendre dire que la gazelle c’est du simple et du brutal qu’il lui faut pour caper à satiété et dans la plénitude d’un effort primitif, frustre et grossier ? Mes convictions vacillent, mes certitudes chancellent jacques, on m’aurait menti sur la nature réelle de la cliente ? Même, et surtout, parisienne ? Ouais, sinon, pour l’AB, c’est vrai qu’en ce moment avec tous ces contrôles fiscaux qu’il doit assurer, cette traque du contribuable qu’il doit mener, cette chasse méticuleuse qu’est son quotidien, fondant sur sa proie, tel le faucon sur le lapereau, bref, c’est pas simple sa vie professionnelle. On m’a dit qu’il était rémunéré au pourcentage ? Et qu’il boirait ses gratifications ? Baghee confirme ? Y a tout de même de drôles de métiers. Ah, et le marathon en relais, c’est vrai que c’est tentant. Mais y a le coup du dernier relayeur qui me chiffone, j'ai pas voulu semer la zizanie chez les cistudes, mais bon, tu fais ton taff, tu crois que t’as une mousse qui t’attend au bar de la récup’ et vlan, on te demande de repartir pour un tour afin d’effectuer le final avec toute la troupe. C’est un peu de l’escroquerie faut que je demande à l’AB le terme technique à employer en pareille circonstance, il s’y connaît dans ce registre de vocabulaire. Victor Hugo XVI..... par l'AB invité le 26/06/08 à 173124 Hé quoi ! Eut-il fallu que je grivelasse ma saint-magloire "dous évêque" lors que pour étancher cette goule il suffit d'un miracle cidricole ? Et encore, je ne cachetonne point chez Hiroichi Horikawa, moi. Je ne suis cagot qui mire les culetières à vous clouficher les coilles. Grippeminaud, c'est un art pas un artifice ! Hé je ne suis cousu d'or à deviser mienne "potius mori quam foedari", et si je suis gris, parfois, c'est qu'il vaut mieux être fourbe dans l'honneur que bast et estropiat. Rue de la grande truanderie, à deux pas de chez moi, on appellerait le Raz' un larron de campagne, un brigandeau, lors qu'ici ce serait plutôt un détrousseur, voire un faiseur, mais tout le monde n'a pas la chance d'être parisien, surtout chez la petite gens. M'enfin Dieu est infiniment bon. Alors, faut bien que je vous aime. Sur la série des 200, je trouve le test couleur intéressant pour qui a l'âme un peu sensible de l'artiste. Evidemment, ce talent n'est pas toujours donné à qui voudrait. Baghee.... tsssss.... Victor Hugo XVI..... par Mika B. invité le 26/06/08 à 182813 Salut les poétes.... El ric2, d'accord avec toi sur le marath-relais, en ce qui con cerne le dernier relayeur, repartir de suite avec les autres équipiers qui rigolent? en général on place là le plus naifve, voir le plus con, heu! dans mon équipe ce fut moi' j'ai toujours pas com pris pourquoi? l'AB, il parait que tu es un voyou de premiére, tu traques les con tribuables! Moi qui te penser raisonnable....... Donc ainsi tu te paies notre téte! fait gaffe de ne pas avoir ta féte! Dans la série des 200millions d'euros? j'ai fait un raz de marée, devenu depuis, rat d'égout! RTB ,ric2,baghée, unissons nous, sussent au pilleur de tronc, pour quelques § de plus, il nous rend vierge.........tout nu quoi! Désolé........Mikarien! Victor Hugo XVI..... par invité le 26/06/08 à 204908 héhé mikab, ils ont reconnu en toi le plus val heureux du groupe tout simplement ; Victor Hugo XVI..... par Baghera invité le 27/06/08 à 085807 'jour les bienheureux! St Fernand De bon matin se grattait le gland Et admirait les efforts d'un chenapan Suant, ahanant, sur la piste en tartan Pour relayer et gagner le dernier 400 En hurlant à la face de l'illustre Miel'lent "Je suis venu, j'ai vaincu, et vlan Prends toi mon record dans les dents!" Victor Hugo XVI..... par invité le 27/06/08 à 091621 D Victor Hugo XVI..... par l'AB invité le 27/06/08 à 091755 Bravo ! Ca c'est culotté ! MikaB, ne pas confondre le denier du pauvre et l'impôt sur le revenu et le reste. Je prends uniquement ce que l'on me donne et je le redistribue aux serviteurs du Saigneur, en l'occurrence, par un fait extraordinairement hasardeux, moi himself même. Je n'ai d'autre ressource que publique, un peu comme certaines de mes paroissiennes. C'est la providence de la religion en lieu de l'Etat providence. Et mes contraintes sont purement virtuelles, aucune douleur ni torture autre que quelques images d'un purgatoire infernal. Tu vois que je suis loin d'être le mafiosi que le ² voudrait incarner tant il jalouse cette provende. MikaB, j'ai pas vu tes tatouages sur les photos, tu les caches où ? "FC for ever" par exemple... Victor Hugo XVI..... par baghera invité le 27/06/08 à 100521 "MikaB, j'ai pas vu tes tatouages sur les photos, tu les caches où ? "FC for ever" par exemple..." cachette là où ta chasteté ne saurait fouiner cher nonce dans sa malle'attitude! qui pese lourd, of course... Victor Hugo XVI..... par l'AB invité le 27/06/08 à 121248 Faut dire qu'il est beau le MikaB dans son uniforme de capeur ! La Miélou's short attitude va encore faire des ravages cet été sur les plages du nord. L'éternel classicisme du béhaviorisme dans la science du running n'a pas résolu ce paradoxe le capeur fait-il le short ou le short fait-il le capeur ? Et ne croyez pas que le textile soit transparent. On a bien attrapé un saint-suaire qu'était innocent de son sang... Tiens, ça m'fait penser que je commande du Bordeaux à déjeuner. Victor Hugo XVI..... par ric² invité le 27/06/08 à 175311 Bonjour-bonsoir, 'tain, j'ai un 10 du 10 10manche et j'ai pas la gniak pour le faire... C'est juste pour échapper à ma belle famille pendant quelques minutes. Combien de minutes? Le plus longtemps possible! La bise les performeuses. Victor Hugo XVI..... par baghera invité le 27/06/08 à 193258 ahah, qu'il sera doux de ne rien faire pdt que certains 10'coureront avec belle maman et joli papa! "vous en reprendrez bien un peu ricric?" "oh mais non, mon corps d'athlete ne le supporterait pas" je vais de ce pas cesser de 10'courir et courir tout court, si vous le permettez.... mon soutien moral avec toi, pour le physique, tu te dem...! Victor Hugo XVI..... par invité le 28/06/08 à 094159 putaing je me suis eclaté le pied sur un rocher hier soir. "Intromis Anal !" ai je crié seul au fond de l'eau avant de rentrer vite fait de peur d'attirer les requins. Ces flaques de sang que j'ai laissé à la douche de la plage.... beurk. Toujours est il qu'aprés l'épaule bousillée, c'est le pied et que la natation m'emepeche donc a nouveau de courir. pfff.... Victor Hugo XVI..... par l'AB invité le 28/06/08 à 111713 Et moi je dis qu'il y a volonté inconsciente masochiste derrière ces prétendus faits. Raconte-nous RaztaMasoch, ta mère t'enfermait-elle dans les toilettes pour te punir ? T'amusais-tu à ouvrir et fermer le robinet pour passer le temps ? Des séries d'eau courante pendant lesquelles tu comptais ? Genre un 16x200 ?? Ah ah, on se rapproche du trauma originel... Bientôt je te le dis Razthaumaturge, tes blessures guériront. Victor Hugo XVI..... par baghera invité le 28/06/08 à 114430 allonge toi sur le divan, Raztafreud, conte nous tous tes bobos...ne serais tu point un ecapeur precoce, celui qui se blesse avant de tirer ses series de 200?? ou alors mûr pour la petanque, ô l'incompris de l'asphalte et des eaux? Victor Hugo XVI..... par ric² invité le 28/06/08 à 194902 Ouais, raztupointoututires, y a aussi l'option de passer à la pétanque. Mais pour éviter tout risque, vu le talent de l'athlète, avec des boules molles Euh ? Le Fervex et l'aspirine au kg c'est positif pour le contrôle anti dopdop ? Nan, pasque là, je suis chargé comme un cycliste. Victor Hugo XVI..... par l'AB invité le 28/06/08 à 202633 T'as attrapé le chaud froid du junior² ? La santé du capeur passe avant tout. C'est un commandement des Anciens. Dès l'apparition d'un hâle rouge chez l'enfanson, diviser l'appartement/maison/jardin/terrasse en deux avec du polyane anti-bactérien*; purger les canalisations avec de l'eau bouillante et de l'antirongeurs cafardeux; pulvériser du gaz sarin dans la partie réservée aux non capeurs pour désinsectiser les crobes; ne consommer que et uniquement la recette du poulet au whiskey du MikaB. * garder pour le capeur le salon avec télé, la cuisine avec le congélo plein de plats déjà prêts, la chambre avec le lit deux places, les WC, la salle de bain avec baignoire, et le garage. Laisser le reste aux non capeurs. La niche du chien peut être entendue comme extension intégrée à la maison d'une surface inférieure à 20 m², soit conforme aux règles d'urbanisme et au code du travailleur au repos. Elle est donc divisible par deux soit madame et l'animal de compagnie, soit junior et le meilleur ami de l'homme. Bonne remise en état. Attention, je regarderai les résultats de ce 10 dans le 10. Victor Hugo XVI..... par baghera invité le 28/06/08 à 221609 Sous Louis le 10-4, le moindre bobo etait traité par saignée, purge, emetif tu veux essayer ricdope ou tu gardes tes crobes?? à moins d'eternuer tres fort au depart pour les innoculer direct à tes concurrents?? 10*10, c'est un carré qui devrait te reussir, da!! Victor Hugo XVI..... par invité le 29/06/08 à 112913 pffff... Le seul vrai miracle le jus de citron. T'en poses deux ou troix gouttes sur une cuilliéres et tu les sniffe. D'un coup. Choisir d'entrée de jeux la narine la plus malade car généralement aprés l'avoir fait sur une on a pas envie d'essayer sur l'autre. En complement, et pour apaiser le feu de l'acide citrique, un petit cataplasme ail-oignon posé sur les sinus sera d'une efficace incontestable. Penser a retirer le cataplasme avant que les chairs ne soient dissoutes jusqu'a l'os. Si tu es trop sensible pour supporter sereinement le traitement cogne toi regulierement le petit doigt de pied dans un coin de mur, bizarrement ça soulage aussi le mal de tête, le corp humain est quand même bien étrange. Victor Hugo XVI..... par ric² invité le 29/06/08 à 121104 Hello les diafoirus, une coursinette bien sympathique à deux pas de chez soi. Junior² dans le public qui rigole en regardant son ² de père changer de couleur. Des collègues de course agéables. L'orga a de bonnes marges de progression. grosses bises Victor Hugo XVI..... par invité le 29/06/08 à 125342 Alors ? Cinabre , garance ou coquelicot ? Victor Hugo XVI..... par ric² invité le 29/06/08 à 135951 cest cool le wiwi fifi-loulou, tu peux faire semblant de t'occuper du barbec tout en surfant le bouzin... réponse Garance, et oui, on était du côté de l'hôtel du Nord. je crois bien avoir aperçu Richard Dacoury dans les runneurs. Ca c'est Paris! Victor Hugo XVI..... par baghera invité le 29/06/08 à 163903 le richard dacoury s'entraine sur nos terres au bois, notre talent l'influence...!alors ², 37°2 ce matin?? Victor Hugo XVI..... par l'AB invité le 29/06/08 à 202200 Aaaaahhhh... l'appel du BBQ le midi au son du grésillement de la chair... le plop du bouchon de ce rosé rafraichit sous la tonnelle... Bon, t'es pas sur les tofs du Fred. Aren't you a performer ? Victor Hugo XVI..... par Baghera invité le 29/06/08 à 220950 il allait trop vite... Victor Hugo XVI..... par invité le 30/06/08 à 093047 Ayé, c'est encore lundi.... Enfin, heureusement, on est champion du monde, enfin... d'europe, bref du bout de monde qui compte quoi ! Je dit "on" par bonté d'ame. Pour vous associer à ma trés grande joie d'ibére. Si vous le permettez je vais laisser un peu de mon bonheur déborder Youpi ! Ouf, ça fait du bien. Allez, ne boudez pas, vous aussi un jour vous aurez une equipe de foot à supporter et vous serez heureux à nouveau. Victor Hugo XVI..... par ric² invité le 30/06/08 à 104107 Hello, heureusement que les transpyréens l’ont emportée cette coupe. Ils l’ont souvent mauvaise dans la défaite. En cas d’échec, les ibères sont difficiles. De manière générale, dans ce genre de situation l’hispanique est amer et on est prié de faire la liaison. tain, vous aurez noté la grande forme, une belle patatas ce matin ! Mais si l’AB, j’y suis en photo Sauras-tu me retrouver ? Je n’ai pas la chance de connaître le photographe. Et d’un naturel timide je n’ose pas souvent faire le premier pas. La fièvre c’est très pratique en course à pied, ça te permet de zapper l’échauffement. Hop, tu peux arriver 2 minutes avant le départ, t’es déjà en sueur, un peu rouge, le regard hagard, la bouche pâteuse, rien dans les giboles, bref, ça te permet de prendre de l’avance sur tes concurrents dans pas mal de composantes de la course. Faudra pas compter sur un chronométrage inoxydable et indiscutable sur cette course. Ca se faisait à l’ancienne. La consigne c’était tu comptes les secondes dans ta tête. Dès que tu entends un gars siffler, ça veut dire que la course est partie. Tu peux commencer à compter. Tu cours en comptant. Te laisse pas distraire. Puis quand on te dit que c’est fini, tu t’arrêtes de compter, tu trouves quelqu’un qui ressemble à un gars un peu responsable d’un semblant d’organisation et tu lui glisses à l’oreille ton chiffre sans que les autres ne puissent l’entendre. Ah, comme c’était sur 4 boucles, j’ai doublé la lanterne rouge de la course. Un brave gars avec un t-shirt UMP2007 Nikos for president» de dos, j’ai cru un instant que c’était toi, l’AB. Il était encadré discrétos par 2 policiers en VTT. Je lui ai demandé si il avait bien tout compris des conseils de l’entraîneur de Ladji Doucouré. Bon maintenant faut programmer les étapes du CCCP 2008-2009. Ca va friter. Toujours partante, Mâ’ame Baghee ? Raztonpiedbot, t’as cautérisé la plaie à la Michel Strogoff ? T’as fait un emplâtre à l’argile ? Victor Hugo XVI..... par invité le 30/06/08 à 104840 J'ai mis des épingles à nourrice pour aider la plaie à se refermer. Et des petits vers pour asseptiser le tout. Quand ils se transforment en mouches c'est bon, t'es guéri. Je crois que j't'ai vu sur la tofo t'es en vert tout au loin, non ? j'ai reconnu le monté de genoux. Sinon c'est bizarre mais il y a un mec dans le peloton on dirait qu'il a une combi de nage, il sortait de la seine ? Victor Hugo XVI..... par ric² invité le 30/06/08 à 115246 Perdu, c’est pas moi. Le port du Marcel m’est strictement interdit par ma religion. Au sujet de la tenue de plongée de certains coureurs en fait la course se déroulait sur les bords du canal Saint Martin. A la différence de la Seine, ce canal est uniquement limité à Paris intra-muros. Donc l’eau y est d’une pureté limpide et d’une qualité organoleptique formidable. Les services de la Mairie nettoient les bassins matin et soir. On peut donc facilement effectuer ses longueurs de bassin puis participer à une course à pied entre gens de bonne compagnie. Le problème de la Seine, c’est qu’elle traverse des régions douteuses où les progrès de l’hygiène n’ont pas encore atteint les populations autochtones. Les termes comme développement durable», respect de l’environnement», empreinte carbone», soin du corps», etc. ne soulèvent que les rires niais de ces sceptiques. Comme dans L’homme qui voulait être roi», on sait que ces peuplades placées en amont de notre capitale, pissent gaillardement dans l’eau du fleuve par simple provocation. Donc y avait du triathlète en combinaison. Ca a d’ailleurs value une remarque de SigO, présente dans le public -SigO Hey, Handsome SigO m’appelle souvent comme ça quand j’ai mes Brooks aux pieds, y avait des mecs avec des lunettes Optic12000, des tenues moulantes et un bronzage assez vulgaire, ils arrêtaient pas de s’auto congratuler » -Moi Y avait pas les lettres T-R-I inscrites à plusieurs endroits de leurs vêtements très ajustés sur leurs corps imberbes ? » -SigO Ah, oui, t’as raison, y avait marqué tri partout sur eux. Ils bossent à La Poste ? » Victor Hugo XVI..... par baghera invité le 30/06/08 à 122547 y a t il des juilletistes au bar?? voire même des aoutiens?? je ne voudrais pas causer à trop de touristes en l'absence des autochtones...merci de faire le tri vos vacances ou moi! Victor Hugo XVI..... par l'AB invité le 30/06/08 à 130640 A part l'unijambiste, je vois pas, le ². Absent du forum du 25/07 au 18/08. Sauf exceptionnellement si le wi-fi fonctionne sur mon yacht prononcer yak. Cette année finies les arnaques d'été, la loc pourrie en bord d'autoroute qu'il faut traverser pour accéder à la plage, la flaque de pétrole sur la serviette, l'hôtel en faillite qui menace ruine à prix cassés, le paiement par internet débité 6 fois le prix initial, etc... Nan, cette année, j'ai fait appel à un voyagiste réputé du passage du sentier, ayant pignon sur boutique et rue à l'avenant en bout d'impasse, qui, loin de proposer des forfaits tout inclus à prix défiant toute concurrence, même la gratuite, met en avant son originalité vis à vis de ses confrères en augmentant ses prix d'une semaine à l'autre, c'est à dire entre le moment où vous voyez la pub, celui où vous téléphonez, celui où vous réservez, et celui où vous versez le solde, 6 mois avant de boucler les valises. Hé oui, c'est que le produit est rare, il se mérite donc. Rendez-vous compte, un voyage inédit, une exclusivité à lui tout seul, réservée à quelques clients privilégiés hélés au hasard dans la ruelle qui sert aux relations tarifées estra-conjuguales, enfin je vous passe les détails ça n'intéresse personne. Cette année, je pars 15 jours, visiter l'Atlantide. En croisière. Sur yacht privatif. C'est pour ça que le wi-fi chuis pas sûr. Rendez-vous le 25/07 quai du débarquement n°44 à Marseille cedex 7 à OOh50. Le tout pour moins d'un an de salaire. Que voulez-vous, les rêves ça se paient. J'en frémis d'excitation à l'avance. Ne soyez pas jaloux. J'ai une chance de cocu en ce moment. Je vous raconterai. Tchô, tchô... Victor Hugo XVI..... par l'AB invité le 30/06/08 à 131902 Je viens de recevoir une offre d'emploi par courriel. Vous pensez que c'est un cousin lointain de mon agent de voyage ? J'ai bien envie de démissionner de mon job actuel et de donner suite. Vous en pensez quoi ? "Bonjour, Nous sommes heureux de vous offrir pour une position du travail ´r notre compagnie tissus de camira limités, nous avons besoin de quelqu'un pour travailler pour la compagnie comme a Garde de représentant/livre dans votre pays. C'est en raison de notre ne pas avoir un bureau actuellement dans votre pays. Notre compagnie se spécialise dans la production des tissus pour chaque aspect d'utilisation de ménage. Actuellement avec la quantité d'ordres que nous avons, nous ne peut pas les mettre sur la prise par crainte de desserrer les clients pure. Deuxicmement nous ne pouvons pas encaisser ces paiements des europe assez bientôt, car les chcques internationaux prennent environ 35-40 jours ouvrables pour que l'argent comptant soit rendu disponible. Nous perdons environ Euros de revenu net chaque mois parce que nous avons des retards de transfert d'argent. Votre tâche est de coordonner des paiements des clients et de nous aider avec le processus de paiement. Vous n'etes impliqués dans aucunes ventes ou marketing. Une fois que des commandes sont reçues et assorties nous livrons le produit ´r un client habituellement par FEDEX/UPS. Le client reçoit et vérifie les produits. Aprcs que ceci ait été fait le client doit payer les produits. Au sujet de 90percent de nos clients préférer payer par les chcques certifiés et les chcques de voyageurs basés sur la quantité impliquée. Nous avons décidé d'ouvrir cette nouvelle position du travail pour résoudre ce problcme. ***VOTRE TÂCHE EST DE COORDONNER DES PAIEMENTS DES CLIENTS ET D'AIDER LES France AVEC LE TRAITEMENT DE PAIEMENT*** Quand vous recevez le paiement vous encaisserez le paiement ´r votre banque déduisez 10% qui sera votre commission pour chaque paiement traité, et vous expédierez l'équilibre aprcs que la déduction de votre commission aux bureaux l'uns des vous soit entrée en contact pour envoyer le paiement ´r par l'union occidentale. Les transferts d'argent locaux prend ´r peine des heures, ainsi il nous donnera une possibilité pour obtenir le paiement du client presque immédiatement. Vous avez droit ´r un salaire mensuel de base de Euros par exemple, quand vous traitez un paiement 3000Euros. Vous déduisez votre commission de 10% 300 Euros et mandat 27000Euros. Le premier mois vous aurez 4-6 transactions en gamme de Euros3000-4000. Plus votre salaire mensuel de base établissant une collaboration étroite avec nous vous pourrez utiliser avec des ordres plus importants et vous pourrez gagner plus. Nos paiements seront publiés dehors dans votre nom et vous pouvez les faire encaisser ´r votre banque ou ´r tout autre Services. Deduct de encaissement votre commission et expédier l'équilibre ´r la compagnie. Si vous etes intéressés, {}, m'envoyer svp l'information énumérée ci-dessous Votre nom Votre adresse Votre âge état civil numéro de téléphone Me répondre aussitôt que possible si vous etes intéressés pour plus de détails ´r mon email que je serai heureux de t'arriver en arricre dans 24hrs. Web site - Sales and Customer Service Hampton Mills,Mir field, West Yorkshire, WF14 8HE United Kingdom Tel 44 704 011 3543 Best Regards, Frank mugler. " Victor Hugo XVI..... par invité le 30/06/08 à 132218 C'est du solide, FONCE. Victor Hugo XVI..... par invité le 30/06/08 à 134430 Moi je pose les z'enfants dans une mine de sel du venezuela fin aout pour leur apprendre les bonnes maniéres. Pendant ce temps je siroterait des daïquiris le cul dans l'eau 29°. Victor Hugo XVI..... par l'AB invité le 30/06/08 à 135223 Ca veut dire que tu bosses tout l'été Raz' ? Tu fais la permanence ? En même temps bosser l'été à la Rochelle, ça relativise le sens du mot sacrifice... Victor Hugo XVI..... par invité le 30/06/08 à 140710 Oui, ils ont demandé quelqu'un d'intégre et plein d'altruisme, prêt à se sacrifier pour encadrer les jeunes stagiaires. Les regards de nos dirigeants Gloire A Eux ! se sont portés naturellements sur moi. J'assumerai ma tache sans faillir, mes aimables responsables Gloire A Eux! n'auront pas à rougir et toutes les stagiaires de l'établissement pourront sans crainte s'appuyer sur le membre le plus solide de notre équipe moi! dans l'apprentissage de leur dur labeur. Ca commence lundi prochain. J'ai prévu pique-nique pour commencer. Victor Hugo XVI..... par l'AB invité le 30/06/08 à 144810 Hé, hé, comme dit ma fille 4 ans et 51 semaines quand même "on va faire un camping-nique !" Ah, l'innocence buccale des jeunes filles... Victor Hugo XVI..... par ric² invité le 30/06/08 à 145124 Tout comme l’AB pour les dates et la destination, avec quelques jours en plus à la fin car j’ai pris l’option excursion dans l’île mystérieuse». On est passé par le même voyagiste. Par contre pour l’offre d’emploi de Mr Mugler, j’ai déjà postulé et je suis pris! Mais t’inquiète l’AB, y a plusieurs postes et t’es pas obligé de quitter ton job actuel, vu que t’es salarié au Nigeria. Un statut géographique bien pratique pour une autre affaire dont je voudrais te parler. Victor Hugo XVI..... par baghera invité le 30/06/08 à 161909 et s'il n'en reste qu'une, je serai celle là, encore et toujours!pfff, c'est fatigant d'etre LA reference, surtout quand ça ne rapporte rien; les absents ont toujours tort! Victor Hugo XVI..... par invité le 30/06/08 à 223321 j'ai trouvé pire que le vent et la pluie reunis quand on est a vélo. La moissonneuse-batteuse-tondeuse sur ce putin de champ en bord de route qui te souléve un nuage mélange de poussiére de terre et de céréales ogmisées presque compact. Impossible de respirer et tous ces petits bouts de paille qui passent derriére les lunettes alors que tu essaye de détourner la tête à la recherche d'une bouffée d'air pur pendant que le conducteur de l'engin te zyeute negligement la goldo sans filtre maïs au bec en se demandant a quel moment tu va te vautrer. D'un naturel fiér et impulsif je leur ai jeté un "Salauds de cul-terreux !" bien mérité, mais de loin car étant bon je ne voulais pas risquer de les vexer sur leur gros tracteurs tout de même. Victor Hugo XVI..... par baghera invité le 01/07/08 à 102632 Raztamaïs, et un masque sur le nez relié à un entonnoir sur la tete, question de prendre de l'altitude pour respirer et laisser les terriens à leurs fagots?? je crois que ce look n'a encore été travaillé par aucun capeur digne de ce nom... Victor Hugo XVI..... par invité le 01/07/08 à 111035 le look c'est essentiel dans la pratique du vélocipéde. Toutes les fantaisies ne sont pas permises. Est ce qu'il peut y avoir une pub pour une mutuelle sur l'entonnoir ? Et le masque ? moulant ou pas moulant ? Victor Hugo XVI..... par l'AB invité le 01/07/08 à 134851 Le paysan est une espèce nuisible c'est bien connu. Il nuit à l'environnement, il nuit à l'urbain, et dans ton exemple il nuit au jour. Je comprends pas qu'on les garde. Au moins les pêcheurs on saborde leurs bateaux. C'est vrai quoi, du temps où on se nourrissait dans les champs, je veux bien, mais maintenant que tout pousse dans le supermarché, même les tracteurs, je vois pas l'intérêt. En plus qu'y sont pas beaux et qu'ils sont pas prêteurs. Ben oui, y prêtent pas leurs vaches, ni leurs vignes, ni leurs femmes, nan vraiment je comprends pas. Y a pourtant des musées folkloriques, mais je sais pas, ça a pas pris auprès des paysans. T'as bien fait de leur dire leur 4 vérités de loin, sinon t'aurais eu de la paille plein la bouche et y z'auraient pu te confondre avec une botte en fuite. Mais y a pire. Si, si. C'est le paysan dans le métro. Mais c'est un autre débat. C'est quoi le nom du bled ? On va leur envoyer une brigade d'anti-ogm parisiens... Victor Hugo XVI..... par l'AB invité le 01/07/08 à 142533 "Paris c'est bien l'été". On entend souvent cette phrase. Surtout de la part de parisien qui se sont faits coincer au bureau. Sans enfants, célibattants, tirage au sort,... tous les prétextes sont bons pour y coller les autres. C'est peut-être vrai. Le bitume et la pierre de taille rayonnent bien la canicule. Le verre d'eau gratuit en terrasse n'est jamais aussi cher qu'en cette période. Les pics de pollution sont à leur maximum. C'est peut-être vrai. Les corps se dévoilent. Les fontaines sont fraîches. Le taxi est parfois souriant. Mais le métro à Paris l'été, je dis non. Je vais pas vous refaire le couplet des odeurs, tiens à propos avez-vous remarqué que dans les nouvelles rames les fenêtres sont bloquées ? C'est pour la clim nous dit-on. Oui mais quand la clim est en panne ? L'été la population du métro change. Elle mute comme le serpent perd son ancienne peau. On se retrouve avec des touristes, comme toute l'année, mais en troupeau plus compact. Et pis les provinciaux. Ah, le provincial et la pratique du métro... Je grimpe le premier dès fois qu'il partirait sans moi, puis-je bousculer un peu ? Merci, non quand même. Je fais un pas. Et je m'arrête. Dès fois que je redescendrais à la prochaine, c'est à dire dans 6 stations environ. C'est vide devant moi, mais peu importe, faut être prêt à déguerpir, le parisien est si râleur quand ça avance pas. Y a du monde qui pousse pour monter ? Hé stop, on est pas des vaches ! Ah, ces parisiens, mais comment font-ils pour supporter ça toute l'année ? Ben justement, le reste de l'année, le provincial est en minorité. Isolé, il se terre, observe et ne dit rien. Et pis y a le touriste. Qui pense que le métro est un petit train folklorique pour visiter les sous-sols parisiens. Alors comme c'est l'aventure, on se plante au milieu du couloir, juste à l'intersection, et on déplie sa carte, en A1, pour demander au premier qui passe pourvu qu'il soit ni noir ni maghrébin on sait jamais dès fois qu'il nous enlèverait pour nous racketter, le chemin qui mène à la Tour Eiffel. A gauche ? Vous êtes sûr ? Sur la carte c'est à droite. Le nord est au sud ? Ah ok. Le point commun c'est le niveau sonore du langage. Comme le parisien est devenu sourd à cause de l'ipod le provincial et le touriste parlent entre eux à voix haute et inintelligible pour le parisien moyen. Sauf quand il parle la langue voire le patois. "Coño pero mira como le cae su chaqueta ! Ah ah, pero que feo. Sabes que nunca podria salir con un francés vestido asi..." Etc, etc... Bref, l'été le métro se vide de ses salariés, et s'emplit de vacanciers. Quel contraste d'allure. La différence nous enrichit parait-il. C'est vrai que l'été tout augmente. Tarifs, taxes, minima sociaux, température... sauf les primes de noël. Victor Hugo XVI..... par invité le 01/07/08 à 155841 Tu serais malheureux s'il y avait pas tout ça. C'est pour ton bien. Et pis n'oublie pas que certains estrangers sont champions d'europe du monde, ça donne des droits sur les indigénes du métropolitain. Victor Hugo XVI..... par ric² invité le 01/07/08 à 161708 Nan, mais, hum, ah, euh, bonjour, comment peut-on se plaindre de la sorte alors que la solution simple et pratique réside dans la combinaison de ça et ça ?????????????? Victor Hugo XVI..... par invité le 01/07/08 à 162646 et ça aussi alors indispensable hein ! n'oubliez pas ! Victor Hugo XVI..... par ric² invité le 01/07/08 à 165734 Raztonafrostyle je ne suis pas du tout d'accord avec toi. Mais alors pas du tout. Mais vraiment, hein, vraiment, en complète opposition. En plus, avec ce genre de conseil "indispensable" il va nous opposer que c’est pas possible avec son style de coiffure et son look urban-casual-chic. Je le connais l’animal. Victor Hugo XVI..... par invité le 01/07/08 à 173325 En tout cas ne jetez pas vos vieux vélos. Ils peuvent être facilement recyclés. Victor Hugo XVI..... par neogeowii invité le 01/07/08 à 173441 Pour trouver ses partenaires sportifs Victor Hugo XVI..... par invité le 01/07/08 à 173748 Et si on en cherche pas ? faut aller ou ? ceci dit, bon Week End. oui, je sais, on est que mardi, mais par ici c'est un peu le we tous les jours quand il fait ce temps là. Victor Hugo XVI..... par LIN12 invité le 01/07/08 à 181857 Coucou les Victor's Ric2 alors on en est où avec ton 10 du 10?? j'ai bien lu que tu l'avais fait...mais j'ai pas lu ton temps, ni un cr comme il se doit..non mais, je veux tout savoir, moi!! comment ça s'est passé, comment tu vas.. et tout et tout.. L'Ab-ratp bien vu, l'histoire du tro'm, on sent bien là, le gars d'expériance, à observer chaque personnage, à te glisser dans le panier de la vieille, remarquer le livre du voisin d'en face.. as tu aussi un jour, fait glisser par mégarde ta main du poteau centrale, sur la main de la jolie brune??? Sursauter lorsque Robert débarque avec sa sono sur son cadiche avec les ficèles qui dépassent sur un air d'Aznavour raté..Et la mamie qui s'installe avec ses 3 grosses valises et son sac qui te chatouille la jambe.. Raztapêche toujours aussi pêchu!!! l'gars!!! L'Baghé est toujours dans le coin?? Bises à tous en acompte Linda Victor Hugo XVI..... par invité le 02/07/08 à 103806 Ce soir c'est 12 fois 300 ou rien. C'est le tarif du mercredi. Victor Hugo XVI..... par invité le 02/07/08 à 104759 y a un 10 le 02/08 qui font 10 . j'aimerai bien ne pas étre trop à la ramasse vu que sur 10 il y a des filles et qu'en plus il y aura des touristes. faut que je fasse une miélou-standard pour savoir si je toujours capable de m'approcher des 39'120" ou pas. Et pis aprés une préparation avec que du classique un test vma, un test d'effort avec mesures des lactates directement pompés au pis pour plus de précision, éventuellement une étude podologique suivi de la modélisation de l'aérodynamise de mon crane pour plus de clarté et enfin le soutien d'une dieteticienne-kinesiopathe-masseuse-osteopathe tendance marabouteuse pour peaufiner les détails. Eventuellement je rajouterai un ou deux footings pour maintenir un peu de capacité pulmonaire. Victor Hugo XVI..... par ric² invité le 02/07/08 à 115137 Hello les syphilitiques. Mais si, lin12, j’ai fait un CR dans ces colonnes. Le résultat est tombé depuis 35’298’’. Si l’AB fonctionne suivant l’équation IMC=VMA, de mon côté c’est temps au 10 = température corporelle. Faut donc que je travaille sur un système de climatisation interne. La suite cet été, camp d’entraînement avec l’AB. Apports nutritifs minimaux. Objectif obtenir la ceinture noire 1ère dan de Grignette. Le 14 septembre, la fête de la Némésis du Mielou à Joinville le Pont pon-pon. Le 28 septembre longue ballade à Berlin Puis enchaîner avec le max d’étape du CCCP Corrida du 15, 10 du 9, Boucles du 17, etc. Raztoncharlatan, t’as un remède pour une angine bien rouge ? Sinon, en passant, tes 12*300, c’est ni plus ni moins qu’une bonne séance de 1’/1’, isn’t it ? Victor Hugo XVI..... par invité le 02/07/08 à 115709 Tout ce qui fait mal à la gorge se soigne par des gargarismes au rhum/canelle. 1'02" et 58" de récup, ne vulgairse pas trop ce qui doit etre effectué avec une précision scientifique. Victor Hugo XVI..... par l'AB invité le 02/07/08 à 131013 Il est possible que mes tendinites récurrentes puissent être liées à l'inflammation d'un nerf qui flirte dangereusement avec mes dents de sagesse de ruminant. Il est probable que je ne puisse pas être opéré sans risques importants pour les mêmes raisons que l'inflammation. Il est certain que je n'arrêterai pas la cap. Quand la passion enflamme les corps, le curatif s'impose au préventif. J'ai donc décidé de ne rien faire d'autre que courir jusqu'à ce que la bête crève. Et ta 3ème séance VMA c'est quoi le Raz' ? Un 8x400 ? Victor Hugo XVI..... par invité le 02/07/08 à 143226 bah non ! un 10x400 ! Progressivité de 400m par sceance voyons 16x2003200 12x3003600 10x4004000. De la méthode queue de diable si tu veux esquiver les tendinites ! Et qu'on ne me parle pas d'une ou deux series de 200 que je n'aurais pas faites, certaines repetitions compte doubles, surtout le mercredi. voila. Et puis c'est moi l'entraineur. Victor Hugo XVI..... par l'AB invité le 02/07/08 à 151750 J'ai hésité en effet compte-tenu de ton apoplexie dans la 14ème... En ce moment c'est palmes pour courir sur Paris. Victor Hugo XVI..... par baghera invité le 02/07/08 à 153249 peroreurs, jacasseurs, bonjour! vous courerez vite le jour où votre Vma rejoindra votre flux salivaire! avec ou sans series... Victor Hugo XVI..... par ric² invité le 02/07/08 à 163437 Elle a un peu raison la Matra-Simca Bagheera ça c’est de la caisse!. Ca pia-piate beaucoup sur le papier… Mais on ne voit pas trop le passage du virtuel au réel! Par exemple, ça manque cruellement de précision sur le temps exact de récup’. A ce sujet, je rappelle que l’école belge francophone, Gloire au MikaBelgaVonMaesUndChimay!, s’aventure dans des séries de distances courtes avec des temps de récup’ plus longs que la mode française de France Victor Hugo XVI..... par baghera invité le 02/07/08 à 173227 matra simca oh! pourquoi pas trotinette aussi?? moteur et carosserie encore à jour! Victor Hugo XVI..... par invité le 02/07/08 à 233317 Si ce n'etait ma modestie naturelle j'aurais tendance à parler de maitrise parfaite pour qualifier ma sceance de 12 Douze l'AB ! fois 300 effectuée ce soir. Mais, restons humble, je ne vais pas passer des heures à vous décrire la perfection du geste et la justesse du timing. A un moment je crois que j'ai transpiré. Juste une goutte ou deux, sans doute pour donner plus d'éclat aux rayons d'un timide soleil couchant. C'est quand les JO déja que je les pourrissent tous ? Victor Hugo XVI..... par invité le 03/07/08 à 000121 Ric², j'ai bien reflechi à ta remarque sur la méthode belge. Et il y a peut etre du vrai. A quoi sert de glander trois plombes sur la piste entre deux efforts d'une minute ? A rien à priori. Mais la magie de la théorie Belge se trouve peut etre dans l'allure de récupération, non? En tenant une belle allure d'endurance entre les répétitions plutot qu'une allure d'escargot asmathique la scéance proposée peut être intérréssante. Je lit mal le belge et fréquente peu zatopek, donc je m'avance en toute innocence, plongé dans les ténébres à la recherche de l'Illumination, mais toi qui est un puit de science sans fond l'AB dit toujours qu'en parlant trop fort prés de tes oreilles on entend l'écho qu'en penses tu ? Quelles sont tes recommandations. Ceci dit on doit reconnaitre aux mikabelgiens un génie évident et toutes leurs idées doivent être examinée avec la plus grande attention. En effet n'oublions pas que les peuplades de ces lointaines contrées sont elles aussi un peu championne d'europe de football par leur reine Fabiola, cousine germaine du roi des champions du ballon. Ainsi le rayonnement des ibéres rudes et vaillants, habiles et inventifs, baigne leurs pensées d'une bienheureuse clarté. Et je ne dit pas ça parce que je suis espagnol. Victor Hugo XVI..... par baghera invité le 03/07/08 à 091531 chuuut, silencio les iberes, j'ai encore le bolero de Ravel ds les oreilles; au fait un ballet, ça equivaut à combien de 300?? Victor Hugo XVI..... par l'AB invité le 03/07/08 à 100936 Tiens c'est vrai que je l'avais téléchargé ce logiciel mais jamais utilisé. Il est correct ? Je me rends compte que sur les récups j'ai bon, mais je tape mes séries comme si j'étais en compétition, c'est à dire beaucoup plus vite que les temps indiqués sur le tableau. Enfin, je sais pas, ça sert à quoi de faire des séries courtes si c'est pas à fond à fond à fond... gravier ? Victor Hugo XVI..... par ric² invité le 03/07/08 à 114633 Bonjour les performeurs de papiers, Mâ’ame Baghee, tout de même, c’est pas de la belle trottinette intemporelle ça ? Bon, pour une fois, je vais être un peu direct. Les causes de vos blessures, de vos atteintes physiques, de vos periostitotendinosciatiques pubalgiennes, sont essentiellement dues à l’entraînement, puis à votre entraînement, et je rajouterais, en complément, à, mais cela ne devrait étonner personne, votre entraînement. Les séances dites VMA» des plans prêt-à-porter» sont certainement concoctées par l’interprofessionnelle des chirurgiens réparateurs, aidés par l’intersyndicale des prothésistes de la hanche, assistés de la guilde des podobobologues. Victor Hugo XVI..... par invité le 03/07/08 à 134152 Un complot ? j'en était sur... Victor Hugo XVI..... par l'AB invité le 03/07/08 à 135926 Il souffle comme un air de liberté ce matin, 'trouvez pas ? J'ai eu vent d'une rumeur qui "on dit" qu'un commando de faux chinois déguisés en tibétains serait prêt à intervenir pour liberér Raztasérie prisonnier de l'anneau de la piste. Il leur manque que l'hélico déguisé en Kalenji pour pas attirer l'attention du gardien du phare des marais. N'empêche. Quelle femme !... Je parle du Raz' bien sûr. Victor Hugo XVI..... par baghera invité le 03/07/08 à 145354 un Raz de marée? une deferlante de hourrah, quand le flux des critiques se retire, ne laissant qu'une plage humide de recup sur laquelle aligner qq series, pour ce valeureux capeur, Raz des marais salivants Victor Hugo XVI..... par invité le 03/07/08 à 161816 Ric², je suis absadourdi. je farfouille sur zatopek et là dedans à l'onglet constante j'ai l'impression qu'il y a contradiction avec le tableau d'hier qui préconise de prendre une mousse entre chaque répétition. Si c'est la cas alors ou donner de la tête ? Qui croire ? vers qui se tourner ? La vérité est elle encore ailleurs ? Victor Hugo XVI..... par invité le 03/07/08 à 161817 Ric², je suis absadourdi. je farfouille sur zatopek et là dedans à l'onglet constante j'ai l'impression qu'il y a contradiction avec le tableau d'hier qui préconise de prendre une mousse entre chaque répétition. Si c'est la cas alors ou donner de la tête ? Qui croire ? vers qui se tourner ? La vérité est elle encore ailleurs ? Victor Hugo XVI..... par l'AB invité le 03/07/08 à 180858 Hé ouaip'. As-tu pensé à la relativité lors de ton 3ème 300 ? Et pour le 6ème ? Tu sais pourtant que ton temps n'est pas le même que celui du RaztaB qui te regarde en sirotant sa pression sur le bord de la piste pendant sa récup'... C'est pour cela qu'on a crée Dieu. Pour les capeurs. Si si. Il est plus facile d'accepter l'arbitraire du Père que celui d'un Frère les Soeurs c'est pareil. Hé ouaip'. Victor Hugo XVI..... par baghera invité le 04/07/08 à 003118 recup, vacances, greve, pfff ls grands mots!est ce que je dors moi??nan, je surveille votre recup lethargique et vos series de ronflements!j'ai l'ouie fine Victor Hugo XVI..... par l'AB invité le 04/07/08 à 083639 Faut-il de ce pas, marteler vos ardeurs, la féline ? "Veuillez décliner votre identité je vous prie" le ton est courtois le quartier n'a pas la mala fama du Manu et je peux ressembler à un blanc. Néanmoins je reste perplexe. Le déclin d'un capeur, je comprends, mais le déclin d'une identité m'interpelle comme cet agent de sécurité. Serait-ce à dire qu'avec le temps notre identité s'use ?... Victor Hugo XVI..... par invité le 04/07/08 à 092148 C'est a force de courir pencher en avant ça l'AB, l'air trop incliné sans doute, ils t'ont demandé de décliner pour t'eviter la chute. Victor Hugo XVI..... par baghera invité le 04/07/08 à 093254 oh là, sieur Du Declin, soyez vaillant, ne craignez point la bête du Gevaudan qui vous use l'identité, montrez lui votre capeuse dignité! et s'il insiste, traitez le "d'embrayage"! ...... pédale de gauche! Victor Hugo XVI..... par mielou membre le 04/07/08 à 102752 sans doute le post le plus déjanté de ce forum, manquerait plus qu'éric2x4 débarque en guest star certes, je déserte plus que de coutume cet univers de plus en plus étrange de la tribu Victor la lassitude, la flemme olympique, il va de soiet sans doute pleins de petites justifications perso mais les accrocs sont toujours aux postes et je ne peux m'empêcher de les saluer du bout des doigts avant de partir 15 jours sur les pentes du mont blanc pensez à moi le 14, c'est mon anniv'...hé hé pour la peine j'irais tester mes nouvelles trails NB873 absolument jaunes en promo à D4 créteil - 49 euro bonnes vacances sauf à la griffue qui boycotte mais bon, n'est ce pas son problème ? grand sourire bien ironique votre mielou en coup de vent Victor Hugo XVI..... par invité le 04/07/08 à 111731 L'Ric², j'ai eu des nouvelles de mr roarke. Tout est pret pour tes vacances un plan d'entrainement avec les VRAIS temps de récup belges optimisés, la veritable recette du kangourou farçi aux pâtes pour ton régime aussie, un peloton qui se tiendra poliment 15" derriére toi, des kinés bénévoles tout en féminité et volupté, deux paires de brooks neuves tous les matins et un 10k tous les jours à 10h10 pour revivre tes plus belles émotions capesque, finish gagnant au sprint inclu. N'oublie pas ton costard blanc pour la remise des prix en soirée médaille, tee-shirt finisher et panier garni. Victor Hugo XVI..... par l'AB invité le 04/07/08 à 131635 Bonnes vacances Miélou. Je vois que tu remontes la pente. D'ici que tu sois blanc comme neige, on va pas en faire une montagne hein ! La bise mon grand. Je surveille le ² en ton absence. Il en est encore à la filière belge. C'est dire ! Victor Hugo XVI..... par invité le 04/07/08 à 135236 Amuses toi bien le miélou ! Et droit dans le pentu hein !! Avec un jaune pareil aux pieds il faut etre audacieux tout de même. Victor Hugo XVI..... par invité le 04/07/08 à 135448 Tandis que l'un va sonder les abysses l'autre prend de la hauteur, heureusement qu'avec M'Baghee on reste les pieds bien plantés au sol pour faire tourner la barraque. Victor Hugo XVI..... par ric² invité le 04/07/08 à 140734 Hello les patriotes, Born on the Fourteenth of July» est une adaptation de l’histoire du vétéran Mielou. Le film débute, Mielou est encore jeune garçon dans sa banlieue natale, plus précisément dans la ville que l’on nomme Béton-les-Tourettes, 9³. Il grandit dans un environnement pro-athlétique et running-fana, lui instillant un solide sens du respect du tartan et de la religion de la CàP. A l’adolescence et en tant que capitaine et unique élément de son équipe de cross du collège, il montre des talents hors pair baskets à clous aux pieds surclassant ses adversaires s’il s’en était présenté. Quand le club local d’athlé, l’EAB l’En Avant Béton organise une démonstration à son école, il décide immédiatement de s’engager. La signature de sa licence compèt’ correspond à ses adieux avec Kelvina, la secrétaire du club local de Base Jump & Tricot, lors du bal de fin d’année, juste avant son départ pour le camp d’entraînement. Le film se poursuit dans la deuxième année d’Espoir de Mielou. Son équipe vient de massacrer ces gros nuls de l’Etoile Rouge Pantinoise, des ennemis de classe. Dans le bus qui les ramène, victorieux, ça chante, ça chahute, ça déconne un peu avec les affaires, et dans la bagarre Mielou égare son short et ses chaussettes à bandes tricolores. Bouleversé par cette perte, Mielou se confie à son entraîneur, qui l’envoie bouler en lui demandant d’arrêter ses enfantillages et de lui resservir un jaunet. Quelques semaines plus tard, le club repart dans un de ses déplacements hasardeux, sur les terres ennemies de la fédé voisine. Durant une qualif’ de 800, Mielou se brise sévèrement un ongle. Après ce dramatique accident, il passe de longs mois de convalescence dans la clinique de la forêt noire où les conditions de vie sont déplorables. Que des produits overstim à bouffer, on le force à porter des bas de contention Booster et un écarteur nasal. Contre l’avis des médecins et notamment du Dr Fuentes, il essaie de recourir. Il se blesse à nouveau très gravement, son pied est profondément atteint par une phlyctène. Les médecins parlent d’amputation. Mielou s’enfuit sur les mains. Le film est assez long, la suite de l’action voit Mielou rejeté par tous, il pense avoir trouvé l’espoir et le salut dans le sexe et l’amour, mais il découvre qu’il doit partager sa chérie avec un nageur et un cycliste elle est triathlète. Il revoit Kelvina, elle est devenu gérante du Décath’ et croit bien faire en lui proposant un poste de chef du rayon running. Avec deux trois autres éclopés, raztab double amputé des bras et des cheveux, l’AB sciatique d’Or au grand prix des entretiens de Bichat il veut manifester son opposition à la guerre de la tatane en brûlant symboliquement une paire de running. Manque de bol c’est de la Brooks, tout le monde sait pourtant son caractère indestructible. Le film se termine bien avec un Mielou présentant devant le congrès annuel de l’International Tortues Band son autobiographie Ma vie à courir pas trop vite». Il a enfin trouvé son public. Bonnes vacances mon gros. Victor Hugo XVI..... par invité le 04/07/08 à 153228 palme d'or. vivement qu'on puisse le telebourrer en divx. Victor Hugo XVI..... par ric² invité le 04/07/08 à 154059 Ah, raztonblazerblanc, Fantasy Island, ça c’est de la belle destination. Bon, c’est tout de même 50 000€ de 1978 soit l’équivalent actuel de C’était une légende Hervé Villechaize alias Tatoo. En parlant d’île de rêve, toi l’ibère du Poitou, tu connais Menorca ? Victor Hugo XVI..... par invité le 04/07/08 à 155226 de nom seulement. c'est la plus belle des iles de la bas. Si tu y va, par beau temps en regardant vers le continent tu verras les plages de mon enfance. Ou ce qu'il en reste sous les constructions recentes... Victor Hugo XVI..... par ric² invité le 04/07/08 à 160934 Ah, mince, tu ne peux donc pas me renseigner sur la présence d’une piste d’athlé, de la nature de sa surface et de ses horaires d’ouverture… SigO, annule tout, si y a pas mon tartan catalan, j’y vais pas ! » T'es de Valencia ? Victor Hugo XVI..... par invité le 04/07/08 à 161743 Si ! Valencia ! Pour le tartan, je doute, c'est pas le genre d'endroit ou on court beaucoup Victor Hugo XVI..... par l'AB invité le 04/07/08 à 162909 Heu.... dis-moi le ² t'as déjà vu des seins à l'air en train de bronzer sur piste toi à part dans les fantasmes du Fonz' ? Si tu veux courir en toute sérénité, l'été c'est on the beach prononcer bitch en français et alerte à Malibu. M'enfin. Tu mets les Brooks dorées ? En espagne c'est bien vu. Victor Hugo XVI..... par ric² invité le 04/07/08 à 165308 La destination est en Catalagnolie l’AB. Et la Brooks locale est une sorte de sandale de gros cuir. Sinon, tu le sais bien, l’été je cours pieds nus, c’est mêmecomme ça qu’on s’est connu, souviens toi! Faut que tu me conseilles sur le déroulement d’une de tes séances types. On va avoir exactement le même terrain d’entraînement Victor Hugo XVI..... par invité le 04/07/08 à 171447 premier footings a la sensation fait ici ca fait zarbi de reconnaitre les lieux par satellite d'endroit d'il y a longtemps. Victor Hugo XVI..... par invité le 04/07/08 à 171743 je vois des piscines là ou l'on faisait des batailles façon guerre des boutons stratégie, armements sophistiqués, pas de quartier d'orange vertes. Victor Hugo XVI..... par invité le 04/07/08 à 172155 A mon avis ce sont des trucages toutes ces images. La preuve on voit pas un nibard ! on m'l'a fait pas à oam ho ! Victor Hugo XVI..... par baghera invité le 04/07/08 à 172350 naitre un 14 juillet, etre un bleu et ne pas defiler, c'est un scandale!en penitence, trois tours du mont blanc à faire comme au mont Kailash! c'est qui le prochain vacancieux?? pour oublier, j'irai boire un ti punch dimanche à l'arrivée de la course des iles et vous jetterai un 'bonnes vacances' du haut du podium je fantasme Victor Hugo XVI..... par invité le 04/07/08 à 172742 N'empeche, pouvoir dire a ces enfants "Vous voyez ? pour mon anniv ils tirent un feu d'artifice" ça en jette. Victor Hugo XVI..... par ric² invité le 04/07/08 à 174913 A mais si, razténib, je vois une belle paire ici bon WE, forza Baghee! Victor Hugo XVI..... par l'AB invité le 04/07/08 à 174933 Allez, arrêtez de fantasmer les travailleurs, lundi c'est turbin et Cie. Bon WE. Victor Hugo XVI..... par invité le 04/07/08 à 190443 L'Ric² y devait etre du genre a graver des trucs sur son pupitre etant jeunot. D'la graine de voyous ! Ha ils vont avoir une belle image de nous les 'ricains depuis leur station orbitale ! Victor Hugo XVI..... par invité le 04/07/08 à 231323 je suis parti en me disant 6x1000 c'est un minimum. Bon, vu l'état de lourdeur de mes jambes au départ j'ai vite réduit l'objectif à 4x1000. C'etait plus raisonnable. Mais au 300ieme metres de la troisiéme repet je me suis dit que 2,300m c'etait largement suffisant. mais c'est passque j'ai bu la veille... et puis l'avant veille dur aussi... et le debut de semaine, je vous ai parlé du début de semaine dur ? non ? bon... j'aurais mieux fait de faire du vélo aujourd'hui tiens. Victor Hugo XVI..... par invité le 05/07/08 à 100436 et pis j'ai ma cicatrice du pied toute boursouflée. Victor Hugo XVI..... par baghera invité le 05/07/08 à 110008 'lut les malades imaginaires, ou les estropiés précoces, ou les boboaddicts! moi? ça va bien, mieux, ce ser Victor Hugo XVI..... par baghera invité le 05/07/08 à 110113 ...ait intenable! suis trop rapide ce matin pour le clavier, sorry!est ce premonitoire pour demain?? Victor Hugo XVI..... par invité le 05/07/08 à 111101 ... je me suis aussi froissé un muscle du petit doigt de la main gauche. tu court ou M'Baghee ? un 10 ? Victor Hugo XVI..... par Mika B. invité le 06/07/08 à 090315 Salut à toustes..... Punaise, c'est morne plaine le week-end ici! Que des blessées chez "victor"! Que voulez-vous faire avec ça!Ric2,Razta,l'AB,Elfonz?La baghée Ah oui! j'oubliais le Miélou, en vacance il parait, ça doit pas le changer du reste de l'année! Allez! je léve mon verre à votre santéles blesséses Mika. Victor Hugo XVI..... par baghera invité le 06/07/08 à 173845 ouf, f-i-n-i, la der des der, si si, ch'ti modeste podium, je range les coupes, les runnings, repos du felin, enfin, je veux dire à moi les lignes de piscine!! Victor Hugo XVI..... par invité le 06/07/08 à 211237 bah c'etait ou ? vélo ici aujourd'hui, un vent de oufdingue dans la face sur tout le retour. Mais c'etait bon ; . Salut MikaB ! Ca gazouille fripouille ? Des trucs en vue heuuu.. en cap je veux dire.. ? Victor Hugo XVI..... par baghera invité le 06/07/08 à 223730 Vincennes, les iles, le jipitou...je l'ai joué grande dame aujourd'hui ai laissé les minutes, la 1e place à une inconnue, aux genereux les mains pleines!deuz en solo et en kloub = deux coupes, je vais faire une braderie! Victor Hugo XVI..... par invité le 07/07/08 à 094909 i va bien jipi ? il a des jambes ? belle saison pour toi encore M'Baghee malgré un départ difficile. T'es championne du 92 ? Victor Hugo XVI..... par ric² invité le 07/07/08 à 112937 Hello les véloces, Superbe allure ! Bon, la gagne du CCCP semble se jouer autour des 34-35’ au 10. Va falloir cravacher le Mielou. Par contre dans la catégorie de Baghee, c’est honnêtement open. Je me demande si à l’occasion d’un petit séjour en Tunisie je ne changerais pas de classement… Victor Hugo XVI..... par invité le 07/07/08 à 131817 houlalalaaaaa....et aprés ? L'épilation , la versatilité quotidienne, les maux de têtes mensuels, Glamour et Voici, les coiffeurs qui te loupent toujours, les jolies fringues toujours trop petites, et tes fesses toujours trop grosses, le babillage incessant, l'angoisse de l'envie de pisser sur la ligne de départ, celle de courir dans le noir, avoir les boules qu'on ne pense qu'a te mater le derriere, avoir les boules qu'on ne remarque pas ton decolleté, ne plus digérer les pizzas en matant le foot, ... pffff mefie toi ric², mefie toi, les effets secondaires sont nombreux. Victor Hugo XVI..... par l'AB invité le 07/07/08 à 135817 Pour ma part, étant un homme à femmes et un homme affable, je puis vous dire, d'expériences et d'abondance, qu'il vaut mieux être un homme seul au milieu d'une foule de femmes, qu'une femme seule au milieu d'une foule d'hommes. M'enfin, je dis ça je dis rien. Garder le cap est un terme de voile comme de vapeur. Victor Hugo XVI..... par invité le 07/07/08 à 142055 sans compter que pour se gratter le matin au reveil c'est mieux d'etre un mec. Victor Hugo XVI..... par invité le 07/07/08 à 142415 "Garde le cap" que je lui dit en la regardant s'affairer. "Un cap ? Une péninsule plutôt !" me repond t'elle l'oeil brillant de fievre. J'aime bien les filles qui ont de la culture. Victor Hugo XVI..... par l'AB invité le 07/07/08 à 144917 Oh ! Elle fait un tarif de gros pour la flatterie en sus ? Victor Hugo XVI..... par invité le 07/07/08 à 152104 Prix de gros ? merci. sympa. salaud de maigrichon ! Victor Hugo XVI..... par l'AB invité le 07/07/08 à 160804 A propos de gras, bien que ce ne soit pas mardi, il m'est arrivé une drôle de chose vendredi dernier poids sur la balance 63 kgs ! Je me pince, j'écarquille les yeux, je lève une jambe, rien n'y fait, je viens de battre mon record depuis 39 ans. Oui, mais en même temps, j'ai été obligé de percer un trou supplémentaire dans ma ceinture pour éviter que mes pantalons soient trop laches, déjà que c'est pas le courage qui caractérise l'endroit... Bon, je suis pas obsessionnel sur le poids, mais intrigué par cette étrange performance, je me pèse à nouveau le vendredi suivant, soit il y a juste trois jours 61 kgs. Et ce sans changer quoi que ce soit, ni sur la marque de mes canettes préférées, ni sur ma consommation de MacDo/coca, ni sur mon rasoir triple lame à massage intégré. Juste j'ai fait qu'une séance de cap la semaine dernière, gêné aux entournures par des petites inflammations. Alors, quoi t'es-ce qu'on peut en déduire ? Dois-je absolument faire breveter mes gènes ? Avec ou sans la dommage-ouvrage ? La trentenaire ou la décennale ? Raz' tu es prêt à changer de vie ? Victor Hugo XVI..... par ric² invité le 07/07/08 à 161441 Ah toujours subir ce regard des grignettes vis-à-vis des pulpeux comme nous. Toujours ces sarcasmes, ces quolibets, ces lazzis sur nos formes. Remballe ta balance, fluet persifleur. Ce qu'en dit le patron "Tout ce qui tombe de la sorte n'est pas nécessairement digne d'enthousiasme et de respect. Le calembour est la fiente de l'esprit qui vole. Le lazzi tombe n'importe où; et l'esprit, après la ponte d'une bêtise, s'enfonce dans l'azur" Hugo, Misér., t. 1, 1862, p. 171. Victor Hugo XVI..... par invité le 07/07/08 à 161959 Toi, tu manges trop de salade. C'est ça ton vrai probléme, une alimentation de lapin. Essaye une alimentation d'homme La couche de beurre sur les tartines du matin ne doit pas faire moins de 3mm d'épaisseur. Rillettes à chaque repas. Toujours rajouter un peu d'huile d'olive sur les tartines de fromage. Saucer tous les plats, et accompagner tous les féculents par de la mayo. Pas de légumes. Jamais de légumes. C'est de l'espace occupé inutilement. Des chips au gouter. Deux croissants au beurre à 10h. Et des cahuetes bien sur. Beaucoup de cahuetes. Victor Hugo XVI..... par ric² invité le 07/07/08 à 162934 Faisons un test J’suis certain qu’il parle de "gras du jambon" et qu’il chipote dans son assiette avec son couteau pour découper le bord de la tranche, le "gras comme ils disent. Hein l’AB, tu utilises bien cette expression, "gras du jambon"? Ben c’est le signe que t’as rien compris au concept de jambon. La bande blanche qui entoure le rouge de la tranche fait partie intégrale et intégrante du jambon. La tranche de jambon, et donc ce que tu manges, c’est le rouge et le blanc autour. Y a pas à séparer, c’est indissoluble, comme le beurre avec le nutella. Victor Hugo XVI..... par baghera invité le 07/07/08 à 171926 bjour les non valetudinaires je perore, fluets et pulpeux! cher prelat, te sustanterais tu seulement d'amour et d'eau fraiche en murmurant à l'oreille de donzelles "y a t il qqn qui m'aimme ici ce jour?" raztatrophée, voui, 3e victoire du 9-2, la 4e se prepare, à la 5e, ils m'offrent un studio ds le 9-3! le jipi semble en forme, hormis une barbe virile Victor Hugo XVI..... par l'AB invité le 07/07/08 à 172828 Je mangeais benoîtement lorsque j'étais jeune et innocent, le blanc du jambon dans le blanc des yeux. Jusqu'au jour où j'y retrouvais une tache indélébile, la preuve du péché d'adultère entre le boucher et la poissonnière du supermarché. Depuis, je coupe religieusement le blanc de la couenne en imaginant avoir sous mon couteau la chose du boucher, et je déguste non moins religieusement le jambon, en ayant une pensée émue à l'évocation de la poissonnière callypige. Que voulez-vous, j'avais vingt ans de moins, il suffisait d'un étal avantageusement disposé pour éveiller mon appétit. Victor Hugo XVI..... par ric² invité le 07/07/08 à 175523 Allons Baghee, tu ne voudrais pas tenter l’unification du titre mondial? Championne super-welter CCCP et WB-9-2 en même temps ? Boudiou l’AB, t’es "poids léger", avec Raztoncrochetdugauche on est "mi-lourds"… Euh, l’AB, et pour le saucisson tu fais comment? Tu chipotes aussi la chipolata? Victor Hugo XVI..... par l'AB invité le 07/07/08 à 181725 T'y connais rien en travaux manuels le capeur de l'intellect ! Là tu me parles de l'histoire entre le charcutier et la coiffeuse, rien à voir m'enfin. On voit bien que t'es pas passé par le de capeur toi, t'as direct fait les grandes écoles, VRC92 et tutti quanti, mais nous on est des petits extraits à la force du mollet, du muscle strié sans gras au jambon, du dopage au gros rouge sans ogm à la spiruline. Nous, on s'est fait sans être des fils de, môssieur. Mes Brooks, elles sont pas sponsorisées par Nike, môa. Alors tes histoires de boxeur en danseuse chez les capeurs tunisiens, tu repasseras, hein. S'pèce de 37' va ! Victor Hugo XVI..... par invité le 07/07/08 à 225605 L'AB c'est mon zorro de la charcuterie il te travaille la tranche de ciflard à la pointe du couteau et te la rend plus trouée qu'un bout de gruyére ou d'emmental ?. En attendant vous pouvez envoyer tout le gras qui ne sera pas consommé chez Monique "queen of the pigs" Ranou, j'ai plein d'idée pour le recyclage lubrifiant pour preservatif, creme protectrice pour coureur irrité, brillantine pour danseur de tango, bouchons d'oreille, chwing-gum pour les petits z'et les grands aussi,... Victor Hugo XVI..... par invité le 08/07/08 à 134606 Et oui.... 17jours de plus à dire des bétises sur Victor Hugo XVI..... par ric² invité le 08/07/08 à 143100 Salut les grammatistes, Tiens l’AB, pour vivre dans le présent, regarde ce petit document sur le fractionné dans la découpe du jambon de porc noir de Bigorre. Raztongoret, t’as une filière ibérique pour te fournir en jamón de bellota ? Baghee, j’imagine que ta religion t’éloigne de ces délices… Victor Hugo XVI..... par invité le 08/07/08 à 165153 Seul le cochon iberique stocke son gras dans son muscle ce qui lui donne ce petit parfum si prisé dans les salons lorqu'il fond sous la langue. de cette page web je vous ici le résumé de l'essentiel l'essentiel "jambes longues et fines" "les plus grands niveaux de qualité" "qualité inégalables" Voila. C'est avec ce savoir faire que l'on nourrit les champions du monde d'europe de sport. Victor Hugo XVI..... par Baghera invité le 08/07/08 à 170333 sûr qu'une féline végétarienne, ça ne court pas les rues, quoique...Raztadope, les dejantés de la pédale ne sont ils pas passés à Nantes? t'as pas été embauché? Victor Hugo XVI..... par l'AB invité le 08/07/08 à 170732 Victor Hugo XVI..... par invité le 08/07/08 à 173959 i sont pas loin, à cholet, pour une étape de 39km course de demi portion. Aprés ils partent au loin et c'est tant mieux, ça préservera notre nappe phreatique de leurs urines radioactives fluorescentes et évitera les convois de caravanes Ricard sur la route. Moi j'aime bien voir les 50 derniers kilos, mais j'ai jamais l'occaze c'est en pleine aprés midi, c'est un spectacle reservé aux fonctionnaires quoi. ;oP Victor Hugo XVI..... par baghera invité le 08/07/08 à 181946 ...fonctio'nerfs?? ceusses qui fractionnent la VMA vitesse minimale autoriseeqd ils sont énervés?? Victor Hugo XVI..... par baghera invité le 09/07/08 à 092906 'lut les bougnats gardez votre vin Aujourd'hui je boirai mon chagrin Le SOLEIL est revenu z'avez vu, entendu LE SOLEIL EST REVENU!!! Victor Hugo XVI..... par l'AB invité le 09/07/08 à 094045 Oui mais est-ce qu'il enflamme ton coeur, fait-il briller tes yeux et resplendir ta crinière ? C'est important, surtout sur les 50 derniers kilomètres... Encore 16 Raz', 16. Victor Hugo XVI..... par invité le 09/07/08 à 095634 arf.... tu m'a mal compris l'AB ou vice versa je parlais des prochaines futures mesures de nos chefs resplendissants. Nan passque pour les vacances pour moi c'est j-30 et quelques Nage en mer hier, ça secouait un peu quand même. Et ce soir des 400m. Au moins 10 mais pas plus. Victor Hugo XVI..... par baghera invité le 09/07/08 à 102829 jé le sôleil dans le koeurrr et ds mon korrpuscule qui me féééé frrrémirrr, vibrrrer aïe aïe aïe sôleil, toi qui vient de loin toi qui connait bien le secret des kkkoeurrrs sôooleil, dis moi si l'amour va me tourner la tête, alouette Victor Hugo XVI..... par ric² invité le 09/07/08 à 124243 Hello les runneurs cachectiques et bronzés, avec Raztathémis, nous vous rappelons que bientôt vos propos et votre comportement seront qualifiés d’apologie de troubles du comportement alimentaire, d’automutilation ou de comportements mettant gravement et directement en danger la santé des personnes. Alors on est respectueux de la loi et on reprend deux fois du jambon persillé ce midi. Victor Hugo XVI..... par baghera invité le 09/07/08 à 124931 avec ou sans le gras, pour le nonce avec ou sans le jambon pour la feline vegetarienne ???? j'aime bien la justesse des énoncés et leur rigoureuse énonciation! Victor Hugo XVI..... par invité le 09/07/08 à 133451 Dites donc les vilains drôles, z'avez pas fini de tailler le bout de gras ? Ca réveille ceux qui se reposent aprés cette dure matinée de labeur. Alors zapoteric² ? Si je dit 10x400m a 100% de VMA pour un petit gars qui se cherche un peu à ce niveau, kesse t'en dit ? Vazy, vazy ! Balance un chiffre pour la durée de la récup en % de la durée d'effort ! Et un second pour la vitesse de course pendant cette phase de récup en¨% de la VMA travaillée? hein ? hein ? Victor Hugo XVI..... par l'AB invité le 09/07/08 à 134237 N'oublie pas que le Raz' ne court pas en Brooks avant de lui balancer quelque chiffre que ce soit. M'Baghee, la liane ne vit que d'eau fraiche... Victor Hugo XVI..... par invité le 09/07/08 à 140816 J'ai pris des 1130 d'asics en promo à 50€ chez D4. Vu que c'est la meilleur paire d'aprés que choisir et qu'ils ont toujours raisons. Mieux classées que Brooks, pourtant pas mal. Alors hein. Victor Hugo XVI..... par l'AB invité le 09/07/08 à 141651 'tain de consommateur ! Je suis pas abonné à leur truc. Sans faire un délit d'initié, tu peux nous sortir les résultats ? Un copié-collé tu sais faire ?? Dire que j'étais pas au parfum. Personne parle jamais de rien sur ce forum aussi ! Victor Hugo XVI..... par ric² invité le 09/07/08 à 150033 Nan, dans le jambon persillé ce qu’il ne faut pas escamoter c’est la gelée au bourgogne aligoté avec son précipité de jus de cuisson mélangé au vert du persil haché. Si je dit 10x400m a 100% de VMA pour un petit gars qui se cherche un peu à ce niveau, kesse t'en dit ? Vazy, vazy ! Balance un chiffre pour la durée de la récup en % de la durée d'effort ! Et un second pour la vitesse de course pendant cette phase de récup en¨% de la VMA travaillée? » J’ai interrogé la Pythie C’est dans une optique de 10k, isn’t it ? D’où une récup 100% durée de l’effort et une vitesse récup’ 50% VMA. Je peux interroger les nénettes de Dodone, si tu veux un deuxième avis ? Victor Hugo XVI..... par invité le 09/07/08 à 150102 En gros Que tu supines ou que tu pronates un modéle universel à merveilles te siérrate. Si tu penses éthiques le boycott on fond de ta poche tu rangera pour ne point entraver l'action des ONG. Si tu penses faire du long en asics 1130 tu ira. Et maintenant, les notes Nike air zoom romero 15,9 points Asics 1130 14,9 points Brook radius 7 14,8 points Mizuno Wave Fortis 14,6 points Adadas super cochon 7 14,5 points Kalenji kiprun forever 1000 effervescent 14,4 points Nike l'air cheval ailé 14 points. Aprés je préfére taire le nom des fabriquants pour ne pas accabler les porteurs de New Balance, reebook ou Puma qui sont neanmoins mieux lottis que les povres malheureux chaussés de nimbus. En même temps payer aussi cher pour avoir des pompes qui s'appellent "nimbus" faut aimer les enmerdes, c'est bien fait pour eux 11 points. Quand au Lady Gel d'asics, j'en rit encore. Victor Hugo XVI..... par l'AB invité le 09/07/08 à 150705 'arci. Victor Hugo XVI..... par ric² invité le 09/07/08 à 155059 C’est curieux que ce test choisisse une Brooks qui n’est pas suivie dans leur gamme. La série Radius s’arrête avec la 7 et n’est déjà plus présente dans le catalogue US. En fait la gamme se repositionne complètement en fournissant plusieurs nouveautés sans les gadgets de "contrôle de la pronation gnagnagna" qui sont à mettre aux oubliettes du marketing. Moi je vous le dit, le classement des chausses en pronat’ supin’ et univ’ c’est finito, hasbeeen, tchao. J’interrogerais bien l’oracle du 9-2 en la personne du Sergeï-le-noueux à ce sujet, mais je suis timide des pieds. Victor Hugo XVI..... par invité le 09/07/08 à 161055 mé oui, mé oui. La Brooks n'est pas la meilleur un point c'est tout. Pas d'excuses foireuses. Pas de chichis. Il faut reconnaitre ses erreurs. Prend exemple sur l'equipe de france de sport de ballons aux pieds. Ils arretent les brooks et voila tout. Victor Hugo XVI..... par l'AB invité le 09/07/08 à 171731 Mon Dieu pardonnez-lui car il n'a pas toute sa conscience. C'est peine perdue le ², seuls ceux qui courent en Brooks peuvent comprendre l'incompréhensible, dire l'indicible, exprimer l'inexprimable, figer le fugace, penser l'impensable, rendre commun le rare, soumettre l'audace, croire l'incroyable, immortaliser le vif, repeindre la chambre du petit et acheter une botte de carottes si tu passes par chez l'arabe d'en bas avant 20 heures. Quant aux autres,... pffff,... un jour peut-être... Victor Hugo XVI..... par ric² invité le 09/07/08 à 172004 Raztapoire, tu ne peux pas décemment dire ça. C’est comme ci Auto+ publiait un comparatif des meilleures caisses 2008 avec la R14 dans le lot. Ou si Carpe&Barbeau présentait un classement des moulinets avec le 218S de chez Mitchell. La Radius7 c’était le top, comme la R14, mais ça ne peut pas décemment souffrir la comparaison actuellement. Faut rester honnête dans la démarche. De toute façon, les Saucony ne sont même pas citées, ni les Zoot, encore moins les Pearl Izumi, ne parlons pas des Diadora Mythos, la chaussure du Mielou. Un peu de sérieux. Victor Hugo XVI..... par l'AB invité le 09/07/08 à 180442 Et avec ça ? Ca te va mieux ? Victor Hugo XVI..... par l'AB invité le 09/07/08 à 181431 Le message du dessus s'adresse au raz', car, une marque qui s'intéresse au 100, ne peut pas être mauvaise... dans le fond. Hein ? Victor Hugo XVI..... par invité le 09/07/08 à 192053 Ha 'fectivement si ça était validé par les instances supérieurs de l'ultrafond alors je m'incline. Pas trop tout de même à cause de ma sciatique. Mais disons qu'il est possible qu'eventuellement elles puissent etre des chaussures a peu prés convenables. Et puis honnetement, en vendant une paire de chaussure par mois ils peuvent faire dans la qualité. Ils sont pas préssé par la foule chez brooks. En plus y en a jamais a ma taille alors je peux pas dire. Victor Hugo XVI..... par baghera invité le 09/07/08 à 193938 encore une BA, je merite vraiment le paradis, je vais soumettre à la question le taiseux du 9-2 le juste avis devrait sortir de ses levres, une fois mis en transe; la nuit porte conseil, ô sages, vous saurez demain quelle est l'elue pour courir plus vite, enfin pour ceusses qui courent! Victor Hugo XVI..... par invité le 09/07/08 à 215741 Salut les sulfureux ! Salut la paradisiaque ! Bon ben j'ai fait mes 400 au feeling hein vu que les coachs se font rares de nos jours. Tout seul. Avec mes Saucony aux pieds. Bah oui, je sais, mais qui n'a jamais fait d'erreur hein ? Qui ? Elles n'ont que 400k je ne peux tout de même pas les jeter quand même... Enfin bref, pour en revenir à la pénurie de coachs qui va pousser nos dirigeants éclairés à faire bosser tous les cadres sportifs 17jours de plus et ben si ça continue faudra que ça cesse avant que je ne soit obligé de prendre une licence au Veritable Running Club du 92, poussé par le desespoir et l'angoisse de la récup mal effectuée. Nan, j'deconne. Bon. Ceci dit. Revenons à l'essentiel 2x5x400m en 1'30 r50" R2'. Ca passe. Pas forcement facile mais avec 3° en moins je pourrais en remettre 5. Le truc c'est ce manque total de sensation. C'est le vélo ça. Ou le vieux rhum. Ca peut pas être l'alimentation, j'ai viré tout le gras des courgettes et des haricots vert dans la gamelle de la chienne. Plus light tu meurs. Enfin, bref... J'ecoute Nneka et Moriarty sur deubeulyou deubeulyou deubeulyou deezeer dot com et c'est pas mal. Ouaip, pas mal, pas mal, pas mal du tout. Victor Hugo XVI..... par baghera invité le 09/07/08 à 224849 ouaip, pas mal the series, mais bon, ch'ais plus combien tu peses sur le 10k, sans couenne et VMA ttc! a defaut de cochonniser, je vais te coacher à distance, mieux qu'un game boy!ça va faire des jaloux, enfin...j'espere! Victor Hugo XVI..... par l'AB invité le 10/07/08 à 090859 Or donc nous sommes le lendemain de la veille Baghee, que dit l'oracle ? Bonjour néanmoins. C'est pas mal le Raz', pas mal. Hé hé hé... Victor Hugo XVI..... par invité le 10/07/08 à 092006 Sur 10k ? Je suis sous les 40'. 39'117" trés exactement. Alors tiens bien le joystick de la game boy, M'Baghee, et fait ce qu'il faut pour faire monter les puls. Victor Hugo XVI..... par invité le 10/07/08 à 092541 Ce soir c'est décidé. A moins de 80k de vélo ch'uis qu'un charlot. Le jeudi tout est permis. Victor Hugo XVI..... par ric² invité le 10/07/08 à 105107 Hello les pythonisses, bon, l’AB, faut changer de modèle de Brooks, tu ne peux pas te contenter de rester avec ta R30 TS Alors, Raztarécup’ on a une VMA clef de 16. 16 c’est un bon chiffre, une bonne note sur 20, un bon âge, une bonne bière, une bonne Renault. un bon pape ?. CA veut dire quoi Le truc c'est ce manque total de sensation » ? Faudrait ressentir un truc quand on fait des frac’ ? Moi je sens rien. Ca s’apprend ? Serais-je frigide des frac’ ? Victor Hugo XVI..... par l'AB invité le 10/07/08 à 123653 Tu es un cérébral le ². Depuis tout petit petit. Alors que le Raz' fait dans l'organoleptique toi tu es dans le cérébrahmane. C'est génétique. On y peut rien. Le fonz' c'est dans la papitrerie, M'Baghee est dans l'ordre des cupulifères, et je cultive l'oratorio. Y a que MikaB, mais bon, faut pas lui en vouloir, tout le monde n'est pas orphelin de l'otocyste... Victor Hugo XVI..... par invité le 10/07/08 à 131018 bah ouais ! On doit se sentir grand beau et fort quand on frac. Et léger véloce et souple aussi. C'est marqué dans JI. Mais là non. Je me sent juste poussif, lent et terrien. J'ai la jambe lourde, sans ressort, terne, la cuisse hippopotamesque en fait. Je vais aller prendre un bain de boue tiens, ça va me détendre. Victor Hugo XVI..... par l'AB invité le 10/07/08 à 134336 J'ai mangé le vert de la feuille de salade qui décorait ma fougasse ce midi. Je ne sais pas, un geste d'humeur. Je sens que je vais ruminer tout l'après-midi. Victor Hugo XVI..... par l'AB invité le 10/07/08 à 142158 "J'ai du mal à expliquer que je ne pense pas". Carla Bruni à propos de la sortie de son album. Bon, ok, j'avoue, j'ai retiré un pronom, mais il était si petit que ça n's'voyait pas. Victor Hugo XVI..... par ric² invité le 10/07/08 à 144326 Ah, mince, ça me perturbe vos histoires de sensibilité au frac’. Ca vous fait vraiment des trucs ? Faudrait faire une analyse sensorielle. Ca serait quoi l’équivalent de la distinction vaginale ou clitoridienne dans l’analyse des effets du frac’ ? Y a pas un Ernest Gräfenberg de la CàP qui traîne dans le coin ? Bon, je sais, Mâ’ame Baghee, la distinction est plus compliquée que tirage ou grattage, mais en première approximation on peut bosser là-dessus, non ? Chez Castorama on a tendance à réfuter l’existence d’un Point P chez l’homme, équivalent du point G chez la femme… Et sinon, alors comme ça t'es fougasse à midi l'AB? Victor Hugo XVI..... par invité le 10/07/08 à 151927 Avec le chant des cigales dans le mp3, les yeux fermés, et ce petit gout d'aïl dans la bouche pour y croire à mort. Y en avait bien un peu de l'aïl j'espere ? A mon avis tu ne ressent rien passque t'as trop de corne aux pieds. Voila ce que c'est de courir à la sensation au saut du lit pieds nus dans la nature encore frémissante. Trop endurci l'ric². Mais ce coté bestial musqué du pied fait aussi tout ton charme. On n'a qu'a dire ça. L'AB ? si tu serres un peu plus fort les yeux tu devrais sentir comme un petit parfum anisé, là, tu y es ? Victor Hugo XVI..... par l'AB invité le 10/07/08 à 155637 le ² un hobbit ?? Quoique, maintenant que tu le dis... Il est ultra sensib' des oreilles aussi. L'anis ? Nan, je teste un mélange à la liqueur de serpolet infusé à l'urospermum dans lequel tu fais mariner des cétoines. C'est pour parfumer ma bière au bordeaux. Victor Hugo XVI..... par ric² invité le 10/07/08 à 165511 Mais, le cochon, y tise du Mezcal en douce au bureau ! Et ça traite les autres de nabab cossu en enviant leur situation géographique et la qualité de l’air respirée… Tsssst, Tssst, l’AB. Sont-ce des ouï-dire ou existe-t-il bien quelques installations sportives de la CitéU appartenant à ta noble administration ??? Des inspections inopinées certains midis de cet été sont-elles envisageables ? Victor Hugo XVI..... par irina palm invité le 10/07/08 à 173252 alors, qu'entends je, qu'ouis je?? des frigides du frac??non Môsieur, il n'y a que de mauvaises langues!et pour apprendre à s'etirer de partout, faites moi confiancccce Victor Hugo XVI..... par baghera invité le 10/07/08 à 173504 'jour les fougasseux! l'oracle est comme les belles filles, il se fait desirer mais lee jus de menhir neuronal est en cours de bouillon Victor Hugo XVI..... par l'AB invité le 11/07/08 à 090410 Tchô les fougueux ! 'las le ², on ne mélange pas les fonctions support d'avec celles de production, voyons. Il y a le coeur de métier, la noble âme, et tout le reste, qui parasite les budgets et que l'on devrait externaliser pour mieux les soumettre... Difficile pour les dispos, les vagues successives de départ en vacances des parisiens accroissent considérablement la charge de travail des masochistes qui restent, d'une part parce qu'il y a moins de monde pour répartir les dossiers à blèmes, et d'autre part parce que tous ceux qui sont partis se sont débarrassés des leurs histoire de pas les retrouver à la rentrée et brouiller le teint de leur prochain cancer de la peau de vaches qu'ils sont. On en reparle semaine 30 ou au retour ? Linda est partante pour une bouffe semaine 34 ou 35. Victor Hugo XVI..... par invité le 11/07/08 à 092758 Salut la foule. Fais passer les dossiers l'AB, je vais faire suivre, vu le temps ça les occupera. Victor Hugo XVI..... par ric² invité le 11/07/08 à 094613 Salut les inébranlables, n’en déplaise à Irina-la-palmée. Alors faut que je traduise en semaines Berlinus. Semaine 30 c’est Woche10, et 34-35 Woche6 und 5. Rien de spécial côté programmation nutritive. Donc totalement open. Victor Hugo XVI..... par invité le 11/07/08 à 100332 Tiens l'ric² pour te motiver pendant les sorties longues, vu que t'aime bien les musiques sauvages qui te font traverser les grands espaces Victor Hugo XVI..... par l'AB invité le 11/07/08 à 101216 Tata ! Au lieu d'aller crapahuter chez les Greugreu, tu ferais mieux de rencarder par ici, je t'ai trouvé une opportunité à conclure pour la semaine 34 voire 35 avec le ². On fixe un jour ? Un créneau horaire ? On élargit la zone de chalandise ? Ou on remet ça à la prochaine réunion de réflexion pour une meilleure approche de la concertation ? Victor Hugo XVI..... par ric² invité le 11/07/08 à 103526 Bon, y a blocage du flash, du streaming, bref, de tout ce qui peut ressembler à une fenêtre vers la liberté mais je crois que Johnny, le vrai, le Cash, chante un bon truc dans ce coin là Woche vier und dreißig oder fünf und dreißig on va être doré à souhait l’AB ! Réf à notre retour de l’île mystérieuse de la tentation. Elles vont tomber raides devant notre hâle, notre teint burniné, comme on dit chez Brooks. Victor Hugo XVI..... par LINDACONCLUVITE invité le 11/07/08 à 110102 héllo les grégré...ha non les victor's!!! Hé ho l'Ab..tu peux pas me jacter un peu plus propre!!! Je ne suis pas de celle qu'on siffle, moi m'sieur!!! si si, ne dis pas non..je t'ai entendu siffler lorsque j'étais trankil, chez des gens civilisés "les grégré"... Bon mais comme "Je t'aime" depuis qu'on a vécu 12 h ensemble innoubliable, je passe l'éponge avec Bob inclued! Bon assez romantisé, pour aujourd'hui.. Donc tu me proposerais les services du Ric2 pour la semaine 34 ou 35...no problémo pour "oime" je pose Le mer,jeu,ven 22/8 pour la 34 le mar,mer,jeu,ven 29/8 pour la 35... Au choix des rois et des panthères... et voir même fromage ET dessert....j'men fou, en aout, ça roule ma poule!!! Bon d'ici là.... y'a quand même des tonnes d'eau sous les ponts des soupirs...alors...... Bonne journée à tous avec des bises collantes comme le caramel Linda Victor Hugo XVI..... par l'AB invité le 11/07/08 à 111137 Allez ma belle, ne fais donc pas ta timide, t'as déjà oublié ce matin splendide où tu me serras la main avec le pied ? Arf, ma savate en est encore toute retournée ! Ok, on fixe la saint Christophe avec une possibilité de repli sur la saint Fabrice ? Ca roule le ² ? Evidemment si ça tente m'Baghee, ElFonz', Rach', Raz', Nina, FC, mikaB, Ku, Kriko, SQP95, Audrey et tous les cadavres que j'oublie dans le fond du verre et de la cave, la Bienvenue accueille à bras ouverts ! Victor Hugo XVI..... par ric² invité le 11/07/08 à 122451 Tope là citoyen AB, on se dit au 4 ou 5 fructidor. On fêtera l’anniversaire de Patrick Juvet ou de Jennifer Finnigan, deux belles blondes de toute façon. Victor Hugo XVI..... par l'AB invité le 11/07/08 à 123417 Alors c'est noté en crayon papier gras sur mon agenda. Dès fois que je doive vous effacer. C'est mieux que d'être raturé, non ? Raz', si un jour tu deviens fréquentable, notre table est large. M'Baghee, si c'est pas trop anticiper pour ta page blanche... la table est extensible. Rach', Lefonz', quand vous serez redescendus sur terre... nous ne sommes pas si gros que nous ne puissions vous accueillir, surtout après le stage estival grignette du ². Les autres, si vous passez par là avant d'être fondus, on rajoutera des couverts. Sur ce bon app', à midi j'ai pot de fin d'année. Champ' ! Victor Hugo XVI..... par invité le 11/07/08 à 123527 Bon Giorno tutti el mondi, sono italiano ! y a una pasta parti por aqui ? Ma qué yé peu venir avec mia regazza Freddie sur la vespa ? Sono molto gentile i yé fé la vaisselle i les massages molto béné ? Pour oam prévoyez un doggy bag et hop par chronopost. Evitez le claquos quand même, je suis connu à la poste moi. Victor Hugo XVI..... par FreddieCatherine membre le 11/07/08 à 213145 Buona sera! Dis donc Raztalitalia tu me semble le bestophénix des hôtes de ces bois ! Je vous survole, je vous surveille toujours et encore... Plus beaucoup de temps et lorsque j'en ai, je ne suis que rarement derrière l'écran. Mais derrière quoi est-elle alors ? FBI don't talk, but walk... Bon je ne vais pas faire ma Georgette Dobeuliou Brousse..je tiens à mon allure! Je vois avec délice que vous en avez toujours autant que plus de l'allure et autres choses..bien accrochées! C'est bien...m'enfin je crois... Hasta la vista babies! SchwarzieCatherine. Victor Hugo XVI..... par FreddieCatherine membre le 11/07/08 à 213240 Qui nous lance le XVIIème ? Victor Hugo XVI..... par l'AB invité le 12/07/08 à 141902 Et,... si c'était toi Patronne ? Tu surfes toujours sur la vague du bonheur ? L'Italie est toujours aussi belle dans ses bras ? Le noir de ses yeux te rappelle le bleu des flots méditerranéens ? Sa drue chevelure les collines toscanes ? Ses mains fermes la douceur d'un Titien ? Ah, que ses mille baisers vifs sur ton corps déposés l'habillent de mille ardeurs à consumer en douceur Belle amie. Victor Hugo XVI..... par l'AB invité le 13/07/08 à 192504 Demain c'est lundi au dodo. Viva la révolucion ! Victor Hugo XVI..... par invité le 13/07/08 à 193101 malheureux ! parle pas de révolution tu va reveiller l'ric² ! oP Victor Hugo XVI..... par baghera invité le 14/07/08 à 092439 'jour les explosifs! pour le feu d'artifesses culinaire, la Woche 30-5 me total fiterait, vu qu'avt, je converse avec mes freres de savane!vous rapporterai un mosquito de là-bas, ou une mini girafe, certains seront ptet interesses par la poudre de burne de rhinoceros?? Victor Hugo XVI..... par invité le 14/07/08 à 120319 journée sportive ! Ca faisait longtemps ! 55' de footing...... Putaing c'etait dur hein ! Je suis en plein déclin physique au niveau des pieds. C'est la decheance de l'endurance. La berezina de la vma. J'aurais du acheter des brooks. Faut toujours écouter les anciens qui savent. Ou alors c'est mon baggy d4thlon qui offre trop de prise au vent ? Victor Hugo XVI..... par invité le 14/07/08 à 133902 personne connait un bon rémouleur ? j'aurais comme qui dirait deux ou trois trucs à aiguiser pour faire la fete ce soir. Victor Hugo XVI..... par baghera invité le 14/07/08 à 134128 normal, c'est la journée 'au pas', cadencé, chaloupé, d'equerre, c'est comme vous voulez! bronzing lecture et vtt, c'est compatible?? Victor Hugo XVI..... par mara invité le 14/07/08 à 142041 Oui Baghera pour la poudre de burne de rhinoceros Répondre au message - Retour au forum sur la course à pied Forum sur la course à pied géré par Serge
CaféPrunier – 16 avenue Victor Hugo, Paris 16e. 2 / L’hôtel Pauilhac . Rejoindre l’avenue Raymond Poincaré, le numéro 59 abrite l’hôtel particulier Pauilhac un exemple d’Art Nouveau tardif. Construit en 1911, le rez-de-chaussée et les deux premiers étages arborent les arrondis habituels autour des ouvertures ainsi que des sculptures de branches et pommes de pin,
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See other formats ^ fc 't r\% 7^% 1^ I* s.. 10 en tête du tome XIII des Xouveaux NOTRE-DAME DE PARIS 5 mont Ju ministère Poliy;-nac, porté en triomplif par le peuple le 3o juillet i83o', Chateaubriand aurait pu se croire autorisé, sinon à servir le ci-ouvernement nouveau, du moins à ne pas s'en si'parer avec éclat, à conserver son titre et sa pension de pair de France, à ne pas sa- crifier les derniers restes de sa fortune, à ne pas laisser la vieillesse et la pauvreté franchir son seuil le mèms jour et s'asseoir ensemble à son foyer. N'écoutant que la voix de l'honneur, il prend g-énéreusement le parti des vaincus, il se dépouille de tous les titres, de tous les avan- tages qu'il ne tiendrait qu'à lui de garder. Le loaoût, il renonce à son titre de pair de France; le 12 août, il écrit au ministre des finances Il me i^este des bont3S de Louis XVIII et de la munificence nationale une pen- sion de pair de francs, transformée en rentes viagères inscrites au Grand-Livre de la dette publique... Je viens la résigner en vos mains ; elle aura cessé do courir pour moi depuis le jour 10 août où j'ai écrit à M. le président de la Chambre des pairs qu'il m'était impossible de prêter le serment exigé. » Le même jour, il envoie au ministre de la justice sa de mi- nistre d'État 2. — Victor Hugo, qui avait écrit sur l'un de ses cahiers de collège, à la dat^ du 10 juillcs premières illusions avaient été royalistes et vendéennes... Il comprit qu'un succès politique à propos de Charles X tombé, permis à tout autre, lui était défendu à lui; qu'en présence de de cette enivrante révolution de Juillet, sa voix pouvait se mêler à celles qui applaudissaient le peuple, non à celles pii maudissaient le roi. Il fit son devoir... Il refusa d'autoriser la représentation de sa pièce ^. En 1887, devant la cour royale de Paris, appelée à jug-er le procès CCAngelo et à'Hernani, Victor Hugo prend la parole et il ne se fait pas faute de revenir sur cet incident, Lien que son avocat, M. Paillard de Ville- neuve, en ait déjà longuement parlé J'ai, dit-il, re- fusé au Théâtre-Français d'autoriser la représentation de Marion de Lorme ; je l'ai refusé afin que le quatrième acte de Marion de Lorme ne fût pas une occasion d'in- 1. Préface de Marion de Lorme, août 1831. 22 VICTOR HUGO APRÈS 1830 jure et d'outrag-e contre le roi tombé... Un immense succès de scandale politique m'était otlert, je n'en ai pas voulu. J'ai déclaré qu'il n'était pas digne de moi de faire de l'arg-ent, — comme on dit à la Comédie, — avec l'in- fortune d'une royale famille et de vendre en plein théâtre, aux passions haineuses d'une révolutron, le manteau fleurdelisé du roi déchu *. » Dans son autobiog-raphie , en i863, il renouvelle les mêmes déclarations La révolution de Juillet avait naturellement sup- primé la censure; toutes les pièces interdites s'étaient précipitées sur les théâtres ; la Comédie-Française avait pensé aussitôt à Marion de Lorme. Dès le commence- ment d'août, IM"e Mars était venue chez l'auteur avec MM. Armand et Firmin le moment était admirable le quatrième acte surtout, défendu par Charles X en per- sonne, aurait un succès de réaction politique. L'auteur avait répondu que c'était la certitude de ce succès-là qui l'empêchait de se laisser jouer^. » J'ai regret à le dire, mais il suffit de se reporter aux circonstances dans lesquelles s'est produit le refus de Victor Hug-o, pour reconnaître que ce refus n'a point eu le caractère qu'il lui a plu de lui donner. C'était, nous a-t-il dit lui-même, en août i83o, » — dès le com- mencement d'août 3 ». — Le moment, ajoute-t-il, était admirable*^. » Oui, certes, admirable pour ne pas faire jouer une pièce. La révolution était encore dans la rue; l'ag-itation, le trouble, l'émeute étaient en permanence. La crise commerciale était aussi aig-uë que la poli- 1. Procès /'Angelo et d'IIcrnani, p. 40. 2. Victor Hun u raconté..., t. Il, p. 354. 3. lôid. 4. Ibid. MARION DE LORME. - LES FEUILLES D'AUTOMNE 23 que. Chaque coup de fusil tiré pendant les trois jours, a écrit Louis Blanc, avait préparé une faillite*. Les banquiers de la Chaussée-d'Antin et les commerçants de la rue Saint-Denis ne se sentaient g-uère plus en disposi- tion que les g-entilshommes du faubourg- Saint-Germain d'aller passer leurs soirées à la Comédie-Française. le théâtre resta-t-il fermé pendant plusieurs jours. Ce fut seulement le mardi lO août qu'il fit sa réouverture avec Régiilus et le Mariage de Figaro. Ses recettes, durant tout le mois d'août, furent absolument misérables, elles descendirent au-dessous du chiffre de 3oo francs 2. La vérité est donc qu'en se refusant à laisser jouer Ma- rion de Lorme, Victor Hug-o, loin de faire un sacrifice, se montrait comme toujours bonménag-er de ses intérêts. D'autres écrivains étaient alors dans la même situation que lui Casimir Delavig-ne, pour sa trag-édie de Louis XI ; Alexandre Dumas, pour son drame d'Aii- tong MM. Empis et Mazèi-es, pour leur comédie d'un Changement de ministère. Toutes ces pièces, reçues par le comité du Théâtre-Français, avaient été mises en interdit par la censure de la Restauration. Au lendemain de la révolution, les comédiens les voulurent jouer leurs auteurs s'y opposèreVit 3. Rendons cette justice à Casimir Delavig-ne et Alexandre Dumas, à MM. Empis et Mazè- res, qu'ils n'ont jamais mis ce refus à profit pour faire étalag-e de g-rands sentiments, pour parler de désinté- ressement, de sacrifice, à propos d'une détermination qui leur était dictée, à eux comme à Victor Hug-o, par un sentiment d'intérêt personnel, fort lég-itime d'ailleurs. 1. Histoire de dix ans, t. L p. 447. 2. La recette rlu 2G août fut seulement de fr. 90. — Ren- seignements communiqués par M. Georges Monval, archiviste de la Comédie-Française. 3. Revue de Paris, t. XXH, p. 31C. 2i VICTOR HUGO APRÈS 1830 Plusieurs mois, il est vrai, se passèrent pendant les- quels Victor Hug-o maintint son refus. Il le maintint comme les auteursde Louis XI^,"e Dorval est remar- quable dans le rôle de Marion de Lorm?. Plusieurs fois ses élans et le mérite de sa composition ont valu d'innombrables bravos à la pièce qui commençait à en chômer. A la fin, celte actrice est complète. Nous ne parlons pas de Mme Caumont^j au-dessous des quatre mots qu'elle a à dire. Hier, la salle était pleine, et le succès a été encore plus vif. Voilà encore ce théâtre à la mode *. Bien qu'il fût, à cette date, le premier lieutenant de Victor Hugo, Sainte-Beuve n'aimait point ses drames; volontiers sur ce point mettait-il une sourdine à son en- thousiasme. Il écrivait, le 28 août, à Victor Pavie ... On a donné Marion la première représentation a été lourde, trop longue, cela n'a fini qu'à une heure du matin. Le public nombreux et non malveillant était fatigué, et les juge- ments, qui tous s'accordaient sur le talent, n'accueillaient pas l'ensemble de l'ouvrage. Le lendemain, de nombreuses cou- pures, qui ont remis la fin de la pièce à onze heures et demie, l'ont fait aller plus vigoureusement. Le public s'est montré fort bon et disposé à écouter tout. Je dois dire que", bien qu'Hugo en paraisse enchanté, je l'ai trouvé, ce public, un peu froid. En somme, c'est un succès, mais moindre qiv //errwni. Les journaux ont été sévères. Janin a fait un article pour dans les Débats, et Hugo l'est allé remercier^. ;\jine Hugo écrivait, de son côté, à Victor Pavie Vous avez lu le succès de Marion de Lorme; cela va bien comme argent et le public est des meilleurs tout cela ne res- semble pas à Hernani vous verrez cela quand vous viendrez. Ma santé est bien mauvaise depuis votre départ; je suis encore bien maigre et mes alentours commencent à s'inquiéter un peu, et je suis sûre que, dans votre bonté pour moi, vous en 1. Rôle du Gracieux, comédien de province. 2. Rùie du Taillebras, comédien de province. 3. Rùie de Dame Flose. 4. Le Courrier des théâtres, 13 août 1831. b. Carions de Victor Pavie correspondance Sainte-Beuve. MARION DE LORME. - LES FEUILLES D'AUTOMNE 33 seriez affliçé si vous voyiez qu'au lieu de me remettre je suis dans la voie contraire ; mais à la g-ràce de Dieu et à l'espérance du voyag'e que je désire faire depuis si long'temps et qui, j'es- père, s'accomplira. Adieu, Monsieur, je termine cette lettre, car je vous écris à la nuit tombante et souffrant beaucoup ; mais Victor étant ma- lade des yeux et si fort occupé, j'ai saisi avec joie l'occasion de me rappeler à votre souvenir et à celui de Monsieur votre père, que j'aime doublement de nous avoir donné un ami comme vous. A. Hugo '. Victor Hug-Q veut absolument que, depuis i83o, cha- cun de ses ouvrag-es ait eu à triompher d'une émeute ou d'un gros événement politique. Tout à l'heure, il avançait d'un mois la date de la publication de Notre-Dame de Paris pour la faire coïncider avec le sac derArchevêché. A l'occasion de Marion de Lorme, on lit dans Victor Hugo raconté Une indisposition de M. Bocag-e inter- rompit la pièce à la c[uatrième représentation. Deux émeutes, celle des Chapeliers et celle de la Pologne, forcèrent le théâtre à faire relâche^. » La pièce ne fut point interrompue après la quatrième représentation. La quatrième représentation avait eu lieu le lundi i5 août; Marion de Lorme fut encore jouée le lendemain et les jours suivants. Du 1 1 août au 4 septem- bre, c'est-à-dire en ving-t-quatre jours, elle fut donnée ving"t et -une fois. On la joua tous les jours, sauf le di- manche i4, le dimanche 21, et le dimanche 28 août. De l'émeute des Chapeliers je ne trouve nulle trace dans les journaux du temps, et j'imag-inc que Victor Hugo a dû prendre cette émeute sous son bonnet ; celle de la Pologne fut plus sérieuse. La nouvelle de la prise de \ . Lettre du 23 août 1831. — Cartons de Victor Pavio. 2. Victor Huyo raconté, t. II, p. 3G4. 34 VICTOR HUGO APRÈS d830 Varsovie, répandue dans Paris le iG septembre, y avait excité une vive fermentation, qui donna naissance, durant cinq jours, les 16, 17, 18, 19 et 20 septembre, à des troubles d'un caractère assez grave. Mais pas un seul jourlc théâtre de la Porte-Saint-Martin ne fit relâche, et les 16, 17, 18, 19 et 20 septembre, on joua Marion de Lorme *. Le samedi 17, Taffiche du Théâtre-Français annon- çait les Deux gendres et Dominique le possédé. La représentation n'eut pas lieu. Le reg-istre de la Comédie porte que des troubles très sérieux existant et les issues du théâtre étant fermées, un officier de police est venu engager à faire relâche ». Même ce soir-là, le théâtre de la Porte-Saint-Martin ouvrit ses portes. On lit dans le Courrier des théâtres du 19 septembre Par un trait de prudence et d'humanité, le théâtre de la Porte-Saint-Martin a refusé d'interrompre, avant-hier, sa re- présentation. Il n'a pas voulu exposer au tumulte des charges de la cavalerie qui occupait le houlevard les " femmes et les enfans venus au spectacle pour se distraire. Un acte escamoté de Marion de Lorme les a renvoyés plus tôt que de coutume et à rheurc où le trouble était momentanément apaisé. Comme Hernani, Marion de Lorme eut les hon- neurs de la parodie. Tandis que les Variétés donnaient Gothon du passage Delorme, pochade en vers par M^L Dumersan, Brunswick et Céran, le Vaudeville jouait Marionnette, par MM. Duvert et Dupeuty. Cette dernière pièce suivait pas à pas le drame delà Porte-Saint- Martin. Elle était également en cinq actes et en vers. Le succès en fut très vif, grâce à quelques scènes spirituel- les et à plus d'un vers heureux et facile ; gi^âce surtout au jeu des acteurs Arnal, dans le personnage de Y Idiot Didier; Lepeintrc jeune, dans celui de Cuirverni Sa- i. Le Courrier des iliéâtres, septembre 1831. MARION DE LORME. — LES FEUILLES D'AUTOMNE 33 vcrny; IM'ie Suzanne. Brohan, dans le rôle de Marion- nette. Le premier en date des drames de Victor Hu2;-o*, Ma- rion deLorme, en est peut-être le meilleur. Il a le charme de la jeunesse. Le premier acte est délicieux. Si vousôtez la tirade misanthropique et mélodramatique de Didier, il vous reste un acte de comédie le plus piquant du monde, fin, lég-er, gracieux, merveilleusement réussi, depuis le premier vers, Réconcilions-nous, ma petite Marie ! jusqu'au mot de la fin Alors qu'en faites-vous? — Je l'aime. Plus tard, l'auteur essaiera de revenir à la comédie, et il écrira le quatrième acte de Ruy-Blas. Mais ce ne sera plus cela. Don de Bazan a de l'esprit, sans doute, mais de l'esprit cherché, voulu, forcé. Le marquis de Sa- vcrny ne se donne point tant de mal. Il a de l'esprit tout naturellement, parce qu'il est jeune, parce qu'il est heu- reux, parce qu'il est Français et g-entilhommc. 11 y a là, dans cette première pièce dij poète, et en particulier dans son premier acte, une note originale du talent de Victor Hug-o, une note douce, élég-ante, aimable, que l'auteur a eue seulement à ses débuts, et qui est comme un ra^on d'aurore, comme un souffle de printemps. 1. Marion de Lorme fut écrite du 1" au 24 juin 1829. Ihvnani fut composé au mois de septembre de la même année. 36 VluTOR HUGO APRES 1833 Loi'sque Marion de Lorme parut en volume , chez Eugène Renduel, Victor H ug-o adressa l'un des premiers exemplaires à la fille de son ami Nodier, M'"^ Mennessier. J'ai sous les yeux le billet qui accompagnait cet envoi et qui n'avait que ces deux lignes Mademoiselle Marion aux pieds de madame Marie. 23 août. Ce petit billet était suivi, à peu de joui's de là, d'une lettre, scellée d'un beau cachet armorié, avec tortil de baron Vous me comblez, Madame, et Charles aussi. Un article de Charles sur Marion, ce sera plus que de la çi-lolre pour moi, ce sera du bonheur. Ma pauvre comédie a été sinc^'ullèrement flattée et vernissée par la critique. J'ai grand besoin qu'une main comme celle de mon ami et de votre père la débarbouille un peu. Il serait bien aimable aussi de se charger de prévenir le Temps qu"il fait Tarticle de Marion livre, si livre il y a. Je suis bien honteux d'ajouter cette peine à toutes celles ]u'il se donne déjà pour moi; mais sa voix, au Temps comme partout ailleurs, doit avoir plus de crédit et d'autorité que toute autre, et surtout que la mienne. Il y a tant et de si énormes fautes d'impression dans le pre- mier tlraaj-e de Marion que je neveux pas vous la donner ainsi. Il paraît que le libraire en prépare un second, j'espère en met- tre un exemplaire à vos pieds, s'il va moins d'énormités typo- graphiques, et surtout si le papier est moins hideux. Jusqu'ici, Marion est habillée en vrai papier à savon. Le livre a l'air de sortir de chez l'épicier. Il est vrai que c'est pour y retourner. Ne partez pas encore. Madame, je vous supplie. Que j'aie au moins le bonheur de pouvoir a'ier passer une heure à vos pieds'. 1. A vos pieds. — Victor Hugo, toutes les fois qu'il écrivait à MARION DE LORME. — LES FEUILLES DAUTOMNE 37 Mettez-moi à ceux de M"ie Nodier et dans les bras de Charles. Voire bien respectueux et dévoué ami. \icron. Ce dimanch*', ."j septcmln-e. Ma femme vous embrasse tendrement. Rcconmiandez-nous au bon souvenir de voire mari. Je hais Metz'. Manon Hure donna lieu à un procès devant le tribu- nal tic commerce de Paris. On ne se représente g-uère La- martine et Musset plaidant devant MM. les juges laires. Victor H ug-o avait, paraît-il, un faible pour cette, juridiction, et nous l'y retrouverons plus d'une fois. Donc, le 3o septembre i83i, il à labarre du tribunal. L'éditeur Gosselin sollicitait contre lui et le libraire Renduel une condamnation solidaire en paiement d'une .somme de fr. pour contravention à un traité relatif au de Marion de Lorme. L'avocat du demandeur était M*" Henri Xoujjuier, et sa plaidoirie va nous fournir d' révéla- tions. A la fin de 1828, Victor Hug-o venait de terminer un volume de vers et un volume de prose, les Orieniales et le Dernier Jour d'un condamné. Il traita, pour ces M. Gosselin. C'était le neuvième édi- teur qui avait l'honneur d'entrer en rapports avec lui. Or voici ce que cette occasion, M" Nouguier. une femme, aimait à employer cette humble formule qu'il avait rapportée d'Espagne a los pieu de su doiia. Voyez les Lettres de Victor Hugo à M"'= Louise Berlin, où celte formule revient presijue à chaque page. Le Licre du Centenaire du Journal des Débals. \ . M'° Monnessior-Nodier habitait Metz. — Je dois la commu- nication de cette lettre à la gracieuse obligeance de M°"> Mcn- nessier-Nodier, 38 VICTOR HUGO APRÈS 1830 M. Victor Hugo, dont la renommée est si éclatante, a l'ha- bitude d'annoncer aux libraires auxquels il confie la publication de ses ouvrages des bénéfices prodigieux ; mais il n'est pas un seul de se séditeurs qui n'ait éprouvé des pertes plus ou moins considérables. Tel a été le sort de sept libraires, MM. Persan, Lecointe, Urbain Canel, Ladvocat, Bossange, Marne et Barba, qui ont successivement traité avec le célèbre littérateur TS du jeune poète, c'est le Irop. Après lui, il n'y a pas à glaner. Il épuise, il pressure tous les sujets; et quand il en a tiré tout ce ju'ils renferment de philosophie cl de poésie, il les bat, il les remue encore, il leur demande ce ju'ils n'ont pas. Ce ne sont 1. Désiré Nisard. Souvenirs et Noies biographiques, t. I", \k '•^- 48 VICTOR HUGO APRÈS 1830 plus alors des pensées, ce sont des impressions vagues, qui ne s'analysent pas, qui ne se touchent pas au doigt, ce sont des expériences sur cette langue qui ne lui est jamais rebelle et qu'il façonne à toutes ses fantaisies ; des images qui se cho- quent entre elles et produisent d'autres images ; des couleurs qui se décomposent en mille nuances; un cliquetis qu'on ver- rait et qu'on entendrait tout ensemble, où il y aurait des éclairs pour les yeux et des bruits pour l'oreille ; quelque chose enfin qui ne se peut point définir et n'a point de réalité, ce qui est un défaut capital dans l'art'. A la suite de cet article, publié dans le numéro du 8 janvier 1882, M. Nisard dut quitter cette maison des Débats qui avait été pour lui si hospitalière, mais où. maintenant VictorHug-o rég-nait en maître^. Hug-o, me disait-il, un jour qu'il me racontait cet épisode de sa jeunesse^ Hug-o savait que je venais de me marier et que ma femme et moi nous allions nous trouver sans un sou; cela ne l'arrêta pas. » La voix de M. Nisard, en évo- quant ces douleurs d'autrefois, était tremblante d'émo- tion... Il se remit vite, et avec un sourire Un galant homme, dit-il, n'aurait pas fait cela. » \. Journal des Débats, 8 janvier 183£. 2. M. Victor Hugo régnait en maître au lournal des Débals. » D. Nisard, Souvenirs, t. I", p. 3. CHAPITRE III LE ROI S A M U S E Le procès des Ministres. — La peine de mort, Lamartine et Victor Hugo. — Sainte-Beuve et Armand Carrel. — La pre- mière représentation du Roi s'amuse. — L'interdiction et le procès. — Le comte d'Argout et les Châtiment!'. — Les francs d'Eugène RendueL — La deuxième représentation du Roi s'amuse. — La vengeance de François I". I Dans la pièce qui sert de pi^éface aux Feuilles d'au- tomne, Victor Hug-o se caractérise lui-même en ces vers C'est que l'amour, la tombe, et la gloire et la vie, L'onde qui fuit, par l'onde incessamment suivie, Tout soulde, tout l'ayon, ou propice ou fatal, ^ Fait reluire et vibrer mon âme de cristal, Mon àme aux mille voix, que le Dii'u cpie j'adore Mit au centre de tout comme un écho sonore! l'est bien cela. Victor Hugo est une âme de cristal, tin verre qui réfléchit les images un écho \y\\ répète en les g-rossissant les bruits du dehors. En dépit de sa fière devise Ego Hugo, il est de ceux qui suivent. En dépit de Téclat de ses fanfares, il n' que le héraut et le serviteur des idées du moment '. Aux nom- breuses preuves que j'en ai déjà données, d'autres se viendront ajouter à mesure que nous avancerons. Peu de jours après la révolution de Juillet, M. de Traey avait soumis à la Chambre des députés une proposition tendant à la suppression de la peine de mort. 1. Voy. Victor Ihujo avant ISSO, pp. 315 et suiv. oO VICTOR HUGO APRES 1830 vint en discussion, le 6 octobre i83o, la Chambre, qui allait se séparer, ne crut pas pouvoir improviser une réforme aussi g-rave; mais elle adopta et vota d'urg-ence, dans une séance de nuit, une adresse qui invitait le roi à proposer cette suppression en certains cas, spécialement en matière politique. Au fond, la Chambre des députés, le roi, qui approuva chaleureusement les idées exprimées dans l'adresse, tenaient médiocrement à g-arantir la vie sauve aux assassins, mais ils attachaient beaucoup de prix à ne pas livrer au bourreau les ministres de Charles X. C'était aller directement contre les idées et les passions du parti révolutionnaire, lequel entendait juste- ment que l'on abolît la peine de mort pour les assassins, mais qu'on la conservât pour les ministres. Le 17 octobre, la populace envahit les cours et les jardins du Palai-s- Royal, demandant les têtes de M. de Polig-nac et de ses collègues. Le lendemain, nouvelle émeute. Une foule hideuse, armée de fusils, de sabres, de piques, repoussée du Palais-Royal dans la soirée, se précipite à Yincennes pour arracher les ministres de leur prison. Obligée de reculer devant 1 "héroïque attitude du général Daumesnil, elle revient à Paris, entoure de nouveau le Palais-Roval au milieu de la nuit, à deux heures du matin, et, avec d'atroces clameurs, demande à voir le roi. La porte allait être forcée, déjà les plus hardis montaient le grand escalier, quand arrivent quelques compagnies de garde nationale, réunies à la hâte, qui dispersent enfin les émeutiers '. Lamartine était alors à Milly, et c'est de là qu'il écri- vait, le 4 novembre, à son ami, M. Aimé Martin iNIon cher ami, voici une ode au peuple du 29 juillet ou du \. Histoire de la monarchie de Juillet, par Paul Thureau-Dangin, t. I, p. 115. LE ROI S'AMUSE -il octobre, que je viens de grifronner hier et avant-hier avec un grand enthousiasme, pour tâcher de mettre mon g-rain de sable dans la balance deThonneur et de Thumanité. » Après lui avoir recommandé de faire insérer ses vers dans le plusg-rand nombre de journaux possible et de les faire paraître en brochure chez Gosselin, il terminait par ces mots Mettez mon nom en toutes lettres à la pièce. AL. DE LAMARTINE K La pièce était mag-nifique, le plaidoyer superbe. De ces ving-t-deux strophes, pas une qui n'étincelle de beautés II est beau de tomber vicliine Sous le regard vengeur do la postérité, Dans l'holocauste magnanime De sa vie à la vérité! L'échafaud pour le juste est le lit de sa gloire Il est beau d'y mourir au soleil de l'histoire Au uiilicu d'un peuple éperdu; De léguer un remords à la l'oule insensée, Et de lui dire en face une mâle pensée Au prix de son sang répandu... Voici la fin de la pièce Mais le jour où le long des fleuves Tu reviendras, les yeux baissés, sur tes chemins, Suivi, maudit par quatre veuves Et par des groupes d'orphelins, De ton morne triomphe cherchant en vain la fête, Les passants se diront, en détournant la tête De ton lugubre tombereau Marchons, car ce n'est rien qu'un peuple qui se vengo. Le siècle en a menti; jamais l'homme ne change Toujours ou victime ou bourreau! » Le IQ novembre, Lamartine écrit à M. de Virieu Mon Ode au peuple pour les muiistres va paraître... On m'écrit lettres sur lettres pour m'en demander l'instante publi- cation, au nom des victniies mêmes. M. de Martignac et le duc de Guiche m'écrivent encore à l'instant et en espèrent 1. Correspondance de Lamartine, t. IV, p. 3ii8. '62 VICTOR HUGO APRES 18 beaucoup pour faire roug-ir la partie écrivante et agissante des journaux et des cafés. Je ne puis résister à un désir si vive- ment et si saintement témoig-né, et je l'autorise... Il faut bien parler puisque tout le monde se tait; mais j'aurais voulu qu'un libéral fit le morceau. Quant au péril, je pense en prose ce que je leur dis en vers. La vie n'est pas si douce qu'elle vaille un peu de couardise, et,juand viendra le jour des guillotines, on ne nous demandera pas Qu'as-tu pensé? Qu'as-tu dit? mais Oui es-tu ' ? Lamartine a parlé. Victor Hugo va parler à son tour. N'est-il pas lauteur du Dernier Jour d'un condamné, cet éloquent plaidoyer contre la peine de mort ? Lui qui ne veut pas que l'on dresse l'cchafaud, même pour l'as- sassin, même pour le parricide, ne se doit-il pas à lui- même de protester avec indig-nation contre ceux qui veu- lent relever Téchafaud politique ? — Non. Il ne dira rien, il ne joindi^a pas sa voix à celle de. Lamartine. Comment le pomTait-il faire ? Est-ce que le peuple ne crie pas dans les rues Mort aux ministres ? Est-ce que l'émeute ne rug-it pas autour de leur prison? Est-ce qu'ils n'ont pas contre eux la partie écrivante et agissante des Jour- naux et des cafés ? Demandez à Victor Hugo d'écrire une ode superbe, un roman passionné, un drame puis- sant; demandez-lui de faire un chef-d'œuvre, — il le fera. Mais ne lui demandez pas de résister au vent qui souffle, à l'opinion qui domine ; cela, il ne le peut pas ^. 1. Correspondance de Lmnartuie, t. IV, p. -"08. 2. On lit au tome II de Victor Hugo raconté, p. 194 Depuis trente truis ans, — c'est-à-dire depuis 1829. — M. Viclorllugo n'a jamais rencontré sur son chemin un échafaud ni un gibet sans at'lirmer le principe de l'inviolabilité de la vie humaine. » jN'on seulement Victor ilugo n'a pas afllrmé ce principe, au mois d'octobre 1830, mais à peu de temps delà, au mois de mars 1832, publiant une nouvelle édition du Dernier jour d'un condamné, il n'a pas hésité à déverser le ridicule sur les honnêtes gens qui s'étaient permis de demander l'abolition de la peine de moi't à propos de quatre ministres tombés des Tuileries à Vincenncs », LE ROI S'AMUSE II Rien n'était plus populaire en ce temps-là que le na- poléonisme. L' Idole », ce n'était pas le roi Louis- Philippe ni même le général La Fayette, c'était l'empe- reur. 11 suffisait que son nom fût sur une affiche pour conjurer la faillite d'un théâtre. La foule ne se pouvait lasser de voir le petit chapeau, de revoir la redingote On donnait à la Porte-Saint-Martin Scliœnbrunn et Sainte-Hélène ; à la Gaîté, la Malmaison et Sainte- Hélène, et Napoléon en Paradis; aux Nouveautés, Bonaparte à Brienne et le Fils de l'homme ; au Vaude- ville, Bonaparte lieutenant d'artillerie ; SLUxYsiTiéiêH, Napoléon à Berlin. L'Odéon jouait Napoléon, on trente ans de l'Histoire de France ; et le Théâtre du Luxembourg- Quatorze ans de la vie de Napoléon, ou Berlin, Postdam, Paris, Waterloo et Sainte-Hélène. Au CirquCj Napoléon ne quittait jamais l'affiche, et la série, commencée avec le Passade du mont Saint-Ber- nard, se continuait avec l'Empereur, l'Homme du Siècle, la Bépublique, l'Empire et les Cent Jours ^ On avait fait une révolution aux cris de Vive la li- berté I Vive la Charte ! et il semblait que cette révo- lution n'eût été faite que pour restaurer le culte du des- pote qui s'était joué de toutes les lois, qui avait enchaîné toutes les libertévs. Cette contradiction révoltait Lamar- tine ; elle n'était pas pour choquer Victor Hug-o. La foule adorait Napoléon, il suivait la foule. Il chantait l'empe- reur avec un enthousiasme qui allait presque jusqu'au alors qu'elle aurait dû être domandée, d'après lui, dans un cas seulement, a à propos du premier voleur de grands chemins venu ! » 1. Théodore Muret, l'Histoire par le Ihcdlre, t. III, ch. i. 54 VICTOR HUGO APRES 1830 délire. Il écrivait YOde à la colonne'^. Souvenir d'en- fa/ire -, YOde à Napoléon 11^ Mil huit cent onze ! — temps où des peuples sans nombre Attendaient prosternés sous un nuage sombre Que le Ciel eût dit oui ! Sentaient trembler sous eux les Etats centenaires, El regardaient le Louvre entouré de tonnerres Comme un mont Sinaï ! A l'époque où Victor Hug-o écrivait ces vers, le pai^ti bonapartiste faisait très bon ménag-e avec le parti répu- blicain ; il fallait même y reg-arder de très près pour les disting-uer l'un de l'autre, si bien que dans une brochure qui fit alors g'rand bruit. Seize mois ou la Révolution et les révolutionnaires, M. de Salvandy pouvait dire Ce parti qu'on appelle tantôt bonapartiste, tantôt répu- blicain... » Armand Carrel,dans le National, se faisait g-loire d'être de l'école de Napoléon ^ », et le proclamait le grand esprit dont les traditions ont inspiré le peu de bien qui s'est fait depuis quinze ans ». Une autre feuille républicaine, la Révolution, demandait l'appel au peuple » et déclarait que Napoléon II serait seul ca- pable de donner les institutions républicaines » pro- mises dans le prétendu programme de l'Hôtel de Ville. A Paris tout au moins, — et Paris, pour Victor Hug-o, était déjà la Ville-Lumière, la seule dont l'opinion comptât, — ces idées mi-partie bonapartistes, mi-partie républicaines, g-agnaient chaque jour du terrain. Ceux qui les profes- saient étaient presque toujours assurés de la complicité du jury, dans lequel les journaux mêmes du centre g'au- che, et à leur tète le Constitutionnel, déclai^aient voir t. Octobre 1830. 2. Novembre 1830. 3. Août 1832. 4. Le Malional du 8 mars 1832 LE ROI S'AMUSE ?o le pays lui-même * ». Dans les premiers mois du mi- nistère Périer, sur cinq poursuites pour complot ou émeutes, il n'y eut pas une condamnation. La Société des Amis du peuple, cinq ou six fois poursuivie, sortait de ces procès toujours indemne. Les articles de journaux les plus factieux, les plus outrag-eants pour le roi, demeu- raient impunis. Le National, entre autres, n'était pres- que jamais frappé^. Sans doute, Casimir Périer déployait, au service de l'ordre menacé, de la société en péril, un talent, une ardeur, une énerg-ie admirables. Mais il se consumait à cette tâche. Dès les premiers mois de 1882, le déclin de ses forces était visible. Ses ennemis surtout ne s'y trompaient pas et escomptaient déjà l'échéance de sa mort prochaine. Entre ce ministre qui défend l'ordre lég-al et une sag-e liberté, mais qui est impopulaire et qui va mourir, et un parti jeune, audacieux, implacable pour ses adversaires, en même temps qu'il mène g-rand bruit autour de ceux qui le servent, Victor Hugo n'hésite pas, il se déclare républicain. Le i5 mars i832, il public cette profession de foi L'édifice social du passé reposait sur trois colonnes le prêtre, le roi, le bourreau. Il y a déjà longtemps qu'une voix a dit Les dieux s'en vont! dernièrement, une autre voix s'est élevée et a crié Les rois s'en vont! Il est temps maintenant ju'une troisième voix s'élève et dise Le bourreau s'en va ! Ainsi l'ancienne société sera tombée pierre à pierre; ainsi la Providence aura complété l'écroulement du passé. A ceux qui ont regretté les dieux, on a pu dire Dieu reste. A ceux qui regrettent les rois, on peut dire la patrie reste ^. Après les événements de juin 1882, à la suite de l'in- surrection, Paris fut mis en état de sièg-e. Il fut question, 1. Le Conslituliovnel \u 3 janvier 1832. 2. Thureau-Dangin, l. H, p. 1. 3. Préface du Dernier jour d'un condamné, édition do 1832. oG VICTOR IlLGO APRES 1830 à ce moment, d'insérer dais le Xational une protestation revêtue de sig-natures. Victor Hug-o, que Sainte-Beuve avait prévenu de la part d'Armand Carrel, lui répondit par la lettre suivante Je ne suis pas moins indig-né que vous, mon cher ami, d3 ces misérables escamoteurs politiques qui font disparaître l'article i4 et qui se réservent la mise en état de siège dans le double fond tle leur aobclet. J'espère qu'ils n'oseront pas jeter aux murs de Grenelle ces jeunes cervelles trop chaudes, mais si g-énéreuscs. Si les fai- seurs d'ordre public essayaient d'une exécution politiiiue et que quatre hommes de cœur voulussent faire une émeute iOur sauver les victimes, je serais le cinquième. Oui, c'est un triste mais un beau sujet de poésie que toutes ces folies trempées de sang! Nous aurons un jour une répu- blique et, quand elle viendra, elle sera bonne. Mais ne cueillons pas en mai le fruit qui ne sera mùr qu'en août. Sachons altendre. La républicjue proclamée par la France en Europe, ce sera la couronne de nos cheveux blancs. Mais il ne faut pas souffrir que des goujats barbouillent de rougenotre drapeau. Une faut pas, par exemple, qu'un F. S..., dévoué il y a un an à la quasi-censure dramatique de M. d'Ar- out, clabaude à présent en plein café qu'il va fondre des balles. Il ne faut pas q l'un F... annonce en plein cabaret, pour la fin du mois, quatre belles guillotines permanentes dans les quatre principales places de Paris. Ces gens-là font reculer l'idée politique, qui avancerait sans eux. Ils effrayent l'honnête boutijuier, cpii devient féroce du contre-coup. Ils font de la république un épouvantait. 98 est un triste asticot. Parlons un peu moins de Robespierre et un peu plus de Washington. Adieu. Nous nous rencontrerons bientôt, j'espère. Je tra- vaille beaucoup en ce moment. Je vous approuve de tout ce que vous avez fait, en regrettant que la protestation n'ait pas paru. En tout cas, mon ami, maintenez ma signature près de la vôtre. 12 juin i832 '. 1. Sainte-Beuve, Portrails confemporains, édition de 1869, t. I, p. 4GG. LE ROI SAMUSE 57 III Je travaille beaucoup en ce moment... Le poète écri- vait alors le Roi s'amuse, commencé le 3 juin, — et non le i*"'', comme il est dit au tome II de Victor Hugo raconté ^. Le !''', il écrivait à Victor Pavie Que devenez-vous donc, mon cher Pavie? Nous n'entendons plus parler de vous, nous ne recevons plus de vos nouvelles et nous en sommes tout attristés. Est-ce que vous nous oubliez tout à fait? Est-ce que vous n'aimez déjà plus vos vieux et fidèles amis de Paris ? J'espère, je suis sur qu'il n'en est rien, mais écrivez-nous donc entre deux plaidoyers ; contez-nous ce que vous faites, ce que vous pensez et comment vous prenez le bonnet carré ; ce que devient votre âme, si pleine de pure et harmonieuse poésie, au milieu des embarras du parquet. Dites-nous que nous vous manquons un peu; dites-nous que vous n'êtes pas tout à fait malheureux, pour que nous ne soyons pas fâchés. L3S oreilles doivent vous tinter en Anjou; nous parlons si souvent de vous, ma femme et moi, de ce lundi périodique que vous nous aviez fait si aimable, de votre cher et bon père, de votre frère ; quand donc viendrez-vous tous les trois dîner avec nous? Ecrivez-moi, parlez-moi de vous tous ; écrivez-moi une longue lettre de quatre pages et d'une écriture bien fine, que ma femme me lira. Adieu, embrassez pour moi votre frère et votre père, [ue j'aime autant que vous et dans tous les sens de celte amphi- bologie, c'est-à-dire de tout mon cœur. Victor. i" juin -. \. Victor Huqo raconté, i. II, p. 374. 2. Cartons do Victor Pavie correspondance Victor Hugo. Îi8 VICTOR HUGO APRÈS 1830 Le poète ne fait aucune allusion au Roi s'amuse. II n'eût pas manqué d'en dire un mot s'il l'eût commencé précisément ce jour-là. Le manuscrit du drame porte d'ailleurs, à la première pag-e, ces deux lig'nes Commencé le 3 Juin 1882. Fini le sS juin i83a. Victor Hugo lut sa pièce au Théâtre-Français le i5 août. On trouve, à cette date, sur les registres de la Comédie-Française M. Victor Hugo. — Le Roi s'amuse. Comédie en cinq actes, en vers. — Reçue '. Lorsqu'une pièce était reçue à runanimità, le procès- verbal ne manquait jamais d'en faire mention. Cette l'ois, évidemment, l'unanimité manqua. Nous avons sur cette lecture l'impression de Sainte- Beuve, qui écrivait à Victor Pavie, le 28 août Mon cher Pavie, L'arrivée de votre frère me rappelle si vivement aux torts, non d"oubli, mais de négligence et de silence à votre égard, que j'ai hâte de me rappeler à votre amitié si vive et si éprou- vée... Hugo a lu l'autre jour, aux Français, sa pièce en cinq actes et en vers, le Roi s'amuse. Il en a une autre en trois actes et en prose qu'il dissimuleet qu'il ne démasquera qu'après la représentation de la première, mais elle est également ache- vée-. Je ne vous parlerai que du/?o?s'/se, que j'ai entendu. C'est François ler et Triboulet. Celui-ci a une fille charmante que le roi débauche sans savoir qui elle est ; il en résulte une douleur et un désespoir de ce pauvre fou, analogue à ce que vous avez vu dans la recluse de Notre-Dame ; Triboulet, c'est 1. Archives de la Comédie-Française. 2. Le i{oz.'î'rt/rtw.?e à peine terminé, Victor Ilugo avait fait aussi- tôt Lucrèce Borgia. LE ROI S'AMUSE 59 la recluse en homme. Le cinquième acte, qui se passe entre lui et le cadavre de sa fille pour tous personnages, est d'un tel effet que Ligier qui doit faire Trihoulet a pleuré durant tout cet acte. J'ai bien quelques petites opinions personnelles sur ce genre de drame et sur son degré de vérité humaine, mais je n'ai aucun doute sur l'impression qui sera produite et sur l'immense talent déployé dans cette œuvre radieuse de beaux vers. Je travaille capricieusement à mon roman, peu, — quelque- fois à des vers... Je me laisse vivre, ne comptant pas trop les jours et n'en sentant pas trop le poids... Tout ce qu'il y a de Lamennais est dispersé. M. de Lamennais rejoint la Belgique par l'Allemagne et Munich où il verra Baader. M. Gerbet est à Bruxelles; M. Lacordaire est revenu de la campagne ici j'espère qu'ils se rallieront cet hiver. Boulanger est sombre , quoique faisant de charmantes choses. Antony Deschamps, fou avec raisonnement; De Vigny, toujours aigrelet et amoureux; Dumas, en voyage en Savoie avec son amie; Brizeux, revenu d'Italie, est allé en Bretagne '... répétitions du Roi s'amuse ne commencèrent pas^ tout de suite. Le 7 septembre, au moment d'aller, comme il le faisait tous les ans, s'installer pour vm mois, avec sa famille, chez M. Bertin l'aîné, dans son aimable maison des Roches, à Bièvre, Victor Hugo écrivit à M. le baron Taylor, royal près la Comédie-Française Ce jeudi, 7 septembre. Je pars, mon cher Taylor, après-demain, samedi, à une heure après-midi. Je reviendrai à Paris exprès pour la lec- ture 2, mais comme je serai obligé de retourner dîner à Bièvre à six heures et qu'il y a trois heures de chemin, il faudra absolument que la lecture soit finie à trois heures au plus tard et, par conséiiuent, qu'elle ait commencé au plus tard à dix heures et de/nie du matin. Je vous serai donc reconnais- \. Cartons de Victor Pa vie correspondance Sainte-Beuve. 2. La lecture aux acteurs pour Ja distribulion des rôles. 60 VICTOR HUGO APRES 1830 sant de faire la convocation ce jour-là pour dijc heures. Je serai forcé, pioi, de me lever à six heures du matin, c'est une dure extrémité, mais je m'y résigne. Vous trouverez ci-contre une ébauche de la distribution. J'aurais bien besoin de vos bons conseils pour cela, et vous seriez bien aimable de venir me voir un moment pour cet objet demain ou après-demain matin avant midi. Vous savez combien est entière ma confiance en vous. Mlle Mars accepte-t-elle ? Monrose désire-t-il? Qui me con- seillez-vous, à défaut de Mlle Mars, Mlle Anaïs ou Mlle Bro- card? Je voudrais bien vous parler aussi de Desmousseaux que j'aime et que j'estime et à qui je ferai un beau rôle avant peu. ^'ous voyez que j'ai un million de choses à vous dire, sans compter les amitiés. Victor. Il serait fort à souhaiter que M. Cicérl et le directeur des costumes fussent au théâtre le jour de la lecture pour que je pusse leur parler '. Mlle Mars refusa le rôle que lauteur désirait lui con- fier; elle fut remplacée par M"*^ Anaïs. Les répétitions commencèrent vers le milieu de septembre; elles conti- nuèrent en octobre. A ce moment, Victor Hug-o était revenu des Roches, et il lui fallait mener de front les études de sa pièce et son déménag-ement. Au lendemain de la première représentation à'Hernani, il avait quitté la rue Notre-Dame-des-Champs pour larue Jean-Goujon. A la veille de la première représentation du Roi s'amuse, il quittait la rue Jean-Goujon pour la place Royale. Le 3o octobre 1882, il écrit à MUe Louise Bertin Il faut que vous me plaigniez, d'abord et beaucoup, d'avoir quitté les Roches, ensuite un peu d'être depuis huit jours 1. L'original de cette lettre appartient à M" Bartet, de la Comédie-Française. Elle a été publiée par M. Jehan Yaller dans le Figaro du 11 novembre 1882. LE ROI S'AMUSE Cl dans l'exécrable tohu-bohu d'un déménag-emcnt, fait à l'aido de ces machines prétendues commodes qui ont aidé tant de pauvres diables à déménager en masse et pour leur dernier loçis, à l'époque du choléra. Voilà huit jours que je suis dans le chaos, que je cloue et que je martèle, que je suis fait comme un voleur. C'est abominable. Mettez au travers de tout cela une répétition où je suis forcé d'aller, et le portrait i qu'on peut voir chez Ing-res, que j'ai la plus grande envie de voir, et que je n'ai pu encore aller voir! Voilà bien des voir dans la même phrase, mais ; que voulez-vous ? c'est le style d'un garçon tapissier que je vous envoie aujourd'hui... On me joue du 12 au i5 novembre "... Dans son numéro du jeudi matin 22 novembre, écrit et composé la veille, le Journal des Débats publia, en troisième pag-e, entre deux filets, l'avis ci-après, rcdig-é sous les yeux du poète, sinon par le poète lui-môme. C'est demain que la Comédie-Franeaise donne la première représentation du nouveau drame de M. Victor Hugo le Roi s'ainase. Un grand intérêt se rattache à ce nouvel effort d'un esprit de premier ordre qui, jusqu'à ce jour, a été en progrès. Les questions d'art et de poésie franchement débattues, et débattues de très haut, sont trop rares aujourd'hui pour que le parterre duThéàtre-Francais n'accorde pas à la tragédie d'un poète hors de ligne l'intérêt et l'attention qu'il a déjà accordés à llcrnuni ci À Marion de Lovine. Dans cette note semi-officielle, Victor Hug-o faisait ap- pel au parterre; pour être plus sûr de la réponse, il s'était réservé de le composer lui-même, comme on peut s'en a surer en consultant le tableau de la recette du 22 no- 1. Portrait de M. Berlin aîné. 2 Lellies Viclor ILmjo uni- Berlin. > VICTOR HUGO APRÈS 1830 vembre. En voici le détail, copié sur le bordereau jour- nalier du théâtre 12 premières loges à G fr. , 72 » 35 parterres à 2 f r 70 » 12 deuxièmes i^aleries à i fr. 00. . . . 18 » 67 loçes journalières prix divers. . . iqAo » Suppléments 18 90 Billets de caisse i 5o Extra d'aro-ent 2 » 33 stalles de balcon à 7 f r . 23 1 » 38 stalles d'orchestre à 7 fr 26G » 82 stalles de i^e galerie à 5 f r 4io » Total 3o38 4o ' Il ne fut donc délivré au bureau que 35 billets de par- terre et 12 billets de deuxième g-alerie. Pour l'orchestre, les g-aleries et secondes, les secondes et les troisièmes lo- g-es, on fit mieux encore ; toutes les places, sans exception, furent données aux amis de lauteur. Dès quatre heures, ils étaient à leur poste, sous la conduite de leurs chefs, Célestin Nanteuil, Achille Devéria, Théophile Gautier, Jehan Duseig-neur et Pétrus Borel, le lycanthrope. Cha- cun avait apporté son dîner, et bientôt à l'odeur des pipes et des cig-ares se mêlèrent les parfums du fromage et du saucisson à l'ail. Quand, à six heures un quart, entrèrent les payants, \esphilistins, les académiciens, ils se sen- tirent pris à la gorge par ces odeurs acres et répugnantes. Les dames en grande toilette respirèrent leurs flacons d'essences, pendant qu'à côté d'elles, au balcon et dans les log-es, leurs voisins braquaient leurs lorgnons sur les bousingots en bérets et en casquettes rouges, sur les Jeune-France à la longue chevelure et à la barbe pointue. 1. Archives de la Comcdie-Française. LE ROI S'AMUSE C3 Si discrète qu'elle fût, cette petite manifestation aristo- cratique devint le sig-nal d'un horrible tumulte. Etudiants et rapins, boiisiiigots et Jeune-France hurlèrent furieu- sement la Marseillaise et la Carmagnole, et c'est au bruit du Ça ira qu'à sept heures précises le rideau se leva sur une salle fiévreuse, violemment surexcitée, et, dans les deux camps, prête à la bataille. Au moment où l'on allait commencer , dit Victor Hugo raconté, la nouvelle se répandit dans le théâtre qu'un coup de pistolet venait d'être tiré sur le roi. Ce fut immédiatement la conversation de toute la salle, la toile se leva au milieu de la préoccupation g-énérale, et le pre- mier acte, médiocrement joué d'ailleurs, fut g-lacial. La scène de Saint- Vallier réchauffa un peu cett€ Sibérie *. » — Il faut croire qu'en ce temps-là les nouvelles restaient bien long-temps à se répandre, puisque ce serait seulement le jeudi 22 novembre, à sept heures du soir, que l'on aurait appris au Théâtre-Français l'attentat commis sur la personne du roi le lundi ig novembre, à deux heures dix minutes de l'après-midi, sur le Pont-Rojal 2. Accusé d'être l'auteur de cet attentat, le citoyen Louis Berg-eron, étudiant en droit, fut acquitté par le jury de la Seine 3. En tout cas, il est certainement innocent de l'accueil g-lacial fait au premier acte àwRoi s'amuse. La tirade de Saint-Vallier, admirablement dite par Joanny, avait été saluée d'applaudissements frénéticjucs. Vous vous en êtes donné ! Vous avez bien applaudi ! » criaient à ceux du parterre les g-ens des log-es et des baig-noires, qui s'apprêtaient à prendre leur revanche'*. 1. Victor Ilugo raconté, t. IF, p. 37S. i. Attentat contre la personne du roi. Affaire du coup d" pis- tolet du 19 novembre IS3'2. — Annuaire historique de Lesiir. 3. Le 18 mars 1833. 4. Épaves, par Léon Aubincau, p. 08. 64 MCTOR HUGO APRÈS 1830 En attendant, le parterre et l'airiphlthéàtre trépignaient daise, et, croyant déjà tenir la victoire, cliantiient sur Tair de Marlborough L'Académie fist morte. Mironton ton ton mirontaine, L'Académie est morte, Est morte et enterrée. Au second acte, le monolog-ue de Triboulet, où Lig-ier fut très beau, et la scène de Triboulet et de sa fille Oh! ne réveille pas une pensée amère..., valurent aux acteurs et à la pièce de nouveaux applau- dissements ; mais, à la fin de l'acte, quand Triboulet, à qui Clément Marot a bandé les yeux, tient lui-même, le long- du mur de sa maison, l'échelle qui sert aux gentils- hommes à enlever sa fille et à l'emporter demi-nue et bâillonnée, ce fut au tour des siffleurs d'avoir le dessus. A ce moment, L'espoir changea de camp, le combat changea d'âme. Sauf une éclaircie, pendant la scène du troisième acte, où Triboulet redemande sa fille aux courtisans, la tem- pête n'allait plus cesser, les sifflets allaient jusqu'à la fin faire rag-e. En vain les amis de l'auteur s'époumonnaient à crier A bas les brutes! A bas les stupides^ ! leurs protestations ne faisaient qu'accroître le tumulte et ajouter encore au bruit des huées. Le quati'ième acte fut un dé- sastre; le cinquième fut une déroute. De ce cinquième acte, destiné, d'après Sainte-Beuve, à produire un si prodigieux effet, pas un seul vers n'avait été entendu. Quand la toile tomba, tous les spectateurs étaient debout, criant, se me- 1. L'Histoire par le théâtre, par Théodore Muret, t. III, p. 200, -Théodore Muret assistait à la représentation. LE ROI S'AMUSE Go naçant du poing-, échang'eant des injures et des provoca- tions. Le rideau se releva lentement. Lig-ier s'avança pour proclamer le nom de l'auteur. L'hostilité, dit Victor Hiiffo raconté, l'hostilité, de même qu'à Marion de Lorrne, laissa nommer l'auteur sans protestation^. » C'est une erreur. L'apparition de Lig-ier ne suffit point à chansrer ainsi la tempête en bonace. On lit dans le Cour- rier des théâtres Venu pour annoncer le poète, Lig-ier a dû se taire fort long-temps en présence d'une horrible bourrasque. Mais, saisissant un moment de fatig-ue et dégag-eant son discours de la formule accoutumée, cet acteur a crié Victor Hvgo 2.' » Le lendemain , dans la matinée , le poète recevait de M. deLasalle, directeur de la Comédie-Française, le billet suivant Il est dix heures et demie, et je reçois à l'instant YorJre de suspendre les représentations du Roi s'amuse. C'est M. Taylor ipil nie communique cet ordre de la part du ministre. Ce 23 novembre. Suspendue le matin, la pièce était interdite le soir. L'ordre d'intei^diction était ainsi conçu Le ministre secrétaire d'Etat au département du comniprce et des travaux publics, vu l'article i4 du décret du 9 juin i8uj; considérant que, dans des passai>-es nombreux du drame représenté au Théâtre-Français, le 22 novembre 1882, et inti- tulé le Roi s'amuse, les mœurs sont outrat^-écs, nous avons arrêté et arrêtons Les représentations du drame inlitidé Ir Roi s'amuse sont désormais interdites. Si/iit' comte d'ARCouT. \. Victor Iluf/o racunli', t. II, p. SSL 1'. Numiiro du 23 novembre iSSS. 66 VICTOR HUGO APRÈS 1S30 En apprenant que sa pièce était interdite, le poète res- sentit, — ilTaffirme, du moins, — une immense surprise. a Le premier mouvement deVautenv fut de douter. L'acte était ai-bitraire au point d'être incroyoble... L'auteur, ne pouvant croire à tant d'insolence et de folie, courut au le fait lui fut confirmé de toutes parts... Nous le répétons, lorsqu'un pai^eil acte vient vous barrer le passag"e et vous prendre brusquement au collet, la pre- mière impression est un profond étonnement^ •» Victor Hug-o fut-il aussi étonné que cela ? Il nous est bien per- mis de n'en rien croire, lui-même, dès le 3o août, sig-nait avec le libraire Eugène Renduel un traité par le- quel il lui vendait la première édition de son drame, et que ce ti^aité renfermait un article prévoyant, en termes exprès, le cas où le ministre en interdirait la représenta- tion*. Ce fait incroyable, ce fait auquel l'auteur ne pou- vait croire, il y avait trois mois quïl s'y attendait ! L'interdiction une fois prononcée, il s'agissait pour Victor Hug-o d'en tirer bon parti et de s'en faire une superbe réclame. C'était son droit, après tout, et on va voir s'il sut en user. Le 26 novembre, il écrit au rédacteur du Constitu- tionnel Paris. 2O novembre 1882. Monsieur, Je suis averti qu'une partie île la g-énéreuse jeunesse des écoles et des ateliers a le projet de se rendre ce soir ou de- i. Préface du Boi s'amuse, 30 novembre 1832. 2. Le liomanlisme et l'éditeur lienduel, par Adolphe Jullien, ili. IV. — L'autour a bien voulu me permettre de prendre com- municalion du manuscrit de sou ouvrage, composé d'après les papiers d'iiugéne Renduel et non encore publié. Le chapitre iv est consacré aux relations de Victor Hugo. avec Eugène Renduel. Quelques extraits de ce chapitre ont paru dans le Figaro du 23 novembre 1882. LE ROI S'AMUSE Cl main ail Thôàlre-Fraiirais, pour y réclamer /r Uni s'amuse cl pour protester hautement contre l'acte d'arbitraire inouï dont cet ouvrage est frappé. Je crois, Monsieur, qu'il est d"autres. moyens d'arriver au châtiment de cette mesure illcçale, je les emploierai. Permettez-moi donc d'emprunter, pour cette occa- sion, l'orçanc de votre journal pour supplier les amis de la liberté, de l'art et de la pensée de s'abstenir d'une démonstra- tion violente, qui aboutirait peut-être à l'émeute que le g-ouver- nement cherche à se procurer depuis si longtemps. Agréez, Monsieur, l'assurance de ma considération dis- tinguée. Victor Hugo ^ A'ictor Hugo, qui accusait le gouvernement de cJier- clier à se procurer une émeute, ne pourrait-il pas être soupçonné lui-même, à plus juste titre, d'en avoir désiré une, ce jour-là, une jolie petite émeute, nullement répu- blicaine d'ailleurs, et faite aux cris de Vice le Roi... s'amuse! Malheureusement, l'émeute souhaitée ne vint pas. Ni le soir, ni le lendemain, la généreuse jeunesse des écoles et des ateliers ne manifesta rue de Richelieu. Force fut donc au poète d'employer les autres moyens, de traduire les sociétaires du Théâtre-Français à la barre du tribunal de commerce, de traduire ]M. d'Argout et ses collègues à la barre des journaux. Dans les derniers jours de novembre, il adressait ce billet à Eugène Renduel J'ai vu hier au soir Carrcl ; tout est convenu. 11 a clé excel- lent. Je vous conterai la chose en détail. Sainte-Beuve peut faire l'article comme il le voudra et le porter aujourd'hui avec le fragment de préface. Carrel mettra tout. Carrcl veut, en outre, un grand article politipie pour un de ces jours sur l'affaire. A'ous savez que c'est Odilon Barrot qui plaidera pour moi venez me voir. Voici {uel[ues lignes jiour le Juunxal des Dibals pi'un de ]. Le Constitutionnel, 21 novouibrc 4832. 68 VICTOR }1UG0 APRÈS 1830 nos amis nra faites hier au soir. Elles sont en trop grosses lellrcs, ce qui serait ridicule. Vous ferez bien de les recopier et de les porter tout de suite. Tout à vous, Victor H. ^'o\ez Sainte-Beuve et les journaux '. Point de journal, en oi\vt, qui ne reçût la visite de Renduel, de Hugo ou de l'un de ses amis, et qui, à la veille du 4 décendjre, jour fixé pour la mise en vente du drame et de sa préface, ne publiât une réclame dans le Sl-enre de celle-ci Le Roi s'amuse, drame de M. Victor Hug-Q, dont les représentations ont été défendues par ordre du ministre, paraîtra lundi, sans remise, à la librairie dEug-ène Renduel. On assure que jj/us de mille exemplaires sont retenus d'avance. Le jour de la mise en vente, nouveau billet du poète à Renduel Tâchez, mon cher éditeur, de venir demain, à heures, déjeuner avec moi. J'ai mille choses importantes à vous dire. Il faudra't que nous allassions ensemble chez votre ag-réé pour que l'assignation au théâtre soit donnée dès demain. Tout cela est convenu avec Odilon Barrot. jue jai vu ce matin. Apportez-moi en même temps Un exemplaire du Roi s'amuse, un exemplaire de A^otre- Dame de Paris, pour Bernard de Rennes, qui s'est si puis- sanmient entremis clans TafFairc. Un exemplaire du Roi s'ainiisc, un exenqlairc de Marion de Lorme pour Odilon Barrot. Je crois cpic nous allons faire un bruit du diable-. Appelée devant le tribunal de commerce, le vendredi 7 décembre, latlaire de ^'iclor Hugo contre le Théàtre- 1. Afldlplie .lullien. 0J3. cU. 2. Ihid. LE ROI S'AMUSR C9 Français fut renvoyée à dix jours. On lit dans lesjou;- naux du 8 L'affaire de M. Virfor Huiijo contre la Comédie-Franeaise a été appelée ce matin devant le tribunal de commerce de la Seine. M. Ilut-'o et M. Odilon Barrot, son avocat, étaient ab- sents. Mais M. Victor Hug-o a demandé, par rintermrdiaire da son agréé, que la Comédie-Française fût condamnée à conti- nuer les représentations du Roi s'amuse et à lui payer l\oo fr. d'indemnité pour chaque jour où cette pièce aurait dû être jouée. L'affaire a été renvoyée aux grandes audiences des lun- dis et mercredis. Victor Hng-o entendait Men, en effet, que ce serait là une grande audience. Il prit .ses dispcsitions comme T^ouT nnc première le tribunal, après tout, n'était pas autre chose pour lui qu'un théâtre, et, ici comme là, il fallait qu'il eût une bonne salle. L'avant-veille de Tau- dience, le lundi 17 décembre, il donne à Henduel s s dernières instructions C'est mercredi que je plaide. Je crois, mon cher éditeur, qu'il est inqortant pour vous, pour moi, pour le retentissement du livre et de Taffaire, que la chose soit énergiquement annoncée la veille par les jour- naux. Voici sept petites notes que je vous envoie, en vous priant d'user de toute votre -influence pour qu'elles paraissent demain dans les sept principaux journaux de l'opposition. Vous ferez bien de les porter vous-même et d'en surveiller un peu l'insertion. Faites-en d'autres copies et ajoutez-y un;^ ligne pour votre livre, si vous voulez, je me repose d.' ceci sur vous, n'est-ce pas ? Vous comprenez combien c'est imiiorlaiil. Répondez-moi un mot et venez donc diner avec luoi un de ces jours. Votre ami, Victor Ilctio. Ce lundi mutin. Voudrez-vous aussi remettre à la bonne e\einpl;i!r,"s du Roi s'amuse sur mon reste ' i i. Addlpiie Julli.'ii, 071. cit. 70 VICTOR HUGO APRÈS 1830 Les petites notes préparées par le poète ne s'éo-arèrent point en chemin, et, le i8 décembre au matin, on lisait dans jîresque tous les journaux C'est décidément morcredi i, à midi, que sera appelé devant le tribunal de commerce le procès de M. Victor Hut>-o contre la Comédie-Française pour le Roi s'amuse. M. Odilon Barrot plaidera pour l"ouvra£>-e si illégalement arrêté par le mi- nistère. M. Victor Hnrjo compte prendre aussi la parole. Le succès de lecture que le drame obtient et la mesure arbitraire du g-ouverncment donneront à cette audience un grand intérêt de curiosité. Au jour fixé, une foule immense envahit le palais de la Bourse, où le tribunal Je commerce tenait ses audiences. Me Léon Duval plaidait pour le Théâtre- Français ; M" Chaix-d'Est-Ang-e, pour le ministre des travaux publics, à qui ressortissaieut alors les théâtres et que la Comédie-Française avait appelé en g-arantie. A'ictor Hugo prit la parole après son avocat et pro- nonça une longue harangue, toute pleine de belles antithèses, où il opposait à M. d'Ar^out et à ses arrêtés Napoléon et ses victoires. Alors, s'écria-t-il en termi- nant, alors c'était grand, aujourd'hui c'est petit... Il n'y a eu dans ce siècle qu'un grand homme, c'est Napoléon, et une g-rande chose, la liberté ; nous n'avons plus le grand homme, tâchons d'avoir la grande chose. » Ce discours fut suivi d'applaudissements redoublés, partant du fond et du dehors de la salle. Le président fit cette observation Une partie du public oublie qu'on n'est pas ici au spectacle. » Le lendemain, la Gazette des Tribunaux terminait ainsi son compte-rendu de l'autlicnce du 19 décembre Nous croirions manquer à un devoir si nous terminions cet article sans flétrir de toute Ténerg-ie d'un blâme indépendant l'indicentc conduit? d'une partie de l'auditoire pendant les dé- LE ROI S'AMUSE 71 bats. Pour respecter si peu Injustice consulaire, il faut se res- pecter bien peu soi-même, il faut avoir bien peu le sentimr^ut de ce qui est dig'ne et convenable. Nous plaig-nons le tal Mil condamné à subir de tels admirateurs '. Le tribunal se dôclara incompétent, renvoya les par- ties à se pourvoir devant qui de droit et condamna Victor Hug-o aux dépens '-. Au mois d'août i83o il n'avait pas compris qu'avant de chanter la révolution triomphante, avant d'insulter le gouvernement tombé, il se devait à lui-même de renoncer à la pension cju'il tenait de la Restauration. Au mois de décembre 1882, au moment de jeter Tinsulte aux ministres et au g-ouvernement de Louis-Philippe, il ne comprit pas davantag"e qu'il devait commencer par renvoyer à JNL d'Arg-out le brevet de la pension inscrite à son nom sur la liste du ministère de l'intérieur. Il fallut que les journaux ministériels sig'ualassent au public l'étrangeté de sa conduite, pour qu'il se décidât enfin, le dé- cembre, à déclarer cpi'à l'avenir il ne passerait plus à la caisse du ministère. Vingt ans s'écoulent; deux révolutions passent sur ces incidents. Tout le nionde les a oubliés. Victor Hug-o, lui, se souvient, et, par deux fois, dans ses Châtiments, il inscrit le nom du ministre qui, en l'an de grâce 1882, lui joua un si vilain tour. Il fait rimer d'Arf/ont avec é/oat ; il écrit Ce ventre a nom dllantpoul, co nez a nom d'Argoiit. Et un peu plus loin Voilà ce. que curés, évoques, talapoins, Au nom du Dieu vivant, démontrent en trois points. Et ce que le filou qui fouille dans ma poche Prouve par A plus 6, par Arf/ont plus Baroclio •'. 1. Gazplle des Irib anaux, 20 décembre 18;îi>. 2. Ibid., o janvier I800. 3. Les Châtiments Eblouisseiucnls et AJuvc/ial. 72 VICTOR HUGO Al'RES 1830 Si Victor Huefo avait eu à se plaindre de M. dArg-out, il n'avait eu qu a se louer d'Eugène Renduel, l'éditeur du Roi s'amuse. Il ne se faisait pas faute cependant de raconter que Renduel avait voulu le voler. Voici son récit, tel que le rapporte l'un de ses secrétaires, M. Ri- chard Lesclide, dans ses Propos de table de Victor Hugo Eugène Renduel vint voir Victor Huço pour lui acheter la première édition du Roi s'amuse. Le traité fut conclu sans difficulté, au prix de i franc de droit d'auteur par exemplaire ; on devait tirer à deux mille exemplaires. Quelques jours après, le poète va au ministère. — Eh hien, lui dit-on, vous devez être content? — Pas trop, dit-il, l'interdiction rte sera pas levée. — Mais quel succès de librairie ! — Croyez-vous? — Parbleu ! Nous venons de recevoir la déclaration de l'Im- primeur il tire à ving-t mille. — Ahl dit Hugo; c'est bon à t^avoir. Il prend une voiture, il arrive chez Renduel. — Eh bien, lui dit Hugo, le Roi s'amuse va-t-il? — Il ne va pas mal. On causa pendant un quart d'heure. Rien qui ait trait à la question du tirage du livro. Le poète met vainement l'éditeur sur la voie. Soit oubli, soit distraction, Renduel ne s'explique pas. — Enfin, dit Victor Hugo, est-il vrai, n'esf-il pas vrai que vous ayez fait un tirage à ving^t mille ? — En effet, dit Renduel, un peu ému, j'allais vous en pré- venir. Voici un bon de francs ^. Les papiers de Renduel font bonne justice de la fable inventée par Victor Hugo. Le traité du Roi .i'amiise est du 3o août. En voici les conditions principales Tirag-e à deiur mille exemplaires, plus deux cents de 1. Propos de table de Victor Hugo, recueillis par Richard Les ' clide,p. 181.— Paris, 1885. LE ROI S'AMUSE 73 mains de passes et cinquante réservés à l'auteur; — tous les exemplaires devront être revêtus de la griffe de Victor Hugo — mise en vente dix jours seulement après la première représentation, sauf consentement de l'auteur pour abrég-er ce délai; — l'auteur rentrant de droit dans sa propriété au bout d'une année à dater de la mise en vente, ou même auparavant, si les deux mille exemplaires étaient épuisés avant ce délai ; comme prix quatre mille francs ainsi échelonnés mille francs comptant, mille le lendemain de la mise en vente, et deux mille en deux bil- lets, l'un à six, l'autre à douze mois de l'acte sig-né. — Un ai^ticle additionnel annulait le traité dans le cas où la représentation du drame serait interdite et portait que l'auteur serait tenu de rendre à l'éditeur l'arg-ent et les billets reçus. Les droits de l'auteur étant fixés à deux francs par exemplaire, et non à un franc, c'est donc 4o,ooo francs et non 20,000 que Victor Hugo aurait du toucher, si son récit était vrai. Or il n'a touché ni 4o,ooo francs, ni 20,000^ ni même 4ooo francs, mais 2000 seulement. Ses reçus sont là qui en font foi. Le 3o août, Renduel lui versa 1000 francs le 5 décembre, le lendemain de la mise en vente, il lui remit une seconde somme de 1000 francs, mais contre un reçu définitif et pour solde. Sur les 4ooo francs stipulés, l'auteur en touchait seulement 2000 ; de son côté, l'éditeur n' pas du droit que lui donnait l'article additionnel du traité, de se faire rembourser les 1000 francs qu'il avait payés le3o août. Bien qu'il ne l'eût payé que 2000 francs, le Roi s'amuse fut loin d'être une bonne affaire pour Renduel. Le pre- mier tirag-e — à deux mille exemplaires — fut si long- à s'écouler que l'éditeur dut refaire des titres avec cette mention deuxième , puis troisième édition, pour 74 VICTOR HUGO APRES 1830 activer la vente, si c'était — et cepemlant il n'en vit pas la fin^. Et maintenant voici la morale de la fable do Victor Hug-o. Si Eug-ène Rendncl n avait pas conservé avec soin tous ses papiers et s'il ne les eût remis en bonnes mains, sa mémoire serait restée charg-ée de l'accusation infa- mante dirig-ée contre lui par le poète. La belle affaire après tout que l'honneur d'un homme! Et Victor Hugo était-il donc pour s'inquiéter d'une telle misère? De mi- ni mis non ciii'ctf Victor. En dépit des colèresde Victor Hugo contre M. 'd'Arg-out et de son long ressentiment, le ministre de 1882 lui avait rendu service en interdisant son drame. On le vit bien, cinquante ans plus tard, le .soir de la deuxième repré- sentation du Roi s'amuse, le22 noveiidn-e 1882. Le poète était alors à l'apogée de sa gloire ; on ne le combattait plus, on ne le discutait plus. Tous les spectateurs s'étaient rendus au Théàtre-Françai-s pour l'applaudir, pour l'ac- clamer, avec le ferme propos de racheter par leurs bravos mille fois répétés les injures d'antan, les sifflets d'autre- fois. A la monarchie, d'ailleurs, avait succédé la répu- blique, et, ce soir-là, dans la salle, aux loges comme au parterre, au balcon comme à l'amphithéâtre, tout le monde était plus ou moins bousingot. Ce que fut cette soirée, on se le rappelle. A mesure que se déroulait la pièce, la déception, l'étonnement , la stupeur allaient grandis- sant. Les avaient peur d'eux-mêmes. Les vers tondjaientau milieu d'un .silence morne, respec- I. Le Romantisme el l'édileur Rendue!, par Adolphe Jullien, cil. IV. LE ROI S'AMUSE 75 tueux, navré, plus cruel cent fols que les colères et les huées de 1882 . Ah ! j'imagine que parmi les survivants de i83o, parmi ceux qui avaient appartenu aux vieilles bandes d'IIernani et qui conservaient encore, précieuse relique, le petit carton roug-e sombre, marqué de lagriflc Hierro, aveclequel ils étaient entrés dans la sallele 20 fé- vrier i83o, plus d'un a dû être tenté de s'écrier Mais sifflez donc, malheureux ! Bourg-eois et philistins, sifflez donc, à la fin ! Sifflez, pour que nous puissions applaudir, pour que nous puissions nous lever et nous battre, pour qu'il ne soit pas dit que notre vieux maître ne soulève plus les orag"es, que ses hardiesses n'ont plus le don d'irriter, que ses audaces n'ont plus le don d'émouvoir, que ses tempêtes ne sont plus que des bonaces , et qu'enfin sa pièce est morte ! Elle est morte, en efl'et, et bien morte. Triboulet n'a jamais eu de femme ni de lille. Diane do Poitiers, fille de Jean de Poitiers, comte de Saint- Vallier, n'a pas été la maîtresse de François I*^''i. Le drame his- torique de Victor Hug-o repose donc tout entier sur une fable. Mais ce n'est pas seulement la vérité de l'histoire qui est foulée aux pieds dans /o, écrivait M. en i83k n'ont fait que renchérir sur les drames à la suite desquels ils sont venus, 1. La Quotidienne, 11 février 1833. 2. Correspondance de Gœllie avec Zclter. 3. La prouiiùre représentation de la Tour d? Nesle eut lieu, à la Porte le '2'. mai 1832. LUCRÈCE BORGIA 80 hurlant là où ceux-ci n'avaient fait que crier, empoison- nant par masses là où ceux-ci s'étaient contentés d'em- poisonnements individuels, mettant toute l'action dans le spectacle là où ceux-ci en avaient fait deux parts à peu près ég-ales, imitant ou exag'érant,deux choses dont l'une est la conséquence de l'autre 1. » Ce qui appartient en propre à Victor Hug-o, c'est cette antithèse perpétuelle de deux éléments contraires, dont il a déjà tant abusé et qui reparaîtra maintenant dans toutes ses œuvres. Il prend ici la difformité niorale la plus hideuse, la plus repoussante, la plus complète' », etdans ce monstre, dansLuci'èceBorg-ia, il met une mère, comme il a mis un père dans cet être difforme et misérable, Ti'i- lOulct, — un amant dans cet autre monstre, Quasimodo, — une vierg-e dans cette courtisane, Marion de Lornie. A se répéter ainsi, à donner pour base et pour support à ses romans et à ses pièces de théâtre la même thèse, — et la même antithèse, — l'auteur s'exposait à être accusé de manquer d'invention, d'être dépourvu du génie créateur. Cette thèse n'avait-elle pas, de plus, le tort d'être con- traire à la nature et à la vérité humaine, d'ôter au drame cette vraisemblance qui est la vérité dramatique? N'avait- elle pas enfin cela contre elle d'être immorale ? La leçon, dit très bien M. Saint-Marc Girardin, la lec;on qui sortait de la tragédie ancienne, telle que l'avait conçue Racine dans sa Phèdre, c'était l'idée qu'il ne fallait qu'une seule mauvaise passion pour perdre une âme; leçon austère et dure, qui fait trembler l'homme sur sa fragilité et qui lui inspire un scrupule et une surveillance perpétuelle; leçon die-ne d'un siècle chrétien et dii-ne d'un élève de Port- 1. Revue de Paris, t. XXV, p. 313. 2. Préface de Lucrèce Borgia. 90 VICTOR HUGO APRES 1830 Royal, comme était Racine. La leçon morale cfni sort de nos drames modernes, c'est qu'il ne faut qu'une seule ]onne qualité pour excuser beaucoup de vices; leçon in- dulgente et qui met le cœur de l'homme fort à l'aise *. » En tète de Lucrèce Borgia, Victor Hug-o a écrit ces lignes L'auteur de ce drame sait combien c'est une grande et sé- Heuse chose que le théâtre. Il sait que le drame a une mission nationale, une mission sociale, une mission humaine. Quand .il voit chaque soir ce peuple si intellisj-ent et si avancé, qui a fait de Paris la cité centrale du progrès, s'entasser en foule devant un rideau que sa pensée, à lui chétlf poète, va soulever le moment d'après, il sent comhien il est peu de chose, lui, devant tant d'attente et de curiosité; il sent que si son talent n"est rien, il faut que sa probité soit tout; il s'interroge avec sévérité et recueillement sur la portée philosophique de son œuvre, car il se sait responsable et il ne veut pas que cette foule puisse lui demander compte un jour de ce qu'il lui aura enseigné. Le poète aussi a charge d"àmes. Il ne faut pas que la multitude sorte du théâtre sans emporter avec elle quelque moralité austère et profonde. Le poète a charge d'âmes, il se sait responsable . il saitqu'd a une mission nationale, une mission sociale, une mission humaine; et pour remplir cette triple sion, il écrit Lucrèce Borgia! Il dénonce TEg-lise à la haine et au mépris delà foule, comme tout à l'heure il lui dénonçait la royauté! Il étalesoussesyeux, pendant trois, heures, les crimes les plus exécrables, le viol, l' l'empoisonnement, l'assassinat^ et montrant au peuple cet amas de hontes et de scélératesses, il lui dit Voilà rÉg-lise romaine! Voilà le Saint-Père! Voilà le Pape, et ses fils et sa fdle ! » De tels crimes, s'ils ont vraiment existé, relèvent de 1. Cours de littcralure dramatique, i- I, p. 32i. LUCRÈCE BORGIA 91 riiistoire; à elle de les raconter et de les flétrir, dcn tirer, pour ses lecteurs, des cnscig-nements et des leçons. Les traduire sur la scène, les jeter en pâture à une multitude ignorante, c'est flatter ses plus mauvais instincts, éveiller, exciter ses plus basses passions. Et si l'auteur, si le poète Lafoue ainsi la relig-ion,en un moment où l'ag-itation est dans les esprits, où les croix abattues ne sont pas encore relevées, où les ég-lises saccag-ées sont encore en deuil, s'il fait cela, le poète fait une lâche action! Sur ces crimes, d'ailleurs, lalnmière a été faite ; l'his- toire a prononcé. Le protestant William Roscoe, dans sa Vie de Léon X^, que Victor Hugo am^ait pu lire, puis- qu'elle avait été traduite dès 1808 ; le protestant Ferdi- nand Grcg-orovius, dans ses deux volumes sur Lucrèce Borf/ia ^, ont déchargé sa mémoire des ci^imes que lui avaient imputés ses ennemis. La vérité est qu'elle ne fut ni un ange ni un démon, beaucoup plus éloignée du démon qu'elle ne l'est de l'ange ». Le mot est de Paul de Saint-Victor ^. Les pièces d'archives réunies en dernier lieu par l'historien Gregorovius, si elles n'ont pas dissipé toutes les ombres amassées .par la légende autour de la sœur de César Borgia, éclairent cependant d'un jour fa- vorable la figure de celle cjue le loyal serviteur », ce vertueux et naïf historien de notre Bayard, appelle la bonne duchesse ». — La bonne duchesse, dit-il, à propos de l'entrée de son héros et de ses compagnons d'ar- mes dans la ville de Ferrare, après la prise de Bastei, la d. Vie et Pontificat de Léon X, 4 vol in-4. Londres, I8O0; ira luitspar P. F. Henry. Paris, 1808-1816, 4 vol. in-8. —\o\. à h» lin du tonicl", la Disse/ tntion sur Ip caractère de Lucrèce Borgia. 2. LUCREZIA BORGIA, nacli Vrluinden iind Correspondenzen ilirer eigenen zeit, — par Fcrdiujuid Giegororius. Stutt{;aid, 1875. — Traduit en français par M. l'atil Koj^naud. Paris, 1876, deux vol. in-8. ;. Victor liu'jo, pai'Paul de SainL-Vidor, jt. 70. 92 VICTOR HUGO APRÈS 1830 bonne duchesse, qui était une perle en ce monde, fît aux Français merveilleux accueil, et, tous les jours, leur fai- sait festins et banquets, à la mode d'Italie, tant beaux que merveille. Bien ose dire que, de son temps ne devant, ne s'est point trouvée de plus triomphante princesse, cai' elle était belle, bonne, doulce et courtoise à toutes g^ens; et rien n'est plus sûr que, quoique sou mary fust un prince sadg-e et vaillant, ladite damcluy a rendu bonset grands services par sa g-racieuseté i. » III Cinquante ans s'étaient écoulés depuis la première re- présentation de Lucrèce Bovgia, depuis cette soirée du 2 février i833 où, dans la salle du palais Neg-roni, dona Lucrezia, montrant les cinq cercueils rang-és devant la porte, disait Voici le tien, Jeppo Maffîo, voici le tien; Oloferno, Apostolo, Ascanio, voici les vôtres! » et où Gennaro, s'avançant vers elle, s'écriait Il en faut un sixième, Madame! » Le i3 mai i883 un cercueil sortit de la maison de Victor Hug-o et se dirig-ea vei's le cimetière, suivi d'un long- cortèg-e, mais sans prêtres, sans péni- tents blancs et noirs », sans psaumes et sans chants d'ég-lise. C'était le cercueil de la princesse Neg-roni 2. 1. Le loyal serviteur. Histoire du bon chevalier, le seigneur de Bayard, ch. xliv. 2. On lit dans le Temps du lundi 14 mai 1883 Les obsèques civiles de M"» Drouet ont été célébrées celte après-midi, au milieu d'un important cortège de notabilités artistiques et litté- raires. Les amis du grand poète étaient venus nombreux, tenant à témoigner par leur présence des regrets unanimes causés par la perle de celle qui fut sa compagne dévouée pendant plus de cinquante ans... Dans le grand salon du rez-de- chaussée se tenaient MM. Kock, neveu de la défunte, M™^ Lockroy, le jeune Georges Hugo, MM. Yacquerie, Paul Meurice, Lesclide, qui rece- vaient les invités. Le grand poète, accablé par la douleur, a fini LUCRÈCE BORGIA 93 Il me faut ici demamlev pardon au lecteur de lui par- ler de ces choses ; mais suis-je libre de ne pas le faire ? Victor Hui^'o a eu de nombreux historiographes, dont quelques-uns sont de sa famille, dont les autres ont écrit sous sa dictée. Tous, — M. Alfred Asseline, M. Alfred Barbou,M. Gustave Rivet, ]\[. Richard Lesclide, M. Char- les Monselet, — ont parlé long-uement de l'actrice qui, sous le nom de M"*" Juliette, a joué, dans Lucrèce Bor- fjia, le rôle de la princesse Neg-roni ; de la femme qui, sous le nom de ]M"'*^Drouet,a été, pendant un demi-siècle, la compagne de Victor Hugo; qui, à partir de i833, la suivi dans tous ses voyag-es*, qui fut la consolatrice et rinspiratricede son exil ^, — le porte-sceptre du grand homme, sa Béatrice inoubliable ^ », — qui a toujours été charg-ée, dans la maison du Maître, du département des invitations * ». L'ami du premier degré à qui nous devons ce dernier renseig-nement ajoute, avec une émo- tion qu'il ne cherche pas à cacher Détail touchant Pliiléinon et Baucis avaient chacun son rond de ser- viette"'. » Un écrivain que je ne confonds pas avec M. Barbou et .ses émules, M. Jules Clai^etie, de l'Académie française, écrivait, au lendemain delà mort de M™eDrouet, que .son nom était inséparable de celui de Victor Hug-o. Elle demeurera, disait-il, associée dans l'histoire littéraire par consentir, sur les instances de ses amis, à ne pas suivie le convoi de M™' Drouet, bien qu'il en eût manifesté vivement le désir... Le cortège s'ébranle peu à peu, suivi par une foule énorme, l'endant les préparatifs du convoi, Victor Huyo s'est tenu dans ses appartements, au premier étage. » 1. Propos de table de Vicier Hugo, recueillis par Ricliard Les- clide, p. 132. 2. Victor Hugo chez lui, par Gustave Rivet, p. 12. 3. Victor Hugo itttime, par Alfred Asseline, p. 283. 4. Pelils mémoires littéraires, par Charles Monselet, p. 180. 5. lbid.,\>. 183. Vi VICTOR HUGO AFRl-S 1830 à rimpérissable souvenir du graiiil poète... M'" Juliette Drouet, assise d'ordinaire, en ce p'tit IkMcI de lavenue d'Eylau, devenue l'avenue Hugo, au coin droit de la cheminée, en face de Victor Hugo !M'"e Drouet apparais- sait là souriante, le profd antique, la chevelure superbe, plus belle peut-être dans sa vieillesse qu'elle ne l'avait été, même lorsque Pradier, le statuaire, sculptait ses traits pour en faire cette statue de Strasbourg- qui se dresse sur la place de la Concorde ^ . » Je reviens à l'année i833. En i833, dit M. Robert Lesclide^ M'^" Drouet était eng-agée au théâtre de la Porte- Saint-Martin, où Victor Hug-o allait faire représenter Lucrèce Borgia. Le rôle de Lucrèce appartenait naturelle- ment à iM"6 Georg-es. L'auteur ne trouvait pas le rôle de la princesse Negroni dig-nc d'être offert à M''*^ Drouet. Harel exposa ses scrupules à sa belle pensionnaire, qui prit une voiture et se rendit chez l'auteur. Elle lui demanda le rôle et l'obtint -. » M"e Juliette avait alors ving't-sept ans. Elle s'appelait de son vrai nom Julienne Gauvain 3. Drouet ne fut jamais 1. Jules Clarolie, La Vie à Paris en 1883, cli. xxi, intitulé .V"" Drouel. 2. Propos de table de Victor Hugo, recueillis par Richard Lcs- clide. 3. Voici son acte de décès, extrait des minutes des actes de l'Etat civil du XVI» arrondissement de Paris L'an 1883, le M mai. à trois heures du soir, acte de décès de Julienne-José- phine GAUVALW, dite Juliette Drouet, âgée de soixante-dix-sept ans, sans profession, née à Fougères Illc-et-Vilaine, décédée à Paris, avenue Victor-Hugo, 50, ce matin à quatre heures ; lille do Julien Gauvain et do Marie Marchandet, décédés; célibataire. Dressé par nous, Albert Poirson, adjoint au maire, officier de l'état civil du XVI" arrondissement de l^aris, sur la déclaration de Louis Kock, âgé de quarante- sept ans, professeur au lycée Saint-Louis, à Paris, rue Saint-Sulpice. 27, neveu de la défunte, et de Léon Trébuchet, âgé de cinquante ans, secrétaire chef des bureaux de la huitième mairie, à Paris, rue d'Anjou, 11, qui ont signé avec nous après lecture. » LUCRECli BORGIA 9o pour elle qu'un nom de g-uerre, le nom d'un général dont elle se disait la nièce. Après avoir paru à Bruxelles sur le théâtre de la cour, elle était venue à Paris, et elle était entrée à la Porte-Saint-Martin, où elle joua, pour son début, le 27 février i83o, le rôle d'Emma, dans l'Homme du monde, drame de MM. Ancelotet Saintine. En i83i , elle fit partie de la troupe de l'Odéon, et parut dans le Moine, de Fontan, le Jeune Prince, de Merville, l'Homme au masque de fer, d'Arnould et Fournier, la Catherine II, d'Arnould et Lockroy ^. Elle revint, en 1882, à la Porte-Saint-Martin, où elle créa le rôle de Térésa, dans la pièce d'Alexandre Dumas, et le rôle de la marquise dans Jeanne Vaubernier ^ Si sou talent était pour quelque chose dans son succès, sa beauté y était surtout pour beaucoup. Aussi l'Artiste, en pu- bliant son portrait par Léon Noël, disait-il qu'elle avait besoin d'études sérieuses », qu'il lui fallait faire l'ap- prentissag"e du métier » ; puis il ajoutait Quelques-unes de nos actrices peuvent peut-être disputer à Mlle Juliette le prix de la beauté; mais aucune n'a cette pureté, cette jeunesse, cette naïveté de contours, qui rappel- lent les statues grecques, et à la fois cette poéti[ua physiono- mie qui fait comprendre les héroïnes de Shakespeare. Aussi M. Léon Noël a-t-il le regret de n'avoir pu fixer sur la pierre cette physionomie tour à tour passionnée et fatale, spirituelle et mordante. Il y a des limites à l'art, et les plus belles tètes de Van Dyck ne parlent pas. Lawrence seul aurait peut-être su rendre ces traits suaves et }urs s. Dans Lucrèce Borgia, M"'' Juliette n'avait que deux mots à dire et ne faisait {ue traverser la scène. Son \. L'Odéon, par Paul l'orol et Georges Monval, t. II, pp. loj, 156, 157. 2. i Artiste, 1832, t. IV, p. 224. 3. L'Artiste, lue. cit. 96 VICTOR HUGO APRES 1830 Tlu'ophileGautier, étaitcriin caractère et d'un g-oût ravissants une robe de damas rose à ramages d'arg-ent, des plumes et des perles dans les cheveux ; tout cela d'un tour capricieux et romanesque comme un dessin de Tempeste ou de délia Bella. On aurait dit une cou- leuvre debout sur sa queue, tant elle avait une démai'che onduleuse, souple et serpentine. A travers toutes ses grâces, comme elle savait jeter quelque chose de véné- neux ! Avec quelle prestesse inquiétante et railleuse elle se dérobait aux adorations prosternées des beaux seig-neurs vénitiens 1 ! » A quelques mois de là, le 27 juin i833, M. Pierre Foucher, père de M™e Victor Hug-o, écrivait de Rennes à sa belle-sœur, M'"e Asseline ... J"iu hésité à vous prier de me tenir au courant d'une chose qui nie revient souvent en tète, à cause d'Adèle. Vous .savez, cette dame, la belle dame delà Porte-Saint-Martin, qui, dans ses projets de réforme, a quitté son grand appartement pour un plus modeste, la princesse Negroni enfin ; cela donne- t-il toujours des inquiétudes à Adèle? Où en est la conversion de la princesse? Je voudrais bien que la liaison qui continuait lors de mon départ se terminât, et que ce fut à la satisfaction de ma fille. Il est bien entendu que tout ce que vous m'écririez sur ce chapitre serait de vous à moi seulement -. Le 9 juillet, au reçu desrenseiefnements qu'il a deman- dés, M. Foucher répond Mille remerciements devosdétails sur la princesse Negroni. Je suis bien aise qu'Adèle soit tranjuille et ipi'elle ne démente pas sa conduite ^. En vain les amis de Victor Hug-o allaient frapper à sa \. Théophile Gautier, Porlrails contemporains, p. 380. 1. Victor Hugo intime, par Alfred Asselme, p i'2. — M. Asseline était le cousin germain de Victor Hugo. 3. Ibid., p. 43. LUCRECE BORGIA 97 porte; on ne le pouvait plus voir. Sainte-Beuve écrit à Victor Pavie, le i5 juillet i833 Je n'ai pas vu Hug-o depuis deux mois, en vérité, ou plus ; on a peine à le découvrir, même ceux qui vont chez lui. » David d'An- g-ers écrit, de son côté, à Pavie Je vois quelquefois Hug'O, mais rarement; il est si difficile de le trouver chez lui. Il n'y vient plus que pour les heures des repas. Pauvre Mme Hug-o!... On dit qu'il va prendre la direction du théâtre del'Odéon. N'est-ce pas une de ces idées qui ne viennent à un homme comme Hugo que quand il est poussé par son mauvais génie? Comme une liaison avec une femme perverse peut changer l'or en plomb! Mais j'espère qu'un jour son âme nohle comprendra qu'il ne doit pas tom- ber si bas, et alors nous aurons des pages brûlantes d'amer- tume contre le genre humain, quand sa plume se plongera dans le fiel. Il était si naïf, si plein de candeur quand nous l'avons connu, avec son âme ardente et sa tète d'homme d'ac- tion ! La lutte du romantisme ne lui suffisait pas ; il lui fallait entrer dans la vie. Il y est enlacé comme Laocoon. Malheu- reusement il voit un côté bien vil de l'espèce humaine . Le bruit mentionné par David d'Angers était exact. Victor Hugo voulait avoir un théâtre à lui, pour y faire Jouer ses pièces et pour y donner une place à M^'^ Juliette. Victor Pavie lui écrivit à ce propos, comme il l'avait fait en i83i dans une circonstance à peu près semblable, et il en reçut la réponse qu'on va lire Paris, 20 juillet i833. Personne ne me comprend donc, pas même vous, Pavie, vous que je comprends pourtant si bien, vous dont l'âme est si élevée et si bienveillante? Cela est douloureux pour moi. J'ai publié, il y a six semaines, un article dans l'Earopi' littéraire. Lisez le paragraphe qui se termine par Dens cen- 1. Cartons de Victor Hugo correspondance David d'Anger?. LiHlie du G juillet 1833. communiqué ne trompa personne. ^M"*^ Juliette avait it'ussi dans le rôle de Neg-roni, qui était prcs- jiie un rôle muet; le rôle de Jane, que le poète avait ce- pendant écrit pour elle, l'écrasa. La Revue de Paris disait à quelques jours de là Quant à Marie Tudor, ce drame si diversement j ug-é a du moins le succès positif des recettes. La pièce a d'ailleurs g'ag'né à un change- ment d'actrice. Celle qui remplissait le rôle de Jane l'a cédé, ce qui l'a beaucoup indisposée, dit-on, à M^'^ Ida^, dont le talent, à la fois énergique et g-racieux, rendrait Roméo lui-même infidèle à Juliette'*. » Victor Hug-o, du moins, lui resta fidèle. Lorsqu'il publia 1. Le Consiilulionnel , 11 novembre 1833. — Provost jouait le rôle de Simon Renard; Delafosse celui de Fabiano Fabiani, et Chilly le rôle du Juif. 2. Gazette de France, 10 novembre 1833. 3. M"*^ Ida Ferrier de son vrai nom Marguerite-Josépbine Ferrand avait créé avec succès, le G février 183J, le rôle d'Amélie Delauuay, dans Térésa, drame d'Alexandre Dumas et Anicet Bourgeois. Elle épousa .\lexandre Dumas le o février 1840. Elle est morte à Gènes le 11 mars 1839. {Voy. Dumas intime. — Ida Ferrier, par Charles 4. Revue de Paris, t. LVI, p. 204. MARIE TUDOR 103 son drame chez Eugène Rendue!, 11 y joig-nlt cette note, datée du 12 novembre M"e Juliette, quoique atteinte à la première représentation d'une indisposition si g-rave qu'elle n'a pu continuer déjouer le rôle de Jane les jours suivants, a montré dans ce rôle un talent plein d'avenir, un talent souple, g-racieux, vrai, tout à la fois pathétique et charmant, intelligent et naïf. » S'il se refusait à recon- naître que rinsuffisance de M'i" Juliette avait été pour quelque chose dans l'insuccès de 3/rtr/e Tiidor, on pense bien que Victor Hug-o était encore moins disposé à con- fesser que les défauts de son drame étaient pour beaucoup dans son échec. Il a préféré l'attribuer tout entier à une trahison du directeur, M. Harel. Ce dernier, — le poète n'en disconvient pas, — avait monté la pièce avec tout l'éclat possible; il avait commandé les plus riches décorse les costumes les plus magnifiques i. Cette grosse dépens, accomplie, il en avait fait une autre; il avait payé les g-ens pour siffler"^. Est-ce croyable? Harel était-il si sot que de se ruiner ainsi de g-aieté de cœur? Et quelle expli- cation Victor Hugo donne-t-il de cette étrange conduite? Oh! mon Dieu, l'explication est bien simple. Harel pré- férait aux drames de Hug-o ceux de Dumas. Il était amou- reux à ce point du talent de l'auteur d'Anfony et si pressé de jouer de lui une nouvelle pièce qu'il n'avait pas hésité à imiter cet amant dont parle La Fontaine, Qui liiùlo sa maison pour embrasser sa dame, L'emportant à travers la ilamme. Le fabuliste ajoute J'aime assez ei't eiiiiiDiiiMiii'iil ; Le conte m'en a pin toujours inJiniment ''. 1. Victor Ihtf/o raconte, t. II, p. iliî. 2. Ibid., pp. 417 et suiv. 3. La Fontaine, le Mari, la Femme el le Voleur. 104 VICTOR HUGO APRÈS 1830 C'est un conte ég-alement que nous fait ici Victor Hug-o. Personne ne sera assez naïf pour y croire. Pas n'est besoin d'aller chercher si loin la cause de l'insuccès de Marie Tudor. Cette cause, on la trouve dans la pièce elle-même. Lucrèce Borg-ia appartient plus à la lée^ende c[u'à l'histoire. Ce n'est pas un de ces per- sonnasres de plein jour et de premier plan qu'il est inter- dit de refaire. Il n'en va pas de même de la reine d'An- gleterre, de la fille de Henri VIII. Pas un trait de sa phvsionomie, pas un acte de sonrèg-nequi n'ait été éclairé d'une vive et complète lumière. Faire de cette reine, à qui ses ennemis eux-mêmes ont toujours reconnu une piété sincère et des mœurs irréprochables, — millier sans pia, moribusque castissimis, dit le protestant Godwin ', — faire de Marie Tudor une Messaline, c'est mentir à l'histoire plus que cela n'est pei-mis, même à un faiseur de drames. Je sais bien que cette méconnaissance de la vérité n'était pas pour choquer beaucoup, en i833, le public de la Porte-Saint-Martin; mais le cai'actère de Marie Tudor dans la pièce de Victor Hug-o ne pèche pas moins contre les convenances de l'art que contre celles de l'histoire. L'auteur ne se contente pas d'en faire une femme dissolue, il en fait une dévergondée, qui s'affiche devant toute sa cour, qui étale le scandale de ses amours 1. Godwin, 123. — Un autre écrivain protestant, Camdem, rend le même témoignage aux vertus et à la piété de Marie Tudor Princeps apud uinnes ob MORES pielatem in pauperes, Liberalilatem in nobiles algue ecclesiasticos nun^juam salis laudala. — Il est reconnu, a dit, de son côté, l'historien Lingard, que sa réputation était au-dessus de tout reproche, et lui avait gagné le respect universel, même celui de ses plus vio- lents ennemis. Les dames de sa maison imitèrent la conduite de leur maîtresse, et la décence de la cour de Marie a souvent été citée avec éloge par ceux qui déploraient la dissolution qui régna dans celle de son successeur. » Histoire d'Angleterre, par le docteur John Llngard, t. III, ch. ix. MARIE TUDOR 105 et les emportements de sa passion devant l'ambassadeur même du prince qu'elle a publiquement accepté pour fiancé. Les autres caractères ne^ont pas moins faux. Fabiano Fabiani, le favori de la reine, a si peu de consistance que l'auteur s'en débarrasse pendant tout le dernier acte. On entend bien encore parler de lui, mais, quoique perso n- nag-e principal, on ne le voit plus. L'ouvi-ier Gilbert est un homme du peuple, — grand, héroïque, sublime, — et qui ne peut pas être autre chose, vous le comprenez bien, puisqu'il est un ouvrier. Quanta Simon Renard, l'ambassadeur de Charles-Quint, c'est un étrang-e diplo- mate, qui parle tout haut et qui n'a de secrets pour per- sonne, pas môme pour le bourreau. La fable du drame vaut les caractères. La reine aime un aventurier italien, Fabiano Fabiani, le comble de faveurs et de titres, brave pour lui l'opinion de son peu- ple et la rébellion de ses seig-neurs. Fabiani séduit Jane, une pauvre fille du peuple, qui se trouvera à la fin, comme dans tout bon mélodrame, être l'héritière d'un grand nom et d'une g-ros-se fortune, la fille du dernier lord Talbot, décapité sous le roi Henri VIIL Quand la reine apprend qu'elle est trahie, elle veut que l'homme qui l'a trompée périsse, et, pour le pousser à l'échafaud, elle fait alliance avec l'ouvrier Gilbert, qui aime Jane et qui est prêtcà sacrifier .sa vie pour se veng-er de Fabiani. Il consent à l'accuser de régicide et à se dire son com- plice. Tous deux sont condamnés à avoir la tête tran- chée. Mais à peine la reine a-t-elle l'éussi dans son des- sein, qu'elle se ravise. A peine a-t-elle donné la tête de son Fabiani au bourreau, qu'elle veut la lui r'reudie. Tout à l'heure elle s'associait à riiomine du peuple, Gilbert, pour perdre son amant; maintenant, pour le lOG VICTOR HUGO APRÈS 1830 sauver, elle s'associe à la fille du peuple, Jane. Jane, elle aussi, a chang-é d'idée ; en même temps que la reine est revenue à son amour pour Fabiani, elle s'est reprise, elle, à aimer Gilbert, et c'est Gilbert qu'elle sauve, avec l'assistance de l'ambassadeur de Charles-Quint, pendant que la tète de Fabiano Fabiani tombe sous la hache du bourreau. C'est vainement que sur cette trame g-rossière, sur ce tissu de monstrueuses invraisemblances, le poète a semé les broderies de son style. Dans aucun de ses drames, l'action n'est plus dénuée d'intérêt ; dans aucun, les caractères et les situations ne sont d'une exagération plus outrée, d'une monotonie plus fatig-ante. Est-ce pour cela qu'il a eu recours, plus encore que dans ses pièces précédentes, à l'emploi des moyens matériels, à ceux qui s'adressent, non à l'âme du spectateur, mais à ses muscles et à ses nerfs? Dans Hernani, il avait mis un g-rand escalier ; il en a mis deux dans Marie Tiidor, un qui monte et se perd dans les frises, un autre qui des- cend et se perd dans le dessous. On ne voit ni d'où partent ces escaliers ni où ils vont ^. » Dans Marion de Loi'Die, le cortège des deux condamnés traverse le théâtre, et la foule se précipite sur leurs pas à grand bruit. Le bourreau est proche, mais on ne le voit pas. Dans Marie Tudor, le bourreau paraît dès le deuxième acte. Il entre, tête haute, dans le palais de la reine, vêtu de rouge et de noir, portant sur l'épaule une longue épée dans son fourreau ^ ». Dans Lucrèce Bor~ gia, on voit une vaste salle tapissée en noir, éclairée de quelques flambeaux, avec une grande croix d'argent au fond, et cinq cercueils rangés devant la porte. Dans 1. Marie Tudor, journée III, 2"^ partie. 2. Journée II, scène ix. MARIE TUDOR 107 Marie Tudor, le machiniste, — c'est le poète que je dire, — renchérit encore sur la salle de Lucrèce Borgia La salle est tendue de deuil d'une façon particulière le mur de droite, le mur de g-auche et le plafond d'un drap noir coupé d'une croix blanche; le fond, qui fait face au spectateur, d'un drap blanc avec une grande croix noire. Cette tenture noire et cette tenture blanche se prolong-ent, chacune de leur côté, à perte de vue... A droite et à g-auche, un autel tendu de noir et de blanc, décoré comme pour des funérailles. Grands cierges, pas de prêtres. Quelques rares lampes funèbres, pendues çà et là aux voûtes, éclairent faiblement la salle et les esca- liers. Ce qui éclaire réellement la salle, c'est le grand drap blanc du fond, à travers lequel passe une lumière rougeâtre commo s'il y avait derrière une immense four- naise flamboyante. La salle est pavée de dalles tumu- laires ^ » Au dénouement, la reine tire violemment le drap blanc du fond, qui, en s'écartant, laisse voir un balcon, et au delà de ce balcon, à perte de vue, dans une nuit noire, toute la ville de Londres splendidement illuminée 2. Corneille, après avoir écrit Polyeucte, se contentait d'indiquer ainsi le décor La scène est à Mélitène, capi- tale d' Arménie, dans le palais de Racine, après avoir écrit Phèdre, croyait pouvoir si' borner à cette phrase La scène est à Trézène, ville du Péloponèse. Et pourtant, faut-il ravouM" ? j'ai la faiblesse de pré- férer Polyeacte à Lucrèce Borgia et Phèdre à Marie Tudor. Voltaire raconte quelque part qu'un jour, à Lon- dres, dans une pièce nouvelle, un chevalier tout armé entra à cheval sur le théâtre. Quelqu'un s'éci-ia h Ah ! 1. Journée llf, 2» partie. 2. Jouvnée III, 20 partie, scène ii. VICTOR HUGO APRES 1830 ]o bel ouvrag-e ! on y voit passer un homme à cheval ! » Et Voltaire ajoute Ces g-ens-làne savent pas que quatre bons vers valent mieux qu'un régiment de cava- lerie. » II Dans la préface de Marie Tudor, Victor Hug-o dit qu'il a voulu poser larg-ement sUr la scène, dans toute sa réalité terrible, ce formidable triang-le qui apparaît si souvent dans Ihistoire une reine^. un favori, un bour- reau ». Mais ce triangle, Alexandre Dumas l'avait déjà posé dans Christine, sur la scène de l'Odéon, dès le 3o mars i83o. Rien n'y manquait, ni la reine, Christine de Suède, ni le favori, Monaldeschi, nile bourreau. Sen- ti nelli. Marie Tudor, a dit avec raison M. Blaze de Bury, n'est pas autre chose qu'un rifaciniento littéral de Cliristine ; la reproduction est même identique à ce point que les personnag-es se font vis à-vis la reine d'An- g-leterre et la reine de Suède, toutes deux les poing-s sur la hanche, se mesurant et s'affrontant ; Lady Jane reg-ar- dant Paula, et Fabiano Fabiani tirant sa révérence à Monaldeschi *. Et il se trouvait c{ue, que, pour accen- tuer encore les rapprochements, pour soulig-ner davan- tag-e l'imitation, les acteurs mêmes de l'Odéon allaient r.'paraître à la Porte-Saint-Martin Lockroy 2, Delafosse, 1. Henri Blaze de Bury, Alexandre Dumas, sa vie, soti temps, son œuvre, p. 39. 2. Lockroy jouait, dans Christine, le rcMe de Monaldeschi. Au cinquième acte, il se traînait aux pieds de la reine, et lui disait Je t'aime ! Je t'aime I Frappe -moi. Je t'aime ! Tiens voilà •Mon poignard. Knleods-tu ? Je l'aime! Frappe-là. C'est mon cœur. Frappe donc et venge-toi toi-mèmc, Ou je vais te redire encore que je t'aime. Lockroy ttalL lellement pressant à cet endroit ijue Dflpliine Marie tudor ioo Chilly, M"6 Georg-cs, la reine de Marie Tudor, comme elle avait été la reine de Cliristine.^'diSLii-û pas à crain- dre que Hug"o ne fût accusé d"avoir détroussé Dumas? Il fallait parer le coup, ou mieux encore le prévenir. Ce soin fut confié à un jeune journaliste, alors à l'entière dévotion de Victor Hug-o, M. Adolphe Granier de Cas- sagnac. Voici comment, dans son autobiog-raphie, l'auteur de Marie Tudor raconte les circonstances à la suite des- quelles il fut amené, en 1882, à faire entrer M. Granier de Cassagnac au Journal des Débats M. Granier de Cassagnac était de Toulouse, où il avait fait de bonnes études et où il avait été nommé professeur de litté- rature à la Faculté. Il vivait là, de son travail, faisant son cours deux fois par semaine, et employant le reste de son temps à la rédaction d'un journal libéral qu'il avait fondé, le Patriote, lorsqu'il avait reçu une lettre signée Victor Hugo. . Ce qui avait étonné un peu le jeune professeur journaliste, c'est que la lettre lui demandait de répondre, non chez M. Victor Hugo, mais chez un ami dont elle donnait l'adresse... On lui écrivit un jour qu'il n'avait plus besoin de son journal ni de sa chaire, qu'on lui avait obtenu à Paris, au secrétariat du ministère de la justice, upe place de 55oo francs... Alors il avait vendu son journal et donné sa démission, et s'était jrécipité vers la vraie patrie de la réputation. Aussitôt ,débar- qué, il avait couru au ministère, où l'on s'était moqué de lui, et où il avait reconnu qu'il avait été dupe d'une longue mys- tification. M. Victor Hugo, qui lut quelques articles du Pa- triote et qui les trouva fort remarquables, ne voulut pas que son nom restât comphce d'une perfidie faite à un honune de talent. Il donna à M. Granier de Cassagnac une lettre pour M. Bertin. Un des rédacteurs du Journal des Débats, M. de Bourqueney, partait pour une amlnissadc, M. de Cassagnac le remplaça L Bertin aîné, aux Roches, il y a environ six semaines. Voilà les faits à ma charge. Les faits à ma décharge, je ne vous les écrirai pas; je veux que vous fassiez pour moi ce que je faisais pour vous il n'y a pas deux jours, c'est-à-dire que vous les supposiez ou que vous les deviniez. N'oubliez pas cependant que vous seriez le plus injuste et MARIE TUDOR H3 le plus ingrat des hommes si vous croyiez un seul instant [ue je n'ai pas été pour vous, en celte circonstance, un bon et sincère ami. Je ne vous en écris pas davantage parce que, dans cette occasion, ce n'est pas moi qui vous dois une justification, mais vous qui me devez un remerciement. Mais je vous dirai tout quand vous viendrez; dix minutes de causerie éclairciront mieux les choses \ne dix lettres. Ne croyez pas de moi ce que je ne croirais pas de vous. Victor HiGO. P. -S. — Je vous réserve deux stalles pour la première repré- sentation de Marie Tador. En voulez-vous davantage ' ? Trente ans plus tard, Victor Hug-o a senti le besoin le s'expliquer sur cet incident. Voici son plaidoyer tel {uenous le donne Victor Hugo raconté M. Bertin lui montra un jour, aux Roches, des épreuves qu'il rapportait du Journal des Débats. C'était un feuilleton de M. Granier de Cassagnac, très hostile à M. Alexandre Dumas et très vif pour M. Victor Hug-o. Comme on savait que M. Gra- nier était entré aux Débats sur la reconmiandation de M. Victor Hug-o, on aurait pu croire que M. Victor Hug-o avait inspiré Tar- ticle, et M. Bertin avait voulu lui en parler avant de le publier. M. Victor Hugo remercia M. Bertin, lui dit que M. Alexandre Dumas était son ami, son frère d'armes, que tout récemment en- core, à Lucrèce Borrjia, il l'avait trouvé plein de cordialité et d'effusion, et qu'il serait désolé d'avoir même l'apparence d'un tort envers lui. M. Bertin promit que le feuilleton ne passerait jas. La semaine suivante, M. Bertin ouvrant le Journal des Débats, que le facteur venait d'apporter aux Roches, Ht un ah ! le feuilleton y était ! il fit atteler et courut à Paris. M. Béuet 2, cliarg-é de faire le journal en son absence, manquant de copie, avait demandé s'il n'y avait rien de composé ; on lui avait dit qu'il 1. Ces deux lettres parurent dans ÏEurojic lilléj-airc du 14 no- vembre 1833. \ Et non Becqiiet, comme l'écrit le Témoin de la vie de Victor lluijo m VICTOR HUGO APRÈS 1830 V avait bien sur le marbre un feuilleton de M. Granier de Cassa- i^nac, mais que M. Berlin, la dernière fois qu'il était venu, avait dit de ne pas le donner jusqu'à nouvel ordre ; il n'avait pas vu là une défense absolue; n'ayant pas autre chose, il en avait par- couru unpassag-e qui lui avait semblé fort bienfait, et il l'avait inséré. — C'est, lui dit M. Berlin fort mécontent, que vous n'avez lu que le mal qu'on y dit de M. Alexandre Dumas; si vous aviez Iule bien qu'on y dit de M. Victor Hug'o, a-ous l'auriez jeté au panier. L'article était sig-né G. C. Il y eut des g'ensqui crurent que c'étaient des initiales de fantaisie et que l'article était de M. Vic- tor Hugo ; il y en eut bien plus qui le dirent. Les modérés re- connurent qu'il était de M. Granier de Cassag-nac et qu'il n'avait été que dicté par M. Victor Hugo. M. Berlin raconta dans les Débats la vérité et le désir vivement exprimé par M. Victor Hugo que l'article ne parût pas. Mais la calomnie était trop utile pour la lâcher au moment où M. ^'icto^ Hugo allait faire représenter un nouveau drame, et le mensonge fut maintenu et propagé par tous les ennemis du succès de Lucrèce Borr/ia-. Il y a dans ce récit l'affirmatioa très nette d'un fait très facile à vérifier. Daprès Victor Hug-o, M. Berfiii aurait raconté clans les la vérité, c'est-à-dire les faits tels que le poète les rapporte. Or, si l'on ouvre les Débats de i833, on constate que M. Bertin n'a rien raconté du tout. On trouve, en revanche, dans le nu- méro du 17 novembre, une lettre de M. Granier de Cas- sag-nac, adressée au rédacteur et de laquelle il résulte que les faits se sont passés tout autrement que ne le dit Victor Hug-o. Vous savez, Monsieur, écrit M. Granier de Cassagnac, quî .AI. Hugo n'est pour rien dans la publication de cet article, et 1. L'article rtait signé de la seule initiale G. et non des deux initiales G. G. 11 parut, non on feuilleton, mais dans le corps du journal, en troisième page. 2. Victor Hugo raconté, t. II, p. 412. MARIE TUDOR li;; que le hasard lui en ayant fait connaître l'existence, il a insisté auprès de vous longtemps et avec force, pour que cette publira- lion n'eût pas lieu. Mais de même que je l'avais écrit parce [u'il Hait selon ma conscience de l'écrii'e, vous l'avez inséré parce L Granier de Cassag-nac, Sainte- lie uve écrivait à Victor Pavie La pièce de Hug-o a réussi avec un orage dû à Julicltc, à Dumas, à Bocage, à toutes les intrigues du drame et des cou- lisses. JuUetle a si mal joné put nous avons dtcidé Hikjo à 1. Journal des du 17 novoiubi-c 1833, ]G VICTOR HUGO Al'RES 1830 //// retirer le rôle. Un article dans les Débats, d'un ami de Hii^o contre Dumas, a irrité celui-ci contre Hugo et les Aoilà brouillés à jamais, et qui pis est avec scandale, ce qui déconsidère toujours la poésie '. Ce fut surtout l'auteur de Marie Tiidor que ce scan- dale déconsidéra. A l'exception du Journal des Débats et de r Europe littéraire, dont le g-érant, Capo de Feuil- lide, était un ami de M. Granier de Cassag-nac, tous les journaux prirent parti pour Alexandre Dumas contre Victor Hug-o. On lisait dans la Chronique de France, sous la signature d'Édouai'd Menncchet Au théâtre, M. Hug'o a rencontré un adversaire redoutable dans M. Alexandre Dumas. Croit-ildonc, en lâchant contre un tel rival les rocpiets littéraires dont il dispose, croit-il abattre une renommée qui le g-êne ? Et parce qu'il n'emploie pas des armes courtoises, espère-t-il triompher plus aisément ? Qu'il se détrompe. Le public, juge du combat, se range toujours du parti de la loyauté ^. La Revue de Paris disait de son côté La jeune littérature en serait-elle déjà aux discordes de César et de Pompée ? Un journal où se sont vidés tant de débats politiques et littéraires depuis trente ans a publié ces jours-ci un article qu'on pourrait comparer aux ordres du jour du vainqueur de Pharsale, qui recommandait à ses sol- dats de frapper l'ennemi au visage. Pour parler sans figure, on a écrit trois colonnes pour prouver que M. Alexandre Du- mas n'avait qu'un talent d'emprunt et de seconde main. Jus- qu'ici, M. Alexandre Dumas, qui avait répondu d'avance par ses succès, s'est contenté de répondre verbalement sur cet article Tout cela n'empêche pas jue lorsque le Théâtre- Français a vu qu'il y avait péril en sa demeure, il m'a dit, à moi, Dumas Sauvez-nous; et à l'autre Sauvez-vous '^ 1 » 1. Cartons de Victor Pavie correspondance Sainte-Beuve. 2. La Chronique de France, par Ed. Mennechet. Année 1833, p. 344. 3. Revue de Paris, t. LVI, p. 127. CHAPITRE VI ÉTUDE SUR MIRABEAU. — LITTÉRATURE ET PHILOSOPHIE MÊLÉES. CLAUDE GUEUX Une lettre de David d'Angers. — Mirabcau-Ilugo et Dumas-Bar- nave. — M. Lucas-Monligny. — Litlérature et Philosophie mêlées. — Victor Hugo etCorentin Royou. — Claude Gueux. — Le roman et l'Iiistoire. — La Revue de Paris et la Gazette des Tribunaux,— M, de Mongis. — Généalogie du Gamin de Paris. Au commenccmpntdc i834,le filsadoptif de Mirabeau, M. Lucas-Montigny, fit paraître les Mémoires hiogra- pliiqneS; politiques et lidéraires de Mirabeau, écr-ifs par hû-mêine. par son père, son oncle et son fils adoptif 1. Victor Hugo écrivit à cette occasion une étude développée sur le grand orateur de la Constituante. Elle fut imprimée et vendue à part, au mois de janvier i834^. C'est un morceau considérable, plein de mouvement et d'éclat, mais où la pensée, l'âme, la raison elle-même sont partout sacrifiées à l'image, aux effets de style, aux détails matériels. Un grand artiste, très admirateur de Victor Hugo, mais chez qui le génie s'alliait à un sens très juste, David d'Angers, écrivait à un ami, après une lecture de Y Etude sur Mirabeau Je viens de lire V Eloge de Mirabeau... L'ouvrage de Hugo 1. 8 vol. in-P. Paris, 1,S;i. 2. Élude nir Mirubmu. Paris, Cuyot et Canel, 1834, in-8. 118 VICTOR HL'GO APRÈS 1830 est peut-être trop brillant, les détails poétiques remportent trop sur les masses, qui seules sont faites pour impression- ner fortement, et qui seules restent dans Timag-ination. Les détails ne sont saisis que par les petits esprits et par les en- fants, qui ne peuvent pas être à la hauteur des g-randes pen- sées. Il me semble qu'un ouvrag-c de littérature doit ressem- ller à un monument, qui tire sa beauté du grandiose des lio-nes, ou à une belle femme, dont la beauté n'a pas besoin du secours des bijoux. C'est le défaut des modernes ; même le digne et admirable Michelet n'en est pas exempt. La mu- sique de Rossini accentue pour moi ce défaut. Les modernes ont l'air de ces charlatans qui font beaucoup de bruit afin d'attirer l'attention de la foule. N'est-ce pas que, quand nous avons vu Walter Scott, seul, il nous a paru bien plus g-rand [ue si nous l'avions trouvé entouré d'emblèmes mis auprès de lui pour expliquer son génie ? Encore une fois, il faut être sobre de détails. Cependant, quand ils sont placés à propos, ils peuvent donner de la force à l'idée principale; mais les détails n'indiquent jamais que la vie physique; les masses trailuisent et révèlent la vie morale '. Dans ce dédain pour les détails et pour la couleur, dans cette préférence donnée aux masses et aux grandes lignes, on retrouve, sans doute, le statuaire. La critique porte cependant, et il n' g-uère d'oeuvre de Victor Hug-o à laquelle on ne la puisse appliquer. L'Etude sur Mi- rabeau renferme, d'ailleurs, un autre défaut plus g-rave encore que celui sig-nalé par David d'Ang-ers. Incapable de s'oublier, de ne pas se substituer k tout propas au sujet qu'il étudie, l'auteur de Y Etude sur Mirabeau a peint, non Mirabeau, mais Victor Hug-o, et Victor Hug-o seul Toujours lui! lui partout'^ ! Il s'est vu, miré et copié lui-même, en quelque sorte, dans cette fig-ure toute marquetée et couturée, comme dans un miroir à 1. Lettre de David d'Anyers à Victor Pavic, 18 février 1834.— Cartons de Victor Piivie. 2. Les Orienta/es, xl. ÉTUDE SUR MIRABEAU 119 mille facettes 1. » C'est Sainte-Beuve qui dit cela. M. Ni- sard ne parle pas autrement L'histoire de la vie po- litique de Mirabeau est devenue l'histoire des tracasse- ries littéraires de M. Victor Hug-o. Les trente voix aux- quelles Mirabeau imposait silence, ce sont les ennemi^ littéraires de M. Victor Hug-o. M. Victor Hugo se con- templait, triomphait dans Mirabeau. Au moyen de lé- g-ères altérations historiques dont l'amour-propre ne se fait pas faute, M. Victor Hug-o a en quelque sorte dé- calque sur sa propre vie la vie de Mirabeau. C'est la même gloire en butte aux mêmes épreuves, le même génie harcelé par les mêmes myrmidons les noms seuls sont chang-és ~. » Au moment où V Etude sur Mirabeau fut écrite, au lendemain àcV échec Ae Marie Tudor, beaucoup refusaient à Victor Hug-o le g-énie dramatique, non les qualités du poète, mais celles de l'homme de théâtre ; le public, la foule, préféraient à ses drames ceux d'Alexandre Dumas. Et voilà pourquoi, sous couleur d'étudier et de peindre Mirabeau, Victor Hugo écrivait Et puis, et ceci est une tactique qui a été de tout temps in- variablement suivie contre les g-cnies, non seulement les hom- mes delà monarchie lisez les classiques, mais encore ceux de son parti lisez les romantiques, car on n'est jamais mieux haï que dans son propre parti, étaient toujours d'accord, comme par une sorte de convention tacite, pour lui opposer sans cesse et lui préférer en toute occasion un autre orateur lisez un antre dramaturge, fort adroitement choisi par l'en- vie en ce sens qu'il servait les mêmes sympathies politiques lisez littéraires que Mirabeau, Barnave lisez Dumas. Et la 1. Sainlc-Beuve. Portraits contemporains, édition do t8G, t. Il, p. 2;»4. 2. D. Nisard, M. Victor Hu'jo en 1S3G. [lierue de Paris, nou- velle série, t. XXV. 120 VICTOR IILGO APRÈS 1830 chose sera toujours ainsi. Il arrive souvent que, clans une épo- que donnée, la même idée est représentée à la fois, à des deçfrés différents, par un homme de génie et par un homme de talent. Cette position est une heureuse chance pour l'homme de talent. Le succès présent et incontesté lui appartient il est vrai que cette espèce de succès-là ne prouve rien et s'évanouit vite. La jalousie et la haine vont droit au plus fort. La médiocrité serait bien importunée par l'homme de talent si l'homme de génie n'était pas là; mais l'homme de génie est là, elle soutient l'homme de talent et se sert de lui contre le maître. Elle se leurre de l'espoir chiméri]ue de renverser le premier, et dans ce cas-là ]ui ne peut se réaliser d'ailleurs elle compte avoir ensuite bon marché du second; en attendant, elle l'appuie et le porte le plus haut qu'elle peut. La médiocrité est pour celui qui la gène le moins et qui lui ressemble le plus. Dans cette situation, tout ce qui est ennemi à l'homme de génie est ami à l'homme de talent. La comparaison qui devrait écraser celui- ci l'exhausse. De toutes les pierres que le pic et la pioche et la calomnie et la diatribe et l'injure peuvent arracher à la base du grand homme, on fait un piédestal à l'homme secondaire. Ce qu'on fait crouler de l'un sert à la construction de l'autre. C'est ainsi que vers 1790, on bâtissait Barnave avec tout ce qu'on ruinait de Mirabeau. Quant à lui, Mirabeau-Hugo, il entend bien ne pas laisser debout une seule pierre du piédestal de Dumas- Barnavc Barnave avait en propre l'ovation du mo- ment, le triomphe du quart d'heure, la g-loire dans la g-azette... — Barnave était de ces hommes qui prennent chaque matin la mesure de leur auditoire, qui tàtent le pouls de leur public, qui ne se hasardent jamais hors de a possibilité d'être applaudis, qui baisent toujours liuniblement le talon du succès, qui ont une faconde bien nivelée, bien plane et bien roulante, sur laquelle cheminent et circulent à petit bruit avec leurs divers bag-ag-es toutes les idées communes de leur temps; qui, de crainte d'avoir des pensées trop peu imprégnées de ratmosjihère de tout le monde, mettent sans cesse leur ÉTUDE SUR MIRABEAU 121 jug-cmcnt dans la rue comme un thermomètiT à leur fenêtre *. » Cette fois, pour éreinter son cher ami Dumas, Victor Hug-o n'avait point eu recours aux bons offices de M. Gi^a- nier de Cassag-nac II Le Journal des Débats a^-ant dit, dans son numéro du 17 janvier i834, que V Etude sur Mirabeau servait d'in- troduction à la publication de M. Lucas-Montig-nv, ce dernier protesta en termes assez vifs ; il écrivit au ré- dacteur Monsieur, une erreur dont il m'importe d'obtenir la recti- tification s'est glissée dans le feuilleton de votre numérod'hier 17. M. Victor Hui^o a eu, de mon consentement, connaissance de quelques chapitres de mes deux premiers volumes, qui ne contiennent qu'une partie de la vie privée; mais il n'a pas lu un mot des volumes qui comprennent la vie publique. Sa brochure, toute politique, et que je n'ai vue qu'en même temps que le public, n'est donc, ni de mon aveu ni en réalité, l'intro- duction de mon ouvrag-e. Quiconque aura lu seulement une page de celui-ci ne pourra conserver aucun doute à cet ég-ard. 18 janvier i834 ^. Au mois de mars i834, Victor Hug-o réédita Y Etude sur Mirabeau et la donna pour couronnement à ses deux volumes de littérature et Philosophie mêlées. Il in- diquait ainsi, dans sa préface, le bat de cette /ubli' cation Ces deux volumes, disait-il, ne sonl autre c/tose f/ue la rol- 1. Elude sur Mira/jeuu, p. 1!. 2. Journal des Débats, 1".» janvier 1834. 422 VICTOR HUGO APRÈS 1830 Jpriion complète àe tontes les notes que rautcnr, dans la route littéraire et politique qu'il a déjà parcourue, a écrites çà et là, chemin faisant, depuis quinze ans qu'il marche... En consul- tant les dates qu'on o eu soin de placer en tète de tous les fragments, ceux des lecteurs qui se plaisent à ces sortes de comparaisons, même lorsqu'il s'ae^it d'ouvrag'es aussi peu im- portants que celui-ci, pourront voir aisément à quelle œuvre de l'auteur, à quel moment de sa manière, à quelle phase de sa pensée, sur la société et sur l'art, se rattache chacune des divi- sions de ce livre... On y retrouve, de 1819 à i834, tous les changements de style et de pensée, toutes les modifications l'opinion et de forme, tous les élarg-issements d"horizon poli- tique et littéraire que les personnes qui veulent hien suivre le développement de son esprit ont pu remarquer en gravissant la série totale de ses œuvres... Il livre ce recueil au public en toute franchise et en toute confiance. Le premier de ces deux volumes ne contient que deux divi- sions; l'une a pour titre Journal des idées, des opinions et des lectures d'un jeune jacobite de 18 ig; l'autre Journal des idées et des opinions d'un rérolutionnaire de i83o. Le plus ancien de ces deux journaux surtout a besoin d'être lu avec une extrême indulg-ence, et sans que le lecteur en perde un seul instant la date de vue, 181 9. L'auteur l'offre ici, non comme une œuvre littéraire, mais comme un sujet d'étude et d'observation... Aussi, pour que cette partie du livre ait, du moins, le mérite de présenter une base sincère aux études de ce genre, a-t-on eu soin de l'imprimer sans g rien changer, absolument telle qu'on l'a recueillie, soit dans les publications du [temps, aujourd'hui oubliées, soit dans des dossiers de notes restées manuscrites "... Victor Hugo écrivait ces lig-ncs, il avait sur .sa table les bonnes feuilles de son livre. Je n'ai rien changé, lisait-il, à mes articles d "autrefois; » — et il y avait fait des chang-ements sans nombre, tantôt ajoutant, tantôt re- trancliant, modifiantici son style, là sa Je les ai 1. LilléraliiiY el Philo'>opliie mêlées, introiiuclioi LITTÉRATURE ET PHILOSOPHIE MÊLÉES 123 imprimés, ajoutait-il, tels que je les ai recueillis dans les publications du temps; » et, en les réimprimant, il leur avait fait subir des altérations qui en dénaturent parfois complètement le sens et la portée. Il insistait, dans sa préface, sur les dates qu'il avait soif/neusement placées en tête de tous les fragments. Que le lecteur ne perde pas un seul instant ces dates de vue! Et ces dates étaient presque toutes fausses. Il lui arrivait de donner quelquefois, avec la date de l'année, celles du mois et du jour ; et tout était inexact, le jour, le mois et l'an- née. Il allait jusqu'à dater d'avril 1820 et de décembre 1820, des morceaux écrits après i83o. Il appelait cela agir en toute franchise, fournir nne base sincère aux études des personnes cjui veulent bien suivre le déve- loppement de son esprit. La sincérité lui fait défaut, même dans les choses les plus insig-nifiantes, là où il n'a aucun intérêt à duper le lecteur. Il y a de tout, dit-il, dans ce journal, même des plans de trag-édie faits au col- lèg-e. » Et il donne, en effet, sous ce titre Pla?i de tra- gédie fait au collège, l'analyse détaillée d'une trag-édie dont Phocion est le héros. Avec une impartialité louable, il signale les côtés faibles de son plan, et il en fait ressor- tir les qualités avec une satisfaction lég-itime. Or, ce plan de trag-édie, œuvre de sa jeunesse, n'est pas autre chose que l'analyse faite par lui, dans la cinquième livraison du Conservateur littéraire^, de la trag-édie de Phocion, par Royou, frère de l'abbé Royou, rédacteur de l'Ami du roi, et beau-frère de Fréron, l'ennemi de Vol- taire, trag-édie jouée au Théâtre-Français le 16 juillet 18172. \. Le Conservateur lUtéraire, t. I, pp. 180-190. 2. Dans Victor Hiir/o avant IRHO, j'ai eu occusion lio sijiiialcr, avec preuves à l'appui, les principales allérutions que Victor lU VICTOR HUGO APRES 1830 Claude Gueux, qui suivit de près Littérature et Phi- losophie mêlées et parut au mois de juillet i834*, va nous fournir un nouveau et bien curieux témoignage de la façon véritablement étrange dont Victor Hugo, tout en affichant ses prétentions à l'exactitude la plus scrupu- leuse, n'a cessé de travestir les faits, de mettre partout, à la place de la vérité, la fantaisie, l'erreur et, pourquoi ne pas dire le mot? le mensonge. Comme le Dernier jour d'un condamné, Claude Gueux est un plaidoyer contre la peine de mort. Cette fois, il ne s'agissait plus, comme dans le livre de 1829, d'un assassin de fantaisie, d'un criminel imaginaire, créé de toutes pièces pour les besoins de la cause, mais d'un criminel pour de bon », d'un assassin en chair et en os, qui avait commis un vrai crime, qui avait été bel et bien exécuté sur la place publique de Troyes, et dont l'histoire se pouvait lire tout au long dans la Gazette des Tri- bunaux. Donc ici plus de poésie, plus de roman, plus de rêves; c'est sur le terrain de la réalité que l'auteur édifie sa thèse et bâtit sa plaidoirie. Il n'inventera rien, il se fera scru- pule d'altérer le moindre fait, le plus petit détail. Je dis les choses comme elles sont, écrit-il, laissant les lec- teurs ramasser les moralités à mesure que les faits les sèment sur leur chemin. » Claude Gueux est un ouvrier de Paris, que Victor Hugo nous présente en ces termes Claude était une figure Hugo avait fait subir ù ses anciens textes. Voy. chapitre v, pp. 174 à d. Claude Gueux a paru d'abord dans la Revue de Paris, t. Vil, lie l'année 1834, livraison du 9 juillet. LITTERATURE ET PHILOSOPHIE MELEES i2o dlg'ne et gTtivc. Il avait le front Iiaut, déjà ridé, quoique jeune encore, quelques cheveux gris perdus dans les touffes noires, l'œil doux et fort, puissamment enfoncé dans une arcade sourcilière bien modelée... C'était une belle tête. » Au moral, Claude est honnête, capable, habile, in- telligent, sachant penser... Il est doux... Cerveau bien fait, cœur bien fait. » Dans ce pauvre ouvi-ier, il y avait l'étoffe d'un puissant orateur Il parla debout, avec une voix pénétrante et bien ménag-ée, avec un œil clair, honnête et résolu, avec un g-este presque toujours le même, mais plein d'empire. . . Il eut des moments de véritable haute éloquence qui fai- saient remuer la foule... Dans d'autres instants, il était poli, choisi comme un lettré; puis, par moments encore, modeste, mesuré, attentif, marchant pas à pas dans la partie irritante de la discussion... » Voilà l'homme que la société a envoyé à l'échafaud. Comment cela a-t-il pu se faire? Victor Hug-o va nous l'apprendre. Claude avait une femme et un enfant. Un hiver, l'ouvrag-e manqua. Pas de feu ni de pain dans le g-aletas. L'homme, la femme et l'enfant eurent froid et faim. L'homme vola... De ce vol, il résulta trois jours de pain et de feu pour la femme et pour l'enfant, et cinq ans de prison pour l'homme. » Comme Jean Valjean, le héros des Misérables, ce mal- heureux Claude a volé sans doute un ou deux pains et deux ou trois fag-ots ; il a volé par vertu, par amour, fai- sant héroïquement le sacrifice de sa liberté ; c'est un vo- leur sublime. Quoi qu'il en soit, le voilà enfermé pour cinq ans à la maison centrale de Clairvaux. Tout natu- 126 VICTOR HUGO APRÈS 1830 rellement, cot homme qui a été un ouvrier modèle devient le modèle des prisonniers Claude Gueux, en prison, travaillait tout le jour... Le di- recteur des ateliers le reconnut bon ouvrier... Au bout de quelques mois, Claude avait acquis un ascendant singulier sur tous ses compagnons. Comme par une sorte de convention tacite, et sans que personne sût pounjuoi, pas même lui, tous ces hommes le consultaient, Técoutaient, Tadmiraient et l'imi- taient, ce qui est le dernier degré ascendant de l'admiration. Ce n'était pas une médiocre gloire d'être obéi par toutes ces natures désobéissantes. Cet empire lui était venu sans qu'il y songeât... Mettez un homme qui contient des idées parmi des hommes qui n'en contiennent pas, au bout d'un temps donné, et par une loi d'attraction irrésistible, tous les cerveaux téné- breux graviteront humblement et avec adoration autour du cerveau rayonnant. Il y a des hommes qui sont fer et des hommes qui sont aimant. En moins de trois mois donc, Claude était devenu ràmc, la loi et l'ordre de l'atelier. Toutes ces aiguilles tournaient sur son cadran. Il devait douter lui-même par moments s'il était roi ou prisonnier. C'était une sorte de pape captif avec ses cardinaux. Dans plus d'une occasion, lorsqu'il s'était agi d'empêcher une rébellion ou un tumulte, l'autorité sans titre de Claude Gueux avait prêté mainforte à l'autorité officielle du directeur. En effet, pour contenir les prisonniers, dix paroles de Claude valaient dix gendarmes. Claude avait maintes fois rendu ce service au directeur K Si vous croyez qu'une telle conduite, de si grands ser- vices rendus ont valu à Claude d'être bien traité, peut- être même de voir sa peine alarégée, c'est que vous êtes comme le bon public », et que vous n'y comprenez rien ». C'est précisément la bonne conduite de Claude qui l'a perdu ! c'est à elle qu'il doit d'avoir été g-uillotiné ! Victor Hug-o va vous faire toucher cela du doig-t. Aimé des prisonniers, Claude était détesté des geô- liers, cela est toujours ainsi. La popularité ne va jamais 1. Claude Gueux, p. 7, CLAUDE GUEUX 127 sans la dcfaveur. L'amour dos esclaves est toujours dou- blé de la haine des maîtres... La haine du directeur était en raison directe des services que lui avait rendus son prisonnier. Le directeur le détestait cordialement. II était jaloux de ce voleur. Il avait au fond du cœur une haine secrète, envieuse, implacal^le contre Claude, une haine de souverain de droit à souverain de fait, de pou- voir temporel à pouvoir spirituel. Ces haines-là sont les pires ^.. » Celle du directeur ne devait pas tarder à se satisfaire de la façon la plus cruelle. Doué des plus rares vertus et des qualités les plus hautes, Claude n'y mêlait pas un seul défaut; tout au plus eût-on pu sig-nalcr chez lui une petite infirmité il était grand mang-eur. C'était une particularité de son org-anisation. Il avait l'estomac fait de telle sorte que la nourriture de deux hommes ordi- naires suffisait à peine à sa journée. » Au lieu du pain de quatre livres, qu'il mang-eait à Paris, il ne recevait à Clairvaux qu'une livre et demie de pain et quatre onces de viande. La ration est inexorable. Il avait faim, il souf- frait; il n'en parlait pas. C'était sa nature ainsi. » Un jour, un jeune homme nommé Albin, pâle, blond, faible, » vintse placer près delui, tenant à la main sa ration, dont il lui offrit la moitié. Vainement Claude voulut résister; il dut céder enfin et accepter ce jour-là et les jours sui- vants. Ils partag-èrent, en effet, de la sorte tous les jours, Claude Gueux avait trente-six ans, et, par moment, il en paraissait cinquante, tant sa pensée habituelle était sé- vère. Albin avait ving-t ans; on lui en eût donné tant il y avait encore d'innocence dans le reg-ard de ce voleur. Une étroite amitié se lia entre ces deux hoiuines, 1. Claude Guciir, p. 9. 128 VICTOR HUGO APRES 1830 amitié de père à fils, plutôt que de frère à frère. Albin était encore presque un enfant; Claude était déjà pres- que un vieillard. Ils travaillaient dans le même atelier, ils couchaient sous la même clef de voûte, ils se prome- naient dans le même préau, ils mordaient au même pain. Chacun des deux était l'univers pour l'autre*. » Claude était heureux le directeur tenait sa veng-eance. Brusquement, brutalement, sans motif, il chang-ea Al- bin de quartier. Claude perdait son ami, en même temps qu'il se voyait enlever le supplément de ration qui lui était nécessaire. Il était frappé dans sa santé, atteint dans ses affections. Cet excellent directeur avait si bien visé qu'il avait fait coup double. Le lendemain et chaque jour, durant plusieurs se- maines, à l'heure où M. Delacelle c'était le nom du di- recteur faisait sa ronde dans l'atelier, Claude, son bon- net de g-rosse laine à la main, sa veste g-rise respectueu- sement boutonnée, le supplia de faire remettre Albin dans le même atelier. — Impossible! répondit M. Dela- celle, qui, bientôt même, ne daig-na plus répondre, se bornant à hausser les épaules. Les choses étant ainsi, Claude se recueillit, délibéra en lui-même pendant de longues heures, assis sur une pierre, les coudes sur ses g-enoux et le front dans ses mains, immobile, dans la même attitude »; puis, froidement, impartialement, en son âme et conscience, cet homme, cerveau bien fait, coeur bien fait », rendit son verdict. Le soir de ce jour, — ceci se passait en i83i, — il dit à M. Delacelle Nous sommes aujourd'hui le 25 octobre. Je vous donne jusqu'au 4 novembre. » Claude ne laissa pas passer un seul des neuf jours de g-rdce ac- 1. Claude Gueux, p. 0. CLAUDE GUEUX 129 cordés au directeur, sans l'avertir gravement de l'état de plus en plus douloureux où le mettait la disparition d'Albin. Cette long-animité devait rester sans résultat. Le 4 novembre arriva. Claude Gueux s'éveilla avec un visag-e serein. Ce matin-là, il travailla avec plus d'ar- deur qu'à l'ordinaire; jamais il n'avait fait si vite et si bien. Il parut attacher un certain prix à terminer, dans la matinée, un chapeau de paille que lui avait payé d'avance un honnête bourg'eois deTroyes, M. Bressier. » S'il devait mourir, — après avoir fait justice, — il ne voulait pas qu'il y eût la plus petite tache sur sa vie, le plus léger grain de poussière sur sa conscience. La justice, — la vraie, celle de Claude Gueux, — ne redoute pas la lumière; elle ne craint pas de montrer à tous sa face austère, aug-uste et redoutable ; et voilà pour- quoi, dans la salle de travail, lorsque les prisonniers furent réunis, Claude leur annonça qu'il allait tuer le directeur. Il leur exposa les motifs de sa détermination. Il attesta la conscience de ceux qui l'écoutaient Qu'il avait mûrement réfléchi, et à cela seulement, depuis deux mois ; qu'il croyait bien ne pas se laisser entraîner par le ressentiment, mais que, dans le cas que cela serait, il suppliait qu'on l'en avertît ; qu'il soumettait honnête- ment ses raisons aux /tommes justes qui l'écoutaient; qu'il allait donc tuer M. Delacelle, mais que, si quel- qu'un avait une objection à lui faire, il était prêt à l'écouter ^. » Pas une seule objection ne lui fut adressée. Le silence des quatre-vingt-un yV/s^es, qui formaient son audltoii-e, avait confirmé son verdict. Appelant l'un après l'autre ceux de ses compagnons qu'il aimait le plus aMès Al- 1. Claude p. t. t. I. 9 IM\ VICTOR HUGO APRES 1830 liin. il leur distribua tout ce qu'il posSklait en linge cf en vêtements. Puis il les embrassa tous, commanda qu'on se remît au travail et attendit. Neuf heures sonnaient à Thorlog-e delà prison, le directeur fit son entrée. Claude Gueux le supplia une dernière fois avec une voix qui eût attendri le dé- mon ». Le directeur fut inexorable. Claude alors sortit de son pantalon une hache, et, d'une main assurée, fen- dit la tète de sa victime ; trois coups assénés dans la même entaille lui avaient ouvert le crâne ; un quatrième lui coupa la fîg-ure en deux ; un cinquième lui fît à la cuisse droite une blessure profonde. M. Delacelle était mort. Jetant la hache et tirant de sa veste une paire de ciseaux, les ciseaux de sa femme », Claude se les enfonce dans la poitrine et tombe évanoui sur le ca- davre du directeur. ' Quatre mois et demi plus tard, le i6 mars 1882, Claude Gueux comparaissait devant le jury. Il eut une bonne attitude devant la cour. » Il prêta même son aide au président des assises. Aucun des témoins ne voulait déposer contre lui ; le président les menaçait en vain de son pouvoir discrétionnaire il fallut que Claude leur commandât de parler. Quand, par oubli ou par affection pour lui, l'un d'eux omettait des faits à .sa charg-e, il les rétablissait. Il accueillit l'arrêt qui le condamnait à mort sans forfanterie comme sans faiblesse, et se contenta de dii-e C'est bien. Mais pourquoi cet homme a-t-il volé? Pourquoi cet homme a-t-il tué? Voilà deux questions auxquelles ils ne répondent pas 1. Rentré dans la prison, il soupa presque gaiement. 1. Claude Guet x, p. 2^. CLAUDE GUEUX J31 Des offres d'évasion lui furent faites par les ]risonnicrs de Trojes, qui s'y dévouaient tous. Il refusa. L'exécu- tion eut lieu le 8 juin 1882. On avait choisi ce jour- là, parce que c'était jour de marché, afin qu'il y eût le plus de reg-ards possible sur son passag-e. » — Il monta sur l'échafaud g-ravemcnt, l'œil toujours fixé sur le g-ibet du Christ. Il voulut embrasser le prêtre, pujs le bourreau, remerciant l'un, jarlonnant à l'autre... Au moment où l'aide le liait sur la hideuse mécanique, il fit sig-ne au prêtre de prendre la pièce de 5 francs quil avait dans sa main droite, et lui dit Pour les pauvres. Comme huit heures sonnaient en ce moment, le bruit du befl"roi de l'horloge couvrit sa voix, et le con- fesseur lui répondit qu'il n'entendait pas. Claude atten- dit l'intervalle de deux coups et répéta avec douceur Pour les pauvres. Le huitième coup n'était pas encore sonné que cette noble et intelligente tète était tom- bée 1. » IV Je ferme maintenant la Revue de Paris de i834 et j'ouvre. la Gazette des Tribunaux de i832, ainsi qu'un intéressant volume de M. de Mongis, qui était substitut à Troyes à l'époque du procès de Claude Gueux 2. 1. Claude Gueux, p. 22. 2. Rér/wsifoires, Discours, etc., pnr M. de Mongis, ancien pro- cureur général, 2' édition, 1870. L'arliclo de M. de Mongis sur Claude Gî^t' avait paru en 183i. Dix-neuf ans plus tard, Victor Hugo tira vengeance de ce vieil article et de son auteur en écri- vant dans les Chnliments Passons vite. L'histoire abrège. Elle léilige Roycr d'un coup de fouet, Mnngis d'un coup de pied. Et fuit. Royer se et Mnngis se rassied ; Tout est dit. Que leur fait l'affront? L'opprobre engraisse. r,'2 VICTOR HUGO APRÈ"^ 11 fallait à Victor Hugo un assassin qui fiit un homme rxtraoïxlinairo, une intelligence supérieure, un cer- veau rayonnant, » toutes choses cjui ne se peuvent ren- contrer, on le sait de reste, cpie sur le pavé de la ca- jitale ; il ouvre donc son récit par ces lignes 11 y a sept ou huit ans, un homme, nommé Claude Gueux, pauvre ouvrier, vivait à Paris » Le vrai Claude Gueux n'a jamais mis les pieds dans Paris la g-rand'ville. Il était tout simplement berg-er dans une petite commune de la Côte-d'Or K Besoin était que le poète donnât à son héros une femme et un enfant. Comment auiait-il pu, sans eux, obtenir certains effets, ceux-ci," par exemple La fille et l'enfant eurent froid et faim. L'homme vola. » — L'n jour, étant de bonne humeur et voyant Claude fort triste, car cet homme pensait toujours à celle qu'il appelait sa femme, le directeur des ateliers hii conta, par manière de jovialité et de passe-temps, et a issi pour le consoler, que cette s'était faite fille publique. Claude demanda froidement ce qu'était d 'venu l'enfant. On ne savait. » — Il fouilla dans une e .pèce de de bois blanc qui était au pied de .son lit, il en tira une paire de ciseaux de couturière. C'était la seule cliose qui lui restât de la femme qu'il avait aimée, de la mère de son enfant, de son heureux petit ménarje d'autrefois. » C'est avec cette petite 1. Comme il faut que tout soit inexact dans les récits de Victor Hugo, les détails les plus insignifiants aussi bien que les circon- slances les plus importantes, nous voyons parle récit de M. de Mongis que le portrait physique de Claude Gueux est aussi faux que son portrait moral. L'homme que Victor Hugo représuiite avec quelques cheveux gris perdus dans les touffes noires », élail blond sans mélange. Mongis, op. cit. — Voyez aussi, dans /' Français du 12 janvier 1877, la Chronique ^parisienne de M. Victor Fournel. CLAUDE GUEUX lo3 paire de ciseaux qu'il aura la snjiersiilioii tourlianln de se frapper, après avoir asséné cinq coups de hache à M. Delacelle. Après sa condamnation, il demandera qu'on lui rende cette chère relique. Devant la cour d'as- sises, il établira avec force, avec éloquence, que la pro- vocation est venue du directeur; il dira J'avais une fciiiuie pour qui j'ai voh', il me torture avec cette femme; javais un enfant pour qui jai voh-, il me tor- ture avec cet enfant. » La vérité est que Claude Gueux n'a pas dit à la cour d'assises un traître mot de ces belles choses ; qu'il n'a- vait jamais eu ni femme, ni enfant, ni petit ménag-e,, et qu'il avait volé pour son propre compte. Rendu à la li- berté après une première condamnation, il avait recom- mencé et avait été envoyé une seconde fois à Clairvaux. Cet homme honnête », ce cerveau rayonnant », ce cœur bien fait», était un voleur incorrig-ible, un che- val de retour. Ces antécédents, si déplorables soient-ils, ]laude les a peut-être rachetés par sa conduite dans la prison. Victor Hug-o ne nous l'a-t-il pas montré contenant h; désordre, empêchant la rébellion, plus qu'un héros et plus qu'un saint, l'Ang-e de la Maison centrale? Claude Gueux avait, en effet, une façon à lui de doniiei- de bons exemples aux hommes justrs qui rcntouraient. En i8 qui lui vaut d'être acquitté par la cour d'assises. Il saura re- connaître cette indulg-ence des douze jurés cluunpenois; quatre ans plus tard, il fera mieux. iJi VICTOR HL'GO APRES 1830 C'est u'il a vraiment, quatre ans plus tard, les meil- leures raisons du monde pour être sans pitié. N'a-t-on pas poussé la barbarie jusqu'à le séparer de son ami, de ce jeune Albin qui a tant d'innocence dans le regard » et dont le g"énéreux dévouement lui a inspiré une amitié de père à fils » ? Hélas ! hélas ! ce tendre et novice Albin, pour lequel la riche palette de ^'ictor Hug-o n'a pas de couleurs assez fraîches, qu'il nous représente pâle, blond, faible », voici son portrait peint de visa par le rédacteur de la Gazette des Tri- bunaux A voir sa courte et forte slature, la lars^cur démesurée de SCS cpaulos, à peine séparées de sa tète par un col puissant et sillonné de muscles mobiles, on Ij prendrait pour cet Hercule Ijoules, ue nous admirons dans le jardin des Tuileries, près du lit de Cléopàtre ; mais le caractère qui domine dans sa physionomie, c'est réclat sombre de ses yeux profondément enfoncés dans leur orbite '. Quant à Tamitié que lui avait vouée Claude Gueux, à cette amitié de père à fils plutôt que de frère à frère », c'est encore la Gazette des Tribunaux qui va nous dire ce qu'il en faut penser. Au mois de décembre 1882, Félix- Albin Lc^raud comparaissait à son tour devant la cour d'assises de l'Aube, sous l'accusation d'assassinat. Il paraît, dit la Gazette, qu'un attachement monstrueux avait d'abord soumis Albin Leg-rand au joug" de Claude Gueux et l'avait aveug-lément poussé dans la complicité du crime qui a conduit Gueux au supplice. Plus tard, ses in- fâmes afîcctlons criminelles se seraient reportées sur l'infortuné Delaroche, détenu pour simple délit à Clair- \. Gazette des Trilnit' l'.l mars 18]2. CLAUDE GUEUX 135 vaux; et, du moment où elles rencontraient un obstacle, elles ont dû enfanter un crime. Delaroche périt victime d'une jalousie aussi effrénée que la passion où elle pui- sait sa source impure*. » En face de sa victime expirante, Albin s était écrié Je ne me repens pas. » Après de long-s jours de ré- flexion, il disait encore Je ne me repens pas. » Aux g-endarmes qui le conduisaient à Trojes, la veille de sa comparution devant le jury, il tenait les propos les plus sang-uinaires, jurant qu'il ferait trembler tous les spectateurs, que son avocat y passerait le premier D'an coup de sabot je lui ferai sauter la cervelle et les yeux. Condamné aux travaux forcés à perpétuité, il rit aux éclats. Par exemple, dit-il en tendant la main aux menottes, je ne me serais pas attendu à rire aujourd'hui 2. » Excellent jeune homme, et comme Victor Hugo a eu raison d bon cœur et son innocence! Revenons à Claude Gueux et à la journée du 4 ii"^'- vembre i83i. On se rappelle cette scène, dans la salle où sont réunis les quatre-ving-t-deux prisonniers Claude annonçant que le soir il se fera justice, soumettant ses raisons à ses camarades, se déclarant prêt à écouter leurs objections; les prisonniers ratifiant la sentence qu'il a portée, embrassant, les larmes aux yeux, cet homme qui va donner sa vie pour une cause juste », et qui leur distribue ses pauvres hardes. La scène est belle et fait honneur à l'imag-ination du poète. Voici 1. Gaz'itle des Triltunaiu; 2i décembre 1832. 2. Ibkl. 136 VICTOR HUGO APRÈS 1830 maintenant la réalité. Pour ôter à ses compagnons, dit la Gazette des [Tribunaux, toute possibilité de le trahir, Claude Gueux les refoule dans un coin de l'ate- lier, en attendant sa victime, jetant à leurs pieds, avec un air de hauteur, l'instrument fatal, et les défiant de fuir, menaçant, au moindre geste, de faire voler une tète ; tantôt sombre et morne, tantôt riant de leur air efiFrajé*. » Claude est devant le jurv. Sur une table, devant le bureau du président, sont étalées les pièces à conviction, parmi lesquelles une hache rouillée par des taches de sang- et portant encore à son taillant des dents humai- nes et des cheveux ». Victor Hugo ne s'attarde pas à ces misères, il est tout entier à Claude Gueux, il sig-nale sa bonne attitude devant la cour », l'héroïsme che- valeresque de ce égalant homme qui vient lui-même en aide à l'accusation, dirig-e les débats, commande aux témoins de parler, fût-ce contre lui, et qui, si l'on omet des faits à sacharge,les rétablit. Encore une belle scène aussi fausse que tout le reste. Claude Gueux, dit la Gazette des Tribunaux, menaça de tuer les jug-cs. » Voilà pour sa bonne attitude devant la cour. Quant à ses anciens compag-nons, voici en quels termes il les invitait à déposer sans crainte, à dire tout ce quils avaient vu Ceux qui m'accusent aujourd'hui parce qu'ils ne tremblent plus devant moi n'ont sur moi d'autre avantag-e que leur lâcheté; ils ont applaudi à mon crime et n'avaient pas osé le commettre 2. » Albin, du moins, sera, sans doute, excepté de Tana- thème que Claude Gueux lance ainsi aux témoins en- tendus par la cour. Et comment ne le serait-il pas? \. Gazette des Tribunaux, 19 mars 1832. 2. Ibid CLAUDE GUEUX 137 Albin, écrit Victor Hiig-o, entra on chancelant; il san- g-lotait. Les g-endarmes ne purent empêcher qu'il nallât tomber dans les bras de Claude. Claude le soutint et dit, en souriant, au procureur du roi Voilà un scélé- rat qui partag-e son pain avec ceux qui ont faim. » Puis il baisa la main d'Albin... Les femmes qui étaient là pleurèrent *. » La Gazette des Tribunaux ne dit rien de cette scène pathétique, et pour cause. Claude Gueux accusa, en effet, Albin d'avoir été son complice dans le meurtre du directeur; il persista, jusqu'au pied de l'échafaud, à le dénoncer comme tel 2. J'aurais encore à siq;-naler bien des inexactitudes, bien des erreurs voulues. Je n'en relèverai plus que deux ou trois. Les paroles empreintes à la fois de fermeté, de philo- sophie et d'éloquence, que Victor Hug-o met dans la bouche de Claude Gueux, au prononcé de son arrêt, n'ont point été dites. Claude, à ce moment, ne fit point fîg-ure de héros. Il est pâle et son attitude abattue rend inutiles les précautions inusitées dont il est envi- ronné •^. » Autre détail. On veut, dit Victor Hug-o, le faire éva- der; ij refuse. N'a-t-il pas, dès long-temps, fait le sacri- fice de sa vie? Ici, encore, intervient cet éternel trouble- fête, le rédacteur de la Gazette. Il nous apprend que Claude Gueux, depuis son arrivée dans les prisons de Troyes, a dirig-é un plan d'évasion aussi hardi qu'ha- bile. » D'après Victor Hug-o, rexéculion avait été fixée au 8 juin, parce que ce jour-là était un jour de marché, 1. Claude Gueux, p. 20. 2. Gazelle des Tribunaux, 19 mars 1832. 3. lôid. 138 VIJTOR HUGO APRKS ISiîO ce jiil lui fournit aussit superbe tirade. Il n y a qu'un petit iiiallicur, cest qu'on avait choisi le 8 juin par cette raison, précisément, que ce n'était pas le jour du marché. L'exécution, écrit la Gazette des Tribunaux, a eu lieu le vendredi 8 juin, à huit heures du matin. Jusqu'à présent, les exécutions avaient tou- jours eu lieu le samedi, jour de marché, où la foule est naturellement plus considérable *. » Et la Gazette in- siste sur ce point, que l'autorité, en évitant de choisir le jour du marché, sest proposé de suivre l'impul- .sion philanthropique des esprits », et qu'elle a cherché à cacher le plus possible un si terrilde spectacle ». On sait, de reste, que l'auteur de Xotre-Dame de Paris affiche en toute rencontre la prétention d'unir au laurier du poète la palme de l'érudit, de s'élever aux conceptions les plus hautes et de s'astreindre à l'exacti- tude la plus minutieuse. Dans Claude Gueux, en par- ticulier, où il ag-ite une g-rave question de philosophie sociale, où chaque détail a la prétention d'être un arg-u- ment, où les faits sont le support de la thèse, il avait le devoir de ne mettre en avant que des faits scrupuleu- sement exacts, de dire les choses comme elles sont ». Il en avait pris l'eng-ag-ement au début de son travail. Cet eng-açement, nous savons maintenant comment il l'a rempli. Pas un fait qu'il n'ait dénaturé, pas un dé- tail qu'il n'ait travesti. Et qu'on ne dise pas qu'après tout le mal n'est pas g-rand, que Victor Hug-o étant un poète, cela ne tire point à conséquence. Ce n'est pas impunément qu'un écrivain se fait un jeu de la vérité, une habitude du mensong-e. Même dans l'ordre pure- ment littéraire, la sincérité est la qualité nnîtrossc sans 1. Gazette des Tribu naur, l.'i juin 1S3Î. CLAUDE GUEUX l^W elle, point d'émotion vraie, point de j^randeur véritable. Et c'est pour cela que Victor Hug-o, puissant écrivain, artiste incomparalde, ne sera pas, dans la postérité, l'éi^al de ces g-rands poètes sincères, Racine et Cor- neille. Un dernier mot. Dans les Misérables, Victor Hiij^o icvcndique la pa- ternité du mot gamin. Ce mot, dit-il, fut imprimé pour la première fois en i834. C'est dans un opuscule intitulé Claude Gueux qu'il fît son apparition. Le scan- dale fut vif. Le mot a passé *. » On lit, en effet, dans Claude Gueux Il s'amusa même à éteindre une des rares chandelles qui éclairaient l'atelier, avec le souffle de sa narine... Rien ne pouvait faire que cet ancien jamin de Paris n'eût point, par moment, l'odeur du ruisseau de Paris. » C'est au mois àe juillet i834 q^ic la Revue de Paris publia l'opuscule de Victor Hug"0. Or, dans cette même Revue de Paris, je trouve, à la date de juin 1882, un article de Castil-Blaze sur Lablache, où .se lit ce sag-e Louis Lablache n'avait d'abord aacuaaris, t. XXXIX, p. 178. UO VICTOR HUGO APRÈS 1830 nom. C'est, au jng-cmont de Sainte-Beute, un joli livre dans le genre de Duclos et qui peint bien l'aspect des mœurs à sa date. Le dernier chapitre contient les lig-nes suivantes Le ffamiii de Paris est bien près d'en être le maître, même le cas d'insurrection à part; tant on le voit se multiplier, se reproduire, toujours le premier là où il y a quelque chose à voir, surtout quelque mal à faire, pénétrant partout, se g^lissant entre vos jambes, parfois même dans vos poches, le paresseux le plus actif, le fainéant le plus affairé qui soit au monde '. II n'est donc pas exact que le mot gamin ait été im- primé pour la première fois en i834 ^ et dans un écrit de Victor Hug-o. Lorsque l'Académie française, dans son Dictionnaire historique de lalang-ue, en sera rendue au mot Gamin, elle fera bien de ne pas imiter M. Littré ^ et de ne pas accepter, comme lui, les yeux fermés, le dire de l'auteur de Claude Gueux. \. L'Epoque sans yiom, t. II, p. 298, i833. 2. Je rencontre le mol gamin dans les dictionnaires suivants, puijliés avant 1834 Nouveau Dictionnaire delà langue française, par Laveaux, 1820, p. 886. — Dictionnaire français par ordre d'analogie, par Lemare, 1820. p. 523. — Dictionnaire classique de la langue française, publié et mis en ordre par quatre professeurs de l'Universilé, 1828, p. 450. — Dictionnaire étymologique de la langue française, par B. de Roquefort, 1829, p. 358. — Dictionnaire universel de la langue française, par Ch. Nodier etV. Verger, 5 édition, 1832, p. 723. — Je trouve encore le mot gamin dans un livre que Victor Hugo, je le sais, n'a jamais eu besoin d'ouvrir, le Dictionnaire des Rimes, par P. Richelet, édition corrigée par les citoyens Dewailly, membre de l'Institut national, et Dewailly, fils aîné, Paris, l'an VII de la République, lit ce mot avait bien, dans tous ces livres, l'accep- tion que nous lui donnons aujourd'hui. Voici, par exemple, comment il est défini par le Dictionnaire de Laveaux Jeune garçon qui passe son temps à jouer et à polissonner dans les rues. 3. Dictionnaire de la langue française, t. II, v» Gamin. CHAPITRE VII ANGELO. LES CUAXTS DU CIVEPUSCULE M"" Mars et M""= Dorval. — Les recettes tïAngclo. — Une préface de Victor Hugo et une fable de Florian. — Los Statuts de Vin- quisiLion d'Etat. — Le comte Daru et le comte Tiepolo. — Cornaro, tyran pas doux. — Lepeintre jeune et Suzanne Brohan. — ].es Chants du crépuscule. — Saiate-Beuve et Dalila. M. Vinet. M'" Juliette et Date iilia. I Un des critiques qui avaient le plus sévèrement jugé Marie Tudor, M. Amédéc Pichot, terminait son article, publié dans la Revue de Paris, par ces lig-nes où les qualités et les défauts du poète sont appréciés avec une équité parfaite Quel quesoitlejugvnient léfinitif que Ton doive porter sur Tensemble des travaux de M. Victor Hugo, qui n'en est encore qu'à ses premiers pas dans la carrière dramatique, j'aime en lui, comme dans les poètes ang-lais du seizième siècle, ce mé- lange d'érudition et de romanesque qui distingue la plupart de ses écrits ; j'aime en lui cette exagération qui n'évite pas tou- jours l'emphase et la redondance espagnole, mais qui atteint aussi le sublime ; j'aime cet esprit qui, à force de chercher les contrastes, tombe dans les concetti et les subtilités, maisfrouve aussi l'inattendu dans la chose et le mot ; j'aime enfin cette franchise d'expression qui accepte le trivial sans crainte, mais qui, toujours correcte selon la langue, sinon toujours douce à l'oreille, n'exclut pas systémati{uement la grâce et l'élégance. Bizarre sans doute quand il ne peut être original, véhément quand il ne peut être fort, grotesque quand il ne peut être comi- jue, il est du moins toujours poète et jamais commun ; il dé- Ii2 VIGTOU rnOO APRÈS 1S30 passe le but, mais il reste rarement en chemin. En un mot, d'autres ont des caprices plus ou moins brillan1, M. Victor Hug'O, seul peut-être en littérature, a une VOLOXTE. Il ne s'est jamais dissimulé que sa vie littéraire serait une lonw'ue lutte, •pie chacun de ses ouvraares serait un combat, et il s'est mis lravement en campao-ne, comme un de ces champions d'autre- fois qui, vainqueurs ou vaincus, étaient toujours sûrs de se faire connaître par leurs bons coups d'épée'. Après Marie Tudor, Victor Hiig-o avait une revan- che à prendre au théâtre. Sans perdre un jour, .il se remet à lœuvre et prépareune nouvelle pièce. Le i4 dé- cembre i833, Mme Huo-o écrit à Victor Pavie Mon mari a toujours ses pauvres yeux malades, et pourtant il s'occupe activement d'un drame c]ui doit être joué Français, et son volume de poésies s'en trouve retardé, mais nous nen perdrons rien. Le volume de vers pa- raîtra dans deux ou trois mois -. Le drame dont Victor Hug-o s'occupait ainsi dès la fin de i833 ne fut joué cuc le 28 avril i835. C'était Angelo. tyran de Padoiie ^. On lit sur le registre de la Comédie-Française grand succès. — J/"»*!' Mars et Dorval redemandées '*. La recette de la piTmière représentation du Roi s'a- muse avait été de fr. 4o. La recette de la pre- mière à' Angelo fut seulement de 60. La salle, on le voit par ce chifiFre, avait été mise presque tout en- tière à la disposition de l'auteur. Les payants ne ma- nifestèrent d'ailleurs, cette fois, aucune velléité d'oppo- sition, ce qui ne laissa pas d'inquiéter un peu les jeunes amis de l'auteur. Ils étaient tout surpris et presque aux 1. Revue de Paris, t. LVI, p. 123. 2. Cartons de Victor Pavie correspondance de M"" Victor Hugo. 3. Le poète avait d'abord intitulé son drame Angelo ou Padoueen 1549. Procès d Angeloel d'Hernani. 4. Archives delà Comédie-Française. ANGELO 14;î rc^Tcts d'avoir triomphé sans lutte. Ils se dciiiaiulaicnt si c'était un bien. Une lettre tkrite par l'un d'eux au sortir de la représentation, une de ces bonnes lettres d'autrefois, qui portent au dos le timbre de la poste, va nous rendre dans leur vivacité premièi-e les émotions de cette soirée Mercredi matin. Il est indispensable de vous annoncer, mon cher Victor, le triomphe complet et incontesté de la pièce de notre illustre ami M. IIu^o. Jamais représentation ne fut pour moi plus bril- lante et plus solennelle. Pas un coup de sifflet n'a été donné. Les acteurs ont été admirables. Mme Dorval a surpassé tout ce que la passion peut produire ou concevoir. C'était à s'en irradier les cheveux. Quand vous aurez le texte entre les mains , vous verrez ce que cette femme que vous admirez commeellelcméritea pu faire dans le rôle qu'elle a. M"'' Mars a été sublime aussi. Sa situation dans la pièce est une de celles que M. Hug-o montre ordinairement avec tant de bonheur, à l'aide de son imagination, — une courtisane, pure cepen- dant. M. Beauvallet a été très beau dans le rôle du tyran de Padoue. Je ne puis revenir de toutes ces merveilles. C'est presque une autre représentation d'Hernani. M. Hugo avait eu la bonté de me délivrer un billet de loges. J'ai eu la io4 de faire du drame un perpétuel >k lotte encore, 1. Angplo,\ùm'nri.' III, purlie II, scùiie m ANiELO IM il écrit dans sa préfaco On no saurait trop le redire, aujourd'hui plus rpie jamais, le théâtre est un lien d'en- fieignemenf. Le divame... doit donner à la foule une pJiilosopJiie, aux idées une formule, aux âmes alt0 dite par M"'' Biohan ^ avec unoxL-ellent ton de comédie Et qui donc m'a bâti tes drames actuels Où les gens innocents soûl toujours criminels, Où l'absurde renaît, où le bon sens expire? Vous retournez Schiller, vous retapez Shakespeare ! S'ils pouvaient revenir, hélas! dos sombres bords, Ils crieraient au voleur! Vous détroussez les morts. Malheureux ! et pour mieux déguiser leur dépouille, Vous mettez hardiment du vernis sur la rouille! Du moins monsieur Fétis. aux concerts ennuyeux, iS'e nous prend pas en traître; il nous dit C'est du vieux.» Mais vous, ChampoUions des muses endormies, Est-ce donc innover, qu'exhumer des momies? Un seul titre est à vous, gardez-le tout entier, Inventeurs de la barbe à la François Premier! Le meurtre et l'affreux suicide Nous poursuivent partout de leur face livide Chatterton s'empoisonne au lieu de travailler; lit quelle est la morale, enlin? un escalier; Escalier curieux! Espèce de symbole Qui semble nous montrer comment l'ar* dégringole -. C'étaient d'assez bons vers pour des vers de parodie ; ils ne valaient cependant ni la prose d'Aii/elo, ni sur- tout les vers que Victor Hugo allait bientôt publier. Il avait écrit depuis cinq ans un assez g-rand nombre de pièces politiques; le moment était venu pour lui de les recueillir et d'y joindre les autres poésies qu'il avait com- posées depuis les Feuilles d'automne. Ce que serait ce nouveau volume, Sainte-Beuve l'an- nonçait en ces termes à Bérang-er, le 3 septembre i835 i. Suzanne Brohan, mère d'Augustine et de Madeleine Brohan, et l'une des meilleures comjdiennes du dix-neuvième siècle, joua tour à tour à rOdêon,au Vaudeville et au Théâtre-Français. Théophile Gautier a dit d'elle, dans ses Porbails contemporains A la scène, M"" Brohan produit l'effet du vin d'A'i ; on n'a pas le temps de voir les défauts de l'œuvre, on est ébloui, chance- lant sur sa banquette. La mobilité de son masque donne à son ironie ou à sa passion une admirable portée. Aussi déliée qu'une abeille, elle pique avant qu'on son;,'e à parer le trait. » . 2. CoHNARO, TYRAN PAS DOUX. traducHon en quatre actes et en vers d'Angelo, tijran de Padoue », par MM. Dupeuly et Ouvert. ANGELO lo"J Il se prépare ici une saison assez lilti-ruirc, assez poétique même nous allons avoir dans une quinzaine un volume lyri- ' octobre i835. Venant après les Feuilles d'automne, les Chants du crépuscule n'étaient pas un progrès. La forme est tou- 1. Les Citants du crépuscule. 2. Sainte-Beuve, l'orlraUs contemporains, édition de 1869, l. I, p. 131. 3. Cartons de Victor Pavie correspondance Sainte-Beuve. 4. Lettres de Victor Hugo aux Bertin, p. 78. 160 VICTOR HUGO APRÈS 1830 jours éclatante, le vers est toujours puissant, mais on n'u- sent palpiter ni la vie d'un sentiment vrai ni l'inspiration d'une intellig-ence convaincue. Sous l'amas des imag-es, sous l'entassement des métaphores, on cherche, sans la rencontrer, une idée, une émotion, une souffrance. Notre œil est ébloui, notre cœur n'est pas touché. Le corps de cette poésie est supérieur à son âme. A-t-elle même une âme '? Et où la pourrait-on découvrir ? Les odes ou pièces politiques forment une partie im- portante du recueil il n'en est pas une seule qui ait été pour le poète autre chose qu'un canevas sur lequel il a brodé ses métaphores et tissé ses antithèses. Aug-uste Bar- bier n'avait pas de g-énie; à peine avait-il du talent; mais il avait l'enthousiasme, la passion, la colère, et il écrivait la Curée, la Popularité, V Idole, — pau\Tes ri- mes, à coup sûr, vers durs, lourds, incorrects, — vers médiocres, mais immortels. La Parisienne elle-même vivra, — la Marche nationale de ce pau%Te Casimir Delavig-ne, — parce qu'elle a été vraie à son heure, parce qu'elle a traduit avec sincérité l'org-ueilleuse joie de la bourg-eoisie triomphante. Les vers de Victor Hug-o, y Ode à la Jeune France, V Hymne aux morts de Juil- let, ne traduisaient rien, n'exprimaient rien, si ce n'est le besoin qu'éprouvait le poète de dire aux vainqueurs qu'il désevlRit pie useT7ient le camp des vaincus. Les odes bonapartistes de Victor Hug-o, — .1 la Co- lonne et Napoléon II, — valent mieux sans doute que ses hymnes en l'honneur des Martyrs de i83o. Mais là encore on a vite fait de reconnaître que le cœur n'y est pour rien ; que le poète entend bien ne pas se sacrifier à son héros et se perdre dans son rayonnement. Il a trouvé une mine d'imag-es splendides et de rimes reten- tissantes ; cette mine, il l'exploite à son profit, et voilà ANGELO 161 tout. Ces imag-es, il les épuise jusqu'à la dernière, il les multiplie comme ces fêtes du calendrier dont le bon La Fontaine a dit L'une fait tort à Tautre. » Il entasse antithèses sur antithèses, comme l'empereur entassait victoires sur victoires W'agrara sur Marengo, Champaubfrt sur Aréole, Pélioa sur Ossa. Sous l'enthousiasme on sent l'effort, le labeur, l'am- bition de briller à côté de Bonaparte et au-dessus de lui, d'être, à côté de Napoléon le Grand et au-dessus de lui, Victor Hugo le Grand, — un Napoléon qui aura réuni, sur son front toutes les couronnes et qui n'aura pas connu la défaite, un Napoléon qui n'aura pas eu de Waterloo ! La pièce qui a pour titre A l'Homme qui a livré une femme, appelle les mêmes réflexions. Le crime de Simon Deutz vendant la duchesse de Berry avait soulevé l'indi- gnation g-énérale. Victor Hug-o s'est associé à ce senti- ment, et il convient de lui en savoir g-ré. Sa pièce est res- tée célèbre. Il y a accumulé toutes les formules du mé- pris, toutes les hyperboles de l'injure et de la malédiction. Mais tout cela, avec une prog-ression savante, avec une recherche constante de l'effet. Pas un seul instant on ne sent trembler sa main, pas un instant on ne sent passer dans ses vers le frémissement d'une vraie colère. Colère poétique, et c'est tout. Ah ! viendra un jour où Victor Hugo couvrira d'injures plus violentes encore, d'impré- cations plus terribles, des généraux, des magistrats, des prêtres, fort honnêtes g-ens pour la plupart. En dépit de ce qu'il y aura d'excessif dans ces hyperboles insensées, les vers seront admirables , le poète aura fait un chof- d'œuvre, parce qu'il aura été inspiré, cette fois, par une vraie colère, par une véritable indignation. Songez I. 11 lOi' VICTOR HUGO APRÈS IS.'iO donc! ces généraux, ces mag-istrats, ces prêtres, ont fait ]»ien pis que livrer une femme ; ils ontaccepté l'Empire, — l'Empire qui a proscrit Victor Hugo ! Et pourtant, il y a, dans les Citants du crépuscule, une pièce qui, si l'auteur n'eût cédé ici encore au besoin de matérialiser sa pensée jusque dans ses moindi'es replis, serait admirable de tous points; c'est celle que le poète a dédiée à Louis Boulang'cr Ami, le voyageur que vous avez connu... Un soir, en l'un de ses voyages, il monte au haut d'un beffroi. Il y voit la cloche qui sommeille ; il s'approche et, sur le lourd battant d'airain, il lit les noms profanes, les mots impurs, les blasphèmes, gravés par le couteau des passants. Il fait un retour sur lui-même, et se met à comparer cette cloche, souillée par d'injurieux passants, à son âme, sans tache elle aussi, au jour de son baptême, et maintenant défîg-urée par les passions et les doutes railleurs Mais qu'importe à la cloche et qu'importe à mon âme! Qu'à son heure, à son jour, l'Esprit saint les réclame. Les touche l'une et l'autre et leur dise Chantez ! Soudain, par toute voie et de tous les côtés, De leur sein ébranlé, rempli d'ombres obscures, A travers leur surface, à travers leurs souillures. Et la cendre et la rouille, amas injurieux, . Quelque chose de grand s'épandra dans les cieux ! Victor Hugo a été saisi par une idée puissante ; il a obéi à l'inspiration. Au souvenir de son passé, de son enfance, de sa jeunesse radieuse et pure, il a été ému ; et c'est pourquoi, ce jour-là, il n'a pas seulement écrit de beaux vers, comme il en avait écrit hier, comme il en écrira demain, — il a été vraiment un g-rand poète. Mais la cloche a cessé de chanter au sommet du beffroi; ANGELO 103 le poùte s'est éloigné, il asecoué la poussière delà vieille ég-lise, et le voilà qui publie, tout à côté tic cette belle pièce A Louis Boulanger, les pièces amoureuses, élé- g-iaques, qu'il a écrites pour celle que Sainte-Beuve, tout à l'heure, appelait Dali/a Hier, la nuit d'été, qui nous prêtait ses voiles, Etait digne de toi, tant elle avait d'étoiles... Et plus loin Puisque j'ai mis ma lèvre à ta coupe encore pleine, I*uisque j'ai dans tes mains posé mon front pàli... Le contraste était déjà assez violent; mais voici où il devient tout à fait intolérable. Il n'japas,dans /es Chants du crépuscule, moins de douze ou treize pièces écrites en l'honneur de M"^ Juliette. Vous ne les avez pas lues sans une intime souffrance, sans song-er à cette mère de famille que son mari délaisse, à ces enfants dont le père ne se souvient plus! — Il s'en souvient, au contraire, à merveille. Le temps seulement de tourner la page, et il est là devant vous, non plus comme tout à l'heure, les mains pleines de myrteset de roses,mais les mains /;/ de lis. Sa voix s'élève, grave et douce, et il chante la mère pieuse, les enfants grandissant sous son aile Oh! si vous rencontrez quelque part sous les cieux Une femme au front pur, au pas grave, aux doux yeux, Que suivent quatre enfants dont le dernier chancelle, Les surveillant bien tous, et, s'il passe auprès d'elle Quelque aveugle indigent que l'âge appesantit, Mettant une humble aumône aux mains du plus petit; Quand, vers Pàque ou Noël, l'église, aux nuits tombantes. S'emplit de pas confus et de cires llambantes..., Si, loin des feux, des voix, des bruits et des splendeurs. Dans un repli perdu parmi les profondeurs, Sur quatre jeunes fronts groupés prés du nuu' sondjro > JC4 VICTOR HUGO APRÈS 1830 Vous voyez se pencher un regard voilé d'ombre Où se mêle, plus doux encor que solennel, Le rayon virginal au rayon maternel; Oh ! qui que vous soyez, bénissez-la. C'est elle ! La sœur, visible aux" yeux, de mon âme immortelle! Mon orgueil, mon espoir, mon abri, mon recours! Toit de mes jeunes ans qu'espèrent mes vieux jours! C'est elle! la vertu sur ma tête penchée; La figure d'albâtre en ma maison cachée;... Elle ! tout dans un mot! C'est dans ma froide brume Une fleur de beauté que la bonté parfume ! D'une double nature hymen mystérieux! La fleur est de la terre, et le parfum des cieux ' ! Victor Hii^o dit quoique part clans les Chàtimcnls Que j'en ai vu de ces saints-là Qui vous expectoraient des psaumes après boire, Chantaient landerirette après Alléluia ! Eh mais? il me semble bien que lui-même, ici, n'a pas fait autre chose. Après avoir chanté landerirette avec Rliie Juliette, il chante à son foyer lalleluia du mariage. Api^ès avoir soupe chez la princesse Neg-roni, à peine levé de table et la bouche encore mal essuyée, il entonne d"un air contrit le psaume Date //lia ! Je sais bien que des ànies candides s'y sont laissé prendre, qu'un critique, aussi éminent que naïf, M. Vi- net, écrivait, au moment où parurent les Chants du cré- puscule Lorsque tout s'ébranle autour de lui et en lui-même, M. Vic- tor Hui?o embrasse les autels domestiques. La société craque de toutes parts il se réfugie au sein de la famille, qui est la so- ciété au berceau. Toutes les institutions sont discutées, tous les principes des devoirs analysés, c'est-à-dire niés il cache sa tète au o-iron des affections naturelles. L'homme se nie lui-même et se décompose le poète, afin de rester homme, reste fils, époux, ami et père; époux surtout, époux avec un chaste ravis- 1. Lej Chaiils du crt'iniscule, XXXIX, Date litiu. sèment. Aux blasplirines d'une niiillir^ureus;- femme' ronlre la divine institution de la famille, il oppose des chants d'une ten- dresse inexprimable, où l'amour conjui»'al est presque une piété, oii le respect sanctifie l'intimité, où l'hommage d'un homme à une femme aimée est aussi grave, aussi pur qu'il est tendre ^. Excellent M. Vinet ! Sainte-Beuve, qui allait devenir, deux ans plus tard, son collèg-ue à l'université d^ Lau- sanne, aura pu lui apprendre combien s'éloig-nait de la véi'ité cette interprétation du Date lilia de Victor Hug-o. Il aura pu lui en donner une traduction libre, d'autant plus exacte qu'elle aura été plus libre. S"il n'a pas voulu tout lui dire, il aura pu tout au moins lui faire lire quelques lig-nes de ses carnets, celles-ci par exemple Je n'ai jamais aliéné ma volonté et mon ju9 c/ifcM"^'' de Sévifjné, la Leçon de botanique, les Voi- tures versées Le nom, dit le philosophe, est plus connu que les ouvrag-es'. » Le candidat était trop homme d'espiùt pour se fâcher de la remarque. Il savait bien d'ailleurs que son nom était, en effet, son meilleur titre. Son père, président à mortier au Parlement de Bordeaux, littérateur et jurisconsulte, auteur des Lettres sur la pro- cédure criminelle de France et des Lettres sur l'Italie, s'était présente à l'Académie française en 1788, et s'était retiré devant le chevalier de Boufflers ; son tour allait venir, lorsqu'il mourut prématurément, le 17 septembre 1 788. Son frère aîné, Charles Dupaty, sculpteur distingué, avait été nommé, en 1816, membre de l'Académie des beaux-arts; c'est lui qui avait fait le modèle de la statue équestre de Louis XIII, que Victor Hug-o pouvait voir, chaque matin, de ses fenêtres, sous les arbres de la place Royale. Son neveu, Élie de Beaumont, le célèbre géolog-ue, venait d être élu membre de l'Académie des sciences. M. Dupaty était donc de famille académique ; son nom était une force, et il avait pu répondre à Royer- Collard, avec une légitime et spirituelle fierté Mon- sieur, quand le nom reste, c'est quelque chose, surtout quand il est parvenu jusqu'à vous ^. » Cependant comme il s'agissait de remplacer M. Laine, c'est-à-dire un homme d'État et un orateur, ancien pair de France et ancien ministre, le comte Mole paraissait plus naturellement indiqué. Si M. Dupaty pouvait compter sur les vaudevillistes de l'Académie et M. Mole sur les politiques, Victor Hugo était-il assuré, du moins d'avoir pour lui les poètes? La voix de Chateaubriand et celle de Lamartine lui étaient acquises que ferait Casi- 1. Réponse de M. Dupai;/ nu discours de M. de Rémusal. Aca- démie tVanraisc, séance fin 7 janvier 1847. 2. Rcponse de M. Dupatij au discours de M. de Rémusat. ITO VICTOR HUGO APRÈS 1830 mil- Delavig-ne? Alexandre Dumas raconte dans ses Mé- moires qu'il s'était cliargv de voir l'auteur de Louis XI et de plaider auprès de lui la cause de l'auteur d'Her- nani Casimir Delavigne, écrit-il, refusa obstinément sa voix à Victor Hugo, et cela, avec une véhémence et une volonté dont je Teusse cru incapable, surtout vis-à-vis de moi qu'il aimait beaucoup. Ni instances, ni supplications, ni raisonnements ne purent, je ne dirai pas le convaincre, mais le vaincre... Pourquoi cette antipathie? je ne l'ai jamais su. Ce n'était pas à cause de la difFérence des écoles; je n'étais pas, — il s'en fallait du tout au tout, — de l'école de Casimir Delavig-ne, el il m'offrait, à moi, cette voix qu'il refusait à Victor Hug-o ^ Qu'Alexandre Dumas eût oublié à ce moment janvier- février i836 ses griefs contre Victor Hug-o, la chose n'est pas impossible. On sait qu'il était par-dessus tout ]on enfant et qu'à la différence de l'auteur de Marie Tudor, il n'était rien moins que rancunier. Je doute pourtant que les choses se soient passées comme il le dit, qu'il se soit fait le courtier académique de Victor Hug-o •et qu'il ait eu recours, pour servir sa cause, aux raison- nements, aux instances, aux supplications. Au mois de février i836, en effet, il n'était pas encore réconcilié avec lui. Sainte-Beuve, qui tenait son ami Victor Pavie très exactement au courant de tous les menus incidents de la vie littéraire, parle pour la première fois de leur récon- oliation dans une lettre du mois de mai i836, et encore, à cette date, ne la donne-t-ilpas comme certaine Hug-o, écrit-il, s'est réconcilié, à ce qu'il paraît, avec Dumas. Pour nous, je le reg-rette, nous sommes sérieusement fâ- chés et cela durera, du moins je ne vois pas qu'il y ait raccommodement possible. Il y a des articles entre nous, i. Mes M.'molres, par Aloxandre Dumas, t. IV, p. o3. PREMIÈRE RENCONTRE AVEC L'ACADEMIE 171 articles qu'il est impossible d'annuler ou de retrancher ' . » C'est seulement au commencement de juin que la récon- ciliation de Victor Hug-o et d'Alexandre Dumas fut scel- lée par un dîner chez M™ Hug-o, à Fourqueux. M. Pierre Foucher écrit, le G juin i836, à sa belle-sœur, M"ie Asse- line ... Nous vivons toujours tranquilles àFourqueux^, sans être trop isolés... Il y a quelques jours, nous avions à dîner Alexandre Dumas. Adèle avait ménagé un rao coniniodeinent, et les deux poètes ont bu à leurs succès mutuels 3. » Quoiqu'ilensoit, l'élection en remplacement de M. Laine eut lieu le i8 février i83G. Il y avait ti'ente-deux votants. Au premier tour de scrutin, les suffrag-es se répartirent de la manière suivante Dupaty, 12 voix; Victor Hug-o, 9; M. Mole, 8; M. de Kératry, i; M. Dumolard, i, et un bulletin blanc. Au cinquième tour, Dupaty fut élu par 18 voix contre 12 à M. Mole et 2 à Victor Hugo '*. Le poète se consola de son échec par un très joli mot Je croyais, dit-il, qu'on allait à l'Académie par le pont des Arts, je me trompais; on y va, à ce qu'il paraît, par le Pont-Neuf-''. » Quant à M. Dupaty, qui était api"ès tout un fort g-alant homme et un homme d'esprit, à peine élu, il alla frapper à la porte de l'auteur des Orientales, et, ne le trouvant pas, lui laissa sa carte avec ce quatrain Avant vous je monte ù l'autel; Mon àf^e seul peut, y prétendre. Déjà vous êtes immortel, Et vous avez le temps d'attendre. 1. Cartons de Victor Pavie correspondance Sainte-Beuve. 2. Petit village, à la porte de Saint-Germain, où Victor Hugo avait loué une maison de campagne. 3. Victor Hugo intime, par Alfred Asseline, p. 71. 4. Journal des Débats. 19 février 18^i. b. Alexandre Dumas, Mémoires, t. iV, p. oj. VICTOR HUGO APRÈS 1S30 II En se mettant sur les rang-s pour remplacer M. Laine , Victor Hug-o n'avait pris conseil que de lui-même. Sa candidature avait scandalisé presque tous ses amis. Ceux qui faisaient alors cortèg-e au poète et composaient le Cénacle de la place Royale, tenaient le titre à' académi- cien pour la plus cruelle injure », et rAcadémie elle- même pour un lieu g-rotesque oii, sous une coupole ridi- cule, se réunissaient des vieillards stupides ! Ce nouveau Cénacle, celui de i836, ne ressemblait g-uêre aux deux premiers, ceux de 1824 et de 1829. Les membres du Cénacle de 1824 étaient, avec Victor Hu-^o, Charles Nodier, Alexandre Soumet, Guiraud, Pichald, Jules de Resség-uier, Alfred de Vig-ny, Gaspard de Pons, Jules Lefèvre, Adolphe de Saint- Valry, Ulric Gutting-uer, Chênedollé, Emile Deschamps et Delphine Gay *. Dans ce g-roupe choisi, la haine de la révolution et le mépris de la vulgarité libérale étaient à Tordre du jour, en même temps que le culte du moyen-âg-e, de ses châtelaines et de ses pages. Sainte-Beuve a tracé quelquepart une silhouette piquante de ce monde un peu quintessencié, auquel il n'appartenait pas, et dont il se plaît à indiquer les points faibles, la chevalerie dorée, le joli moyen-âg"e de châ- telaines, de pag"es et de marraines; le christianisme de chapelle et d'ermitag-e, les pauvres orphelins, les petits mendiants, qui faisaient fureur et se partag-eaient le fond g-énéral des sujets, sans parler des innombrables mélan- colies personnelles 2 ». Comme le Cénacle de 1824, celui de iBac avait pour 1. Sur le Cénacle de 1824, voyez Victor Uur/n avant 1830, ch. x. 2. Portrails contemporains, édition de 1869, t. 1, p. 410. LE CÉNACLE DE 183G 173 centre le salon de Charles Nodier, à l'Arsenal. J'y re- trouve presque tous les membres du premier g-roupe ; à côté d'eux, Sainte-Beuve, Fontaney, Alcide de Beau- chcsne', Ernest Fouinet, Antony Deschamps, Alfred de Musset, Victor Pavie, Gérard de Nerval, Alexandre Dumas, M^^ Tastu ; et, avec les poètes, les peintres et les sculpteurs, Louis Boulang-er, Achille et Eugène Devéria, David d'Ang-ers 2. En i836, le Cénacle ne se réunit plus à l'Arsenal, mais à la place Royale; seulement les amis de 1824 et de 1829 n'y ont pas suivi Victor Hug-o. Aussi bien qu'a-t-il besoin d'amis? Ce qu'il lui faut maintenant, ce sont des disciples, puisqu'il est LE MAITRE; ce sont des adora- teurs, puisqu'il est bien près d'être un dieu et que, demain, il se décernera à lui-même Xenovaà'OLYMPIO. Et voilà pourquoi les membres du nouveau Cénacle, au lieu de s'appeler Alfred de Vig-ny, Charles Nodier, Alfred de Musset, Alexandre Soumet, Jules de Resség-uier, Sainte-Beuve, Alexandx'c Dumas, s'appellent Petrus Bo- rd le Lvcanthrope ^, Bouchardy ^, Esquiros, Lassailly '" , 1. Voyez, à la fin du second volume, l'appendice V. 2. Sur le Cénacle de 1829, voyez Victor Hugo avant 1830, ch. xv. 3. Voy. le très curieux opuscule publié en 18G5, chez le bon éditeur René Pincebourde, par M. Jules Glarelie Pelrus Borel le Lycanthrope, sa vie, ses écrits, sa correspondance, poésies et documents inédits. 4. Joseph Boiichfirdj/-ra'ur-de-salpétre, graveur et dramaturge, auteur de Gaspindn /, I'ri/i' II n'eût tenu qu'A Kendujrl Que cel liomnjc immortel Eût gagné de quoi vivre! 174 VICTOR HUGO Al'RES 1830 Augustus Mac-Keat l, Philothée O'Neddy "2. Ce n'était pas tout à fait la mènie chose. A leur tête, et pour menei" le chœur, il v a bien un vrai poète, Théophile Gautier, mais il ne suffisait pas à lui seul à suppléer les absents. Aux poètes, d'ailleurs, le MAITRE préférait les artistes, peintres, sculpteurs, architectes, tous ceux qui pouvaient lui amener, le soir d'une première représentation, une bande de Chevelus. Il avait eu bien soin de ne pas rompre avec Louis Boulang-er, avec les Devéria et avec David d'Ang-ers, auxquels s'étaient venus joindre, en i836, les deux Johannot, Camille Rog-ier, Aug-uste de Châtillon^, Jean Gig-oux, Préault, Célestin Nanteuil, le jeune homme moyen-âg-e, » Jehan Diiseigneur, l'auteur d'un buste du poète et d'un groupe d'Esmeralda donnant à boire à Quasimodo, l'iirchitecte Jules Vabre, le com- pagnon miraculeux, »à quiPetrus Borel, dans ses Rhap- sodies, avait adressé cette stance De bonne foi, Jules Vabre, Compagnon miraculeux, Aux regards mùliculeux Des bourgeois à menton glabre, Devons-nous sembler follet Dans ce monde où tout se range! Devons-nous sembler étrange Nous faisant ce qui nous plait * ? 4. De son vrai nom Auguste Maquet, le futur collaborateur d'Alexandre Dumas. 2. De son vrai nom Théophile Dondey, auteur de Feu et Flamme. 3. Auguste de Chdtillon, peintre et poète, fi publié un recueil de vers A ta Grand'Pinle, avec une préface de Théophile Gautier. Son portrait de Victor Hugo tenant entre ses genoux son fils en blouse d'écolier parut au salon du Louvre en 1836. Il avait composé également, pour décorer la chambre à coucher de l'auteur de Notre-Dame de Paris, un plafond allégorique, représentant le Sommeil du poète. [Notice par Charles Asseli- ncau. 4. Les Ilhop^odies. par IVlrus Dorol le L' canlhrope, IS.'îi. Avec LE CÉNACLE DE 1836 rS Dans Petrus Borel lui-même, ce que le maître appré- ciait surtout, ce n'était ni ses vers, ni sa prose, ni ses Rhapsodies, ni son Champavert \ c'était son double titre de peintre et d'architecte. Le Lycantlirope repré- sentait quelque chose comme cent cinquante fidèles ; les ateliers lui obéissaient, et Victor Hugo traitait avec lui comme avec un homme qui disposait de trois cents mains ^ ». Le salon de la place Royale ne recevait pas seulement les artistes, la g-énéreuse jeunesse des ateliers » ; il s'ouvrait aussi à la jeunesse des écoles, voire même aux; simples collégiens On a souvent besoin d'un plus petit que soi. Lorsque l'un des drames du poète était à la veille d'être joué, les rhétoriciens et les philosophes du collège Charlemag-ne, ses proches voisins, délég-uaient quelques- uns d'entre eux auprès de lui pour lui offrir leur cou- cours. L'accueil le plus g-racieux leur était réservé ^ il aimait tous les applaudissements, même les applaudisse- ments enfantins^. un frontispice de Joseph Bouchardy, représentant un jeune homme coifl'é du bonnet phrygien, en chemise et bras nus, un Jarge couteau à la main. 1. Champavert, Contes immoraux, ^d^r Petrus Borel le Lycan- thrope, 1833, avec une vignette sur bois de Gigoux. Elle repré- sente Andréas Vesalius montrant à sa femme les cadavres de tous ses amants enfermés dans une armoire. 2. Jules Claretie, Petrus Borel le Lycantlirope, p. 30. 3. Léon Aubineau, Epaves, p. 72, 4. . . . Voici maintenant les élèves du collège Henri IV qui désirent Marion de Lorme et Hernani pour les fêtes du carnaval. Qu'en pensez-vous. Madame? Ils sont venus trois fois chez moi, puis m'ont écrit. C'est une belle jeunesse, bien impatiente de vous applaudir. Je vous baise les mains, ma sublime Tliisbé. Lettre de Victor Hugo à M""* Dorval, 30 janvier 1837.— Catalor/ue de Lettres autographes, etc., de M. J. L*"', de Nancy. Chez Laverdet, 18uo. VICTOR HUGO APRÈS 1830 III Le Cénacle de la place Royale avait, on le voit, son côté puéril; le culte qu'on y professait pour le Maître nallalt pas sans quelque ridicule. Et pourtant comment ne pas regretter ce temps où la jeunesse avait une autre préoccupation que celle de s'enrichir ; où elle se passion- nait pour un roman, pour un drame ou pour un recueil de vers; où son enthousiasme allait à un homme qui n'était rien, si ce n'est un poète? C'est un noble senti- ment que celui de l'admiration malheur aux époques qui ne le connaissent pas ! Ici, je le veux bien, l'admira- tion s'ég-arait un peu, non tout à fait cependant, car Victor Hug-o, à cette date, avait au front une double couronne, ces deux choses rayonnantes, la jeunesse et le g-énie. Pour moi, je sens bien que si j'avais vécu en ce temps- là, si j'avais appartenu à ce moment à la généi-euse jeunesse des écoles ^ », je n'aurais pas été du Cénacle, pour toutes sortes de bonnes raisons, mais je me serais mêlé souvent à ces admirateurs inconnus qui, dans les soirs d'été, faisaient le pèlerinag-e de la place Royale et se g-roupaient, sous les arbres, devant le numéro 6. Après le dîner, la fenêtre s'ouvrait à deux battants, et le poète, portant haut sa belle tète, que David allait couron- ner de lauriers , paraissait sur le balcon. A ses côtés, quelques membres du Cénacle, cheveux ras à la Titus ou cheveux longs à la Raphaël, les plus hardis avec une bea'be pleine, entière, à tous crins; ceux-ci avec un gilet blanc à la Robespierre , ceux-là avec un gilet cerise 1. Voy. ci-dessus, chapitre m, la lettre de Victor Hugo au Con- slilutionnel, du 26 novembre 1832. LE CENACLE DE 1830 177 émcrg'eant d'un pourpoint de velours noir. ;ii;'z le Maître, au contraire, nulle recherche de toilette, nulle excentricité de costume. Ni barbe, ni moustache, ni fa- voris, une face .soigneusement rasée, d'une pâleur parti- culière, un menton glabre comme celui des bourg-eois tant honnis. Sa tenue était la plus simple et la plus cor- recte du monde une reding-ote noire, un pantalon g-ris, un petit col de rabattu *. Il promenait un ins- tant ses yeux sur la place, disait quelques mots, de sa voix pleine et sonore, aux amis qui l'entouraient, puis rentrait dans le salon, suivi du regard par les curieux, provinciaux, parisiens et étrangers, [ui s'attardaient encore long-temps à contempler le balcon vide et la fenê- tre étincelante derrière laciuelle se profilaient les ombres du poète et de ses hôtes 2. Ce C{ui .se passait à rinlèrieur du salon, loin des pro- fanes, la fenèti"e fermée, c[uelques-uns des initiés vont nous l'apprendre. Arsène Houssaye raconte ainsi, dans ses Confessions, les circonstances de son au Cénacle. Théophile Gautier s'était charg-é de le présenter. Après s'être humilié dans la poussière du soleil », l'auteur à'Albertas dit au maître g-rand \'ictm- Hug'O, je vous présente un poète de nos amis qui est du d. Théophile Gautier, Ilisloire du Romantismp, p. 12. 2. Victor Pavie, sa jeunesse, ses relations lllléraires, p. \i'6. — Co volume, publié sous le voile de runonyme, a pour auleur M. Théodore l'avie, frère de Victor. — M. Théodore Pavie, né à Anf^ers en 1811, chargé du cours de langue et do littérature sanscrites au Collège de France, de 1853 à et professeur de littérature orientale ù l'université catholique d'Angers, unitàunc érudition profonde un rcniarquable talent de conteur et d'écri- vain. Je citerai, parmi ses principaux ouvrages Voyage aux Etats-Unis el au Canada; — Fragments d'un voyage dans l'Amé- rique méridionale ; — Choix de contes et de nouvelles traduits du chinois; — Krichna et sa — Scènes et récits da pays d'oulre-mer ; — Récils des landes et des grèves, etc. I. 12 178 VlCrOR IIL'GO APRÈS 1830 pays de Jean Racine, mais il ne faut pas lui en vou- loir *. — Ah ! dit Victor Hugo, si Jean Racine n'eût pas fait de trao-édies, quel grand homme pour la France, car lui aussi se drapait du manteau des dieux ! » Arsène Houssaye, qui n'était point venu pour se faire mettre à la porte, s'inclina et dit timidement qu'il avait un autre compatriote, lequel en son temps avait eu quelque esprit, Jean de La Fontaine. Oh ! cal ui-là, s'écria Victor Hugo, il a fait des contes charmants; je laime pour ses contes, non pour ses fables, parca que si ses contes sont d'un poète du seizième siècle, ses fables sont d'un Sancho Pança à cheval sur M. de La Palisse. » — Je ne croyais pas un mot de ce que disait Victor Hugo, ni lui non plus, continue Arsène Houssaye; mais il fallait bien amuser la galerie. Et puis la discipline de l'école! — Vois'-tu, me disait Ourliac, Hugo ne sait bien juger que lui- même, en se donnant la première place. » Il avait rai- son -. » Arsène Houssaye termine son récit en ces termes Je trouvai que le grand poàte était logé comme un prince; mais je fis remarquer à Théo qu'on soupait bien peu chez lui. A peine si on servait une tasse de thé aux pri- vilégiés. II fallait aller là tout esprit, en laissant son es- tomac dans l'antichambre. Son salon c'était le Portique on se trouvait trop heureux d'y gagner une figue et d'y boire un verre d'eau 3. » Si le chef du Cénacle ne servait à ses adeptes que le verre d'eau classique, C3 n'est pas qu'il eût rien de com- 1. Arsène Houssaye est né à Bruyères, flans le département de l'Aisne, non luin'de la Ferté-Milon et de Chùteau-Tliierry, où sont nés Racine et La Fontaine. 2. Arsène Houssave. les Confessions, souvenirs d'un demi-siècle 1830-18801. t. 1, p. '252. 3. Arsène Houssaye, p. 2oo. LE CÉNACLE DE 183G 179 mun avec son ainl Pierre Gringoire, trop pauvre pour mettre même un petit-blanc dans le tambour de basque d'Esméralda. On çag-nait gros maintenant au log-is de la place Royale. L'année i835, en particulier, avait été très fructueuse pour le poète. Outre sa part dans les re- cettes d'Afiffelo, il avait touché avant la lecture une prime de 4-000 francs. Eugène Renduel lui avait acheté francs le manuscrit d'Aiiffelo et avait acquis, moyennant francs, le droit de publier les Chants du crépuscule et de réimprimer les Odes et ballades, les Orientales et les Feuilles d'automne '. Le même éditeur avait fait paraître une édition illustrée de Notre- Dame de Paris, au sujet de laquelle on lit dans le Journal des Débats du 27 novembre i835 la note sui- vante L'édition de Notre-Dame de. Paris, tirée à 1 1 000 exem- ]ilaires, qui se publie en ce moment, a été achetée à M. Vic- tor Hujço par M. Ilenduel moyennant une somme de soixante mille francs. Cela n'était pas tout à fait exact. Ce n'était pas seule- ment Notre-Dame de Paris que Renduel avait payé francs. Son traité, en date du 3 juillet i835, lui donnait aussi le droit de réimprimer Cromwell, Her- nani, Marion Delorme, le Roi s'amuse, Lucrèce Bor- jia, Marie Tudor et Amjelo ^. Quoiqu'il en soit, Victor Hugo, eu i83G, était assez accommodé des biens de la fortune. Il n'en restait pas moins parfaitement libre de n'aimer point à jouer le rôle d'amphitryon, — de Vamphitryon où l'on dîne. N'avait-il pas mieux à faire, et n'était-il pas le grand 1. Le Rûmanlisme et l'édilcuv Renduel, par Adolphe Jullien, chap. IV. Inédit. 2. Ibid. JSO VICTOR HUGO APRÈS 1830 lieu Jupiter » lui-même ?Les membres du Cénacle de- vaient se borner à brûler de l'encens sur ses autels et à l'adorer, à l'adorer seul. A lui seul étaient dus tout hom- mage et toute gloire ; il n'admettait pas que la louang-e se pût partag-er. Sainte-Beuve a dit, dans ses Cahiers Il est irrassasiable en louang-es. Quand vous lui en serviriez tous les matins une tranche aussi forte et aussi épaisse que l'était la fameuse table de marbre sur la- quelle on jouait les comédies au Palais, il l'aurait bientôt dig-érée, et avant le soir, à demi bâillant, il vous en de- manderait encore '. » Lui, de son côté, ne ménag-eait pas les élog-es à ses jeunes adeptes, pourvu que cela ne tirât point à consé- quence. C'est une monnaie dont il était prodigue vis-à- vis de ceux à qui elle ne pouvait pas servir. Théodore Pavie écrivait à son frère Victor, au sortir d'une soirée passée dans le salon de la place Royale Le poète a pai'lé longuement... Heureux g-énie qui, sans apprécier ni sentir aucune critique, monte, monte^, rayonne ou brûle comme un soleil, et fait sa course, comptant pour étoiles tout ce qui n'est pas lui, appelant du nom de poète tous ses amis, comme Bonaparte disait à ses sol- dats enfants ou camarades 2. » Les enfants et les cama- rades ne s'y trompaient pas, d'ailleurs ; les plus enthou- siastes sentaient bien que la politesse intéressée du maître recouvrait un implacable, un prodigieux ég-oïsme. L'n des membres les plus jeunes et les plus distingués du Cénacle, celui-là même qui, après la première repré- sentation d'Ant/elo, écrivait la lettre que j'ai reproduite, ne pouvait se défendre, à peu de temps de là, de tracer les lignes suivantes Les Hugo se portent bien. Je les 1. Les Cahiers de Sainle-Beuve, p. a. 2. Cartons de Victor Pavie correspondance de Théodore Pavie LE CÉNACLE DE 18;]0 181 al vus dimanche. M. Hug-o devient dur et âpre au tou- cher. Peut-êti^e cela tient-il à moi. Il faut toujours lui parler de lui-même *. » IV Comment s'étonner après cela que les amis de sa jeu- nesse, ses atnis véritables, se fussent presque tous déta- chés de lui ? Il est délicat, je le sais, de toucher à ces choses, où ce n'est plus le talent, mais le cœur qui est en jeu. Je laisserai donc parler ici un des membres du premier Cénacle, un homme qui avait aimé Victor Hui>t d'une amitié enthousiaste et passionnée, M. Adolphe de Saint- Valry, dont j'ai dû citer le nom si souvent dans le récit de la jeunesse du poète 2. Voici les pag-es qu'il écri- vait en i836 et que je détache d'un livre devenu aujour- d'hui à peu près introuvable C'était, — dit M. de Saint-Vah'y montrant le poète tel qu'il lui est apparu au début de leur liaison, — c'était un tout jeune homme au sourire virginal et candide, portant le génie en sa fleur empreint sur son large front; quelque chose do fort, de puissant et d'inspiré se révélait jus[ue dans ses moin- dres paroles ;' ses yeux tournés vers le ciel rayonnaient comme ceux d'un archange, la vertu et l'amour marchaient à ses côtés, la poésie coulait de ses lèvres à longs flots et sans nul effort... Il enfantait ses chefs-d'œuvre d'un seul jet, et la per- fection lui paraissait aussi facile, aussi naturelle que les ébau- ches et les tâtonnements sont indispensables au reste des hommes... Gomme tous les hommes forts et prédestinés, il se sentait une mission à remplir, et il avait reçju de sa mère, avec une part de sang breton, cette raideur de caractère sans laquelle on n'accomplit pas de grandes choses, brisé qu'on est au pre- mier choc ; chez lui, l'amour, la }oésie, l'inspiration, la rai- 1. Lettre de M. Adrien Maillard à Victor Pavie, 1833. 2. Viclor llu'jo avant 1R30, juissim. m VICTOR IIL'GO APRES 1830 son même, étaient comme les t^randes ailes d'une volonté de fer que rien ne pouvait détourner de son but. Ce but, il se l'était marqué à lui-même dès les premiers pas ; il avait étendu la main et il s'était dit J'irai là ; ce qu'ont accom- pli Christophe Colomb dans le monde physique, Luther dans la sphère des idées relig-ieuses, Mirabeau dans le monde poli- tique, je l'accomplirai, moi, dans la littérature de mon siè- cle. » Et ce qu'il s'était une fois dit, il le regardait comme fait... Un des premiers, je compris tout ce qu'il y avait de force, de puissance et d'avenir dans cette jeune tète de vingt ans ; je fus séduit, fasciné par tant de pureté, de grâce et d'imagi- nation mariées à un génie si franc et si vigoureux ; l'admira- tion développa en moi un sentiment d'amitié et un enthou- siasme presque aussi vifs et aussi passionnés jue l'amour même... Le prestige [ui m'éblouissail ne fut pas l'affaire d'un jour, mais de plusieurs années ; j'aimais, je me croyais aimé d'une amitié sincère et durable, semblable à la mienne ; j'étais heu- reux, heureux de mes crédules illusions, et plus j'allais en avant, plus s'offraient sous mes pas mille causes d'entraîne- ment aveugle... Nouveau Mélanchthon d'un autre Luther, je me serrais contre lui dans la mêlée, et j'aurais voulu parer ou recevoir dans ma poitrine chacun des coups qui lui étaient destinés. Et puis, quelle joie, quels transports, quel enivre- ment n'éprouvai-je pas à chacun de ses triomphes! que miens, ils m'eussent laissé froid en comparaison !... Mais, hélas ! que sont peu de choses toutes ces délicates et nobles jouissances, le jour où l'on vient à découvrir que le cœur de celui qu'on aime n'est point de la partie, lorsqu'on voit qu'on a été la dupe do sa propre exaltation et de l'illusion la plus mensongère ? Je fus bien longt>?mps, il est vrai, avant d'en arriver là... Ce- pendant, par instants, même au plus fort de ma chimère, cette fatale pensée venait sillonner mon âme comme un éclair si- nistre ; je trouvais parfois que l'affection de mon ami, trop réservée et trop contenue, répondait mal à mon ardente sym- pathie ; je lui aurais voulu plus d'égards, plus d'entraînement et d'abandon, et je ne sais quelle fleur de délicatesse senti- mentale qui lui manquait; j'avais enfin une sorte d'inquiétude de lui être plus nécessaire pi'aimable, plus utile que néces- saire... LE CÉNACLE DE 1833 183 Cependant, au fur et à mesure que son nom grandit, que de chel'-dœuvre en chef-d'œuvre, comme un aig-le vain{ueur, mon illustre ami monta dans les airs et parut s'emparor roya- lement de tout l'espace, ces induli^entes interprétations me devinrent de jour en jour plus difficiles et plus tard même tout à fait impossibles ; il se refroidit progressivement d'une manière sensible, peu à peu il fut plus sobre de confidences ; il me traita plus légèrement, et tint moins compte de mes té- moig-nag-es d'amitié. Bientôt, comme il arrive autour de toute gloire nouvelle, les sots courtisans et les vils flatteurs accou- rurent en foule, les séides éclipsèrent le fidèle ami, ma voix sûre se perdit au milieu de leurs éloges empestés et pleins de ridicules exagérations, mes louanges entremêlées de sages conseils et d'avertissements salutaires n'eurent plus qu'une saveur fade et importune ; il ne m'écouta plus qu'indifférem- ment et à regret ; je n'étais plus pour lui qu'un misérable instrument de renommée usé et sans valeur. Hélas ! qu'était devenu mon naïf et candide jeune homme à la voix si pure, au regard si céleste ? L'orgueil l'avait perdu, comme il en a perdu tant d'autres, comm3 il a perdu les anges eux-mêmes 1 Entraîné, ainsi que les novateurs en tout genre, hors de la mesure raisonnable, par le mouvement qu'il avait imprimé, ma critijue la plus circonspecte lui parut une injure ', ma modération une apostasie, la défection d'un esprit faible et sans portée ; je devins enfin littérairement à son égard, dans ma profonde obscurité, ce qu'Erasme avait été en matière de religion pour Luther. Ce dissentiment acheva de me perdre auprès de lui... C'est en vain que plusieurs fois j'essayai de lui rappeler notre vieille amitié cimentée par l'échange de tant de pensées hautes, par tant de vœux communs, tant de ser- vices rendus, par une si longue et si douce intimité de fa- mille; c'est en vain qu'avec cet accent d'une âme émue qu touche et qui persuade ceux qui peuvent l'être, je tentai de parler à son cœur tout fut inutile ; et après mille violents efforts, mille doutes, mille affreuses tortures pour repousser cette vérité déchirante, je fus forcé de m'avouer enfni à moi-même que les hommes de ht pensie n'ont point de cœur [lie celui-là, malgré mon profond dévouement pour lui, ne 1. Si vous le louez moins, si vous vous taisez après lui avoir donne les plus manifestes gages, il dit lourdement de vous ; C'est mon ennemi! » Les Cahiers de Sainte-Beuve, p. 4. 184 VICTOR HLGO APRÈS 1830 in'dvnit Jamais aimé, et qu? les parreiiiis le la gloire, si briHaiits qu'ils soient, ne raient souvent pas mieux que ceuj de la fortune .'... Je voudrais pouvoir reproduire en entier ces pactes éloquentes d'un honnête homme, atteint au plus pro- fond de son cœur, au plus intime de son âme. En voici du moins les dernières li^n>s r El pourlant, à y bien réfléchir, ne devais-jc pas, avant tout, nren prendre à moi seul de ce mécompte ? N'était-ce pas d'un insensé d'avoir attendu naïvement une réciprocité impossible de la part d'un homme d'ima£;ination exclusivement préoccupé d'art et de théories novatrices, dominé par son afénie aux dé- pens de son cœur ? N'aurais-je pas dû savoir que, dans ces existences ambitieuses et tourmentées, le plus souvent il n'y a de placo et de souci ipie pour la gloire ?... ... O vous donc qui avez eu la plus belle part de mon âme, illustre et noble ami à qui j'ai dû les plus pures jouissances que l'on puisse goûter parmi les hommes, allez, je vous par- donne, j'oublie le mal qui m'est venu de vous, à votre insu peut-être, et malgré vous ; je ne veux plus me souvenir que de la saint? amitié de notre jeune âge ; ma seule vengeance sera de prier au fond de ma retraite pour votre bonheur, pour celui de votre belle et innocente famille que j'ai tant aimée, et surtout pour votre retour aux principes de foi et aux grandes iiiées d'ordre sans lesquelles il n'y a en ce monde ni de salut pour les Etats ni de repos pour les consciences ' ! Après avoir lu l'ouvrag-e de M. de Saint-Valry, M"*" Victor Hugo lui adressa la lettre suivante, où elle dé- fend son mari avec plus de g-énérosité que de conviction. Dimanche ii décembre i830. -Mon bien cher .Monsieur, ne pensez pas mal de moi si je ne vous ai pas park^ ipiand je vous ai vu avec plus d'épanche- 1. DE Marlv, Manuscj-if publié par A. -S. de Sai\t- Valhy, précédé d'un mol sur l'ouvraijc par M. Charles Nodier, Deux volumes in 8. Paris, 183G, t. II, pp. 542 ù oGO. LE CÉNACLE DE 183G 18o ment de votre livre. Ne jugez pas mal de mon cœur ni de mon intellig-ence. J'étais embarrassée de vous en parler, mon mari n'ayant pu encore vous lire, devant lui, et lorsqu'il a été par- ti, nous n'étions pas seuls. Et puis vous me faites une si belle part que je doutais encore que ce chapitre s'appliquât à nous. Mon Dieu, Monsieur, je ne sais si j'ai joie ou tristesse de connaître à fond la noble et grande amitié que vous aviez vouée à mon mari, et par contre-coup peut-être aussi à moi, puisqu'il ne nous en reste que le souvenir. C'est une chose si rare et si précieuse qu'une amitié comme celle-là que la mort d'un semblable sentiment est un grand chagrin. Peut-être, Monsieur, avez-vous jugé du cœur de mon mari sur son écorce. Et comme vous le dites, sans doute aussi quelque pro- pos a-t-il pu refroidir cette intimité. Pourtant, croyez qu'il y a, au fond de ce grand ami que vous pleurez, une source qui peut s"ètre arrêtée un moment, mais qui ne peut tarir. Soyez convaincu aussi que sa compagne a souffert aussi de celte amitié déchue, sans perdre jamais l'espoir qu'elle puisse se renouveler. Adieu, Monsieur, rappelez-moi au souvenir de votre chère femme et revenez vite nous voir. Adèle Hugo '. Le 2 1 décembre, Victor Hug-o écrivait à son tour à l'auteur de J/""* de Mablij 21 décembre 30. Paris. J'ai lu votre livre, mon cher et ancien ami, j'y ai retrouve avec joie votre talent, et avec plus de joie encore votre cœur. Il y a un chapitre où vous me traitez beaucoup trop bien et beaucoup trop mal. Pourtant je ne vous gronderai pas, je ne veux que vous remercier. Hélas ! mon cher ami, vous ne me connaissez plus, vous me supposez. C'est une faute que com- mettent souvent à mon endroit les plus bienveillants. Un jour 1. L'adresse de celte lettre porte A Monsieur Sainl-Vatry, chez Monsieur de Rességuler, rue Taitbout. — Je dois la commu- nication le celte lettre à la gracieuse obligeiince de M"" Gaston de Saint- Valry. d86 VICTOR HUGO AI'RES 1830 viendra où vous et les autres me rendrez justice. En attendant- moi qui souffre quelquefois et qui ne me plains jamais, je vous aime et je vous pardonne. Toujours à vous cordialement comme autrefois. Victor '. Moi qui souffre quelquefois et qui ne me plains ja- mais paroles véritablement épiques dans la bouche du poète, qui n'a jamais pardonné; qui, après ving-t ans, trente ans écoulés, a bafoué, vilipendé, outrag-é, dénoncé à la haine et au mépris qui lui avaient une seule fois manqué de respect, les critiques qui avaient refusé, non de 1 admirer, mais de Tadorer. En marge de cette lettre d'une sérénité olympienne, où respire la clémence d'un roi, la long-animitéd'un sag-e, la bonté d'un Dieu, je ms bornerai à inscrire ces lig^nes que Henri Heine, presque à la même date, adressait àM. Aug-uste Lewald, directeur de la Revue théâtrale, à Stuttg-art Victor Hug-o s'entend refuser l'enthousiasme pour l'idéal, toute partie morale et la chaleur sympathique de lame. Presque tous ses anciens amis l'ont abandonné, et,, pour dire la vérité, l'ont abandonné par sa faute, blessés qu'ils étaient par son égoïsme 2. » 1. Cette lettre, comme la précédente, m"a été communiquée par M""' G. de Saint-Valry. 2. De lu France, par Henri Heine, p. 296. — Un peu plus tard, à la date du 30 avril lïiiO, Henri Heine écrivait Ce que nous regrettons surtout de ne pas trouver en lui, c'est ce que nous Allemands appelons le naturel. Victor Hugo est forcé et faur , et souvent dans le même vers l'un des hémistiches est en con- tradiction avec l'autre; il est essenliellement froid, comme lest le diable d'après les assertions des sorcières, froid et glacial dans ses etîusions les plus passionnées; son enthousiasme n'est qu'une fantasmagorie, un calcul sans amour, ou plutôt il n'aime que lui-même; il est égoïste, et pour dire quelque chose de plus, il est Htif/oïste. » Lut'ece, p. 54. CHAPITRE IX LA — SECONDE RENCONTRE AVEC L ACADEMIE Excursion on Bretagne. — Un acte de naissance. — La Esme- ralda. — M" Louise Berlin. — Hector Berlioz. — Le fauteuil le M. Raynouard. — Le docteur Pariset, Casimir Bonjour et M. Mignet. — M. Guizot et M'"* Emile de Girardin. — Le buste do 1837. David d'Angers. — Eugène Hugo. — La tragédie de Spartacu^. — Les Adieux poétiques de Gaspard de Pons. — Pourquoi Victor Hugo n'était pas républicain en 183G. — La duchesse d'Orléans. — Le tableau de Saint-Evre. I A la demande de M. Berlin, Victor Hug-o avait con- senti à tirer de Notre-Dame de Paris un libretto d'o- p;''ra, dont M^^^ Louise Bertin ferait la musique. Dès la fin de i83i, il s'était mis à la besog-ne, croyant sans doute, au début, que ce serait l'affaire de quelques jours, de quelques semaines au plus; il allait en avoir pour plu- sieurs années Tel qui part pour cinq ans croit partir pour un jour '. Sa correspondance avec les Bertin nous le montre. — de 1882 à i836, — travaillant toujours à ce libretto, le remettant ving-t fois sur le métier, se prê- tant, avec une infatig"able patience et d'ailleurs avec une parfaite bonne grâce, aux remaniements que ne cesse de lui demander l'auteur de la musique. 1. Victor Hugo, Li'i,eide du beau Vécopin et de la belle liaul- dour. {Le iUnn, t. H. 188 VICTOR HUGO APRÈS 1830 A^oici quelques extraits de cette correspondauce 17 février i834. Voici, Mademoiselle, la variante pour Ouasiinodo Je la devine, Je l'entrevois. Fille divine, Viens sans effroi ! Je vous accable de vers et de prose et de ports de lettres. Xotre-Dame de Paris vous assomme et vous ruine. Mais le jour de la première représentation tout sera compensé, efFacé, racheté. Vous serez au septième ciel et moi dans le troisième dessous. — Je me mets humblement à vos pieds comme il convient à la rime devant la note. i4 décembre i834... Brodez, Mademoiselle, voici du ca- nevas. Pauvre poésie, riche musique, il paraît que cela va toujours bien ensemble depuis Ouinault et Gluck jusqu'à vous et moi. — Je baise vos mains qui vont transfigurer mon cali- cot à treize sous l'aune en pourpre de Mdet. 3o juillet i836... Je vous envoie. Mademoiselle, tous vos vers y compris ceux de huit syllabes, et les monstres pour comparer... Voici maintenant deux variantes pour les vers du finale. Vous pourrez choisir... Il ne me reste plus qu'à vous dire à quel point je vous suis acquis. Ceci est sans variante. Nous vous le répéterons diman- che, aux Roches, ma femme et moi. — A vos pieds. V... '. Victor Hug-o écrivait ce billet du 3o juillet au retour d'une excursion, — où sa femme ne l'avait point accom- pag-nc. — Il venait de visiter les côtes de la basse Nor- mandie et quelques villes de Bi'etagne parmi lesquelles Fougères, patrie deiNI"'^ Juliette ^. Il faut croire que cette 1. Lettres de Victor Hugo aux Dertin, pp. 57, 62, 93. 2. M. Jules Claretie, d'ordinaire si exact, dit à tort, dans la Vie à Paris 1883, p. 237 M"^ Drouet était de Vannes. » Voici l'acte de naissance de M"" Juliette relevé sur les registres de l'état civil de Fougères Ille-et Vilaine Le onze avril mil huit LA ESMERALDA 189 dernière n'était pas on odeur de sainteté auprès de ses compatriotes et qu'elle avait quelque veng-eance à en ti- rer, car le poète ne les ménag-e guère. Evidemment ils avaient manqué de respecta sa princesse... Negroni, ce qui leur vaut d'être traités par l'auteur de Lucrèce Bor- jia comme de simples critiques. Il écrit de Saint-^Ialo à Eh bien! donc, je viens de Fouçères comme La Fontaint; revenait de Baruch, et je demanderais volontiers à chacun Avez-vous vu Foug-ères?... Quand vous dites aux stupides bourgeois, qui sont les punaises de ces magnifiques log-is, quand vous leur dites que leur ville est belle, charmante, ad- mirable, ils ouvrent d'énormes yeux bètes, et vous prennent pour un fou. Le fait est que les Bretons ne comprennent rien ù la Bretagne. Quelle perle et {VieXs pourceaux !... Pauvre Bre- lag-ne! qui a tout çardé, ses monuments et ses habitants, sa poésie et sa saleté, sa 'vieille couleur et sa vieille crasse par- dessus. Lavez les édifices, ils sont superbes quant aux Bre- tons, Je vous déjie de les laver... Vous apercevez une char- mante chaumière qui fume g'aiement à travers le lierre et les rosiers; vous admirez, vous entrez. Hélas! mon pauvre Louis, cette chaumière dorée est un affreux bouge breton où les cochons couchent pèle-mèle avec les Bretons. Il faut avouer que les cochons sont bien sales. Lorsqu'il écrivait ces jolies choses, le poète avait-il cent six, à trois heures du soir, par-ilcvant nous, Louis Binul, maire et officier de l'état civil de la commune de Fougères, est comparu Julien Gauvain, tailleur, âgé de vingt-neuf ans, demeu- rant à Fougères, rue de la Révolution, lequel nous a présenté un enfant du sexe féminin, né le jour d'hier à sept heures du matin, de lui déclarant et de Marie Marchandet, son ép U3e, auquel enfant il a déclaré vouloir donner les prénoms de Ju- lienne-Joséphine. Lesdites déclaration et présentation laites en présence de François huissier, âgé de vingt-cinq ans, demeurant à Fougères, et de François Baunier, jardinier, âgé de soixante-huit ans, demeurant en Lecousse, et ont, le père et les témoins, signé avec nous le présent acte après que lecture leur en a été faite. Signé Julien Gauvain. — Dorange. — Fra'içois Haunier. — L. Binel. J'JO VICTOR HUGO AI'RÈS 18".0 donc oublié que sa mère était Bretonne ? Il ne lui suf- fisait pas d'ailleurs de les avoir écrites à Louis Boulan- ger; sa lettre fut publiée dans /e Ve rt- le r t, iouvnal de son ami Anténor Joly ^ du coup, M" Juliette de Fou- gères était veng-ée ! Cependant Topera de Victor Hugo et de M"e Bertin était entré en répétition à l'Académie royale de musique-. Le matin de la première représentation, le i4 novem- bre, le Journal des Débats publia l'avis suivant, sous la signature de Jules Janin L'Opéra donne ce soir la première représentation à'Esnie- ralda, un grand drame en quatre actes, dont le sujet est tiré de Notre-Dame de Paris, ce beau livre. Il n'y a pas, que je sache, d'indiscrétion à dire à l'avance que le libretto a été ôçrit par M. Victor Hu^-o lui-même. C'est là déjà une recom- mandation puissante pour cette masiqu3 nouvelle, l'œuvre d'un jeune esprit plein d'audace, de persévérance, de coaragv^, et qui, soit qu'on l'écoute avec faveur, soit qu'il rencontre, ce qu'à Dieu ne plaise! une de ces mille oppositions inconnues qu'on ne peut prévoir et qu'on n'essaie même pas de prévenir, aura fait preuve, à coup sur, d'une imag-ination puissante et d'un talent viril. — J. J... ^. La représentation fut très brillante, malgré l'absence 1. Victor Hugo vient toujours nous voir de temps à autre; mais le diable d'homma ne tient pas sur pied à peine arrivé, il songe à son départ. Le Vert-Vert a publij deux lettres de lui écrites à Boulanger pendant sm voyage. Il y maltraite encore mes pauvres Bretons... » Lettre de M. l'ierre Fouclier, écrite de Fourqueux, le 7 août 1836. Victor Hugo intime, par Alfred Asse- line, p. 89. Les Lettres du Victor Hugo à Louis Boulanger, écrites l'une de Saint-Malo, l'autre du Tréport, et publiées ilans te Vert-Vert, ont été l'eproduites par la Revue du siècle de 1836, t. H, p. 114. 2. M'" Louise Bjrtin 1803-1877 avait déjà fait jouer trois opé- ras Guij Mannering, le Loup-Garou et Fausto. 3. Journal des Débats, 14 novembre 1830. SECONDE RENCONTRE AVEC L'ACADEMIE l'Jl de la famille royale, due à la nouvelle, arrivée ce jour- là même à Paris, de la mort du roi Charles X. On li- sait le lendemain dans la Presse Ce soir, à l'Opéra, les lop;'as de la maison du roi et celle du prince royal étaient vides; il ne fallait pas un événement moins grave pour empêchsr la famille royale d'assister à une pre- mière représentation d'un si vif intérêt pour le Journal des Débats, ce journal ég-alemsnt dévoué à toutes les royautés jusqu'à la veille de leur chute ou de leur mort. L'opéra de Mlle Bartin a été avec hienveillance jusqu'à la fin. Malheureux roi ! Heureux Journal des Débats i .' Bien que l'opposition redoutée par Jules Janin ne se fût pas produite, la Esmeralda n'eut qu'un très petit nombre de i^eprésentations, six seulement 2, et non pas huit comme il est dit dans Victor Hiujo raconté '^. Le théâtre avait cependant mis à la disposition des auteurs l'élite de sa troupe. M"*^ Falcon jouait Esmeralda ; Adol- phe Nourrit, Pltoebus de Ckâteaupers ; Levasseur, Claude Frollo ; Massol, Ouasimodo. L'on aura une idée, disait la Revue de Paris, du soin que l'on a mis à l'exécution de la pièce, en apprenant que Serda et Alexis Dupont ont bien voulu accepter des parties se- condaires *. j M"e Tag-lioni dansait dans le ballet. Ne pouvant s'en prendre aux acteurs de 1 "insuccès de sa pièce, Victor Hug-o essaie d'en rendre responsable, au 1. Presse, l.'i novembre 183i. 2. L'opi'i-a do Victor Hugo et do M" Berlin fut joué les 14, tO, 18, 21 novembre, 5 et IG décembre 1836. La représentation du 16 décembre, — la sixième, — fut la dernière de louvraye com- plet. Du 12 mars 1837 au 23 octobre 1839, le premier acte a été joué seul avec des ballets dix-neuf fois. RenseiHncments com- muniqués par M. arcliiviste du tbéàlre national de l'Opéra.; 3. \ iclor Hugo raconté, t. II, p. 440. 4. La Revue de Paris, nouvelle série, t. pp. 212 et suiv. Article de Caslil-Blazo. 192 VICTOR HUGO APRES 1830 moins dans une certaine mesure, le directeur, M. Du- ponchel. Il lui reproche la mesquinerie de la mise en scène ». Les décorations et les costumes n'avaient rien de riche ni de pittoresque. Les seig-neui's avaient Tair de pauNTes et les truands de bourg-eois i. » — La vérité est que yi. Duponchel, qui devait son privilèg"e à M. Ber- tin, avait, au contraire, très bien fait les choses. Je lis dans le compte rendu de la Revue de Paris On re- trouve chez Mme de Gondelaurier - tout le luxe des sei- gneurs et des dames de ce temps... — Sept décors se dé- ploient dans les quatre actes d'Esmeralda. Ils sont tous d'une grande vérité. L'ég-lise de Notre-Dame y fig-ure trois fois et par sa position indique parfaitement le lieu de la scène. Paris, au coucher du soleil, vu du quai Saint-Bernard, est d'un effet charmant. L'intérieur de Notre-Dame fait beaucoup d'honneur au pinceau de MM. Philastre et Cambon ^. » Malg-i^é la mesquinerie de la mise en scène », les choses auraient pu aller, sans les journaux qui perdirent tout. Les journaux, dit Victor Hug-o, furent d'une vio- lence extrême contre la musique. L'esprit de pai'ti s'en mêla et se veng-ea sur une femme du journal de son père ^. » C'est encore une erreur. La presse se montra très favorable à M''*' Bertin, et le Journal des Débats le constatait lui-même en ces termes, dans son numéro du 17 novembre Mes élog-es ont attendu, écrivait Jules Janin, et Dieu sait cependant si cette attente m"a coûté, que des juges plus impar- tiaux se fussent rang'ésdu côté de Tceuvre nouvelle. Mais au- 1. Victor Hugo raconté, t. IT, p. 439. 2 L'acte II se passait dans lu salon de riiôtel de M""^ Aloïse de Gondelaurier. 3. Revue de Paris, loc. cit. 4. Victor Hugo raconté, t. II, p. 440. SECONDE RENCONTRE AVEC L'ACADEMIE 193 jourd'huique l'opinion semble adopter la Esmeralda, aujour- d'hui que la presse entière n'a qu'une voix pour proclamer l'incontestable mérite de cet ouvrage, après une seconde épreuve plus difficile, peut-être, mais non moins éclatante, non moins heureuse et non moins décisive que la première, il me semble que moi-même, malçré toutes mes préventions favo- rables et si lég'itimes, j'ai bien le droit de parler de l'opéra de Mlle Bertini/ La presse de l'opposition, en effet, avait mis une sorte de coquetterie à ne pas confondre ces deux choses, la musique de MH^ Bertin et la politique de M. Bertin, à désarmer devant l'une sans cesser de combattre l'autre. S'il était un journal qui fît à la feuille de M. Bertin l'aîné une g-uerre implacable, c'était assurément la Gazette de France. Voici comment elle appréciait la partition de la Esmeralda Nous aimons à reconnaître dans MUe Bertin une étude ap- profondie de l'art de la composition, de ses ressources et de ses moyens. C'est ce que les connaisseurs ont pu remarquer dans l'arrang-ement des effets d'orchestre et la facture g'énéralement savante des chœurs et de quelques morceaux d'ensemble... Là où le compositeur a pu imposer silence au poète par le bruit des instruments et l'éclat d'un grand nombre de voix, le com- positeur se retrouve avec ses intentions dramatiques et tou- jours sages... Nous avons cité l'air de Quasimodo, au qua- trième acte ; il a été écrit de verve et son originalité lui assure un succès de vogue. La facture en est vive et spirituelle. Le duo de la prison, dans le même acte, a été généralement senti et admiré pour la largeur de l'expression dramatique. Mais ce qui distingue cette partition est précisément ce qui offre le plus de difficultés au compositeur, et produit cependant le moins d'effet dans la plupart des opéras, nous voulons parler des chœurs. La scène des buveurs au troisième acte est haJji- lement conçue comme exécution scénique et instrumentale. On aurait peut-être mieux goûté l'expression vive et énergique, 1. Journal des Débats, 17 novembre 1830. 194 VICTOR HL'GÛ APRES 1830 quoique simple, de la scène du pilori, sans le dégoût et Thor- reur qui saisissent le spectateur à la vue de cet appareil pati- Lulaire... — Il y a du savoir, du talent et des morceaux très recoramandables dans la partition de M'ieBertin'. Comme la Gazette de France, la Ouotidieiuie qWq- même, et aussi le Xational, firent lélog-e de la partition ^. Les journaux ne furent donc pas d'une violence ex- trême contre la musique de M'ie Bertin. Ce qui est vrai, c"est que plusieurs d'entre eux attaquèrent violem- ment, non la broderie, mais le canevas, non la parti- tion de M"'' Louise Bertin, mais le libretto de Victor Hugo. La pièce de M. VictorHug-o, disait la Gazette de France, est la plus grave atteinte qui ait été portée à la relig-ion, aux mœurs, aux principes doixlre, aux croyan- ces, aux idées de justice de toute une nation... — Après les org-ies des truands, les cabarets infâmes de la Cour des miracles, le coupe-gorge de Clopin Trouillefou et le pilori de la Grève, on assiste à la pai^odie des plus au- gustes solennités de lareligion... On a vu paraître sur la scène les bannières, les cierges, un confesseur, des enfants de choeur, les pénitents noirs, et tout le clergé de Notre- Dame, en surplis et en aumusse, son dignitaire en tète avec la robe violette. On chante en faux-bourdon, dans le chœur de la basilique, ouvert aux spectateurs Omnes fluctua fluminis Transierunl super me. In imo voraginis Ubi ploranl animw ^. Les feuilles républicaines et protestantes ne jugeaient \. La Gazelle de France, 22 novembre 1836. 2. Le yalional du 16 noA embre 1836. La Quotidienne du 17 no- vembre. Voir également le Conslilutionnel du 16 novembre, le du 17 article de Cliarlcs Merruau, la Presse du 21 ar- ticle de Frédéric Souliéj. 3. Acte IV, scène IV. SECONDE RENCONTRE AVEC L'ACADEMIE \'Mi pas autrement que la feuille catholique et royaliste Té- trang-e libretto du poète. Le Bon Sens, rédige par Louis Blanc, s'exprimait en ces termes La censure, si scrupuleuse au sujet des au- teurs dramatiques, a permis à M. Victor Hugo de mettre sur la scène un prêtre amoureux ; et quel amour, et que' prêtre , grand Dieu ! un prêtre qui, lorsque Quasimodo lui demande pardon, ose répondre A'on ! Je suis prê- fre! comme si la qualité de prêtre excluait le pardon ! un prêtre hideux d'impureté ! » La revue protestante, /' Semeur, terminait ainsi son article Ce qui nous touche phis encore, c'est la blessure qui est faite à la religion. Montrez à des Français, fort ignorants pour la plupart sur les vérités du christianisme, n'ayant ja- mais ouvert les Saintes Ecritures, et toujours enclins à accuser la doctrine des torts de ceux qui l'enseignent montrez-leur Claude Frollo, et pénétrez ensuite, s'il vous est possible, dans la conscience des spectateurs. Voyez comme ils s'enracinent dans leur indifférence, comme ils s'enfoncent dans leur incré- dulité, et quel dédain ils éprouvent pour les esprits faibles et crédules qui vont écouter encore les instructions d'un prêtre ! Le Semeur, la Gazette de France, le Bon Sens, avaient raison la pièce de Victor H ug-o était un scan- dale». Comment M^^^ Berlin et son père n'avaient- ils pas compris, dès le premier jour, qu'un tel libretto était im- possible, que ce canevas tuerait la broderie, que ceci tuerait cela ? Sans doute Notre-Dame de Paris était une merveille d'art et de style; mais l'art ôté, le style disparu, que restait-il ? une action puérile, des truands qui faisaient rire, un amoureux, Phœbus de Château- pers, qui faisait pitié, un autre amoureux, Quasimodo, qui faisait peur, un troisième amoureux, Claude Frollo, cui faisait horreur. Rapprochés du spectateur, étalés sur 196 VlCrOR HUGO APRÈS ;-ique éloquence dont le puissant écrivain les avait su revêtir dans son livre, les transports lubriques de l'archidiacre étaient hideux. Un musicien de g-énie, un JNIeyerbeer ou un Ber- lioz *, les eût fait passer peut-être ; c'était folie d'attendre un tel prodig-c de la musique honnête et sage de M"e Bertin. Et puis, est-ce que Victor Hugo n'était pas allé de lui- même, avec un aveug-lement inconcevable, au-devant d'un échec certain? En 1882, les spectateurs du Théâtre- Français avaient refusé de le suivre dans le bouge de Saltabadil ; ils ne lui avaient pas permis de faire asseoir François I^'" sur les bancs de ce cabaret borg-ne, aux côtés de Maguelonne. Et voilà qu'en i83G il ne trouve rien de mieux à offrir aux spectateurs de l'Opéra que ce même boug-e, ce même cabaret borgne, avec cette seule différence que Saltabadil s'appelait Clopin Trouillefou, et que le poète, cette fois, traînait dans la boue et le sang-, non plus le pourpoint du roi, mais la robe du prêtre ! Décidément, l'invention n'était pas le fort de Victor Hu- go. Il n'avait pas dépendu de lui que le bouge du Roi s'amuse ne reparût, dès i835, dans Aiiffelo. Je lis dans Victor Hugo raconté Le drame [Angelo], dans son état primitif, avait cinq actes. La mort d'Homodéi, au lieu d'être en récit, était en action. Rodolfo allait punir l'espion dans un bouge de bandits où se mêlaient le vin 1. Berlioz avait surveillé les répétitions de la Esmeralda. On lui attribua l'air des Cloches, voire niênie la partition tout en- tière. Il n'en était rien. Dans une lettre à son ami Ferrand, il écrit Je ne suis pour rien, absolument rien que des conseils et des indications de foi-me musicale, dans la composition de M"" Bertin ; cependant on persiste dans le public à me croire l'auteur de l'air de Quasiraodo. Les jugements de la foule sont d'une témérité efTrayante. » Hector Berlioz, sa vie et ses œuvres, par Ad. JuUien, p. iOO. SECONDE RENCONTRE AVEC L'ACADEMIE 197 et le sang-. Après la lecture au comité, M^I. Taylor et Jousliii de Lasalie vinrent trouver l'auteur, l'acte des bandits les inquiétait; le Roi s'amuse avait dû en partie sa chute au bouge de Saltabadil; le boug-e d'Homodéi ferait tomber Angelo... Ils obtinrent de l'auteur la sup- pression de l'acte >. » Ce n'est pas seulement l'acte du bouge qu'il eût fallu supprimer dans Esmeralda, pour empêcher la pièce de tomber, c'était encore l'acte du parvis Notre-Dame. Le Moniteur, qui n'était nullement hostile à Victor Hug-o, caractérisait ainsi son libretto Un poème presque toujours commun, sans intérêt, sans charme; souvent, par ses détails et par le spectacle qu'il présente, peu digne de la magnifique scène sur laquelle on le jette -. » Parmi ceux qui sifflèrent la pièce, qu'un certain nom- lire, bousing-ots ou carlistes, l'aient fait en haine des Débats et de M. Bertin, cela n'est pas douteux; mais les sifflets allaient surtout à l'auteur des paroles. — ]M"e Louise Bertin avait consacré cinq années à écrire la partition à' Esmeralda, elle y avait mis le meilleur de son âme et de son talent. Arrive le jour de la première représentation les espoirs si long-temps caressés , les rêves d'avenir et de g-loire,tout s'écrouleenun instant. La faute en est à Victor Hug-o. C'est son libretto -que l'on siffle et dont la chute entraîne celle de la partition. Ce galant homme n'en est point troublé. 11 se retourne vers la malheureuse femme qui pleure ses espoirs brisés, son rêve évanoui; il s'incline devant elle, et pj-ndant que, autour de lui, les sifflets font rag-e, il lui dit avec tran- quillité Eh! ma sœur, c'est ù vous que ces sil'ilcls s'uiliosscnl ! 1. Victor IJii' o rarontr, t. II, p ii'.\. 2. Moniteur du l'I iiovciiibie llSoO. VICTOR HUGO APRÈS 1830 III Un autre échec allait marquer pour Victor Hug-o la fin le i836. On lit à la dernière pag-e de Victor Hugo raconté par lin témoin de sa vie M. Victor Hug-o se présenta en i836 à rAcadémie française l'Académie lui préféra M. Dupaty. Il se présenta une seconde fois en 1889 TAcadémie lui préféra M. Mole '... » La candidature de 1889 ne fut pas la seconc^e^ mais la troisième. La seconde se produisit au mois de novembre i836, à la suite de la mort de M. Raynouard, l'auteur des Templiers '. Le poète n'avait, cette fois, queti'ois concurrents M. Mig-net, membre, depuis 1882, de l'Académie des sciences morales et politiques et auteur d'une Histoire de la Révolution française, qui était alors presque aussi célèbre qu'elle est aujourd'hui oubliée; — M. Pariset, membre de l'Aca- démie de médecine, l'un des cinq médecins français qui étaient allés, en 182 1, étudier la peste de Barcelone et dont Victor Hug-o, dans l'une de ses premières odes, avait célébré le dévouement 3; — M. Casimir Bonjour, auteur de comédies en vers applaudies au Théâtre-Français, la Mère rivale, les Deux cousines et le Mari à bonnes fortunes. M. Casimir Bonjour commençait cette chasse au fauteuil qui devait durer ving-t ans et dont il revenait toujours bredouille. Il y a g-ag-né du moins de devenir lég-endaire. Soijnom est synonyme de candidat perpétuel, perpétuellement évincé, si bien que, lorsque vous ren- 1. Viclor Hugo raconté, t. II, p. 483. 2. M. Raynouanl était mort le 27 octobre 1836. 3. Odes et lia/lade-f, liv. IV, ode iv, le Dévouement. — Victor ITugo l'uvail iiitiluléî d'abord Bnrcflone, puis le Dévouement la peste. iVuy. Victor lluyo avant IS3i. p. 131. SECONDE RENCONTRE AVEC L'ACADEMIE 199 contrez un de vos amis faisant ses visites académiques, il vous est interdit de lui dire Bonjour ! sous peine de le voir vous tourner le dos comme à un mauvais plaisant et à un porte-malheur. M. Guizot, élu académicien le 28 avril précédent, patronnait la candidatui^e du poète. Dans une lettre de M. Théodore Pavie, écrite à son frère Victor le 16 dé- cembre i836, je trouve le passag-e suivant J'ai vu Mme Hugo, mais point le poète, qui n'est jamais à la maison... Quant à l'Académie, pour Hug-o, c'est douteux en- core cette fois ; mais il est décidé à se présenter toujours. Lamartine blessé au genou ne sera peut-être pas de retour. Guizot, qui présente Hugo par opposition à Mignet, candidat de Thiers, Guizot ne sera sans doute pas encore reçu officielle- ment et ne pourra voter '. Guiraud est à Limoux à faire sa blanquette. Il ne reste de ferme que Chateaubriand et Soumet j car Nodier est passé aux Classiques, transfuge et débile 2. Le 2Q décembre, l'Académie procéda à l'élection. M. Mig-net fut élu au cinquième tour de scrutin. Aux trois premiers, Casimir Bonjour avait tenu la tête avec 1 1 voix; Victor Hugo n'en avait réuni que 6, moins que M. Pariset qui en avait obtenu Après le vote, M'"e de Girardin écrivait dans son Courrier de Paris Le grand scandale tle la semaine est la préférence donnée par l'Académie à M. Mignet sur Victor Hugo... L'Académie est une jeune fille romanesque qui ne comprend que les choix du cœur. En vérité, elle fait pitié... La France, Mes- sieurs, vous demande d'honorer ce qu'elle admire et de couronner le talent qui dans l'étranger fait sa gloire. Pour l'honneur du pays, Victor Hugo a pour soutiens dans l'Acadé- mie Chateaubriand et Lamartine la justice viont tW^n haut, 1. La réception de Guizot eut lieu le ±2 déconibio ISiG. 2. de Victor l^avie. 200 VICTOR HL'GO APRÈS 1830 comme vous voyez. Quelqu'un disait à propos de cela Si l"on pesait les voix, Hugo serait nomme ; malheureusement on les compte * . » Si lannée i83G avait mal fini pour Victor Hugo, 1887 allait s'ouvrir sous de meilleurs auspices. David d'An- gers fit son buste, et ce buste était un chef-d'œu\Te. Leui^s relations remontaient à 1827. La connaissance sV'tait faite sous les auspices de M. Pavie père, compa- triote de David, qui avait réuni le sculpteur et le poète, aux Frères-Provençaux, dans un déjeuner à la suite duquel ils se trouvèrent amis -. En 1828, David avait fait le médaillon de Hugo, qui lui envoya ses poésies avec ces mots Du papier pour du bronze t Victor Hug-o n "avait que ving-t-six ans ses traits arrondis et régu- liers, sa fine chevelure, son œil profond et doux don- naient à sa physionomie, avec un grand air de jeunesse, beaucoup d'élégance et de grâce. Peu à peu ses traits s'accentuèrent, sa figure prit un caractère marqué de force et d'énergie. Ce fut alors que, saisissant avec son coup d'œil d'artiste cette transformation, David lui pro- posa d'exécuter son buste 3. Pareille demande n'était pas de celles que l'on repousse, et, le 3 février 1887, David écrivait à Victor Pavie J'ai enfin commencé le buste de notre Hugo; je vais faire tout ce qui dépendra de moi pour tâcher de faire une œuvre digne de l'admiration que j'ai pour son génie. Il est temps d'entreprendre ce travail, car la partie sensuelle de son visage commence à lutter vigoureusement avec la partie intelligente, c'est-à-dire que le bas du visage est presque aussi large que le front *... \. La Presse, 7 janvier 1837. 2. Victor Pavie, sa jeunesse, ses relations littéraires, p. 241. 3. Ibid. 4. Caitous do Victor Pavie correspondance David d'Angers SEGOXDE RENCONTRE AVEC L'ACADEMIE 201 Le 8 février, nouvelle lettre de David ... Le buste de Hug-o est prestjuc leniiint'. Il paraît content et vient avec beaucoup d'assiduité... A quelques jours de là, c'est Théodore Pavie qui écrit à son frère Le buste de Hug-o est fini. Hugo pense, et je le croirais volontiers, que c'est le plus beau qui soit sorti des mains du g-rand artiste. Jamais je n'ai vu une terre vivante comme celle- là. On y sent VOrientale et la Feuille d'automne, le front qui mûrit avec l'àg-e, l'orange {ui devient jaune doré; et les grands cheveux métalliques ombragent cette nuque puissante. Au reste, cette terre est pour Angers '... Ce premier buste - était malheureusement affublé d'un col d'habit et d'une cravate; c'était une faute que plus tard David tiendra lui-même à réparer. En 1842, il fera un second buste, définitif celui-là, un Hug-o sans col d'habit et sans cravate, au cou puissant, au front cou- ronné de lauriers. IV Le 20 février 1887, Eug-ènc, le second des trois fi-ères Hug-o, mourut à l'asile de Saint-Maurice, près de Cha- renton^. Il était né à Nancy, le 29 fructidor an VIII 1. Carions de Victor Pavic correspondance David d'Angers. 2. Sur ce buste de 1837, je trouve les indications suivantes dans le beau livre de M. Henry Jouin sur David d'Angers Victor Hiifjo. Buste, marbre, bauteur 0'°,G2. Offert au modèle. — Modèle terre cuite, musée David. Ecrit à l'ébaucboir .-1 son ami Victor Hugo. P. J. David, 18.^7. — l'iàtrc, nnisée de Saumur. Donné par l'auteur. — Plâtre, appartenant à M. Victor l^avie. Donné par l'auteur. — Plâtre, musée de Cambrai. Donné par l'auteur. » 3. 11 est dit, dans Victor Hugo raconté t. If, p. 443, qu'Eugène mourut M dans la maison Saint-Maurice, à Charenton ». Suint- Maurice est une paroisse distincte de Cbarenton. L'acte de décès, dressé à la mairie de Saint-Maurice, le 21 février 1837, 202 VICTOR IIlGO APRES 1830 i6 septembre 1800 . Poète comme Victor, il avait eu, on 1818 , une pièce couronnée aux Jeux Floraux , l'Ode sur la mort du duc d'Enghien; elle a été re- produite par le Conservateur littéraire *, ainsi qu'une traduction de l'ode d'Horace A Tkaliarque 2, dans laquelle je remarque ce vers Le présent est à toi ; l'avenir est aux Dieux ! Victor Huq'o se souvenait-il de ce vers de son frère, lorsqu'il a dit Non, l'avenir n'est à personne, Sire, l'avenir est i Dieu *! Sainte-Beuve, dans sa notice sur Victor Hug-o, écrite 4ni i83i pour Xa. Biographie des Contemporains, a con- sacré quelques lignes à Eug-ène Vinrent les Cent-Jours les dissidences domesticiues entre Mme Huijo et le général s'étaient envenimées celui-ci, rede- venu influent, usa des droits du père, et reprit d'autorité ses deux fils *, ce qui autj'menta encore la haine des enfants contre le e;-ouvernement impérial. Comme il les destinait à rÉcole polytechnique, il les plaça dans la pension Cordier et Décote, rue Sainle-Mari^ucrite ils y restèrent jusqu'en 1818 et suivirent ai là les cours de philosophie, de physique et de mathématiques au collèsce Louis-le-Grand... ... En 18 18, les deux frères obtinrent du général Hugo la ^ràce de ne pas entrer à l'Ecole polytechnique, bien qu'ils porte qu'Eugène Hugo, ancien commis au Ministère de la guerre, avait été transporté du Val-de-Gràce à Saint-Maurice ». 1. Neuvième livraison, avril 18io. 2. Horace, Od»,> d outre-tombe Tous tant, que nous sommes, nous n'avcns à nous que la minute présente; celle qui la suit est à Dieu. » 3. Les Citants du crépuscule Napoléon IL •i. Ses deux fils cadets, Eugène et Victor, restés près de leur mère, aux Feuillantines. Abel, l'ainé, déjà sous-lieutenant, c'avait pas quitté son père. SECONDE RENCONTRE AVEC L'ACADÉMIL 205 fussent prêts par leurs études. Eui*-ène avait çan^né un prix aux Jeux Floraux; l'émulation de Victor en fut excitée; il concourut à son tour, tout en prenant ses inscriptions de droit, et remporta deux prix coup sur coup, en 1819... ... Un mot encore sur cette période du Conservateur litté- raire, et sur les deux frères, Eugène et Victor, qui en étaient les rédacteurs assidus... Eugène surtout à qui nous devons bien, puisque nous l'avons nommé, ce triste et religieux sou- venir, adolescent mélancolique, plus en proie à la lutte, plus obsédé et moins triomphant de la vision qui saisit toutes les âmes au seuil du génie et les penche, échevelées, à la limite du réel sur l'abîme de l'invisible, Eugène a exprimé dans le recueil cette pensée pénible, cet antagonisme désespéré, ce duel du précipice; la poésie soi-disant erse, qu'il a composée sous ce nom, est tout un symbole de sa lugubre destinée. Les nom- breux articles de critique dans lesquels il juge les ouvrages et drames nouveaux respirent une conscience profonde, et accusent un retour pénétrant sur lui-même, un souci comme effaré de l'avenir '. Sainte-Beuve, presque toujours si exact, s'est ici trom- pé. Les nombreux articles de critique, dans lesquels il a cru découvi'ir de si lug-ubrespi^essentiments, ne sont pas d'Eug-ène, mais de Victor, ainsi {ue je l'ai établi dans mon étude sur le Conservateur littéraire 2. Quoi qu'il on soit, Eug-ènc Hugo s'était annoncé, lui aussi, comme un vrai poète. Tous ses amis estimaient que son nom se- rait un jour l'ég-al de celui de Victor ; ils croyaient voir déjà leur g-loire fraternelle monter à l'horizon et briller au ciel comme un astre nouveau Sic Iralres lleleme, luclda sidéra. Le jour était proche cependant où les voies des deux frères allaient tout à coup se séparer; — où l'un allait i. Sainte-Beuve. Biographie du Victor Hugo, écrite en 1831 pour la Biographie des contemporains, dirigée par Veilli de Bois- Jolin. 2. Victor llinjo avant IStO, cliap. v. 204 VICTOR HUGO APRÈS 1830 gravir d'un pas infatig-able les plus hauts sommets de la g-loire, où l'autre allait voir s'ouvrir brusquement à ses pieds un abîme... Le maria2;-e de Victor Hugo avec M"»^ Adèle Foucher avait été célébré le 12 octobre 1822. Au dîner de noces, son frère Eug-ène prononça des paro- les incohérentes qui frappèrent ses voisins de table. Lors- qu'on entra chez lui. le lendemain matin, on le trouva poussant des cris forcenés et s'escrimant à grands coups de sabre contre les meubles de la chambre, illuminée comme pour une fête. Il était fou. Le comte Gaspard de Pons, très lié à xette époque avec les frères Husfo, dans une pièce de fies Adieajcpoéiiqiies ,'mtitulùe laDémence, a soulevé une partie du voile qui recouvre cet épisode. J'en citerai seulement quelques vers. S'adressant .4 ce qui fut Eugène, le poète lui dit Peut-être, dédaigné par l'Amour et la Muse, Un désespoir jaloux s'alluma dans ton ca;ur; Tu haïs malgré toi ton rival, ton vainqueur... La mort de la pensée au plus affreux destin A seule, hélas ! pu te soustraire Tu cessas bien à temps d'être toi, d'èti-e frère, Le premier frère lut Gain, Oui, certe, et dans ce mot ne vois pas un outrage L'outrage serait lâche autant que solennel. Ton cœur fut assez chaud pour qu'un moment d'orage En toi pût allumer im foudre criminel '. . . Et dans une note de sa"pièce,Gaspai'd de Pons ajoutait Cet Eugène, qui est mort enfin, après avoir survécu quatorze ou quinze ans à son âme, à son intelligence, cet Eugène dont j'ai voulu recueillir la gloire avortée, avait ébauché une tra- gédie de Spartaciis, tragédie très romantique alors, qui serait trouvée trop classique aujourd'hui. Dans la scène d'exposition, un édile faisait l'appel des gladiateurs inscrits pour les pro- chains jeux du cirque, et les accouplait chacun avec rhonimc ou la béte féroce contre laquelle il devait combattre. On 1. Adieux poélirj lies, parle comte Gaspard de Pons, t. II. p. 324. SECONDE RENCONTRE AVEC L'ACADEMIE 205 appelait, ainsi, au milieu de noms obscurs l'Ours le déimra- teiir ! Spartacas ! et voilà de quelle manière le héros esclave était annoncé. Je ne sais si c'est du romantique ou du clas- sique, mais c'est du sublime assurément. On ne parlait jamais d'Eug-ène chez Victor Hug-o, si bien que beaucoup, parmi ceux qui fréquentaient la maison de la place Royale, ig-noraient son existence ^. Le poète lui a consacré, dans les Voix intérieures, une très belle pièce Doux et blond compagnon de toute mon enfance - !. . . Cette pièce est adressée A EUGÈNE V^ H, — Vicomte Huffo. Si Eug-ène était vicomte, son frère héritait de ce titre. Jusque-là Victor Hug-o avait dû se contenter d'être baron. Lors de la naissance de son fils François- Victor il avait fait imprimer ce billet de part M. Madame la baronne Victor Harjo est heureusement accou- chée d'un garçon. Monsieur le baron Victor Hugo a l'honneur de vous en faire part. La mère et l'enfant se portent bien 2. Paris, 21 octobre 1828. En cette même année 1828, Victor Hug-o adressait à un journaliste une note autobiog-raphique, écrite tout entière de sa main. Elle commence ainsi HUGO Victor- 1. Eugène Hugo était doué d'un talent prodigieux qu'une maladie du cerveau empêcha de se développer, et lut longtemps enfermé dansune maison d'aliénés commeonne parlait, jamais de lui, beaucoup d'amis ignoraient son existence. » [Victor Pa- vie, sa jeunesse, ses relations tittéraires, p. 266. 2. Les Voix 3. Ilnd., XXV. 4. Jbid , XXI. 218 VICTOR HUGO APRÈS 1830 C'est bien cela Taniour, dans les vers de Victor Hug-o, c'est une conjugaison, un exercice, un thème, sur lequel il exécute des variations brillantes, comme il en exécutera, dans un autre moment, sur Dieu, la nature, les champs, les arbres et les fleurs. Et de même que, pour lui. Dieu est partout, de même il a des hymnes pour les enfants, pour l'épouse... et pour Dalila, — sur- tout pour Dalila. J'en suis bien fâché; mais cet amour qui embrasse tout, même les contraires, ce n'est plus l'amour, comme tout à l'heure ce n'était plus Dieu. Il lui manque aussi d'avoir cru. Non assurément que je veuille exiger du poète qu'il ait telle ou telle croyance déterminée; je lui demande seulement d'en avoir une, quelle qu'elle soit. Le malheur de Victor Hugo c'est d'en avoir plusieurs à la fois sur le môme sujet, et pai* conséquent de n'en avoir aucune . Il croit à la page 70, il doute à la page 176; il dit oh/ au recto et non au verso. Au commencement, il jette un cri d'épouvante à la pensée que l'écho de la voix de Jésus va s' affaiblissant ; au milieu, il s'écrie Dieu est toujours là ! non le Dieu abstrait des philosophes, mais le Dieu vivant, le Dieu qui souffrit et qui régne, le Dieu de l'Evangile Il est le Dieu de l'Évangile; Il tient votre cœur dans sa main. . . L'hiver, l'été, la nuit, le jour. Avec des urnes dilTérenles, Dieu verse à grands Ilots son amour ' ! Et, au moment de fermer .son livre, quand il faut con- clure, le poète n'a plus que des doutes et des négations qui passe?... De quoi l'homme est-il sûr? qui . Le penseur, ô misère demeure' suprême Les Vùii i?ilérieures, V. LES VOIX INTÉRIEURES 21» Jusque dans les enfants trouvant de noirs écueils, Doute auprès des berceaux comme auprès des cercueils... n pense, il rêve, il doute. — ténèbres humaines ! Sombre loi ! tout est donc brumeux et vacillant ! . . . Ilèlas! tout homme en soi Porte un obscur repli qui refuse la foi. Dieu ! la mort ! mots sans fonds qui cachent un abime!... Enfants! rèsignons-nous et suivons notre route. Tout corps traîne son ombre et tout esprit son doute *. Devant ces incertitudes et ces contradictions, comment le lecteur n'éprouverait-il pas une g'êne, un malaise d'au- tant plus g-rand que le poète s'est donné à lui comme un pasteur des esprits, commeun guide des ûmesfÉtTunge pasteur, qui prétend à orienter le troupeau lorsque, lui- même, il n'est pas orienté ! Sing-ulier guide, qui ne sai*' pas lui-même où il va ! II Dans son article sur les Voix intérieures, Jules- Janin ne mêlait à ses éloges qu'une seule critique, et c'est par là qu'il finissait Il y a dans ce beau Recueil, si plein d'cpanchements, d'a- veux, de souvenirs, de pitié, d'espérance et d'amour, quelques vers que je voudrais en effacer. Ce sont des vers pleins d'une colère impitoyable, des vers haineux qui jettent une ombre bien cruelle sur toute cette douce poésie, triste colère qu'on ne s'attendait guère à rencontrer, ainsi mêlée à tous les épan- chements d'un noble cœur, amers reproches qu'on ne s'ex- plique çuère de la part d'un homme entouré de tant de bon- heurs ^ ! Voici les vers auxquels faisait allusion Jules Janiu Jeune homme, ce méchant fait une lâche guerre. Ton indignation rie l'épouvante guère. Crois-moi donc, laisse en paix, jeune homme au noble cu;ur. Ce Zoile à l'œil faux, ce malheureux moqueur. 1. Les Voix intérieures, XX VIII. 2. Journal des Uébats, 31 juillet 1837. 220 VICTOR HUGO APRÈS 1830 Ton mépris? mais c'est l'air qu'il respire. Ta haine? La haine est son odeur, sa sueur, son haleine. Il sait qu'il peut souiller sans peur les noms fameux, Et que pour qu'on le touche il est trop venimeux. Il ne craint rien ; pareil au champignon difforme Poussé dans une nuit au pied d'un chêne énorme, Qui laisse les chevreaux autour de lui paissant Essaj'er leur dent folle à l'arbuste innocent; Sachant qu'il porte en lui des vengeances trop sûres, Tout gonllé de poison, il attend les morsures '. Plus tard, le poète fera mieux; il traitera ses critiques de lâches gredins et de triples gueux il les mettra au même rang- que Lacenaire et Contrafatto ^. Pour un début, cependant, ce n'était pas trop mal. On a dit que ces vers étaient à l'adresse de Gustave Planche. Je crois que c'est une erreur. La pièce est datée février i836. Or Gustave Planche n'avait rien écrit sur Victor Hugo depuis son article du i^r mai i835, relatif à Angeîd^, et le poète n'était pas homme à attendre neuf mois pour se venger d'une piqûre faite à son orgueil *. Le Zoile à 1. Les Voir intérieures, XIII. 2. Les Chàlimenls, passim. 3. lievue des Deux-Mondes, !' mai 1835, — Portraits littéraires, par Gustave Planche, t. II, p. 280. 4. Victor Hugo n'avait pas attendu, en effet. L'article de Gus- tave Planche paraissait le l'' mai; le 7 mai, Victor Hugo écri- vait, dans la préface d'Angelo Et puis au bas de ce groupe, ne pas oublier Venvieux, ce témoin fatal qui est toujours là; éternel ennemi de tout ce qui est en haut; changeant de forme selon le temps et le lieu, mais au fond toujours le même espion à Venise, eunuque h Constantinople, pamphlétaire a Paris. Pla- cez donc comme la Providence le place, dans l'ombre, grinçant des dents à tous les sourires, ce misérable intelligent et perdu qui ne peut que nuire, car toutes les portes que son amour trouve fermées, sa vengeance les trouve ouvertes. » Gustave Planche ne s'y trompa pas; ces injures étaient à son adresse; il écrivit aussitôt à M. Buioz Faites savoir à Hugo ou du moins à ses amis que j'ai le plus profond mépris pour les injures de sa préface. Les espions de Venise, les eunuques de Constantinople et les pam- phlétaires de Paris n'ont rien de commun avec moi. Si la colère n'était pas une faiblesse, je lui écrirais pour lui dire combien il s'avilit en m'injuriant. Je hais l'orgueil qui se guindé jusqu'à la rage méchante. » Cette lettre a été citée par Adolphe Racot, dans son étude sur Gustave Planche. {Le Livre, année 1883, p. 231. LES VOIX INTÉRIEURES 221 l'œil faux, le champignon venimeux, c'était évidem- ment M. Nisard, qui venait justement de publier, dans la Revue de Paris du 3i janvier, un g-rand article inti- tulé M. Victor Hucjo en i836 *, article où il avait es- sayé de faire, sans complaisance assurément, mais non sans courtoisie, la part du bien et du mal dans le talent du poète. Cet article de i836, Victor Hug-o en g-ardera un éternel ressentiment. Il écrira, seize ans après, dans les C/iâfiments . . . On voit aller ot venir affuirés, Des taches à leurs mains, des lâches à leurs chausses, Les Riauceys marmitons, les Nisard gâte-sauces... Quarante et un ans après, dans VArt d'être grand- père Un âne qui ressemble à A/. Nisard brait Et s'achève en hibou dans l'obscure forêt... Et encore Dieu Est capable de tout, lui qui fait balayer Le bon goût, ce ruisseau, par Nisard, ce concierge... Quarante-cinq ans après, dans les Quatre vents de l'esprit Le vieil esprit de nuit, d'ignorance et de haine Des clous de Jésus-Chrisl forge à l'homme une chaîne... 11 tient dans ses dents l'âme humaine et la grignotte ; Il inspire Nisard, Yeuillot, l^lanche, Nonotte. A l'article sur M. Victor Hugo en i836, M. Nisard donna pour pendant, l'année suivante, un autre article, publié également dans la. Revue de Paris, sous ce titre M. de Lamartine en i83y. L'auteur de Jocelyn y était 1. Reçue de Paris, t. XXV, p. 31o. — Col articl> a été repro duil par M. Nisard dans ses l'orlraits el Eludes d'Iiistoii-e Lille ruirs. 2^-2 VICTOR HUGO APRES 1830 à se veng-er. Un jour, M. NlsaiJ, devenu son collèg-ue à la Chambre des députés, le rencontra dans un couloir, et, allant droit à lui Il y a trop long-temps, lui dit-il, que je me donne le tort de vous éviter et le ridicule de ne pas avoir l'air de vous connaître ; voulez-vous que cela finisse ? — Tout de suite, dit Lamartine en lui ten- dant la main ; s'il y a longtemps que vous vous donnez cette g-ène, il y a encore plus longtemps que j'en ai ou- blié la cause. Vous m'avez dit autrefois quelques vérités un peu dures. Il en est plus d'une dont je suis plus d'ac- coi'd avec vous que vous ne le pensez. En tous cas, la chose est trop ancienne pour en parler *. » Lamartine avait plus d'un défaut ; mais ce n'était pas un Trissotin. III On lit, dans une lettre de Henri Heine à M. Auguste Lewald Comme en Afrique, quand le roi du Darfour sort en public, un panég'3Tiste va criant devant lui de sa voix la plus éclatante Voici venir le buffle, véri- table descendant du buffle, le taureau des taureaux ; tous les autres sont des bœufs; celui-ci est le seul véri- table buffle ! » ainsi Sainte-Beuve, chaque fois que Victor Hug-o se présentait au public avec un nouvel ou- vrag-e, couinait jadis devant lui, embouchait la trompette et célébrait le buffle delà poésie. Ce temps n'est plus -. » — Ce temps n'était plus, en effet. Sainte-Beuve ne ren- dit pas compte des Voix intérieures. Il avait parlé des Chants du crépuscule, le i^"" novembre i835, mais cet article devait être le dernier. En vain Victor Hug-o mul- tipliera ses poèmes, ses romans ou ses drames la voix. i. Soucenirs et Notes biographiques, par Désiré >'isard , t. I, p. 385. •2. De la France, par Henri Heine, p. 296, LES VOIX INTÉRIEURES 223 du critique restera muette. II ne parlera plus du poète qu'il a célébré si long-temps avec un enthousiasme reli- g-ieux, de l'ami auquel il a dit un jour, en lui dédiant les Consolations . L'amitié que mon âme implore, et en qui elle veut établir sa demeure, ne saurait être trop pure et trop pieuse, trop empreinte d'immortalité, trop mêlée à l'invisible et à ce qui ne chang-e pas ; vestibule transparent, incorruptible, au seuil du sanctuaire éter- nel; deg-ré vivant, qui marche et monte avec nous et nous élève au pied du saint trône. Tel est, mon ami, le refug-e heureux que j'ai trouvé en votre âme. » De la rupture entre Victor Hug-o et Sainte-Beuve, qui, à son heure, fut un événement ; de cette séparation entre le chef de l'École romantique et le critique qui avait été jusque-là son héraut d'armes » et son écujer », je ne pouvais pas ne pas parler. En rechercher l'orig-ine, en dire la cause, je ne le dois pas. II est des deuils qui com- mandent le silence. Le lecteur ne trouvera donc ici, de cet épisode, que ce qui appartient vraiment à l'histoire littéraire et ce qui fut alors connu de tous. Peu de semaines avant la publication des Voix inté- rieures, le i6 avril 1887, avait eu lieu, à Saint-Sulpice, la cérémonie d'enterrement de Gabrielle Dorval, fille de la célèbre actrice *. C'était un dimanche; la g-rand'messc finissait, et la foule s'écoulait, quand le corbillard arriva sur la place. Hug-o — je reproduis le récit d'un témoin oculaire, d'un ami commun de Victor Hugo et de Sainte- Beuve — Hug-o entra par une porte, Sainte-Beuve entra par l'autre. En attendant l'absoute, le premier se pro- 1. Rxti-uitdos registres do Snitit-Siilpice Le seize avril mil huit cent Irente-sept, à onze heuri's, eiilencinent de demoiscilo Calheriae-Franroise Sopliie-Gabriello Allan d'Orval , ùyùe do 21 ans, décédée avant-hier, rue de l'Ouest, 2U. » 224 VICTOR HUGO APRÈS 1830 menait dans l'église du côté de l'Évangile, le second se dissimulait dans la travée opposée, du côté de l'Epitre ; ils ne se voyaient pas, mais se devinaient la haine a son fleur comme l'amitié ^ » Le moment venu d'accom- pag^ner le corps au cimetière, les quelques voitures du cortèg-e se trouvèrent pleines; il fallut que le poète et le critique montassent dans la même, assis l'un devant l'autre. L'un levait les yeux et les tournait du côté de la portière, l'autre les tenait baissés sur ses g"enoux. Ja- mais plus lugubre convoi ne suivit le chemin des morts! C'était une amitié morte qui escortait le corps de la pauvre jeune femme... ; c'étaient deux cœurs ulcérés qui ne song-eaient point à se réconcilier en face du spectacle du néant de cette vie ^. » En revenant du convoi de Gabrielle, Sainte-Beuve écrivit ces vei's, les plus émus peut-être qui soient sortis de sa plume Quand, de la jeune amante, en son linceul couchée, Acconipagnaut le corps, deux amis d'autrefois, Qui ne nous voyons plus qu'à de mornes convois, A cet âge où déjà toute l'àme est séchée; Quand, l'office entendu, tous deux silencieux, Suivant du corbillard la lenteur qui nous traîne, JSous pûmes, dans le llacre où six tenaient à peine, L'un devant l'autre assis, ne pas mêler nos yeux, Et ne pas nous sourire, ou ne pas sentir même Une prompte rougeur colorer notre front, Un reste de colère, un battement suprême D'une amitié si grande et dont tous parleront; Quand, par ce ciel funèbre et d'aA-are lumière, L^e pied sur cette fosse où l'on descend demain, Nous pûmes, jusqu'au bout, sans nous saisir la main, Voir tomber de la pelle une terre dernière ; 1. Récit du témoin. 2. Récit de M. Théodore Pavie, dans Victor Pavie, sa Jeiinessp,. >s relations littéraires,-^. 148. LES VOIX INTÉRIEURES 225 Quand chacun, tout fini, s'en alla de son bord, Oh ! dites ! du cercueil de celte jeune femme, Ou du sentiment mort abimé dans notre âme, Lequel était plus mort ' ? Sainte-Beuve, Gustave Planche, Désiré Nisard, les trois critiques dont le nom faisait alors autorité, après avoir été favorables à Victor Hug-o, lui étaient tous les trois devenus hostiles. Il avait, il est vrai, pour lui maintenant Jules Janin et Granier de Cassag-nac, mais le g'ain ne compensait pas la perte. Jules Janin, en de- hors du théâtre, ne comptait g-uère. Granier de Cassa- g-nac avait conquis très vite un assez bon rang-, sans pourtant que son nom fût encore accepté du g-rand pu- blic. Il en était de lui, à cette date, comme de ces offi- ciers dans une arme spéciale, savante, très appréciés de ceux qui sont de la partie, mais peu connus en dehors de ce cercle restreint. Rien n'ég-alait d'ailleurs l'ardeur de son zèle pour la g-loire du maître, la ferveur de son culte. Bien des années plus tard, il a pu dire, dans ses Souvenirs Je pris place, tout des premiers, avec Théophile Gautier, avec Gérard de Nerval, avec Edouard Ourliac, dans l'ardent apostolat qui propag-eait la doctrine et défendait l'œuvre du maître... Je fus, dans la campag-ne ouverte par Théophile Gautier, l'apôtre le plus militant de la doctrine nouvelle; et, si ce n'était pas manquer de respect aux choses saintes, je dirais que, dans la propag-ande romantique, Théophile Gautier porta la clef de saint Pierre, et moi 1 epée de saint Paul ^. » 1. Cette pièce parut d'abord, sans titre, dans les Pensées d'noûl octobre 1837. Dans l'édition définitive de ses Poésies, publiée en 1862, Sainte-Beuve lui donna ce titre En revenant du convoi de Gabrielte, et la fit précéderde cette note Gabrielle Dorvul, tille de la célèbre actrice de ce nom... A son convoi, je me trouvai avec V. II. dans la même voilure. » 2. Souvenirs du second Empire, p;ir Ad. Granier de Cassai'nac, t. I, p. 74. I. 15 lie, VICTOR IILGU APRES 1830 Comme il l'avait fait entrer au Journal des Débats dès son arrivée à Paris, \^ictor Hugo le fit entrer à la Presse dès la fondation de ce journal ^ M. Granier de Cassagnac y mena de front une double campag^ne, po- litique et littéraire, défendant à la fois la littérature d& Victor Hugo et la politique de ^I. Mole. De tels services ne pouvaient rester sans récompense. Victor Hug-o écrivit au comte Mole, le 3 avril i838 Monsieur le président du Conseil, Je demande à Votre Excellence la croix de la Légion d'hon- neur pour M. Adolphe Granier de Cassagnac, publiciste, rédacteur principal du journal laPi-esse. Je demande pour lui celte haute distinction , comme la récompense des services éminents que, depuis quatre ans, il n'a cessé de rendre à la cause de l'ordre. Je ne suis que le colonel signalant au géné- ral en chef un vaillant officier à décorer. Ce n'est pas une faveur que je sollicite de la bienveillance personnelle de JNI. le comte Mole; c'est un acte de justice que je réclame de l'intelligente initiative de M. le président du Con- seil. Victor Hugo -. La réponse de M. Mole ne se fit pas long-temps at- tendre ; quelques semaines après, M. Granier de Cas- sagnac était décoré. Une occasion s'offrit bientôt au nouveau chevalier de payer sa dette à son colonel. Le 12 juin i838 eut lieu le début de M"^ RaclieL dans Horace. Avec elle, la tragédie classique faisait, au Théâtre-Français, une rentrée triomphale. Les recettes d\4;!e Dorval, était un des admirateui's les plus sincères de Victor Hugo. Après la représentation de Ruy Blas, causant avec le poète, il chercha à lui faire entendre qu'il y avait dans sa pièce des choses qu'il était difficile d'accepter. Et quelles sont ces choses? » demanda Victor Hugo. Merle indiqua cette intrig-ue de la reine et du valet, cette promiscuité du manteau roval et de la livrée. — Mon cher Merle, reprit majestueu- sement Motor Hug'o. j'ai voulu qu'il y eût dans cette RUY BLAS 2'.1 pièce des choses hors de la portée de votre reyard, je vois que j'ai réussi. » Le 23 novembre, Sainte-Beuve, qui s'était interdit de parler désormais de Victor Hugo dans ses ai'ticles, écri- vait à Victor Pavie ... Rtnj Blas me paraît un désastre, d'après ce qu'on m'en dit, car je ne l'ai pas vu ni ne le ycvvai. Hernani était une porte, elle pouvait être d'ivoire ou d'airain, vers le ciel ou vers les enfers. Hugo l'a faite infernale, il est entré sous terre depuis ce moment; il creuse, ilbàtit, il en est à sa sixième catacombe. Quand il nous ouvre brusquement cela avec la fierté d'un ar- tiste, d'un cyclope ou d'un çnùmc, et nous ôte le couvercle de son souterrain, nous qui sommes bêtement accoutumés à ce terre-à-terre de la surface et à cette lumière du jour, nous n'y voyons que des bizarreries et des obscurités trois fois caverneuses d'où sort un ricanement, c'est le sien, car il triomphe et s'applaudit, croyant avoir fait œuvre de géant ; toujours le même, géant et nain, robuste et difforme, Oiutsi- inodo et Han. Le pire de ceci est le triste reflet qui en frappe le passé, les parties jusque-là chastes et belles qui s'en salis- sent toujours un peu et nous révèlent des veines qu'autrement on ne découvrirait pas... Tâchez de comprendre toutes m^s métaphores. Cela est bien triste; ces chutes sont les nôtres Lamartine, Lamennais, Hugo! les plus sobres y perdent; notre essor diminue et n'ose; on est glacé. Et puis le meilleur de nos fonds était à bord de leurs renommées ; notre trésor le plus beau de jeunesse, d'enthousiasme, de présages, de saga- cité prophétique, périt avec eux et nous restons demi-ruin5s, appauvris. Je le sens et ne cesse de vivre sous cette idée, comme les Polonais avec celle de leur patrie perdue. Vivez, cher ami, sous votre treille des Rangeardières, à l'ombre du mur de votre chaste maison de la rue Saint-Laud, dans le parfum de votre réséda domesti^lc , par M. l'abljr de Va vrac, 3 vol. iii-li', ITIS. —T. m; p. l'.sT. 250 VICTOR IIL'GU APRES 1830 si, en français, on appelait quelqu'un Pâturage ou Pas- sage ^ » Quoi qu'il en soit, nos gens, Montazgo et Covadenga comme les autres, se disputent entre eux les revenus de l'Etat ; ils créent même, pour les besoins de la rime riche, la caisse aux reliques », pour rimer avec les aPiaires pub/ iqiies, ou la rente de lïndigo », réclamée par le marquis de Priego. A la fin, tous se lèvent à la fois, se querellant. Le plus âpre à la curée, le plus ferré sur les chiffres, est le comte de Camporeal, qui lui, du moins, est d'une précision à laquelle il faut se rendre La maison de la reine, ordinaire et civile, Coûte par an six cent mille Soixante-six ducats '. Cette fois, Victor Hugo est sûr de son affaire, et il affirme solennellement l'exactitude absolue de son chiffre Quand le comte de Camporeal dit la moi'son de la t'eine, ordinaire et civile, conte par an six cent soiœante- jnatre mille 'soixante-six ducats, on peut consulter Solo Madrid es corte, on y trouvera cette somme pour le règ-ne de Charles II, SANS UN M A RAYÉ DIS DE PLUS OU DE MOINS 3. Cinquante ans ont passé sans que personne ait eu l'idée d'y aller voir. C'est seulement en i888 qu'il a pris fan- taisie à M. Morel-Fatio de consulter Solo Madrid es corte, et il va trouvé la semme de cinq cent soixante- quatorze mille huit cent ducats », sans un maravédis de plus ou de moins. Entre le chiffre du Solo Madrid es corte et le chiffre de Rui/ Blas la différence \. Morel-Fatio. Etudes sur l'Espigne, t. I, p, 2. Acte III, scène i. 3. Note de Rwj Blas. RUY BLAS 2ol est donc de qualre-vingt'neuf mille deux cents ducats. ce qui fait beaucoup plus d'un maravédis. Certes, Victor Hugo pouvait mettre un chiffre quelconque, sans que nul eût à y redire ce sont là licences de poète. Mais quelle rag"e d'affirmer, et cela dans une note spéciale, que votre chiffre est scrupuleusement exact, quand il est faux ? Quel besoin de nous dire que cette con- science vous la portez en tout, dans les petites choses comme dans les g-randes, dans la citation d'un chiffre, dans les détails de vie privée ou publique, d'intérieur, d'étiquettte, de biographie », quand, dans une seule de vos pièces, un seul crititique peut récolter assez d'er- reurs, g-randes ou petites, pour en faire une grosse g-erbe'? Quelle nécessité enfin de nous répéter sans cesse que, à défaut de talent, vous avez la conscience » f Eh ! Monsieur, ce n'est pas du talent que vous avez, c'est du g-énie, et vous le savez bien ; pour la conscience, c'est une autre affaire. \. Il n'a pas fallu à M. Morel-Fatio moins de 68 pages pour consigner les erreurs et inexactitudes historiques de Ruy Blas. {Etudes sur VEspagne, p. d77 à 244. CHAPITRE XII LES JUMEAUX. TROISIEME RE>'CO.\TRE AVEC LACADÉMIE Les Jumeaux et le Vicomte de Brar/elontie. Pourquoi les'Jumeaux sont restés inachevés. — Comment Victor Hugo et la Esme- ralda n'ont été pour rien dans la grâce de Barbés. — Troisième candidature à l'Académie. Berryer et M. Cuvillier-Fleury. — Une prophétie d'Alexandre Dumas. I Victor Hug-o, dans ses Préfaces, avait proclamé l'avè- nement de l'histoire au théâtre; il professait que l'auteur dramatique doit mêler à l'élément éternel, à l'élément humain et à l'élément social, un élément historique, » qu'il doit peindre, chemin faisant, tout un siècle, tout un climat, toute une civilisation, tout un peuple ^ ». Ce programme, il le remplissait à sa façon. Il avait emprunté à l'histoire d'Angleterre deux de ses drames, Cromwell et Marie Tiidor ; deux . " i France, Marion de Lorme et le Roi s'amuse ; deux à l'Italie, Lucrèce Borgia et Angelo ; deux à l'Espag-ne, Hernani et Ruij Blas le poète aimait la symétrie, étant d'ailleurs, à bien des égards, beaucoup plus classique qu'il ne le voulait pa- raître. Revenant à la France, c'est à elle, à son histoire, qu'il demanda, en 1889, le sujet de la pièce qui devait succéder à Ruy Blas. Dans Marion de Lorme , il avait peint le roi Louis XIII et montré, derrière lui et au-dessus de lui, 1. Préface LES JUMEAUX 2o3 V/iomme rouge, le cardinal de Richelieu. Dans son nou- veau drame, il mettra en scène la reine Anne d'Au- triche, Louis XIV à son aurore, et au-dessus du jeune roi et de sa mère, le cardinal Mazarin. Voltaire, dans le Siècle de Louis A7Fet le Diction- naire philosopltique, raconte que Louis XIV avait eu un frère, et un frère aîné, dont l'existence ne lui avait été révélée qu'à la mort de Mazarin. Pour assurer sa propre tranquillité et le repos de l'Etat, le roi avait fait enfer- mer son frère au château de l'île Sainte-Marg-uerite, puis à la Bastille, où il était mort en 1708, après avoir porté jour et nuit, pendant quarante-deux ans, un masque dont la mentonnière avait des ressorts d'acier qui lui laissaient la liberté de mang-er avec le masque sur son visage 1. Soulavie, dans les Mémoires apocryphes du maréchal de Richelieu, avait complété le récit de Voltaire, en ajou- tant que les deux princes étaient jumeaux, nés tous les deux le 5 septembre iG38 Louis XIV, le matin, à midi ; le Masque de fer, à huit heures et demie du soir ^. Cette histoire ne tenait pas debout, mais elle était faite à souhait pour ravir d'aise Victor Hug-o. Ces deux hommes, l'un qui trône à Versailles, au milieu de la cour la plus brillante de l'univers, l'autre qui est prisonnier 1. Voltaire, Siècle de Louis XIV, ch. xxv. — Dictionnaire phi- losophique, t. I", pp. 375 lit 37G, édition de 1771. 2. Mémoires du maréchal de Richelieu, t. III, eli. ix — L'hom- me de France qui sait le mieux sa Bastille, M Funck-Bren- tano, sous-bibiiolhécaire à l'Arsenal, dit dans une note de son étude sur la Vie à la Bastille On n'est pas fixé sur la per- sonnalité du Masque de fer. Nous inclinons à penser que c'était un certain comte Malliioli, secrétaire du duc de Mantoue, qui avait tralii Louis XIV en 1679 au cours d'une négociation se- crète relative à rucquisitioii de Casai. Louis XIV avait intérêt i\ ce que l'arrestation de Mathioli fût ignorée, l'ayant attiré sur la frontière italienne dans un véritable guet-apens. Quoi qu'il en est certain que ce n'était pas un personnage de très yrande importance. » 2..i VICTOR HUGO APRblS 1830 à la Bastille ; — l'un qui se nonme Louis-lc-Grandet de- vant qui TEurope entière s'incline en l'appelant L£'/?0/; l'autre qu'on désig-ne sous le'seul nom de Prisonnier de Provence ; — l'un dont le visag-e aug-uste et rayonnant n'apparaît aux reg-ards éblouis des courtisans que comme l'imag-e même du soleil, nec phiribus impar ; Vantrc dont ses g-eôliers eux-mêmes n'ont jamais vu les traits et dont la fig-ure est couvei^te d'un masque de fer — ces deux hommes dont la destinée est si différente et qui cependant ont une orig-ine commune, nés tous les deux le même jour, dans le môme palais, de la même mère, fils de France tous les deux et frères jumeaux quelle anti- thèse ! et l'histoire en offre-t-elle une autre qu'on lui puisse comparer? C'est sur cette antithèse qu'allait re- poser le nouveau drame de Victor Hug-o, et il lui donna pour titre les Jumeaux, II commença de l'écrire le 26 juillet iSSq. Le premier acte était terminé le 8 août. Le deuxième fut écrit du 10 au i5 août. Le troisième acte, commencé le 17 août et interrompu le 28, n'a pas été terminé. D'où vient que ce drame, déjà conduit à sa moitié, soit resté inachevé? Voici l'explication donnée par Victor Hugo et repro- duite par l'un de ses secrétaires, M. Richard Lesclide. Le poète, contre son habitude, parla prématurément de son œuvre. Il en lut quelques scènes dans une soirée tout intime, à laquelle assistait Louis Boulang-er. Le soir môme, Louis Boulang-er, sous le coup de l'impres- sion que lui avait causée cette lecture, ne put se tenir de raconter la nouvelle œuvre du Maître devant un petit groupe dont faisait partie Alexandre Dumas père. Ce dernier trouva le sujet de son goût, et, sans perdre une heure, il se tailla un roman dans le drame de Hui^o LES JUMEAUX 2oo avec les Jatneaux, 11 fit le Vicomte de Bragelonne. En apprenant l'indiscrétion de Louis Boulang-er et ses suites, Victor Hug'o entra dans une grande colère et jeta au feu le manuscrit des Jumeaux. Non,dit M^eDrouet, qui était dans le cabinet du poète pendant qu'il faisait ce récit à son secrétaire, non, vous n'avez pas jeté votre manuscrit au feu ; vous l'avez emporté et enfoui dans quelque coin où on le retrouvera un jour * I » Il est parlé des Jumeaux dans Victor Hurjo raconté '• ; mais le témoin s'est g-ardé d'ydonner l'explication qu'on vient de lire. C'est qu'à ce moment Alexandre Dumas vivait encore. On attendra sa mort pour l'accuser, non d'un simple plag-iat fait à ses risques et périls, mais d'un véritable abus de confiance, d'une honteuse trahison. Cette accusation est évidemment mensong-ère. D'après la version de Victor Hug'o, recueillie par ^I. Richard Lescllde, c'est à l'époque même où 11 composait son drame, au mois d'août 1889, qu'il en aurait lu quel- ques passages à Louis Boulang-er et que celui-ci en aurait parlé devant Alexandre Dumas. Ce serait peu de temps /j/' que Dumas aurait écrit le Vicomte de Bragelonne, dès 1839, par, conséquent, ou, au plus tard, dans les pre- miers mois de 1840. Mais le Vicomte de Bragelonne n'est venu qu'après les Trois Mousquetaires et Vingt ans après, qui sont de i844 et de i845; ce roman n'est lui-même que la suite de Vingt ans après et n'a paru qu'en 1847 ^. \. Propos de table de \'ictor Ilufjo, recueillis par Richard Les- cllde, p 107. — Les Jumeai/x ont été publiés en 188'J, dans les Œuvres inédiles de Victor liugo. 2. Viclor lli/go raconté, t. il, p. 478 M. Victor Hugo, après les liurr/rares, s'éloigna du tiiéâtre, bien qu'il eùL un dranio presjue achevé depuis 183,"^, les Jumeau.-. » Au lieu de 1S38, il faut lire iS.'J'J. a. Le preuiierchapitre du Vicomte de liraycloime fut juiblié p;u' le Siècle, le 20 octobre 1847. 236 VICTOR HUGO Al'RKS 1830 Mettons donc hors de cause Alexandre Dumas et le Vicomte de Bragelonne, et voyons si l'analyse même de la pièce ne nous apprendra pas le vrai motif qui a déterminé le poète à ne pas terminer son drame. Le premier acte se passe près la porte Bussy, sur une petite place où se dresse la baraque du bateleur Guillot- Gorju. Au lever de la toile, le comte Jean de Gréqui, proscrit depuis dix ans et rentré en France de la veille pour conspirer contre le Mazarin, est en train, afin de mieux cacher son jeu, de revêtir les bas jaunes, le jus- taucorps et le haut-de-chausses de Guillot-Gorju. Leduc de Chaulne et le comte de Bussy traversent en causant le fond de la place. Le hasard veut qu'ils parlent juste- ment du comte Jean et nous apprennent son histoire, qu'une fille lui est née, voici tantôt dix-sept ans, dans des conditions mystérieuses, et que cette fille, restée en France, s'appelle maintenant Alix de Ponthieu, qu'elle est belle comme le jour et vit au fond des bois comme une cénobite. Cependant la foule s'est amassée devant la baraciue. Le comte Jean monte sur le tréteau et réussit si bien son premier boniment, que tout le monde le prend pour le vrai Guillot-Gorju, à commencer par le lieutenant de police Benoît Trévoux, venu là pour arrêter le bateleur. Maître Benoît Trévoux a compté sans son hôte. Le comte Jean, qui vient de passer dix ans à l'étrang-er, connaît naturellement tous les secrets du lieutenant de police, même ceux de son ménage. Il a précisément dans sa poche une lettre qui établit la participation de maître Benoît à un complot contre le cardinal. Cette lettre n'est rien moins qu'une lettre de la reine à son frère le roi d'Espag-ne Anne d'Autriche, qui est à la tête du com- plot, mande à son frère qu'elle compte sur son bon se- LES JUMEAUX 257 cours et le sollicite d'envoyer une escadre en Gascogne et une armée en Savoie; elle lui donne du reste les noms des principaux conjurés, et le pauvre Benoît Trévoux figure sur la liste. Comment cette lettre est-elle arrivée aux mains du comte Jean? Oh ! mon Dieu, de la façon la plus simple du monde. Il la tient de Guillot-Gorju, qui la lui a passée en même temps que sa casaque. A ce moment d'ailleurs entre dans la baraque une femme voi- lée, qui n'est autre qu'Anne d'Autriche elle-même. Elle vient se faire dire la bonne aventure. Le comte Jean la reconnaît, et il profite de l'occasion pour lui toucher un mot de son fils, le Masque de fer. La reine est si trou- blée que, ne sachant plus comment faire pour rentrer chez elle incognito, elle demande au faux Guillot-Gorju de lui en fournir le moyen. Qu'à cela ne tienne ! Maître Benoît Trévoux, qui assistée l'entretien et qu'elle ne con- naît pas, bien qu'elle conspire avec lui, dont elle connaît seulement l'écriture, prend du papier et, sur l'ordre du comte Jean, écrit passer cette dame et sa suite, signé TREVOUX. Anne d'Autriche, de plus en plus convaincue qu'elle a affaire à un magicien, tire de son doigt sa bague en sardoine et la remet au comte quand il voudra voir la reine, il lui suffira de montrer cette bague, les portes s'ouvriront sur-le-champ devant lui. A peine Anne d'Autriche s'est-elle éloignée, que le duc de Chaulne et le comte de Bussy reviennent sur la place, toujours en causant d'Alix de Ponthieu. D'autres seigneurs les rejoignent, le comte de Brézé, le vicomte d'Embrun, et tous se déchaînent contre Mazarin. Jean de Créqui trouve le lieu et le moment favorables pour re- faire reconnaître, pour annoncer qu'il conspire et qu'il a pris la perruque noire et les bas jaunes de Guillot-Goiju, La forme de la France et la face du niondr I. 2oS . VICTOR HUGO APRES 1830 Ce boniment n'a pas moins de succès auprès des g-en- lilshommes que celui de tout à l'heure auprès des bour- geois, et les quatre seigneurs lui promettent solennel- lement, sur la place publique, de lui prêter aide et secours pour renverser Mazarin. Cependant la nuit est venue, mais la journée du comte Jean n'est pas finie. Il est d'ailleurs en veine ce jour-là. Il n'y a qu'un instant Guillot-Gorju lui donnait une lettre de la reine. Voici maintenant que Tag-us, le valet du bateleur, lui apporte un papier qu'il vient de chiper dans la poche d'un sergent et cjui porte ces deux lig-nes Vous pouvez vousjier au porteur du présent, signé MAZARIJS. Il met le billet de Mazarin dans sa poche avec la lettre et la bag'ue de la reine, et il attend. Cette fois, c'est Alix de Ponthieu qui arrive, Alix sa fille, qu'il n'a pas vue depuis dix ans, qui vit comme une céno- bite », et qui vient demander à Guillot-Gorju de l'aider à sauver le Mascjue de fer, enfermé au château de Pier- refonds. Elle ne sait pas le nom du prisonnier, elle n'a pas vu ses traits, elle ignore tout de lui; mais un soir elle l'a aperçu, par un soupirail grillé, allant et venant dans son cachot, comme un spectre, et elle en est tombée amoureuse. Le comte Jean, effrayé, essaie de lui mon- trer les périls de son entreprise; mais comme la petite tient bon, le pauvre père finit par lui dire qu'elle peut compter sur lui. Au second acte, nous sommes à Pierrefonds, dans le cachot du Masque de fer, et nous y sommes en compa- gnie d'Alix, cjui entre là comme dans un moulin. Elle éprouve le désir bien naturel de voir la figure de celui à qui elle a donné son cœur et pour qui elle est prête à donner sa vie. Comme elle a les mains pleines d'or, le geôlier consent à défaire le masque du prisonnier ; déjà LES JUMEAUX 2">. 116. 3. M. Michaud était mort le 30 septembre 1839. i. Victor Hugo raconté, t. II, p. 4X3. .'. Voy., sur ses deux premières candidatures, rliaiiiifos Vi!I et IX. ' f. Le Livre de?, orutrurs, par Timon M. di' Curmeniti', t. II, p. 231. 264 VICTOR HUGO APRÈS 1830 Collard disait avec l'autorité de sa parole J'ai entendu Mirabeau dans sa gloire ; j'ai entendu M. de Serre et M. Laine aucun n'ég-alait M. Berrjer dans les qualités principales qui font l'orateur ^ ; » — où l'un de ses ad- versaires politiques, le publiciste Henri Fonfrède, écri- vait à un ami, dans une lettre particulière Berryer est le plus g-rand orateur qu'on ait jamais entendu 2. » Il n'était pas seulement le prince des orateurs, il était aussi le chef d'un g-rand parti. Sa candidature était dès lors une g^rosse affaire. Elle passionnait la cour et la ville, la presse et les salons, le Palais-Bourbon et de Luxembourg" ^. Le g-ouvernement s'en émut ; ses jour- naux se jetèrent dans la lutte avec ardeur, et à leur tête le Journal des Débats, où M. Cuvillier-Fleury publia des articles violemment hostiles. Il était certes permis à ceux dont Berryer était l'adversaire de ne point l'aimer, de dire, par exemple, comme M. Doudan, au sortir d'une séance où l'orateur légitimiste avait été magnifique Je n'aime point que l'on ait du talent quand on n'est pas de ma paroisse. » M. Cuvillier-Fleury allait beau- coup plus loin. Il n'accordait pas que Berryer eût du talent; tout au plus avait-il a des poumons redoutables ». Berryer, un orateur! Allons donc I un avocat et pas da- vantage, l'avocat des intérêts du prince de Polignac et de la petite courde Goritz! De grâce, disait-il, que l'Aca- démie ne devienne pas une succursale de la Basoche, une doublure de la société des Bonnes-Etudes ^ ! » L'ar- 1. Paroles de Royer-CoUard à un de ses neveux, M. Genty de Bussy. Berryer au barreau et à la tribune, par Alfred Netto- nieiit, p. 47. 2. Œuvres complètes de Henri Fonfrede, t. X, p. 213. 3. Galerie des contemporains illustres, par un homme do rien M. Louis de Lomrnie', 1839. 4. Journal des Débats, 10 novembre 1839. LES JUMEAUX 2C5 ticle fit scandale, si bien que son auteur fut obligé d'é- crire, le 19 novembre, au rédacteur du Courrier fran- çais Vous prenez texte de mon article pour attribuer à ce que vous appelez le Château l'opinion quej'ai exprimée... J'habite, il est vrai, le château, mais je n'ai pas charg-e de le représen- ter... Mon opinion m'appartient, elle n'engage personne 1. Au milieu de tout ce bruit, que devient Victor Hugo ? II était du coup passé au second plan et faisait presque figure de candidat ministériel. La censure administra- tive, oubliant les injures dont il l'avait accablée, le pre- nait sous sa protection. Un journal voulut publier un dessin, le moins politique et le plus inoffensifdu monde l'Académie sous les traits d'une bonne vieille, recevant à la porte du palais Mazarin MM. Victor Hugo, Balzac et Alexandre Dumas, avec cette légende Vous êtes grands et forts, et vous demandez les Invalides! Vous voulez donc voler le pain des pauvres vieillards !.. . Allez tra- vailler, grands feignants. On était au 28 novembre ; le jour de l'élection approchait. Défense fut faite au journal de publier cette caricature^. Tout en profitant des bons offices de l'administration, Victor Hugo comptait surtout sur lui-même et ne négli- geait rien pour réussir. Sainte-Beuve écrivait à Victor Pavie,le i5 décembre 1889 Pour répondre maintenant aux questions plus générales, je ne sais rien de Hugo que sa tentative à l'Académie cela a dû l'occuper comme tout ce qui l'occupe, c'est-à-dire tout entier^. L'élection eut lieu le jeudi 19 décembre. Six académi- 1. .Journal des Débats, 20 novembre 1831. 2. La Mode, 183!», t. IV, p. 224. 3. Cartons de Victor l^a\ie cori' do Sainte- Beuve. 2G6 VICTOR HUGO APRÈS 1830 ciens étalent absents M. de Frayssinous, M. de Quélen, M. de Pastoret, le vicomte de Bonald ^, M. de Barante et Alexandre Soumet. Le nombre des votants était de 33 ; majorité absolue, 17. Il y eut sept tours de scrutin. Berrver. Hugo. Bonjour. Vnloiit. Lumonnais. - Bulletins iliines. G 3 3 3 ler tour. 10 9 9 2 2^ — 12 8 10 3e — II 10 9 4e — n 8 9 I .5 e — II 9 8 I 6e — 10 6 10 I 7 — 10 8 I o 7 Après ces sept tours, TAcadémie, sur la proposition de M. Cousin, remit l'élection à trois mois. Les académi- u qui bénit Teutonia la Sainte Lui rendra le Daniibo et nous rendra le Rhin, t'no aube ineilleurc, etc. LES RAYONS ET LES OMBRES 281 En attendant ce jour que chaque instant amène, Jour où la paix luira sur la famille iiumaine, Jour où s'effaceront les crimes expiés, Vois au-dessous de toi, ligure solennelle, L'éternelle tempête et la haine éternelle, L'Océan sous tes yeux, l'Angleterre à tes pieds. Une aube meilleure Sur nous brillera ; Nous attendons l'heure. Mais l'heure viendra. Comme Dieu lui-même Qui récolte et sème, Dans l'immensité. Notre auguste France A la patience. De l'éternité 'mplUi ont paru au mois d'aviil 1850. 282 VICTOR HUGO APRES 1830 7 janvier i84i. L'auteur des Bai/ons et des Ombres fut élu par 17 voix contre i5 accordées à JM. Ancelot, — et non par 18 contre 16, comme il est dit dans le recueil de ses discours académiques *. La Presse, qui avait soutenu avec chaleur la candi- dature du poète et qui triomphait avec lui, publia dans son numéro du 9 janvier ce quatrain anonyme LE POÈTE ET l'eMPEREUR Pleins de gloire, en dépit de cent rivaux perfides. Tous deux, en même temps, ils ont atteint le but Loisque ISapolèon repose aux Invalides, Victor Hugo peut bien entrer à ITnslitut. Il vint prendre séance, le jeudi 3 juin i84i, — et non le 2 juin, comme on Ta imprimé par deux fois à la pre- mière page de son Discours de réception, dans son volume Avant l'exil. Le i^'" juin, il avait reçu de Balzac le billet suivant Mon cher Hug-o. Si vous m'avez mis de côté les deux billets que je vous ai demandés, et quejesuis allé chercher déjà deux fois sans avoir pu vous rencontrer, ayez la complaisance de les remettre sous enveloppe au porteur, ou envoyez-les moi, par la poste, rue des Martyrs, l^-j. Sinon, que le diable emporte TAcadémie et ses habits verts ! ]Mes adorations et mille amitiés -. Jamais, de mémoire d'académicien, on n'avait vu pa- reille affluence. Dès dix heures du matin, la salle était pleine ; de onze heures à deux heures, le palais ^Mazarin eut à subir un véritable siè^-e, et à un moment il fallut 1. Victor Hugo, Actes et Parole!', t. Je', Avant l'exil, p. 3. 2. Correspondance de H. de Balzac, t, II. p 19. — Balzac, en 1841, ne demeurait point rue des Marltjrs,i~ . Cette adresse était celle de sa sœur. .M"" L. Surville. LES RAYONS ET LES OMBRES 285 recourir à la force armée pour repousser les assaillants, les dames surtout qui avaient juré d'entrer coûte que coûte'. Aussi bien, puisque nous sommes admis à pénétrer dans la salle et que la séance ne commencera qu'à deux heures, profitons-en pour jeter un coup d'oeil sur les pri- vilégiés qui g-arnissent les bancs, et au besoin pour ren- seiti;-ner nos lectrices sur les toilettes des élég-antes de i84i. M'"e Emile de Girardin a un chapeau de paille de riz à bouquets de g-éranium g-iroflé, une robe d'org-andi à mille raies et sur les épaules une écharpe du pays d'Oscar et de Malvina ». Une autre femme poète, M^^ Anaïs Ség-alas, l'auteur des Oiseaux de passage, porte un cha- peau de crêpe blanc tendre sur lequel badine une voilette d'Ang-leterre, retenue de chaque côté par une touffe de roses. Déjà couronnée par l'Académie, pour ses vers sur le Musée de Versailles, M'" Louise Colet, née Révoil,ne pouvait faire défaut à cette séance; elle est au premier rang-, avec un chapeau de paille orné de velours vert om- bré, et ce vert va merveilleusement avec ses cheveux blonds. Une robe de soie maïs dessine sa taille ; son corsag-e est juste et ses manches étroites ; une écharpe de dentelle noire est jetée sur ses épaules. Cette capote de g^ros de Naples blanc froncé, et g-arnie autour de la passe d'une double chicorée de soie effilée très touffue, cache les dix- sept ans de M"^ Doze. Avec cette coiffure, l'élève de M"e Mars porte une robe de tarlatane, fond g-ros bleu, à nuag"es blancs, faite avec de g-rands plis; une écharpe de mousseline blanche tranche sur le bleu du corsag-e. A côté delà toute jeune M" Doze, la comtesse Merlin, qui brilla 1. Courrier de /'m. jinr M"" Emile do Girardin {la Presse dw 6juin 1841. 284 VICTOR HUGO APRÈS 1830 jadis à la cour du roi Joseph, en Espagne, et jui a déjà publié ses Souvenirs *, est toute en rose petite capote rose, dég-ag-eant bien le front; robe de barègerose, dont le corsag-e est à coulisses; écharpe rose enrichie de den- telles. Toutes ces j'oseurs lui vont, dureste, à merveille, malgré Ses dix lustres complets surchargés de trois ans. Une contemporaine de la comtesse Merlin, M""-^ A. Dupin, directrice du Journal des Femmes, a pris la nuance feuille' morte, qu'aimait tant M'"^ Cottin, l'au- teur de Claire d'Albe. Devant elle est M"^ Thiers, avec une capote de crêpe rose froncé, ornée de fleurs du Pérou en dessus et en dessous de la passe -. . . L'heure approche et la séance va commencer. Les sol- dats se rangent sur deux lig'nes, et ces mots retentissent dans la foule 1e prince et les princesses ! Et M. le duc et Mme la duchesse d'Orléans, — celle-ci avec un petit cha- peau blanc, garni au-dedans de roses pâles ^, — M™^ la duchesse de Nemours, M"'e la princesse Clémentine, tra- versent la salle pour se rendre dans la tribune réservée. Et chacun de se dire tout bas c'est la première fois depuis dix ans qu'un prince du sang- vient à l'Acadé- 1. MEEUX Mercedes JAMGO, comtesse, née en 1788 à la Havane, a publié Mémoires et souvenirs {i8o6}; les Loisirs d'une femme du monde 1S38 la Havane, lettres et voyages 1844, etc. 2. La Mode du li' juin 1841. 3. Lettres de X. Doudan. t. I", p. 236. 4. M"' Emile de Girardin / P/'e.se du 6 juin 1841. — On lit dans la lettre de X. Doudan à M. le piinee de Broglie, du 4 juin 1841 a M. le duc d'Orléans enliant à l'Académie fut reçu parle secrétaire perpétuel M. Villemain qui lui dit In Revue de Parti esquissait en 1829. d'après lii lilliogi". pliir d'Eugène Devéria. Yoy, Victor Hugo avant 1831, p. 47' 28G YIGTOR HUGO APRES 1830 Le discours du poète est mag-nifîque, tout plein d'i- mag-es éclatantes, écrit dans cette langue sonore, d'une précision, d'une netteté absolues, où chaque phrase est frappée comme une médaille. L'effet pourtant fut mé- diocre, la déception fut générale. On s'attendait à un manifeste littéraire, on avait une harang-ue politique. Vic- tor Hug-o y caressait tour à tour toutes les opinions. Élog-e de Napoléon pour les bonapartistes, élog-e de la Convention pour les républicains, élog-e de Maleslierbes pour les royalistes, il y en avait pour tous les g-oûts. Au demeurant, et malg-ré l'élog-e de la Convention, qui n'al- lait point d'ailleurs sans de lai^g-es réserves, le discours affirmait surtout les sentiments monarchiques de l'ora- teur. Il y célébi^ait avec enthousiasme les trois choses de ce monde, les plus rayonnantes après Dieu, la royauté, la beauté et le jéiiie ' / » II répudiait avec force l'idée républicaine La tradition, Messieurs, importe à ce pays. La France n'est l>as une colonie violemment faite nation ; la France n'est pas une Amérique. La France fait partie intégrante de l'Europe. Elle ne peut pas plus briser avec le passé que rompre avec le sol. Aussi, à mon sens, c'est avec un admirable instinct que notre dernière révolution, si grave, si forte, si intellig"ente, a compris que, les familles couronnées étant faites pour les na- tions souveraines, à de certains âges des races royales, il fal- lait substituer à rhérédilé de prince à prince l'hérédité de branche à branche; c'est avec un profond bon sens qu'elle a choisi pour chef constitutionnel un ancien lieutenant de Du- mouriez et de Kellermann qui était petit-fils de Henri IV et petit-neveu de Louis XIV ; c'est avec une haute raison qu'elle a transformé en jeune dynastie une vieille famille, monar- fhique et populaire à la fois, pleine de passé par son /iis~ toire et pleine d'avenir pur sa mission-, \. Viftor Hugo, Discours de réception à r Académie française, p. 18. 2. Discours de réception, p. 27, LES RAYONS ET LES OMBRES 287 Nul ne se trompa à ce lang-ag-e c'était une invite au roi. On lisait, quelques jours plus tard, dans la Revue des Deux-Mondes Ce discours, où M. Victor Hug-o avait à louer un poète et où il évoque tous les souvenirs politiques dun demi-siècle; ce discours, où l'on attendait une profession de foi littéraire, et où il est à peine ques- tion de littérature, c'est une abdication solennelle de son passé, c'est un premier pas vers la tribune, une candi- dature politique à l'une de nos Chambres, peut-être à toutes les deux; mieux encore un programme de minis- tci'e. — Vous souriez ; mais que sig-nifierait donc cette m^'stérieuse apparition de Malesherbes à la fin de cette liarang-ue, cette apparition qui ne tient à rien, cette ombre, en quelque sorte, qui passe au fond du discours, comme la litière du cardinal de Richelieu travei'se la scène à la fin de Marion de Lorme pour jeter auxs pec- tateurs le mot du drame ? Ici, vous le voyez bien, le mot est Pairie et Ministère '. » Ce fut M. de Salvandv qui répondit à Victor Hugo. Le poète avait fait un discours politique; l'ancien mi- nistre fît un discours littéraire. Le succès de la journée fut pour lui, Pour vous dire l'opinion de tout le monde, écrivait le lendemain X. Doudan, le discours de M. Vic- tor Hugo n'a eu aucun succès *. » Il est vrai que Dou- dan n'aimait g-uèrc Victor Hug-o; mais Charles Mag-nin, jui comptait parmi les plus fervents admirateurs du poète, était obligé de constater, lui aussi, que son échec avait été complet. Hélas! écrivait-il, cette attente a été trompée... L'assemblée n'a accepté qu'avec un senti^ ment marqué de surprise et de mécompte ce renverse- 1. lie vue des Deux-Mondex, lo juin 1841. Un duel pjli i/uCf article de Gluirlos Masiiin. '2. Lettres di X. Doudan, l. l•^ p. 2SQ. 288 VICTOR HUGO APRES 183U ment du proijTamme. Avec M. Victor Hu^o, ou doit tou- jours s'attendre à de l'impi^évu », avait dit un homme d'esprit la veille de la séance; et cependant, malgré cet avis, l'imprévu annoncé a été accueilli comme une de ces visites que l'on n'attend point. » Après avoir re- connu que le discours de Victor Hugo avait trompé l'at- tente de l'auditoire, Chaides Mag-nin ne faisait pas diffi- culté d'avouer que le succès de M. de Salvandy avait été des plus vifs. M. de Salvandy, écrivait-il, dès les pre- miers mots de sa réponse, est entré délibérément dans le champ littéraire, ce qui lui a gagné tout d'abord la faveur de l'assemblée... Il a reçu constamment d'une partie notable de l'auditoire des marques d'une adhé- sion complète '. » Victor Hugo n'était pas pour prendre son échec en patience. Il était l'un des habitués du salon de M™^ de Girardin ce fut elle qui se charg-ea de dire leur fait aux confrères du poète, coupïdles de haines mesquines et de calomnies pitoyables; elle les accusa de lui avoir tendu une embûche; elle reprocha à M. de Salvandy de s'être fait l'exécuteur des hautes œuvres » des ennemis de Victor Hug-o; elle montra l'auditoire, — ce môme audi- toire qui avait couvert M. de Salvandy de ses applaudis- sements, — l'interrompant au milieu de ses injures et de ses cruautés et le forçant d'en ravaler la moitié -! Et ce qui était vrai, c'est que l'Académie, dérog-eant à tous ses usag-es, s'était excusée, par la bouche de son directeur, vis-à-vis de l'illustre récipiendaire, de ne l'a- voir pas élu plus tôt 3. Ce qui était vrai, c'est que M. de 1. Revue d en Deux-Mondes. Ib juin 1841. 2. Lfl Press' du G juin 1841. — Lettres parisiennes, par JP»' Emile de Girardin, t. III, p. 212. o. Réponse de M. de i^alvandij, directeur de l'Académie fran- çaise, au discours de M. I iclor Hugo, p. 5. LES RAYONS ET LES OMDRES 28'J Salvandy avait rendu pleine justice aux œuvres de Vic- tor Hug-o et à son génie, célébrant tour à tour en lui le poète lyrique, le romancier et le dramaturg-e ; parlant de SCS odes avec enthousiasme ', de Notre-Dame de Paris avec admiration ', de ses drames eux-mêmes avec élog-e ^. Ou ïi ces louang-es il eût mêlé quelques réserves, qu'il lût porté sur la Convention un jugement qui ne con- ••orde pas en tous points avec celui de Victor Hug-o, qu'enfin il eût conseillé au poète de ne pas sacrifier les lettres à la politique; qu'il lui eût dit Poète, cette g-rande mémoire de Malesherbes n'est pas votre étoile conduc- trice. Les modèles que les lettres vous demandent d'ac- cepter, à ce jour solennel où elles vous couronnent, c'est Corneille, c'est Shakespeare, c'est Dante; ce sont tous les maîtres de l'art, sous quelque ciel et sous quelque règ-le qu'ils aient vécu... Sachez g-ré aux lettres de se montrer avares et jalouses, de vouloir g-arder tout entiers ceux qui les honorent *; où était le crime en tout cela, où V injure et la cruauté ? Et pourtant M. de Salvandy avait commis un crime, en effet, un crime abominable. Il s'était fait applaudira côté de Victor Hug-o et plus que lui. Cela criait veng-eance sovez-en sûrs, la veng-eance viendra... Dix ans se sont écoulés; depuis la révolution de Fé- vrier, M. de Salvandy vit dans la retraite, il est malade, il est pauvre. En i85i, un décret du président de la République accorde une de francs à l'an- cien ambassadeur de France à Madrid et à Turin, à 1. Réponse de M. de Salvaiidij, p. 21. 2. IhuL, p. 21. 3. Ibid., p. 23. 4. Ibid., p. 2. l"JO VICTOR HUGO APRES 1830 l'ancien ministre de rinstruction publique. Vu, dit ce décret, vu le certificat délivré, les lo et 25 février i85i, par les trois médecins désig-nés par le ministre de l'in- struction publique... ; vu la déclaration faite, le i8 février i85i, par M. de Salvandy, de laquelle il résulte qu'il ne

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Paul BRODARD. - DoiiîHihvGoogle PAUL STAPFER Professeur à l'UniverBilé de Bordeaux Doyen honoraire de la Faculté des Letires Victor Hugo ET LA Grande Poésie Satirique en France PARIS SOCIÉTÉ D'ÉDITIONS LITTÉRAIRES ET ARTISTIQUES Librairie Paul Ollendorfi 5o, CHAUSSÉE d'antin, 5o CH1i^>lc DoiiîHihvGoogIc VICTOR HUGO ET LA GRANDE POÉSIE SATIRIQUE EN FRANCE La satire lyrique . La poésie française se montrait autrefois très préoccupée de rentrer dans un genre bien défini et de ne pas introduire dans celui dont elle avait tait choix les qualités d'un autre genre, L'épître, par exemple, devant rester tempérée et familière, s'interdisait tout mouvement lyrique; l'élégie n'était jamais que tendre » et plaintive » ; l'ode 86 réservait l'éclat », l'allure impétueuse et le sublime désordre »; la description elle-même formait un genre à part, et les anciens recueils de morceaux choisis distinguent la poésie descriptive de la poésie narrative. Qu'était-ce alors que la satire? Une espèce de I toujours commode. L'édition in-lg et l'édition in-8 ne sont pas d'accord; la Légende des Siècles surtout a subi, dans tes éditions succes- sives, des bouleversements où l'on se perd. Il y a dans l'édition in-g de Toule la Lyre, au tome dernier, une Corde d'airain », et il y en a encore une autre au tome 11. La publication des Années funestes a achevé de tout brou^ler dans les renvois de pièces, dont vingt et une au moins ne l'étaient pas. A qui ne possède pas encore les œuvres de Victor Hugo, il est pro- bable qu'il faudrait donner le conseil d'acheter de préférence l'édition in-18 Hetzei, où la Légende des Siècles, en particulier, esi classée en cinq volumes dans un ordre méthodique; mais, précisément pour ce grand ouvrage, on peut préférer et je préfère l'ordre chronologique des publîcaliona en première, - nouvelle- et dernière série», faites de son vivant par l'auteur. DoiiîHihvGooj^lc SATIRE LYRIQUE 7 programme du poète satirique; c'est le plus vaste et le plus ambitieux que la poésie puisse rêver ... Que voulez-vous doncî — Tout. Tout. Lea tyrans à bas et les hommes debout. Tout. La fin. Ce qu'il faut à notre âpre insomai. C'est la captivité du genre humain Unie, C'est le souine orageux des clairons, c'est l'écho Des trompettes jetant à terre Jéricho; Ceet le débordement des Tibres et des BhAnes, C'est l'écroulement vaste et farouche des trônes. C'est leur dernière armée en fuile k l'horizon ! Ce qu'il nous faut, c'est l'Ame écrasant sa prison. C'est le peuple arrachant sa chaîne avec furie; C'est l'Amour criant Guerre! et la sainte Patrie Criant Peuples, j'abdique et suis l'HumanUé! C'est la Paix disant Passe avant moi, Liberté! C'est en nos cœurs gonflés la colère profonde. C'est l'épée en nos mains pour délivrer le monde. C'est l'imbécile amas des rois séditieux A nos pieds, et l'aurore immense dans les cieux! Autant dire que la poésie satirique c'est la poésie- tout entière, qu'elle embrasse au moins toute la lyre, et qu'elle est capable de toute l'action que la poésie lyrique peut avoir sur les hommes, de tous les bons effets qu'elle peut réaliser. On peut très bien soutenir ce paradoxe et concevoir de la satire onc idée si large et si haute, que rien de ce qui est beau ou sublime, rien de ce qui est utile et bienfaisant dans les pensées, les sentiments, les passions dont s'inspire un poète, ne soit étranger à cette grande forme de la poésie lyrique. Ce n'est pas sans raison qu'un critique a dit L'art serait-il investi par la nature d'une sorte de mission sociale? Nous serions tenté de le croire. » Mais c'est avec une singulière irréflexion qu'il ajoute ; Il est clair, en ce cas, que les œuvres de 8 VICTOR HUGO ET LA GRANDE POÉSIE SATIRIQUE haine serout très inférieures aux œuvres d'amour, si l'on peut ainsi dire, et que, par exemple, il n'y aura rien en prose au-dessous du pamphlet, ni d'in- férieur en poésie à la satire ' ». Ce critique oublie que l'homme qui hait comme il faut, et comme un poète doit haïr, est aussi celui qui aime le plus et le mieux. Une haine vigoureuse, qui n'aurait pas pour contre-partie l'amour tendre du contraire de ce que l'on hait, ressemble fort à un non-sens. Alceste, paF hasard, n'avait-il pas un cœur et un grand cœur? Si un homme était capable de haïr sans aimer, de tout haïr et de ne rien aimer, il serait hors de l'hu- manité, il appartiendrait au monde des démons. Non, ce n'est point dans les grandes et profondes "haines que l'amour, au fond, ne se sent pas; c'est, au contraire, dans les haines superficielles et mes- quines, dans la malveillance, le dénigrement, la mauvaise humeur, l'envie, dans le parti pris de ne jamais voir que le pire côté des choses et des hommes, de tout prendre à rebours et de tout juger de travers; c'est, en un mot, dans la méckanceté. Mais cela est petit; cela, c'est l'esprit de la vieille satire, et c'est, sans aucun doute, le souvenir de cette espèce de poésie, très médiocre, sans con- tredit, terre à terre et toute prosaïque, qui a dicté au critique que je réfute sa prodigieuse erreur sur l'infériorité poétique de la satire en général '. i. BruaeUËre, arlicle de ta Grande Encyclopédie sur ia Cri- tique. S. Même erreur k propos du pamphlet, étourdiment rabaissé. Est-ce que les Provinciales ne sont pas un pamphlet? Est-ce que ce pamphlet manque d'amourî II. i.,OÉSIB SATIRIQUE notre auteur. Mais dans beaucoup d'autres aussi le torrent roule à la fois l'eau pure et l'eau troublée; la sombre fureur avec laquelle il se précipite ne l'empêche pas de refléter le ciel. Ce contraste fré- quent est un des beaux caractères de la poésie de Victor Hugo, qui est rarement monochrome ou monocorde, qui unit les contraires dans une har- monie puissante et qui a été très bien définie par le poète lui-même quand il a dit qu'il avait Dans la tète un orchestre et dans l'Ame une lyre '. 8 J'ai mis des rayons dans un livre inclément, » écrit-il, en faisant allusion aux Châtiments^, et le fait est que la principale beauté de cet admirable livre consiste dans le mélange continuel de la poésie la plus délicieuse avec la fureur effrénée des outrages les plus insultants. La haine du crime, L'horreur, le dédain Mettent dans ma bouche Un hymne farouche... Mais parfois soudain. Une strophe passe. Emplissant l'espace D'ébats ingénus. Et m'arrive ailée. Fraîche dételée Du char de Vénus'. Une pièce des Contemplations I, 28 illustre par une frappante image ce mélange de grâce et d'hor- f. Toute la Lyre, V, 1. 2. Les Quatre Vents de l'Esprit, I, 32. 3. Droit de reprendre haleine, dans Toute ta Lyre. I,A, SATIRE LYRIQUE 11 reur, de colère et d'amour, qui est le cachet le plus original de la grande satire poétique 11 [aut que le poète épris d'ombre et d'azur... Détienne fornii plus ou moins, celui de tout homme? Est-il un seul de ces articles dont ne soient journellement rebattues les oreilles des confesseurs? Où est le chrétien sincère, ayant de lui-même la moindre connaissance, fût-il le prince des apôtres, qui ne frappe matin et soir sa poitrine, comme celle du premier des pécheurs? Il serait donc absurde de s'étonner qu'un grand poète puisse être un homme, lui aussi, je veux dire une créature pécheresse, et delui reprocher, comme une tare exceptionnelle dont son génie aurait dû le garantir, des misères qui sont l'héritage commun de l'humanité. Mais ce que nous avons le droit d'exiger du poète, ainsi que de tout homme, c'est qu'il ait sinon la conscience et le repentir de tout le mal qu'il fait, au moins le respect et le culte du bien qu'il ne fait pas. Les Saintes Écritures, en nous disant que tous les péchés des hommes pourront 1. M. Edmond Bîré. DoiiîHihvGooj^lc LA. SATIRE LYRIQUE 1 lear être pardonnes, font une réserve mystérieuse pour un seul crime sans rémission qu'elles appel- leut* le péché contre le Saint-Esprit ». Quel est-il ce péché diabolique que rien ne lave? Je sais, en litténitare au moins, ce que c'est; le voici c'est le blasphème qui consiste à railler l'idéal, & nier la coQscience, le devoir, la vérité, la vertu, et à sou- tenir que le mal est le bien. Un tel monstre est moins rare qu'on ne suppose; si les négateurs insolents du bon et du beau ne sont pas très com- muns, d ne manque pas de gens d'esprit qui par- lent avec un sourire de ces choses sacrées et dont les propos ou les écrits nous laissent l'impression qu'ils n'ont jamais pris la vie au sérieux. Qui ne sent, par exemple, que ni Théophile Gautier, ni Flaubert, ni Mérimée, ni Musset lui-même, n'au- raient été capables de ces colères viriles, de ces hautes et saintes indignations qui sont l'Âme de la satire poétique? non point que ces honnêtes gens fussent pires que d'autres, mais parce que trop d'indices dans leur vie et dans leurs ouvrages révè- lent un profond scepticisme moral qui ne prenait pas fort à cœurles devoirs de l'homme et du citoyen. Ces délicats auraient craint de compromettre leur réputation d'écrivains d'esprit et de goût en se lais- sant aller à des sentiments si bourgeois. Or, les manquements de VictorHugo àlaloi morale peuvent être aussi graves et aussi nombreux qu'on voudra il demeure investi du droit de la satire; il conserve la puissance de nous communiquer ses émotions, parce que rien dans tout ce qu'il a fait 111 .CtHinlc 30 VICTOR HUGO ET LA GRANDE POÉSIE SATIRIQUE OU écrit, pas une ligne absolument, ne nous auto- rise à croire que le péché contre le Saint-Esprit » ait seulement approché de sa pensée. Il n'a jamais cessé d'adorer l'idéal. Il n'a jamais élevé le moindre doute sur la réalité de nos devoirs. S'il ne s'est pas connu et jugé lui-même assez sévèrement, s'il a pu se tromper sur la valeur morale ou immorale des personnes et des choses, jamais il n'a nié que le mal fût le mal et que le bien fût le bien. Et ce degré d'honnêteté suffît pour que la satire poétique, la seule dont je m'occupe, soit grande et sérieuse, et pour qu'elle nous touche ; mais il est absolument indispensable. Oserons-nous ajouter que la curiosité indiscrète, l'esprit d'envieuse inquisition, ennemi des pures joies esthétiques, qui furète malicieusement dans la vie des poètes, afin d'y surprendre un désaccord entre ce qu'ils disent et ce qu'ils font, méconnaît peut-être la différence qui est entre les hommes, quant aux devoirs utiles qu'ils ont à remplir? Le devoir des écrivains dont les idées rayonnent sur le vaste monde et qui agissent au loin par la contem- plation et par la pensée, est-il exactement le même que celui des personnes modestes dont toute l'acti- vité est resserrée dans un cercle étroit et prochain? Si Victor Hugo a fait du bien aux hommes par quelques-uns de ses écrits, ce bien n'est-il pas incomparablement plus précieux que celui qu'il aurait pu faire en donnant toujours dans sa maison l'exemple des vertus domestiques? H y a, dans cet ordre d'idées extrêmement délicat DoiiîHihvGooj^lc LA SATIRE LYRIQUE SI et que je ne touche qu'en tremblant, une bien belle pensée de Mseterlinck, illustrée par une magnifique image La meilleure partie du bien qu'on fait autour de nous est née d'abord dans l'esprit de l'un de ceux qui négligèrent peut-être plus d'un devoir immédiat et urgent pour réfléchir... Il serait regret- table que tout le inonde s'en fût toujours tenu au devoir le plus proche... Evitons d'agir comme ce gardien du phare de la légende, qui distribuait aux pauvres des cabanes voisines l'huile des grandes lanternes qui devaient éclairer l'Océan ' ». On a pu trouver peu spirituels deux traits du caractère de Victor Hugo, qui, en effet, sont naïfs, mais qui ont leur valeur poétique et morale, et sans lesquels la grande satire ne se concevrait pas d'abord, le sérieux'profond de sa respectueuse con-' sidération pour lui-même, qui va jusqu'à la foi en sa mission divine; ensuite, la violence de la pas- sion qui le fait rougir et pâlir, écumer, sortir des gonds de la raison, bégayer des mots presque sans suite et vomir des injures. Cela, dit-on, est lourd et grossier. Oui, mais comme est lourde la majesté du pontife qui se croit ministre de Dieu ; oui, mais comme est grossier letaureauquifonce dansl'arène. Le spectacle en lui-même est beau ; il estbeaudevoir l'exaltation d'une âme et la fougue d'un tempéra- ment. Victor Hugo se dresse devant nous dans sa double grandeur d'apôtre et d'athlète. Il combat avec furie; mais la victoire pour laquelle il lutte I. Là Sagesse et la Destinée, I et . DoiiîHihvGoogle 2Î VICTOR HÎIGO ITT LA GRANDE POÉSIE SATIRIQUE âprement, c'est celle de l'Idéal sous toutes ses formes, c'est celle de Dieu sous tous ses noms la vérité, la justice, la paix sur la terre, l'amour et la fraternité entre les hommes. ... Que le mal délruise ou bâtisse, Hampe ou soit roi, Tu sais bien que j'irai, Justice, ... Foi, ceinte û'va cercle d'étoiles, Droit, bien de tous, J'irai, Libéria qui le voiles, ... J'ai des ailes. J'aspire au faite. Mon vol esl sûr; J'fti des ailes pour la tempile Et pour l'azur. ... Vous savez bien que l'Ame alTronle Ce noir degré. Et que, si haut qu'il faut qu'on monte, J'y monterai t Vous savez bien que l'âme est forte Et ne craint rien. Que le souffle de Dieu remorle 1 Vous savez bien Que j'irai jusqu'au» bleus pilastres. Et que mon pas, Sur l'échelle qui monte aux astres. Ne tremble pas!... Cette pièce étonnante d'Ibo ' , un des chefs-d'œuvre du poète par le souffle, l'audacieux élan et la par- faite appropriation du rythme à l'idée, procède de la même inspiration que les Châtiments. Ils sont lyriques comme elle, elle est satirique comme eux. L' âpre athlète », le penseur blérae », le € mage 1. Let ConUmplatioas, VI, 3. DoiiîHihvGoogle LA SATIRE LYHIQUE 23 eiïaré » menace de saisir k la comète par les che- veux », et, si le tonnerre aboie, de répondre à la foudre par ses rugissements. Il faut, a fort bien remarqué un critique ', se représenter Victor Hugo composant cette ode comme il a composé les plus violentes satires des Châtiments, éperdu, parcou- rant à grands pas la grève, le poing tendu vers le ciel, ainsi que vers la côte française, et criant ses vers irrités dans la brise. L'identité non seulement de la satire et de la poésie lyrique, maïs des sentiments contraires en apparence qui inspirent l'une et l'autre, la fureur et la joie, la haine et l'amour, la colère et la pitié, l'épouvante et l'adoration, a été rendue avec un éblouissant éclat de style dans l'épilogue des Chan- sons des rues et des bois. Ce recueil est un inter- mède idyllique s'ouvrant et se fermant par deux pièces hors cadre, dont la première nous montre Pégase mis au vert », et la dernière, le cheval rendu à la liberté de sa course effrénée à travers le MoDstre, à présent reprends ion ïot. Approche, que je te déboucle. Je te lâche, die ton ticol, Rallume en tes yeux l'escarboucle... Bederiens Ion maître, va-ten! Cabre- toi, pialTe, redéploie Tes farouches ailes, Titan, ATec la fureur de la joie. i- Habilleau, Victor tlugo, dans la Collection des Grands Écri- Taioa [raneais, p. 146. DoiiîHihvGooj^lc 24 VICTOR HUGO ET LA GRANDE POÉSIE SATIRIQUE Itetaurne aux pilles prorondeurs. Sois iiidomp table, recommence Vera l'idéal, loin des laideurs, Loin des hommes, ta fjite immense... Sois plein d'un implacable amour. H est nuit. Qu'importe? Nuit noire. Tant mieux, an y fera le jour. Pars, tremblant d'un frisson de gloirel Sans frein, sans Iréve, sans flambeau, Cherehanl les cieux hors de l'élable, Ver] te vrai, le juste el le beau, Iteprends ta course époiaranlable... Le poète ordonne au cheval de bien le garder sur son dos, car tous ses songes font partie de sa crinière ». Mais il ne sait pas, nouveau Centaure, jusqu'où il est le guide et jusqu'où la monture, s'il est l'homme ou la lôte, le seigneur ou l'esclave; la fameuse pièce de Mazeppa, dans les Orientales, est le premier symbole de cette dualité, analysée au livre V de Toute la Lyre avec plus de précision ... Est-ce que j'obéis? est-ce que je commande? Ténèbres, suis-je en fuite? est-ce moi qui poursuis? Tout croule; je ne sais par moment ai je suis Le cavalier superbe ou le cheval farouche; J'ai le sceptre à la main et le mors dans la bouche. Ouvrez-vous que je passe, abîmes, goullre bleu. Gouffre noir! Tais-toi; foudre! Où me mènes-tu, Dieuî... Je suis la volonté, mais je suis le délire . I. L'Année lerrifile. Novembre, VIII, I .i., et de saag, prêle aux luttes fratricides, et aspirer à redescendre dans la nuit d'où l'aurore de 89 l'avait tirée ! Les journaux du second Empire, étant bâillonnés, s'avaient été coupables que d'une servilité abjecte ; le spectacle d'une presse libre et soi-disant libérale coalisée contre le droit avec les ennemis naturels de la Révolution, de la République, de la liberté, aurait été étrangement nouveau pour le grand poète, et je me demande de quelles satires enflam- mées, inouïes encore dans la poésie humaine, il aurait châtié un tel monstre. Ils étaient bien moins haïssables, beaucoup de ceux auxquels il a dit Rien qu'en songeant à vous, mon vers indigné sort, Et mon cœur orageux dans ma poitrine gronde Comme le chfine au vent dans la tortt profonde . Or, l'esprit de discernement, qui est le premier degré de la justice et la qualité la plus élémentaire du critique, est très faible chez Victor Hugo, Tous ses jugements sont absolus. Ayant, dans le cours de sa longue vie, changé d'opinions comme tout homme qui pense, et ses opinions étant toujours extrêmes, 11 devait, plus que personne, scandaliser ceux qui ne pensent pas, par la violence de ses con- tradictions. Mais il est possible d'en découvrir la loi, et de les ramener ainsi au moins à l'unité de cause. Cette loi, c'est l'empire, toujours le même, qu'une suite de mots divers ont eu sur son esprit. l. Le$ Quatre Vent$ de VEsprit, I, 21. II. i.,8 VICTOR HUGO ET LA GRANDE POÉSIE SATIRIQUE point chercher ailleurs que dans tes lois mêmes de Kon imagination. La première de ces lois est donc l'ébranlement extraordinaire qu'elle recevait des mots en général et surtout de certains grands mots, considérés fan- tastiquement comme de véritables êtres doués de La deuxième loi de cette imagination sans pareille est la simplification extrême des choses que les mots lui représentaient, et cette seconde loi est la conséquence logique de la première. Ce qui est complexe, délicat, nuancé, intéresse l'esprit, exerce l'intelligence, mais ne frappe pas vivement le regard. L'œil de Victor Hugo, voyant les choses avec une netteté intense, les voyait tou- jours simples. Il n'était pas de ces myopes repliés sur eux-mêmes par l'impuissance de leur vue et confinés dans l'analyse intérieure, ou examinant avec la loupe, sous l'ahal-jour de leur lampe cré- pusculaire, un détail infiniment petit de la nature, un point obscur et difficile de l'histoire. Sa pensée avait besoin et du choc des mots et du contact vio- lent des choses, contemplées par les yeux de son corps sous la lumière crue du soleil, ou surgissant à son imagination hallucinée dans l'horreur épaisse de la nuit. M. Mabilleau a cru pouvoir affirmer que l'œil de Victor Hugo ne distinguait pas les couleurs, contentons-nous de dire les nuances, et qu'il n'était sensible qu'aux oppositions très tranchées, le noir, DoiiîHihvGoogle LOIS CE L'IMAGINATION DE VICTOR HUQO S9 le blanc, le rouge. Une singularité bien curieuse de sa complexion physique, c'est qu'il était un visuel » à tel point qu'il avait besoin de voir les mots et qu'il ne composait qu'en écrivant, ne pouvant ni dicter ni rimer de mémoire. H illustrait de dessins les marges de ses manuscrits. Il estimait que les mote ont une physionomie, et que les lettres mêmes de l'alphabet ont chacune sa signifi- catioB. Ce n'est certes pas lui et je l'en félicite qui aurait signé la pétition pour la réforme de l'ortho- graphe, consenti jamais à changer en i simple Vy grec du mot lys, cette gracieuse image de la chose qu'il exprime, ni à supprimer du mot poêle ou poêle soit l'accent grave, qui est une flamme, soit le tréma, qui est une étoile double. Par l'excessive simplification des choses et des idées , suite naturelle du relief intense qu'elles avaient dans son imagination et dans sa vue, Victor Hugo, dont on a souvent signalé les tendances classiques, remonte non seulement au grand Cor- neille, mais presque à la rudimentaire sagesse morale des vieux bardes de la chevalerie française et des antiques Homères; il rejoint les poètes primitifs, qui étaient sans psychologie. L'absence de vérité mesurée, composée, tem- pérée, sachant fondre et allier les contraires, est, ' dans son œuvre poétique, tantôt une faiblesse et tantôt une force. C'est une faiblesse dans ses romans et dans ses drames, où la représentation complète et harmonieuse de la nature humaine fait un peu trop défaut; c'est, dans ses épopées, une lacune DoiiîHihvGoogle 60 VICTOn HUGO ET LA GRANDE POKSIE SATIRIQUE plutût avantageuse ; mais c'est certainement un avan- tage et une force dans la satire lyrique, qui n'a que faire de nuances et d'atténuations, de restrictions et de réserves, de retouches et de repentirs, et qui ne saurait trop carrément se ranger contre les hommes et contre les choses que sa justice irritée châtie. Toutes les âmes que Victor Hugo a créées sont simples celles même qu'il croit doubles, parce qu'il Y a violemment jeté une de ces antithèses qui lui sont chores, ne servent qu'à mieux faire res- sortir cette loi; car le conflit de deux forces con- traires, qui est la plus grande complexité de son art, se réduit toujours à une simple opposition mécanique où brille non pas l'ondoyante et si- nueuse richesse de la nature, mais le seul éclat de sa rhétorique. L'expérience de la vie apprend à l'obsen'ateur que tous les vieillards ne sont pas vénérables comme Nestor, que tous les héros ne ressemblent pas à de jeunes dieux comme Achille, que tous les traîtres ne sont pas laids comme Thersîte, que toutes les mères n'ont pas un cœur de mère, que tous les diables ne sont pas noirs, que tous les enfants ne sont pas des anges, et toutes les femmes non plus. Victor Hugo, dominé par l'influence des mots, s'en tient à ces épithètes de nature mère tendre, héros divin, femme gra- cieuse, ange innocent, monstre horrible. Voyez l'enfant dans sa poésie ; 1. La l'ilié suprême. DoliîHihvGoOgIc ; L IMAGINATION DE VICTOR HUGO 61 e petit pied blanc '; s les anges encore ivre ^. L'évangilo que le bon vieillard prêche à ses petits enfants est d'une simplicité toute patriarcale e lu ad hagard, On est presque étonné de n'y pas voir d'étoiles. Mais, comme la simplification des idées et des choses, leur grossissement, loin de nuire à la poésie satirique, lui est très favorable. L'outrance ne mes- sied point à qui est armé de la foudre; le ton- LOIS DE L'lMAiiélique de la Corde d'ai- rain par les violences mêmes d'imagination et de passion, par les excès de fougue indisciplinée qui l'empêchent d'être souverain partout et de régner sur la littérature tout entiiTc. Il simplifie les olijels. il les enfin il les oppose. Uantithèse achève rénuiiiération des grandes lois de son génie poétique, et ci'tte dernière loi est la suite naturelle des aitlres, l'ne imagination qu'un mot allume s'emhrase et llamboie au choc des mots qui se font la gui'rre un poète qui voit sim- plement et grandement les choses doit aimer le contraste qui rehausse leur relief; car rien ne les fait ressortir avec plus d'érlal que l'opposition. D'autres grands écrivains imt fait, comme lui, de l'antithèse, plus qu'un ornement accidentel de leur style, ils en ont fait nne lui de toute leur manière de penser et d'écrire; mais, ihen Victor Hugo, elle a ceci de singulier, que les images qu'elle suscite dans son esprit se cliaiigent en réalités sérieuses, 66 VICTOR HUGO ET LA. GRANDE POÉSIE SATIRIQUE prennent une force probante et deviennent la vérité même, si bien qu'à ses yeux comparaison est raison. Ce logicien extraordinaire renouvelle presque les bizarres raisonnements de ces théologiens du moyen âge, pour lesquels il devait y avoir néces- sairement quatre évangiles parce qu'il y a quatre points cardinaux, ou qui fondaient la subordination des princes au pape sur cet argument, que la lune emprunte sa lumière du soleil. Il croyait certainement avoir trouvé la preuve sans réplique contre le pouvoir temporel du saint- siège dans cette antithèse brillante Le christia- nisme est moins auguste, couronné au Vatican qu'agenouillé au Golgotha, Une triple couronne de jouissances et d'orgueil terrestre représente étran- gement la couronne d'épines ' ». L'analogie, qui correspond à l'antithèse comme son pendant, fournit à ce penseur facile à contenter le-fondement de sa foi inébranlable au progrès J'ai profondé- ment foi au progrès. Les éclipses sont des intermit- tences, et comment douterais-je du retour de la liberté puisqu'à tous mes réveils j'assiste au retour de la lumière '? » La question controversée de la généalogie de Victor Hugo a été résolue par M. Edmond Biré, son biographe, dans le sens de la descendance roturière du poète, contrairement aux prétentions mensongères de sa vanité. S'il est vrai qu'il ait tenu à gloire d'appartenir à la noblesse i. Lettre aux mcmbreB du cercle dëmocraiique de Pise, 3 avril 18S3. 2. Lettre à Paul de Saint-Victor, 10 décemlre 1863. LOIS DE L'IMAGINATION DE VICTOR HUGO 67 lonte faite, où l'oii n'a que la peine de naître », c'est une faiblesse humaine de plus, qui lui était commune avec plusieurs grands hommes, notam- ment avec Michel Montaigne; mais il m'a toujours paru bien peu probable qu'un homme aussi orgueilleux que Victor Hugo, enfant de la Révolu- tion française et surtout fils glorieux de ses œuvres, ait eu une vanité si puérile, et je trouve, dans une lettre qu'il écrivait le 20 mars 1867, une profession de foi qui doit être sincère, parce que son amour de l'antithèse avait de quoi y goûter la plus vive et la plus complète satisfaction Fersonnellement, je n'attache aucune importance aux questions généalogiques. L'homme est ce qu'il est, il vaut ce qu'il a fait. Hors de là, tout ce qu'on lui ajoute et tout ce qu'on lui dte est zéro. D'où mon ahsolu dédain pour les généalogies. Les Hugo dont je descends sont, je crois, une branche cadette, et peut-être bâtarde, déchue par indi- gence et misère. Un Hugo était déchîreur de bateaux sur la Moselle... Il y a dans ma famille un cordonnier et un évêque, des gueux et des Houseigneurs... Si j'avais le choix des aïeux, j'aimerais mieux avoir pour ancêtre un savetier laborieux qu'un roi fainéant Quelquefois la rencontre des sons lui fait sou- dain apercevoir un sens qui n'a aucun rapport logique ni raisonnable avec l'Idée exprimée par le mot, et cette surprenante absurdité, dont l'effet ordinaire est d'exciter le rire, est ce qu'on appelle vulgairement un calembour. Mais les calembre- daines de Victor Hugo sont graves, parce qu'elles lui suggèrent des philosophies de l'histoire, des cosmogonies, des métaphysiques. Fis et Vir 68 VICTOR HCGO ET LA GRANDE POESrE SATIRIQUE lui apparaît comme l'antithèse fondamentale sur laquelle reposent les philosophies et les reli- gions '- » Nomen, Numen, Lumen il entrechoque ces consonances, et voilà l'existence de Dieu démontrée et le Verbe éternel créant le firma- ment '. Dans la satire lyrique, la seule qui soit de la poésie, les grandes antithèses fondamentales sont d'abord la haine et l'araour; puis vient celle des hommes et des bêtes, de l'humanité et de la nature. Je n'ai pas h. revenir sur la première, qui remplit mon premier chapitre; le septième cha- pitre aura pour sujet la seconde antithèse, à savoir le désaccord ou l'harmonie des bêtes et de la nature avec l'homme dans la poésie satirique do Victor Hugo. Une troisième antithèse, très belle et très féconde aux mains du poète satirique, c'est le contraste du présent avec le passé, c'est la comparaison Des hommes d'au Ire foi s aun hommes d'aojooriniui. Il n'y a point d'idée qui revienne plus fréquem- ment sous la plume de notre poète; il varie le thème de toutes les façons, par le rythme, par l'image, par les exemples qu'il multiplie de notre petitesse et de la grandeur de nos pères C'est bien, buvez, mangez, rampez, eourbez la Wle!... .Gooj^lc LOIS DE L' DE VICTOR HUGO Us dispersaient les sous leurs vastes coups d'ailes, RayonDaienl, Donnaient des rendez-voii^ à la mort, et Qdëlea, Leurs sabres ont chassé. ï^ecouanl leur dragonne, De Yalniy, De Fleurus el des bois sinislres de l'Argonne Devant ces preux, semant les progrès, les désastres Et le bruit. Les rois disparaissaient fiuiiTiie des faites d'astres Dans la nuit. Moi je suis un proscrit. J'assiste aui mers farouches, Il il'elTroyables bouclies El. tout en écoulant passor le cri ; Justice! Je songe à la grandeur îles morts qui rapetisse Les vivants '. Un survivant de ht ;jrniideur antique dit aux hommes de son temps dans les Quatre jours d'El- ciis Oui, vous êtes les nains d'un temps chétif et laid; Jue le plus grand de vous mette mon gantelet. Je gage que son poing entrera dans le pouce. Eclipse, dans le livre siilirique des Quatre vents de TEspriti est une assez helle pièce, d'une vérité toujours actuelle, où un vei-s particulièrement saii- sissant résume bien l'impression de vieillesse pré- l'oce que fait souvent sur nous la vue des petits 1. Pièce vingt el unième de ta seconde Corde d'airainàe toute la lijre, dans l'édition in-8 rinquantième des Année funestes^. . 70 VICTOR HUGO ET LA GRANDE POÉSIE SATIRIQUE enfants déjà graves, ridés et pensifs, à notre époque usée et fatiguée La terre par momenis doule; on ne comprend plus. L'bomme a devant les jeui de I& brume, un reOux, On ne sait quoi de pâle et de crépusculaire; On D'à plus d'allégresse, on n'a plus de colère... Le sage stupéfait balbutie et %'^a va; Le mal semble identique au bien dans la pénombre... Des aveugles entre eux se montrent le chemin... La conscience écoute, essaie, et, déroulée, Prend le Taux pour le vrai dans ces tâtonnements... Les choses qu'on nommait vertus perdent leurs formes... La route est noire; on crie, on s'appelle, on se nomme... Tout est confus et blême, et les ténèbres rient. Le Tond du ciel est trouble, horrible et pluvieux, El te petit enfant qui passe parait vieux... L'habitude d'admirer les grandes choses, les grands hommes, à la ressemblance desquels on aspire noblement, et de mépriser tout ce qui est petit, engendre certains vices moraux et littéraires, l'orgueil, et ce que les Latins appelaient altilo- quence et magniloquence. Mais, en somme, cette tendance vers la sublimité fait à l'âme et au style beaucoup moins de mal que de bien. Il faut avoir en soi-même quelque chose de grand pour aimer la grandeur, de même que la beauté, la vérité, la bonté, la justice seraient indifférentes et incom- préhensibles à une nature foncièrement vilaine, fausse, méchante ou inique ; et, plus le goût de ces choses est vif, plus il est probable et même certain qu'on est digne de les adorer. Gardons-nous de répéter déclamation, emphase, toutes les fois que le vulgaire jette à l'éloquence cette critique. Ceux qui ne peuvent pardonner à un grand écrivain LOIS DE LIHAGINATION DE VICTOR HUGO 71 l'excès de sa superbe sont toujours des gens de taille chétive et basse qui seraient radicalement incapables de s'élever eux-mêmes à la juste mesure du sentiment trop fier dont la hauteur les choque. Reprochez donc à Olympîo son manque d'humilité quand il ne contemple que sa propre personne et qu'il feint de se confesser à Dieu; mais lorsque, sortant de ses méditations solitaires, saisissant l'épée et le clairon de la satire lyrique, il remplît dans le monde une mission de justice et de ven- geance divines, 'il n'est point obligé de se faire humble, il peut lever la tête et se dresser dans toute la majesté de sa stature, car il est parmi les hommes l'envoyé du Très-Haut. L'orgueil de Victor Hugo est immense, à tel point qu'on s'étonne et qu'on doute qu'il ait pu rester dans son esprit la moindre place pour un sentiment aussi contraire à l'orgueil que la vanité. ... Au géant de marbre, auguste et mutilé. Au sphinx de granit, rose el sinistre, qu'importe Ce que de lui, sous lui, peut penser le cloporte! Dns Ja nuit où frémit le palmier convulsif. Le colosse, les maina sur ses genoux, pensif, Calme, attend le moment de parler à l'aurore... Kl le fourmillement des millepieds sans nombre N'ôle pas h Uemnon, subitement vermeil, La formiilaUe voix qui répond au soleil n, et c'est lui qui conta l'histoire à Victor Tout â coup un Gros-Jean qoelconqua interrompit, . HaitlBat le pritre-,. — Si Dieu n'existait pasT... répondez à'cela! — II faudrait l'ioTenler, dit mon pare. — Voilà, S'écria le curé, j'en prends à témoin Borne Et le saîDt-père, on cri de l'Ame! Et le bonhomme Sut gré du cri de l'Ame h mon père, lequel L'avait pris dans le diable, édition de Kehl- . Voilà de l'esprit et du meilleur; la rime riche achève d'aiguiser la pointe très fine de l' épi- gramme. Les épigrammes proprement dites sont des satires en miniature. Victor Hugo en a qui sont bonnes; ainsi, dans Toute la Lyre VII, 17 ', celle intitulée Chaque siècle a le sien Le seiziËme eut Turlupio. Le dix-septiËme eut Scapin. Le dix~hultième eut Grispln. Le dix-neuvlËme a Dupin. Il en a de plaisantes ... Les mandarins à l'air vénérable et sournois, Les dragons, les magots et ces démons chinois Forts laids, mais pélillanls de malice et de flamme, Qui doivent ressembler aux rêves d'une femme Amoureuse de vous, ô mon ami Crémieux '! DoiiîHihvGooj^lc LOIS DE L'IMAGINATION DE VICTOE HUGO 79 n en a de charmantes, telles que le Doigt de la femme, dans les Chansom des rues et des bois ; ... AjaDl Csit ce doigt sublime, Dieu dit aux ange» Voilà! Puis s'endormit daua l'abîme. Le diable alors s'éveilla. Daas l'ombre où Dieu sp repose, . 11 vint, noir sur l'Orient, Et tout au bout du doigt rose Hit un ODgIe eu souriant. Il en a enfin de belles comme l'antique ; tel est le ravissant médaillon A force de rêver et de voir dans la plaine... au livre VP de Toute la Lyre, et les vers délicieux qui précèdent, Horace, et loi, vieux La Fontaine, Vou9 avez dit Il est un jour Où le cœur qui palpite à peine Sent comme une chanson lointaine Mourir la joie el Tuir l'amour... Le temps d'aimer jamais ne passe ; Non, jamais le cœur n'est Terme! Hélas I ïieui Jean, ce qui s'elTace, Ce qui s'en va, mon doux Horace, C'est le temps où l'on est aimé. Il y a un autre genre d'esprit bien français, maïs k la mode de Corneille plutôt que de Voltaire, parce qu'il est fier, superbe, empanaché, et tout plein de l'antique vertu de son étyraologie , spiritus cet esprit-là, Victor Hugo en est rempli. Je ne connais rien de plus crâne, je veux dire de plus spirituel, au sens élevé du mot, que les remontrances adressées au Cid exilé, dans îa Légende des Siècles, par un .Cookie 80 VICTOR HUGO BTT LA GRANDE POÉSIE SATIRIQUE envoyé du roi, sur la hauteur oiïensante que ce grand homme de guerre conserve dans sa dis- grâce. ... Voici pourquoi le roi n'est pas content de vous Voire allure est chez lui si Dère et si guerrière, Que, tout roi qu'est le roi, son altesse a souvent L'air de vous annoncer quand vous inarchez derrière. Et de vous suivre, ô Cid, quand voua marchez devant... Quand voua lui rapportez, vainqueur, quelque province. Le roi trouve, et ceci de nous tous est compris, Que jamais un vassal n'a salué son prince, Cid, avec un respect plus semblable an mépris. Votre bouche en parlant sourit avec tristesse; On sent que le roi peut avoir Burgos, Madrid, Tuy, Badajoz, Léon, soil; mais que son altesse N'aura jamais le coin de la lèvre du Cid... Je termine cette anthologie des vers les plus spi- rituels de Victor Hugo par le choix d'une fleur tout à fait exquise. C'est la sixième pièce du livre VII de Toute la Lyre A un rat. La légèreté de la touche, la fraîcheur et l'originalité des images en font une petite merveille de grâce et d'esprit rat, de là-haut, tu grignotes Dans le grenier. Ion oasis. Les Pontmarlins et les Nonottes Moisis. Tu vas, flairant de tes mousiaches Ces vieuï volumes qu'ont ornés De tant d'inexprimables taches Les nez... Rat, c'est pour toi qui Que les sonnets et les Disent dans les bibliothèques Dormons!... La postérité, peu sensible. Traite ainsi l'œuvre des pédants La nuit dessus; toi, rat paisible, Dedans... DoiiîHihvGoogIc LOIS DE l'imagination DE VICTOR HUGO C'est égal, je te plains; contemple Lï-bas, BOUS les cieuï empourprés, Le lapin dans l'immense temple Des prés. Il va, vient, boil l'encens, s'enivre, Pendant que lu mords dans un livre Trop mûr. L'aurore est encore en chemise Que lui, debout, il se nourrit; Sa nappe verte est toujours mise; Il ril. Il est le roi de la clairière; 11 contemple, point soucieux. Tranquille, assis sur son derrière. Les cieui... Télégraphe de l'herbe fraîche. Ses deux pattes à chaque instant Jettent au ciel cette dépêche Content En plein serpolet il patauge. Vois, il est vorace et railleur. Compare il broute, lui, la sauge En fleur, L'anis, le parfum, la rosée, Le trèfle, la menthe et le thym; Toi, VErmile de ta Cbauisée Victor Hugo a donc de l'esprit, de l'esprit vrai- ment français, et non pas seulement celui d'un Titan, d'un Cyclope ou d'un Hercule chinois. Quel- qu'un qui s'amuserait à extraire de ses œuvres en vers ou en prose tous les passages où l'esprit est • un bon sens vif aiguisé de malice », où il est aussi • la gaieté de la raison », et non celte de l'imagination seulç, aurait de quoi en composer un volume. Il a même du goût, toutes les fois qu'il con- sent à oublier sa fureur contre certains pédants qui .oogic S3 VICTOR BUOO El LA GBANDE POÉSIE SATIRIQUE s'en sont constitués les oracles, et les absurdes para- doxes que cette antipathie lui a inspirés. Il a enfin et cet éloge l'aurait peut-être surpris et fâché de la mesure malgré son outrance, oui, de la mesure, et de la justesse, et de la discrétion, et de la sobriété, le grand poète qu'il est toujours ayant su être, Dieu merci, un artiste habile en beaucoup d'ouvrages. Mais il y a une chose dont il est radicalement dépourvu ; l'humour. J'appelle ainsi la faculté de se dédoubler, de donner la moitié de sa personne en spectacle à l'autre moitié, de rire de soi-même et de comprendre le peu que l'on vaut, le peu que l'on fait, le peu que l'on est, bref, le néant définitif de tout le travail dont on se donne la peine dans un monde où tout est vanité. Humoristes, la plu- part de ceux qui pensent le sont plus ou moins, parce que bien peu de personnes sages sont telle- ment absorbées par l'intérêt de la comédie exté- rieure qu'elles ne rentrent quelquefois en elles- mêmes, et ne se jugent, et ne se raillent. Il est extrêmement rare d'être intelligent et aussi mauvais humoriste que A'"ictor Hugo. Seul peut-être parmi les grands hommes d'esprit et d'action de notre siècle, Napoléon se présente avec la même tenue solennelle et majestueuse et demeure, comme lui, constamment imperturbable dims sa hauteur sereine. Non, Victor Hugo ne se connaît pas, il ne se condamne pas, il ne se moque jamais de sa per- sonne sacrée. Ses prétendues descentes dans l'abîme intérieur de sa conscience ne furent que de magni- fiques exercices de poésie et de style, dont un mot I . Cookie LOIS DE L'IMAGINATION DE VICTOR HUGO 83 encore, ébranlant son imagination, avait fourni le thème à sa rhétorique. Toujours il pontifie. Tou- joara il reste l'âme de cristal » vibrant à tous les souffles et à, tous les rayons, l'àme aux mille voix > que Dieu Mil au centre de tout comme un éctio sonore i. Mais, si cette sensibilité unique aux choses du dehors, cette espèce de naïveté de l'homme qui s'ignore lui-même et se prend profondément au sérieux, sont à bien des égards une infirmité intel- lectuelle, je ne crois pas que la poésie satirique en souffre comme d'une condition moins heureuse. Il me semble, au contraire, qu'elle ne peut que sortir de là plus ardente et plus roide. La réflexion, le doute, l'examen, l'analyse, l'étude intime de soi, risquent fort d'aboutir au scepticisme; comment l'élan de la satire n'en seràit-il pas arrêté, sa vigueur alTaiblie, sa flamme éteinte, sa confiance en sa mis- sion ruinée? L'homme qui va à la guerre pour combattre et pour vaincre, peut-être pour mourir, ne se demande pas s'il n'y a point aussi une part de justice et de raison dans le camp de l'ennemi, lii s'il a suffisam- ment éprouvé sa conscience et ses armes ; il croit et il aime; il suit le drapeau, sur lequel est inscrit quelque mot flamboyant Patrie, France, Révolu- tion, Liberté, Roi, Empereur ou République; la force puissante qui l'entraîne réside en sa passion bornée, exclusive, et sa grande vertu est la foi. I. Les Feuillei d'Automne, I. DoiiîHihvGoogle Satire générale' de l'homme. On ne doit pas attendre d'uR génie poétique régi par les lois que nous avons exposées une vraie doctrine morale, un ensemble d'idées sur l'homme sérieusement médité et fortement lié; mais on ne devra pas s'étonner non plus de rencontrer sous sa plume une quantité de belles pensées, qui pour- ront même sembler profondes. Maître de tous les termes du vocabulaire et de toutes les ressources de la langue, dont il use avec une aisance et une souveraineté qu'aucun écrivain n'a surpassées, et que, seuls, ont égalées peut-être Bossuet et Rabelais; doué d'une imagination dont on a vu le pouvoir, d'un esprit créateur toujours en travail, enfin d'une mémoire extraordinairement tenace où s'étaient emmagasinées pour la vie les vastes lectures de sa jeunesse, Victor Hugo devait abondamment verser les pensées, avec les mots et les images, et leur donner par le style autant de relief qu'à toutes les autres choses qu'il rêve ou i GÉNÉRALE DE L'HOMME 85 qu'il Yoît. Mais il prodigue et gaspille les richesses de la philosophie morale sans jamais faire sa gerbe; ses pensées n'ont de valeur que prises en détail et séparément; si les "vérités partielles qu'il exprime se rattachent à des doctrines opposées et contrai- res, il ne s'inquiète point du désaccord, et, sans doute, dans l'ardeur et le feu de sa verve d'écrire, il ne s'en est pas même aperçu. Par exemple, aucune idée n'a été soutenue par lui avec plus de fervente conviction que celle du progrès. Eh bien, cela ne l'empêche nullement de répéter ce lieu commun, que l'homme n'a pas avancé d'un pas depuis Adam L'homme est, après la marche, un peu moins avancé. Hélas, X, Y, Z en sait moins qu'A, B, C >. Toujours la nuit! jamais l'azur! jamais l'aurore! Nous marciions; nous n'ayons point Tait un pas encore. Nous rêvons ce qu'Adam rêva '. ... C'est en vain qu'on débat, c'est en vain qu'on arguS, Et vingt siècles après le verre de ciguë, Dix-huit cents ans après le cri du Golgotha, L'homme est encore au point où Platon s'arrêta =. Je ne prétends pas qu'il soit impossible de con- cilier ces deux choses la foi au progrès et la cons- tatation d'une certaine immobilité. Mais encore faut-il voir leur contradiction apparente, pour montrer qu'elle n'est point réelle; et si la dose de critique et de réflexion suffisante ici est minime, cette dose même a manqué à l'impatient poète. .Gooj^lc 86 VICTOR HUGO ET LA GRANDE POéatE SATIRIQUE Victor Hugo affirme, à la fois 1" la bonté natu- relle de l'homme, selon la doctrine de Rousseau .2° sa corruption radicale et l'état de péché où tous vivent, même les meilleurs, selon la doctrine. chré- tienne Le meilleur parmi vous est si proche du pire, Qu'eDtre eux, l'un éLant saint et l'autre étant damné, Il n'esl pas l'épaisseur d'un cheveu de Phrynâ.. La conscience, bas, h Salomon pensif Disait plus de dix fois par jour Vieille canaille *! l'impossibilité, par conséquent, de trouver sur la terre un seul juste Quel est celui Qui s'écrira Je suis l'astre et j'ai toujours lui; Je n'ai jamais failli, jamais péché ; j'ignore Les coups du Tentateur à ma vitre sonore; Je suis sans faute. — Est-il un juste audacieux Qui s'ose affirmer pur devant l'aïur des deux?... Tout homme est le sujet de la chair misérable... Pas un sage n'a pu se dire, en vérité, Guéri de la nature et de l'humanité =; 3° la sécurité de conscience permise aux saints, puisque, dans une église, une pieuse femme prie Dieu en ces termes ; 1. La Pitié suprême. 2. L'Ane. 3. L'Année terrible. Février, V. i. Lea Chants du Crépuscule, XXXIII. i.,. Qu'est-ce que l'homme? L'ombre qui Jette un oufOe et qui dure un instant'. Le passant inquiet de la lerre tremblante. Une agitation qui frissonne et qui fuit, Un peu d'ombre essajant de Taire un peu de bruit*. De la baÎDe et du bruii, voilà l'humanité ^. € Terre, je suis ton roi, » dit l'Homme à la Terre, dans Abîme de la Légende des Siècles. La Terre lui répond Le sommeil, lourd besoin, la fièvre, feu subtil. Le ventre abject, la Taim, la soif, l'estomac vil, T'accablent, noir passant, d'infirmités sans nombre; Et, vieui, lu n'es qu'un spectre; et, mort, tu n'es qu'une D'où viens-luî — Je ne sais. — Où vas-tu? — Je l'ignore. L'homme ainst parle h l'homme, et l'onde au flot sonore ''. 1. Dieu. a. La légende de> Sièetet, tome V et dernier de l'édition in-8, 3. La VilU disparue, dans la Légende des Siècles. i. te Pape. 5. Religions et ReCigion. 6. Les Mangeurs, dans la Légende des Stècks. .7. Les ConlemplalioTis, VI, 16. n, Google 98 VICTOR Buaa et tA orakde poésie satirique Une chose pourtant est sâro, c'est qu'on mourra. Victor Hugo tire des effets étonnamment puissants de la simplicité même avec laquelle il r^>ète cette certitude, dont nous serions bien fous de dire qu'U est inutile de la rappeler, puisqu'il n'y a rien qu'on oublie davantage On est Antiochus, Choaroès, Artaxerce, Sésostris, Annibai, Asl^age, Sylla, Acbille, Omar, César, on meurt sachei; cela. Dans l'épopée funèbre de Zim-Zizimi, d'où j?€s vers sont tirés, un sphinx dit au sultan, qui l'écoute, morne et pâle Que fait SennachériU, roi plus grand que le sort! Le roi Sennachérib Tait ceci, qu'il est mort. Que fait Gad! It est mort. Que fait Sardanapale? Il est mon... Le développement ultra-classique sur cet abîme commun de la mort, où l'on ne reconnaît plus, dit Bossuet, ni princes, ni rois, ni toutes ces autres qualités superbes qui distinguent les hommes, de même que ces fleuves tant vantés demeurent, sans nom et sans gloire, mêlés dans l'Océan avec les rivières les plus inconnues ' », jamais Victor Hugo ne l'a dédaigné, comme une matière vulgaire à mettre en vers latins », et jamais il n'en a eu peur. Si c'est un signe de médiocrité chez les poètes et les orateurs faibles de s'appesantir lourdement sur des idées aussi triviales, rien ne prouve mieux Ja santé et la force chez les grands écrivains que la confiance tranquille avec laquelle ils ramassent 1. Orii3on funèbre de Hladame. I .i.,. Evitons de transcrire ce que chacun sait par cœur; mais n'omettons pas de rappeler et de men- tionner à cette place Noces et Festins, dans les Chants du Crépuscule. Dès les Odes el Ballades {IV, 14, le jeune poète avait, sans beaucoup d'ori- ginalité encore, illustré le grand lieu commun Éphémère histrion qui sait son râle à peine. Chaque homme, ivre d'audace ou palpitant d'elTroî, Sous te sayon du p&tre ou ta robe du roi. Vient passer à son tour son heure sur la scëne. 1. Lu Contei/iplalioni, VJ, B, iOO VICTOR HUGO ET LA GRANDE POÉSIE SATIHIQUE Comment Victor Hugo renouvelle-t-il la ciassii[ue image de Malherbe Quelquefois par la familiarité cynique de l'ex- II lond du corridor, Elle entre... ... On est le grand passant d'Arcole et d'Iéna; l'our soleil Auslerlitz et pour ombre Brumaire... Qui Trappe? C'esl la mort qui vient vous débotter, Sire... Au moment oii l'on est le plus impérial, A l'heure où l'on remplit de son nom les deux pôles, Voilà qu'on est poussé deliors par les épaules... Dieu vient... 11 sufni d'un cbevat emporté, d'un gravier Daps le flanc, d'une porte entr'ouverte en Janvier, D'un rétrécissement du canal de l'urètre. Pour qu'au lieu d'une SUe on voie entrer un prêtre ' Mais ce ton familier n'est pas le style habituel du poète devant le roi des épouvantements ». La marque particulière de Victor Hugo dans ses poèmes, j'allais dire dans ses prédications sur la mort, c'est que l'horreur des détails offerts à nos imaginations effrayées et ravies ne produit point sur nous l'impression de dégoût où les réalistes se complaisent. Une suprême élégance fait rarement défaut à ce grand idéaliste, même dans ses descrip- tions macabres. Rien de plus magnifique que les i. Ui Quatre Vent, de l'Esprit, I, 4t. DoiiîHihvGoogIc SATIRE GÉNÉRALE DE L'fiOMMK 101 Pleurs dans la nuit, que VÉpopêe du Ver et que Zim-Zizimi; mais quelle horrible magnificence! Le voilà hors du temps, de l'espace el du nombre. On le descend avec une corde dans l'ombra Comme un seau dans un puits... . Tu ne changeras plus de lit ni d'allitude... L'immobile suaire a sur la forme horrible Mis ses plis éternels... Le cadavre, lié de bandelettes blanches, Gretotle, et dans sa bière entend les quatre ptsnches Qui lui parlent tout bas. L'une dit . L'autre dît Et Ninus dit • Je n'ai plus de bouche •. Et la Mort, lui montrant le pain, dit • Fils des dieux, Vois ce pain ». Et Ninus répond n Je n'ai plus d'yeux ^ ! Le dialogue du ver et de l'amant, dans V Épopée du Ver, atteint le dernier degré de l'horreur, alliée à la plus éblouissante poésie. Mais je ne veux citer, de cette sublime et incomparable satire, que ce qui en exprime le mieux l'idée essentielle, résumée dans ces vers de la fin La création triste, aui entrailles profondes. Porte deux Tout-puissants le Dieu qui fait les mondes. Le ver qui les détruit. DKiliîHinvGoOJ^Ic 102 VlCTOa HUGO ET LA. GRANDE POESIE SATIRIQUE El ces colombes-là vous disent des paroles A faire remuer d'horreur les os des morts ^. Bien spirituellement aussi, et vertement, Victor Hugo a raillé les femmes Je leur amour pour les militaires, dans le chœur des racoleurs du Quai de la Ferraille^ Que c'est beau, l'épaulette et le colbach tigrél... Les grenadiers — battez, tambours 1 — ça prend les villes Elles menions... Les belles ont le goi^t des héros, et le muQe Hagard d'un scélérat superbe sous le buflle Fait bâiller tendrement l'hiatus des Qchus; Quand passe un tourbillon de drûles moustachus, t. J'oubliais un autre sonnet, que mon éditeur me rappelle obligeamment, dédiée à M" Judith Gautier alors M""" Judith Mondes et publié dans le Livre des Sonnets -. L'amour et la. beauté sont deux lerriblos choses, etc. 2. Les Quatre Venls de t'Espril, I, f8. 3, Taule la ij^, VI], 2i, dans l'édition in-18VlI,9,de l'édition ln-8. .GcHl^lc SATIRE GÉNÉRALE DE L'HOMME 1 1 3 HurianI, crianl, alTreux, éclatants, orgiaques. Un doux soupir émeiU les seins élégiaques... • Quels beaux hommes! ... Telle est la Temme. Elle décerne Avec emportement son âme k la caserne. Elle garde aux boui^ois son petit air bougon. Toujours la sensitive adora le dragon... Et c'est la volupté de toutes ces colombes D'ouvrir leurs lits à ceux qui Font ouvrir les tombes. Rupture avec ce qui amoindrit, dans la Légende des Siècles, contient, h l'adresse des jeunes gens, quelques avis sérieux En fuyez, vous de ces drûlesses! Derrière ces bonheurs changeaols Se dressent de paies vieillesses Qui Dienacenl les jeunes gens... Vous avez autre chose à faire Que d'engloutir votre raison Dans la chanson qu'Anna préfère El dans le vin que boit Suzon... Laissez \k Fanchon et Fanchelte! Fermons les jours faux et charmants. L'honneur d'être un homme s'achète Par ces graves renoncements. Fatiguent, sans les émouvoir. Les Ames, ces grandes servantes De la Justice et du devoir... Rappelons enfin la charmante épigramme, déjà citée', du Doigt de la femme. II. i.,... Quand la bouche d'en bas louche b. ce nom suprême, L'essai de ta louange est presque le blasphème K Oh ! que l'homme n'est rien et que vous êtes tout. Seigneur *!... Le fameux mouvement oratoire de Napoléon II Non, l'avenir n'est à personne », appartient à l'éloquence religieuse et à ce qu'elle peut citer de plus sublime parmi ses pages sublimes. Je frémis de voir comme mon Dieu te suit, » dit le poète au 2. LaSutlan Uourad, dans la Légende de» Siècles. 3. Religions et Religion, i. Dieu. 5. Toute la Lyre, III, 20, de l'édition în-I8. II. i.,ouT3nle, !e d m q Égorge, Cest le bruit d ml d p gré d ns la forge. Hélas!... Les découvertea- sont des fltlea Tormidables Qui dans leur lit tragique étouHenl leurs amants '. Cette dernière idée est développée dans une pièce de la Légende des Siècles nouvelle série, trop longue et trop verbeuse, vice coutumier des der- niers ouvrages, mais très belle en partie, la Comète. Elle a été résumée admirablement par Déranger dans la chanson des Fous, qui est peut être son chef-d'œuvre, et Victor Hugo, dans son^we aussi, poènae peu lu, et pour cause, en a renouvelé en assez bons termes l'expression fréquente sous sa plume* Toujours vous proscrivez le grand homme fatal. Sauf à lui dédier plus tard un piédestal... Oui, le crachat jaillit de cent bouches ouvertes Sur tous les pÂles Clirisls des saintes découvertes! 4. Toule la Lyre, 1, l,dans l'édition in-8,oCi cette pièce apour litre eÈchafaud; I, 21 dans l'édition in-18, oii elle est intitulée la Guillotine. 3. Lux, dans les Châtiments. 3. L'Année terrible. Février, V. i. Voir eucore, dans Melancltolia des Contemplations, le pas- sage qui commence ainsi • Un homme de génie apparaît.,. •, beau développement de VExatinetu» amabilur idem, d'Uorace. DinliîHinvGoQ^lc 133 VICTOR HUGO ET LA GRANDE POÉSIE SATIRIQUE Les révolutions, qui font un bien éterael dans leur mal passager », étant la lueur de sang qui se môle à l'aurore' », fournissent à la pensée de Victor Hugo le plus topique exemple du progrès accompli par le sang et les larmes, et à sa rhéto- rique une assez désagréable antithèse ; La Révolulion française. C'est le salut l'horreur mêlé. De la tâle de Louis seize, Hélas! la lumière a coulé ^. Une déQnition sage et vraiment philosophique du progrès se rencontre dans les vers A r homme, de la Légende des Siècles Les hommes en travail sont grands des pas qu'ils Tont. Leur destination, c'est d'aller, porïant l'arche; Ce n'est pas de loucher le but, c'est d'être en marche; Et cette marche, avec l'inlini pour ilanibeau, i^e^a continuée au delà du tombeau. C'est le progrès. Jamais l'Iiomme ne se repose. Mais, ailleurs, l'imagination ardente du poète embrasse le but trop vite ou l'enguirlande de fleurs et de couronnes bizarres, lorsqu'il dit, entre autres choses extrêmement risquées, que les nègres deviendront blancs', qu' une Athène au front pur naîtra de Tombouctou », et que Dieu, père ébloui de joie, » ne pourra plus distinguer de Jésus Bélîal, devenu son frère'. 1. Les Conlempiattoni, V, 3. 2. Rupture avec ce gui amoindrit, dans la Légende de Siècles. 3. L'aube, cette blancheur juste, sacréo, inlè^c. Qui se fait daos la auit, s fora daDS le obgce. 4. Ce gue dit la Bouche d'Ombre, I .i., Renouvelant encore une fois sa forme, Victor Hugo nous dit, dans le poème du Pape, et ici avec la simplicité la plus familière Dieu vous créa pour créer. Pour aimer, pour avoir des enfants et des femmes... Oa vous raet dans la main une lame pointue. Vans De codamûmz pas celui pour qui l'on tue. Tous ne connaissez pas celui ue vous tuerez. Esl-ce vous qui luerez? est ce vous qui mourrez! Voua l'ignorez... El vous avei quitté vos femmes pour celai C'est une belle allégorie . que celle du nid du ' rouge-gorge découvert un jour par le poète dans la gueule du lion de Waterloo '. Les frontières sont le haillon difforme du vieux monde », que les guerres autrefois s'arrachaient de leurs griffés, et c'était barbarie pure cet ancien état du monde et de la pensée ofi l'homme au delà d'uD pont ne connaissait plus l'homme * » . Que l'on rende donc définitivement au passé ce qui est déjà du gouvernement britannique, avait dit de même, au banquet d'adieu qui suivit les conférences préparatoires du célébra arbi- Inge de l'Alabama entre l'Anglelerre et les Etats-Unis L'hon- neur Datlonat ne consiste point ï ne jamais avouer qu'on a eu loTt, mais plutAt h rechercher en ont la justice, à reconnaître le bien d'autrui en regard 'du sieu et même à aller au del& de la stricte justice, jusqu'ï se prononcer contre soi-même plutdt que pour soi-même, en cas de doute >. 1. V Annie terrible. Juillet, III. i. Pleine mtr, Plein ciel, dans la Légende des Siècles. 136 VICTOR HVGO ET LA GRANDE POÉSIE SATIRIQUE le scandale du présent, ce que l'avenir ne pourra plus même comprendre. Tous les hommes sont rilomme! un seul peuple! un seul Dieu!' » J'aime tous les soleils et toutes les patries'. » rois, des deux cAlés tous voyez des royaumes, Des fleuves, des cités, la lerre à partager. Des droits pareils aux loups cherchaut h se manger, Des trdnes se gênant, les clairons, tes chimères, La gloire; et moi je vois des deux côtés des mères'. La guerre franco-allemande offrait à un poète satirique français un gibier de belle taille, facile à foudroyer ; l'Allemagne. Mais une chose digne de remarque, c'est que la satire des Allemands par Victor llugo n'a pas, en somme, beaucoup de vio- lence ni d'àpreté. Il les raille plutôt qu'il ne les fouaille. Pourtant c'est avec éloquence, çà et là, qu'il flétrit ces Prouesses borusses », Exploits louches el singuliers, • Dont se !àl indignée au temps des chevaliers La magnanimité farouche de t'épée', et c'est avec une fierté superbe qu'il refuse d'en- tendre parler de concorde avant la revanche L'Œil Apremenl baissé convient à la défaite. .. La déclaration de paix n'est jamais franche De ceux qui, terrassés, n'ont pas pris leur revanche... 1. L'Année terrible. Juillet, IX. 2. A un roi de Iromime ordre, dans la première Corde d'a\ de Toule ta lyre. 3. Le Pape. 4. L'Année terrible. Décembre, V. 5. Ihid. Novembre, III. DoiiîHihvGcHliilc IDEES RELIGIEUSES, SOCIALES, POLITIQUES 137 Meltons-les sous nos pieds, pjis lendons-leur Is mam... Vne Tralernilé bégayée k demi Bt trop lAL, rail hausser l'épaule i, l'ennemi; El l'alTre de donner aux rancunes relâche, Qui demain sera digne, aujourd'hui serait Iftche '. J'attribue l'indulgence relative de Victor Hugo pour reDnemi national, d'abord au service que l'Alle- magne avait rendu à la France, sans bonne inten- tion, mais par le fait, en la débarrassant enfin de Napoléon III; ensuite, aux idées générales du poète sur la guerre, crime en partie double par lequel l'humanité est blessée, tellement qu'il devient impossible à l'bomme dont le cœur sent profondé- ment cette blessure d'en rester à l'ancienne simpli- lilé barbare qui n'a d'âme que pour la patrie, déteste l'étranger sans réserve et se réjouit de son extermi- nation comme de celle d'une bête malfaisante. Mais l'erreur serait grave de croire que la poésie de Victor Hugo ait pu rencontrer une idée aussi grande que' celle de la patrie sans lui faire rendre tout ce qu'elle contient de beau et de sublime. Je ne puis que saigner tant que la France pleure, » dit-il dans le morceau dont je viens de citer huit vers. Dans un autre poème de l'Année terrible, adressé A la France^, le patriotisme de Victor Hugo se tra- duit dans cette forme singulièrement passionnée ." Ali! je voudrais. Je voudrais n'être pas Français pour pouvoir dire Que je le ctioisij, France, el que, dans ton martyre, Je le proclame, toi que ronge le vautour. Ma pairie et ma gloire et mon unique amour! DinliîHinvGoO^lc 138 VICTOR HUGO ET LA. GRANDE POÉSIE SATIHIQUE La pièce intitulée Choix entre les deux nations se compose d'un discours à l'Allemagne et d'un dis- cours à la France. Le discours à l'Allemagne est un long éloge de son vaste et profond génie, de ses forêts, de sa musique, des gloires diverses dé ses annales Witikind, Hermann, Barberousse, Luther, Schiller car Victor Hugo ne nomme jamais Gœthe ', Beethoven enfin, l'Homère allemand. Le discours à la France n'a que trois petits mots ma mère ! » Mais ailleurs Victor Hugo a développé les raisons intellectuelles et morales de son amour pour la France; elles sont intéressantes, parce qu'on y voit les sentiments du patriote se confondre avec ceux de l'homme, et la patrie française être chère au poète par-dessus toutes les autres patries, justement pour ce motif, qu'elle est, par excellence, l'organe de la pensée humaine et du cœur humain ... La France est un besoin des hommes. Après sa chute, comme avanl qu'elle tombât, ir du monde en sa poitrine bat'. Le but français est le but humain'. Guidé par Voltaire, Diderot, Rousseau, puis par les géants de la Révolution, le peuple français commence au xvm' siècle à nous apparaître comme le mission- naire de l'humanité A force d'être France, il devenait Europe, A force d'être Europe, il était 1. A moins que ce ne soit pour en dire du mat . La fureur cruelle des révolutions s'explique par leur origine elles sont filles des monarchies' ». La pièce du mois de mai de l'Année terrible sur Paris incendié refuse de condamner sans appel, sans recours contre les vrais et grands coupables, les auteurs irresponsables de cette atrocité. Non, ce n'est pas loi, peuple, et lu ne l'aa pas fait... J'accuse la Misère, ei je traîne à la barre Cet aveugle, ce sourd, ce bandil, ce bart>are, Le Passé; je dénonce, 6 royauté, chaos. Tes vieilles lois d'où sont sortis les vieux lléaux... Elles seules ont fait le mal; elles ont mis La torche inepte aux mains des soulTrarits implacables... Je dénonce les faux pontifes, les faux dieux... ... Le cri que je pousse et le glas que je sonne, C'est contre le passé, fanlôme encor debout Dans les lois, dans les mceurs, dans les haines, dans tout. J'accuse, à mes a'ieux, car l'heure est solennelle, Voire société, la vieille criminelle! La scélérate a fait tout ce que nous voyons... Elle vient d'enfanter cette elTroyable année... Le bœuf meurtri se dresse el frappe à coups de carne... La conclusion de la Pitié suprême est Tout le crime ici-bas est fait par l'ombre lâche... Et je dis à la Nuit Répondez, accusée », IDEES RELIGIEUSES, SOCIALES, POLITIQUES 151 Victor Hugo, poète satirique, est, lui aussi, un taureau meurtri et furieux qui frappe à coups de corne», qu'un taon poursuit de son acre piqûre», qu'une lueur rouge excite, et il y a deux graads cavaliers noirs contre lesquels il fonce sans trêve ni relâche La Force tyrannïque et despotique, personnifiée dans les princes; La Nuit, incarnée dans les prêtres, les juges injustes et les cuistres. il nous faut maintenant passer en revue ces objets divers de sa satire. DoiiîHihvGoo^lc Les crimes de la force. Un critique contemporain, autrefois homme d'esprit, déplore en jolis termes, dans un passage fréquemment cité, que Victor Hugo ayant vécu dans le siècle qui a le mieux connu et compris l'histoire, l'ait transformée en une espèce de théâtre de Gui- gnol où les papes et les rois nous apparaissent sous la figure de porcs ou de tigres. C'est en effet comme un spectacle de foire, dressé sur des tréteaux fort simples, avec accompagne- ment de grosse caisse et de tromhone, pour l'épou- vante et pour la joie d'un public enfantin et inculte, qu'il convient trop souvent de nous représenter la satire des têtes couronnées dans l'œuvre poétique de Victor Hugo ; et tel qu'il est, le spectacle peut plaire, même aux personnes raffinées, qui vont cher- cher parfois chez Polichinelle une diversion au solide aliment de la science et aux ragoûts délicats de la psychologie. DoiiîHihvGoogIc LES CRIMES DE LA FORCE 1S3 Mais le Guignol historique de Victor Hugo a ceci departiculier que, si l'auteur des scènes et des boni- ments nous amuse, lui-même ne rit pas. Il prend les choses et il se prend fort au sérieux ce qui rend sa comédie à la fois plus comique et moins spirituelle. Le sultan Mourad ... Fut saint; il fit étrangler ses huit frërea... Il fit Bcier son oncle Achmet entre deux planches De cÈdre, afin de faire honneur à ce vieillard. Manfredi, Cibo embarque Trois enfants dont il doit hériter, ses neveux. Sur un bateau doré qu'il suit de tous ses vœux. Et qui les noie, étant fait de planches trop minces ^. Cette façon de conter des choses atroces est pro- prement réjouissante; je doute qu'un homme de gôut puisse lire de si plaisantes horreurs sans que sa physionomie, bien loin de s'assombrir, prenne cet air épanoui qui s'achève en hilarité. Mais il est douteux que le moindre sourire ait même effleuré les lèvres du narrateur, et la preuve de sa gravité naïve se trouve dans des exclamations telles que celles-ci, qui succèdent sans intervalle à ses his- toires de Croquemitaine et de Barbe-bleue Mais expliquons-nous donc! vous nommez ça des prinoesl Un las de scélérats et de coupe-jarrets!.. Mais où sont donc les loups? Oh! tes antresl les antres! HihvGoo^lc 154 VICTOR HUGO ET LA GRANDE POÉSIE SATIRIQUE Il a des enfantillages énormes qui seraient les plus amusantes fantaisies du monde, si ce n'était pas plutôt les farces solennelles d'un géant qui ne badine jamais qu'en fronçant le sourcil. Un cheva- lier, rencontrant une hydre, tire contre elle son épée. L'hydre, parlant par une de ses touches, lui dit — Pour qui ïienS'tu, 111s de dofia Sanctia? Est-ce pour mot, réponds, ou pour le roi Ramire? — C'est pour le monstre. — Alors c'est pour le roi, beau sire. • El rtiydre, reployant ses nœuds, se recoucha '. Le plus souvent d'ailleurs, l'outrance de Victor Hugo, quand il parle des rois, appartenant à ce qu'il y a de plus sincère et de plus passionné dans son inspiration satirique, a sa solide beauté ; et, comme elle n'est que le grossissement du vrai, l'imagina- tion peut toujours s'y plaire sans que la raison en reçoive, après tout, plus d'offense que de toute autre hyperbole permise en poésie. Il a rendu avec une admirable force d'expression certaines misères de la grandeur royale, notamment l'immense ennui qui s'attache à l'accomplissement facile et paresseux de caprices continuels que rien ne contrarie; pour peindre la profondeur morne de cet abîme moral, le vocabulaire de notre langue a deux mots pittoresques dont son art a tiré les plus puissants effets le lourd verbe bâiller, et son substantif à large bouche bâillement. Les vastes bàillemeuts du cërémonml *. li, i la grille bsrui 'e de l'ei ioimobile un. QJOU. -néo enl .itro. C-rat an éw e effrayant q rien voir; Il rôde d'un e chambre à lautr e, paie , Son p» foi i*br8 est lent ne un glas do betftoi El c'Mt la Morl, â moins qac. ce no SI ii le lloi. ,CXj^lc 164 VICTOR aUGO ET LA GRANDE POESIE SATIRIQUE figure de Villeroy, lui montre, du haut du balcon de Versailles, Le grand tourmillement des hommes travailleurs... Les ondulations des vasles mulUludea... Et dit à cet enfant — . Revanche! les mangeurs sont mangés, ô mystère! Comme c'est bon les rois! disent les vers de terre". Régal exquis, mais pas plus fin que la viande d'un gueux; car, comme s'exprime le vieil auteur du Roman de la Rose, Car leur corps ne vaut une pomme Plus que le corps d'un charretier Ou l'un clerc ou d'un éouyer. Des majestés, il y en a sur notre planète ; mais ce ne sont point ces pauvres rois, qui ne valent pas mieux que les autres hommes, qui valent même 1 moins que les autres hommes 1. Les Qualre Vents de l'Espril, I, 2. Zim-Zisimi. 3. Les Mangeurs. i. L'Ëchafaud, dans Toute ta Lyre DoiiîHihvGoogle LES CRIMES DE LA FORCE 175 Où sont-elles donc, les vraies majestés? Quand dans la rue ud roi, que sa garde enveloppe, Dore, superbe, orné de sabres nus, g&lope, Ma toi, Ja tourne moins la tête que si c'est Lise qui passe avec une rose au corset... Nos rois très excellents, très puissants et très hauts. C'est le roc dans les Ilots, c'est dans les bois le châne... ... Je suis parfois tenté De dire au Mont-Blanc ; Sirel et Votre Majesté A la vierge qui passe et porte, agreste et belle. Sa cruche sur son front et Dieu dans sa prunelle . Dans la première Corde d'airain de Toule la Lyre, la colonne de la place Vendôme s'adresse à ses destructeurs de mai 1871 Ce que vous avez pris pour la gloire d'un homme. C'est ta gloire d'un peuple, et c'est la vôtre, hélas! Peuple, quels sont mes torts? Les trônes en éclats, L'Europe labourée en tous sens par la France, La balaille achevée en vaste délivrance, Le moyen Age mort, les préjugés proscrits. Les deuils, et les trop grands coups d'aile des victoires... La pièce de la Légende des Siècles {dernière série, qui dit Aux rois leurs vérités, avoue que 1. L'Expiation. 2. CMlimmU, 111, 3. 3. L'Année lerriblt. Août- DoiiîHihvGoogle 1S8 VICTOR HUGO ET LA GRANDE POESIE SATmiQL'E nous pouvons tout leur pardonner et changer môme en dévotion la juste horreur qu'ils nous inspirent, s'ils sont des héros ou des génies C'est pourUnl Trai, toujours, quanil un prince brilla, Quand il eul un rayon quelconque sur la tète. L'immense peuple allier, puissant, auguste et bête, S'esl fait son serTileiir, son chien, son courtisan. Il est fort possible, il est même tout à fait vrai- semblable, humain et naturel, que les causes de la grande colère de Victor Hugo contre le prince pré- sident à la veille de devenir empereur ne soient pas toutes d'un ordre générai et désintéressé. L'amer remords de s'être trompé sur son compte et d'avoir fait pour lui une sotte campagne, peut-être même quelque ambition personnelle déçue, peuvent très bien avoir apporté leur venimeux appoint à l'indi- gnation généreuse et sublime des Châtiments. La critique littéraire a le droit et le devoir d'indiquer ce motif possible, probable, certain; mais elle n'est point tenue d'y insister beaucoup, si, par des con- sidérations purement littéraires, elle peut suffisam- ment expliquer la crise, et j'ai même la tranquille impudence d'ajouter qu'en y réfléchissant un peu elle félicitera et le poète et ses lecteurs de toutes les causes, quelles qu'elles soient, qui ont contribué h allumer l'incendie le plus magnifique de fureur et de poésie, dont le monde ait jamais eu le spec- tacle. Faisons une troublante hypothèse. Supposons Victor Hugo ministre de Napoléon HL sénateur et rallié à l'empire, comme l'ont été d'autres grands DoiiîHihvGoogJe . LES CRIMES DE LA FORCE 189 hommes de lettres du même temps, Sainte-Beuve, par exemple pouvez-vous songer sans un frisson au dommage immense qui en résulterait pour la littérature française? Non seulement les Châtiments disparaissent, ainsi que tous les autres poèmes en très grand nombre issus de la même origine que les sept livres de cet ouvrage ; mais les Contemplations sont fort compromises, car la vie agitée du monde officiel et politique n'eût certes pas inspiré aussi heureusement que la profonde paix de l'exil le contemplateur de la nature et de l'àme; mais la Légende des Siècles est gravement compromise aussi, car elle serait diminuée de tout ce qu'elle contient de satire à l'adresse des despotes, et, si l'on ose prétendre qu'elle eût peut-être gagné en majesté sereine ce qu'elle aurait perdu en âpre saveur de ressentiment personnel, je prierai seulement que l'on compare, au point de vue de la sérénité, l'atmosphère du Parlement et des Tuileries à celle d'un tête-à-tête de dix-huit années avec le ciel et l'océan ! Il est aisé d'expliquer par un simple jeu de la toute-puissance verbale, démon ou génie de Victor Hugo, le changement à vue qui lui fit substituer soudain à l'image d'un second Bonaparte, glorieux continuateur du premier, une caricature qui en était lahonteuse négation et la parodie grotesque. Naïve- ment, il avait d'abord acclamé le nouveau Napo- léon, candidat à la présidence de la République, parce que, en voyant passer un homme qui portait c ce nom immense », il ne pouvait s'empêcher de 190 VICTOlt UtIGO ET LA GRANDE POÉSIE SATIRIQUE crier Vive l'empereur! Quand il fut désabusé, il remplaça l'analogie, ilgure de rhétorique, par la figure contraire, Vantilhèse, et ce que sa belle litté- rature aurait copieusement tiré des motifs de l'admiration et de la reconnaissance, elle le tira, avec non moins d'abondance et de facilité, des thèmes plus riches encore de l'iudigoatioii et du mépris. A Napoléon le Grand s'opposa donc Napoléon le Petit, au géant le nain, au tigre le singe, à l'aigle le hibou, à l'oncle le neveu, Tortoni terlitz, les filles qui ne demandent qu'à être forcées aux fières forteresses qu'on emporte d'assaut, le sac d'argent qu'on vole et qu'on pille à la conquête du monde, et la lâche fusillade du boulevard Mont- martre à la longue suite de victoires ouvrant à nos armes, les unes après les autres, toutes les capi- tales de l'Europe, La note dominante de toutes les satires contre Napoléon III est le mépris, parce que l'idée de petitesse s'attache obstinément à son nom, et c'est l'antithèse qui voulait cela, rien n'étant plus grand dans l'histoire que Napoléon I". On ne méprise pas la vraie force, bien qu'on puisse la haïr de toute son àme. Si Victor Hugo avait fait des satires contre Napoléon le Grand, elles auraient toutes ressemblé,. par la fanfare de gloire qui les aurait remplies, à des odes guerrières ou à de véritables épopées; Napoléon II, ce magnifique sermon de Bossuet en vers, et surtout l'Expiation restent les types inou- bliables de ce que ces pseudo-satires auraient pu DoiiîHihvGoogle LES CRIUES DE LA FORCE JSl être. Le sang versé, les mères en pleurs, la patrie épuisée, la liberté râlant sous le pied d'un despote, sont choses terribles; mais la terreur exclut le mépris et comporte l'admiration. Donc, par la loi de l'antithèse. Napoléon le Petit, quoique assassin des hommes et des lois, sera moins sanguinaire que ridicule, immonde encore plus que féroce, pourceau dans le cloaque et loup dans le charmer » •. L'Orientale d'Abd-el-Kader, dans les Châtiments, exprime bien, d'une part, ce mépris et ce dégoût intenses ; d'autre part, ce qu'il peut y avoir de gran- deur poétique dans l'idée de la force cruelle, quand rien de bas ne s'y mêle pour l'avilir. L'homme que l'histoire appelle ce drôle » et sa cour Napo- léon in », entre, un jour, par curiosité, dans la prison d'Abd-el-Kader. Quand il vit l'homme louche de l'Elysée >, lui, a l'homme fauve du désert », le compagnon des lions roux 0, Qui montrait, tranquille, aux étoiles Ses mains teintes de sang humain, Qui donnait à boire ans épées, El qui, rêveur mystérieux. Assis sur des tites coupées. Contemplait la beauté des cieui, Vojant ce regard fourbe et Iriilre, Ce front bas, de honte obscurci. Lui, le beau soldat, le beau prêtre, It dit ; ^ Quel est cet homme-ciî Devant ce vit masque k moustaches, 11 hésila; maison lui dit — Regarde, émir, passer les haches; • Cet homme, c'est César bandit. 1. Chdlimtnii, I, 8. DoiiîHihvGoogle 192 VICTOR HUGO ET LA GRANDE POÉSIE SATIRIQUE Ecoute ces plaintes amëres • Et celte clameur qui grandit. • Cet homme est maudit par les mères, • Par les Temmes il est maudit; • Il les fait veuves, il les navre; • 11 prit la France et la tua, - 11 ronge à présent son cadavre... > Alors le hadji salua. Mais, an fond, toutes ses pensées Méprisaient le sanglant gredin. Le tigre aux narines froncées Flairait ce loup avec dédain. Dans des vers adressés A un roi de troisième ordre ', le poète écrit Je tiens à la grandeur de la bète royale ». Il raille le gibier misérable de sa satire rapetissée ; il lui donne d'ironiques conseils ; il lui dit familièrement Imbécile! Te flgurcs-tu donc que ceci durera? Prends-lu pour du granit ce décor d'opéra? Paris dompté par loi! Dans quelle apocalypse Lil-on que le géant devant le nain s'éclipseî Crois-tu donc qu'on va voir, galment, l'œil impudent, Ta fortune cjnique écraser sous sa dent La Itéïolulion que nos pères ont faite. Ainsi qu'une guenon qui croque une noisette 'î Si le crime de ce singe n'était pas si exécrable, l'auteur des Chàliments se bornerait à déchirer la peaii de tigre dont il est revêtu et à livrer sa honte à la risée publique'; car c'est son usage, à lui, avant de s'irriter, de regarder un peu la stature des gens » '. Mais il s'agit de la France, il s'agit de 1. Première Corde d'axi-ain de Toute la Lyre, VIII. 2. Ckâtimenla, 111, 2. 3. III, 3. 4. L'Année lerribU. Juin, VII. II. i., .. Il n'est point un sceptique. Il a ses dogmes, absolus et intransigeants comme ceux des reli- gions positives. Sa première doctrine est la mission sociale de la poésie Peuples! écouter le poËle! Écoutez le rêveur sacré! Dans votre nuit, sans tut complète. Lui seul a le front éclairé '... On peut donc et l'on doit voir, dans l'inspiration des vers satiriques de Victor Hugo contre les prê- tres, comme une jalousie de caste, comme une riva- lité de métier; et cette passion quasireligieuse valait assurément mille fois mieux pour la poésie que le dédain philosophique de la froide raison. Puisqu'il est la lumière, les hommes à robe noire seront les ténèbres. Cette couleur sinistre, mêlée à celle du sang que le fanatisme a versé, cette anti- thèse violente du jour et de la nuit, s'est peu à peu emparée de tout l'esprit du poète et a fini par former la substance unique de ses jugements, de plus en plus outrés, énormes et simples, suivant le cours 1. Religio, dans les Conlemplalioju. 2. Fonction du poète, dans les Rayons et Us Ombi-es. 3. Les Mages, dans les Contemplations. . i.,. Le Golgotha, colline sombre et maudite, s'élève comme une tumeur difforme de l'abîme », surgie \. Le Pape. 2. Ad majorem Dei glortam. {Chdliments, I, 7. 3. M. Léopold Mahilleau. i. Approbation des prêtres, dans tes Années funestes, XXXI. 5. L'Art d'être grand-père, XVllI, 4. . i.,? C'est la religion, excitant Louis XIV ou Char- les IX, ' Qui fait de tout un peuple un monceau de ruines.,. Servir Dieu de la sorte, avec du sang aux mains, Cest vouloir l'étoufTer dans le cœur des humains. i, Coupt de clairon, dans la deuxième Corde d'airain de Toute 2. La mort de Saint-Arnaud, ilAd. 3. Première Corde d'airain de Toute la Lyre, XII. a06 VICTOR HUGO ET LA. GRANDE F Rois et prêtres s'entendeRt comme larrons en foire pour escamoter et confisquer la liberté qui affran- chit l'homme. Les rois, ce faux nez auguste que le prêtre met à Dieu * », s'adressent tout bas au prêtre afin qu'il rebâtisse l'enfer dans l'âme humaine où Dieu mit la raison ' ». Le souverain pontife, que l'auteur du Pape avait autrefois réoé bon et paternel, » à qui Dieu com- manda de tenir, doux et calme, son évangile ouvert sur le monde orphelin », devientlui-même, pour son imagination hallucinée, le spectre le plus sombre et le plus sanglant de tous. Que de sang sur ce prêtre, ô pâle Jésus-Christ! » Tout l'iudigne et l'épou- vante dans les faits et gestes de l'Eglise Tout, même ce vieillard, ô ciel noir! surtout lui M » L'échelle des responsabilités, dans l'oppression dont gémit la terre, monte des soldats aux capi- taines, des capitaines aux juges, des juges aux têtes couronnées, et de celles-ci au pape. Une longue pièce de la Légende des Siècles dernière série, la Vision de Dante réveillé dans sa tombe en l'an cinquante-trois du siècle dix- neuvième», amplifie démesurément cette idée, avec une simplicité extrême de composition, alliée au luxe le plus abusif de développements, de vers et de mots multipliés sans fin. 1. La Révolution livre épique des Qitalre Venls de VEsprit. 2. Chansons dm rues et dei iois, livre premier, VJ, 11, 3. PremiÈre Corde d'airain de Toute ta Lyre, IX, 4. Les Années funestes, XXXVl, XXXVII. II. i.,ilc 220 VICTOR HUGO ET LA GRANDE POÉSIE SATIRIQUE Que TOUS èles, magots toussant dans vos nanelles. Quelque chose à c6U des clartÉs éternelles, El qu'il sort du bouquin légal un tel pouvoir Que l'homme empêche Dieu de faire son devoir M La bassesse innée, l'appétit de servitude qui age- nouille les robes des juges, comme les robes des prêtres, aux pieds d'un maître armé du sabre. est un des principaux thèmes des Châtiments. Repus d'orgies et de crimes, ivres de sang et de vin, les tyrans ont toujours eu Dans leurs noirs reruges, A leur vil foyer, La robe des juges Pour tout essuyer *. Une pensée grave et baute corrige heureusement ce que la satire des juges, comme celle des prêtres, comme celle des rois, risque d'avoir de puéril à force de violence et de naïve simplicité c'est que la société est responsable de toutes les iniquités que la justice commet. ... Lorsqu'il meurt, le ter des lois au soin, L'innocent a le inonde entier pour assassin... Veuves qu'on déshonore, orphelins qu'on spolie... Ah! je frémis de voir leurs prières, leurs cris. Leurs larmes, leurs appels craintifs, leurs plaidoiries, Leurs tremblantes douleurs par te dédain meurtries. Leurs fronts baissas, leurs bras suppliants, quand c'est nous. Nous tous qui devrions nous Irainer à genoui. Joindre les mains, pleurer noire erreur insondable, Peuple, et demander grâce au spectre formidable *! 1. Le proch Lesurgtie. 2. Ibid. 3. Coups de clairon. 4. Le procès Lesurque. DoiiîHihvGoogle LES PUISSANCES DE LA NUIT 221 La complicité du peuple, avec les juges qui con- damnent l'innocence, est profonde, mais plus ou moins apparente aux yeux. Elle agit silencieuse- ment dans la foule que nous venons de voir assis- ter, sans rien dire, à l'inique arrêt du jury de Melancholia ; elle éclate avec cynisme dans le cri de € Mort aux Juifs! » qu'une populace fanatisée par d'ignobles journaux, soi-disant républicains, et mille fois plus vils et plus lâches que la presse la plus abjecte de l'empire, hurlait hier encore autour des tribunaux intimidés. Mais voici venir de nouveau, et pour tout cou- ronner, une idée supérieure à celle même de la solidarité sociale; c'est le noble sentiment par lequel toute la satire du poète est relevée l'amour final, la grâce, le pardon, la pitié suprême ». La justice n'est complète que lorsqu'elle s'achève en miséri- corde. Tel est le sens de cette belle vision de la justice idéale qui termine, dans CArl d'êlre grand-pèrè, la pièce intitulée Fraternité Va jour, je via passer une femme inconnue. Cette remme semblait descendre de [a nue ; Elle avait sur le dos des ailes, et du miel Sur sa bouche enlr'ourerle, et dans ses yeax le ciel. A des voyageurs las, à des errants sans nombre, Elle montrait du doigt une route dans l'ombre, El semblait dire ; On peut se tromper de chemin. Son regard faisait. grâce à lool le genre humain; Elle était radieuse et douce; et, derrière elle. Des monstres attendris ïenaienl, baisant son aile, Des lions graciés, des tigres repentants, Nemrod sauvé, Néron en pleurs; el, par instants, A force d'Ëlre bonne elle paraissait folle. Et, tombant ft genoux, sans dire une parole, I,. i.,! L'enfant est un oiseau, un ange, une créature ailée, crie l'àne à l'homme dans le poème qui a l'animal à longues oreilles pour titre et pour héros, l'auteur, afin de mieux humilier la sagesse humaine, ayant mis la raison dans la bouche de maître bau- det; comment voulen-vous qu' avec un encrier au croupion » l'alouette s'envole au fond du libre azur? On lui colle un gros livre au menton comme un goitre. Et vingt noirs grimauds Tont dégringoler des cieux, douleur! ce charmant pelit esprit joyeux; On le tire, on le lord, on l'allonge, on le tanne, TanWt en uniforme, et tantôt en soutane ; Un beau jour Trissotin l'examine, un prétet c'est dit un imbécile est fait. II y a, dans cette longue satire de l'Âne, peu lu© et fort ennuyeuse, je l'avoue, de jolies choses, d'une langue ferme et brillante comme le cristal, quand on les détache de l'ensemble et de la monotone prolixité d'une amplification verbale inouïe, où dansent, comme ivres et comme fous, avec tous i. A J. de S...., laboureur à Viietol dans les Quatre Venli de l'EapriC. 2. La Filié suprême. DinliîHinvGoOglc LES PUISSANCES DE LA NUIT 325 les mots du vocabulaire commun, tous les noms propres, connus ou inconnus, des dictionnaires spéciaux. Voici, par exemple, un piquant dévelop- pement dans le spirituel tour classique qui a si souvent amusé la rhétorique du grand virtuose Gl^^cëre el JeannetoD, ces deux Slles célestes. Qui courent dans Virgile et Ronsard, sont moins lestes. Quand Sylvain les poursuit, le fauve jouvenceau, A trousser leur jupon pour passer un ruisseau ; Un singe esl moins agile a gober une pêche ; Les baleiniers, armant leurs pirogues de pèche. Sont moins prompts a lancer leur barque au flot mouvant Dès que d'un squale en marche ils entendent l'évent; Bu frappant dans ses mains Bonaparte a moins vile Chassé l'aigle tudcsque et l'aigle moscovite Qu'un pédant n'est rapide k déraire un esprit. En défaisant l'esprit, les pédants déforment l'âme. La semence de cuistres fructifie en moissons de Talets. La courbure des fronts penchés sur un ramassis de sottises où ta grenouille idée enfle le livre bœuf», détermine, avec celle des corps, celle des cœurs et des caractères. Un rhéteur est une anima vilis, ver de terre et de lettres', » crabe marchant à reculons, empêtré dans l'ornière et dans la routine, instrument d'impuissance et de servitude dont l'éducation annulante est pareille à celle qu'aux matous font les tondeurs du quai » . Et c'est pourquoi l'auteur des Contemplations^ dès l'année 1831, si on a la candeur d'accepter cette date, avait vomi contre ces misérables les hoquets et les sanglots d'une rage convulsive qu'il est bien 1. te» Quatre Venls de l'Esprit, I, 12, 13. II. i-., la mer féline, c'est-à-dire la mer traîtresse et méchante, pareille à un tigre embusqué qui va bondir et étrangler sa proie ; la mer cachant l'abîme et la mort sous le souple oreiller de l'eau molle et profonde ». Comme l'onde, le ciel est perfide. On n'entend pas un souffle, pas un flot, pas un bruit ; mais on sent quelque chose qui avance » et comme la vague respiration de l'orage » ; il y a quel- qu'un derrière l'horizon », il y a m de la trahison ^ans l'infini ». On peut être pris, le »ui".. Car le beau temps souvent Iria^. Par un gros nuage noir Qui n'était pas sur l'affiche '. 1. Les Travaillevr» de la Mer. %. L'Année terrible. koùl. 3. Chanêon» des rues et des bois. DoliîHihvGotJgIc SSâ VICTOR HUGO ET LA GRANDE POÉSIE SATIRIQUE Les vents courent, volent, s'abattent, finissent, recommencent, planent, sifflent, mugissent, rient; frénétiques, lascifs, effrénés, prenant leurs aises sur la vague irascible. Ce qu'il y a d'effroyable, c'est qu'ils jouent. Ils ont une colossale Joie, composée d'ombre'. » Toutes sortes de figures animales achèvent de donner la plus grande précision matérielle à cet acharnement féroce de ia nature ennemie. Les vents sont € les invi^bles oiseaux fauves de l'infini s, l'immense canaille de l'ombre ». Us font e aboyer après les roches leS^ flots; ces chiens », Des nom- brils monstrueux creusent les nuées, » Une étrange diffusion de duvet grisâtre passa, éparpillée et émiettée, comme si quelque gigantesque oiseau venait d'être pliimé derrière ce mur de ténèbres, » Voyez encore cette peinture prodigieuse d'une lame Celle-ci, qui était comme un total de forces, avait on ne sait quelle flgure d'une chose vivante. H n'aurait pas été malaisé d'imaginer dans cette intumescence et dans cette transparence des aspects d'ouïes et de nageoires. Elle s'aplatit et se broya sur le brise-lames. Sa forme presque animale s'y déchira dans un rejailHssement. Ce fut, sur le bloc de rochers et de charpentes, quelque chose comme le vaste écrasemen* ^ une hydre. La houle en mou- ""* ""' tait. Le flot paraissait se cramponner e mordre. Un proîond tremblement remua l'écueU. . i.,ii„ju,_ Et moi, levant le doigt verâ la f"»^'"'*', .îXme Je leur dis ; - Vous venez tuer devant I anim DoiiîHihvGoo'jlc 254 VICTOR HUGO ET LA GRANDE POÉSIE SATIRIQUE Pourquoi voulei-vous donc qu'il soit meilleur que vous? Les flols sont insensés, mais les hommes sont fous. Vous donnez te mauvais exemple aux mers sauvages; Vous leur montrez la mort debout sur vos rivages; Vous mettez un gibet sur la Talaise; alors Ne vous étonnez point d'avoir, près de vos ports, Ëpiant vos départs comme vos arrivées. Dm roches tant pitié que Chomme a dépravées. Tne satire des Châtiments {VII, 8 nous montre la mer qui vient de submerger une barque, se retour- nant furieuse contre le témoin de son crime, Victor Hugo lui-même, qui l'a surprise en flagrant délit. La célèbre image mythologique du pâtre pro- montoire, au chapeau de nuées », accoudé et gar- dant les moutons sinistres de la mer », dont l'àpre rafale disperse la laine à tous vents ' , peut en vérité, comme M. Mabilleau le pense, avoir été suggérée àVictor Hugo beaucoup moins par l'aspect même des vagues que par une opération purement littéraire et verbale, par le simple jeu de la méta- phore la mer moutonne », dans son imagination homérique. Mais, si la remarque est juste, c'est une bien curieuse confirmation de cette découverte phi- lologique, faite en notre siècle par un grand historien des langues, que les mytbologies ne sont, en der- nière analyse, qu'une forme morbide, une hyper- trophie ou comme une fièvre éruptive du langage, La Nuit est un pèchiur d'étoiles, dont le filet grandit Tnr-r'.t lentement de la terre et remplit i>eii a pey jg pjgi ^Qy^ entier, serrant dans ses mai les sotnbres et dans ses réseaux noirs les cous- ons frissonnantes. '" '" ^""'^mplatio^s, V, 23. CH1'{lc LES BÊTES, LES CBOSES ET LA NATURE 255 Une montagne se dresse » ce n'est point là, pour Victor Hugo, un étal définitivement acquis, non plus qu'une vieille figure usée et devenue un oripeau de la rhétorique banale; c'est l'aciion tou- jours vive, toujours renouvelée, d'un géant ter- restre qui se soulève, domine, regarde, se retranche dans ses fiers escarpements; c'estun farouche défi, c'est une volonté menaçante. Autour de l'antre de Masferrer, se tord et se hérisse », comme une bête immobile », un buisson de racines qui est une hydre de troncs d'arbres » On aperçoit du fond des solitudes vertes Ce nœud de cous dressés et de gueules ouTeriee, Penchés sur l'ombre, ayant pour rage et pour lourment De ne pouvoir jeter au gouffre un aboiement. Qu'est-ce encore qu'une racine? Un animal dont la salive est salutaire ou venimeuse ; La racine elTrayante aux longs cous repliés, Aux mille becs béanls dans la proroiideur noire. Descend, plonge, atteint l'ombre et tâche de la boire. Et, bue, 3U gré de l'air, du lieu, de la saison, L'offre au ciel en encens ou la crache en poison. L'éveil de la vie en mai devient pour Victor Hugo la palpitation sauvage du printemps », le rut religieux des grands arljves cyniques »; et, à toute heure, i! entend a le craque uit,it confus des choses' ». La rafale est la phrase interron-r'" et sombre », Que l'ouragan, ce bègue errant sur les sommets, Recommence toujours sans l'achever jamais. i. Mabilleau, Viclor Hugo, page 138. II. i.,i vit la nuil terrillante, Tout en broyant du bec l'oiseau qu'elle surprit. Songe; le vautour blanc lui prend sa proie et rit. Le museau de la Touine au poulailler se plonge; Sur la biche aui jeux bleus le léopard s'allonge... Tout rencontre un chasseur, une griffe, une dent!... Parloul les bois ont peur, partout la bâte tremble D'un frisson de colère ou d'épouvante; il semble Qu'une haine inouïe emplil l'immensité ^. Quand le cruel Ratbert, dans la Légende des Siècles, entre au château de Fabrice, qu'il va i I-e! Travailleurs de la Mer, 2° partie, IV, 2. 2. [lieu. Cf. dans YÈpopée du Ver ; L'onagre est au boa qui glisse el l'on-veloppe ; Lo Ijnï lâcheté saule et saisit faulilope; La rouille use lo fer; On voit sons l'eau s'ouvrir coutusônient les bouches Ces bflesdela oierj Lo crocodile affreux, dont le Nil cache rautro, II. i.,. De cette, rhétorique, par instants, quelque idée un peu plus originale se dégage ; celle-ci, par exemple, que la bête peut communiquer à l'homme son obscure vertu », et que la peau du lion aidait le grand Hercule ». C'est avec une admirable poésie que Victor Hugo nous montre les bêtes plus fières et plus honnêtes quelquefois que les hommes. Quand les grands vassaux de Charlemagne répondent tous par un lâche refus à l'offre qu'il leur fait de leur donner Narbonne, s'ils prennent d'assaut cette ville, le bon cheval du roi frappe du pied la terre, comme DoiiîHihvGoogle 2C4 VICTOR HUGO ET LA GRANDE POESIE SATIRIQUE s'il comprenait' ». Les chiens du Cid exilé, en entendant les propos offensants que lui tient don Snntos, tirent leur chatne et grondent à la porte » . Et le sublime poète des Châtiments jette aux abeilles du manteau impérial cette apostrophe immorteile Filles ! Selles à tout lyran, sénateurs omnibus... Branlant leurs vieux gazons sur leurs vieilles caboches, Ayant été, du Icmps qu'ils avaient un cheveu, Lâcbes sous l'oncle, ils sont abjects sous le neveu. Gros mandarins chinois adoranl le Tartare, Ile apportent leur cœur, leur vertu, leur catarrhe, Et prosternent, cagneui, devant Sa Majesté Leur bassesse avachie en imbécillité '. Voilà le commencement d'un tableau. L'image, un peu plus développée, devient, dans les exemples suivants, une petite scène Si, par hasard, la nuit, dans les carrefours mornes. Fouillant du croc l'ordure où dort plus d'un secret, Un chiffonnier trouvait cette âme au coin des bornes, 11 la dédaignerait '! 1. Châlmenli, III, i, 2. Vltima verba. 3. A dei JuiimalisUs de robe courte- 4. Ébiouiaiements, 5. IV, 8. DoiiîHihvGoogle 29i VICTOR HUGO ET LA GRANDE MESIE SATIRIQUE On trouvera du sang au Si jamais, par hasard, ! Les images classiques du fouet et du bâton reviennent fréquemment sous la plume du grand 1. IV, 4. 2. On loge à la nuit. 3. Epizootie sur Us hommes de Décembre, dans iei Années funestes. i. A l'obéissance passive. B. VI, 5. DoiiîHihvGoogle DE L'INJCBÊ POÉTIQUE OU ÉLOQUENTE "^.95 satirique, rafratchies d'une nouvelle et singulière verdeur Que cet être choisi, créé par Dieu génie, li'honime, adore ï genoux le loup fait empereur... Que grâce à tous ces gueux, qu'on touche avec le gant. Tout dorés au dehors, au dedans noirs de lèpres... La Saint- Barthélémy s'achève en mardi gras... Bla strophe alors se dresse, et pour cingler Baroche, Se taille ud Touet sanglant dans Rouher écorché plaudis. Te ïoiià condamnée Le monde, ui jour marqué, le verra brusquement Égaler la revanclie à l'avilissement, Patrie, et sortir, changeant soudain de forme. Par an immense éclat, de cet opprobre énorme 1 Oui, nous verrons, ainsi va le progrès humain, De ce vil aujourd'hui naître un fier lendemain, El tu rachèteras, ô prêtresse, ù guerrière. Par cent pas en avant chaque pas en arriére 1 Donc, recule et descends! tombe, ceci me platt! Flatte le pied du maître et le pied du valet! Plus bas! tiaise Troplongl plus bas! lèche Baroche! Descends, carie jour vient; descends, car l'heure approche! Car tu vas t'élancer, C grand peuple courbé. Et, comme le jaguar dans un piège tombé. Tu donnes pour mesure, en tes ardentes luttes, A la hauteur des bouds la profondeur des chutesl Noua avons besoin de cette espérance. La France est forte, la France est grande, la France est bonne, sensée et humaine ; mais elle est naïve et impres- sionnable à l'excès. Qu'un démon l'enjôle et l'em- paume, qu'il glisse à l'oreille de cette Eve candide les paroles flatteuses a Tu es belle, tu es toute- puissante, rien au monde ne peut te résister; ton caprice doit être ta seule loi ; ceux qui viennent troubler tes plaisirs et tes affaires en te parlant de tes devoirs sont les ennemis de ton bonheur et de ta paix », elie se laissera séduire aux doux murmures du Tentateur avec une incroyable facilité. Le grand mot mensonger dont le serpent qui veut sa mort joue aujourd'hui pour la perdre, et qu'il exploite dans une intention infernale, est un mot dont Victor Hugo aurait été bien étonné qu'on pût faire un pareil usage patriotisme. . i.,. A l'autre Et toi, tu n'es qu'un homme pressé de parvenir, un peu trop pressé seulement. Tu as cru, à certains symptômes, qu'après trente ans de durée la république était chancelante, et tu as déchiré avec fracas ta robe de juge pour mériter, sous César, un portefeuille de ministre. Je te connais, beau masque, suivant de la fortune et de la force; je t'ai peint dans les Châtiments '. » Au troisième Tu es moins encore. L'ambition politique n'est pas même la cause de l'étrange décadence qui, d'un talent jadis honoré, t'a fait tomber ai bas que tu ne rougis point d'encenser publiquement, sur l'estrade où tu sièges & côté d'un de mes Sis, front éclairé hier d'une petite auréole, aujourd'hui jésuite aux yeux jaunes', l'iniquité velue en général français ', et que tous deux vous proclamez grand poète et grand patriote un ridicule sonneur de clairon, dont les vei^ vous font pitié. Ils t'appellent tout haut grand homme', entre eux, ganache*. Quelle servitude vous subissez, cœurs faibles, je le sais, et j'ai parlé de vous aussi dans mon livre, Saints gaillards, qui jetez dans la même gamelle Dieu, l'orgie et la messe, et prenez péle-in£te La défense du ciel et la taille i, Goton ». Au quatrième, personnage moral, très grave et i. A l'obéissaace passive, pMagtApiie 8, 2. IV, 5. a. A Juvénal, paragraphe 2, i. L'expiation. DoiiîHihvGoogle DE L'INJUHE PO^IQUE OU ÉLOQUENTE 303 d'une sévère tenue, Victor Hugo dirait Pourquoi fais-tu ta cour à l'Église et au Pape? Ce n'est point par foi religieuse; car tu ne crois plus au Dieu créateur des mondes, qn'alBrmait Voltaire et que j'adore. Ce n'est pas davantage par foi catholique un philosophe comme toi connaît trop bien la loi de progrés et de vie qui entraîne l'esprit humain, de l'immobilité ancienne, à une diversité de plus en plus grande, par le seul exercice de la libre pensée ; tu sais qu'un rétabUssemcnt de l'unité .catholique ne s'obtiendrait aujourd'hui qu'à force de sang répandu, et que désormais cette restauration ne pourrait plus être qu'un arrêt momentané et un triomphe factice, le fragile replâtrage d'un édifice en ruines. Et quand tu vas prêchant, à Paris et à Rome, qu'il n'y a de salut pour la société que dans on retour à l'autorité théocratique du moyen âge, moins que tout, c'est en homme politique que tu parles, si la politique exige qu'on ait d'abord le sens de ce qui est réel et de ce qui est possible. Qu'es-tu donc, toi qui avais la science et l'autorité nécessaires pour dire la vérité, faire briller la jus- tice et prendre le rôle glorieux de pacificateur des esprits? Tu es un grand comédien, qui, laissant aux naïfs leurs vulgaires déclamations sur des thèmes peu neufs parce qu'ils sont éternellement vrais, a voulu, par l'étonnant éclat d'un paradoxe, escamoter le succès tapageur d'un jour. Quand on ne croit à rien, on est prêt à tout faire', et à tout dire. HihyGoogle soi VICTOR HUGO ET LA. GRANDE POESIE SATIRIQUE On voit, louche rhéteur des Pendre h. les noirs discours Toutes ces grandes mortes, La Justice, la Foi, bel ange soufnelë Par la goule papale, La Vérité fermant les yeux, la Liberté Êcheveléeel pile i... Et aux uns et aux autres Victor Hugo dirait enfin Il peut se faire que vous triomphiez aujour- d'hui. J'ai vu le règne du crime et de la honte durer dix-neuf années. Mais vous n'échapperez, 6 galériens de l'histoire! ni à la justice de Dieu, ni à la vengeaace de la poésie. J'ai mis l'êcrileau sur vos fronts^. Les Calliopes étoilées tiennent des registres d'êcrou^. . Marc Monnier a découvert dans des vers mé- diocres, non des Tragiques, mais du Printemps, poème de la jeunesse d'Agrippa d'Aubigné, le germe de la doctrine spiritualiste révélée au livre VI des Contemplations sur la pesanteur, ori- gine du mal moral et de tous les maux du genre humain, germe obscur et très probablement inconnu du poète métaphysicien par lequel parla la Bouche d'Ombre ... Quand le chaos fut desmeslé, Tout le pesant Tut desvalé Au centre tes serpents, la peste. Les enrera, le vice, les maux ; Le doux, le subtil Tut céleste Et vola dans les lieui plus hauts... Toul vertu est née aux cieux; Tout cela qui est vicieux Recognoist la terre pour mère... Les Oammes ne peuvent aller Au ciel, au vrai pays des âmes, Que laissant le corps pour voler... Philosophie trop peu originale pour qu'aucun des nombreux poètes qui l'exposent puisse être convaincu de l'avoir empruntée à tel ou tel auteur, et que Victor Hugo a souvent développée, notam- ment dans la pièce 4 du livre IV de Toute la Lyre dernière série et dans ce passage des Malheureux I. Vers cités par Marc Monnier; mais je ne sais où le spirili;el critique les a pris. .Gooj^lc 314 VICTOR BUGO ET LA GRANDE POÉSIE SATIRIQUE Pesant, fétide, abject, malade k loua moments. Branlant sur sa charpente affreuse d'ossements, GonllË d'humeurs, couvert d'une peau qui se ride, Souffrant le froid, le chaud, la faim, la soir aride, - Traîne un ventre hideux, s'assouvit, mange el dort. Mais il vieillit enfin, el, lorsque vient la mort, L'ime, vers la lumière éclatante et dorée, S'envole, de ce monstre horrible délivrée. Certaines bizarreries de langage sont communes aux deux écrivains. Uugo dit ; Le bœuf peuple », là biche illu- sion », le fossoyeur oubli », le bagne lexique » ; il a pu prendre celte apposition de deux substantifs chez Aubigné Le vice Goliath », écrit l'auteur des Princes. L'un et l'autre, par un tour imité de Virgile, qui nous montre Enée assis dans sa chaise et dans sa résolution », joignent, de façon insolite, une idée physique et une idée morale. Aubigné met sous nos yeux une mère affamée, qui va manger son enfant, défaisant, pitoyable et farouche, les liens de pitié avec ceux de la couche » {Misères. Il écrit Embrasse, mon enfant, le col et les des- seins de Fortune » Princes. Des martyrs, tout chenus d'ans et de sainteté » {Les Feux. Ils sont vestus de blanc et lavés de pardon » [Juge- ,»! Hugo Valu le probité candide et de lin blanc. Booi endormi. Ils chantaient, ils allaient, l'àme sans épouvante Et les pieds sans souliers. lA l'oèéJasance passive, dans les Châtiments. ...Foudroyé, mais resté Debout dans sa montagne et dans sa volonté. AGRIPPA b'AUBIGNÉ ET VICTOIt HDGO 315 Nos deux grands satiriques ont un violent îùnour de l'antithèse; les exemples de cette figure, à laquelle Victor Ilugo a presque attaché son nom, sont trop nombreux sous la plume de l'auteur des Tragiques pour qu'on puisse utilement faire un choix dans ce qui est une habitude non moins continuelle de son style. Aussi n'en citerai-je qu'un à cette place ËTÎte le flatleur, et chasse comme estrange La louange de ceux qui n'uni acquis louange. Bls-tol quand les meschants t'auront h contre-cœur; Tiens leur honneur à btasme et leur blasme à honneur. Il n'a pas non plus manqué d'hommes dont l'au- teur des Châtiments disait que Méprisant leur estime, il estimait leur haine. IV, B. On sourît de rencontrer dans les vers de Victor Hugo, quand il rhétorise, quelque abus d'une ritournelle chère à tous les vieux poètes classiques, et dont voici, dans les Princes d' Agrippa d'Aubi- gné, un spécimen, entre plusieurs Plus tost peut-on compter dans les bords escumeux De l'Océan chenu le sable, et tous les Teux Qu'en paisible minuict le clair ciel nous attise... Plue toat peut-on compter du prinlemps les couleurs. Les reuilles des torests, de la terre les Heurs, Que les infections qui tirent sur nos testes Du ciel armé, noirci, les meurtriËres lempesles. L'adjectif jDdfe est une épithète favorite d'Agrippa La pasle peur », la pasie faim », vos pasles fronts de chiens », les seins tremblants des pasles spectateurs », i le soleil à regret esleva son pasle 31B VICTOR HUGO ET LA GRANDE POESIE SATIRIQUE front des ondes ». Il nous montre, dans les Fers, n la pasle mort courant » à travers la bataille, et n'est-ce pas un vers de Victor Hugo ; La pâle mort mêlait les sombres bataillons »? L'égout de Rome, dans les Châtiments, reçoit le lavabo vidé des pâles courtisanes », et le livre des Feux nous donne le spectacle de graves magistrats qu'on trouve, au sortir des jeux et des festins, ronflant aux seins enflés de leurs pasles... courtisanes ». Seulement, ici c'est un autre mot qui rime avec festins ; Victor Hugo a beau faire profession de franche propriété dans le langage, il est contraint malgré lui, comme Veuillot l'en a justement raillé, à une certaine noblesse de style ; la mâle satire du soldat huguenot se sert de plus rudes vocables ». Les rapprochements abondent, bien plus nom- breux et souvent plus frappants encore que ceux qu'ont relevés MM. Monnier et Read. Je pourrais citer, dans le livre des Fers, l'épisode de l'Océan irrité de voir ses ti provinces profondes » souillées du sang et des cadavres que les fleuves lui appor- tent c'est le thème du Danube en colère, dans les Orientales ; mais c'est aussi celui de l'épître IV de Boileau Au pied du mont Adule... La Ville disparue, dans la Légende des Siècles, est une peinture fort belle de la sûre et lente ascension de l'eau faisant le siège d'une ville El rongeant les rochers el les dunes, Iranquille, Sans tumulte, sans chocs, sans eiïorts haletants. Comme un grave ouvrier qui sait qu'il a le lemps. AGRIPPA D'AUBIGNÉ ET VICTOR HUGO 3t7 jusqu'à ce que tout s'abime et s'évanouisse en un clin d'œil, rien ne restant que l'onde. Le livre des Vengeances a une page analogue ... La hauteur n'eust servi, ni les plus forts chasteauï, Ni les cèdres gravis, ni les monts les plus hauls. L'eau vint, pas après pas, combattre leur stature. Va des pieds aux genoux, et puis à la ceinture... Il ne reste sur l'eau que te visage blesme. La mort entre dedans la bouche qui hlasphesme. Si le pâtre promontoire » de Victor Hugo a son chapeau de nuées », les monts hautains », les rochers hideux » d'Agrippa d'Aubigné portent aussi leur froid chapeau'. Quand l'auteur de Napoléon II nous fait voir la grande figure de l'exilé de Sainte-Hélène, en sa cage accroupie, ployée, et les genoux aux dents », il pouvait avoir gardé la vision inoubliable du sup- plice d'un martyr emprisonné treize mois en un cachot penché » Duquel la vousie estroite avoitsi peu de place Qu'entre ses deux genoux elle ployait la Tace Du pauvre condamné. Ua Feux. Un arbre foudroyé par Dieu était si grand que ses rameaux s'étendaient d'orient au couchant, du midi à la bise », et que la terre estoit en son ombre comprise' ». Le tuba, dont on offre le fruit savoureux à l'inconsolable enfant grec des Orien- tales, n'esl-il pas, lui aussi Un arbre si grand Qu'ur r,.,i.,; les amours ridicules et mons- trueuses de Henri III, douteux animai >, entouré de ses mignons, fardé de blanc et de rouge comme une tille de joie, portant un corset de satin noir, une jupe, des manches bouiïantes, surpassent singulièrement, par l'étrangeté des crimes et des débauches, comme par la cynique audace du peintre, tout ce que Victor Hugo a pu nous oflrir de plus horrible et de plus dégoûtant dans ses récits de la nuit de décembre, dans ses Éblouisse- ments et dans l'Êgout de Rome. Le Juvénal du xvi' siècle n'a eu garde d'omettre, par chevalerie, sa satire des femmes, galamment oubliée du poète romantique; elle excède avec lui les limites de la brutalité ordinaire et nous pré- sente des tableaux inattendus, tels que cet im- payable croquis d'un duel de femmes, dans le pre- mier livre Ces horamaces, plustost ces démons desguisés, Ont mis Vespée au poing, les cotillons posés. Trépigné dans le pré avec bouche embavée. Bras courbé, les yeax clos, et la jambe levée; L'une dessus la peur de l'autre s'adtantant Menace de frayeur et crie en offensant. La Chambre dorée, troisième livre des Tragiques, est, pour faire suite à la satire des Princes, celle des juges. On y rencontre la prosopopée, vieille T,. Google AGRIPPA D'AUBIGNE ET VICTOR HUGO 341 comme la poésie, et que n'a pas dédaignée Hugo, de la Justice, de la Piété, de la Paix exilées de la terre et portant leur plainte devant le trône de Dieu. Trop de personnages allégoriques, selon le goût ancien, refroidissent ce poème, qui est le moins vivant de toute l'œuvre ; cependant on peut mettre à part, dans cette suite d'abstractions person- nifiées, deux figures, l'Ignorance au front étroit b misérable Crainte » L'une et l'autre sont impitoyables, la première par stupidité, la seconde par lâcheté. Un brutal égoïsme a fiché sous leur sein ses doigts crochus pour leur oster le cœur ». a De la formalité la race babiUarde oste l'estre à la chose, b fait signer de la main ce qu'abhorre le sens » et change la plume en outil de bour- reau ». Est-il d'Aubigné ou d'Hugo ce vers sur la vénalité des gens de loi Rendez-vous la justice ou si vous la vendez? Mais leur droite balle, comme eût dit Montaigne, à ces deux champions intransigeants du droit et de la vérité, et le vrai gibier de leur satire, c'est l'Eglise romaine. La prestraille aux hypocrites mines' » ment 1. La Cbambredorée. DiniiiîHLhv Google 342 VICTOR HUGO £1 LA GRANDE t'OÉSIE SATIRIQUE quand elle se disculpe de verser elle-même le sang. Puisqu'elle excite et dirige ceux qui le versent, que fait-elle sinon d'ajouter à la cruauté qui frappe tes coups la couardise qui dissimule la main? Victor Hugo a démasqué cs bons apàtres aspergeant d'eau bénite le sabre des soldats et des princes; il a dit, dans les Châtiments, à certains Journalistes de robe courte, trop bons chrétiens pour toucher une épée Vous vous croyez le droit, tr-iapanl aaDH l'eau bénite Cette grilTe qui sort de volrp, abjert pourimint, De dire Je suis saint, ange, vierge et jésuite. J'insulte les passants et je ne me bala point! ... Lâches gueui! leur terreur se en scrupules, Et ces empoisonneurs ont peur d'être a^tsasslns. L"auteur de ta Chambre dorée s'écrie O MU qui le faux nom de l' prenez. Qui de foits ciïBûaels, — fargo, roas absteoM, Qui en ostez les mains el y trempez les lungues, Qui lirez pour oousleaui vos meurtrières harangues, ... N'âtes-vouB pas des Juifs, lace de ces docteurs Qui confessoient toujours, en criant • Cruuilie! Que la loi leur défend de trancher une vie? Des bourreaux ne vivant que de mori et de sang. Qui, en exécutant, mettent dans un gant blanc La destniisante main aux meurtres acharnée, Pour tuer, sans toucher à la pnau condamnée t Le livre des, Misères et celui du Jugement nous étalent l'orgueil immense de la papauté, marche- pied fangeux » de tous les trônes II. i.,n loge dans le ciel h coup un régiment... Je pwB, ose première à tout cet univers, Mettre l'ente a ciel i le ciel aux enfers. Mais voici venir le grand jour où tant d'insolence recevra son châtiment ; Il faut aux pieds de Dieu ses blasphèmes et titres Poser, et avec eux les tiares, les mitres, La bannière d'orgueil, fausses clefs, fausses croii. Et la pantoufle aussy qu'ont baisé tant de roys. Le héraut do la justice divine dénonce les péchés de l'Antéchrist, x ses fornications, adultères, incestes », ses vices contre nature et ses crimes sataniques Quand l'orgueil va devant, suivez-le bien b l'œil. Vous verrez la ruine aux talons de l'orgueil. Vingeanca. Dieu se sert de tous les moyens, des vers, allu- mettes de peste », des poux, petits soldats de Dieu ». c Les élevés d'orgueil sont ahattus de poux. » L'empereur Constant, pour avoir suivi la II. i., boutiquejoelle59750. echarpes fantaisies, bonnets, couvertures pompons, nids d'ange bébés, bandeau ect panier . 0. tous nos produits tous nos produits echarpes bonnets, bobs tapis, sols manteaux accessoires pour cheveux echarpe, foulard, cravate guÊtres bonnets cols cravates autres accessoires bonnets, Écharpes bÉrÊts puÉriculture autres casquettes Écharpes Tags anissa, anissa viltrumite, viltrumite, viltrumites, empire, homme anissa omni, anissa omniman, anissa invincible, anissa vs invincible, anissa vs homme omni, anissa vs omniman, anissa anissa, homme omni, omniman, invincible, gardiens du globe, robot, jumeaux mauler, veille de latome Anissa T-shirt classiquePar satorugojoTags anissa, anissa friends, anissa friends tv show, friends tv, friends, friends typography, anissa friends typography, anissa name Anissa T-shirt classiquePar LhadiiTags anissa, anissa pierce, éclair noir, dc, bd bd, super héros, lesbienne Anissa T-shirt classiquePar Maeve419Tags anissa, nom, nom danissa, pour anissa, anniversaire danissa, étiquette de nom danissa, porte nom anissa, insigne danissa, anissa personnalisée, prénom, étiquette anissa, anniversaire anissa, personnalisé, mère, fille, conception danissa, bonjour je mappelle anissa, date danniversaire, calligraphie, nom personnalisé, tante anissa, je mappelle anissa, maman, nom des filles, nom anissa, idées danniversaire danissa Nom Anissa Conception de lave T-shirt respirantPar toonartkingTags anissa pierce, nafessa williams, cw, black lightning anissa Pierce T-shirt classiquePar idebnamsTags trucs wejdene, wejdene, wejdene tiktok, wejdene youtube, wejdene, enfants, wejdene album, visite guidée, mur wejdene, art wejdene, galaxie wejdene, nouveau, wejdene longue, manche wejdene, anissa, wejdene, wejdene téléphone, wejdene cas haute qualité de wejdene T-shirt classiquePar FengzieiTags anissa, nom anissa, nom, nom, prénom, nom de famille Anissa Name T Shirt - 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Filtrer par catégorie HébergementHôtel - 195mHôtel MercureRue Pierre de Ronsard Téléphone +33 3 84 93 61 69 Fax +33 3 84 93 61 70 Email h5511 de voitures - 252mPeugeotRue de Verdunplace de parking - 293m-Rue Jean Jaurèsplace de parking - 373m-34 Rue Jean Jaurèsplace de parking - 360m-Boulevard Richetplace de parking - 328m-place de parking - 333m-place de parking - 323m-place de parking - 328m-place de parking - 321m-Rue Jean Jaurèsplace de parking - 309m-Lavage de voiture - 916mLux Clean AutoRue Louis PergaudParking - 167m-10 bis Rue du Haut BoureyParking - 364m-Avenue LabienusParking - 385m-Avenue LabienusParking - 330m-Avenue LabienusParking - 396m-Avenue LabienusParking - 264m-3 A Rue de la GareParking - 250m-3 Rue de la GareParking - 339m-Rue de la GareParking - 327m-Rue de la GareParking - 243m-Rue Pierre de RonsardParking - 175m-10 bis Rue du Haut BoureyParking - 170m-Avenue LabienusParking - 322m-parking moto - 528mParking AutocarsAvenue LabienusBanques et FinancesBanque - 673mLCL23 Rue Victor Genoux Téléphone +33 3 84 93 91 21 Heures d'ouverture Tu-Fr 0830-1200,1445-1800; Sa 0830-1200ATM - 741m-rampeReligieuxLieu de culte - 513mTemple christian - protestantBoulevard Richet Téléphone +33 3 84 49 25 19 Email contact - 401mÉcole du Boulevard Richetauto-école - 755mAuto École Marie-Thérèse Szabo45 Rue Victor Genoux Heures d'ouverture Tu-Fr 1400-1730; Sa 0900-1200,1400-1600Shoppingmagasin de la ferme - 1197mAMAP de Luxeuil les Bains3 Place du 8 Mai Heures d'ouverture Tu 1830-1930Boutique de cadeaux - 703mAux 1000 Cadeaux33 Rue Victor Genoux Téléphone +33 3 84 40 00 08 Heures d'ouverture Tu-Sa 1000-1200,1415-1830Bijoux - 744mDidier Poirot20 Rue Victor GenouxHorlogerie - Bijouterie - JoaillierElectronique - 712mLes Arcades35 Rue Victor Genouxprothèses auditives - 749mCentre Audition Soligot - Evelyne Aumont22 Rue Victor Genoux Heures d'ouverture Tu-Fr 0900-1130,1400-1800; Sa 0900-1130Magasin de vêtements - 690mWomen4 Rue Jean Jaurès Heures d'ouverture Tu-Sa 0915-1200,1400-1900Boucherie - 816m-8 Rue Jules Jeanneneysalon de beauté - 654m5e Sens Institut de Beauté9 Rue Jean Jaurès Téléphone +33 3 63 76 40 06 Heures d'ouverture Mo-Fr 1000-1900; Sa 0900-1200shop-vacant - 813m-13 Rue Jules JeanneneyVacanttailleur - 873mDes Coupes39 Rue Carnotmagasin de musique - 863mWango-Tango14 Rue Jules JeanneneyAchat, vente, échange CD DVD Heures d'ouverture Tu-Sa 1430-1830Épicerie - 756mCarrefour Express8 Rue Victor Genoux Téléphone +33 3 84 94 50 36 Heures d'ouverture Mo-Sa 0700-2100Marchand de journaux - 667mMaison de la Presse17 Rue Victor Genoux Téléphone +33 3 84 40 00 10Toute la presse française et étrangère; Articles fumeurs. 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Aug 15 1000-1900; Dec Su 1000-1900; Dec 25,Jan 01,Jul 14 offcharité - 785mEmmausRue Louis Pergaud Téléphone +33 3 84 75 34 34 Heures d'ouverture We-Sa 0900-1200,1400-1700; Th offprêteur - 877mBroc en Stock8 Rue Carnot Heures d'ouverture Tu-Sa 1000-1200,1400-1800instruments de musique - 909mSimon Music2 Rue Grammontmagasin de sac à main - 865mFancy35 Rue Carnot Heures d'ouverture Tu-Sa 0930-1200,1430-1900Magasin de bricolage - 239mParis4 Rue de la Saline Téléphone +33 3 84 40 40 66 Fax +33 3 84 40 57 72 Email paris Heures d'ouverture Mo-Fr 0800-1200,1330-1800; Sa 0800-1200magasin de moto - 255mVillemard Motos - HondaRue Victor Hugo Téléphone +33 3 84 40 04 14 Fax +33 9 70 32 74 85 Email villermard-motos Heures d'ouverture Mo-Sa 0900-1900Supermarché - 1044m-Rue Sainte-AnneSports et LoisirsTennis - 774m-Rue Georges ClemenceauMulti-Sport - 346m-Allée des RomainsFootball - 761m-Place Bad Wurzachcasino - 458mCasino de LuxeuilAvenue des ThermesCinema - 476mCinéma Espace Molière16 Avenue des Thermes Téléphone +33 3 84 40 57 28 Email cinema - 1221m-Aliments et BoissonsRestaurant - 161m-Avenue LabienusCafé - 646mRelax CaféRue des ThermesBar - 202mCafé Les Deux Gares2 Avenue du Maréchal Turenne Téléphone +33 3 84 40 17 52Café Bar Tabac Loto Heures d'ouverture Mo-Sa 0700-2000; 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Sa 0900-1200; PH off; 2021 Dec 28-31 offMairie - 784mMairie de Luxeuil-les-BainsCloître Téléphone +33 3 84 93 90 00 Heures d'ouverture Mo-Th 0830-1200,1330-1730; Fr 0830-1200,1330-1700TransportParking Vélo - 712m-3 Rue Jean JaurèsVoyageInformation touristique - 248mAffichage LibreRue de la GareActivité touristique - 697mMaison dite de François Ier - accès privé4 Rue Jean JaurèsMusée - 756mMusée de la Dentelles de Luxeuil-les-Bains - pas de fraisCloître Heures d'ouverture Jul-Aug Mo-Sa 1400-1730; PH off; Tu-Fr 1400-1730Artisanat - 759mSaint-ColombanCloîtreObjets Religieux Cadeaux Communion Baptême Confirmation Profession de foiAutresCorbeille - 185m-1 Rue de la GareCorbeille - 352m-Avenue LabienusCorbeille - 366m-20 Rue Victor HugoCorbeille - 371m-Rue de la GareCorbeille - 329m-Rue de la GareCorbeille - 334m-Rue de la GareCorbeille - 340m-Rue de la GareCorbeille - 350m-Rue de la GareCorbeille - 359m-Rue de la GareStation de Charge - 1025mSREM2 - Freshmile - pas de fraisPlace du 8 Mai Heures d'ouverture 24/7Fonds social - 1147mCentre Communal d'Action Sociale CCAS - Mairie de Luxeuil-les-BainsRue Georges Croisille Téléphone +33 3 84 40 64 49 Heures d'ouverture Mo-Fr 0830-0900marché - 791mMarché du Samedi10 Place Saint-Pierre Heures d'ouverture Sa 0800-1230Banc - 163m-Avenue LabienusBanc - 305m-Avenue LabienusBanc - 366m-20 Rue Victor HugoBanc - 259m-3 B Rue de la GareBanc - 328m-Rue de la GareBanc - 333m-Rue de la GareBanc - 339m-Rue de la GareBanc - 349m-Rue de la GareBanc - 358m-Rue de la GareRecyclage - 386m-Fontaine - 509m-Rue de la Salinesport-yoga - 829mCentre de Relaxation Bien-Être7 Rue des Lavoirsshop-sewing - 767mPFAFF Machine à coudre - Alain Meillier51 Rue Victor Genoux Téléphone +33 3 84 40 07 50shop-perfumery - 991mNocibé47 Rue Jules Jeanneney Téléphone +33 3 84 40 20 17 Heures d'ouverture Mo 1400-1900; Tu-Sa 0900-1200,1400-1900; Aug 15 offDistributeur automatique - 702m-4 Rue Jean Jaurèsshop-chocolate - 685mEsprit Chocolat - Sonia & Emmanuel Jacquey27 Rue Victor Genoux Téléphone +33 3 84 40 87 12 Heures d'ouverture Tu-Sa 0930-1200,1430-1830; Su 0930-1200Toilettes - 785m-Boulevard Richetshop-e-cigarette - 672mVapo'Lux7 Rue Jean Jaurès Téléphone +33 9 63 51 41 54 Heures d'ouverture Mo 1330-1900; Tu-Sa 1000-1230,1330-1900Vétérinaire - 459mFidon Pierre1 Boulevard Richet 70300 Luxeuil-les-Bains Téléphone +33 3 84 93 72 28shop-leather - 845mLa Palm'yre7 Rue CarnotMaroquinerieshop-pet_grooming - 868mCani Star37 Rue Carnot Téléphone +33 3 84 93 87 57 Heures d'ouverture Tu-Fr 0900-1200,1400-1800shop-video_games - Rue ayant déménagé de la galerie Marchande d'Auchanpublic_bath - 775mThermes de Luxeuil-les -BainsAbri - 406m-

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Intéressée par une offre Livebox ou un forfait mobile Orange ? Souscrivez en quelques minutes sur Internet plutôt que de vous déplacer en boutique Orange à Paris Accueil Orange Annuaire Orange Trouver une boutique Orange à Paris Boutique Orange à Paris adresses, horaires, souscription Livebox ou mobile Prendre rendez-vous en boutique Orange Paris Préparer sa visite en boutique Orange Paris Contacter le service client Orange Boutiques Orange dans les autres villes de France Trouver une boutique Orange à Paris adresses et horaires des magasins Orange de la capitale On compte 16 boutiques Orange à Paris, implantées dans la plupart des arrondissements. Si vous habitez dans le 2ème, 4ème, 7ème, 10ème, 11ème ou 17ème, sachez qu'il n'existe malheureusement pas de boutique Orange dans votre arrondissement, mais vous pouvez néanmoins consulter la liste des magasins pour trouver l'adresse la plus proche de chez vous. Orange Paris les boutiques des arrondissements 1, 3, 5 et 6 Les habitants des quartiers de Rambuteau, Place de la République ou encore de la Sorbonne pourront trouver plusieurs boutiques Orange près de chez eux. 5 magasins Orange sont en effet implantés dans le 1er, 3ème, 5ème et 6ème arrondissement de Paris. Où trouver une boutique Orange dans les arrondissements 1, 3, 5 et 6 de Paris ? Boutique Orange Horaires Boutique Orange Gdt Rambuteau 120 Rue Rambuteau 75001 - PARIS 1 lundi 0930 - 1930 mardi 0930 - 1930 mercredi 0930 - 1930 jeudi 0930 - 1930 vendredi 0930 - 1930 samedi 0930 - 1930 dimanche Fermé Boutique Orange République 13 Place De La Republique 75003 - PARIS 3 lundi 1030 - 1930 mardi 1030 - 1930 mercredi 1030 - 1930 jeudi 1030 - 1930 vendredi 1030 - 1930 samedi 1030 - 1930 dimanche Fermé Boutique Orange St Michel 9 Boulevard Saint Michel 75005 - PARIS 5 lundi 1030 - 1930 mardi 1030 - 1930 mercredi 1030 - 1930 jeudi 1030 - 1930 vendredi 1030 - 1930 samedi 1030 - 1930 dimanche Fermé Boutique Orange Rue de Rennes 128 Rue De Rennes 75006 PARIS 6 lundi 1000 - 1900 mardi 1000 - 1900 mercredi 1000 - 1900 jeudi 1000 - 1900 vendredi 1000 - 1900 samedi 1000 - 1900 dimanche Fermé Boutique Orange Gdt Rue de Sèvres 67 Rue De Sevres 75006 - PARIS 6 lundi 1000 - 1930 mardi 1000 - 1930 mercredi 1000 - 1930 jeudi 1000 - 1930 vendredi 1000 - 1930 samedi 1000 - 1930 dimanche Fermé Orange Paris les boutiques des arrondissements 8, 9, 12, 13 et 14 On trouve 5 boutiques Orange supplémentaires proches des Champs Élysées, de Bastille ou encore de l'Opéra. Les boutiques Orange de ces quartiers font partie de celles qui restent ouvertes le plus tard, jusqu'à 20h pour certaines. Où trouver une boutique Orange dans les arrondissements 8, 9, 12, 13 et 14 de Paris ? Boutique Orange Horaires Boutique Orange Champs Elysées 125 Avenue Des Champs Elysees 75008 - PARIS 8 lundi 1000 - 2000 mardi 1000 - 2000 mercredi 1000 - 2000 jeudi 1000 - 2000 vendredi 1000 - 2000 samedi 1000 - 2000 dimanche 1300 - 1900 Boutique Orange Opéra 10 Rue Halevy 75009 - PARIS 9 lundi 1000 - 2000 mardi 1000 - 2000 mercredi 1000 - 2000 jeudi 1000 - 2000 vendredi 1000 - 2000 samedi 1000 - 2000 dimanche Fermé Boutique Orange Bastille 40 Rue Du Faubourg Saint Antoine 75012 - PARIS 12 lundi 1030 - 1930 mardi 1030 - 1930 mercredi 1030 - 1930 jeudi 1030 - 1930 vendredi 1030 - 1930 samedi 1030 - 1930 dimanche Fermé Boutique Orange Gdt Italie 2 30 Avenue D'Italie Ccal Italie 2 - Niv 1 Et 2 75013 - PARIS 13 lundi 1000 - 2000 mardi 1000 - 2000 mercredi 1000 - 2000 jeudi 1000 - 2000 vendredi 1000 - 2000 samedi 1000 - 2000 dimanche Fermé Boutique Orange Gdt Alésia 61 Avenue Du General Leclerc 75014 - PARIS 14 lundi 1000 - 1900 mardi 1000 - 1900 mercredi 1000 - 1900 jeudi 1000 - 1900 vendredi 1000 - 1900 samedi 1000 - 1900 dimanche Fermé Orange Paris les boutiques des arrondissements 15, 16, 18 et 19 Vous habitez dans le 15ème, 16ème, 18ème ou 19ème arrondissement ? Pour vous adresser à un conseiller Orange en personne, vous pouvez vous rendre dans l'une des 6 boutiques ci-dessous Où trouver une boutique Orange dans les arrondissements 15, 16, 18 et 19 de Paris ? Boutique Orange Horaires Boutique Orange Commerce 49 Rue Du Commerce 75015 - PARIS 15 lundi 1000 - 1900 mardi 1000 - 1900 mercredi 1000 - 1900 jeudi 1000 - 1900 vendredi 1000 - 1900 samedi 1000 - 1900 dimanche Fermé Boutique Orange Gdt Vaugirard 256 Rue De Vaugirard 75015 - PARIS 15 lundi 1000 - 1900 mardi 1000 - 1900 mercredi 1000 - 1900 jeudi 1000 - 1900 vendredi 1000 - 1900 samedi 1000 - 1900 dimanche Fermé Boutique Orange Gdt Beaugrenelle 56 Rue Linois Ccial Beaugrenelle 75015 - PARIS 15 lundi 1000 - 1930 mardi 1000 - 1930 mercredi 1000 - 1930 jeudi 1000 - 1930 vendredi 1000 - 1930 samedi 1000 - 1930 dimanche Fermé Boutique Orange Passy 32 Rue De Passy 75016 - PARIS 16 lundi 1000 - 1900 mardi 1000 - 1900 mercredi 1000 - 1900 jeudi 1000 - 1900 vendredi 1000 - 1900 samedi 1000 - 1900 dimanche Fermé Boutique Orange Rue Duhesme 61 Rue Duhesme 75018 - PARIS 18 lundi 1000 - 1900 mardi 1000 - 1900 mercredi 1000 - 1900 jeudi 1000 - 1900 vendredi 1000 - 1900 samedi 1000 - 1900 dimanche Fermé Boutique Orange Gdt Flandre 70 Avenue De Flandre 75019 - PARIS 19 lundi 1000 - 1900 mardi 1000 - 1900 mercredi 1000 - 1900 jeudi 1000 - 1900 vendredi 1000 - 1900 samedi 1000 - 1900 dimanche Fermé Quelles sont les boutiques Orange ouvertes le dimanche à Paris ? Bonne nouvelle pour les Parisiens ! La boutique Orange située au 125 Avenue Des Champs Elysees est ouverte le dimanche de 13h à 19h. Boutique Sosh à Paris peut-on se déplacer en magasin Orange pour un problème lié à Sosh ? Malheureusement, il n'est pas possible d'obtenir de l'aide en boutique Orange quand on est client Sosh. En effet, Sosh propose uniquement des services en ligne, qu'il s'agisse de l'assistance ou du service après-vente. Si vous avez un problème avec la Boîte Sosh ou un forfait Sosh, il faut donc vous tourner vers l'assistance sur Internet. Pour cela, rendez-vous sur et laissez-vous guider. Qu'en est-il des boutiques France Telecom à Paris ? France Telecom, né en 1988, était l'opérateur télécom historique, resté seul sur le marché très longtemps. Suite à l'ouverture du marché des télécoms à la concurrence et à l'apparition progressive de nouveaux opérateurs SFR puis Bouygues, France Telecom rachète Orange et ainsi débute une transition progressive. En juillet 2013, France Telecom disparaît en prenant officiellement le nom Orange. Ainsi, il n'existe plus de boutique France Telecom à Paris, puisqu'il s'agit de boutiques Orange. Orange rendez-vous comment prendre RDV en boutique Orange à Paris ? Pour aller dans un magasin Orange, il n'est pas nécessaire de prendre rendez-vous. Néanmoins, cela peut vous aider à gagner du temps, car vous êtes sûr de ne pas attendre sur place. Par ailleurs, en précisant le motif du RDV, vous aidez les conseillers Orange à anticiper vos besoins. Comment effectuer la demande de rendez-vous ? Voici la marche à suivre Rendez-vous sur Si vous êtes client Orange, identifiez-vous si ce n'est pas le cas, continuez le processus sans vous identifier. Choisissez le motif de votre rendez-vous dans la liste proposée achat d'un smartphone, passage à la fibre, déménagement, changement de forfait, etc. Cliquez sur Continuer. Trouvez une boutique à l'aide de votre code postal. En sélectionnant une boutique, vous pouvez consulter ses créneaux horaires disponibles. Cliquez sur Continuer après avoir choisi votre créneau. Complétez vos coordonnées, qui serviront à Orange pour vous contacter en cas de besoin. Validez la demande de RDV. Vous cherchez une offre box ou mobile ? Découvrez les offres disponibles et laissez-vous guider afin de profiter de l'offre partenaire la plus adaptée à vos besoins. Info - Souscription au 09 87 67 37 94 Annonce Préparer sa visite dans un magasin Orange Paris Avant de vous déplacer en magasin Orange, renseignez-vous sur les services proposés en boutique mais aussi sur les documents nécessaires pour votre RDV. En effet, dans le cas d'une souscription par exemple, Orange vous demandera certaines pièces justificatives. Les services disponibles dans votre boutique Orange à Paris En boutique Orange à Paris, vous pouvez profiter des services suivants La souscription d'une offre. Le passage à la fibre. Le déménagement d'une ligne Internet ou fixe. Le changement d'offre mobile ou Internet. Le passage sur une nouvelle carte SIM. L'achat ou le remplacement d'un téléphone. La réception ou la restitution d'un équipement de prêt. En plus des choix ci-dessus pour lesquels il est utile de prendre RDV, certaines actions peuvent être réalisées en autonomie à partir des bornes installées en boutique. De cette manière, sans prendre RDV, vous pouvez retirer une carte SIM, ou encore tester le fonctionnement d'une Livebox ou d'un décodeur, via la borne automatique. Quels documents préparer pour un RDV en boutique Orange / France Telecom à Paris ? Se déplacer en boutique d'accord, mais toujours faut-il éviter d'effectuer un trajet 'pour rien' ! Avant votre rendez-vous en boutique Orange, assurez-vous de préparer les papiers et justificatifs suivants en particulier pour une souscription ou un changement d'offre Un relevé d'identité bancaire RIB vous aurez besoin de celui-ci pour le paramétrage du prélèvement automatique. Si vous ne préférez pas mettre en place de prélèvement, Orange vous demande un dépôt de garantie par chèque, d'un montant entre de 38€ à 285€ selon la situation. Une pièce d'identité valide carte d'identité française ou Union Européenne, passeport français ou Union Européen traduit en français par la préfecture, carte de résident ou carte de séjour. Un justificatif de domicile une facture d'eau, de gaz, d'électricité qui date de moins de 3 mois. Vous pouvez également fournir votre dernière taxe d'habitation ou dernier avis d'imposition. Si vous êtes actuellement hébergé, vous devrez fournir une attestation signée, ainsi que la pièce d'identité de l'hébergeur, accompagnée d'un document attestant de votre lien. La souscription d’une Livebox fibre Orange à Paris Avant de choisir une offre fibre, vous devez impérativement effectuer un test d'éligibilité. C'est ce test qui déterminera la capacité de votre logement à accueillir la fibre. Quelles sont les offres Orange Fibre Paris ? Vous êtes éligible à la fibre Orange ? Vous pouvez choisir une offre Orange Livebox. Voici les offres proposées par l'opérateur Offres Internet Orange fibre Souscrire en ligne Internet TV Prix Livebox Fibre Débit descendant max de 400 Mbit/s Jusqu'à 140 chaînes TV À partir de 22,99€ par mois Livebox Up Fibre Débit descendant max de 2 Gbit/s partagés Jusqu'à 140 chaînes TV À partir de 29,99€ par mois Pour faire des économies, consultez les promotions en cours. La souscription d’une Livebox fibre en boutique Orange Si vous souhaitez rencontrer un conseiller Orange en personne, vous pouvez vous rendre en boutique pour procéder à la souscription de votre Livebox. Dans ce cas, vous pourrez poser toutes vos questions et vous familiariser avec les équipements en démonstration. Assurez-vous néanmoins de vous déplacer en boutique avec tous les documents importants voir plus haut. Si vous effectuez une souscription fibre, vous n'aurez pas directement accès à Internet, même si vous repartez avec votre matériel. En effet, un rendez-vous avec un technicien Orange est nécessaire pour effectuer les branchements avant d'installer vos équipements. Pas d'agence Orange près de chez vous souscrire via Internet ou par téléphone Les boutiques Orange sont trop loin de chez vous, ou vous ne pouvez pas vous déplacer ? Ce n'est pas un problème, vous pouvez très bien souscrire depuis chez vous, par Internet ou par téléphone. Souscrire une offre Livebox par téléphone Si vous ne préférez pas souscrire en passant par Internet, vous pouvez vous tourner vers la souscription Orange par téléphone. Pour cela, vous devez composer le 3900. Un conseiller Orange effectuera la souscription avec vous en direct, et pourra répondre à vos questions. Souscrire une Livebox par Internet Souscrire sur le site d'Orange Pour souscrire par Internet, vous devez tout d'abord vous rendre sur le site Internet d'Orange en cliquant sur le bouton ci-dessus. Procédez ensuite de la manière suivante Accédez à la section Internet depuis le menu du site. Après avoir déterminé quelle Livebox vous convient, cliquez sur Tester l'éligibilité. À partir de votre adresse, Orange détermine si vous êtes bien éligible à la fibre optique. Cliquez sur Choisir cette offre pour continuer le processus avec une offre en particulier. Paramétrez votre offre en choisissant des options de personnalisation optionnel. Précisez vos coordonnées. Orange vous demande ensuite la référence de la prise fibre de votre logement, pour déterminer si une intervention par un technicien est nécessaire. Si vous n'avez pas de prise fibre, un technicien Orange devra effectuer une intervention chez vous. Choisissez l'installation qui vous convient plus ou moins poussée ainsi que le jour et la tranche horaire du rendez-vous. Validez et terminez votre commande. Votre souscription Livebox est finalisée ! Il vous suffit maintenant d'attendre le jour de l'intervention du technicien Orange. Technicien Orange Paris l'installation de la fibre optique chez vous Au moment de votre souscription Internet, vous avez établi une date pour l'intervention du technicien Orange à votre domicile. Deux types d'installation sont possibles Intervention du technicien Orange deux choix Installation pas à pas Installation experte Tarif Gratuit 89€ Raccordement de la fibre jusqu'à votre logement Branchement des équipements Mise en service des équipements Connexion à vos appareils TV, téléphone, ordinateur, etc Diagnostic du wifi La souscription d'une offre Orange mobile à Paris Quels sont les forfaits mobile Orange Paris ? Orange commercialise plusieurs forfaits, tous accompagnés d'un engagement de 12 mois. Il existe deux formules qui peuvent être souscrites en version bloquée ce qui conviendra par exemple aux plus jeunes, et vous pouvez téléphoner, envoyer des SMS/MMS et utiliser Internet mobile. Voici un aperçu des forfaits Orange les plus populaires Forfaits mobile Orange Souscrire en ligne Communications Internet Prix Forfait Orange 2h 20 Go 2h d'appels & SMS illimités Internet mobile 20 Go À partir de 13,99€ par mois Forfait Orange 10 Go Appels & SMS illimités Internet mobile 10 Go À partir de 21,99€ par mois Forfait Orange 80 Go Appels & SMS illimités Internet mobile 80 Go À partir de 29,99€ par mois Forfait Orange 100 Go Compatible 5G Appels & SMS illimités Internet mobile 100 Go À partir de 34,99€ par mois En regroupant vos abonnements box et mobile chez Orange, vous devenez un client Open, ce qui permet de profiter de réductions sur le prix du forfait mobile. La souscription mobile en boutique Orange Comme pour une Livebox, vous pouvez vous déplacer dans une boutiques Orange de Paris pour souscrire un forfait Orange auprès d'un conseiller. Si un changement de téléphone est aussi envisagé, se déplacer en magasin présente un autre avantage celui d'avoir la possibilité de choisir son téléphone en boutique et d'en bénéficier le jour même ! Pas de magasin Orange près de chez vous souscrire par téléphone ou Internet Souscrire un forfait mobile Orange par téléphone Pour effectuer une souscription par téléphone, c'est simple il vous faut composer le 3900 pour joindre le service client Orange. Vous entrerez alors en communication avec un conseiller Orange, qui veillera à vous accompagner tout le long de la souscription. Souscrire un forfait Orange en ligne Souscrire un forfait en ligne La souscription en ligne est probablement la solution la plus rapide et pratique. En quelques minutes, votre nouveau forfait est souscrit Cliquez sur le bouton ci-dessous pour vous rendre sur le site d'Orange. Cliquez sur Mobiles et forfaits, puis sur Forfaits depuis le menu. La liste des offres mobile Orange s'affiche. Sélectionnez l'offre qui vous intéresse en cliquant sur Choisir ce forfait. Ajoutez des options pour personnaliser votre forfait si vous le souhaitez, puis cliquez sur Continuer. Vous pouvez demander à conserver votre numéro, ou à en changer. Optez pour l'option qui vous arrange. Attention, pour garder le même numéro, il est nécessaire de récupérer le code RIO de la ligne au préalable. Complétez les champs dédiés à vos coordonnées. Validez votre identité vous aurez besoin de votre carte d'identité ou de votre passeport. Complétez vos informations bancaires pour mettre en place le prélèvement automatique. Validez la commande. Votre souscription en ligne est terminée ! Vous recevrez votre nouvelle carte SIM par voie postale dans les jours qui suivent. Panne Orange Paris peut-on être aidé en boutique ? Vos équipements ou votre connexion rencontrent des problèmes ? Sachez que la plupart des problématiques Orange peuvent être réglées en effectuant quelques vérifications de base. Les vérifications de dépannage à adopter avant de se rendre en magasin Orange De nombreux dysfonctionnements Internet ou mobile peuvent être résolus rapidement, par de simples manipulations. Avant de vous rendre en boutique Orange à Paris pour vous adresser au SAV, assurez-vous d'abord d'avoir passé en revue toutes les vérifications suivantes. Panne Orange Paris les manipulations à effectuer Problème Orange mobile carte SIM J'ai vérifié que ma carte SIM était bien positionnée dans le téléphone. J'ai testé ma carte SIM sur un autre téléphone. J'ai vérifié qu'Orange n'avait pas annoncé d'incident général sur le réseau de Paris. Problème Orange mobile smartphone J'ai tenté d'utiliser un autre chargeur pour recharger mon téléphone. J'ai réalisé un diagnostic de ma ligne mobile Problème Livebox J'ai essayé de redémarrer ma box. J'ai testé ma connexion Internet depuis différents appareils. J’ai testé ma connexion sur plusieurs sites Internet. J’ai testé ma connexion avec un câble Ethernet. J'ai effectué un test de débit en ligne, dont les résultats témoignent de débits anormaux. J'ai vérifié qu'un incident Orange n'était pas en cours sur de Paris. J'ai réalisé un diagnostic sur Enfin, avant de vous déplacer en boutique Orange, pensez à contacter le service client par téléphone, au 3900. Vous pourrez être aidé par un conseiller Orange. SAV le service après-vente en magasin Orange à Paris Vous avez effectué toutes les manipulations ci-dessus, sans trouver de solution à votre problème ? Vous pouvez vous rendre dans l'une des boutiques de Paris pour obtenir des réponses auprès d'un conseiller Orange. Pour ne pas perdre de temps en boutique, pensez à vous munir de votre contrat, de vos équipements si possible et de tout autre élément qui pourrait être utile. Pour un problème lié au SAV, il n'est pas nécessaire de prendre RDV au préalable. Il suffit de se rendre en boutique pendant les heures d'ouverture. Déploiement de la fibre optique Orange à Paris Déploiement de la fibre optique Orange sur le territoire 0 antennes 4G sont implantées à Paris. Selon l'ARCEP Autorité de régulation des communications électroniques, des postes et de la distribution de la presse, au deuxième trimestre 2020, on comptait 20,8 millions de logements éligibles à la fibre optique. Orange arrive en première position du classement des opérateurs en termes de raccordement de la fibre optique, et de loin. En effet, on compte près de 13,2 millions de logements raccordables au réseau Orange source arcep, tandis qu'on compte 2,5 millions de logements pour SFR en 2ème position. La fibre Orange est d'ailleurs souvent qualifiée de très efficace en termes de performances. Le rapport nPerf du 1er trimestre 2020 place d'ailleurs Orange comme meilleur opérateur Internet fixe avec la fibre et toutes technologies confondues. Cette évaluation se base sur les résultats des tests de débit nPerf des clients Orange S'informer sur le déploiement de la fibre optique Orange à Paris Si vous vous interrogez au sujet du déploiement de la fibre Orange à Paris, vous pouvez consulter la carte de l'ARCEP sur Cette carte vous permet de vous déplacer et de zoomer de Paris pour visionner le taux de couverture fibre Orange et même l'état du déploiement par adresse. Vous pouvez même observer l'évolution du déploiement par trimestre. Un autre moyen pour obtenir des renseignements sur le sujet est de vous tourner vers la mairie de Paris. Contacter la mairie de Paris Adresse email non précisé Téléphone 01 42 76 40 40 Couverture mobile 4G et déploiement 5G Orange à Paris Quel est l'état du réseau mobile Orange à Paris ? En début d'année 2021, on comptait 135 051 antennes relai Orange en service en France, dont 69 465 antennes 4G. Ces antennes sont les installations qui permettent de capter le réseau mobile et de le transmettre aux utilisateurs, elles sont situées un peu partout en France plus vous êtes proche d'une antenne relai, plus votre réseau mobile est efficace. Paris étant une grande ville, on peut compter sur un réseau mobile performant grâce au nombreuses antennes relai qui y sont implantées. Toutefois, si vous cherchez à visualiser les performances du réseau à une adresse précise, il est possible de consulter la carte de couverture mobile Orange une carte qui vous permet d'obtenir un diagnostic du réseau mobile pour votre adresse. Développement du réseau 5G Orange à Paris Depuis fin 2020, la 5G est en plein essort chez tous les opérateurs, notamment Orange. Le déploiement 5G Orange a en effet commencé en France, à commencer par les villes suivantes Marcq-en-Barœul, Lens, Douai, Paris, Le Mans, Angers, Mulhouse, Clermont-Ferrand, Pau, Toulouse, Montpellier, Marseille et Nice. En attendant, Orange propose déjà des forfaits mobile compatibles 5G, à partir de 24,99€ par mois. Avec un forfait 5G, vous bénéficiez de tous les avantages de ce réseau, à condition de vous trouver dans une zone couverte par la 5G et de posséder un smartphone compatible. Si ce n'est pas le cas, le forfait fonctionnera tout de même très bien, mais basculera automatiquement sur le réseau 4G voire 3G. Comment appeler le service client Orange Paris ? Pour tout problème ou question liée à votre Livebox ou forfait mobile Orange, vous pouvez contacter le service client de l'opérateur. Pour ce faire, il faut appeler le 3900 depuis la France, ou le +33 9 69 39 39 00 depuis l'étranger. Comment faire un changement d'opérateur ? Vous cherchez à changer d'opérateur ? Découvrez les offres disponibles et laissez-vous guider afin de profiter de l'offre partenaire la plus adaptée à vos besoins. Info - Souscription au 09 87 67 37 94 Annonce Les boutiques Bouygues, Free et SFR à Paris Bonne nouvelle pour les nantais qui aimeraient changer d’opérateur, Orange n'est pas le seul accessible dans la ville ! Retrouvez ci-dessous les boutiques Free, SFR et Bouygues à Paris Les boutiques SFR Paris Les boutiques Bouygues Paris Les boutiques Free Paris Quelle démarche effectuer pour changer d'opérateur ? Contrairement à ce que l'on pourrait croire, les démarches pour changer d'opérateur sont plutôt rapides et simples pour le client. En effet, dans le cas d'une portabilité de numéro c'est-à-dire quand vous souhaitez conserver le même numéro, les démarches sont simplifiées. Tout d'abord, vous devez choisir une nouvelle offre, et un opérateur. Composez ensuite le 3179 depuis votre ligne concernée fixe ou mobile pour obtenir votre code RIO. Il s’agit d’un code de 12 caractères qui permet d’identifier votre ligne. Passez à la souscription de votre nouvelle offre Internet ou mobile de la manière la plus pratique pour vous en magasin, par téléphone ou sur Internet. Au moment de la souscription, le numéro de la ligne à conserver et le code RIO associé vous seront demandés. Une fois ces informations recueillies, l'opérateur prend en charge les démarches la portabilité du numéro, la résiliation de votre ancienne offre et enfin la mise en service de votre nouvelle offre. L'ARCEP précise que 'L’abonné ne doit pas faire de demande de résiliation auprès de l’opérateur qu’il souhaite quitter'. En effet, quand vous choisissez la portabilité la conservation du numéro, toutes les démarches doivent être réalisées par le nouvel opérateur. Votre période d'engagement n'est pas terminée ? Dans ce cas, il est important de noter que des frais de résiliation seront facturés. Ceux-ci varient en fonction du nombre de mois d'engagement restants et du prix de votre ancienne offre. Des frais fixes s'appliquent également dans le cas d'une résiliation Internet 50€ environ selon l'opérateur. Calcul des frais de résiliation Voir toutes les offres À noter que de nombreux opérateurs proposent aux nouveaux clients la prise en charge des frais de résiliation de l'ancien opérateur, à hauteur de 100€. Adresse résiliation Orange Paris où envoyer son courrier ? Vous voulez résilier mais ne comptez pas changer d'opérateur ? Dans ce cas il vous faudra envoyer une lettre de résiliation en recommandé à Orange. Dans un premier temps, il vous faudra contacter le service client Orange au 3900, afin qu'un conseiller vous explique le processus de résiliation et vous transmette l'adresse postale exacte. Les magasins Orange des autres grandes villes de France Vous allez déménager à Bordeaux, Lyon ou encore Toulouse ? Renseignez-vous au sujet des boutiques Orange présents dans votre prochaine ville Boutiques Orange Paris Boutiques Orange Marseille Boutiques Orange Lyon Boutiques Orange Toulouse Boutiques Orange Nice Boutiques Orange Strasbourg Boutiques Orange Montpellier Boutiques Orange Bordeaux Boutiques Orange Lille Boutiques Orange Rennes
YvaOh.